Témoignages - Après les manifestations, l’épidémie : les expats fuient Hong Kong
BLOOMBERG WORLD VIEW (NEW YORK)
Après une première vague d’expatriés qui a quitté Hong Kong en raison des manifestations que connaît le territoire depuis le printemps 2019, l’épidémie de Covid-19 n’a rien arrangé. De nombreuses familles d’expats hésitent entre partir ou rester.
Après quinze années passées à Hong Kong, le Néo-Zélandais Ian Jacob, propriétaire d’une entreprise de matériaux de construction, jette l’éponge. Déjà l’an dernier, l’agitation politique, surtout après la fermeture provisoire des écoles, avait été source d’inquiétudes pour sa femme et lui :
Nous avons vu la situation se détériorer sous nos yeux.”
Alors que les cours sont à nouveau suspendus à cause de l’épidémie de Covid-19, la perspective de devoir faire à nouveau l’école à domicile à leur fille de 10 ans les a incités à aller se mettre à l’abri à Auckland, en Nouvelle-Zélande. Ils y déménageront définitivement dès la fin de l’année scolaire à Hong Kong.
“L’environnement est en train de devenir beaucoup trop instable pour pouvoir y élever un enfant”, souligne Ian Jacob.
La question de savoir s’il faut quitter ou non Hong Kong, qui a commencé à tarauder de nombreux expatriés à la faveur des troubles de l’été et de l’automne derniers, se pose désormais avec une plus grande acuité à cause de la propagation du virus, qui a fait plus de 1 800 morts au niveau mondial et poussé de nombreuses sociétés de la place financière à demander à leurs employés de travailler de chez eux. Le gouvernement de la chef de l’exécutif, Carrie Lam, se voit reprocher d’avoir mal géré la crise par rapport à Singapour, qui a gardé ses établissements scolaires ouverts.
Une économie qui compte sur ses expatriés
Un exode d’expatriés comme Ian Jacob serait un nouveau coup dur pour l’économie hongkongaise, déjà ébranlée par les manifestations et l’épidémie de Covid-19, avec un nombre de touristes en chute libre et un chômage en hausse.
En effet, les résidents hongkongais originaires d’autres pays jouent un rôle considérable dans les secteurs de la finance, du droit et d’autres services, qui font de la métropole une capitale mondiale du commerce. Environ 690 000 étrangers et Chinois non hongkongais habitent dans la Région administrative spéciale (RAS), dont ils représentent près de 9,5 % de la population, selon le recensement de 2016. La moitié est originaire des Philippines et d’Indonésie, principales sources d’approvisionnement en personnel domestique, mais l’ancienne colonie compte également quelque 35 000 Britanniques et 14 800 Américains.
Fin 2019, le nombre d’habitants de la RAS était en recul de 0,1 % par rapport au dénombrement effectué en milieu d’année ; c’est la première baisse depuis près de vingt ans selon des données communiquées mardi par le gouvernement. Le territoire a enregistré un solde migratoire négatif en 2019 (avec 29 200 sorties de résidents hongkongais, sans compter les Chinois de Chine populaire détenteurs d’un permis d’entrée à sens unique), contre un solde positif de 23 000 entrées au cours de la période de douze mois se terminant mi-2019.
Même s’il n’existe pas de statistiques sur le nombre de personnes envisageant de déménager définitivement, les preuves empiriques d’un changement d’humeur chez les expatriés sont de plus en plus nombreuses. Ainsi, les agences de relocalisation constatent une augmentation des demandes de renseignements pour les déménagements à l’étranger, alors qu’il semble se confirmer que l’impasse politique devrait déboucher sur davantage d’instabilité encore.
Tandis que la guerre contre le virus est déclarée dans la RAS, la situation politique “pourrait bien empirer au cours des prochains jours ou des prochaines semaines”, peut-on lire dans un rapport publié le 11 février par le cabinet de conseil en gestion des risques Steve Vickers and Associates.
Le 19 février, la maladie avait causé deux décès à Hong Kong et au moins 62 cas de Covid-19 y avaient été confirmés. C’est moins cependant qu’au Japon ou à Singapour, mais assez pour créer une peur généralisée. De nombreux employés travaillent désormais de leur domicile, et de nombreux restaurants luttent pour ne pas fermer boutique. Les achats panique ont vidé les supermarchés, où le papier-toilette et les gels désinfectants pour les mains ont disparu des rayons.
Une explosion des demandes de déménagement
L’agence Links International Relocations a enregistré une hausse de 45 % sur un an des demandes de déménagement au cours de la seconde semaine de février, explique Patrick O’Donnel, le directeur général de la société à Hong Kong. Et la prolongation de la fermeture des établissements scolaires jusqu’à la mi-mars au moins, annoncée par le gouvernement le 13 février, risque d’inciter davantage de familles à repartir dans leur pays d’origine, selon lui.
Habituellement, la haute saison des déménagements en dehors de Hong Kong se situe en juin, mais cette année, l’agenda se remplit dès le printemps, indique Timothy Tao, le responsable du développement commercial à Hong Kong de l’agence de relocalisation Asian Tigers Group. Les demandes ont explosé le mois dernier, ajoute-t-il.
Interrogé par nos soins mercredi, Robert Chipman, le directeur général de la société à Hong Kong, a souligné que s’ils enregistraient une forte demande de la part de personnes souhaitant quitter le territoire, en revanche, ils n’avaient quasiment eu aucune demande d’aide à l’installation sur place. Depuis près de vingt ans qu’il est en poste à Hong Kong, “c’est la première fois qu’[il voit] une chose pareille”.
Hong Kong risque de connaître une vague de départs qui pourrait menacer son statut mondial, mettaient en garde Rebecca Silli et Peter Burnett, les présidents des chambres de commerce locales du Royaume-Uni et de la France dans une lettre en date du 12 février.
S’il n’est pas possible de satisfaire rapidement les besoins particuliers des écoles internationales, cela poussera probablement les familles (pas uniquement expatriées) à prendre la décision de quitter Hong Kong dans les semaines qui viennent. Cela aura également des conséquences dramatiques pour les écoles internationales, financièrement parlant, au point même de mettre en péril la poursuite des activités de certaines.”
Néanmoins, de nombreuses entreprises et familles souhaitent demeurer sur place, convaincues que Hong Kong restera une plaque tournante pour les multinationales. Parmi les optimistes, on trouve Donna NguyenPhuoc, résidente hongkongaise depuis vingt ans, directrice associée de la société Sparq Capital, qui coopère avec des gérants de patrimoine familial pour réaliser des investissements conjoints dans des secteurs tels que la technologie :
Parmi ceux qui envisagent de déménager, beaucoup n’habitent pas ici depuis assez longtemps pour comprendre à quel point Hong Kong est résistante. Quand on habite ici depuis longtemps, on sait que Hong Kong va surmonter cette épreuve comme elle l’a fait dans le passé avec d’autres épreuves.”
Partir, au moins le temps que l’épidémie s’atténue
D’autres familles préfèrent cependant partir ailleurs, au moins temporairement, en attendant de voir.
Ainsi, Ruth Lu, cadre dans le secteur des assurances, et mère de deux enfants de 7 et 11 ans, a loué une maison avec piscine sur l’île thaïlandaise de Koh Samui pendant la fermeture des écoles. “Nous n’avons même pas besoin de porter de masque ici”, souligne-t-elle.
Originaire de la province chinoise du Jiangsu et vivant à Hong Kong depuis plus de vingt ans, Mme Lu n’a pas l’intention de déménager dans l’immédiat, mais les troubles ont mis à mal l’image qu’elle avait de la ville : “Ce n’est plus la Hong Kong que j’ai connue à mon arrivée.”
Sous le couvert de l’anonymat car non autorisés à s’exprimer sur la situation, plusieurs banquiers nous ont confié avoir préféré déménager à l’étranger avec leur famille, au moins le temps que l’épidémie s’atténue, et ne pas faire pour l’instant de projets sur le long terme.
Sean Lynch, le directeur de l’École chinoise internationale (Chinese International School), une école privée très prisée qui compte plus de 1 530 élèves, a indiqué qu’environ trois quarts des familles ayant des enfants scolarisés dans leur établissement leur ont communiqué leur lieu de résidence actuel ; dans environ 20 % des cas, c’est en dehors de Hong Kong. C’est normal, selon lui, car l’annonce de la fermeture est survenue pendant le nouvel an chinois, alors que de nombreuses familles se trouvaient encore loin de chez elles.
Certaines ont déjà fait une croix sur la réouverture des écoles le mois prochain. Betty Lai, qui est née à Hong Kong, a grandi au Canada et est mariée à un Britannique, est partie au Royaume-Uni, où elle a inscrit ses deux jeunes enfants dans des écoles du Suffolk. Son mari, un recruteur, peut travailler depuis Londres. La famille prévoit donc pour l’instant d’y rester :
Il est possible que nous finissions par nous y installer pour de bon si la situation à Hong Kong n’est pas réglée d’ici l’été.”
Si ces départs devaient devenir définitifs, la compétitivité de la ville pourrait s’en ressentir, selon Tara Joseph, la présidente de la chambre de commerce américaine à Hong Kong. “Une fois que Hong Kong aura perdu ces éléments talentueux, il lui sera très difficile de les faire revenir”, souligne-t-elle.
Bruce Einhorn
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Source
Bloomberg World View
NEW YORK http://www.bloomberg.com/view/world-view/
Adossé à la célèbre agence de presse économique Bloomberg, le blog World View est consacré “aux débats majeurs qui concernent les marchés émergents”. Il est animé par plusieurs spécialistes reconnus pour leurs compétences en géopolitique tels que Leonid Bershidsky sur la Russie, Chandrahas Choudhury sur l’Inde, Tim Judah sur l’Union européenne et Adam Minter sur la Chine.
Enquête - L’empire souterrain de Carlos Ghosn
Par Jérémie Baruch, Simon Piel, Samuel Laurent
Une information judiciaire est ouverte à Nanterre à l’encontre de l’ex-PDG de Renault-Nissan. Les juges soupçonnent M. Ghosn d’avoir construit un réseau de sociétés-écrans pour assurer son train de vie et détourner des fonds de son groupe à son profit.
« Abus de biens sociaux, abus de bien sociaux aggravés, abus de confiance aggravés, recel de ces infractions, faux et usage, blanchiment aggravé d’abus de biens sociaux et d’abus de confiance aggravés. » La liste des chefs de l’information judiciaire ouverte mercredi 19 février contre X dans le cadre du dossier Ghosn est impressionnante, à l’image de l’affaire ou plutôt des affaires qui ont valu à l’ex-PDG de l’Alliance Renault-Nissan, aujourd’hui réfugié au Liban après avoir fui le Japon, d’être arrêté, fin 2018. Et ce n’est pas la seule action en cours : Carlos Ghosn a également attaqué Renault aux prud’hommes, dans une procédure en référé. Le dossier, qui devait être jugé vendredi, a finalement été renvoyé au 17 avril, à la demande des avocats de l’ex-PDG.
Patron charismatique ayant hissé son groupe automobile dans les premières places mondiales, décrit comme un bourreau de travail exigeant, Carlos Ghosn avait également, selon les soupçons des enquêteurs, tant au Japon qu’aux Etats-Unis ou en France, su faire fructifier son patrimoine et celui de ses proches. Il menait un train de vie dispendieux aux frais de son groupe, qui passait par un véritable empire souterrain de sociétés-écrans et de montages financiers acrobatiques, du Liban au Brésil, en passant par les Pays-Bas ou les îles Vierges britanniques. Cet empire lui aurait permis de détourner, selon les soupçons des enquêteurs, plus de 40 millions d’euros de l’Alliance Renault-Nissan à son profit.
Les juges d’instruction du pôle économique et financier du tribunal de Nanterre, parmi lesquels le redouté Serge Tournaire, s’intéressent aux dépenses de l’ex-PDG, déjà objet d’une enquête préliminaire depuis 2019. Parmi les griefs, l’usage très libéral par M. Ghosn et sa famille du jet privé fourni par l’Alliance Renault-Nissan, mais aussi deux soirées luxueuses organisées par M. Ghosn au sein du château de Versailles et où se sont pressés une centaine d’invités prestigieux, dont à peine une dizaine étaient liés à Renault ou à Nissan. Coût de l’opération : plus de 600 000 euros, assumés par le groupe au travers de sa filiale hollandaise, RNBV.
Accusations balayées
L’enquête va également porter sur un volet jusqu’ici surtout instruit par la justice japonaise : l’ex-patron de Renault-Nissan est suspecté d’avoir détourné à son profit des fonds issus de l’alliance, via un distributeur de véhicules basé à Oman, Suhail Bahwan Automobiles (SBA), « pour des montants de plusieurs millions d’euros », précise le parquet. SBA aurait ainsi reçu des fonds issus d’une ligne budgétaire dite « réserve du président » – jusqu’à 30 millions d’euros de Nissan, 10 millions pour Renault. Cette manne, présentée comme des « primes de performance », aurait servi pour partie, selon l’enquête japonaise, à abonder une société libanaise, Good Faith Investments.
Cette société est détenue par Divyendu Kumar, également directeur général de SBA. Parmi ses actionnaires minoritaires, on trouve un avocat libanais, Chadi Youssef Abi Rached, ainsi qu’Amal Rachid Rizkallah Abou Jaoudé, une assistante libanaise qui a travaillé avec M. Ghosn et fut longtemps employée du cabinet de Fady Gebran, ami de longue date et avocat de l’ex-PDG, jusqu’à son décès en 2017.
Good Faith Investments aurait ensuite, toujours selon l’enquête japonaise, réalisé plusieurs investissements dans des sociétés détenues par la famille Ghosn : Shogun Investments LLC, un fonds d’investissement dans les technologies contrôlé par Anthony Ghosn, le fils de Carlos ; mais aussi Beauty Yachts PTY, société créée aux îles Vierges britanniques, gérée par l’épouse de M. Ghosn, Carole, et propriétaire du yacht des Ghosn, le Twig, actuellement ancré au Liban.
Autant d’accusations balayées par l’entourage de M. Ghosn : pour eux, s’il y a bien des fonds investis par Good Faith Investments dans Shogun Investments et dans Beauty Yachts, ils ne proviennent pas de Nissan, mais de « l’argent personnel » de Suhail Bahwan Automobiles. Ce sont pourtant bien les flux financiers constatés entre Renault et SBA qui intéressent la justice française. Les commissaires aux comptes de Renault avaient signalé ces flux suspects à la justice. Ils sont aussi au cœur de l’audit interne réalisé par Renault et Nissan en 2019.
« Panama Papers »
Le Liban n’est pas le seul pays dans l’empire caché de Carlos Ghosn. Un autre volet du dossier, déjà instruit par le Parquet national financier, concerne les Pays-Bas. La filiale RNBV, copilotée par Renault et Nissan, a servi à financer certaines dépenses personnelles de M. Ghosn, dont ses fastueuses réceptions versaillaises. Mais la structure a aussi permis de rémunérer, entre 2010 et 2012, l’ex-garde des sceaux et actuelle candidate du parti Les Républicains à la Mairie de Paris, Rachida Dati. Mme Dati, qui venait alors tout juste d’obtenir son titre d’avocate, aurait perçu un total de 900 000 euros de RNBV pour des missions aux contenus des plus flous. Le criminologue Alain Bauer a lui aussi été rémunéré par RNBV pour plusieurs missions, à hauteur de plus d’un million d’euros.
Une autre filiale hollandaise, Zi-A Capital, a servi à financer l’achat des domiciles de M. Ghosn au Brésil et au Liban, via un réseau de structures-écrans aux îles Vierges britanniques et au Liban. Parmi celles-ci, Phoinos Investments, propriétaire de la « villa rose », le logement de M. Ghosn à Beyrouth. Le siège social de cette société est situé à l’adresse du cabinet libanais de feu Fady Gebran. Parmi ses administrateurs, on trouve une fois encore Amal Rachid Rizkallah Abou Jaoudé, l’assistante libanaise de M.Ghosn.
Le Monde a pu identifier, au travers des « Panama Papers », cette fuite massive de documents issus du cabinet Mossack Fonseca, spécialiste de la création de sociétés offshore, une autre société qui suscite l’interrogation. Mme Abou Jaoudé apparaît également parmi les administrateurs d’une énième structure opaque, créée au Panama, OpenSea Real Estates. Selon les documents de Mossack Fonseca, une autre personne était bénéficiaire de cette société jusqu’en 2012 : Claudine Bichara de Oliveira, la sœur de Carlos Ghosn, qui vit au Brésil.
La société OpenSea Real Estates fut, selon les documents issus des « Panama Papers », à l’origine de l’ouverture en 2012 d’un compte dans la banque suisse Julius Baer. Les autorités japonaises soupçonnent cet établissement d’avoir hébergé des comptes appartenant à M. Ghosn. Elles ont demandé début janvier l’aide de leurs homologues helvètes à ce sujet.
Si l’on se fie au registre des sociétés libanais, OpenSea Real Estates est aujourd’hui toujours détenue par la sœur de Carlos Ghosn, via une holding libanaise. L’entourage de M. Ghosn assure n’avoir aucune connaissance de cette société et refuse de communiquer sur d’éventuels comptes bancaires chez Julius Baer. Mme Bichara de Oliveira n’a pas donné suite à nos demandes de contact.
La sœur de M. Ghosn est citée dans l’enquête à un autre titre : elle a été rémunérée à hauteur de 50 000 dollars (46 000 euros) par an depuis 2003 par Nissan, pour des missions dont la réalité est une fois encore des plus floues. « Elle a fait des travaux préparatoires puis d’accompagnement de l’implantation d’une usine Nissan au Brésil et elle a piloté des projets sociaux orientés vers l’éducation, ce qui a contribué à améliorer l’image de Nissan au Brésil », explique l’entourage de M. Ghosn.
Queening chair
Au royaume des humiliations érotiques, le queening, aussi appelé face-sitting, tient une place de choix. Cette pratique consiste à s’asseoir sur le visage de son partenaire, pour forcer des rapports oro-génitaux et provoquer une sensation de confinement. L’écrasé/e se situe aux premières loges des textures, saveurs et odeurs intimes – au cœur du tabou, en somme.
Comme s’en douteront les grands sportifs, s’asseoir sur quelqu’un sans lui fracturer le nez demande de solides muscles dans les cuisses : il s’agit plutôt de s’accroupir en contrôlant son équilibre. Si l’aventure se prolonge, l’inconfort peut interdire l’orgasme. C’est pour cette raison que les experts en mobilier érotique ont conçu la queening chair, c’est-à-dire un trône troué permettant à la queen de se relaxer pendant que les honneurs lui sont rendus. Selon les spécificités de son fantasme, on peut préférer la smotherbox, un caisson à étouffement ouvert sur le dessus, ou ce que les Allemands appellent Toilettenbox, soit une smotherbox surmontée d’une lunette de toilettes (vous suivez ?).
Evidemment, cet accès à des plaisirs royaux affiche des prix pas franchement démocratiques : un modèle bien fichu (combinant bois, cuir et métal) tourne autour des 400 euros. Les bricoleurs préféreront se mettre au boulot, en attendant qu’Ikea en propose une version rose dans son fameux catalogue (modèle Kwin Chär).
Reste une question : pourquoi queen au féminin ? Tout d’abord, rassurons les mâles, le kinging existe aussi. Mais avant tout, le queening constitue un fantasme d’hommes soumis. Les œuvres de l’artiste japonais Namio Harukawa, célèbre et infatigable promoteur du genre, nous en font entrevoir la raison : assises sur des hommes maigrichons, ses héroïnes aux fessiers pantagruélesques rayonnent de puissance, de sérénité… et parfois de malice. En majesté.
Laetitia Casta
Extrait de la série « une Ile » pour @artefr
merci pour cette belle aventure
Réalisation : Julien Trousselier
avec
Noée Abita
Manuel Severi
Sergi López
Alba Gaïa Bellugi
Marie-Pierre Nouveau
Henri-Noël Tabary
Cédric Appietto
Hosni Moubarak, le dictateur immobile
Par Claude Guibal, Le Caire, de notre correspondante — Libération
Hosni Mubarak à Orly le 28 janvier 1986. Photo Georges Bendrihem. AFP
Successeur de Sadate en 1981, le raïs aura réussi à maintenir l’Egypte au premier rang des nations arabes. Mais son obsession de la stabilité et de la sécurité l’a empêché de moderniser le pays.
Hosni Moubarak, le dictateur immobile
[L'ANCIEN PRÉSIDENT ÉGYPTIEN, HOSNI MOUBARAK EST MORT À 91 ANS. IL AVAIT RÉGNÉ SUR SON PAYS PRESQUE TRENTE ANS AVANT SA CHUTE, EN 2011, LORS DES «PRINTEMPS ARABES». NOUS REPUBLIONS UN PORTRAIT ÉCRIT À CETTE OCCASION.]
Dans les livres d’histoire sur l’antiquité égyptienne, il y a des noms que tout le monde connaît et qui servent de point de repères : Ramsès II, Akhénaton, Aménophis IV. Ils sont les François Ier, Louis XIV ou Napoléon d’une immense épopée. Et puis il y a de longues plages indéterminées dont aucun nom ni fait majeur ne se détache. Ce sont les «périodes intermédiaires».
Hosni Moubarak, qui a largement battu le record de longévité au pouvoir depuis l’instauration de la République, en 1954, aura été une longue période intermédiaire à lui tout seul. Malgré la durée de son règne quasi trentenaire, c’est un pharaon de transition qui s’est inscrit dans le sillage de ce qu’avait lancé son prédécesseur, Anouar el-Sadate, qu’il s’agisse de la paix avec Israël et de l’alliance américaine, ou de ses rapports avec les islamistes. Il réprima durement toute velléité politique des Frères musulmans tout en leur laissant la bride sur le cou sur le terrain social afin de donner une meilleure assise au régime.
Hosni Moubarak, paraît-il, ne manquait pas d’humour. Et d’aucuns assurent qu’il avait ri en entendant cette nokta, trait d’humour si typiquement égyptien : au premier jour de sa présidence, son chauffeur, hérité de ses prédécesseurs, lui demande quel chemin emprunter pour se rendre au palais présidentiel. «Que faisait Nasser ?» s’enquiert alors Moubarak. «Nasser prenait toujours à gauche», répond le chauffeur. «Que faisait Sadate ?» «Il prenait toujours à droite.» Hosni Moubarak réfléchit alors un moment, et dit : «Mets le clignotant un coup à gauche, un coup à droite. Et gare-toi.» L’immobilisme, de fait, est le meilleur moyen d’éviter les accidents.
Ni le charisme de Nasser, ni le bagout de Sadate
En vingt-neuf ans de règne - le plus long qu’ait connu l’Egypte depuis le sultan Mohamed Ali -, Hosni Moubarak a toujours fait de la prudence le moteur de ses décisions. Lucide, il sait qu’il n’a ni le charisme naturel de Nasser, ni le bagout d’un Sadate. Ce besogneux, méticuleux, réfléchi, lent, réticent aux grands chambardements, aime jouer les forces tranquilles. Certains, à commencer par les chefs d’Etat occidentaux, y voyaient la preuve d’une rassurante sagesse. Beaucoup, en Egypte, percevaient surtout dans cet immobilisme le moyen de verrouiller le pouvoir, en évitant que le pays ne s’engage dans la voie des réformes. Un modus operandi très souvent qualifié de «dictature molle». C’est enterrer un peu vite la prouesse principale d’Hosni Moubarak. Héritant à la mort de Sadate du plus grand Etat du monde arabe, le raïs aura réussi, plus d’un quart de siècle durant, à lui éviter guerres et désastres dans un Proche-Orient en ébullition permanente. Armé d’un double credo, obsession sécuritaire et stabilité à tout prix, il aura réussi le tour de force de ne jamais laisser son pays basculer dans le précipice. Mais il ne lui aura jamais donné, non plus, les moyens d’aborder, tête haute et bien armé, les défis du XXIe siècle et de la modernité.
Né le 4 mai 1928 dans le gouvernorat de Menoufeya, dans le delta du Nil, Mohamed Hosni Moubarak est un homme issu de la petite bourgeoisie rurale, ancrée dans le limon du fleuve. A 24 ans, alors que le Mouvement des officiers libres, menés par Gamal Abdel Nasser, renverse la monarchie, le jeune homme sort de l’académie militaire.
C’est dans cette Egypte bouleversée où les gradés remplacent avec fracas aristocrates et haute bourgeoisie que le futur raïs va grimper les échelons. Ses pairs décrivent alors un homme discret, presque falot, goûtant peu les intrigues, profondément dévoué à ses chefs, et parfaitement discipliné. Sonné, comme tous les Egyptiens, par la défaite de 1967, il est à la tête de l’armée de l’air lorsqu’éclate la guerre de 1973. Un sursaut permet à l’aviation égyptienne de redorer ses galons. Et à Hosni Moubarak de s’auréoler d’une gloire militaire qui sera un des piliers sur lesquels il appuiera sa légitimité, aussi bien parmi l’armée que dans la population.
L’exportation du «problème terroriste»
Quand le «héros de guerre» est appelé par Anouar el-Sadate à la vice-présidence, en 1975, il est pourtant inconnu de beaucoup. «Son aisance et son charisme ne se sont révélés qu’une fois au pouvoir. A l’époque, il se tenait plutôt en retrait, silencieux, presque insipide», confie un journaliste libanais qui le croisait alors dans l’ombre de Sadate. Le président égyptien s’appuie pourtant de plus en plus sur ce second qu’il envoie en mission à l’étranger. Dans les coulisses des accords de Camp David, en 1978, ou sous les ors des palais présidentiels du monde entier, Hosni Moubarak fait ses classes en diplomatie internationale. Il y excelle, se révélant capable d’entretenir les meilleures relations avec Washington comme avec Moscou.
Lorsque Sadate s’écroule, le 6 octobre 1981, sous les balles de soldats qui ont rejoint les rangs du jihad, c’est sans discussion que son vice-président le remplace à la tête d’une Egypte abasourdie. Un héritage empoisonné qu’il utilisera à sa manière, sans jamais opérer de choix radicaux et sans jamais se départir de son obsession sécuritaire.
Quand il la prend en main, l’Egypte est au banc du monde arabe pour avoir été le premier Etat arabe à signer la paix avec Israël. Le nouveau raïs doit gérer un pays rongé par la terreur. Il envoie les assassins de Sadate à la corde, et leurs zélotes en prison. Nombre d’entre eux y sont encore, jamais libérés bien qu’ils aient depuis longtemps purgé leur peine. Soucieux de se débarrasser des autres militants islamistes, l’Etat égyptien les encourage alors à suivre la voie du jihad ailleurs, en facilitant leur départ pour l’Afghanistan, où les moudjahidin combattent l’armée soviétique. C’est ainsi que l’Egypte de Hosni Moubarak, plutôt que de traiter à la source son «problème terroriste», va l’exporter, envoyant au loin tous ceux qui, comme Ayman el-Zawahiri, formeront vingt ans plus tard la tête pensante d’Al-Qaeda.
Pour ceux qui restent au pays, Moubarak choisit la méthode forte. La répression est brutale. Des milliers d’islamistes sont arrêtés. Dans le Saïd, au centre de l’Egypte, base arrière des islamistes armés, la police fait raser les champs de canne à sucre pour mettre à découvert les caches terroristes, arrête des familles entières, pratique l’intimidation et la torture. Une approche sanglante que lui reproche la communauté internationale et les associations des droits de l’homme. Des accusations qui blessent le raïs. Il en concevra de l’amertume. Des années plus tard, il notera, acerbe, que les Etats-Unis, autrefois si critiques envers lui, useront des mêmes méthodes dans leur lutte antiterroriste.
Un jeu ambigu avec les Frères musulmans
Afin d’isoler les terroristes, Hosni Moubarak décide d’afficher une certaine tolérance à l’égard de la confrérie des Frères musulmans - théoriquement interdite -, dans la mesure où elle affiche publiquement son refus de la violence. Les islamistes, sans pouvoir bénéficier d’une existence politique officielle, participent ainsi aux scrutins. Commence alors un jeu ambigu et dangereux entre le pouvoir et les Frères. Bien que très discret et mesuré sur sa propre pratique religieuse, Hosni Moubarak va laisser s’instaurer un islamisme de plus en plus présent au sein de la société égyptienne, multipliant les gages «islamiquement corrects», au point de laisser se transformer radicalement la société.
Aux jupes courtes des années 80, ont ainsi succédé les hijabs colorés, peu à peu supplantés par les voiles intégraux, les sombres niqabs. Mais face au terrorisme, le raïs ne transigera jamais. A chaque attentat, il fait front. Il croit être parvenu au comble de l’horreur en 1997, à Louxor, où plus de 60 vacanciers sont abattus par un commando des Gamaa al-Islamiya. Les touristes fuient le pays, l’Egypte est sous le choc. Moubarak ne vacille pas et traque sans merci les terroristes. La paix revient, durablement, pense-t-on alors. Jusqu’à 2003. Des attentats-suicides successifs frappent les lieux touristiques du Sinaï, Taba, Charm el-Cheikh. Des attaques auxquelles les services de sécurité vont répondre par une répression aveugle et mal ciblée, qui va faire de la péninsule désertique une zone quasi insurgée.
Obsédé par la sécurité, Hosni Moubarak a toujours refusé de lever l’état d’urgence instauré à la mort de Sadate, s’attirant là la haine de la société civile égyptienne. Justifiée aux pires moments de la lutte contre les islamistes, la loi martiale est aussi devenue par la suite un moyen d’étouffer toute contestation politique ou sociale. Une arme au service du pouvoir, permettant pêle-mêle l’interdiction des manifestations, la restriction des activités politiques ou la multiplication des arrestations sans charges.
Cet aveuglement à prendre en compte les aspirations de son peuple à la liberté lui aura coûté toute popularité ces dernières années. Car l’avènement des télévisions satellitaires et l’explosion d’Internet ont changé la donne. Longtemps terrorisés à l’idée de critiquer le régime, les Egyptiens se sont enhardis. Désespérés par la violente crise économique, le chômage, la corruption, le manque de libertés civiques, ils ont trouvé un écho à leurs revendications dans les cris du mouvement Kifaya («Ça suffit !») qui, en 2005, a fait tomber le tabou ultime en critiquant le Président et sa famille lors de manifestations dans les rues du Caire. Mais en vain : tout en concédant quelques réformes cosmétiques à l’aube de sa dernière réélection, en 2005, Hosni Moubarak n’a pas su prendre le tournant démocratique. Bien au contraire. Embastillant Ayman Nour, son principal concurrent à la présidentielle, dépêchant des milliers de policiers dans les rues pour contrer la moindre manifestation, multipliant les rafles et les arrestations sans charges, le raïs s’est aliéné, en quelques années, la quasi-totalité de la population. A l’exception des caciques du Parti national démocrate et des milieux d’affaires, qui ont accompagné l’ascension vers le pouvoir de son fils cadet, Gamal, un banquier ultralibéral présenté depuis plusieurs années comme son successeur.
Suzanne, épouse omniprésente au cœur des intrigues
Victime de plusieurs tentatives d’assassinats, dont une, à Addis-Abeba en 1995, à laquelle il ne réchappera que miraculeusement, Hosni Moubarak s’est en effet longtemps refusé à nommer un vice-président. Il ne s’y résoudra que ces derniers jours, sous la pression du soulèvement populaire, dans une tentative désespérée de ramener le calme.
Ces incertitudes sur sa succession, ajoutées à ses soucis de santé et aux multiples rumeurs de disparition, ont alimenté les spéculations toutes ces dernières années. Et entretenu autour lui un climat d’intrigue et de compétition dans lequel son épouse, Suzanne, joue un rôle influent. Femme de caractère, omniprésente sur les questions sociales, on lui prête, plus qu’à son mari, d’être à l’origine de la mise sur orbite politique de leur fils Gamal. En une poignée d’années, ce dernier s’est en effet hissé à la tête du parti au pouvoir, se plaçant en candidat naturel à la succession.
Cet héritage du pouvoir programmé n’est guère du goût des Egyptiens, qui n’ont jamais accordé le moindre crédit aux dénégations répétées d’Hosni Moubarak et de son fils, jurant qu’il n’y avait pas de pouvoir héréditaire en Egypte. Transparent en matière politique, Gamal Moubarak l’est beaucoup moins en économie. Son influence grandissante se signale alors par une forte inflexion libérale du régime, trop longtemps handicapé par les lourdeurs de l’économie soviétisée héritée de l’ère nassérienne. Mais ce changement ne s’est soldé que par un écart accru entre la bourgeoisie des affaires, engagée dans une course folle à l’argent, et le reste de la population, au bord de la misère.
Les relations particulières avec Israël
Hosni Moubarak, à qui on ne prête pourtant guère de goût pour le luxe ou l’ostentatoire, a vu son image d’homme intègre irrémédiablement salie par l’ambiance d’affairisme qui régnait autour de son dernier gouvernement d’avant la révolution, composé massivement de businessmen. Grèves ouvrières, hausse des prix délirante, scandales financiers, les dernières années du règne du raïs ont été plombées par une colère sociale sourde sur laquelle les Frères musulmans ont pu capitaliser. Une colère que rien ne vient adoucir, dans ce Proche-Orient en proie au chaos et aux chocs répétés entre islam et Occident.
C’est pourtant de ce domaine géopolitique que Moubarak tire ses plus grands mérites. Les accords de paix avec Israël, qui ont coûté la vie à son prédécesseur, ont beau être rejetés par la population, il saura s’y tenir, pragmatique et résolu. C’est ainsi qu’il parvient, en 1982, à récupérer le Sinaï et à devenir un acteur de premier plan de la donne israélo-palestinienne. Signataire de la paix, il a su s’imposer comme médiateur naturel dans la région et justifier longtemps auprès du Congrès américain le maintien de l’aide annuelle de 2,1 milliards que les Etats-Unis octroient à l’Egypte.
Car Moubarak a bien conscience que ce statut d’allié privilégié est la meilleure façon pour l’Egypte de rester parmi les grands. Concurrencée par l’Arabie Saoudite et par l’Iran, elle n’est plus la grande puissance incontournable qu’elle a été sous Nasser. Pour se maintenir dans la course, le raïs n’aura donc eu de cesse d’apparaître comme le seul leader arabe capable de soutenir fermement les Palestiniens tout en dialoguant avec Israël. Un travail d’équilibriste, jouant les bons élèves pour Washington au risque de mécontenter son propre peuple, qui préfère s’enflammer pour des Yasser Arafat ou des Saddam Hussein, plus emblématiques de la fierté arabe.
Avec Israël, ce voisin avec qui l’Egypte a signé la paix tout en refusant de normaliser les relations, Moubarak aura joué un ballet étonnant, fait d’entrechats et d’éloignements, sans jamais jouer la rupture. Il ne s’y rendra qu’une fois, en 1995, sommé par la Maison-Blanche d’assister aux funérailles de Yitzhak Rabin. Mais il multipliera les invitations et les sommets internationaux, qu’il aimait tenir dans sa ville fétiche de Charm el-Cheikh, symbole d’une Egypte qu’il a su propulser à la tête des destinations touristiques les plus prisées de la planète.
Ces rencontres ont été pour lui l’occasion de tisser des relations souvent chaleureuses avec ses homologues internationaux. Avec François Mitterrand ou Jacques Chirac, diplomates français et égyptiens parlent même de forte amitié, nourrie par son habileté à faire rire ses interlocuteurs par des imitations tordantes de ses pairs arabes. Parmi les principales sources de son ironie, le colonel Kadhafi ou Hafez el-Assad.
La une de Libération le 31 janvier 2011.
Auprès des leaders palestiniens, il tentera de jouer les parrains sévères, ne cachant pas son agacement envers Yasser Arafat, qu’il trouve ingérable. La prise de pouvoir du Hamas à Gaza, en 2007, va le mettre dans une position des plus inconfortables. Obligé de composer avec le gouvernement islamiste, il ne lui pardonnera jamais d’avoir fait exploser la frontière avec l’Egypte début 2007, permettant à des dizaines de milliers de Gazaouis de se ruer dans le Sinaï. Il n’oubliera jamais l’humiliation de ce fait accompli, devant lequel il aura pourtant su réagir avec une certaine habileté. Il n’en concevra que plus de colère encore envers les Frères musulmans, qu’il soupçonne de collusion avec le Hamas pour le déstabiliser et provoquer sa chute.
La corde sensible du patriotisme
En trente ans de pouvoir, l’homme Moubarak aura vécu dans une extrême discrétion. A la manière des dictateurs, il a fait afficher son image à tous les carrefours des grandes villes du pays. Et à chacun de ses anniversaires, les pages des journaux officiels étaient couvertes d’encarts louangeurs. Mais sa vie privée est demeurée un tabou qu’aucun journaliste égyptien n’a jamais osé briser.
Dans ses interventions télévisées des 1er février et de jeudi, alors que des centaines de milliers d’Egyptiens étaient dans la rue, le vieux raïs aux cheveux noirs a par deux fois tenté de jouer sur la corde sensible du patriotisme et du paternalisme. Il a rappelé son passé de héros de la guerre de 1973, durant laquelle il commandait les forces aériennes. Et, surtout, il a glissé au détour d’une phrase qu’il voulait mourir et être enterré dans son pays. Un appel pathétique que le peuple égyptien n’a pas voulu entendre.
Ren Hang - photographe - Date/lieu de naissance : 30 mai 1987, Jilin, Chine. Date et lieu de décès : 24 février 2017, Pékin...
“La sensation était folle”- Des femmes racontent leur première masturbation
[Hors série Cheek x Les Inrocks - Plaisir féminin] Un jet de douche puissant, une selle de vélo serrée, un oreiller contre notre peau… et voilà que la chaleur monte dans le bas-ventre. Des premières sensations aux caresses autoérotiques, la première masturbation est un apprentissage (souvent) à l’aveugle.
Entre secousses sensorielles, tâtonnements maladroits et couacs, comment se passent ces premiers instants où l’on cherche la jouissance de soi ? Selon une enquête IFOP1, en 2019, trois femmes sur quatre (76 %) déclarent s’être déjà masturbées au cours de leur vie, contre 60 % en 2006 (CSF2). Comment trouve-t-on le chemin vers les terminaisons de son plaisir ? Peut-on jouir sans connaître son corps ? Des femmes entre 20 et 32 ans nous ont raconté leur autre “première fois”.
Mathilde, 24 ans
“J’ai commencé à me masturber avec une peluche, vers l’âge de 6 ou 7 ans. J’avais un long serpent d’un mètre cinquante comme traversin dans mon lit. Le soir, dans ma chambre, je le mettais autour de mes jambes et de mes bras. Je baissais mon pantalon et je me frottais bien autour de lui. Je me suis rendu compte que c’était hyper agréable de faire ça. J’ai réussi à jouir et c’était assez dingue. J’avais très envie de le refaire.”
Marion, 27 ans
“La première fois que j’ai entendu parler de masturbation féminine, c’est en lisant… Le Journal d’Anne Frank. Je me souviens très bien de la scène où elle découvre le plaisir solitaire. Elle met un doigt dans son sexe et le décrit assez précisément. Au moment où j’ai lu ça, je devais avoir 12 ou 13 ans. Ça m’a bouleversée. J’ai essayé de le refaire, mais ça ne marchait pas du tout. Je crois que je ne savais pas comment m'y prendre, ça n’allait pas avec juste un doigt. J’avais l’impression que c’était un peu technique, un peu ardu… C’est bien plus tard que j’ai découvert qu’il me fallait un pommeau de douche ou un gode pour avoir un orgasme.”
Camille, 32 ans
“Vers l’âge de 7 ans, j’allais chez mes grands-parents avec ma cousine dont j’étais super proche. On dormait dans le même lit et je me souviens qu'on prenait nos doudous et qu'on les mettait entre nos jambes en se faisant des films. On se disait qu'on avait des amoureux et qu'on faisait l'amour – je crois qu'on mimait un peu maladroitement des bruits d'adultes. On savait toutes les deux très bien trouver notre plaisir, ce que je trouve assez fou si jeunes. Mais c'était notre secret évidemment.”
Chloé, 26 ans
“Ça a commencé vers l’âge de 8 ans, les jours de piscine. Dans mon lit, le matin au réveil, je me déshabillais pour enfiler mon maillot de bain sous mes vêtements avant de partir à l'école. Mais une fois toute nue, au lieu d'enfiler mon maillot, je retournais sous la couette. Je ne sais pas pourquoi je le faisais, mais c'est devenu un rituel. Ce qui éveillait un désir érotique, c'était vraiment le fait d'être nue et le contact des draps sur ma peau, la sensation de chaleur en retournant sous la couette. Je voyais des choses, des couleurs, des formes, comme si je visualisais le plaisir qui monte.”
Lucie*, 27 ans
“Je me suis masturbée pour la première fois vers l’âge de 19 ou 20 ans. J’ai parlé avec une amie qui m’a donné envie de tenter l'expérience. Intuitivement, j’ai trouvé mon clitoris. J’ai fait des gestes approximatifs mais efficaces. Le plaisir est monté de malade, je me suis demandé si c’était normal, si ça allait s’arrêter… La sensation était folle, j’ai eu un orgasme. J’ai écrit à mon amie pour le lui annoncer… J’ai regardé mon téléphone et j’ai vu : ‘Message envoyé à parrain.’ Et là, j’ai eu envie de crever… J’ai envoyé un second message, pour justifier le premier. Il a fait comme s’il n’avait rien vu et m’a dit que j’avais raison de ‘m’amuser’… Aujourd’hui, ça me fait rire, même si la honte brûlante a duré longtemps.”
Juliana, 24 ans
“Je me rappelle, vers l’âge de 8 ans, je me masturbais. J’appuyais sur mon sexe sans savoir. Ça faisait du bien, comme des guilis. C’était sympa. Je regardais les films de James Bond à la télé, dans le salon. Il y avait des scènes avec des meufs sexy et le mec qui commence à les chauffer. Ça plaisait bien à mon imaginaire de gamine. Un jour, ma mère m’a vue et m’a fait une remarque. Par la suite, je ne me suis pas arrêtée pour autant. J’avais envie de découvrir mon corps. Comme c’était un truc vraiment interdit, ça m’excitait encore plus. Je le faisais planquée dans les toilettes ou quand tout le monde dormait.”
Nina*, 26 ans
“J’avais autour de 8 ans quand j’ai découvert la masturbation. J’avais un scénario en tête, des fantasmes qui découlaient d’images volées, genre bande dessinées pornos. Pour me mettre en situation, je glissais un foulard dans mon T-shirt pour faire une fausse poitrine. Je crois que je visualisais l’image de la femme que j’aurais voulu être, avec ses jolies formes. Je me frottais contre un coussin ou une couverture, dans mon lit. Je stimulais mon clitoris. Du premier coup, ça a très bien fonctionné ! J’ai longtemps utilisé la même technique.”
Clara*, 21 ans
“J’étais chez mes grands-parents et je regardais la télé. Je me suis endormie sur le canapé et quand je me suis réveillée, la télé diffusait un film pornographique. Je devais avoir 10 ou 11 ans. J’étais perplexe. Un peu après, quand j’ai été seule chez ma mère, j’ai voulu retenter l’expérience. En regardant du porno, j’ai senti une sorte de chaleur au niveau de mon clitoris et j’ai commencé naturellement à me caresser. Chaque sensation était une découverte.”
Claire*, 23 ans
“J’ai découvert la masturbation un peu par hasard, quand j’ai eu 12 ou 13 ans. C’était plus comme un jeu, je ne savais pas vraiment ce que je faisais. Je croyais que j’avais trouvé un truc fou, que j’étais la seule capable de faire. J’étais dans un internat catholique. Je ne pouvais pas en parler à mes copines, les questions de sexualité étaient hyper taboues. Je croyais que j’étais une obsédée sexuelle. Mais je le faisais assez régulièrement, même à l’internat, et je trouvais ça cool. J’avais l’impression d’avoir un genre de super pouvoir sur mon corps.”
1 Étude Ifop pour le magazine Elle “Où en est la vie sexuelle des Français en 2019 ?”, réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 28 au 29 janvier 2019 auprès d’un échantillon de 1 007 femmes, représentatif de la population féminine âgée de 18 ans et plus résidant en France métropolitaine.
2 Enquête Contexte de la sexualité en France (CSF), réalisée entre septembre 2005 et mars 2006 par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et l’Institut national d'études démographiques (Ined) à l’initiative de l’Agence nationale de recherche contre le sida (ANRS).
* Les prénoms ont été modifiés
Le Hors série Cheek x Les Inrocks "Plaisir féminin" est disponible en kiosque depuis le 7 février









