Canalblog Tous les blogs
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Jours tranquilles à Paris

Publicité
10 février 2020

Coronavirus : la semaine où tout peut basculer

Par Frédéric Lemaître, Pékin, correspondant

La fin des fêtes du Nouvel An lunaire fait peser le risque d’une nouvelle aggravation de l’épidémie en Chine. Mais le risque est aussi politique, alors que les critiques contre le pouvoir se multiplient.

Les jours à venir pourraient être décisifs – tant sur le plan sanitaire que politique – dans la lutte contre le coronavirus 2019-nCoV. D’abord parce que, si l’on en croit les chiffres officiels, le nombre de nouveaux cas commence à diminuer tant dans le Hubei que dans le reste de la Chine.

Dans le Hubei, la décrue aurait commencé le 4 février. Il y eut ce jour-là 3 156 nouveaux cas, un chiffre descendu à 2 147 cas samedi 8 février. Mais, signe que cette amélioration reste fragile, le nombre de nouveaux cas est remonté, dimanche, à 2 618 dans le Hubei. Le reste de la Chine connaîtrait lui aussi la même évolution avec 731 nouveaux cas, le 4 février, et 446, dimanche 9 février.

Il y a de multiples raisons, à la fois politiques et pratiques, de ne pas se fier aux données officielles, mais on ne peut pas non plus exclure qu’elles reflètent une tendance en cours. Une tendance à la stabilisation davantage qu’à l’amélioration. D’ailleurs, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le docteur Tedros, qui, depuis le début de la crise, est critiqué en Occident pour ses éloges de la Chine, semble à nouveau prudent. Evoquant la propagation internationale du virus, il estime que « nous ne voyons peut-être que le sommet de l’iceberg ». Là aussi, tout peut basculer.

Si l’OMS se garde bien de critiquer Pékin, elle y a envoyé dimanche une nouvelle mission internationale d’experts, dirigée par Bruce Aylward, un scientifique canadien qui, selon le site de l’OMS, a coordonné la réponse internationale à la crise du virus Ebola. L’envoi de Bruce Aylward tend à montrer que, même pour l’OMS, la situation en Chine est loin d’être stabilisée.

Les Chinois eux-mêmes sont inquiets : symboliquement, depuis ce week-end, le coronavirus a déjà tué davantage de personnes — 908 — que son redoutable prédécesseur : le SRAS. Un des problèmes est qu’après avoir tout fait pour retarder la reprise du travail en prolongeant les fêtes du Nouvel An lunaire, celles-ci devraient malgré tout prendre fin ce 9 février.

Un volcan en passe de se réveiller

Tant les employeurs que les salariés ont besoin, pour des raisons économiques évidentes, de reprendre le travail. Du coup, les Chinois cantonnés chez eux devraient progressivement recommencer à sortir et à voyager. Shenzhen, Canton, Shanghaï et Pékin : ces quatre villes de plus de 20 millions d’habitants chacune devraient finir par sortir de leur léthargie actuelle. Rien qu’à Pékin, 8 millions d’habitants – un sur trois – partis en province pour les fêtes seraient sur le point de rentrer.

Peut-on éviter que ce retour à une certaine normalité ne débouche sur une nouvelle aggravation de l’épidémie hors du Hubei ? C’est toute la question pour les autorités, qui multiplient les contrôles un peu partout dans le pays, afin de mettre en quarantaine la moindre personne ayant de la fièvre. Signe de leur inquiétude : malgré les risques évidents de ralentissement de l’économie, les responsables chinois se seraient résolus à exiger ce week-end de Foxconn — le principal sous-traitant mondial d’électronique — de repousser d’une à deux semaines la reprise du travail dans certaines de ses gigantesques usines. Un cas qui est loin d’être unique même si aucune consigne nationale n’est donnée.

L’enjeu n’est pas que sanitaire ou économique. Il est aussi politique. Depuis la mort, officiellement reconnue le vendredi 7 février, du docteur Li Wenliang, qui avait été l’un des premiers à essayer – en vain – d’attirer l’attention des autorités sur la gravité du nouveau virus, la Chine ressemble à un volcan en passe de se réveiller. Malgré la censure sur les réseaux sociaux, les critiques contre le pouvoir se multiplient à tous les niveaux de la société.

Journée nationale de la liberté d’expression

Parmi les initiatives les plus marquantes, une lettre ouverte de neuf universitaires pékinois de renom comportant cinq revendications, dont la première n’est autre que de faire du 6 février la journée nationale de la liberté d’expression. Le 6 et non le 7 car, pour nombre de Chinois, le docteur Li est mort dans la soirée du 6 avant que le pouvoir chinois, paniqué, tente par tous les moyens de le réanimer – en vain – et ne finisse par reconnaître sa mort le vendredi 7 février.

Le nombre de revendications – cinq – ne doit rien au hasard. Fin 1978, alors que Deng Xiaoping avait promis quatre modernisations, toutes relevant du champ économique, un électricien, Wei Jinsheng, allait spectaculairement en revendiquer une cinquième : la démocratie, donnant le coup d’envoi du « printemps de Pékfin ».

Une autre lettre ouverte, signée par dix universitaires de Wuhan, réclame également la liberté d’expression – prévue par la Constitution, rappellent-ils –, des excuses du pouvoir aux médecins lanceurs d’alerte et la reconnaissance du docteur Li comme « martyr national ».

« Cygnes noirs » et « rhinocéros gris »

Par ailleurs, le pouvoir a dépêché à Wuhan ces derniers jours des milliers de médecins et d’infirmières venus de tout le pays. De nombreuses images montrent ceux-ci se couper les cheveux comme les soldats qui, hier, acceptaient de se sacrifier en partant au combat. Si la propagande vante la solidarité que manifeste le pays à l’égard de Wuhan, nul doute que leurs familles demanderaient des comptes au gouvernement s’il apparaissait que leur sacrifice ait été vain.

Pour le moment, rien ne dit que le pouvoir soit tenté de faire la moindre concession. Ces derniers jours ont d’ailleurs été marqués par un surcroît de répression à l’égard des voix contestataires. Rien ne dit non plus que Xi Jinping soit contesté par les dirigeants du Parti communiste chinois (PCC) pour sa gestion de la crise du coronavirus. D’habitude omniprésent dans les médias, le secrétaire général du PCC laisse d’ailleurs son premier ministre – et rival politique – Li Keqiang piloter les différentes instances mises en place pour combattre l’épidémie.

Mais dans ce climat tendu, un incident, a priori mineur, peut avoir des conséquences politiques majeures. Il y a un an, en janvier 2019, Xi Jinping mettait en garde les dirigeants communistes contre deux types de menaces : les « cygnes noirs » – des événements improbables qui ont de graves conséquences – et les « rhinocéros gris » – des risques perçus de tous mais que personne ne parvient à contenir.

A l’époque l’image avait frappé les esprits. Nul n’avait pourtant imaginé qu’un an plus tard, son sort dépendrait peut-être d’animaux bien réels : des chauves-souris et des pangolins, mets un peu trop appréciés de ses compatriotes.

Publicité
10 février 2020

Le coronavirus scruté à l'institut Pasteur : « on reçoit 10 échantillons par jour »

Coronavirus : au cœur du laboratoire de l’Institut Pasteur qui traque le virus

Nous avons pu pénétrer dans le laboratoire où les chercheurs analysent les prélèvements réalisés sur les cas suspects. À eux de déterminer si les malades sont touchés ou non par le nouveau virus.

Par Elsa Mari

« On a reçu les prélèvements de la nuit? » Une secrétaire acquiesce d'une voix calme. Ce matin-là, 9h30, le facteur est bien passé à l'Institut Pasteur à Paris. Trois colis blancs attendent déjà sur une étagère du Centre national de référence des virus des infections respiratoires, au 4e étage d'un immeuble en verre, ultra-sécurisé. C'est ici que, depuis des semaines, les scientifiques unissent leurs forces pour gagner le combat contre le nouveau coronavirus chinois, provisoirement baptisé 2019-nCoV, qui affole le monde.

« Bip », la porte s'ouvre sur un laboratoire très confidentiel auquel nous aurons accès durant une heure. Loin de la panique et des rumeurs, le long des couloirs, des blouses blanches concentrées, l'œil sur un microscope ou leur ordinateur, sont sur le pont jour et nuit depuis le début de l'épidémie. À ce jour, onze cas de contamination ont été recensés en France, dont cinq ce week-end dans la station de ski des Contamines (Haute-Savoie), toujours hospitalisées.

À l'intérieur des paquets, protégés d'un triple emballage et livrés par des transporteurs spécialisés, les chercheurs récupèrent des prélèvements respiratoires ou des échantillons de sang, d'urines, de selles, de patients peut-être infectés par le coronavirus.

Sont-ils contaminés ? Aux chercheurs de réaliser les tests. Leur mission, signaler le plus rapidement une infection. Surtout éviter la propagation. « Ce sont des échantillons suspects, envoyés par des hôpitaux, prévient Vincent Enouf, le directeur adjoint du centre, petites lunettes rondes sur le nez. On a besoin de quatre heures pour dire si la personne est positive ou non ». Cinq malades ont déjà été diagnostiqués par cette équipe de sept personnes à Pasteur.

pasteur coronavirus

« On prend toutes les précautions »

Il faut faire vite, d'autres colis arriveront dans la journée, une dizaine en moyenne. Pas une seconde à perdre. Derrière une baie vitrée, on aperçoit Maxence, un des quatre techniciens, méconnaissable dans la combinaison blanche qui le couvre de la tête aux pieds. C'est lui qui, le premier, va être confronté à l'échantillon suspect.

Le laboratoire est de sécurité niveau 2, le port du vêtement, lui, est de catégorie 3, employé pour approcher les virus les plus dangereux : « Comme on ne connaît pas bien ce coronavirus, on prend toutes les précautions pour protéger le personnel », prévient Vincent Enouf.

Rodé aux gestes de haute précision, Maxence a d'abord enfilé sa tenue en papier, couvert ses pieds et enfilé deux paires de gants dans un sas où l'air filtré ne ressort jamais. Un rempart contre une éventuelle contamination.

Quelques minutes plus tard, le technicien, assis à sa paillasse commence par inactiver le virus du prélèvement au cas où l'ennemi s'y trouverait ! On l'observe derrière une vitre. « Ce qu'il y a dans son tube ne sera plus vivant, il ne risque pas d'attraper le coronavirus », précise le directeur adjoint.

Si Maxence veille à se protéger, il fait de même avec son prélèvement qui doit rester intact. Jamais il ne met ses mains, mêmes gantées, au-dessus des tubes. Chaque geste est millimétré grâce à des heures d'apprentissage.

Deuxième étape, dans une autre pièce il va désormais extraire le génome du virus, son information génétique. « J'imagine que vous allez me poser la question mais non, ils n'ont pas peur, ils ont l'habitude, anticipe Vincent Enouf. Ils ont travaillé sur d'autres virus comme le H1N1 en 2009, le Sras, le Mers ». Fin du travail pour Maxence. Pour des raisons de sécurité, un collègue prend le relais. À ce dernier de mélanger ce génome avec un liquide réactionnel qui permet de révéler la présence du virus.

pasteur2

Afin de connaître le résultat, il faut introduire dans une grosse machine la plaque où se trouve le mélange. Pour cela, direction une pièce à l'autre bout du couloir. De chaque côté d'un ordinateur, des sortes de grandes imprimantes apparaissent. Dans une fente semblable à un lecteur CD, la plaque est introduite.

« Voilà, on attend une heure trente et si des courbes rouges sont visibles sur l'ordinateur, cela veut dire que le virus est bien là, sinon l'écran reste blanc », raconte Vincent Enouf qui, en cas de contamination, doit tout de suite appeler les autorités de santé.

Si des courbes rouges sur l’ordinateur confirment la présence du coronavirus, le centre doit immédiatement alerter les autorités de santé./LP/Guillaume Georges

Si des courbes rouges sur l’ordinateur confirment la présence du coronavirus, le centre doit immédiatement alerter les autorités de santé./LP/Guillaume Georges 

Outre cette dizaine de vérifications quotidiennes, les chercheurs continuent d'analyser, plusieurs fois par jour, les prélèvements des malades français. Objectif, suivre leur évolution. Si le virus disparaît deux jours de suite de leur organisme, ils pourront quitter l'hôpital. Pour l'instant, aucun des six premiers patients infectés, isolés dans des chambres d'hôpitaux parisiens et bordelais, n'a pu en partir.

« En Chine, on a observé qu'il fallait entre 10 et 14 jours pour que le coronavirus ne soit plus détecté dans l'organisme. Cela peut aller jusqu'à 20 ! Voilà pourquoi ils ont dû construire deux hôpitaux en dix jours, poursuit le spécialiste. C'est totalement justifié ! »

« On est à flux tendus depuis trois semaines »

Les chercheurs de Pasteur croulent aussi sous le travail. « Il y a tellement la queue pour faire les tests sur les machines qu'on nous en a prêté une autre », poursuit le spécialiste alors que derrière lui ronronnent de gros réfrigérateurs à −80 degrés. C'est ce qu'on appelle la virothèque, la bibliothèque de virus. Une partie de chaque prélèvement est mise au frigo comme une archive que l'on garderait. On appelle ça « les réserves absolues ». « Je reviens », s'interrompt le directeur adjoint, dérangé à nouveau par un appel urgent.

Malgré le calme ambiant du labo, les traits des visages commencent à se tirer, les organismes à flancher. « On est à flux tendu depuis trois semaines, les équipes démarrent vers 8 heures et finissent à 23 heures, concède-t-il. On a dû demander du renfort ! Il faut gérer les départs en vacances, l'épuisement… ».

Alors quand on demande à parler à d'autres chercheurs, la réponse est d'abord catégorique : « Prenez ce qu'on vous donne », réagit-on, déjà chanceux, nous fait-on comprendre, de pénétrer dans ce labo qu'une centaine de journalistes du monde entier demande à visiter chaque jour. L'heure s'achève comme prévu, pas plus ! Avec le coronavirus, les chercheurs du centre des virus respiratoires doivent également surveiller la grippe, actuellement en pleine épidémie. « On vit une situation exceptionnelle », reprend Vincent Enouf.

Devant un microscope, casque sur les oreilles, un doctorant étudie justement la grippe. « Il y a toujours beaucoup de travail, lâche-t-il. Une pandémie peut se déclarer n'importe quand. » En face, dans un bureau, Flora, 30 ans, jongle d'un virus à l'autre : « On a tellement de prélèvements, entre l'épidémie de grippe et le coronavirus, que je fais aussi les tests de détection pour aider mon équipe », lâche cette ingénieure qui tient grâce « au café ». « C'est dans mes missions, dépanner en cas de besoin ».

D'autres travaillent sur le nouveau coronavirus que les chercheurs parisiens ont réussi à isoler et à multiplier afin d'en obtenir une grande quantité pour mieux l'étudier, le connaître, l'analyser. Où est-il? Peut-on le voir? Interdit. Le labo, lui, ne peut être visité. Une mesure pour éviter que le coronavirus ne soit volé sur ce site sensible. Par crainte, sait-on jamais, du bioterrorisme.

pasteur3

10 février 2020

Vu sur internet - j'aime beaucoup - Bellissima !

10 février 2020

Rachida Dati - "Elle est en train de créer la surprise"

dati20

"Elle est en train de créer la surprise" : comment Rachida Dati a redonné espoir à une droite parisienne en ruines avant les municipales

En hausse dans les sondages, la maire du 7e arrondissement prend l'ascendant sur Benjamin Griveaux et talonne Anne Hidalgo. Mais la stratégie de l'ancienne ministre pourrait handicaper la droite au second tour.

"Ceux qui ont dit du mal de Rachida doivent commencer à le regretter !" Ce vieux grognard de la droite parisienne, qui ne porte pas la maire du 7e arrondissement dans son cœur, serait-il en train de se laisser séduire par la campagne de Rachida Dati ? A la faveur de deux sondages encourageants, la cote de l'ancienne ministre de la Justice, qui brigue le fauteuil de maire de Paris aux prochaines élections municipales, remonte en flèche. Les courbes de Rachida Dati et Benjamin Griveaux se sont même inversées, redonnant le sourire à une droite parisienne en déprime chronique. Le candidat LREM, qui n'est plus crédité que de 16%, accuse quatre points de retard sur sa rivale (20%), propulsée en deuxième position à seulement trois points de la maire sortante, Anne Hidalgo (23%), selon un sondage Odoxa pour Le Figaro publié le 26 janvier.

"Notre victoire n'est plus un rêve lointain. Rachida Dati est en train de créer la surprise de cette élection", s'enthousiasme la patronne des Républicains de la capitale, Agnès Evren, une proche de la candidate. Lundi 27 janvier, un demi-millier de militants se sont pressés, enthousiastes, au siège de LR, à la cérémonie de vœux offerte par la fédération de Paris. Ils ont assisté à la présentation des 17 têtes de listes estampillées "Dati pour Paris" dans les arrondissements, en présence de la candidate et du président du parti. "Cette remontée, c'est Rachida qui l'a faite sur son équation personnelle", s'est exclamé à cette occasion un Christian Jacob dithyrambique.

Maintenant qu'un match se dessine avec Anne Hidalgo, on va faire comprendre aux électeurs que le vote utile, c'est celui de Rachida Dati.

Nelly Garnier, directrice de campagne à franceinfo

Après deux ans de déconvenues électorales, Les Républicains savourent l'embellie, même si celle-ci reste modeste. "On s'est pris de telles raclées que ça ne fait pas de mal de se faire un peu de bien !" glisse à franceinfo un élu qui reste pourtant sceptique sur les chances de Rachida Dati. Car la maire du 7e revient de loin, très loin.

Une candidature mal accueillie

Lorsqu'elle se lance dans l'aventure, il y a pile un an, dans une interview au Parisien, l'accueil est plutôt frais. Clivante, individualiste, habituée des esclandres en tout genre, Rachida Dati n'a jamais fait l'unanimité dans ses propres rangs. Sans compter son amitié, de notoriété publique, avec Anne Hidalgo. A longueur d'articles de presse, les élus de la droite parisienne se répandent en gentillesses, sous couvert d'anonymat. "A Paris, elle n'a jamais rassemblé personne. Elle ne travaille avec personne et ne s'est pas constitué une équipe. Je ne crois pas une seconde à la réalité de sa candidature et je ne la souhaite surtout pas", tacle l'un d'eux dans Libération.

Pour beaucoup, Rachida Dati n'a nullement l'intention de s'investir dans la campagne municipale. Sa candidature n'aurait d'autre but que de faire monter les enchères en vue des élections européennes de mai afin d'obtenir une place éligible sur la liste LR de François-Xavier Bellamy. La suite leur donnera tort : un mois plus tard, l'eurodéputée sortante annonce, contre toute attente, renoncer au Parlement de Strasbourg. "La politique, ce sont des choix parmi ses combats. Et aujourd'hui, mon choix, c'est Paris", explique-t-elle au Figaro. Et Rachida Dati prévient : elle portera une candidature de droite sans céder aux sirènes macronistes.

Je ne crois pas que Paris soit sociologiquement défavorable à la droite et au changement, comme certains le laissent entendre. La droite peut gagner sur ses idées sans renier ce qu'elle est ou masquer son appartenance politique.

Rachida Dati au "Figaro", en mars 2019

Dans cette période où la droite lutte encore pour sa survie, la voie suivie par Dati semble suicidaire. Le 26 mai, le résultat des élections européennes éclate à la figure des barons parisiens : LR ne pèse plus que 10,18% dans la capitale. Pire, la droite est laminée par La République en marche dans ses fiefs de l'ouest parisien. Pour beaucoup, une victoire contre Anne Hidalgo passera nécessairement par une alliance locale avec le parti présidentiel. Nombre d'élus verraient d'un bon œil une candidature de Pierre-Yves Bournazel, ex-LR passé chez Agir, le mouvement de droite modérée Macron-compatible. Les mêmes espèrent aussi qu'Edouard Philippe se lancera dans la course, en vain. La présidente du groupe LR au Conseil de Paris et maire du 5e arrondissement, Florence Berthout, claque la porte du parti et rejoint Benjamin Griveaux.

Une campagne axée sur la vie quotidienne

La voie qui mène Rachida Dati vers l'investiture se précise donc de semaine en semaine. Parmi les LR qui n'ont pas déserté, on ne se bouscule pas au portillon pour partir au casse-pipe électoral. Seuls deux concurrents – le maire du 6e, Jean-Pierre Lecoq, et la chiraquienne Marie-Claire Carrère-Gée – se positionnent aussi, sans lui faire d'ombre.

Rachida Dati, elle, trace sa route, met à profit sa notoriété et multiplie les déplacements de terrain, dans le Marais ou le Nord-Est, ces arrondissements de conquête où le vote LR est réduit à la portion congrue. L'accueil est plutôt bon. A la mairie du très chic 7e, qu'elle dirige depuis douze ans, cette sarkozyste de choc longtemps raillée pour son style bling-bling a appris à s'occuper du quotidien de ses habitants. "Les gens du 7e la jugent réactive et efficace. Les commerçants trouvent toujours auprès d'elle une réponse à leurs problèmes", observe un poids lourd de la droite parisienne.

La vie quotidienne des Parisiens, c'est précisément ce sur quoi Rachida Dati a décidé d'axer sa campagne. Propreté, sécurité et circulation sont les maîtres mots de son projet. Des fondamentaux qui parlent à une certaine frange de la population excédée par la politique d'Anne Hidalgo. Ses concurrents le reconnaissent eux-mêmes : la candidate ne ménage pas sa peine pour convaincre, et rencontre un certain succès.

A une période où certains pensaient qu'il n'y avait même pas besoin d'un candidat LR, elle a réussi à donner confiance à des gens dans cette période où beaucoup avaient des états d'âme. Chapeau bas !

Marie-Claire Carrère-Gée à franceinfo

Dans son aventure municipale, Rachida Dati reste plutôt seule. A ses côtés, on retrouve Emmanuelle Dauvergne, sa conseillère de toujours, et Nelly Garnier, ancienne communicante chez Havas puis directrice des études à LR, qui a théorisé dans une note "le malaise urbain", ce désenchantement qui toucherait les élites des métropoles.

Une boxeuse qui sait se faire respecter

En octobre, elle reçoit toutefois un soutien aussi important que surprenant : celui de Claude Goasguen, jusqu'alors favorable à une alliance avec LREM. Les deux avaient pourtant failli en venir aux mains, fin 2018, lors d'un déjeuner entre élus LR. "Tu n'es pas en mesure d'être maire de Paris, tu ne vas pas faire la loi ici, tu n'es pas en Seine-Saint-Denis. Ne ramène pas dans la capitale tes mœurs du 9-3", lui avait lancé le député du 16e arrondissement, selon des propos rapportés par Le Canard enchaîné. "Tu te prends pour quoi pour me parler sur ce ton ? Tu t'y crois autorisé parce que j'ai refusé de coucher avec toi ?" lui aurait-elle rétorqué. "Je n'étais pas un ami de Rachida Dati, nous étions en conflit depuis longtemps mais c'était la seule qui avait une personnalité parmi les candidats", explique-t-il aujourd'hui à franceinfo.

La désignation de l'ancienne ministre à la quasi-unanimité, en novembre, par la commission nationale d'investiture des Républicains, n'a pas suffi à convaincre tous les récalcitrants du bien-fondé de sa candidature. Bien qu'investi par LR, Geoffroy Boulard, maire sortant du 17e et candidat à sa réélection, a ainsi choisi de faire campagne sur son propre nom, refusant dans un premier temps de s'afficher clairement sous la bannière Dati. Il a finalement dû lui faire allégeance pour éviter qu'elle ne lui envoie un concurrent dans les pattes.

Directe et sans fard, Rachida Dati, qui pratique la boxe aussi bien en salle qu'en politique, sait se faire respecter. Malgré leurs différends, Claude Goasguen loue le caractère "bien trempé" de cette femme "qui ne lâche rien et qui s'est solidifiée avec le temps".

Elle est très franche. Elle va vous tester, vous mettre une droite, et si vous ne répondez pas, c'est fini. Mais j'ai compris comment elle fonctionne. Une fois que vous avez gagné sa confiance, ça roule.

Geoffroy Boulard, maire LR du 17e arrondissement à franceinfo

Ni les négociations en coulisses ni les coups de pression n'ont en revanche convaincu le puissant maire du 15e arrondissement, Philippe Goujon, de se ranger derrière la candidate officielle. Résultat : il sera concurrencé sur ses terres le 15 mars par la présidente de la fédération LR, Agnès Evren, à la tête d'une liste estampillée Dati. "Je n'ai rien contre Rachida Dati, mais j'ai une divergence stratégique avec le parti", explique celui qui règne depuis 2008 sur l'arrondissement le plus peuplé de la capitale, indispensable à la droite pour gagner Paris. L'élu critique cette "stratégie du drapeau", qui consiste à porter le logo LR comme un étendard. "Cela permet de se compter, mais cela ne permet pas de gagner. C'est complètement inadapté", regrette-t-il.

L'impasse du second tour

Avec ses 20% d'intentions de vote au premier tour, Rachida Dati reste toutefois loin de pouvoir prétendre à la victoire. "En 2014, NKM avait fait 35% et elle avait perdu dans les grandes largeurs", rappelle Jean-Pierre Lecoq, maire sortant du 6e arrondissement. Dans ces conditions, quid du second tour ? Pour espérer battre Anne Hidalgo, des alliances seront indispensables. Mais avec qui ? "On fera du cas par cas, en fonction des situations locales", élude Agnès Evren. En réalité, bien peu de solutions s'offrent à Rachida Dati : un pacte avec Cédric Villani ou EELV apparaîtrait contre-nature, tout comme un arrangement avec Benjamin Griveaux. "Vous pensez sérieusement que le parti du président Macron va s'allier avec LR, qui est le fer de lance de l'opposition de droite ?" insiste Philippe Goujon.

Au sein du parti macroniste, on soupçonne d'ailleurs Rachida Dati de ne pas réellement vouloir gagner la ville. Plutôt que de "battre Hidalgo", il s'agirait surtout de mettre hors d'état de nuire LREM. "Son seul intérêt, c'est de conserver les bastions de la droite à Paris et de faire perdurer l'ancien système. Elle est dans une complicité objective avec Hidalgo", estime le marcheur Julien Bargeton, responsable du projet dans l'équipe Griveaux. Dans son propre parti, explique Le Parisien, certains lui prêtent la volonté de viser un poste de sénatrice en 2023.

Des accusations niées en bloc au sein du camp Dati, où l'on préfère mesurer le chemin parcouru en un an et la dynamique à venir. "La politique, ce n'est pas que de l'arithmétique ! On nous répétait que Griveaux serait naturellement le prochain maire de Paris, puis que Hidalgo serait réélue sans difficulté, souligne Agnès Evren. La réalité, c'est que tous les pronostics, toutes les certitudes sont ridiculisées. Le vent tourne en notre faveur et rien n'est joué d'avance."

10 février 2020

C'est la semaine de l'Amour...

crazy

Publicité
10 février 2020

Keith Haring à la Galerie Laurent Strouk

keith22

keith25

keith47

10 février 2020

Le milieu de l’horizon : quitter l’enfance ★★★

casta horizon

L’été 1976 représente un tournant pour Gus, 13 ans. Une terrible sécheresse menace la ferme de ses parents et l’arrivée d’une jeune femme risque de faire éclater le noyau familial. Il lui faut quitter le monde de l’enfance et faire face à un monde en changement.

Marie TisonMARIE TISON

LA PRESSE

Le film est une adaptation d’un roman de l’écrivain suisse Roland Buti qui avait été considéré pour le prix Médicis en 2013. Il dépeint un monde qui s’écroule, celui de Gus (Luc Bruchez), qui voit la ferme familiale menacée par une dure sécheresse. Le garçon de 13 ans assiste également aux déchirements que vivent ses parents lorsque sa mère, Nicole, tombe amoureuse d’une autre femme.

Le jeune Luc Bruchez porte tout le film sur ses frêles épaules. Et il le fait de superbe façon. L’incompréhension, la colère, le désespoir se succèdent dans ses grands yeux expressifs. Laetitia Casta et Thibaut Evrard sont également très solides dans le rôle des parents de Gus.

Les images, tournées en 35 millimètres, nous ramènent directement dans les années 70 et traduisent bien la lourde atmosphère de cet été étouffant.

Le scénario n’est pas d’une grande originalité : ce n’est pas la première fois qu’on relate l’histoire d’un jeune garçon qui doit mûrir rapidement face à des événements difficiles. C’est toutefois le contexte, un milieu rural en crise, et le jeu des acteurs qui font la différence.

Le milieu de l’horizon. Un drame de Delphine Lehericey. 92 minutes.

10 février 2020

Extrait d'un shooting - sensualité - Photo : Jacques Snap

shoot62

10 février 2020

Sodomie

sodomie

Ah, la sodomie ! Nous voici en terrain familier, tout le monde connaît l’histoire. Sont sodomites les habitants de Sodome, détruite, selon la Bible, par le soufre et le feu. Qu’ont fait les Sodomites pour mériter ce châtiment ? Ils ont péché. De quelle nature était leur crime ? La référence à l’homosexualité n’est pas claire. Dans le livre d’Ezéchiel, il s’agit d’arrogance, d’insouciance ou de manque de générosité. On est loin des saunas gay ! Ce n’est qu’à partir du IIIe siècle avant notre ère qu’une lecture sexuelle commence à s’imposer. Mais même après, on s’emmêle les pinceaux. Ainsi, selon la monumentale Histoire des sexualités, dirigée par Sylvie Steinberg, qui paraîtra aux Presses universitaires de France (29 août, 517 p., 22 €), la sodomie au Moyen Age recouvre cinq fautes différentes : un acte accompli contre Dieu (le sodomite est un hérétique), un acte sexuel contre nature (comme faire l’amour la tête en bas, y compris avec le conjoint légitime), la pénétration anale, l’homosexualité elle-même, et les viols ou agressions sexuelles commis par des adultes sur des petits garçons.

A partir du XIVe siècle, la sodomie est si grave qu’on la considère comme équivalente à un pacte avec le diable. Elle disparaîtra du code pénal français seulement en 1791 ! Paris est-elle une nouvelle Sodome pour autant ? Pas vraiment. Selon la dernière enquête « Contexte de la sexualité en France », 45 % des hommes et 37 % des femmes ont déjà tenté l’aventure… sans l’adopter, puisque seules 12 % des femmes de 25-49 ans la pratiquent régulièrement. Ne parlons même pas du cas allemand, où la confusion des siècles passés a laissé sa trace, puisque sodomie y signifie… zoophilie. Comme quoi, de l’homme à la bête, il n’y a parfois presque Rhin.

10 février 2020

Avec ses amoureux dans les airs, Venise donne le coup d'envoi de son carnaval sur le thème de l'amour

venise

Samedi soir à Venise, pour le coup d'envoi du Carnaval 2020, deux acrobates se sont étreints dans les airs comme des amoureux sous une nuée de ballons de baudruche roses.

Des artistes, figurant deux amoureux, se sont étreints dans les airs, tourbillonnant sous une nuée de ballons de baudruche roses, samedi 8 février 2020 à l\'ouverture du Carnaval de Venise placé cette année sous le signe de l\'amour.Des artistes, figurant deux amoureux, se sont étreints dans les airs, tourbillonnant sous une nuée de ballons de baudruche roses, samedi 8 février 2020 à l'ouverture du Carnaval de Venise placé cette année sous le signe de l'amour. (VINCENZO PINTO / AFP)

Jadis les chants d'amour des gondoliers de Venise, les barcaroles, inspirèrent des artistes de toute l'Europe. La cité des Doges, remise des inondations de novembre, a choisi l'amour comme fil conducteur du coup d'envoi de son Carnaval, prévu pour durer jusqu'au 25 février.

Défilé sur l'eau et mystérieuse bulle de verre

Samedi soir, c'est une foule dense de touristes qui a envahi les quais du canal de Cannaregio, pour un prélude au Carnaval, défilé sur l'eau et acrobaties dans les airs. Dimanche, la fête vénitienne se poursuivait avec un autre cortège aquatique.

Cette année "l'amour" l'a emporté pour le spectacle inaugural sur une musique souvent rythmée et en anglais, quelque peu éloignée des barcaroles qui inspirèrent Franz Liszt ou encore Wagner. Samedi soir, deux amoureux se sont étreints dans les airs, tourbillonnant sous une nuée de ballons de baudruche roses.

Une femme mystérieuse, prisonnière d'une bulle de verre, a glissé sur l'eau. Sur d'autres embarcations, un colosse masqué a jonglé avec un cerceau enflammé et une femme juchée sur un cheval stylisé a fait tournoyer son ombrelle en feu.

Une femme mystérieuse, prisonnière d\'une bulle de verre, a glissé sur l\'eau samedi 8 février au soir, lors du coup d\'envoi du Carnaval de Venise 2020.Une femme mystérieuse, prisonnière d'une bulle de verre, a glissé sur l'eau samedi 8 février au soir, lors du coup d'envoi du Carnaval de Venise 2020. (VINCENZO PINTO / AFP)

Les touristes ne voient pas trace de la dramatique "acqua alta"

Créé à Venise en 1162 au lendemain d'une victoire militaire, le Carnaval était tombé en désuétude pendant des décennies avant d'être remis au goût du jour par la municipalité en 1980. "Merci à tous ceux qui veulent nous aider, à tous ceux qui nous aiment, le thème de l'amour c'est celui que l'on apprend toujours après les grandes tragédies", a lancé le maire de Venise, Luigi Brugnaro, avant le spectacle.  

En novembre, une série inédite de marées hautes ("acqua alta") avait inondé maisons et musées, endommageant aussi une cinquantaine d'églises de ce joyau du patrimoine mondial.

Dans la foule, Mark, un touriste de Nouvelle-Zélande, juge que la ville "s'est bien remise". Il a cherché en vain des marques montrant jusqu'où l'eau avait envahi la ville. "On n'a rien vu, Venise s'est clairement rétablie de manière fantastique, c'est une ville incroyable".

L'épidémie de coronavirus n'arrange pas les affaires

Mais Michela, une habitante de Vénétie, s'inquiète des déplacements entravés par les mesures de précaution entourant l'épidémie du nouveau coronavirus. "Venise a tellement souffert à cause de l'acqua alta, et maintenant le virus...vraiment nous n'avions pas besoin de ça!", glisse-t-elle. Selon Radio France, cette année les réservations ont chuté dans les hôtels par peur des inondations et du coronavirus.

Les festivités du carnaval permettent habituellement à la Cité des Doges de s'animer durant quinze jours à une période de l'année plutôt morne, rythmée surtout par des soirées masquées et costumées. Chaque jour, des "concours du plus beau costume" sont organisés place Saint Marc. La ville accueille chaque année plus de 3 millions de visiteurs du monde entier pour cet événement, pour un total d'environ 30 millions par an.

Publicité