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Jours tranquilles à Paris

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18 décembre 2019

Qui est Laurent Pietraszewski, le remplaçant de Delevoye ?

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Spécialiste des ressources humaines et député de la majorité, Laurent Pietraszewski, 53 ans, est le nouveau Monsieur retraite du gouvernement. Il remplace Jean-Paul Delevoye.

Le député LREM Laurent Pietraszewski, nommé à 53 ans secrétaire d’Etat chargé des retraites en remplacement de Jean-Paul Delevoye, n’avait jamais eu de mandat ni été encarté avant de découvrir En Marche !, le mouvement qui a accompagné l’ambition présidentielle d’Emmanuel Macron

« J’ai rejoint En Marche le 6 avril 2016 le jour de l’ouverture de la plateforme », avait dit ce spécialiste des ressources humaines à l’AFP en 2017, après son élection, avec 67,17 % des voix face à Nathalie Acs (FN), dans la 11ème circonscription du Nord.

Né à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) en novembre 1966, M. Pietraszewski a grandi jusqu’à l’âge de 6 ans à Epinay-sur-Seine, avant de passer son adolescence à Lambersart, près de Lille.

Après un DEA en économie appliquée à l’université Lille I, il travaille dans le management opérationnel chez Auchan pendant dix ans. Ensuite, il occupe un poste dans les ressources humaines pendant huit ans dans sept sites différents du géant de la grande distribution.

Gestion de carrière, affaires sociales, management…

Depuis 2010, il est spécialisé dans la gestion de carrière et le recrutement chez Auchan.

À l’Assemblée, il est membre de la Commission des affaires sociales. Il a été le rapporteur des lois travail.

Depuis septembre 2019, il est également porte-parole du groupe des députés La République en Marche

Marié, il est père de deux filles de 23 et 24 ans.

Il est engagé dans l’association « Force femmes », chargée d’aider les femmes de plus de 45 ans à trouver du travail. Il est aussi dans le conseil d’administration de l’Institut du marketing et du management de la distribution (IMMD) à Roubaix.

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18 décembre 2019

Banane

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bananes

18 décembre 2019

« Sous le sapin, la grève » : dans les manifestations contre la réforme des retraites, la « trêve de Noël » est largement rejeté

Par Solenn de Royer, Service France, Nos correspondants régionaux

Les opposants au projet du gouvernement n’ont pas désarmé, mardi 17 décembre. Nombre d’entre eux refusent l’idée de suspendre le mouvement pendant les fêtes, comme le leur enjoint l’exécutif.

C’est une simple planche posée contre un arbre, dans une rue pavée de la capitale. Quelques mots ont été tagués dessus, à la peinture mauve : « Y aura-t-il de la grève à Noël ? » Une semaine avant le 24 décembre, c’est l’une des questions que tout le monde se pose en cette troisième journée de mobilisation contre les retraites, qui a rassemblé 615 000 personnes dans toute la France selon le ministère de l’intérieur, 1,8 million selon la CGT.

Dès le début de la matinée, elle hante les assemblées générales de salariés à la SNCF ou à la RATP. Rassemblés à la station Nation, dans l’est de Paris, les conducteurs des lignes de métro 6, 9 et 3 décident de reconduire la grève jusqu’au vendredi 20 décembre, au moins. Et rejettent toute trêve de Noël, d’emblée.

« On commence à entrer dans le dur pour tout le monde mais surtout pour le gouvernement », veut croire le représentant de l’UNSA, Mohamed Bouzourène. Le syndicaliste dénonce cette « pression de Noël » que chercherait à instaurer l’exécutif : « Ils veulent nous responsabiliser mais on n’est pas responsables, c’est eux qui veulent nous imposer un nouveau système de retraite ! » Il est applaudi longuement.

Même tonalité gare de l’Est, où l’« AG » commence peu après 10 h 30 devant 200 cheminots, la plus grosse affluence depuis le début du mouvement. « On a des taux de grévistes chez les conducteurs qui dépassent les 80 %. Au bout de treize jours de grève, il y a une pêche incroyable », s’enthousiasme le secrétaire de la CGT Paris-Est, Patrick Belhadj, qui invite lui aussi à continuer la grève pendant les fêtes. « La trêve de Noël ? C’est de la flûte », assène de son côté Gauthier Tacchella, conducteur gréviste (FO) sur les lignes H et B du Transilien.

Dans toute la France, mardi 17 décembre, trains et métros sont restés à quai, encore une fois : un TGV sur quatre seulement en circulation ; un Transilien sur cinq. Dans le métro parisien, seules les lignes automatiques 1 et 14 ont fonctionné normalement. Les lignes 3, 4, 7, 8, 9 et 11, partiellement. Quant aux RER A et B, ils ont roulé uniquement aux heures de pointe. Dans la matinée, un sondage Harris Interactive pour RTL et AEF Info indiquait que si 62 % des Français soutenaient le mouvement de grève, 69 % souhaiteraient une « trêve de Noël ».

La trêve, une façon de « diviser les Français »

Dans les cortèges, personne ne semble s’en soucier vraiment. Place de la République, à Paris, Agnès attend le signal du départ. Cette « gilet jaune » de la première heure, âgée de 55 ans, tient même une pancarte où il est écrit : « 9 millions de pauvres exclus de fêtes (et bien plus à venir), trêve = indécence ». Sans emploi, Agnès touche le revenu de solidarité active (RSA).

Elle explique être retournée vivre chez sa mère de 83 ans, avec ses deux enfants. « Ce gouvernement nous parle de trêve dans le mouvement, pour ne pas priver les Français de fêtes de Noël ? Mais de quels Français il parle ? », s’agace-t-elle en fustigeant « une trêve pour les nantis ! » Pour Agnès, l’appel à la trêve de Noël serait une façon de « diviser les Français, de les monter les uns contre les autres », pour « démotiver » les manifestants. Elle est interrompue par un homme, tout aussi furieux : « Ce n’est pas la responsabilité des grévistes mais du gouvernement de laisser durer le mouvement ! »

Dans le cortège parisien de « l’Opération retraite », de nouveaux slogans ont fait leur apparition : « Sous le sapin ; la grève. Pas de trêve à Noël », « grévolution », ou alors « plus personne ne vous croit, Delevoye vous montre la voie ». Des « Macron démission » sont également scandés, chose plutôt rare jusqu’à présent. Ou encore : « Macron prends ta retraite, pas la nôtre ».

A côté de la place de la République, une vingtaine de lycéens bloquent le lycée Turgot, devant un amoncellement de poubelles, de palettes et de barrières de chantier. « On en a marre de l’inaction, c’est terminé de tout laisser passer : cette réforme des retraites, la privatisation des aéroports, le réchauffement climatique, et les violences policières ! », égrène tous azimuts Prune, 16 ans. Elle et ses camarades redoutent la coupure des vacances. « L’an passé, ça avait tué le mouvement lycéen contre la réforme du bac. Mais ce mouvement-là est plus fort… »

Mêmes paroles à Marseille, au sein de l’imposant cortège des cheminots CGT, qui s’ébranle en fin de matinée du haut de la Canebière. Elsa Vedrine, 43 ans, agent de maîtrise à la SNCF, est « certaine que la mobilisation va se maintenir ». « Le sujet est tellement important que Noël passe après », insiste cette gestionnaire de l’information voyageurs. La manifestante affirme même ressentir « une meilleure disposition du public face aux perturbations » que lors de la grève sur le statut des cheminots, en 2018. « Parce que cette fois, la réforme concerne tout le monde », conclut-elle.

En tête du cortège, le secrétaire départemental CGT, Olivier Mateu, explique qu’il a demandé à la direction de son syndicat que « des initiatives soient prises tout au long de la période de Noël ». Pour la première fois depuis le début de la mobilisation, un petit millier de gilets orange de la CFDT ferment la marche, cent mètres derrière le cortège principal.

« Dans les salles des professeurs, c’est l’assemblée générale permanente », raconte Caroline Chevé, porte-parole du FSU-13, qui assure que 60 % des enseignants du second degré sont en grève dans les Bouches-du-Rhône. Pour elle, l’idée de mettre la mobilisation entre parenthèses pour Noël n’a pas d’intérêt : « L’opinion publique est derrière nous ! »

« Quitte à être là, autant rester dans l’action »

En fin d’après-midi, la manifestation parisienne se termine place de la Nation, alors que la pluie commence à tomber. Beaucoup portent la tenue des black blocs. Les forces de l’ordre accélèrent la dispersion avec des gaz lacrymogènes.

Le ministère comptabilise 76 000 manifestants dans la capitale ; le cabinet indépendant Occurence pour un collectif de médias, 72 500 ; la CGT, 350 000 personnes.

A Rennes, les manifestants se sont dispersés dans le calme dès le début d’après-midi. Bilan : 10 000 personnes selon la préfecture – soit 3 000 de moins que le 5 décembre – et 18 000 selon la CGT – soit 3 000 de plus que le 5 décembre. Même « grand écart statistique » à Toulouse où la préfecture a recensé 17 000 manifestants tandis que la CGT donne le chiffre de 120 000.

A Marseille, si le comptage de la préfecture de police des Bouches-du-Rhône reste dix fois moins élevé que celui des organisateurs – soit 20 000 manifestants contre 200 0000 –, la mobilisation semblait en hausse par rapport aux journées d’action qui ont suivi le 5 décembre. Avant que le cortège ne se disperse, Robin Matta, aiguilleur à la gare de Miramas et secrétaire du syndicat CGT, prévient que « cette idée de trêve à Noël ne passe pas du tout dans les assemblées générales ».

« Les gars disent qu’en une semaine de mobilisation, ils ont gagné beaucoup et qu’en restant mobilisés, le gouvernement peut craquer. Si on utilise le mot “suspendre”, on aura du mal à relancer en janvier. De toute façon, les cheminots ont l’habitude de travailler le 25 décembre et le 1er janvier. Alors quitte à être là, autant rester dans l’action. »

Plus tard dans la soirée, le communiqué de l’intersyndicale – qui se réunissait à l’issue de la manifestation parisienne – est tombé. Les syndicats CGT, FO, FSU, Solidaires, à l’origine de la mobilisation contre la réforme des retraites, appellent « l’ensemble du monde du travail et la jeunesse à poursuivre et renforcer la grève, y compris reconductible là où les salariés le décident, pour maintenir et augmenter le rapport de force ».

Ils appellent à organiser des actions de grève et de manifestation « partout où c’est possible, notamment le 19 décembre par des mobilisations locales et ce, jusqu’à la fin de l’année ». Le texte est intitulé : « Pas de trêve jusqu’au retrait ».

18 décembre 2019

Helmut Newton - photographe

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18 décembre 2019

Chronique - La misère sexuelle, un argument si pratique

Par Maïa Mazaurette

Plus nous légitimons le faux besoin de pratiquer le sexe avec autrui, plus les « miséreux » se sentent autorisés à le faire peser sur l’ensemble de la société (femmes, enfants, gays…), estime la chroniqueuse de « La Matinale » Maïa Mazaurette, qui appelle à en finir avec ce concept.

LE SEXE SELON MAÏA

Avez-vous remarqué ? Que l’on parle de prostitution, de pornographie, de pédophilie, de culture du viol ou d’abstinence, quelqu’un finit toujours par mentionner le tragique destin des martyrs de la misère sexuelle. Pourvu que ces derniers soient des hommes, bien entendu. Côté femmes, le manque est rigolo (ah, les « nymphos »), dédramatisé (« les femmes n’ont pas de pulsions »), décrédibilisé (« il suffit aux femmes de traverser la rue pour trouver un partenaire »).

Pour les hommes, en revanche, misère sexuelle partout ! Un argument pratique, compassionnel, véritable « petite robe noire » des débats sociétaux. C’est que la misère sexuelle se porte avec tout. Vous pouvez vous en servir pour caler des tables ou pour monter des œufs en neige.

Ce « succès » est étrange : sauf handicap lourd, rien n’empêche les personnes délaissées de se masturber. En matière de « soulagement des pulsions », une masturbation vaut autant qu’un missionnaire.

Précisons donc : si la présence de l’autre est requise pour se réchauffer les pieds, c’est de la détresse affective. Si l’on s’en tient à la reproduction de l’espèce, il faudrait inventer la détresse reproductive. Mais comment parler de misère sexuelle, quand le soulagement sexuel est une ressource dont toutes les personnes valides disposent en quantité infinie ?

Objectivement, cette misère-là est un fantasme. Un concept. Une histoire qu’on aime se raconter. Et pourtant. Non seulement elle est omniprésente dans nos conversations, mais elle est prise au sérieux. On ne plaisante pas avec les forces telluriques du désir (y compris quand ces forces pourraient se balayer d’un revers de main) ! Notre compassion révèle de curieuses élasticités : le risque de mourir de faim ou de froid ne justifie ni le vol ni le squat ; en revanche, la grosse envie de sexe justifie d’outrepasser les règles les plus élémentaires du consentement ou de la vie en société.

Fatalisme sexuel

Pire encore, notre acharnement à faire exister la misère sexuelle en produit. On crée un faux besoin, qui physiologiquement n’existe pas. Son assouvissement génère des troubles, au mieux, et des victimes, au pire. Au moment de payer la facture, nous nous désolons – autant pour les coupables que pour celles et ceux qui ont croisé leur route. Comme s’il y avait là une forme d’équivalence.

Nous prétendons qu’il n’y a pas de solution (« c’est la biologie », « c’est des pauvres types », « les hommes sont des bêtes ») : non seulement nous créons ainsi le problème de toutes pièces, mais nous nous condamnons d’avance à ne jamais le résoudre.

Nous voici donc face à un énième avatar de notre indéboulonnable fatalisme sexuel, qui voudrait que dans le monde profane on puisse déplacer des montagnes, mais que dans la chambre à coucher on n’arrive même pas à soulever le drap.

Nous en payons le prix : plus nous légitimons ce faux besoin, plus les « miséreux » se sentent autorisés à le faire peser sur l’ensemble de la société (femmes, enfants, gays, hommes perçus comme faibles).

Ma position n’est pas celle d’une femme sans cœur (je le prendrai rosé, avec une sauce à l’orange). Au contraire. Je répugne à retourner les couteaux dans des plaies. Or c’est précisément à cette torture qu’on renvoie nos « miséreux », quand on les plaint, ou quand on décrit leur situation comme intolérable. Bien sûr qu’être assailli de désir est embêtant. Mais en reporter la responsabilité sur le monde entier l’est encore plus. Et franchement, être assailli/e du désir des autres est non seulement embêtant mais potentiellement dangereux.

Mépris de la masturbation

Ce qui pose la question du pourquoi. Pourquoi ces faux débats, quand nous pourrions affirmer une bonne fois pour toutes que la masturbation est suffisante ? (Et que, même si elle était insuffisante, on n’en mourrait pas ?)

Pour répondre à cette question, allons exhumer notre histoire collective avec la philosophe Olivia Gazalé qui, dans son remarquable Mythe de la virilité (Robert Laffont, 2017), évoque « l’immense mérite civilisationnel » de la masturbation : « Non seulement la médecine a eu tort d’affirmer que l’onanisme était nuisible à la santé (…), mais les penseurs des Lumières se sont totalement égarés en y voyant un fléau social : il y aurait eu infiniment moins de viols et de prostitution dans l’histoire de l’humanité si la masturbation n’avait pas fait l’objet d’un tel anathème, si le soulagement autarcique des pulsions n’avait pas été diabolisé, si le fait de “ne pas entrer” n’avait pas été criminalisé. »

Ce mépris de la masturbation n’est pas confiné au rayon des antiquités. Il a toujours cours, quoique sous d’autres formes : nous tournons l’autoérotisme en ridicule, nous refusons de le considérer comme du « vrai sexe ». Quand nous moquons les « branleurs », nous créons un repoussoir. Evidemment que les miséreux chercheront à s’en écarter.

Pour autant, ce dénigrement de la masturbation ne suffit pas. Il faut aussi valoriser la pénétration. Olivia Gazalé rappelle cet impératif : « Pour être viril, il faut entrer, c’est-à-dire ne pas se satisfaire tout seul. » Symboliquement, cette « entrée » manifeste un rapport de domination : on s’avance en conquérant, éventuellement en imprégnant (même s’il serait facile de retourner cette symbolique).

La misère sexuelle n’est pas un souci de sexe, d’orgasme, de libido, mais un souci d’identité, de rapport au monde, de hiérarchie des corps. Pour le résoudre, il faut commencer par l’appeler par son nom : non pas « misère sexuelle », mais « crise d’une certaine masculinité ». Or, en 2019, nous ne pouvons plus accepter cette identité virile là, non autonome, n’existant qu’à travers la coopération ou la coercition des femmes. Si les valeurs viriles valorisent l’indépendance, alors cette indépendance doit s’appliquer aussi à la vie sexuelle.

Cache-sexe

La question, ensuite, est de savoir si on a réellement envie de se retrousser les manches. Vu le succès du concept de misère sexuelle, on peut en douter. Pour les hommes, y compris ceux qui ne souffrent d’aucun manque, cet épouvantail est pratique : l’existence de la misère sexuelle permet de transformer le désir masculin en cause nationale de santé publique (en attendant le Téléthon). Elle garantit aussi, à grands coups de misérabilisme, la possibilité de se victimiser au moment de rendre des comptes.

Et ça marche ! Les damoiseaux en détresse suscitent une belle solidarité. Y compris du côté des femmes, qui démontrent leur adaptabilité et leur empathie, quitte à faire passer les souffrances imaginaires des « miséreux » avant leur propre bien-être (« je suis importunée, mais le pauvre, il ne va quand même pas se masturber »).

Alors personnellement, je propose d’arrêter les frais. Je suis fatiguée qu’on fasse passer la frustration pour un danger susceptible d’ébranler la société tout entière (et pourquoi pas la peste bubonique ?). Je suis épuisée qu’on nous menace de « conséquences » à tout bout de champ. Je suis exaspérée de voir les femmes se dévouer, ou être désignées d’office, pour prodiguer du réconfort ; soit de manière préventive (il faut « donner » des rapports sexuels, avant que l’homme ne souffre), soit de manière curative (il faut se mettre à disposition des hommes qui souffrent, avant qu’ils n’explosent comme des Cocotte-Minute et qu’ils se « lâchent » sur la première personne venue).

Enfin, je suis dérangée qu’on utilise le vocabulaire de l’indignation morale (la misère et ses misérables) à des fins immorales (excuser des comportements antisociaux ou dégradants). La misère sexuelle n’est qu’un cache-sexe. Pour résoudre le vrai problème, il va falloir mettre les mains.

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18 décembre 2019

Laetitia Casta

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18 décembre 2019

Obsolescence programmée parlementaires timorés

Article de Jean-Michel Signor

En cours d’examen par les députés, le projet de loi anti-gaspillage ne s’attaque que partiellement au fléau de l’obsolescence programmée.

1 Un indice

de durabilité obligatoire en 2024

Le projet de loi présenté par le gouvernement en juillet dernier comportait initialement un indice de réparabilité gradué de 1 à 10, censé éclairer le consommateur sur le niveau de facilité de réparation du produit.

Une proposition qui ne correspondait pas tout à fait aux attentes des ménages qui lui préfèrent la notion durabilité : en l’occurrence la robustesse des matériaux, la fiabilité de conception…

Les parlementaires ont corrigé le tir en introduisant dans le texte un indice de durabilité obligatoire en 2024. Transparent, cet indice sera visible au moment de l’achat.

2 Disponibilité accrue des pièces détachées

Le projet de loi veut encourager la réparation en cas de panne. Ce sera le cas pour les ordinateurs et les smartphones, dont les pièces détachées devront être disponibles cinq ans au minimum.

D’une façon générale, les vendeurs devront afficher la disponibilité ou non des pièces de rechange. Lesquelles devront être livrées dans un délai de 15 jours, contre 60 actuellement. La garantie a par ailleurs été étendue de 6 à 12 mois pour les produits d’occasion.

3 Recul sur la garantie logicielle

Soupçonnées de ralentir le fonctionnement des appareils, les mises à jour des logiciels sont depuis des années dans le collimateur des usagers et des pouvoirs publics. Les sénateurs souhaitaient y remédier en votant une garantie logicielle de 10 ans, disposition réduite à deux ans une fois passée à l’Assemblée. Concernant les mises à jour, le fabricant devra désormais se plier à une obligation d’information et distinguer les mises à jour de confort des mises à jour de sécurité.

4 Le compteur d’usage passé à la trappe

À l’instar du compteur kilométrique, l’installation obligatoire d’un compteur d’usage sur le gros électroménager (lave-linge, téléviseurs…) devait permettre de connaître d’un coup d’œil leur nombre d’heures ou de cycles. Un bon point pour stimuler le marché de l’occasion et du réemploi, pourtant purement et simplement supprimé, sous prétexte qu’il serait techniquement difficile à mettre en place… On est en droit d’en douter.

5 Une sensibilisation trop timide

Mieux consommer : c’est l’un des mots d’ordre de la loi anti-gaspillage. Une sensibilisation qui passe forcément par les plus jeunes, via des enseignements dédiés, initialement prévus dans les collèges. Or, cette disposition n’est plus actée dans le projet de loi, au grand dam de l’association Halte à l’obsolescence programmée (HoP). Cette dernière déplore ce qu’elle appelle « l’obsolescence esthétique », entretenue par le matraquage publicitaire. Les sénateurs ont certes voté un amendement limitant les publicités trompeuses du Black Friday, mais ce ne sont que des avancées timides aux yeux de l’association.

18 décembre 2019

Ellen von Unwerth

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18 décembre 2019

Entretien - Isabelle Adjani : « Etre un objet de désir ne doit pas conduire les actrices à subir »

Par Nicolas Truong

Dans un dialogue avec la philosophe Cynthia Fleury, auteure de « La fin du courage », dont elle lit une adaptation théâtrale à la Scala de Paris, l’actrice évoque l’importance de cette vertu dans nos vies.

Du 17 au 21 décembre, à La Scala de Paris, Isabelle Adjani lit avec Laure Calamy La Fin du courage, adaptation de l’essai (Fayard, 2010) de la philosophe Cynthia Fleury, dans une mise en espace de Nicolas Maury. Un dialogue à la fois réflexif et ludique sur cette vertu trop souvent perdue de vue dans une époque normative et déceptive.

Pour Le Monde, Isabelle Adjani et Cynthia Fleury dialoguent sur le découragement ambiant, mais aussi sur le courage ordinaire qui permet d’endurer comme de se libérer, à l’image de ces comédiennes qui, telle Adèle Haenel, ont rompu le silence depuis le mouvement #metoo.

Isabelle Adjani : J’ai lu La Fin du courage de Cynthia Fleury alors que je traversais une période difficile. J’avais l’impression de chuter, en mode cauchemar, d’une falaise. Et ce livre m’a aidée, il m’a retenue, il m’a attrapée, il m’a permis, non pas de remonter, mais de me mettre en suspension, en état d’apesanteur. La pensée de Cynthia remet, étape après étape, de la verticalité dans le « je ».

Et puis ce livre revalorise le courage, tout comme j’ai attendu, des années durant, que la bienveillance et la gentillesse, qualifiées de faiblesse ou de niaiseries bien-pensantes, le soient également. Reconnaître la difficulté d’avoir du courage, ça m’a aidée à en trouver. Ça m’a décomplexée.

D’autant que l’époque est propice au découragement, entre promesses politiques non tenues, retour des régimes autoritaires et lutte contre le réchauffement climatique sans cesse repoussée. Car ce qui est décourageant dans nos vies, c’est d’enchaîner des déceptions.

Alors pour moi, il pousse à l’enthousiasme, ce dialogue philosophique théâtralisé à la mode antique ! A la manière d’Aristophane ou de Platon, il permet aux spectateurs de réfléchir l’air de rien à l’ère du doute, aux problèmes de la cité comme de leur psyché. Le tout sans exclure ceux qui ne pratiquent pas la discipline philosophique, car Cynthia Fleury est aussi une auteure étonnante !

Cynthia Fleury : J’admire Isabelle Adjani en tant qu’actrice depuis toujours, mais j’ai été aussi séduite par ces prises de paroles publiques, à la fois rares, précieuses et posées.

Je l’ai rencontrée par hasard dans un café, tout simplement parce qu’elle est venue vers moi, reconnaissant l’auteure du livre qui l’avait ainsi marquée. Et il se trouve que j’écrivais à ce moment l’adaptation théâtrale de cet essai philosophique. Nous nous sommes donc naturellement trouvées pour mettre en espace cette petite forme théâtrale incarnée.

Il s’agit d’un dialogue assez grave, mais avec une certaine tenue, je l’espère, et surtout beaucoup d’humour. L’armature du texte, c’est la parole, aujourd’hui dévaluée. Et le déficit de confiance en la parole est étroitement lié à la fin du courage et donc à sa nécessaire réévaluation. La parole est régulatrice. Lorsque quelqu’un vous dit quelque chose, c’est un bout du monde qui se tient.

Porter sur scène ce texte sur le courage, est-ce une façon de redonner une forme de centralité et de sacralité à la parole ?

Isabelle Adjani : Oui, car la dépersonnalisation de la parole me dévaste. Sans parole confiée, reçue, donnée, et tenue, je me sens errante. C’est pourquoi un spectacle ne doit pas être juste un enchaînement ou un déchaînement de mots en plus. Nous sommes bombardés par l’inconsistance du verbiage permanent, entre tweets et chats, qui vident la parole de sa substance. C’est pourquoi je ne vais pas à la rencontre de mon malaise dans les talk-shows télévisés où la parole doit être distrayante, attractive, efficace, structurée, rythmée.

J’ai toute l’énergie du monde pour écouter et partager, mais le « small talk », la novlangue, me sont insupportables. Je cherche à trouver du sens, et nous, les comédiens, sommes des passeurs, des vecteurs de pensées. Avec la responsabilité de maintenir la crédibilité de toute forme de parole. C’est curieux, j’ai connu un temps où l’on disait que les actrices et les acteurs ne devaient pas se mêler de tout. Et nous en vivons aujourd’hui une autre où ils sont sollicités pour tout.

Cynthia Fleury : Cette situation est due au déficit de la parole politique. Le porte-parolat est aujourd’hui civique et artistique, féminin en grande partie. Pourquoi, depuis le mouvement #metoo, incombe-t-il tout particulièrement aux comédiennes ? En raison d’une conjonction entre la blessure et la symbolisation. Les actrices sont des femmes qui ont été souvent blessées, car objets d’un désir parfois envahissant, agressif ou violent.

Mais ce sont également des femmes résilientes qui, par leur art, subliment ces tourments. Et, pour certaines, des femmes célèbres et influentes. C’est la conjonction de la blessure et de la force qui explique leur prise de parole, sans oublier les réseaux sociaux qui permettent la viralité, mais aussi d’accéder à la sphère publique par la domesticité. Le hashtag est une façon de passer par la petite porte afin de rejoindre la place publique, la rue et l’agora, qui ne sont pas socialement et historiquement des lieux très féminins.

Qu’est-ce qui a changé entre la naissance du mouvement #metoo et la prise de parole d’Adèle Haenel ?

Cynthia Fleury : La séquence ouverte par Adèle Haenel est importante. Il s’agit d’un moment d’une rare dimension pédagogique et didactique.

Tout d’abord, Adèle Haenel décide de parler, avec le risque de la déjudiciarisation, le name dropping (elle nomme son agresseur), même si elle précise bien qu’elle dénonce un système, et non un simple individu, le dispositif patriarcal dans lequel les femmes sont enserrées, jusqu’à la justice elle-même qui fonctionne encore selon des stéréotypes sexistes.

Puis une enquête est ouverte par le ministère public. Afin de ne pas en rester à l’insuffisant « tribunal médiatique », elle décide de porter plainte, avec beaucoup de courage et de sens des responsabilités. Car le temps d’un apprentissage commun est venu, de faire face tous à nos dysfonctionnements collectifs.

Isabelle Adjani : Oui, à travers les volets successifs de cette séquence exemplaire, la décision d’Adèle Haenel de porter plainte augmente véritablement en France la mise en mouvement de cette libération féminine, déclenchée par #metoo, en dépit d’incidents saboteurs comme cette tribune collective sur « la liberté d’importuner », car il ne faut pas oublier que certaines femmes peuvent être également des gardiennes du machisme.

On commençait à peine à soulever le voile qui recouvrait des souffrances trop longtemps cachées et d’autres n’ont rien de mieux à faire que de se préoccuper de la misère sexuelle des hommes ! D’autant que le risque d’un puritanisme liberticide ne menace pas encore la France, si je ne m’abuse. On peut être un réalisateur transgressif dans son œuvre et protéger l’intégrité physique et morale d’une actrice. Cela dit, parmi mes consœurs traumatisées, d’aucunes se disent encore timidement « On va voir comment ça va se passer » avant d’avancer ou non leur parole.

Vous est-il arrivé d’avoir été agressée, harcelée ou abusée ?

Isabelle Adjani : Peu importent aujourd’hui mes mésaventures personnelles. Bien sûr qu’au cours de ma carrière, certaines choses m’ont affectée, fragilisée et ont laissé des traces. Nous les actrices, évoluons souvent en commençant jeunes, dans un espace constitué par le désir d’un homme ou d’une femme et par notre propre désir à nous d’être filmées, choisies, engagées. Or il y a une confusion qui fait partie de la célébration du mythe de l’actrice.

Etre un objet de désir ne doit pas conduire les actrices à subir, notamment la prise de pouvoir sur leur corps, pas plus qu’une disponibilité de chaque instant en dehors du travail. C’est surprenant de voir le nombre impressionnant de femmes qui, depuis deux ans, autour de moi, se découvrent et révèlent qu’elles ont été violées ou harcelées.

Cynthia Fleury : Ce qui est impressionnant, également, c’est la façon dont ces récits de viols ou d’agressions se disent souvent sous la forme de l’anecdote. C’est dit comme « passe-moi le sel » ou « le ciel est bleu ». Ce qui signifie que la domination masculine a été incorporée. Ces actes sont même dévalorisés par la victime en tant que traumatismes. Ces violences sont effacées par les femmes comme une honte.

Or, depuis deux ans, elles se déposent, se consignent et s’énoncent. Non pas pour s’enfermer dans une posture victimaire, comme le disent les réactionnaires. Mais afin de soutenir celles qui vont plus loin dans l’acte de la publicité. « Moi aussi », c’est une manière de dire, à la suite des stars américaines et d’Adèle Haenel : « Oui, c’est vrai, cela m’est arrivé aussi. Elles ont raison ». Il faut comprendre que le féminisme se vit beaucoup comme un combat qui ne concerne pas les femmes, un combat imposé, au sens où régler les problèmes de la psyché masculine ne devrait pas être le nôtre. Pour ma part, j’ai assez à faire avec les dysfonctionnements de ma propre psyché.

Faut-il mobiliser un type de courage particulier afin de sortir ces souffrances de leur silence ?

Cynthia Fleury : Le courage n’est pas genré. Il est universel, négociateur et protecteur. La pièce s’intéresse au courage, mais ordinaire, alors qu’il ne semblait être dévolu qu’à la guerre, à l’héroïsme, au virilisme, à l’exceptionnel.

Or, tous les jours, face aux petites négociations avec l’inacceptable qui provoquent de l’usure et de l’érosion, il faut faire preuve de courage et tenir le choc par l’endurance. Il est évident que les femmes sont davantage mobilisées par cette forme de courage, mais en raison d’une inégalité de genre structurelle et non par essence. Le courage, c’est une décision prise sans garantie de succès.

Avez-vous le souvenir d’avoir joué un rôle exemplaire de cette forme de courage ?

Isabelle Adjani : Sur l’impossibilité de négocier, c’est évidemment Camille Claudel. La dénaturation de son art l’a conduite à la folie et à l’enfermement. Ce rôle m’a sauvé la vie.

Avec celui qui était dans ces années-là mon compagnon, le réalisateur Bruno Nuytten, nous avons, par le biais de ce film [sorti en 1988], sublimé les effets pervers de la fameuse rumeur de l’époque. Au début de l’épidémie, être déclarée par l’opinion publique atteinte du sida était purement et simplement une condamnation à mort. J’ai voulu pousser un cri à travers celui de Camille Claudel, et honorer son cri déchirant à travers le mien. Je suis sortie presque réparée de cette épreuve. C’est son courage qui m’a donné du courage.

N’assiste-t-on pas à un regain du courage comme vertu ?

Cynthia Fleury : Après le temps de l’obsolescence et de sa relégation, peut-être assistons-nous à une forme de ressaisie. La justice sociale et environnementale ou l’égalité de genre nécessitent du courage. Mais ces combats ne sont pas encore majoritaires et demeurent insulaires. D’où l’importance des piliers. C’est pourquoi la parole des acteurs produit un effet de sens stabilisateur pour tous.

Isabelle Adjani : Le meilleur chemin vers le courage, c’est le découragement. Cynthia, j’aimerais bien savoir… Faut-il toucher le fond pour remonter ?

Cynthia Fleury : Je ne crois pas à cette idée, car il n’y a pas de fond. Je dis toujours ça à mes patients qui pensent qu’après avoir touché le fond de la piscine, ils remonteront. Non, on peut s’enfoncer toujours plus profondément. Ce qui crée le fond, c’est la décision.

« La Fin du courage », de Cynthia Fleury, avec Isabelle Adjani et Laure Calamy. La Scala, 13, boulevard de Strasbourg, Paris-10e. Tél. : 01-40-03-44-30. Du 17 au 21 décembre à 21 heures. De 10 € à 42 €.

17 décembre 2019

Négociez !

greveve28

L’appel à la manifestation lancé par les syndicats – avec le concours actif d’Edouard Philippe – a été entendu. Pas autant que ne l’espéraient ces syndicats, mais dans des proportions tout à fait conséquentes, notamment à Paris, où les chiffres sont en légère hausse. Il y a eu moins de manifestants que le 5 décembre au total, mais nettement plus que le 10. Le Premier ministre avait réussi, en sortant de son chapeau un «âge pivot» tout à fait incongru, à susciter la colère de Laurent Berger. La CFDT s’est ainsi jointe au mouvement. Son apport est-il minime – il est vrai que Laurent Berger ne s’est pas attardé dans le cortège ? Ou bien ses militants ont-ils remplacé, pour ainsi dire, ceux qui avaient décidé de rester chez eux ? On ne sait. Au total, nous avons assisté à une grosse manifestation d’attente : une réussite, somme toute, pour les protestataires, qui peuvent s’estimer fondés à poursuivre le mouvement.

La sagesse voudrait que, lors des négociations qui auront lieu ce mercredi, le gouvernement ne joue pas les fiers-à-bras. Il fait face à un mouvement stable mais toujours fort et déterminé, à des grévistes toujours remontés et, surtout, à une opinion toujours aussi inquiète. Il est donc temps de négocier sérieusement. Avec la CFDT, bien sûr, qui ne demande que cela. D’une manière ou d’une autre, il faut retirer de la discussion cette funeste idée d’âge couperet qui plaît tant à la droite, sachant que l’âge réel de départ à la retraite, en tout état de cause, recule chaque année de quelques mois sous l’effet des réformes antérieures. Pourquoi rajouter à ces sacrifices programmés une amère potion supplémentaire ?

Mais il faut aussi arrondir les angles avec les cheminots et les agents de la RATP qui voient leur contrat soudain modifié en cours de route. Et encore, last but not least, rassurer les enseignants par des gestes concrets qui leur garantissent une pension intacte, comme on le leur promet sur tous les tons. Faute de ces nécessaires concessions, le gouvernement portera la responsabilité d’un Noël très perturbé. Il peut jouer l’humiliation des syndicats : il devra alors assumer pleinement, en vertu d’un médiocre calcul politique, la dégradation dangereuse des relations sociales en France.

LAURENT JOFFRIN

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