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Jours tranquilles à Paris

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4 janvier 2020

Erdeven - Premier bain de l’année

Erdeven accueille son premier bain de l’année. A 14 h 30, concours du déguisement « le plus fun ». L’association Les Mains dans le sable se joint à la journée : elle tiendra un stand de sensibilisation à l’environnement et propose un nettoyage de la plage.

Ce Dimanche 5 janvier, à 14 h 30, plage de Kerhillio, Erdeven. Pré-inscriptions via la page Facebook Erd’evenement vôtre, jusqu’à samedi soir. Puis sur place dimanche, à partir de 13 h 30.

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4 janvier 2020

Histoire de Melody Nelson

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4 janvier 2020

Chronique - Un objet dans l’actu : la touillette aux oubliettes

Par Robin Richardot

Une nouvelle étape a été franchie dans la bataille contre les plastiques « à usage unique ». Depuis le 1er janvier, le bâtonnet mélangeur n’a plus officiellement droit de cité à la machine à café.

La paille et la poutre

Après la suppression des sacs en caisse, le gouvernement a précisé par décret, ce 1er janvier, l’interdiction d’autres objets en plastique « à usage unique », comme la vaisselle jetable, les Coton-Tige, les pailles, mais aussi les bâtonnets mélangeurs, plus communément appelés « touillettes ». N’en déplaise aux amateurs de café en machine ou aux buveurs de cocktails fantaisistes, les fameuses spatules sont interdites dans la restauration, la vente à emporter, les cantines et les commerces alimentaires. Le but : contribuer à la réduction des milliards de déchets en plastique qui polluent les eaux – 600 000 tonnes par an pour la seule mer Méditerranée selon un rapport de l’ONG WWF en 2019.

Un monopole hexagonal

Une bonne nouvelle pour les tortues mais un défi pour les fabricants. En France, pas besoin d’utiliser le pluriel, il n’y en a qu’un : APS. L’entreprise, basée dans la Sarthe, a le monopole de la touillette. Ses dix-huit salariés y fabriquent 750 millions de spatules en plastique par an, pour un chiffre d’affaires avoisinant les 5 millions d’euros. De quoi alimenter aussi bien les distributeurs de halls de gare que les machines de nombreux hôpitaux. Avec la nouvelle loi, l’entreprise s’est mise aux touillettes en papier. Mais la machine ne sera opérationnelle qu’au printemps. En attendant, il s’agit de vider les stocks.

Des Antilles à la cour d’Angleterre

La touillette, un objet simple, mais dont l’histoire remonte au XVIIe siècle. Loin des bars et autres distributeurs de café, elle voit le jour dans les plantations des Indes occidentales, les Antilles. Les mélangeurs de l’époque sont en réalité des branches coupées d’un arbuste appelé le Quararibea turbinata. Dans les années 1900, les touillettes en verre font leur apparition. Elles s’invitent même à Buckingham Palace, où les aristocrates s’en servent pour chasser les bulles du champagne, et mieux digérer leur boisson. La mode des cocktails exotiques, puis l’arrivée en masse des machines à café dans les entreprises populariseront la version en plastique.

Avis aux amateurs

Aujourd’hui, la touillette se transforme en objet de collection. Élément emblématique des cocktails il y a quelques dizaines d’années, le simple mélangeur en plastique devient une trace nostalgique de la pop culture, qui plaît aux amateurs d’une esthétique rétro à la Mad Men. Du coup, des fous de la touillette se passionnent et collectionnent ces spatules de différentes formes et couleurs. Si, pour l’instant, la collectionnite s’est concentrée sur les touillettes à cocktails, l’interdiction nouvellement en vigueur pourrait déclencher de curieuses nostalgies, comme celle pour la touillette de machine à café, jusqu’ici tellement anodine.

4 janvier 2020

Extraits de différents shootings. Photos : Jacques Snap

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4 janvier 2020

Entretien - Un apéro avec Laetitia Casta : « On ne tolère plus la fragilité ni l’erreur »

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Par Audrey Fournier

Chaque semaine, « L’Epoque » paie son coup. En l’occurrence, un cappuccino bien crémeux pour une comédienne forte en caractère.

De mémoire d’« apéro », on a rarement vu une séance photo pliée aussi rapidement. Laetitia Casta était en retard, coincée dans les bouchons d’un Paris en grève, quelques jours avant Noël. Le photographe nous avait promis de faire vite pour nous laisser du temps. Elle est arrivée à peine agacée, a présenté ses plus plates excuses, puis a vite fait retiré son manteau, s’est glissée sur la banquette de la salle arrière de La Palette (« Je suis nulle pour choisir les lieux d’interviews… »), institution germanopratine, et a rappelé, sous le regard ahuri d’une poignée d’hommes en costume attablés, qu’elle maîtrise comme personne l’art de séduire un objectif.

Penchée sur son cappuccino – avec 10 centimètres de crème, comme elle l’aime –, les pieds sur la banquette, regard à droite, en bas, bouche fermée, entrouverte : en cinq minutes, l’affaire était dans la boîte. L’attachée de presse s’est éclipsée. On pouvait se détendre, plonger la cuillère dans la mousse de lait et faire connaissance avec ce visage familier que l’on a vu passer, en vingt-cinq ans, des couvertures de magazine à la télévision, puis aux planches de théâtre et au cinéma. Avec de multiples tours et détours par la chanson ou encore de la danse.

Elle est comme on nous l’a souvent décrite, d’une beauté lumineuse qui ne la coupe pas des autres, polie sans être fausse, douce sans être mièvre. Elle propose le tutoiement dès le début de la rencontre, n’hésite pas à chercher ses mots, à tâtonner avant de répondre ; elle s’anime parfois, lève les mains en l’air et hausse la voix, avant de revenir planter ses yeux azur dans les vôtres. Ses créoles posent de la lumière sur son visage, cassent la rigueur d’un chignon de danseuse.

« C’EST BIEN DE MONTRER QUE LA FEMME PEUT ÊTRE EFFRAYANTE, PUISSANTE ET DANGEREUSE, QU’ELLE PEUT AVOIR UN TEMPS D’AVANCE SUR LES HOMMES »

Si on l’a conviée à prendre un verre ce mercredi midi, c’est avant tout pour évoquer le beau personnage de Théa, sirène revisitée aux jambes d’humain et aux branchies discrètes, mi-poisson mi-femme, qui hante Une île, la mini-série de Julien Trousselier, qui sera diffusée le 9 janvier sur Arte et a déjà été sacrée meilleure série française au Festival Séries Mania, en mars 2019. Laetitia Casta y incarne une créature fascinante et dangereuse, sortie de l’eau pour livrer un funeste avertissement à des insulaires rendus misérables et violents par la solitude, l’isolement et la raréfaction du poisson qui les fait vivre. D’une poésie stupéfiante, Une île évoque avec puissance et modernité les mythes liés à l’imaginaire marin.

« Ce projet avait pourtant tout pour me faire fuir, admet l’actrice. La sirène, la Corse [où la série a été tournée], les scènes de nu… Mais ce n’est pas la sirène du conte d’Andersen, qui est romantique, tombe amoureuse et a envie de se transformer en être humain. Théa est une meurtrière en série… Au niveau symbolique, il y avait quelque chose de très proche de ce qui se passe en ce moment pour les femmes. » On lui répond que, justement, cette histoire de femme danger, quasi muette, figée dans sa beauté classique – cheveux longs et ondulés, yeux clairs, corps pulpeux – n’est pas, au premier abord, très « MeToo ». Au contraire, « c’est bien de montrer que la femme peut être effrayante, puissante et dangereuse, qu’elle peut avoir un temps d’avance sur les hommes ».

Elle chante aussi

Pour interpréter le rôle de Théa, créature sortie des eaux pour semer le désir et la mort, mais aussi pour retrouver une sœur qu’elle croyait perdue, Laetitia Casta a choisi de travailler sur le corps. « Je viens du milieu de la mode, le corps c’est quelque chose que je connais très bien. Qu’est-ce que je pouvais amener sur le plateau ? Avec quasiment pas de dialogues ? J’ai pensé au personnage de la Féline, à ces rôles silencieux avec une présence forte… J’ai pensé à la chorégraphie. » Elle a fait appel à Blanca Li, « pour réfléchir à comment un poisson respire, comment il touche les objets, à quoi ressemble son regard… ». « J’adore ce travail-là ! »

Elle pose sa tasse et nous montre alors comment, le regard fixe et le visage oscillant très légèrement de gauche à droite, on donne l’impression d’évoluer dans l’eau. « La production a flippé quand je leur ai proposé ça… Les metteurs en scène ont souvent peur des acteurs », regrette celle qui, bien qu’elle se définisse comme une « instinctive », n’aime rien tant que bosser un rôle. De préférence en prenant des chemins de traverse : « La conformité me rend triste. »

A 41 ans, Laetitia Casta continue à poser, joue la comédie, chante (elle prête sa voix à une version de Daisy en duo avec Christophe, sur l’album Christophe etc., sorti en décembre), revendique la porosité des carrières et assume son côté touche à tout. « Quand j’ai commencé à faire de la télévision, je sortais du milieu de la mode, ce n’était pas possible… Faire du théâtre, ça l’était encore moins ! Aujourd’hui, les ponts sont là », dit-elle avec le soulagement de ceux qui ne sont plus obligés de se justifier. Elle travaille actuellement un monologue qu’elle jouera au Théâtre du Rond-Point. « Gros challenge… »

« PARDON, MAIS JE TROUVE QU’IL Y A UN RETOUR EN ARRIÈRE… QUELQUE CHOSE DE L’ORDRE DE LA CENSURE ET DU PURITANISME. »

Les mots « intime » et « féminin » reviennent souvent dans sa bouche, notamment pour évoquer une sensibilité propre aux femmes, qui va à contre-courant du discours féministe mainstream aujourd’hui. On ne l’a effectivement pas loupée lorsqu’elle a eu l’audace, dans un entretien à Corse-Matin, de se déclarer « femme plutôt que féministe ». Propos aussitôt repris un peu partout, dans leur forme la plus sommaire, pour lui faire comprendre qu’elle ne pensait pas droit. D’où une mise au point, en janvier 2018, dans les pages du Monde.

Deux ans plus tard, elle refuse toujours d’être dans l’unanimisme. « Il n’y a plus de place pour la nuance, on décrète ce qui est bien, ce qui est mal… Pour moi, la vie ce n’est pas ça. On a le droit de dire “Je ne sais pas”, on a le droit de dire “J’ai besoin de comprendre” ». Le sujet la touche, elle tape sur la table. « Et puis, il faut absolument être du bon côté, celui du “winner”… On ne tolère plus la fragilité ni l’erreur. Pardon, mais je trouve qu’il y a un retour en arrière… Quelque chose de l’ordre de la censure et du puritanisme. » C’est dit.

« Vous voulez un autre café ? » Elle se lève et va commander au comptoir. Le serveur revient avec une assiette de gâteaux. On éteint le magnéto pour finir la conversation en picorant. On l’imaginait casanière, au contraire, elle « adore sortir, aller au théâtre ou au cinéma… ». Quand elle n’est pas sur un plateau, elle file aux Arts déco faire de la sculpture. « Il y a aussi toujours l’écriture, derrière. Des bouts de phrase, des émotions. » Qu’elle verrait bien mis en musique. Elle demande si on a des enfants, évoque les siens. Son aînée a 18 ans, déjà. « Mais vous savez, ils restent des bébés toute leur vie… »

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4 janvier 2020

Keith Haring

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4 janvier 2020

Le parquet de Paris ouvre une enquête pour viols sur mineur contre Gabriel Matzneff

pédophilie

L’auteur, qui n’a jamais fait mystère de ses relations avec de jeunes adolescents, est au cœur d’une polémique déclenchée par la publication d’un roman autobiographique de l’éditrice Vanessa Springora.

La justice a décidé de réagir, trente ans après les faits et vingt-quatre heures après la sortie de l’ouvrage de Vanessa Springora. Le parquet de Paris a ouvert une enquête, vendredi 3 janvier, contre l’écrivain Gabriel Matzneff, notamment mis en cause pour ses relations avec des partenaires mineurs dans un livre de l’éditrice, paru jeudi.

Cette enquête a été ouverte pour « viols commis sur mineur » de moins de 15 ans et confiée à l’office central de répression des violences faites aux personnes, a précisé le procureur de la République de Paris, Rémy Heitz. Il souligne aussi que les investigations s’attacheront « à identifier toutes autres victimes éventuelles ayant pu subir des infractions de même nature sur le territoire national ou à l’étranger ».

Si les faits sont prescrits, le parquet de Paris a décidé de se saisir de l’affaire dans le cadre d’une « enquête d’initiative ». La politique du parquet de Paris, mise en place il y a quelques années quand François Molins en était le procureur, est de systématiquement ouvrir une enquête sur des faits de viol ou d’agression sexuelle sur mineur, même si les infractions sont prescrites.

Il ne peut pas y avoir de procès dans de tels cas, mais l’enquête permet de ne pas laisser sans réponse les victimes. A l’issue de l’enquête, et avant de la classer pour prescription, le parquet propose une rencontre entre la victime et son agresseur présumé. Il est arrivé que cette « mise en présence » permette ce qu’une audience aux assises n’aurait jamais pu : « on a obtenu des aveux en confrontation, des lettres d’excuses », avait expliqué M. Molins au Monde.

« Dysfonctionnements des institutions » de l’époque

Dans son roman autobiographique intitulé Le Consentement, l’éditrice de 47 ans raconte comment elle a été séduite par Gabriel Matzneff alors qu’elle n’avait même pas 14 ans et le poids de cette histoire sur sa vie, ponctuée de dépressions.

« A 14 ans, on n’est pas censée être attendue par un homme de 50 ans à la sortie de son collège, on n’est pas supposée vivre à l’hôtel avec lui, ni se retrouver dans son lit, sa verge dans la bouche à l’heure du goûter », raconte Vanessa Springora dans cet ouvrage. « Pourquoi une adolescente de 14 ans ne pourrait-elle aimer un monsieur de trente-six ans son aîné ? (…) Ce n’est pas mon attirance à moi qu’il fallait interroger mais la sienne », ajoute l’écrivaine, qui assure avoir été sous emprise lors de sa relation.

« Par son statut d’écrivain, Gabriel Matzneff redoublait son entreprise de prédation par une exploitation littéraire de cette séduction et de possession des jeunes filles et jeunes garçons, estime-t-elle également, interrogée par France Culture vendredi matin. Il utilisait la littérature pour continuer à assouvir ses pulsions. »

L’écrivaine est la première à témoigner parmi les adolescentes séduites par Gabriel Matzneff, auteur longtemps fêté par le milieu littéraire français et récompensé par le prix Renaudot essai en 2013. Le goût autoproclamé de l’écrivain, aujourd’hui âgé de 83 ans, pour les « moins de 16 ans » et pour le tourisme sexuel avec de jeunes garçons en Asie, qu’il avait relaté dans de nombreux ouvrages, avait jusqu’ici très peu fait ciller. La sortie du livre de Vanessa Springora semble être en train de changer la donne.

« Ce n’était pourtant pas très difficile de savoir qui était Matzneff à l’époque », souligne Vanessa Springora dans les colonnes du Parisien, évoquant les « citations terrifiantes » de son ouvrage Les moins de seize ans, et dénonçant les « dysfonctionnements de toutes les institutions [de l’époque] : scolaire, policière, hospitalière… ».

Réagissant aux regrets exprimés par l’ancien animateur télé Bernard Pivot, accusé de complaisance avec l’écrivain, l’écrivaine s’est dite « étonnée » qu’il soit le seul à avoir fait cette démarche. « Davantage que cette chasse à l’homme qui est en train de se mettre en place vis-à-vis de Matzneff, un vieux monsieur dans la misère qui n’est plus en mesure de nuire à qui que ce soit, pour moi, c’est l’hypocrisie de toute une époque qui doit être remise en question », insiste-t-elle. A nouveau interrogé jeudi par Le Parisien, après avoir répondu au Monde le 18 décembre, Frédéric Beigbeder a reconnu que l’attribution du prix Renaudot essai en 2013 à Gabriel Matzneff « était maladroit[e] ».

Le magazine L’Express a décidé de publier en intégralité le long texte que Gabriel Matzneff leur a fait parvenir, jeudi, soulignant que « cette publication ne vaut pas caution ». « L’écrivain n’y fait aucun mea culpa ni ne demande le pardon, mais il livre le récit de sa liaison avec la jeune fille », souligne l’hebdomadaire. M. Matzneff défend « un exceptionnel amour » et assure « ne pas mériter l’affreux portrait » que Vanessa Springora dresse de lui.

Dans un communiqué diffusé vendredi, les secrétaires d’Etat à l’égalité femmes-hommes et à la protection de l’enfance, Marlène Schiappa et Adrien Taquet, ont appelé « toutes les personnes ayant connaissance d’actes pédocriminels commis dans cette affaire ou dans d’autres à se manifester auprès de la justice pour que les victimes puissent être reconnues comme telles ».

4 janvier 2020

Heidi Romanova

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4 janvier 2020

Le général Ghassem Soleimani, tué par les Etats-Unis, était l’architecte de la puissance iranienne

Par Louis Imbert

Le militaire iranien était à l’origine des milices chiites en Irak et des forces iraniennes en Syrie qui ont tenu à bout de bras le régime de Bachar Al-Assad.

Depuis quarante ans qu’il arpentait les terrains de guerres de la région, Ghassem Soleimani n’avait cessé d’exprimer son dégoût à l’idée de connaître une mort paisible, chez lui à Téhéran. L’un des hommes les plus puissants du Moyen-Orient, général iranien deux étoiles, patron des opérations extérieures de Téhéran au sein de la Force Al-Qods des gardiens de la révolution, a été abattu sur le sol de son premier conflit, en Irak. Il est mort à 62 ans, brûlé dans une frappe américaine près de l’aéroport de Bagdad, dans la nuit du vendredi 3 janvier.

« Le champ de bataille est le paradis perdu de l’humanité. Le paradis où la vertu et les actes des hommes sont au plus haut », lançait-il encore en 2009, devant une caméra de télévision. Par la violence, par la patience et par un sens politique aigu, cet exécutant de la puissance iranienne a largement contribué à remodeler le Proche-Orient, en cimentant l’axe d’influence iranien de l’Irak à la Syrie et au Liban.

Ghassem Soleimani est le fils d’un paysan pauvre des montagnes de Kerman, dans le sud de l’Iran. Dès ses 13 ans, il est ouvrier sur les chantiers de construction du chef-lieu de province. Petit et bien bâti, passionné de culturisme et pieux, il porte pantalons pattes d’éléphant et cols pelle à tarte. Un an après la révolution de 1979, l’agression de la toute jeune République islamique, ordonnée par le dictateur irakien Saddam Hussein, le précipite dans la guerre. Il n’en sortira plus jamais.

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Réseaux de résistance

Ghassem Soleimani s’engage dans un corps de volontaires fraîchement créé, qui réunit des nationalistes, des voyous et des religieux : les gardiens de la révolution. Il se distingue derrière les lignes ennemies, en menant des missions commando de reconnaissance. Cette guerre, qui durera huit ans et fera 500 000 morts des deux côtés, lui apprend le mépris de l’Occident, qui soutient le militaire Saddam Hussein contre la République islamique. Au sortir du conflit, Soleimani prend la direction des gardiens dans sa région natale, puis à la frontière afghane. Il se verra confier la direction de la Force Al-Qods à la fin des années 1990, peu après la prise de pouvoir des talibans à Kaboul.

Leur régime sunnite fondamentaliste est une menace pour Téhéran. Contre eux, Soleimani soutient des réseaux de résistance dans le pays, mais son salut viendra d’un allié inattendu. Au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, les Etats-Unis se préparent à envahir l’Afghanistan. En pragmatique, le général ose plaider en faveur d’une collaboration avec Washington, devant le Conseil suprême de sécurité nationale iranien. Il veut aider le « grand Satan » à renverser les talibans. Dès l’automne, ses envoyés transmettent à de hauts diplomates américains, dans un hôtel de Genève, des cartes d’Afghanistan, des relevés de positions militaires des talibans et même des propositions de plans d’attaque.

Cette entente, consacrée par la chute de Kaboul en novembre 2001, sera éphémère. Deux mois plus tard, le 29 janvier 2002, le président américain, George W. Bush, prononce son discours sur l’« axe du Mal ». L’Iran y figure aux côtés de l’Irak et de la Corée du Nord. La Maison Blanche se prépare à conquérir Bagdad et à faire chuter Saddam Hussein. Un vent de panique souffle sur le régime iranien, qui craint d’être le prochain sur la liste.

Pour l’heure, cependant, il y a encore une occasion à saisir. En démettant Saddam Hussein, en avril 2003, l’Amérique débarrasse Téhéran de son pire ennemi. Elle porte au pouvoir l’opposition irakienne chiite, dont les principaux dirigeants restaient en exil à Téhéran. Leur « officier traitant » n’y était autre que Ghassem Soleimani.

C’est lui qui négocie alors avec des diplomates américains la formation du premier gouvernement intérimaire. Lui aussi qui forme, discrètement, le réseau de milices chiites qui plongera dès 2004 dans la guerre civile irakienne, conséquence d’une occupation américaine mal pensée et mal exécutée. Mais l’Iran et Ghassem Soleimani y prennent leur part.

Selon Washington, le général aurait alors conseillé au dictateur syrien, Bachar Al-Assad, allié indéfectible de Téhéran, d’ouvrir sa frontière aux djihadistes sunnites venus du monde entier pour combattre les forces américaines en Irak. Plus le pays s’enfonce dans le chaos, plus le risque d’une invasion américaine de l’Iran voisin s’éloigne.

En 2011, la guerre civile apaisée, l’armée américaine quitte l’Irak. Ghassem Soleimani y fait désormais office de proconsul. Son bilan n’est pas brillant. Le gouvernement chiite, mené par des alliés corrompus et sectaires, s’aliène la minorité sunnite. Ils précipitent le retour en force du djihad sunnite et le triomphe de l’organisation Etat islamique, qui s’empare de Mossoul, la grande ville du Nord, à l’été 2014.

Ghassem Soleimani se rend immédiatement à Bagdad pour aider à prévenir la chute de la capitale. Il devient alors un personnage public. En visite sur les lignes de front, il multiplie les selfies avec les miliciens. Il rassure l’opinion iranienne, qui craint les guerres dans lesquelles ses voisins s’enfoncent. Washington présente alors le général comme l’homme qui a ruiné le Moyen-Orient.

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Galaxie de milices chiites

Soleimani est plutôt l’homme qui est resté debout dans les ruines de la région. Depuis 2012, il dirige en Syrie les forces iraniennes qui tiennent à bout de bras le régime Assad, tentant d’écraser la révolution puis l’insurrection syrienne. Il y déploie une galaxie de milices chiites alliées : de 20 000 à 25 000 combattants iraniens mais surtout irakiens, afghans et syriens, emmenés par le Hezbollah libanais.

A TÉHÉRAN, SES FAITS D’ARMES ONT FAIT DE SOLEIMANI LE PERSONNAGE PUBLIC LE PLUS POPULAIRE DU PAYS, Y COMPRIS PARMI LES CRITIQUES DU RÉGIME

Cette internationale chiite suffit à endiguer l’insurrection, mais pas à la vaincre. A l’été 2015, Ghassem Soleimani est dépêché en urgence à Moscou : devant le président Vladimir Poutine, il déploie des cartes de la Syrie. Il prépare l’entrée en guerre du grand allié russe, qui finira par écraser la révolution syrienne. En décembre 2016, au lendemain de la chute d’Alep, le bastion des rebelles syriens, Soleimani se fait photographier sous la citadelle de la ville en vainqueur.

A Téhéran, ses faits d’armes ont fait de lui le personnage public le plus populaire du pays, y compris parmi les critiques du régime. Il était l’une des rares figures, au sein de l’Etat, encore capable de rassembler la population. Certains voient désormais en lui un Napoléon, prêt à entrer en politique, auréolé de sa gloire militaire.

Dès 2016, le héros national fait taire la rumeur en annonçant qu’il ne serait pas candidat à la présidentielle, prévue l’année suivante, contre le diplomate et modéré Hassan Rohani. Il restera un « soldat jusqu’à la fin de [sa] vie, si Dieu le veut ». Mais la propagande officielle continue de rehausser sa stature.

Peut-être aurait-il eu sa chance à la présidentielle de 2021, alors que le chaos régional finit par rattraper Téhéran. Le pays se vit désormais en guerre, sous les sanctions américaines démultipliées par le président Donald Trump. En l’assassinant à Bagdad, les forces américaines ont mis un terme à ces spéculations.

4 janvier 2020

Miss Tic

miss tic

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