Dans Astérix, Adrénaline bouleverse le quotidien de l’irréductible village
Par Frédéric Potet
« La Fille de Vercingétorix », le 38e album de la collection réalisé par le tandem Conrad-Ferri, sort jeudi dans tout ce que le pays compte de points de vente.
Sans René Goscinny, mort six ans plus tôt, Albert Uderzo avait inventé un fils à Astérix en 1983 (Le Fils d’Astérix, Editions Albert René), chérubin chahuteur qui s’avéra ne pas être le sien. Le duo d’auteurs ayant repris les aventures du célèbre Gaulois, Jean-Yves Ferri (scénario) et Didier Conrad (dessin), ont, eux, imaginé une fille à l’un des personnages clés de la série, bien qu’on ne le voit quasiment jamais : Vercingétorix, le chef et roi des Arvernes, vaincu à Alésia en 52 avant J.-C..
Propulsée par une campagne de teasing savamment orchestrée, sa fille n’a cependant plus aucun rapport avec lui. Comme elle l’exprime affectueusement au milieu du 38e album de la collection, La Fille de Vercingétorix (Editions Albert René), disponible ce jeudi 24 octobre dans tout ce que le pays compte de points de vente (librairies, supermarchés…), elle est revanche dotée de « deux papas ».
Adrénaline, tel est son prénom, a été recueillie après la reddition de son père par deux fidèles lieutenants de celui-ci, Monolitix et Ipocalorix. Traquée par les troupes de César, qui aimerait faire d’elle une Romaine, l’adolescente vient trouver asile dans l’irréductible village d’Astérix et Obélix. Son tempérament fugueur va alors bouleverser le quotidien des habitants, sur fond de conflits intergénérationnels.
Des clins d’œil à l’actualité
Pour subtile qu’elle soit, l’allusion au débat sur l’homoparentalité, qui n’en finit pas de traverser la société française, n’est pas développée plus que cela dans le récit. Tout album d’Astérix a en effet vocation à rassembler les lecteurs au sein des familles, et non à les diviser autour d’un sujet pouvant paraître clivant.
Les enjeux économiques invitent, il est vrai, à la prudence du côté d’Hachette Livres, propriétaire des Editions Albert René. Avec cinq millions de ventes attendues – dont deux millions dans l’espace francophone –, La Fille de Vercingétorix devrait être le tirage le plus important de l’édition française en 2019, tous genres confondus.
Si les auteurs se gardent bien d’aller au-delà de la mission de divertissement consensuel qui leur a été confiée, certains lecteurs ne manqueront néanmoins pas de lire entre les lignes et observer qu’il est possible, à l’image d’Adrénaline, d’avoir deux pères et d’être une jeune fille parfaitement équilibrée…
L’autre lien à l’actualité présent dans l’album concerne la personnalité de l’héroïne, en qui il n’est pas interdit de voir une incarnation de Greta Thunberg. Sa queue-de-cheval et ses rêves d’île lointaine, préservée des hommes, la rapprochent en effet de la jeune militante écologiste suédoise.
Mais la comparaison s’arrête là également, et pour cause : quand Jean-Yves Ferri a commencé l’écriture de l’album, Greta Thunberg n’avait pas encore lancé son mouvement de grève devant le Parlement suédois. Didier Conrad, lui, qui vit aux Etats-Unis, n’avait même jamais entendu parler d’elle quand il a commencé à croquer Adrénaline.
Une douce folie qui fait défaut à l’album
Pour le reste, on ne sautera pas au plafond, même avec une dose de potion magique, à la lecture de cette quatrième collaboration entre les deux auteurs (après Astérix chez les Pictes en 2013, Le Papyrus de César en 2015 et Astérix et la Transitalique en 2017). Ni indigne ni génial, l’album s’avère surtout irréprochable sur un plan technique.
Le dessin de Conrad est vraiment confondant de ressemblance avec celui d’Uderzo, comme si l’élève s’était fait greffer la main du maître à la place de la sienne. Le scénario de Ferri respecte, lui, à la lettre le « cahier des charges » légué par Goscinny. Rien ne manque : les gags, les jeux de mots, les anachronismes, les bagarres, les citations latines, les pirates, les sangliers… Rien ne manque, non, sinon l’essentiel : ce supplément d’âme, cette douce folie, ce classicisme teinté d’irrévérence qui faisaient la marque des albums d’autrefois.
Ferri et Conrad n’y sont pour rien ; ils sont très certainement les meilleurs à ce poste. C’est seulement le poste en question – de moine copiste – qui est impossible. Même avec la meilleure volonté du monde, lire une nouvelle histoire d’Astérix sans se demander ce que Goscinny et Uderzo en auraient fait, à leur époque, relève de la gageure.
On se prend du coup à rêver que la série, à l’instar de Spirou et Fantasio, soit un jour réinterprétée, et non imitée, par de grands auteurs contemporains, sans que ceux-ci aient besoin de s’adapter au style de leurs prédécesseurs. Un Astérix fait par Tardi ou par Blutch (qui publiera prochainement une histoire inédite de Tif et Tondu) serait d’une autre audace.
« Camille » : en mémoire de la photographe de presse
Il manque, au début de Camille, l’une de ces mentions – « d’après des faits réels », « inspiré d’une histoire vraie » – faites pour établir la légitimité d’une fiction.
C’est que le film que Boris Lojkine a consacré aux derniers mois de la photographe de presse Camille Lepage, tuée en mai 2014, lors d’un accrochage entre factions rebelles centrafricaines, n’a pas besoin de cet artifice.
A son arrivée en République centrafricaine, à l’automne 2013, la jeune femme – elle a alors 25 ans – trouve un pays divisé entre la coalition Séléka essentiellement musulmane, et ses opposants qui, face à l’impéritie du gouvernement et des forces internationales censées maintenir l’ordre, ont commencé à former des milices baptisées « anti-balaka ». La capitale, Bangui, commence à être le théâtre d’affrontements et de représailles exercées contre les civils de l’un ou l’autre camp.
C’est là que Boris Lojkine a amené ses acteurs français, Nina Meurisse, qui tient le rôle de Camille Lepage, Bruno Todeschini ou Grégoire Colin, qui forment avec Augustin Legrand la petite meute de journalistes français venue couvrir le conflit ; c’est là qu’il a trouvé les Centrafricains qui interprètent les étudiants avec qui Camille se lie dès son arrivée, juste avant que ces jeunes gens ne soient obligés de choisir leur camp.
Boris Lojkine évoque les éternels débats qui agitent les journalistes de guerre. Plus important, il met en scène l’effet de leur présence sur les protagonistes d’une histoire qui n’est pas celle des témoins. L’une des scènes les plus fortes du film oppose Camille Lepage à Cyril (Fiacre Bindala), un étudiant qui a choisi la lutte armée contre la Séléka. A la jeune femme qui lui demande si l’élimination de ses adversaires est la solution, le guérillero demande ce qui lui donne le droit, à elle, la Française venue d’un pays qui a façonné l’histoire de la Centrafrique, de dire le bien et le mal. T. S.
« Camille », film français de Boris Lojkine. Avec Nina Meurisse, Fiacre Bindala, Bruno Todeschini, Ousnabee Zounoua, Grégoire Colin (1 h 30).
L’usage des trottinettes désormais encadré par le code de la route
Cette « nouvelle catégorie de véhicule » devra rester sur les pistes cyclables, mais rouler sur les trottoirs pourra être exceptionnellement autorisé.
Les trottinettes sont maintenant des moyens de transport à part entière et soumises à ce titre à des règles. Vendredi 25 octobre, un décret a été publié au Journal officiel pour encadrer leur usage, ainsi que ceux des autres « engins de déplacement personnels motorisés » (EPDM) comme les gyroroues et les hoverboards.
Le texte, appelé à entrer en vigueur en partie dès samedi (une autre partie concernant les aspects technologiques entrera en vigueur le 1er juillet 2020), modifie le code de la route et s’adresse aux usagers, aux collectivités territoriales et aux forces de l’ordre.
Il vise à « définir les caractéristiques techniques et les conditions de circulation des engins de déplacement personnel », motorisés ou non motorisés, présentés comme de « nouvelles catégories de véhicules ».
Trottoirs interdits. En ville, les trottinettes devront rester sur les pistes cyclables, lorsqu’elles existent. Rouler sur le trottoir sera en principe interdit, mais pourra être exceptionnellement autorisé, « à condition [que les engins] respectent l’allure du pas et n’occasionnent pas de gêne pour les piétons ». En revanche, le stationnement sur les trottoirs est permis, tant que ça ne gêne pas les piétons. Mais certains maires, comme Anne Hidalgo à Paris, ont d’ores et déjà fixé leurs règles : il est ainsi interdit de se garer sur les trottoirs de la capitale.
Un seul conducteur. Les engins de déplacement personnel motorisés ne peuvent transporter qu’un seul conducteur « âgé d’au moins douze ans », prévoit le décret, qui interdit à ce conducteur de « pousser ou tracter une charge ou un véhicule » ou de « se faire remorquer par un véhicule ».
Vitesse limitée à 25 km/h. La loi prévoit désormais que ces engins ne doivent pas pouvoir dépasser une vitesse de 25 km/h, alors que certains constructeurs offraient la possibilité d’atteindre jusqu’à 80 km/h. Conduire un engin conçu pour dépasser cette vitesse (par construction ou après avoir été débridé) sera passible de 1 500 euros d’amende, voire 3 000 euros en récidive.
Equipements obligatoires la nuit. « Lorsqu’il circule la nuit, ou le jour lorsque la visibilité est insuffisante », un conducteur d’EDPM devra porter soit un gilet de haute visibilité, soit un équipement rétro-réfléchissant. Le port d’un tel équipement, ainsi que celui d’un casque, est obligatoire dans le cas d’une circulation – si elle est autorisée – hors agglomération. Des maires peuvent en effet « autoriser la circulation sur les routes dont la vitesse maximale autorisée est inférieure ou égale à 80 km/h, sous réserve que l’état et le profil de la chaussée ainsi que les conditions de trafic le permettent ».
Feux et freins obligatoires. Comme les vélos, les engins devront être équipés de feux de position avant et arrière, d’un système de freinage et d’un avertisseur sonore.
















