MARTIALLENOIR from Normal Magazine on Vimeo.
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Par Harry Bellet
Le Musée du Louvre présente près de 180 œuvres du maître italien dans une exposition remarquable de clarté et de pédagogie.
« Il faut peut-être de la folie pour se livrer à un tel travail », écrit Xavier Salmon, directeur du département des arts graphiques au Musée du Louvre, en évoquant les recherches menées depuis dix ans par Vincent Delieuvin et Louis Frank, les deux commissaires de l’exposition célébrant le 500e anniversaire de la mort de Léonard de Vinci.
De la folie ? Un grain tout du moins, mais celui-ci a produit une récolte abondante et précieuse. L’exposition elle-même, bien sûr, qui est, dans son organisation riche en rebondissements, un véritable tour de force car réunir tant d’œuvres n’allait pas de soi : près de 180, dont onze peintures de Vinci – le Louvre en possède cinq sur la vingtaine qui lui est attribuée –, mais aussi un grand nombre de ses dessins, de ses précieux carnets, et également des travaux de ses maîtres comme de ses élèves.
Cette longue gestation a été mise à profit par les commissaires pour affiner la connaissance du travail comme de la vie de l’artiste. Vinci a été étudié comme jamais : ses œuvres ont subi une batterie d’analyses scientifiques, et on a également eu recours à des recherches historiques, voire philologiques, et ce dans la plus pure tradition de la Renaissance : Louis Frank et l’historienne de l’art Stefania Tullio Cataldo sont allés jusqu’à réviser la traduction des textes où Giorgio Vasari (1511-1574), le fondateur de l’histoire de l’art, raconte la vie du peintre, pour en tirer de nouvelles nuances.
Une bousculade prévisible
A nouveau scrutée de près, La Joconde n’est pas dans l’exposition, mais à sa place habituelle au Louvre, dans la salle des Etats. Sans doute moins à cause de sa fragilité (on l’a déplacée récemment de quelques salles, pour pouvoir refaire une beauté à la sienne), mais plus probablement pour gérer les flux du public qui, si elle avait été insérée dans le parcours de l’exposition, seraient devenus intenables. Même ainsi, la bousculade est prévisible, et on l’a palliée comme on pouvait : n’y accéderont que ceux qui auront réservé au préalable.
Cela en vaut la peine. D’abord, parce qu’il est peu probable qu’on réunisse encore un jour un tel ensemble. Ensuite, parce que l’exposition – même si manquaient encore, à quelques jours de l’ouverture, quelques cartels explicatifs – est remarquable de clarté et de pédagogie, pour qui prend le temps de regarder. D’autant qu’elle suit, lorsque la chose est possible, un déroulement chronologique.
Léonard est né des amours coupables d’un riche notaire, Piero, 24 ans à l’époque, et d’une paysanne, Caterina Lippi, 16 ans. Il voit le jour le 15 avril 1452, dans le village de Vinci, à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Florence, dont il prendra le nom selon une habitude courante à l’époque. Son père n’épousera jamais sa mère, préférant la marier à un paysan du cru. Il ne reconnaîtra pas non plus leur fils, mais pourvoira à son éducation, en l’inscrivant dans une école qui enseigne l’arithmétique, à l’usage des futurs comptables ou des marchands. C’est une des raisons pour lesquelles, toute sa vie, l’artiste ignorera le latin. Ce qui le conduira à négliger une approche théorique et livresque des phénomènes qu’il étudiera et à développer une méthode empirique, faite d’observations et d’expérimentations.
A l’adolescence, son père le fait venir près de lui à Florence. C’est alors une des villes les plus cultivées d’Europe : seuls deux tiers de ses habitants sont analphabètes… L’enfant entre dans l’atelier d’Andrea del Verrocchio, peintre, sculpteur, orfèvre, mais aussi « ingénieur », c’est-à-dire qu’il conçoit les machines animant les nombreux spectacles que Laurent de Médicis, soucieux de sa popularité, offre à ses concitoyens florentins.
Le temps de la réflexion
C’est avec cet apprentissage que s’ouvre l’exposition : chez Verrocchio, Léonard étudie le dessin, bien sûr, mais aussi des rudiments d’anatomie, de mécanique et de géométrie. Il n’aura ensuite de cesse de développer tout cela.
En attendant, il dessine des draperies. Un drap, imprégné d’argile humide destiné à le rigidifier un peu, était posé de manière à former des plis lourds, que les élèves devaient apprendre à restituer par le dessin. L’exercice du drapé était encore en vigueur naguère dans les écoles d’art, car très formateur pour qui veut savoir rendre des volumes.
Si on a besoin d’une preuve, on s’arrêtera devant le dessin d’un paysage de la vallée de l’Arno, que Léonard exécute en 1473. Il a à peine 20 ans, et témoigne déjà d’une belle maîtrise et d’un sens de l’observation étonnant.
Au même moment, il intègre la Compagnia di San Luca, la confrérie des artistes de Florence. Des tableaux de Verrocchio, où on a identifié la main de Vinci dans certains détails ou personnages (la recherche est un peu facilitée par le fait qu’il était gaucher, ce qui donne une direction caractéristique à ses tracés), montrent que, peu à peu, l’élève dépasse le maître.
«JE PEUX EXÉCUTER DE LA SCULPTURE EN MARBRE, BRONZE OU TERRE ; ET EN PEINTURE FAIRE N’IMPORTE QUEL OUVRAGE AUSSI BIEN QU’UN AUTRE, QUEL QU’IL SOIT. » LÉONARD DE VINCI AU DUC DE MILAN
D’autant qu’il adopte une technique alors nouvelle, la peinture à l’huile, découverte des Flamands (d’où sans doute le tableau de Hans Memling présent au début du parcours). Elle est d’un séchage bien plus lent que la détrempe – ce qui permet bien des repentirs –, gagne à être appliquée couche par couche, pour multiplier les effets, ceux de profondeur ou d’ombres et de lumière, notamment. Cette exécution qui laisse au peintre le temps de réfléchir, la possibilité de changer d’avis, lui convient parfaitement. Chaque fois qu’il devra recourir à l’art bien plus expéditif de la fresque, il ira de de catastrophe en catastrophe.
Changer d’avis ? Il le fait notamment avec le Saint Jérôme, prêté généreusement par les musées du Vatican. C’est un tableau exceptionnel à plus d’un titre. D’abord, car Vinci y est revenu au moins trente ans après l’avoir commencé, pour corriger une erreur dans le cou que ses nouvelles recherches en anatomie (il aurait disséqué plus de trente cadavres) lui avaient fait percevoir ; ensuite, parce qu’il ne l’a jamais terminé. Et ce ne sera pas le seul. Comme si la peinture pour lui n’était qu’une manière de formuler des idées. Aujourd’hui, on appellerait cela de l’art conceptuel…
Ingénieur, architecte, scénographe, sculpteur
Pour mieux comprendre le phénomène, peut-être suffit-il de lire son CV, celui qu’il adresse à Ludovic Sforza, duc de Milan, vers 1481 ou 1482 : « Illustrissime seigneur, ayant désormais suffisamment considéré les expériences de ceux qui se prétendent grands inventeurs de machines de guerre, et constaté que lesdites machines ne diffèrent en rien de celles qui sont communément employées, je m’efforcerai, sans vouloir faire injure à personne, de révéler mes secrets à votre excellence, à qui j’offre de mettre à exécution, à sa convenance, toutes les choses brièvement notées ci-dessous… »
S’ensuit, en une douzaine de points, tout ce qu’un artiste de la Renaissance peut apporter à un prince conquérant. Dans l’ordre : des ponts mobiles, des machines de siège, des mortiers, des navires cuirassés. En cas – improbable – de paix, précise Léonard, il est aussi architecte et peut, accessoirement, « exécuter de la sculpture en marbre, bronze ou terre ; et en peinture faire n’importe quel ouvrage aussi bien qu’un autre, quel qu’il soit ».
Sforza, qui n’est pas moins munificent que l’était Médicis, l’emploie essentiellement à concevoir des décors pour les fêtes qu’il donne à son peuple : Vinci est scénographe. Il le sera toute sa vie, reprenant dans son vieil âge pour François Ier des idées de fêtes conçues pour ses mécènes précédents. Il conçoit bien pour Sforza un monument équestre. Las, le bronze qui lui était destiné servira à fondre des canons : les tambours des guerres d’Italie battaient à nouveau.
C’est à l’occasion d’une entrevue diplomatique entre le pape Léon X et le jeune roi François Ier que ce dernier persuada Léonard de Vinci de passer les Alpes, avec armes et bagages, c’est-à-dire surtout La Joconde, le Saint Jean-Baptiste, et le non moins merveilleux La Vierge, l’Enfant Jésus et sainte Anne, dont aucun n’avait jamais été livré à son commanditaire.
Vinci passa le reste de sa vie à les retoucher, à entretenir avec le roi de France, auquel il servait d’encyclopédie vivante, de longues et fréquentes conversations, et d’envisager à sa demande les possibilités de transplanter la capitale du royaume à Romorantin...
Evoqués dans l’exposition, ses derniers dessins représentent le Déluge. Etrange sujet de la part d’un artiste qui se préoccupait, ainsi qu’il l’avait noté, de « laisser un souvenir dans l’esprit des hommes ». C’est plutôt réussi.
Léonard de Vinci, Musée du Louvre, tous les jours sauf mardi : le lundi de 9 heures à 18 heures, le mercredi, vendredi samedi et dimanche de 9 heures à 21 h 45, jusqu’au 24 février 2020. Réservation obligatoire sur le site Ticketlouvre.fr. 17 €. Catalogue, Editions Hazan, 480 p. 35 €.
Entretien
Le budget 2020 prévoit une enveloppe supplémentaire de 4,5 millions d’euros pour la SNSM. C’est une bonne nouvelle ?
Ce n’est pas tout à fait ce que nous attendions. Nous demandions 9 millions d’euros. Nous avons obtenu 4,5 millions d’euros. Je dirais que cette annonce a tout d’un ciel d’automne. Elle comporte des nuages. Le compte n’y est pas.
Qu’est-ce que vous reprochez au gouvernement ?
Gérald Darmanin (ministre de l’Action et des Comptes publics, NDLR) s’est opposé à l’amendement qui aurait pérennisé cette recette dont nous avons besoin pour renouveler notre flotte et former nos bénévoles. L’idée, proposée par plusieurs députés de la majorité, était d’affecter à la SNSM la moitié de la taxe sur les permis de bateaux à hauteur de 4,5 millions d’euros. Mais l’administration fiscale était vent debout. Elle n’aime pas les taxes affectées. Il y a donc une vraie incertitude sur le maintien à terme de cette recette.
Le ministre des Comptes publics s’est pourtant engagé.
Oui, il a promis que cette somme serait inscrite dans les budgets 2020 et 2021. Mais ensuite, qui sait ? Les gouvernements changent. Lors du drame des Sables-d’Olonne (trois bénévoles de la SNSM ont péri lors d’un naufrage le 7 juin, NDLR), le Président s’était pourtant engagé. À trois reprises, il avait dit : « Je vous soutiendrai. »
La SNSM reste fragile ?
Son fonctionnement repose sur 8 000 bénévoles. 35 % sont des professionnels de la mer. Mais ce pourcentage est appelé à baisser dans les années à venir, étant donné l’évolution démographique de ce secteur. Il va donc falloir consacrer un budget plus conséquent à la formation et renouveler une flotte vieillissante.
Vous avez besoin d’investir ?
45 % de notre flotte hauturière a plus de vingt-cinq ans et 15 % plus de trente ans. Nous aurons besoin d’acheter 140 nouveaux bateaux au cours des dix prochaines années. Cela représente un investissement de 100 millions d’euros. Nous venons de signer un engagement pour une tranche ferme de 25 millions d’euros et la fourniture de trente-cinq bateaux sur cinq ans. Une autre option est posée pour le même nombre de navires. À condition que nous ayons les ressources.
D’où pourraient provenir de nouvelles ressources ?
Les dons faits à la SNSM bénéficient d’une défiscalisation à hauteur de 66 %. Elle pourrait être portée à 75 %. Si les 150 000 amateurs de nautisme donnaient 30 €, cela ne leur coûterait que 7,50 €. Même pas le prix d’une place de cinéma. Nous voulons aussi avoir accès aux crédits de la formation professionnelle. Il faut que l’État nous aide à collecter les 4,5 millions d’euros qui nous manquent.
Recueilli par Patrice MOYON.
Par Claire Mayer
Le Grand Hôtel de la Plage, emblématique de la ville de Biscarosse, est menacé par l’érosion du littoral. La région Nouvelle-Aquitaine souhaite relocaliser l’établissement dans les terres. Contre l’avis de son propriétaire.
La plage centrale de Biscarrosse (Landes), à une quarantaine de kilomètres au sud-ouest de Bordeaux, c’est du sable à perte de vue et l’océan que se partagent baigneurs et surfeurs. En cette journée ensoleillée d’octobre, des téméraires ont même décidé de fendre les vagues.
Très peu construit, le littoral compte trois édifices, qui trônent fièrement sur les hauteurs de la dune. Deux maisons jumelles, La Rafale et Les Embruns, jouent le jeu du charme local. Quant au Grand Hôtel de la Plage, il est tout simplement emblématique.
L’imposant bâtiment blanc aux allures modernes a été érigé en 1912. S’il a connu des rénovations lors de son rachat, en 2012, par Emmanuel Kot, promoteur immobilier parisien, il était depuis dix ans à l’abandon, son précédent propriétaire, un riche Belge, s’étant contenté d’aménager son appartement dans l’aile sud. Aujourd’hui, le charmant hôtel, dont une partie de la terrasse est fermée au public par un arrêté de mise en péril, pourrait bien être relocalisé dans les terres. C’est en tout cas le souhait de la région Nouvelle-Aquitaine.
Une vague de tempêtes
En juillet 2013 pourtant, l’ouverture du nouvel établissement 4 étoiles connaît un succès retentissant. Accueilli en grande pompe par la mairie et les acteurs locaux, il devient l’emblème de la coquette station balnéaire landaise : 100 000 habitants en saison – contre 14 000 le reste de l’année. Seulement voilà, le rêve était trop beau. L’hiver 2013-2014 est secoué par une vague de tempêtes qui va laisser de profonds stigmates. Le littoral aquitain, qui connaissait un recul de 2,5 mètres en moyenne par an, perd 20 mètres en un mois et demi.
Début 2014, le maire LR de Biscarrosse, Alain Dudon, fait évacuer pour deux nuits les quelques vacanciers hivernaux du Grand Hôtel de la Plage, après avoir signé des arrêtés de mise en péril. Depuis, la côte n’a plus connu d’épisodes aussi violents. En juillet dernier, le maire prend cependant un nouvel arrêté similaire concernant une partie de la terrasse du Grand Hôtel et l’une des deux villas, La Rafale. Car, selon lui, même en l’absence de tempête, le littoral est en danger. « On a passé un hiver sans conditions météorologiques particulières, pourtant la dune a été rongée comme en 2014, qui avait enregistré six tempêtes. Donc les phénomènes tempétueux ne sont pas les seuls à être à l’origine d’érosion importante. L’océan, seul, ça suffit. »
« ON NOUS FAIT FERMER UNE TERRASSE, SOUS PRÉTEXTE QU’ON VA S’ÉCROULER, ET POURTANT ON LAISSE LES BAIGNEURS SE POSER AU-DESSOUS. » EMMANUEL KOT, PROPRIÉTAIRE DE L’HÔTEL
Pour l’hôtel, c’est un coup de massue : une perte de 120 000 euros de chiffre d’affaires qu’Emmanuel Kot vit comme une injustice. « Entre juillet et août, il ne s’est rien passé. On nous fait fermer une terrasse, sous prétexte qu’on va s’écrouler, et pourtant on laisse les baigneurs se poser au-dessous. » Pour le propriétaire, qui conteste en justice cet arrêté toujours en cours, « la décision est purement politique ». L’entrepreneur est d’autant plus en colère qu’il avait été « accueilli à bras ouverts » il y a six ans. « On nous a poussé à nous installer à cet endroit-là. On a des politiques qui, on peut l’espérer, ont une vision à plus de quinze jours. Or il ne s’est rien passé de particulier depuis cinq ans. Pourtant, on parlait déjà de réchauffement de la planète, de la montée des eaux. » Mais la différence, pour Nicolas Castay, directeur du groupement d’intérêt public (GIP) Littoral, est que l’érosion est irréversible et inévitable sur le littoral aquitain. « Ce qui est perdu l’est définitivement », affirme-t-il, tout en déplorant l’absence de cadre national, qui a contraint la plus grande région de France à faire cavalier seul.
Soutenue par Nicolas Thierry (EELV), vice-président du conseil régional chargé de l’environnement et de la biodiversité, la Nouvelle-Aquitaine a donc voté, à l’unanimité, le 7 octobre, une dotation de 100 000 euros pour réaliser une concertation, et trouver un avenir durable à l’hôtel de Biscarrosse, plutôt que d’agir dans l’urgence. L’objectif principal ? Le « repli stratégique » pour « préserver la plage centrale, à laquelle tout le monde est attaché », poursuit Nicolas Castay.
Les discussions s’annoncent âpres
La discussion sur la relocalisation devrait bientôt débuter pour les deux bâtiments concernés par l’arrêté. « On espère que Biscarrosse va faire exemple », ajoute Nicolas Thierry. Mais Alain Dudon est dubitatif. L’édile biscarrossais, qui ne sera pas candidat à sa réélection après dix-neuf années de mandat, avoue ses craintes. « La région s’est focalisée sur Biscarrosse, car c’est un cas de figure simple, il y a peu de constructions sur la dune. Si on n’y arrive pas à Biscarrosse avec deux bâtiments, on n’y arrivera pas ailleurs. »
En attendant, les discussions s’annoncent âpres avec le propriétaire de l’hôtel, qui qualifie le projet de relocalisation de « loufoque ». S’il convient que le maire « fait ce qu’il peut, pris entre le marteau et l’enclume », il n’est pas près de bouger son précieux hôtel. « Des régions à risques en France, il y en a plein. Si la mer monte vraiment, Bordeaux est dans l’eau, pourtant on y construit comme des furieux. » Mais Nicolas Thierry le dit sans détours, « on connaît la menace. On est dans l’obligation d’agir ou l’on en paiera les conséquences ».
Par Belenos et Toutatis, les temps changent dans le village d’Astérix ! Pour la première fois, c’est une adolescente, « La fille de Vercingétorix » il est vrai, qui occupe la vedette du 38e album de la saga. Il paraît en librairie, ce jeudi.
La jeune fille se prénomme Adrénaline et porte bien son nom. Chevelure rousse, caractère bien trempé (comme son père), un petit air de Greta Thunberg, la jeune égérie suédoise de la lutte contre le réchauffement climatique… « La fille de Vercingétorix » est assurément la première véritable aventurière de la série. « La jeune adolescente porte l’album, comme sans doute aucun personnage féminin ne l’avait fait jusqu’à présent », admet l’éditeur.
Depuis soixante ans, année de création de la série par René Goscinny et Albert Uderzo dans le magazine Pilote, la sortie d’un album d’Astérix est un événement. Édité aux éditions Albert-René (Hachette Livre, groupe Lagardère), l’album bénéficie d’un tirage global de cinq millions d’exemplaires (dont deux millions pour le marché francophone), sans équivalent dans l’édition française. En France, les lecteurs auront le choix parmi quatre éditions : classique à 9,99 €, de luxe à 39 €, en édition Artbook, avec cinq ex-libris dont deux signés, à 199,95 € ou en édition numérique à 7,99 €.
Sortie mondiale
Pour l’étranger, l’album sera également disponible, ce jeudi, dans quinze traductions, dont évidemment en allemand. L’Allemagne est, après la France, le pays où Astérix se lit le plus. Chacun de ses albums en allemand s’écoule à environ 1,5 million d’exemplaires. Patronne des éditions Albert-René, Isabelle Magnac rappelle que, depuis la parution du premier album d’Astérix, « Astérix Le Gaulois », en 1961, un total de 380 millions d’albums se sont vendus dans le monde. Les albums d’Astérix sont traduits, au total, dans 111 langues et dialectes.
En prévente sur la plateforme Amazon, le 38e album des aventures d’Astérix était numéro un du classement des meilleures ventes dans la catégorie BD, dix jours avant sa sortie. Des librairies ont prévu de rester ouvertes, ce mercredi, à minuit, pour permettre aux nombreux amateurs de se procurer l’album.
Fidèle à son habitude, l’éditeur s’est pourtant montré avare de détails sur le contenu de ce nouvel album, signé, comme les trois précédents, par le duo Jean-Yves Ferri (au scénario) et Didier Conrad (au dessin). Le synopsis dévoilé est succinct : « Effervescence et chamboulements en perspective ! La fille du célèbre chef gaulois Vercingétorix, traquée par les Romains, trouve refuge dans le village des irréductibles Gaulois, seul endroit, dans la Gaule occupée, à pouvoir assurer sa protection. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la présence de cette ado pas comme les autres va provoquer moult bouleversements intergénérationnels… »
« À l’exception de Zaza dans le "Cadeau de César", il n’y a pas eu d’adolescente dans Astérix. Après 37 titres, il est essentiel de choisir des sujets et des types de personnages peu abordés dans la série », a indiqué Jean-Yves Ferri. Si les personnages féminins ont été si longtemps absents des albums d’Astérix, « ce n’est pas vraiment lié à Astérix, c’est lié à la BD des années 1960-1970 », tempère Didier Conrad. « En général, poursuit-il, il n’y avait pratiquement jamais de personnage féminin pour des raisons purement stratégiques parce qu’il n’y avait pas beaucoup de filles qui lisaient des bandes dessinées, ou, en tout cas, cela ne se savait pas, si elles en lisaient. »
Par Nelly Kaprièlian, Jean-Marc Lalanne, Frank Vergeade - Les Inrocks
Icône sans prétention, Jane Birkin publie Post-Scriptum, le deuxième volume de son journal qui couvre la période 1982-2013. L’occasion d’un retour sur une vie riche en rencontres amoureuses (John Barry, Serge Gainsbourg, Jacques Doillon…) et un parcours artistique qui l'a vue passer du cinéma populaire au cinéma d’auteur, du théâtre à la chanson.
Je t’aime… moi non plus, 69 année érotique, La Décadanse, le panier et la ligne androgyne en ont fait une icône. Pourtant, pour la France entière, elle est simplement "Jane", comme lui est soudainement devenu "Serge". Parce qu’elle a accompagné notre enfance et notre adolescence, et tout le reste de notre vie. D’emblée, quand elle nous retrouve dans un hôtel près du Luxembourg, quartier où elle vit désormais, une paradoxale impression d'extrême familiarité nous saisit.
L’œil bleu ciel, le cheveu en bataille, le trench large, l’inséparable bouledogue français : c’est notre Jane que l’on retrouve, celle dont on a chanté les chansons, vu les photos de famille dans toute la presse, copié le style, qu'on a aimée chez Claude Zidi comme chez Jacques Doillon, Jacques Rivette ou Agnès Varda. Le charme opère, passant de la légèreté à la gravité.
Toujours sincère, généreuse, elle passe de la difficulté à prononcer encore certains mots français ("orang-outang" reste un problème) à une façon de s’exprimer toujours délicate. Jane aura bientôt 73 ans. Elle révèle les coulisses d’une vie dans la lumière, hantées par la mélancolie, en publiant le deuxième tome de son journal intime, Post-Scriptum – période post-Serge, période Doillon, qui lui ouvre les portes du cinéma d’auteur –, qui s’achève en 2013 à la mort de sa fille Kate Barry.
Vous publiez votre journal en deux volets, comme si vous aviez eu deux vies : la jeune Anglaise sexy et marrante avec Gainsbourg dans les seventies, puis début 1980, période Doillon, vous devenez plus sobre, vous affichez votre gravité, votre mélancolie, tournez des films d’auteur… Cette rupture, autour de 1980, diriez-vous que c'est la coupure la plus importante de votre vie ?
Jane Birkin — Je ne sais pas. C’était très spontané. Quand j’ai fait le Bataclan en 1987, Serge m’avait dit : "Mais tu vas faire un effort, mettre un peu de gloss…" Je lui ai dit qu’au contraire j’allais couper mes cheveux et m’habiller en garçon. Je voulais juste que l’on entende ma voix et ses chansons, pas que l’on me regarde comme une jolie chose. Ce dépouillement, j'y ai pris goût en effet avec Jacques Doillon, parce que pour tourner notre premier film en commun, La Fille prodigue (1981), il m’a fait enlever le maquillage, les jeans serrés, tous les attributs avec lesquels j’avais joué avant, pour me faire interpréter une femme en dépression… Je trouvais ça excitant d’être différente, ou plutôt de pouvoir être ce que j’étais vraiment, de ne pas avoir à divertir tout le temps – même si j’aime bien ça aussi. Je ne suis pas devenue sérieuse pour autant, mais ça paraissait un tournant sérieux par rapport aux films frivoles qu’on me demandait de faire avant. Après La Fille prodigue, les demandes étaient autres. Et ma vie privée coïncidait avec ça : vivre derrière les murs de ma maison rue de La Tour, ne plus faire de photos pour Paris Match avec mes enfants autour d'un barbecue dans le jardin... Tout cela n’enchantait pas Jacques – alors que ça avait enchanté Serge. C’était une tout autre vie.
Lorsque commence le second tome de ce journal, vous êtes donc devenue la compagne de Jacques Doillon et vous donnez naissance à une nouvelle fille, Lou. Est-ce que vous étiez heureuse dans ces années-là, au début des années 1980 ?
Oui, j’étais très heureuse. Même si le visage de Serge était omniprésent. Ce n’était pas si simple.
Jane et Serge avec Kate et Charlotte en 1972 © Photo12/Alamy
Vous éprouviez une forme de culpabilité de l'avoir quitté ?
Carrément, oui. Les personnes qui ont divorcé se reconnaîtront peut-être dans cette culpabilité. Pour moi, ne pas perdre Serge, qu’il reste dans ma vie, était une évidence, mais ce n’était pas dit qu’il le veuille aussi. Ce qui est extraordinaire, c’est que c’est à ce moment-là qu’il m’a écrit les chansons les plus belles, les plus déchirantes, comme Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve, Les Dessous chics…
L'album où elles se trouvent, Baby Alone in Babylone, sorti en 1983, est un disque sublime…
C’est peut-être le meilleur disque que j’aie jamais fait. Ça coïncide avec sa détresse à lui. Il me la donnait à interpréter. Il m’a confié cette facette de lui qu’il ne montrait plus parce que lui, il était devenu Gainsbarre, ce personnage provocateur et clownesque. Il avait besoin d'exprimer sa peine à travers moi, qui en étais la raison… Et par la suite, il y a eu encore douze chansons aussi poignantes (Lost Song, 1987), puis encore douze, jusqu’à sa mort. Amours des feintes (1990), c’est à peine six mois avant de mourir…
Quand vous avez pris la décision de le quitter, vous aviez pensé au fait que vous ne chanteriez peut-être plus ses chansons ?
Les chansons, ce n’est vraiment pas ce qui m’a alors traversé l’esprit, il y avait des choses bien plus importantes (sourire). La question était : est-ce qu’il allait vouloir rester mon complice ? Ce n’était pas sûr du tout, surtout venant de quelqu’un qui n’avait jamais été mon ami, mon confident. Qu’il ait vingt ans de plus que moi a peut-être fait qu’il a accepté… après tout de même quelques années…
Pendant lesquelles Serge était fâché avec vous ?
Pas fâché, mais complètement blessé. On a tous connu ça. J’ai connu ça avec John Barry. Quand quelqu’un vous quitte, vous ne pouvez pas passer tout de suite à l’amitié. Cependant, c’est ce qu’il y a de plus formidable, parce que ça dépasse tout. Rester dans son cœur, et qu’en plus il écrive pour moi, a été un vrai privilège… Je ne l’avais pas complètement mesuré à l’époque. Je pensais qu’il me faisait chanter ses chagrins pour que je comprenne bien comme je l'avais fait souffrir. Peut-être qu’il y avait un peu de ça... Mais avec Baby Alone in Babylone, j’ai compris que j'obtenais la plus belle chose que je pouvais avoir, même si les chansons d’avant étaient charmantes. Quand j’étais en dépression il m’a écrit une chanson qui s’appelait Dépression, mais elle n’était pas très bien.
Vous avez fait une dépression ? Pendant l’année où vous étiez partagée entre lui et Doillon ?
Non, avant. Serge me disait : "Mais tu as tout !" Le côté marrant, sexy, qui avait été mon image à ses côtés, je ne me sentais plus tout à fait y correspondre en dépassant la trentaine. Mais ça, il ne pouvait pas le comprendre. Et puis, quand on est avec une personne aussi puissante que Serge, peut-être qu’à un moment on se rebiffe. J’en avais marre d’être traitée comme une petite. Jacques (Doillon) m'a permis d'exprimer que j'avais changé. Après La Fille prodigue, des personnes qui n’auraient jamais pensé à moi sont venues me chercher.
Comme Jacques Rivette ?
Rivette, c’est différent, parce qu’il avait une forme de fantaisie qui fait qu’il avait aimé La moutarde me monte au nez (Zidi, 1974). Il avait un côté très frais, très peu dans le jugement. Il était ravissant… Je crois qu’il aimait bien le mélange. Sur le plan films et théâtre, ma vie est devenue plus riche après, et Chéreau y est aussi pour beaucoup. Mais je suis très consciente d’avoir des limitations qui font que je ne peux pas faire des choses plus intéressantes que ça. Je me déçois moi-même quand je me vois… L’autre soir, j’ai revu Sept Morts sur ordonnance avec Piccoli et Depardieu (Jacques Rouffio, 1974). Ils sont formidables, et moi, je suis juste jolie. L’accent et la voix haut perchée sont insupportables. Disons que j’ai fait du mieux que j’ai pu avec mes limites.
Dans La moutarde me monte au nez de Claude Zidi vous êtes très bien…
Géniale (elle rit ironiquement) ! Disons que ma prestation est regardable parce que c’est une comédie de situation, donc la voix haut perchée, c’est un peu grinçant mais ça passe. Avec Pierre Richard, on formait un couple tellement zinzin que c’était charmant.
La Piscine (Jacques Deray, 1969), c’est un bon souvenir ?
Non, mais pas à cause du film, que j’ai revu l’autre jour et qui n’a pas pris une ride, qui est magnifique. Mais moi, non. J'ai été desservie par mon manque d’audace : je n’ai pas osé enlever tout le maquillage, la frange, la minijupe… Du coup, je suis une petite caricature de teenager. Cela dit, c’est comme ça que Jacques Deray me voulait, telle qu’il m’avait vue dans Slogan (son premier film français en 1969, sur le tournage duquel elle rencontre Serge Gainsbourg – ndlr), c’est pour ce côté directement importé du Swinging London qu’il m’avait choisie. Si j’étais restée en Angleterre, personne ne m’aurait rien demandé, je pense.
Même après Blow Up d’Antonioni, où vous devenez un symbole de liberté sexuelle parce que vous y apparaissez nue ?
Ça, ce sont de faux bons plans. Si John Barry ne m’avait pas quittée, je serais encore là-bas, à faire sa soupe à la tortue. Parfois, les catastrophes, ça a du bon : être quittée m’a obligée à me réveiller, à trouver un job, à avoir de l’audace – celle de venir faire un screen test en France alors que je ne parlais pas un mot de français. En Angleterre, je n’étais pas originale : j’étais juste une copie de Jean Shrimpton, de Twiggy, des filles très belles et très stylées photographiées par David Bailey. Le monde vivait intensément la révolution culturelle anglaise, les David Bailey, Terence Stamp avaient les clés de l'époque...
Vous les connaissiez bien, David Bailey et Terence Stamp ?
C’étaient des amis de John Barry. Ils étaient tous présents à ma fête de mariage. Michael Caine aussi. Le souvenir que j’ai de cette période, ce sont les fringues que vous pouviez récupérer pour 5 livres. Et, à 20 ans, vous marchez pieds nus avec un T-shirt sur King’s Road et c’est vous qui incarniez la mode, pas les Françaises chics de 35 ans qui ont des sous. C’était une vraie révolution, et cette révolution touchait aussi la musique bien sûr.
Justement, vous fréquentiez les Beatles, les Stones, etc. ?
A ma grande déception, j’ai trouvé une entrée dans l’un de mes journaux qui dit : "Déjeuner avec J. Lennon, very nice". Et c’est tout (rires) ! J'aurais bien aimé en savoir plus mais je ne me souviens plus ! Bref, oui, je sortais dans les mêmes restos, dans les mêmes boîtes de nuit qu'eux. Mais sur le moment, ça ne me paraissait pas si important. Ma vraie libération, je l'ai vécue à Paris, parce que tout à coup je me suis sentie acceptée comme une originale. Je n’étais plus surveillée par ma famille, je n’avais plus de complexes vis-à-vis de la beauté de ma mère, par le fait qu’elle faisait tout très bien. Elle ne parlait pas français, donc j’étais peinarde. En France, j’osais tout. Cette liberté me donnait une sorte d’arrogance rigolote, soutenue par quelqu’un qui était encore plus libre que moi.
BlowUp.jpg"Blow Up" de Michelangelo Antonioni (1966) avec David HemmingsJane BirkinDavid Hemmings. © Bridge Films/Carlo Ponti Production/MGM/Collection ChristopheL/AFP
A Londres, vous étiez déjà assez libre pour accepter de tourner nue dans Blow Up…
J’ai beaucoup dit pourquoi j’avais accepté Blow Up : parce que John Barry m’avait dit que je n’oserais pas. Alors, j’ai osé.
Enfant et ado, vous étiez audacieuse ou soumise à l’autorité de vos parents ?
L’autorité de mes parents (sourire)… J’ai connu John à 17 ans, mon père, qui était colonel dans la Royal Navy, m’a demandé d’attendre d’en avoir 18 pour l’épouser. Il y a un petit film de famille assez drôle sur les négociations dans le jardin entre mon père et moi au sujet de mon mariage, et puis papa a cédé. Il fallait que l’on se marie parce qu’à l’époque on ne pouvait pas vivre avec quelqu’un sans être marié. Avant, j’étais à l’internat, et là non, je n’étais pas courageuse du tout, j’étais juste malheureuse. Ce qui était très gai, c’était les vacances avec mon frère. Ça m’a toujours plu de jouer avec des garçons.
Avec Catherine Deneuve en 1977 DPA/Picture Alliance/Leemage
Pour vous, Blow Up est-il le film qui capte le mieux le Swinging London ?
Le film est situé en Angleterre parce que c’est là où tout se passait alors. Et David Hemmings joue le rôle de David Bailey (photographe star de l'époque – ndlr). Je n’arrivais pas à jouer, je voyais juste des caméras partout et j’essayais de me cacher. C’est ça qui a fait le charme de ma scène dans le film, s’il y en a un… Antonioni était très, très chic. C’était un architecte en fait, chaque détail avait son importance, il était très perfectionniste : il a fait peindre nos vêtements car il ne trouvait pas ce qu’il voulait dans le Swinging London. Le tournage de cette scène où on se roule dans le papier a été assez rapide. Il y avait des garçons qui montaient sur les lampadaires dans la rue pour jeter un coup d’œil sur ce qui se passait au premier étage. Je n’ai jamais revu Antonioni par la suite. Mais j’ai su qu’il avait voté pour moi lorsqu'il était président du jury au festival de Venise, où je présentais L'Amour par terre de Jacques Rivette (1984). Ça m'avait touchée, j'y ai vu une sorte de fidélité.
"La Fille prodigue" de Jacques Doillon (1981) avec Michel PiccoliJane Birkin (Anne) et Michel Piccoli (le père) © Gaumont
Qu’est-ce que Jacques Doillon a vu en vous pour vous inclure dans son cinéma très intimiste et dramatique ?
Nous avions une amie en commun, Anne-Marie Berri, l’épouse de Claude Berri. C’est elle qui lui a suggéré mon nom pour le rôle principal de La Fille prodigue. Elle me connaissait personnellement, et elle savait qu’en privé je n’étais pas si légère que ça. Il est venu me rencontrer. Il m’a dit, je crois, qu’il me trouvait très bien dans La moutarde me monte au nez. Décidément (rires) ! Le personnage de La Fille prodigue est une jeune fille en dépression qui se demande si son père l’aime ou pas. Ce n’était pas moi du tout, peut-être lui plutôt. Pourtant, j’ai eu l’impression qu’il voyait clair en moi. Le scénario était le plus intéressant que j’avais jamais eu à lire, à cent lieues de tout ce que l’on m’avait proposé jusque-là. Je ne connaissais pas son cinéma. Du coup, j’ai vu La femme qui pleure, La Drôlesse, pour comprendre son cinéma.
Jacques Doillon et Jane Birkin chez Régine, en 1981 © Bertrand Rindoff Petroff/Getty Images
Après La Fille prodigue, vous tournez La Pirate (1984), qui est très mal reçu à Cannes. Dans le documentaire d’Arte (Jane Birkin, simple icône), il y a un extrait de la conférence de presse de l’époque où vous défendez le film avec une conviction rare…
Je crois qu’une des choses dont je suis la plus fière dans ma vie, c’est peut-être cette conférence de presse à Cannes ; peut-être plus encore que du film (rires) ! J’avais un tel sentiment d’injustice face à cet accueil. Dès le générique de début, pour se moquer de la nudité dans le film, les spectateurs de la projection presse sifflotaient dans la salle le générique des publicités Dim ! C’était d’une violence. A la conférence de presse, l’accueil était glacial, mais j’étais très investie, je répondais longuement à toutes les questions. Pour moi, être dans un film était un engagement total, que j’ai tenu jusqu’au bout. Depuis, j’ai croisé des gens dans la rue, dans des parcs, qui m’ont dit à mi-voix, comme une confidence : "Merci pour La Pirate." Ni ce film ni La Fille prodigue n’ont été assez vus. Très peu à la télé par exemple. J’espère que si je casse ma pipe on les montrera tous les deux.
En lisant votre journal, ce qui est frappant, c’est que dans un premier temps vous refusez tout : Zidi, Rivette, Chéreau… Parce que vous doutiez de vous ?
Quand j’ai lu le scénario de La moutarde me monte au nez, j’ai dit à Zidi qu’il devrait prendre une vraie star, genre Brigitte Bardot. Il m’a répondu : "Après mon film, vous serez une star !" (rires). C’était vraiment gentil, je ne pouvais plus dire non. Jacques Rivette, j’étais perplexe du fait qu’il veuille tourner sans scénario. Sa méthode me faisait peur, j’ai dit non. Jacques (Doillon) m’a dit : "Tu devrais quand même voir Céline et Julie vont en bateau." Il m’a sauvée. Le film m’a enchantée et j’ai voulu absolument faire L’Amour par terre. Quant à Patrice Chéreau, j’avais adoré son film L’Homme blessé. Mais quand il m’a proposé de jouer sur scène La Fausse Suivante de Marivaux, j’ai paniqué car je n’avais jamais fait de théâtre. Je lui ai dit que dire Marivaux avec mon accent, ce n’était pas possible, que je ne savais pas parler fort, que j’aurais trop le trac…, et il a répondu à toutes mes objections avec beaucoup de calme et de fermeté : "Faux problème !" Patrice était tellement séduisant… Je ne cessais de le rappeler pour lui dire que j’avais envie de le voir mais en lui demandant de me promettre de ne surtout plus me parler de La Fausse Suivante (rires) ! Il me disait : "Ça non, je ne peux pas vous le promettre."Et il a vaincu toutes mes résistances.
Pour continuer à survoler votre filmographie, vous avez aussi tourné avec un cinéaste récemment disparu, Jean-Pierre Mocky, dans Noir comme le souvenir (1995). Quel souvenir en gardez-vous ?
Un cauchemar ! Peut-être le pire tournage de ma carrière. Ça n’est pas habituel de rencontrer des types aussi dingues ! On n’avait pas encore tourné un plan qu’il s’en désintéressait pour passer au suivant. Il hurlait en permanence sur les techniciens, les figurants. Il me gueulait dessus en me demandant sans arrêt de davantage fermer la bouche. Je lui répondais que je ne pouvais pas à cause de mes dents en avant. Après, il s’en prenait à mon accent… Je ne comprenais pas pourquoi il m’avait choisie. Franchement, j’aurais dû partir, mais face à une telle violence, j’étais sans défense, je manquais de courage. Heureusement, ma partenaire Sabine Azéma faisait le clown tout le temps pour me dérider et m’a beaucoup soutenue.
Une autre cinéaste récemment disparue avec qui vous avez tourné, c’est Agnès Varda.
Nous avons enchaîné deux films, Jane b. par Agnès v. et Kung-Fu Master. On ne se connaissait presque pas, mais après nous sommes devenues assez proches. Ça ne m’est pas arrivé souvent de devenir amie et de continuer à voir les cinéastes avec qui j’ai tourné. Agnès était une des femmes les plus attractives que j’ai connue. J’ai plein de souvenirs merveilleux avec elle. Je me souviens par exemple que l’on est parties ensemble dans un festival en Afrique du Nord. Notre vol faisait escale à Madrid. Je m’apprêtais à aller avec Lou, qui était toute petite, dans le salon des premières classes en attendant de reprendre le voyage. Mais Agnès m’a dit : "Mais tu n’y penses pas ? ! Tu ne vas pas passer plusieurs heures dans le salon comme une bourgeoise alors qu’on est à Madrid ! On va au Prado." Je lui ai dit qu’on n’aurait jamais le temps, que ça serait la cavalerie... Impossible de la contredire. Nous voilà parti.e.s avec Mathieu (Demy) qui était ado et baby Lou au Prado. Et là, on se retrouve devant tous ces Goya, Vélasquez… J’ai acheté tous les catalogues, les cartes postales, et ces tableaux m’ont accompagnée durant tout le voyage. C’était toujours comme ça avec Agnès : ça commençait par un grand énervement et après on la remerciait de vous avoir forcée à faire ce que vous ne vouliez pas faire. J’adorais son énergie, son culot, sa culture.
A sa disparition, vous avez témoigné dans les Inrocks et vous avez cité une réplique de Jane b. par Agnès v. :"Même si on déballe tout, finalement on ne dévoile pas grand-chose." Vous y avez pensé en publiant votre journal ?
Oui, je suis assez d’accord avec cette phrase. Quand on se raconte, on donne des anecdotes, des détails. Mais je n’ai pas forcément l’impression de me dévoiler tout à fait.
En lisant ce journal, on a quand même l’impression de vous percevoir différemment. On découvre une femme très angoissée, qui a souvent eu peur d’être trompée, d’être quittée. Est-ce que vous diriez aujourd’hui que vous avez été heureuse en amour ?
Les deux. Angoissée et heureuse. Mais ce qui est trompeur avec un journal, c’est que l’on s’épanche plutôt quand on est malheureux. Si on est amoureuse de quelqu’un arrive très vite la peur de le perdre. Et avec cette peur apparaît un visage dans le miroir qui fait un peu peur, celui tout tordu de la souffrance.
Pensez-vous que si les pères de vos trois filles sont des artistes importants, c’est que vous tombez amoureuse autant des hommes que des œuvres ?
Non, je ne suis pas sûre. Même si j’ai beaucoup d’admiration pour leurs trois œuvres. John Barry, un peu, car je savais qu’il était un très grand compositeur. Et sûrement que ça me flattait qu’il s’intéresse à quelqu’un comme moi. Serge, je ne savais rien de lui. On s’est rencontrés sur un tournage de film, je débarquais en France, je l’envisageais simplement comme un acteur. Offensé que je ne sache pas qui il était, il m’a offert un petit livre rouge, un recueil de chansons cruelles. Mais avant d’adorer l’œuvre, j’étais attirée par lui, son caractère. Serge était un enchanteur, loin de tous les hommes que j’avais connus en Angleterre. Il dégageait aussi quelque chose de très érotique. On n’aimait rien tant que d’être à ses côtés.
Pourquoi ?
Pour ça. L’érotisme et l’amusement. Bien avant qu’il ne m’écrive des chansons. Quant à Jacques, je le percevais comme un homme compliqué et marginal, et ça me fascinait complètement. Olivier Rollin, quand je l’ai rencontré, je savais qu’il était un grand écrivain. Je suis attirée par les personnes qui peuvent m’apprendre quelque chose.
Après vous être émancipée de la rivalité imaginaire avec votre mère en quittant l’Angleterre, vous êtes-vous interrogée sur le rôle de mère concurrente que vous pourriez faire peser, même inconsciemment, sur vos trois filles ?
C’est une question que je ne me suis jamais posée, tout simplement parce que je ne me considérais pas assez belle ou grande actrice. Le problème, c’était surtout d’avoir une mère à poil. C’était sans doute gênant pour elles. Quand je lis les propos de Bulle Ogier qui s’est interdit de faire certains films ou de poser pour Playboy à cause de sa fille Pascale, je me dis que j'ai fait tout le contraire. J’étais tellement contente d’avoir des pages dans les journaux, de poser nue dans Playboy, que je ne pensais pas à la façon dont pouvaient le percevoir mes filles.
"Je t'aime moi non plus" de Serge Gainsbourg (1976) avec Joe DallesandroJoe Dallesandro et Jane Birkin © George Pierre/Président Films/Renn Productions/Collection ChristopheL
Ont-elles déjà exprimé leur honte que vous soyez nue publiquement ?
Non, mes filles n’ont été que tendres avec moi. Je sais simplement que Kate s’est déjà fait casser la gueule en voulant me défendre parce qu'on lui avait dit à l’école que sa mère était une pute. Ce sont des faits que l’on apprend souvent trop tardivement. C’était sans doute difficile pour elles de vivre avec deux personnes qui apparaissaient tant dans les journaux, et même parfois d’y figurer à leurs côtés. En revanche, je ne pense pas avoir été un obstacle pour la carrière de mes filles. Au contraire, je les ai plutôt encouragées dès leur plus jeune âge, conseillant notamment à Charlotte, que je trouvais si originale, de passer le casting de Paroles et Musique (1984) d’Elie Chouraqui. Le film est sorti l’année de Lemon Incest, le duo avec son père qui est devenu un énorme tube. Puis il y a l'énorme succès, en 1985, de L'Effrontée de Claude Miller, son premier César en 1986... Dès lors, je suis devenue la mère de Charlotte Gainsbourg ; elle n’était plus la fille de Jane Birkin. Idem pour Kate ou Lou, même si cette dernière a dû se montrer plus patiente pour la musique. Mais dès que j’ai entendu sa chanson I.C.U., j’ai demandé à Etienne Daho d’y jeter une oreille. J’aurais bien aimé être le manager de Lou (sourire), mais il était un bien meilleur producteur artistique que n’importe qui… Je ne pense pas avoir empêché mes filles de trouver leur propre voie et leur propre style.
Votre premier album avec Serge est paru il y a exactement cinquante ans. Quels sont les premiers souvenirs qui vous reviennent en mémoire ?
Je ne me souviens pas tellement de l’enregistrement. Serge avait peur que je ne parvienne pas à chanter les notes hautes tellement je m’emportais dans les soupirs. A cette époque-là, on faisait deux prises au maximum. En studio, on nous appelait “les enfants”. Tout me semblait léger à ce moment.
Votre dernier disque de chansons originales, Enfants d’hiver, date de 2008. Par quelques indiscrétions, on sait que vous travaillez actuellement sur un nouvel album avec Etienne Daho.
C’est indiscret (sourire) ! Nous sommes l’un comme l’autre occupés jusqu’à la fin de l’année, mais on va reprendre les maquettes en janvier. On a déjà quelques chansons en boîte, mais il faut écrire la suite. Une fois que la promotion de mon journal intime sera derrière moi, un exercice parfois semé d’embûches, nous nous remettrons avec joie au travail.
A la disparition de Serge Gainsbourg, avez-vous imaginé que vous ne chanteriez plus jamais de nouvelles chansons écrites et composées par quelqu’un d’autre que lui ? Il s’est d’ailleurs écoulé huit années entre Amour des feintes (1990) et A la légère (1998)…
Sans l’aide du producteur Philippe Lerichomme, je n’aurais jamais osé franchir le pas. Et il m’est encore très compliqué de penser que ça en vaut la peine sans Serge. Un jour, Philippe m’avait dit, sur le ton de la plaisanterie, qu’il valait mieux être infidèle avec plusieurs personnes qu’avec un seul homme… Donc j’ai enregistré un premier disque en multipliant les auteurs et compositeurs de mon époque (de Chamfort à Miossec, de Daho à Manset – ndlr), et en reprenant définitivement goût à la musique. Finalement, je suis beaucoup plus fière de ma carrière de chanteuse que d’actrice ou de comédienne, même s’il y a certaines pièces de théâtre qui m’ont marquée. J’estime être une bonne interprète des chansons de Serge, en ayant gardé ma voix et en n’abusant pas de mon accent anglais. Mais ça tient surtout à la qualité extrême de ses chansons.
Au Grand Rex en 2017, pour une version symphonique des chansons de Gainsbourg © Alain Leroy/L'Œil du spectacle
Avez-vous été sensible à des formes d’inégalités entre les hommes et les femmes ? Car vous n’avez pas l’image publique d’une féministe.
Je considère avoir fait les démarches en ce sens, sans être pour autant une figure de proie. Euh, une figure de proue – quel joli lapsus ! J’étais évidemment contre la peine de mort et pour l’avortement. C’est à cette occasion que j’ai découvert et participé à mes premières manifestations en France. Le sentiment d’injustice m’a toujours révulsée.
Qu’avez-vous éprouvé finalement à la relecture de vos journaux pour en tirer Munkey Diaries et Post-Scriptum ?
Ma plus grande peine, c’est d’y retrouver le bonheur de Kate. Dans le premier volume, j’évoquais sa naissance et son petit trait porte-bonheur dans l’œil. Je me réconforte en pensant à la chance d’avoir pu la côtoyer pendant quarante-six ans.
Avez-vous encore envie d’écrire, d'autres livres, de la littérature, un scénario ?
Pour reprendre les derniers mots de mon livre, “et pourquoi pas…”
Post-Scriptum – Le journal intime de Jane Birkin 1982-2013 (Fayard), 432 p., 23 €
Jane Birkin, simple icône Arte, 1er novembre, 22 h 30