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Jours tranquilles à Paris

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23 octobre 2019

MARCHÉ DE L’ART - L’œuvre tranchée d’Alain Jacquet

Le critique d’art et curateur Pierre Restany (1930-2003) écrivait en 1969 que « quand on s’appelle Jacquet en France, on court toujours le risque d’être pris pour quelqu’un d’autre ». Décédé en 2008 à 69 ans, l’artiste français Alain Jacquet en était conscient. Non sans humour, il avait rajouté à son Déjeuner sur l’herbe, reprise du célèbre pique-nique d’Edouard Manet, un paquet de pain de mie… Jacquet. La maison de ventes Piasa propose, le 23 octobre, cinquante et une œuvres de cet artiste à l’humour mordant. Issues de la collection du marchand genevois Daniel Varenne, décédé en 2018, elles sont estimées entre 600 euros et 80 000 euros.

Voici un vrai pari tant ce créateur a été oublié des institutions et des collectionneurs, malgré un revival tenté dans les années 1990 par la galerie Templon, en 2011, avec une première vente aux enchères chez Joron-Derem, et surtout en 2015 avec une magnifique exposition orchestrée par la galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois à Paris. S’il salue le regard de Daniel Varenne, qui a défendu l’œuvre de Jacquet, Georges-Philippe Vallois s’inquiète de l’afflux d’œuvres sur un marché encore peu préparé. « Le risque, c’est qu’il y ait plus d’œuvres que de collectionneurs, car une partie de son travail n’a pas été diffusée, explique-t-il. Les gens pourraient se retrouver face à des choses dont ils ne mesureront pas l’importance. »

Important, Jacquet le fut indéniablement. Seul artiste hexagonal invité en 1969 à l’exposition séminale « Quand les attitudes deviennent forme », à la Kunsthalle de Berne, en Suisse, il fut locataire du pavillon français à la Biennale de Venise en 1976. Avant le black-out. Sa dernière grande exposition française, au Musée d’art moderne et d’art contemporain (Mamac), à Nice, remonte à 2005.

Cet esprit frappeur eut le chic pour se brouiller de son vivant avec tous ses galeristes. Et il ne s’est jamais encombré de plan de carrière. « Jacquet ne s’est jamais contenté d’une seule trouvaille plastique, précise le marchand nancéen Hervé Bize. A contrario, il n’a cessé d’expérimenter, tant intellectuellement que formellement. » Toujours entre deux eaux, pop et conceptuelle, et deux territoires, Paris et New York, il a mêlé avec aisance les genres.

Estimation très raisonnable

Autant dire que le marché n’aime pas les fortes têtes difficiles à catégoriser. « Le fait d’avoir vécu très tôt aux Etats-Unis l’a sans doute aussi mis dans une position relativement inconfortable vis-à-vis de l’Hexagone, et outre-Atlantique on sait fort bien que les Américains ont toujours su davantage privilégier et promouvoir leurs artistes que nous les nôtres », poursuit Hervé Bize. « La dimension sérielle de son travail a aussi pu désarçonner certains clients, alors que c’est sa marque de fabrique », ajoute Florence Latieule, directrice du département art contemporain chez Piasa. Pourtant son œuvre est d’une intelligence visuelle rare. Dans les années 1960, Jacquet se distingue avec Des images d’Epinal aux Camouflages.

Si les pop américains ont biberonné aux comics, Jacquet, lui, a utilisé les images d’Epinal, qu’il décompose en puzzle. Au point de littéralement noyer l’image initiale. Sans l’appui des dessins d’origine, le spectateur peine à déceler les motifs originaux. De cette série, Piasa propose L’Union entre la France et l’Autriche, datée de 1962 et estimée 15 000 euros à 25 000 euros.

Sa série des Camouflages relit l’histoire de l’art sur le mode du recouvrement et du télescopage en multipliant les filtres de lecture. Objets du quotidien ou logos de marque se superposent aux tableaux ou aux sculptures célèbres dans un mélange aussi coloré qu’ironique : une pompe à essence camoufle ainsi La Naissance de Vénus, de Botticelli ; le chien au gramophone de la Voix de son maître vient parasiter un drapeau américain de l’artiste Jasper Johns. Piasa présente, pour 60 000-80 000 euros, un camouflage détournant la chapelle Sixtine de Michel-Ange. Une estimation raisonnable pour une œuvre qui aurait toute sa place au panthéon du pop art.

Collection Varenne, vente Alain Jacquet, le 23 octobre chez Piasa, Piasa.fr.

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23 octobre 2019

Vu sur internet

j

23 octobre 2019

Paris: Les utilisateurs des trottinettes Lime devront payer l’amende en cas de mise en fourrière

Jusqu’à présent, Lime prenait à sa charge le règlement de l’amende et ne répercutait pas le prix sur ses utilisateurs
Les règles changent. Alors que jusqu’ici Lime prenait à sa charge le règlement de l’amende en cas de mise en fourrière d’une trottinette et ne répercutait pas le prix sur ses utilisateurs, l'entreprise annonce au Parisien qu’elle entend désormais faire payer les frais de fourrière aux clients garés hors des emplacements autorisés à Paris. Et ce, afin de « responsabiliser davantage les utilisateurs et les inciter de manière contraignante à adopter les bonnes conduites en matière de stationnement ».
59 euros
« Aujourd’hui, dans le cas où une trottinette serait mise en fourrière ou signalée par les autorités pour mauvais stationnement, l’amende devra être réglée par le dernier utilisateur. Pour ce faire, Lime vérifiera le positionnement du véhicule grâce au numéro de la trottinette ainsi que la photo prise par l’utilisateur à la fin de son trajet, permettant d’assurer le verrouillage de cette dernière », note Lime dans un communiqué.
A Paris, l’amende pour trottinette gênante s’élève à 35 euros + 49 euros de mise en fourrière, soit 84 euros, plus 10 euros par jour, rappelle Le Parisien qui précise que Lime demandera 59 euros au client indélicat, « soit les frais d’extraction et la première journée de mise en fourrière ». Lime s’apprête à créer un nouveau service client, exclusivement dédié au traitement des amendes de mauvais stationnement.

23 octobre 2019

LIL AND EMM 4K / 2020 Bikini Swimwear Show / Miami Swim Week 2019

22 octobre 2019

VOGUE

rihanna

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22 octobre 2019

Entretien - Michel Desmurget : « La multiplication des écrans engendre une décérébration à grande échelle »

Par Pascale Santi, Stéphane Foucart

Pour le neuroscientifique, laisser les enfants et les adolescents face à des écrans relève de la maltraitance. Il alerte sur ce problème majeur de santé publique.

Michel Desmurget dirige, au CNRS, une équipe de recherche sur la plasticité cérébrale. Il vient de publier La Fabrique du crétin digital. Les dangers des écrans pour nos enfants (Seuil, 425 pages, 20 euros).

En se fondant sur la littérature scientifique disponible, le neuroscientifique y détaille les effets de l’omniprésence des outils numériques sur la cognition, le comportement et le bien-être des enfants.

Vous abordez dans votre livre les différents types d’écrans classiques, les jeux vidéo, etc. Qu’est-ce qui est le plus délétère pour l’enfant ?

C’est la convergence de tout cela. De nombreuses études mettent en évidence l’impact des écrans, quels qu’ils soient, sur des retards dans le développement du langage, sur le sommeil et l’attention. Le cerveau – surtout lorsqu’il est en construction – n’est pas fait pour subir ce bombardement sensoriel.

Quelles sont les données disponibles sur le temps d’écran ?

Le temps d’écran n’est pas seulement excessif, il est extravagant. Aux Etats-Unis, on est à près de trois heures par jour à 3 ans, quatre heures quarante entre 8 et 12 ans et six heures quarante entre 13 et 18 ans. En France, les enfants de 6 à 17 ans passaient en moyenne, en 2015, quatre heures et onze minutes par jour devant un écran, selon l’étude Esteban menée par Santé publique France. D’autres données diffèrent un peu, mais elles sont toutes dans des fourchettes équivalentes, et, dans tous les cas, dans des proportions très élevées. Seulement 6 % à 10 % des enfants ne sont pas touchés.

Est-ce si grave ?

Avant 6 ans, il est montré que les écrans ont un effet dès quinze minutes par jour. Dans les cinq à six premières années de la vie, chaque minute compte : c’est une période de développement absolument unique, d’apprentissage, de plasticité cérébrale qui ne se reproduira plus !

Au-delà de 6 ans, jusqu’à une demi-heure, voire une heure de consommation par jour, il n’y a pas d’effets mesurables pour peu que les contenus consultés soient adaptés et que cette activité ne touche pas le sommeil. Mais on est très au-delà. Ce qui se produit en ce moment est une expérience inédite de décérébration à grande échelle.

Pour les adolescents, le niveau moyen de consommation est-il problématique ?

On peut vraiment parler d’épidémie chez les adolescents ; c’est un problème majeur de santé publique. La littérature dans son ensemble indique notamment des effets délétères des écrans sur la concentration. Quels que soient le contenu, le support, le cerveau n’est pas conçu pour de telles sollicitations exogènes. Un grand nombre de travaux montrent des risques accrus de dépression, d’anxiété, de suicide, liés au temps d’écran.

Enfin, les écrans contribuent aussi à la diffusion de contenus à risque sur la drogue, le tabac ou la sexualité. Pour les adolescents, cela prend entre 40 % à 50 % du temps de veille ; l’une des atteintes majeures porte sur le sommeil.

Selon les dernières statistiques, la majorité des adolescents sont en dette de sommeil – activité fondamentale. Pour une large part, cette dette est liée à l’usage numérique qui décale l’heure du coucher (il faut bien prendre quelque part le temps offert aux écrans) et retarde l’endormissement (la lumière émise par les écrans perturbe la sécrétion de mélatonine, l’hormone du sommeil).

Vous évoquez un lien entre l’utilisation des écrans et la chute des capacités cognitives, est-ce sérieux ?

Rappelons qu’il existe notamment un lien fort entre la richesse du langage et la performance intellectuelle. Robert Sternberg, professeur de psychologie cognitive à l’université de Yale, ne disait-il pas que « le vocabulaire est probablement le meilleur indicateur singulier du niveau d’intelligence générale d’une personne » ?

Les écrans interfèrent avec le développement de nos aptitudes verbales, même s’il existe d’autres causes, scolaires (baisse du nombre d’heures d’enseignement…) ou environnementales (perturbateurs endocriniens…). Par exemple, chez un enfant de 18 mois, chaque demi-heure supplémentaire passée avec un appareil mobile multiplie par 2,5 la probabilité d’observer des retards de langage. De même, plus le temps d’écran est important, moins les enfants sont exposés aux bienfaits de l’écrit, de la lecture.

Considérez-vous que la gravité de la situation est telle que l’Etat devrait intervenir ?

Le fait d’être informé serait un bon début. Mais d’autres prennent des mesures. A Taïwan, si vous exposez votre enfant de moins de 2 ans à un écran, vous avez une amende de 1 500 euros. Et entre 2 et 18 ans, si c’est plus d’une demi-heure consécutive, c’est la même amende. Je ne sais pas si c’est souhaitable et comment le mettre en place, mais c’est intéressant : les Taïwanais considèrent que c’est une maltraitance.

En France, l’Etat ne se préoccupe même pas du fait qu’un enfant ou un adolescent puisse avoir accès en un clic à des vidéos très trash, pornographiques ou hyperviolentes. Cela devrait changer.

Vous sentez-vous seul dans ce combat-là ?

Je me suis senti très seul en 2011, quand j’ai sorti mon livre sur la télévision [TV lobotomie. La vérité scientifique sur les effets de la télévision, Max Milo, 2011]. Je me sens de moins en moins seul en tant que scientifique, et parce que le problème commence à se voir.

Le discours « Il faut les utiliser de façon raisonnée » ou « Ne soyez pas trop alarmiste » commence à se heurter à l’épreuve du réel. Professionnels de l’enfance et enseignants sont en première ligne et constatent des troubles au niveau de l’attention, du langage, de l’apprentissage, etc.

Au collège et au lycée, et même plus tôt, les tablettes et les portails Web éducatifs se généralisent. Que faire lorsque les écrans envahissent le système scolaire ?

Quelques études montrent qu’un livre papier favorise la compréhension, même si le lecteur n’en a pas toujours conscience… Mais bon, si la tablette sert à consulter les notes, les devoirs, et le contenu des manuels, il n’y a pas de problème. De même, si les enfants apprennent à utiliser certains outils numériques – écrire du code, utiliser un traitement de texte… Il faut toutefois discuter de ce que cela remplace.

Le vrai problème est qu’on est en train de transférer au numérique une partie de la charge d’enseignement : faire apprendre les maths, le français, l’anglais, etc. Or, les études récentes montrent toutes que cela nuit à la qualité de l’apprentissage. Un enseignant qualifié, c’est toujours mieux qu’un écran. Les études PISA montrent même que, plus les gamins utilisent les logiciels d’apprentissage, plus leurs notes baissent, et ces effets ne sont pas marginaux.

Les études PISA et deux études académiques récentes soulignent que, si vous voulez faire exploser les inégalités sociales, le meilleur moyen est d’utiliser le numérique à l’école. On nous l’a toujours vendu comme un moyen de réduire les inégalités, mais, en réalité, cela les accroît massivement. Les enfants les plus aptes à utiliser de manière profitable ces outils sont ceux qui ont un support humain à la maison, c’est-à-dire les plus favorisés.

Pourquoi l’Académie américaine de pédiatrie est-elle beaucoup plus sévère sur le sujet que ne l’a été l’Académie des sciences française ?

D’abord parce qu’elle a demandé à des spécialistes du sujet de plancher dessus, alors que ce sont des scientifiques non spécialistes – par exemple, un expert des allergènes du jaune d’œuf – qui ont mené ce travail pour l’Académie des sciences française, sans avoir lu la littérature, mais en auditionnant quelques personnalités. Pur argument d’autorité.

Par ailleurs, comme l’a suggéré Le Monde à l’époque, d’autres intérêts que la science et la santé publique ont pu jouer dans la rédaction et la publication de l’expertise de l’Académie.

Peut-on priver un enfant de téléphone portable de la sixième à la seconde sans provoquer une forme de marginalisation ou de désocialisation ?

C’est un excellent argument de pression des enfants sur leurs parents… Mais beaucoup d’études montrent que ces outils – notamment le smartphone et l’utilisation des réseaux sociaux – ont des effets négatifs sur le développement et la vie des enfants et des ados.

Je n’en connais aucune – mais peut-être seront-elles un jour publiées – montrant que l’absence de ces outils puisse avoir quelque effet négatif que ce soit.

Il y a sûrement des parents qui vous diront que leurs enfants ont été ostracisés, etc. Mais, à l’échelle de la population, il n’existe à l’heure actuelle aucune étude indiquant que le fait de priver un enfant de l’accès à ces instruments puisse avoir un effet négatif à court ou à long terme. Cependant, ce n’est pas parce que les écrans récréatifs ont des effets délétères qu’on doit rejeter le numérique dans son ensemble ! Personne n’est technophobe au point de réclamer le retour à la roue pascaline. Sans aller jusque-là, on peut aussi donner des téléphones à clapet aux enfants au lieu des smartphones.

22 octobre 2019

Emel Marie au Banc d'Arguin from ROUVERY Jean-Pierre on Vimeo.

22 octobre 2019

La une du Parisien ce matin

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22 octobre 2019

Vu sur internet - j'aime beaucoup ces photos

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22 octobre 2019

Portrait - Vincent Cassel, un éruptif qui se soigne

Par Laurent Carpentier

L’acteur incarne un directeur d’association d’accueil pour jeunes gens handicapés dans « Hors normes », le dernier film d’Olivier Nakache et Eric Toledano.

« J’ai de plus en plus de mal à tuer des gens. Vincent Cassel retourne sa grande carcasse bondissante sur le canapé en Skaï. Dans Jason Bourne, j’étais un peu dégoûté à la fin de tuer à tout-va sans bien comprendre ni qui ni pourquoi – ces scénarios, c’est toujours un peu emberlificoté. » Il se marre.

A 52 ans, on retrouve Vincent Cassel avec barbe et kippa, en directeur d’une association d’accueil de personnes handicapées, dans Hors normes, d’Olivier Nakache et Eric Toledano (Intouchables, Samba, Le Sens de la fête…). Exit la jeune tête brûlée de La Haine (1995), sa marque de fabrique ? Pas si sûr. Derrière ses yeux qui pétillent et son sourire d’ange bout la même force éruptive.

« On a chacun sa manière d’être, constate-t-il. Une énergie qui nous est propre et sur laquelle on surfe. De cette énergie, on fait soit des personnages agressifs comme Vinz dans La Haine, soit des opiniâtres comme Bruno, le héros de Hors normes. » Et d’ajouter, amusé : « Sur le tournage, les réalisateurs me disaient toujours : “gentil, gentil…” »

Vinz un jour, Vinz toujours ? Au départ, d’ailleurs, ce n’est pas Vinz mais Veentz. « C’était l’époque du tag, et les “e”, c’est plus intéressant à dessiner que les “i”. » Gosse des rues, hip-hop, vélo, « parisian attitude », gouaille et provoc : « “J’aime rien, je suis Parisien” : c’était une inscription sur un tee-shirt. J’adore. Une identité. J’ai grandi comme ça, en faisant des allers-retours entre Montmartre et Ménilmontant où j’habite toujours. »

Inadapté par essence

Le drame chez les Cassel (Crochon à l’Etat-civil), c’est l’élégance. Le fils de Jean-Pierre, ce gentleman du cinéma français, va tout faire pour gommer la filiation qui stigmatise, et le côté séducteur qui, chez lui aussi, reprend le dessus pour peu qu’il lui lâche la bride. « Jeune, j’avais la peau lisse, je me sentais adolescent. J’ai lutté contre ça, me vieillissant pour les rôles, me rajoutant des cheveux blancs. L’agressivité que je déployais, c’était pour ça aussi. » Il grimace : « Les gens avec aspérités sont plus intéressants à jouer, et ce sont souvent les méchants. »

« LE SENS DE L’HUMOUR, C’EST PRIMORDIAL. IL N’Y A PAS DE STYLE SANS HUMOUR »

Question bad guys du cinéma, il est devenu spécialiste, du genre à en dresser la typologie sélective : « Le jeu des acteurs ne cesse de changer avec les époques, explique-t-il. On peut commencer avec Paul Muni, dans le Scarface d’Howard Hawks, c’est le temps du muet, très expressionniste. Puis vient le triomphe d’une espèce de naturalisme, avec Marlon Brando qui, à vouloir trop souffrir, en devient presque fatigant. Arrive le minimalisme sur-vécu de Robert de Niro… On s’adapte. Or, aujourd’hui, les tueurs, les vrais, passent eux-mêmes à l’écran, sont interviewés, et parce que les gens vrais ne jouent pas bien, pour les imiter, les acteurs se mettent à jouer maladroitement et sans emphase. »

Vinz lui est cabot, et le revendique. « Le sens de l’humour, c’est primordial. Il n’y a pas de style sans humour. Depardieu, Marielle, Rochefort, Mastroianni… Les grands acteurs frisent le cabotinage parce qu’ils savent jouer l’outrance, être polymorphes, se mouvoir dans l’impro permanente. » Il s’agace : « Reprocher ça à un mec comme Luchini, c’est dire à quelqu’un qui sait voler : “Ne le fais pas en public, on va dire que tu te la pètes.” » Inadapté par essence. Hors normes par nature. « J’ai revu Irréversible, de Gaspard Noé, à Venise : Ouah, quel film ! On aime ou on n’aime pas, mais c’est quelque chose dont tu te souviens – c’est important de marquer les esprits, de réussir à interpeller le spectateur au milieu de tout ce bordel. »

Grande bringue chaleureuse

Pour interpeller, il interpelle. « Sagittaire ascendant lion. Cheval de feu chez les Chinois. » Il s’est étudié sous toutes les coutures : astrologie, psychanalyse, chamanisme. Et puis il a cessé de se mesurer à son père, disparu en 2007. « Je lui ressemble de toute façon de plus en plus. Je me suis revu dans Mesrine. Je ne voyais que lui. »

Il marque une pause, ce qui est rare. « Les enfants, c’est la clé de l’éternité, c’est le seul truc qu’il ne faut pas rater. » Il a trois filles, deux avec Monica Bellucci, avec qui il a vécu dix-huit ans, et une, née en avril, avec Tina Kunakey, une mannequin de trente ans sa cadette. Ils l’ont baptisée Amazonie.

Le Brésil. Son eldorado. Il a 6 ans et, pour la première fois, il va seul au cinéma avec son père. C’est la grande salle du Kinopanorama à Paris. On y joue Orfeu Negro, de Marcel Camus (1959). Un éblouissement. Les couleurs d’abord, et puis la musique. Quinze ans plus tard, le jeune fan de hip-hop s’envole pour Rio, y apprendre la capoeira. Pour un peu, là, racontant ce pays où il s’est installé un temps et continue d’y faire des allers-retours, Vincent Cassel se mettrait à chanter. Mais c’est son corps qui, une fois de plus, se met en mouvement en évoquant le White Album, de Joao Gilberto.

Grande bringue chaleureuse. La main franche. Jamais un mot lâché contre qui que ce soit. Il connaît le métier : un journaliste, ça cause. Son (ex ?) copain Kassovitz défend les théories du complot ? Son frère, Mathias, alias Rockin’ Squat (fondateur autrefois d’Assassin, un groupe pionnier du rap), lui a fait lire Jordan Maxwell, un autre monument du conspirationnisme ? Il élude, bon enfant : « Sans parler d’Illuminati, de complots, ou de trucs barrés, il suffit de regarder le pouvoir des banques pour se dire qu’une élite peut engager la planète entière, faut pas être naïf. » Il préfère mettre l’accent sur le fait que son frère, avec son festival Planeta Ginga, a fait venir dans les favelas Oxmo Pucino ou Booba.

De nouveau, le voilà qui gigote : « Ginga, c’est un mot de capoeira pour désigner tout ce qui se passe entre les corps… une manière de composer avec le quotidien. »

« Les positifs, c’est ce dont on a besoin aujourd’hui »

L’homme est action, geste, physique. Et quand il parle, ce n’est pas un flow, c’est une vague. « Je parle trop vite, les idées sont organisées mais j’ai du mal à énoncer tous les mots… Il faudrait encore travailler l’élocution », constate, vaguement ironique, celui qui s’auto-éduque sur Internet en regardant – en accéléré – interviews et conférences, du coup capable de vous faire au débotté un exposé sur Gunter Pauli et le biomimétisme, le chamanisme ou l’épigénétisme et le junk-DNA…

« J’ai besoin de suivre mon époque. Avec Nakache et Toledano, je suis chez les positifs. C’est ce dont on a besoin aujourd’hui… Est-ce que ce serait moi qui m’adapte ? A force d’avoir travaillé le côté sombre, cynique, je commence à devenir papa cool… » Et puis, comme si on s’inquiétait : « Non, non, ne croyez pas, je continue à prendre un malin plaisir à jouer des rôles subversifs. »

A son Panthéon, l’homme qui « a besoin de faire le grand écart » – il débarque de cinq mois de tournage pour la série américaine d’OSC Westworld – a inscrit Huit et demi, de Fellini, et Raging Bull, de Scorsese. «… Et on ferme sa gueule ! », assène-t-il, jovial. Parce que Vinz, tout de même, c’est Vinz.

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