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Jours tranquilles à Paris

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19 octobre 2019

Les 14 trucs que les filles adorent au lit, mais qu'elles n'avoueront jamais

Un sondage réalisé par la revue the Archives of Sexual Behaviour et basé sur les réponses de 1580 femmes âgées d'environ de 34 ans à travers le monde a permis d'établir les préférences des femmes au lit. Et certaines réponses sont surprenantes.

Messieurs, voici un sondage qui devrait grandement vous intéresser. En effet, la revue The Archives of Sexual Behaviour a interrogé 1580 femmes de la planète entière âgées d'environ 34 ans afin d'établir leurs préférences au lit.

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Il en découle un classement des 14 choses que les femmes adorent pendant l'amour mais qu'elles n'avaient jamais avoué auparavant. On va vous donner quelques indices. En 12e position de ce top, il y a... le fouet ! Oui, oui, vous avez bien lu ! Et les coups de fouet sont plébiscités par 81,90% des femmes.

Bien plus haut dans ce classement, à la troisième position, il y a un geste moins étonnant et bien plus utilisé visiblement : la fessée. Elle a obtenu... 95% des voix des interrogées ! Comme vous pouvez le voir en images ci-contre, certaines réponses sont étonnantes et surprenantes.bondage11

Mais attention, ce classement n'est pas une science exacte. L'important, au lit, est de bien écouter les envies de sa partenaire, pour un moment de respect mais surtout de plaisir intense pour les deux protagonistes !

14 - Les jeux avec de la bougie : 78,61%

13 - Les jeux avec les glaçons : 80.06%

12 - Se faire fouetter : 81.90%

11 - Le bondage léger : 85.13%

10 - Les humiliations physiques : 77.53%

9 - Le sexe oral : 85.63%

8 - La masturbation : 86.01%

7 - C'est le bondage : 87.53%

6 - Se faire gratouiller : 90.06%

5 - Se faire mordiller : 92.03%

4 - Se faire tirer les cheveux : 93.16%

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3 - La... fessée : 95%

2 - Les bisous, suçons : 99.56%

1 - Les caresses et massages : 99.62%

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19 octobre 2019

PLAYBOY | Emily Agnes by Ana Dias from Ana Dias on Vimeo.

19 octobre 2019

Six mois après l’incendie, le chantier colossal de Notre-Dame de Paris

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Par Jean-Jacques Larrochelle

La cathédrale n’est toujours pas consolidée et l’échafaudage endommagé n’a pas encore été démonté. Le budget estimé pour l’ensemble de la phase de consolidation est de 85 millions d’euros.

Le ministre de la culture et de la communication, Franck Riester, a présenté, mardi 15 octobre dans son ministère, rue de Valois, à Paris, un bilan à six mois de l’incendie survenu à Notre-Dame le lundi 15 avril. Durant la nuit, les flammes ont détruit la charpente en bois dont une partie datait de l’époque médiévale, ainsi que la flèche construite par l’architecte Eugène Viollet-le-Duc au milieu du XIXe siècle. Cette dernière, en s’effondrant, a transpercé la voûte en deux endroits. Tant qu’elle n’est pas consolidée et l’échafaudage démonté, Notre-Dame « n’est pas totalement sauvée », a rappelé le ministre.

Le chantier, devant permettre l’étude et la résolution des problèmes provoqués par la conjonction du feu et de l’eau déversée par les pompiers, s’annonce colossal. Il se complique, de surcroît, en raison d’une importante présence de plomb face à laquelle les nécessaires dispositions à prendre ralentissent le rythme de travail.

La mobilisation s’est aussitôt apparentée à « un marathon qui a commencé par un sprint », pour reprendre les termes du préfet de la région Ile-de-France, Michel Cadot, cités par Franck Riester lors de son intervention.

Le chantier

Trente-neuf entreprises et quelque 80 compagnons peuvent être présents sur le site. Grâce à l’emploi de laser mètres, de capteurs et de fissuromètres, les structures de la cathédrale et de l’échafaudage (qui devait permettre de réaliser des travaux sur la flèche) font l’objet d’une surveillance assidue.

Par ailleurs, 80 % des débris (métal, bois ou pierre) projetés au sol ont été prélevés à l’aide de robots avant d’être récupérés par la police scientifique, en quête d’indices sur l’origine de l’incendie, puis par le Laboratoire de recherche des monuments historiques (LRMH). Des mesures de sauvegarde ont aussi été engagées, en priorité sur les éléments susceptibles de se détacher du corps de l’édifice ou pour stopper toute dégradation supplémentaire.

Les premières interventions ont surtout concerné la consolidation des pignons ouest ainsi que ceux au nord et au sud du transept (ici agrémentés de rosaces), le bâchage des voûtes hautes, le frettage (cerclage) des chimères, côté parvis, et de deux piliers à l’intérieur de la nef. Le 25 juillet, deux blocs de pierre sont tombés sur les filets tendus sous la nef. « L’ébranlement des parties adjacentes aux parties effondrées et l’effet du feu, font peser une menace sur la stabilité réelle du voûtement », indique, dans un document publié le 14 octobre, la préfecture de la région Ile-de-France.

L’équilibre d’une architecture gothique étant, pour faire simple, issu de la neutralisation d’un ensemble de forces « antagonistes », toute disparition d’un ou de plusieurs éléments structurels (ici, la charpente et la toiture) menace sa stabilité.

Un platelage (plancher) appuyé sur le haut des murs gouttereaux a été posé permettant d’étudier, autant par le LRMH que par les enquêteurs, la nature des débris qui jonchent le dessus de la voûte (extrados).

La stabilisation des parois de la nef sera effective une fois réalisée la mise sur cintre de la totalité des quatorze arcs-boutants : une partie, côté sud, le sera fin octobre, le reste (autour de la croisée du transept), « à venir », indique le document de la préfecture. A ce renforcement viendra s’ajouter la mise en place de tirants métalliques.

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L’échafaudage

C’est l’un des points critiques. La suppression de l’immense échafaudage, en partie tordu par la chaleur des flammes, est nécessaire à la mise en place d’un grand parapluie qui abritera l’intérieur de l’édifice, et facilitera le travail des équipes.

Conçue comme un « tabouret », chevauchant la cathédrale, reposant sur le sol et à peine appuyé sur les quatre piles de la croisée, la gigantesque construction concourt à la tenue de l’ensemble. Son démontage, prévu à partir de fin octobre début novembre, va nécessiter un luxe de précaution. Une dizaine d’étapes sont prévues.

En résumé : montage d’un échafaudage supplémentaire après une purge des débris sur la structure existante ; dépose des premières parties supérieures et rehausse, tout autour, des échafaudages des pignons qui serviront d’appui à une poutraison destinée aux cordistes devant réaliser le démontage.

« L’objectif est, à chaque étape, de sécuriser et de renforcer la structure de l’échafaudage en vue de pallier tout risque d’effondrement », indique la préfecture. L’achèvement de cette phase est prévu entre le printemps et l’été 2020.

L’établissement public administratif

Le soir de l’incendie, la direction régionale des affaires culturelles (DRAC) d’Ile-de-France, à titre de maître d’ouvrage, s’est impliquée dans l’organisation des premières mesures d’urgence. Le lendemain, l’architecte en chef des monuments historiques (ACMH) chargé de Notre-Dame, Philippe Villeneuve, dressait un premier état des lieux. A compter du 1er décembre, la rue de Valois deviendra officiellement la tutelle d’un établissement public administratif (EPA).

C’est cette structure qui assurera désormais la maîtrise d’ouvrage du chantier. Elle sera dirigée par le général Jean-Louis Georgelin, nommé par décret du premier ministre Edouard Philippe, en date du 30 septembre, « préfigurateur de l’établissement public chargé de la conservation et de la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris ».

Cet ancien chef d’état-major des armées était devenu après l’incendie « représentant spécial » sur le site d’Emmanuel Macron. Un choix dicté par la volonté du président, dès le 16 avril, que la reconstruction du plus visité des monuments français « soit achevée d’ici à cinq années ». Un délai apparemment très court que Philippe Villeneuve juge toutefois réaliste. L’établissement emploiera une quarantaine de personnes.

Le projet numérique

Trois ACMH travaillent sur le chantier de Notre-Dame. Philippe Villeneuve et Rémi Fromont sont affectés à la situation d’urgence impérieuse, tandis que Pascal Prunet se consacre à la problématique de recherche en lien avec les spécialistes des différents pôles (pierre, métal bois, peinture…) du LRMH, du CNRS, du Centre de recherche et de restauration des musées de France ou du service régional de l’archéologie de la DRAC.

Objectifs : intégrer ces savoirs faire à l’élaboration du diagnostic et mettre en œuvre, à terme, grâce à une base de données, un corpus de connaissance plus large sur Notre-Dame (matériaux, modes de construction, sources d’approvisionnements).

Au sein de cette communauté, Livio de Luca, directeur de recherche en numérisation du patrimoine au CNRS, coordonne les groupes de travail sur les données numériques relatives à la cathédrale. « Les numérisations passées, présentes et futures de l’édifice sont utiles pour la restauration », souligne-t-il. Et les retombées pas seulement technologiques, mais aussi sociétales.

Dons et promesses

A ce jour, 922 millions d’euros de dons et de promesses de dons ont été reçus pour rebâtir la cathédrale, a annoncé Franck Riester. Le budget estimé pour l’ensemble de la phase de consolidation est de 85 millions d’euros ; 104 millions d’euros ont déjà été versés par les donateurs qui sont au nombre de 350 000.

« Il est bien trop tôt pour dire si le montant des dons suffira, a déclaré le ministre de la culture. L’Etat assumera ses responsabilités ; on ne va pas laisser Notre-Dame en plan. » Pour l’heure, il a engagé plus de 37 millions d’euros de crédit, ces engagements de dépense étant effectués sous le régime de l’urgence impérieuse.

18 octobre 2019

Extrait d'un shooting - Charliee

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18 octobre 2019

Galerie Kamel Mennour

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18 octobre 2019

Enquête - Aux obsèques de Jacques Chirac, un requiem pour l’ancien monde

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Par Solenn de Royer, Vanessa Schneider

Trois semaines après la mort de l’ancien président de la République, les langues se délient peu à peu sur les coulisses et les petits secrets de la messe célébrée en l’église Saint-Sulpice, à Paris, lundi 30 septembre. Retour sur cette journée particulière.

Les pigeons dansent au-dessus de la place, dans un ciel incertain. Vêtu d’un costume sombre, Frédéric de Saint-Sernin traverse le parvis de Saint-Sulpice, à Paris, gravit le tapis rouge et pénètre dans l’église quand l’orgue commence à jouer.

La messe pour Jacques Chirac n’a pas encore débuté. Comme les chiraquiens du premier cercle, ce « bébé Chirac » arrive directement des Invalides, où il a assisté à un premier office en l’église Saint-Louis, réservé à la famille et aux proches.

Quand Saint-Sernin, ancien conseiller à l’Elysée, devenu député RPR, puis secrétaire d’Etat, aujourd’hui reconverti dans l’humanitaire, a appris la mort de son « grand homme », le 26 septembre, il s’est « effondré en sanglots ». Cloîtré dans son bureau, il a refusé de répondre au téléphone. Un autre « bébé Chirac », Philippe Briand, l’a fait changer d’avis : « Il faut que tu parles aux médias, sinon ce sont les balladuriens qui vont occuper le terrain ! »

Au soir du décès, tous deux ont noté que « ceux qui se bousculaient à la télévision la larme à l’œil » étaient « les moins proches », comme Michel Barnier, « un des premiers à avoir trahi ». Vingt-cinq ans plus tard, les blessures de la guerre fratricide entre Chirac et Balladur demeurent intactes.

Ceux qui viennent des Invalides notent le contraste entre les deux assemblées. Après l’émotion de Saint-Louis, l’atmosphère à Saint-Sulpice est plus froide, formelle, plus mondaine aussi. La veille, l’ancien chef du service de presse de l’Elysée, Laurent Glépin, a été assailli de SMS de gens se présentant comme de fidèles chiraquiens, dans l’espoir de recevoir le mail de l’Elysée. Celui-ci conviait à un « service solennel » le lundi 30 septembre, « à 12 heures précises ». « Tenue de ville sombre et uniforme », était-il précisé, « entrée avant 11 heures ».

« Bienvenue au bal des faux-culs »

Visages graves ou de circonstance, les invités ont plus d’une heure à patienter. Toute la République est là, ancien et nouveau monde mêlés. Cinquante années de la vie politique nationale, et autant d’arrière-pensées, dans une même église. « Un concentré d’Histoire et d’histoires », note François Bayrou, ex-ministre de Chirac, qui a contribué à la victoire de Macron en 2017.

« L’ÉQUIPE DE RAFFARIN S’EST RETROUVÉE DERRIÈRE LES SOCIALISTES DE JOSPIN, ÇA FAISAIT UN PEU DRÔLE TOUT DE MÊME », NOTE JEAN-JACQUES AILLAGON

Le protocole a placé les anciens ministres du défunt à gauche de la nef, derrière la famille. Le gouvernement d’Alain Juppé (1995-1997), d’abord, celui de la victoire inespérée. Puis celui de la cohabitation avec le socialiste Lionel Jospin (1997-2002), né de la dissolution ratée.

Derrière, les gouvernements de Jean-Pierre Raffarin (2002-2005) et de Dominique de Villepin (2005-2007). « L’équipe de Raffarin s’est retrouvée derrière les socialistes de Jospin, ça faisait un peu drôle tout de même », note l’ancien ministre de la culture Jean-Jacques Aillagon. Reléguée sur les bancs des parlementaires, Nadine Morano se demande pourquoi un carré n’a pas été réservé « aux anciens ministres de Nicolas Sarkozy ».

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Chaque invité a son nom inscrit sur une feuille de papier. Certaines chaises demeurent vides, comme celle de l’ancienne présidente du Parlement européen Nicole Fontaine, décédée en mai 2018. L’information avait échappé au protocole de l’Elysée.

Dehors, l’ex-ministre Roselyne Bachelot descend d’une moto-taxi, tout de noir vêtue. Aux Invalides, la présidente du conseil régional d’Ile-de-France, Valérie Pécresse, a pris dans sa voiture trois chiraquiens historiques, dont le taxi n’arrivait pas : Josselin de Rohan, Roger Romani et Jean-François Lamour. Tous les quatre tassés à l’arrière, ils arrivent juste derrière Edouard Balladur. « Bienvenue au bal des faux-culs », leur lance un ami, sur le parvis.

« Qu’est-ce que tu deviens, toi ? »

Les sénateurs, soixante-dix de tous bords, ont décidé de faire le trajet à pied, depuis le Palais du Luxembourg. Etrange procession transpartisane jusqu’à l’église, conduite par le président du groupe Les Républicains (LR), Bruno Retailleau.

La sénatrice (LR) de l’Indre Frédérique Gerbaud fait partie du cortège. Trop fatiguée, sa mère, Lydie, qui fut l’attachée de presse de Chirac à la Mairie de Paris, est restée dans sa maison de Châteauroux aux murs tapissés de clichés de l’ancien président. Frédérique lui a promis de tout lui raconter : « la bise » de Dominique de Villepin (« c’était sympa »), l’arrivée de Jean-Louis Debré, l’ami fidèle, le visage profondément ému de Lionel Jospin, « Sarkozy qui faisait la gueule, mais bon, il avait un rendez-vous judiciaire le lendemain », ces députés La République en marche (LRM) à l’attitude trop « débonnaire » à son goût, comme cette femme en tailleur bleu vif, qui a sorti son portable pour photographier le cercueil.

Sur les bancs des anciens ministres, on se serre dans les bras : « Qu’est-ce que tu deviens, toi ? » Les uns racontent leur retraite, d’autres leur reconversion. Frédéric de Saint-Sernin retrouve les « jupettes » de 1995, salement virées par Alain Juppé : « Françoise de Panafieu, Colette Codaccioni, ça m’a fait plaisir ! Elles n’ont pas bougé en vingt ans ! » On actualise les « 06 ». Roselyne Bachelot rappelle à l’ex-ministre socialiste Charles Josselin qu’il lui doit des coquilles Saint-Jacques, enjeu d’un pari perdu il y a longtemps, elle ne se rappelle plus quand. De son côté, Ségolène Royal discute avec son ancien collègue du Quai d’Orsay Hubert Védrine. L’ex-candidate de 2007, ministre de la famille sous Chirac, n’a pas hésité à venir rendre hommage à l’ancien président, qui fut « plus courtois avec [elle] que n’importe quel éléphant socialiste ».

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« MAINTENANT, GISCARD ET BALLADUR PEUVENT MOURIR, ILS ONT ENTERRÉ LEUR PIRE ENNEMI », GLISSE UN SÉNATEUR

Les ex-présidents ont été placés à droite de la nef. Marchant avec difficulté, Valéry Giscard d’Estaing a pris place une heure avant le début de la cérémonie, aux côtés de son épouse Anne-Aymone, rebaptisée « Anémone » par le protocole. L’ancien président entend mal et parle fort. Il s’impatiente. « Quand est-ce qu’il arrive ? », grogne-t-il. Les premiers rangs lui lancent des regards réprobateurs. « C’est bien la première fois qu’il est impatient de voir Chirac », maugrée un membre du premier cercle.

S’appuyant sur une canne à pommeau, Edouard Balladur est assis quelques rangées derrière, avec les ex-chefs de gouvernement : « Maintenant, Giscard et Balladur peuvent mourir, ils ont enterré leur pire ennemi », glisse un sénateur à son voisin.

« Le rendez-vous des revenants »

Nicolas Sarkozy est accompagné de son épouse. Comme souvent, Carla est placée par le protocole à côté de François Hollande, qu’elle a surnommé « le pingouin » dans une chanson. Mais il faut bien faire semblant. Elle lui demande pourquoi Bernadette Chirac n’est pas là. « Elle est très malade », lui répond l’ancien président. Surprise, Carla écarquille les yeux. Plus tard, la chanteuse s’enquerra, de nouveau auprès de Hollande, d’une information qui agite les rangs des chefs d’Etat. Qui est cette femme qui accompagne Vladimir Poutine et qui ne semble pas être son épouse ? Personne ne sait qu’il s’agit d’une interprète.

« SUR QUATRE RANGÉES [DU GOUVERNEMENT PHILIPPE], DEUX NOUS ÉTAIENT INCONNUES », RACONTE JEAN-PIERRE RAFFARIN

Dans le carré réservé à l’actuel gouvernement, on s’embrasse, on pianote sur son portable ou on travaille ses dossiers : la ministre des sports, Roxana Maracineanu, les a étalés devant elle. « Pas très tenu », dit en soupirant un autre ministre, avant de jeter un regard derrière lui, sur les bancs des ex-chefs de gouvernement, « alignés comme les Dalton ».

Ils sont tous là, placés par ordre chronologique, de Laurent Fabius à Manuel Valls. A voix basse, Alain Juppé et Lionel Jospin s’entretiennent du Conseil constitutionnel. « Ah quand même, ça avait de la gueule ! », reconnaît un jeune ministre, saisi par une bouffée de nostalgie pour « l’ancien monde ». De leur côté, les « ex » scrutent les membres du gouvernement d’Edouard Philippe, un sourire en coin. « Sur quatre rangées, deux nous étaient inconnues, raconte Jean-Pierre Raffarin. Pour la première fois de notre histoire, on ne connaissait ni l’identité ni le parcours de chacun… »

Au dernier rang de l’église, Florian Philippot, en rupture de ban avec le Rassemblement national, se fait discret. Personne ne se presse non plus autour de l’ancien secrétaire général de l’Elysée Claude Guéant, exclu de la Légion d’honneur après sa condamnation dans l’affaire des primes en liquide du ministère de l’intérieur. Dans la nef, de vieux messieurs avancent, un peu hagards, à la recherche d’un regard capable de les reconnaître. « C’est le rendez-vous des revenants », confie Roselyne Bachelot, frappée par l’impression d’assister à un « engloutissement ».

Car, autour de la figure de Jacques Chirac, plusieurs générations politiques se jaugent, mesurent le passage du temps. C’est l’heure des bilans. Un cacique socialiste observe avec un brin de tristesse ce qu’il reste de la flamboyante « bande à Léo », ces jeunes loups regroupés autour de François Léotard, dont on disait alors qu’ils allaient tout casser à droite. Alain Madelin a les cheveux blancs, d’autres le dos voûté. « On sent les regards sur soi, ceux qui soufflent “dis donc, il a pris un coup de vieux !” en vous voyant , remarque Aillagon. En même temps, c’est normal, on pense la même chose d’eux ! »

« La fin d’une époque »

Quand entre enfin le cercueil, sur le Requiem de Fauré, le silence se fait. Sur les bancs des jeunes ministres, certains se signent, sous le regard réprobateur des anciens, qui connaissent la réserve républicaine imposée par la fonction.

Un chœur polyphonique chante le De profundis. Plongé dans ses pensées, Dominique de Villepin fixe la peinture murale de Delacroix, La Lutte de Jacob avec l’ange, le chef-d’œuvre de Saint-Sulpice. « Quelle formidable métaphore politique, dit-il. Chacun ici a été en lutte avec ses démons, comme avec les anges. Chacun a eu son jour tragique. »

GÉRALD DARMANIN SORT SON OBOLE. « C’EST BIEN NORMAL, C’EST LE MINISTRE DU BUDGET… ! », POUFFENT SES VOISINS

Pendant l’offertoire, un quêteur sillonne l’église. En bons élus locaux, le ministre de la cohésion des territoires Sébastien Lecornu et celui des relations avec le Parlement Marc Fesneau sortent leur obole. Gérald Darmanin est le suivant : « C’est bien normal, c’est le ministre du budget… ! », pouffent ses voisins.

Mais personne n’en croit ses yeux quand l’intrépide quêteur poursuit sa route jusqu’aux anciens présidents. Il se glisse entre un pilier et François Hollande, qu’il bouscule au passage. Léger flottement. Hollande sort un billet. Sarkozy s’agite, mais ne trouve rien. Carla s’impatiente : « Nicolas, tu vois bien que le monsieur attend ! »

Inquiets, les ministres suivent la progression du quêteur, lequel s’aventure cette fois du côté des chefs d’Etat étrangers. Le président congolais, Denis Sassou-Nguesso, met au pot une poignée de billets. Sollicité à son tour, le roi de Jordanie claque des doigts : un sbire accourt avec une deuxième liasse. Puis le quêteur se rapproche de Vladimir Poutine, qui a son livre de messe entre les mains. Les ministres retiennent leur souffle. D’un regard métallique, le président russe fusille le malheureux, contraint de filer sans demander son reste.

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Le Salve Regina est chanté. Puis l’archevêque de Paris asperge le cercueil d’eau bénite. Huit gardes du corps ayant assuré la sécurité de l’ancien président le soulèvent ensuite et traversent lentement la nef, vers la sortie.

Parmi eux, « Tintin » et « Clooney », ainsi surnommé parce qu’il ressemble à l’acteur américain. Le premier est resté vingt et un ans au service de Chirac ; le deuxième, treize ans. « Tintin » regarde droit devant lui, fier d’accompagner son patron « pour une dernière mission ». En voyant passer le cercueil de celui qui lui a « tout appris » – y compris comment, lors des porte-à-porte de campagne, « n’oublier personne » –, l’ancien ministre Jean-François Copé médite sur « la fin d’une époque » et prophétise : « Cette cérémonie est la dernière du genre, c’est fini. »

18 octobre 2019

Palais de Tokyo

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Photos : J. Snap

18 octobre 2019

Espoir le matin, coup de pompe à midi… La dernière ligne pas tout à fait droite du Brexit

Par Cécile Ducourtieux, Londres, correspondante, Virginie Malingre, Bruxelles, bureau européen

Il a fallu six jours de discussions entre Bruxelles et Londres pour accoucher d’un traité de divorce. Reste à savoir si cet accord à une chance d’être approuvé par les députés britanniques.

Il est à peine 18 heures, jeudi 17 octobre. Boris Johnson rentre dans une salle de presse pleine à craquer, au deuxième étage du Justus Lipsius, le bâtiment qui abrite le Conseil européen, à Bruxelles. Tout le monde veut voir « Boris », qui a réussi, contre toute attente, à décrocher son « deal » le matin même.

« Nous avons un superbe accord », assure le premier ministre britannique, toujours aussi énergique. « Nous avons un bon “deal” », confirme la chancelière allemande Angela Merkel, deux salles à côté, à sa manière, plus sobre. Tout le monde semble content. Soulagé au moins.

Les textes de l’accord de divorce entre l’Union européenne (UE) et le Royaume-Uni viennent d’être rendus publics ; les diplomates des pays membres n’ont même pas eu le temps de les lire. Certains s’inquiètent. Tous les négociateurs savent que le diable se cache dans les détails. Et, tout le monde en a conscience, le plus dur reste à faire : que le « deal » soit approuvé par les députés britanniques. « Je ne suis pas responsable de la ratification par la Chambre des communes. C’est le travail de Boris », lance pince-sans-rire, Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne.

Montagnes russes

Le Luxembourgeois n’a pas beaucoup dormi. « J’ai téléphoné deux fois à Boris pendant la nuit », a-t-il confié. Car jusqu’au milieu de matinée, rien n’était plié. Sur la fin, les négociations européennes ressemblent souvent à cela : des montagnes russes. Espoir le matin, coup de pompe à midi, regain d’espoir en fin d’après-midi, découragement en soirée… La dernière ligne droite du Brexit n’a pas dérogé à la règle.

Mercredi soir, le « deal » semblait à portée de mains. Les négociateurs s’étaient entendus sur les sujets majeurs des contrôles douaniers, du droit de veto nord-irlandais et de la déclaration politique censée esquisser la relation future entre le Royaume-Uni et ses ex-partenaires de l’UE. Restait la question de la TVA.

Mais jeudi matin, le Democratic Unionist Party (DUP) nord-irlandais a estimé qu’« en l’état », les conditions n’étaient pas réunies pour qu’un accord soit viable. Or sans les unionistes protestants, Boris Johnson n’a aucune chance de faire ratifier le texte à la Chambre des communes… « Il y aura un “deal” ou il n’y aura pas de “deal” », commentait-on, laconiquement, au Conseil jeudi en fin de matinée. Il y a donc eu « deal ».

Cela peut paraître long : c’est en réalité extrêmement court. Il n’aura fallu que six jours de discussions entre Bruxelles et Londres pour accoucher d’un traité de divorce. Le deuxième. Le premier, celui de Theresa May, agréé à l’automne 2018 après dix-huit mois de négociations, est mort au printemps. A trois reprises, la Chambre des communes l’a rejeté. « C’est un peu injuste », commente un proche des pourparlers, côté bruxellois. « Mais s’il y en a un qui peut vendre un accord à la Chambre des communes, c’est Boris », poursuit cette source.

Boris Johnson n’a choisi de s’engager sérieusement dans les discussions avec Bruxelles qu’au début du mois d’octobre, après avoir davantage mené campagne au Royaume-Uni, en vue d’élections générales à venir, que fait le siège des institutions européennes. Quand il est arrivé à Downing Street fin juillet, des sources bruxelloises glissaient qu’il ne serait pas question de lui donner, à lui, ce qui avait été refusé à Theresa May, appréciée pour sa droiture et son sérieux.

Concessions de Boris Johnson

Et pourtant… La rencontre décisive fut celle entre le chef du gouvernement irlandais Leo Varadkar, garant avec Londres de l’accord du Vendredi saint – signé en 1998, il a apporté la paix sur l’île – et Boris Johnson, le 10 octobre à Wirral, dans le nord-ouest de l’Angleterre, dans un manoir reconverti en home de luxe pour réceptions huppées.

C’est là que le premier ministre britannique a fait ses concessions les plus importantes. Plus question d’accorder un droit de veto sur une solution nord-irlandaise au DUP ; pas question non plus de tolérer des contrôles douaniers entre les deux Irlandes.

C’est aussi à Wirral que M. Varadkar a fait un pas décisif, et donné un signal au reste de l’UE, en acceptant la ligne rouge de Londres. L’Irlande du Nord pourrait rester dans une union douanière britannique, si tant est qu’une frontière n’apparaisse pas entre la province britannique et la République d’Irlande, membre de l’UE. De cette manière, l’intégrité du territoire britannique serait respectée après le divorce, conformément à la volonté des Brexiters et du DUP.

Le 11 octobre, avec l’assentiment de Michel Barnier – le négociateur en chef de l’UE pour le Brexit –, les Européens sont entrés dans un « tunnel » de négociations, alors qu’une semaine plus tôt, ils avaient presque fait une croix sur un accord avant l’échéance du 31 octobre.

Passer à autre chose

Trois ans après le référendum sur le Brexit, ils veulent passer à autre chose et ne savent plus ce qui, d’un troisième report ou du « no deal », les angoisse le plus. « Quelle que soit la manière dont on les regardait, les perspectives n’étaient pas meilleures que ce que l’on pouvait avoir maintenant. Elles pouvaient même être pires », commente un diplomate.

Les Européens vont donc, à leur tour, faire une concession : accepter que le dispositif imaginé pour l’Irlande du Nord puisse être remis en cause, dans quelques années, par les élus de la province britannique. Sous condition : le DUP ne doit pas être le seul arbitre. « On ne va pas tout bloquer pour un territoire qui compte 1,5 million d’habitants et qui n’est pas une zone économique particulièrement dynamique », s’exclame alors un proche des négociations.

Le week-end est studieux, mais infructueux. Enfermés au Berlaymont (le siège de la Commission européenne), les négociateurs ne profitent pas du beau soleil qu’il fait à Bruxelles. Et dimanche soir, Michel Barnier annonce qu’il reste « beaucoup de travail ». Les experts et les médias, eux, se découragent : à ce train, on n’aura jamais fini avant le Conseil des 17 et 18 octobre, qui doit entériner l’accord si on veut un Brexit au 31 octobre comme l’a promis Boris Johnson.

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L’ultimatum de Michel Barnier

Car durant un sommet il n’est plus question de négocier, disent les diplomates, mais de trancher. Certes, les trois quarts de l’accord obtenu par Theresa May – sur le traitement des citoyens européens, Euratom, etc. – sont inchangés, mais il faut rédiger un texte légal pour l’union douanière nord-irlandaise, et réécrire la vingtaine de pages de la déclaration politique, qui esquisse la relation future entre l’UE et le Royaume-Uni.

Tout le monde a envie d’en finir avec ce dossier qui empoisonne la vie européenne depuis trois ans. Lundi passe, mardi, mardi soir… Un ultimatum de M. Barnier à minuit ce soir-là n’est pas respecté par Londres, mais les négociateurs ont finalement bien avancé et les signaux positifs se multiplient.

Les dernières heures de discussions sont éprouvantes. Mercredi, les négociateurs n’ont pas beaucoup dormi, ils ont encore mangé des pizzas dans les bureaux de la Commission.

Ils continuent pourtant d’éplucher les quelques points encore en contentieux. Dans ce contexte, le programme du Conseil européen n’est pas arrêté, il est suspendu aux négociations en cours. Entre la guerre menée par la Turquie contre les Kurdes en Syrie, la mise en place laborieuse de la nouvelle Commission de Bruxelles, ou encore le budget pluriannuel européen, le sommet des dirigeants de l’UE ne manque pourtant pas de matière.

De mémoire de diplomate, on n’a jamais vu ça : un Conseil européen, dont on ne connaît pas le déroulé, la veille. « On connaît les briques, pas leur agencement », confie un diplomate. Comme ses collègues, il devra ajuster trois fois son programme dans la journée, en raison d’une réunion des ambassadeurs des Vingt-Sept sans cesse retardée. Prévue à 14 heures, elle s’est finalement tenue à 19 h 30. Michel Barnier y explique que les discussions ne butent plus que sur la question de la TVA, un sujet apparu sur le tard.

Céder du terrain sans perdre le soutien des Brexiters durs

A Dublin, très bon baromètre de la négociation, le ton reste très prudent. En début d’après-midi, mercredi, « il y a un chemin vers un possible accord, mais beaucoup de points encore à résoudre », précise M. Varadkar, après un coup de fil à M. Johnson.

Cela bloque aussi à Londres, où le premier ministre britannique est engagé dans un exercice difficile : céder du terrain aux Vingt-Sept sans perdre le soutien des Brexiters durs, dont les voix sont indispensables pour qu’un accord passe à la Chambre des communes – les dix élus du DUP à Westminster et l’aile droitière des tories, membres de l’European Research Group (ERG). Ils ont rendez-vous quasi quotidiennement au 10 Downing Street depuis le week-end. Mercredi encore, Arlene Foster, la patronne du DUP, et Nigel Dodds, son adjoint, ont été aperçus sortant de la résidence du premier ministre. Steve Baker, éminent membre de l’ERG, et quelques collègues, ont eux aussi revu M. Johnson. Il leur a dit dans l’après-midi, à sa manière fleurie, que « le sommet est en vue, mais il reste dans les nuages ».

En fin d’après-midi, les feux repassent au vert, côté Bruxelles. En direct de Toulouse, où il assiste avec Angela Merkel à un conseil des ministres franco-allemand, le président français, Emmanuel Macron, parle de la possibilité de conclure « dans les prochaines heures ». « Nous sommes dans les derniers mètres de négociations », lâche la chancelière allemande Angela Merkel, d’ordinaire très prudente.

Côté Européens, des proches des négociations expliquent que le DUP a cédé. Mais à Londres, le Parti unioniste reste silencieux. La seule information un peu concrète, c’est cette livraison, en fin d’après-midi, d’une pleine caisse d’oranges et de chips aux oignons à Downing Street…

Jeudi matin, l’accord à peine annoncé, toutes les attentions bruxelloises sont déjà tournées vers l’après. Ce « deal » a-t-il la moindre chance d’être approuvé à la Chambre des communes ? A l’automne 2018, pour la finalisation de l’accord de Theresa May, l’heure était à l’optimisme. Mais après un an de chaos à Wesminster, elle est désormais à l’extrême prudence.

18 octobre 2019

Au nord-est de la Syrie, un accord de cessez-le-feu temporaire en trompe-l’œil

syrie

Par Allan Kaval, Marie Jégo, Istanbul, correspondante

La trêve annoncée hier par le vice-président américain Mike Pence permet à la Turquie d’obtenir le retrait des combattants kurdes de sa frontière Sud.

La Turquie a accepté, jeudi 17 octobre, de suspendre son offensive en Syrie pendant cinq jours afin de permettre aux forces kurdes de se retirer d’une « zone de sécurité » voulue par Ankara, selon les termes d’un accord négocié par l’administration américaine et présenté par le gouvernement turc comme une victoire absolue. « La Turquie a mis les Etats unis à genoux », titrait, jeudi soir, le site du quotidien pro-gouvernemental Yeni Akit.

La trêve, annoncée depuis Ankara par le vice-président américain Mike Pence après quatre heures d’entretien avec le président Recep Tayyip Erdogan, a été saluée par Donald Trump, convaincu qu’elle permettra de « sauver des millions de vies ».

S’il est vraiment appliqué, l’accord réalise tous les objectifs visés par la Turquie lors du lancement de son offensive baptisée « Source de paix » au nord est de la Syrie il y a huit jours, à savoir le contrôle d’une bande de terre de 32 kilomètres de profondeur sur 400 kilomètres de longueur – jusqu’à la frontière avec l’Irak – par l’armée turque et ses supplétifs syriens ainsi que le retrait total des combattants kurdes de cette zone sur laquelle, à terme, les réfugiés syriens actuellement hébergés par Ankara seront installés.

Pour permettre aux forces kurdes de se retirer, « sous 120 heures, toutes les opérations militaires dans le cadre de l’opération “Source de paix” seront suspendues et l’opération cessera complètement une fois ce retrait achevé », a déclaré M. Pence à la presse à l’issue de sa rencontre avec le numéro un turc.

Débandade américaine

Jubilation du ministre turc des affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu, selon lequel les Etats-Unis se sont inclinés face à « l’importance et la fonctionnalité » de la « zone de sécurité » voulue par Ankara. Se refusant à parler de « cessez-le-feu », il a évoqué « une pause », censée permettre aux combattants kurdes d’abandonner leurs armes lourdes, de détruire leurs positions et de se retirer.

« La pause ne signifie pas que nos soldats et nos forces se retireront. Nous restons », a t il fanfaronné. Les islamo-conservateurs ne peuvent que se féliciter des larges concessions accordées à la Turquie par l’administration américaine. « Nos succès militaires sont rehaussés par une victoire diplomatique », soulignait, jeudi, Ismaïl Çaglar, le directeur du groupe de réflexion SETA, inféodé au pouvoir à Ankara.

Mais au-delà des rodomontades, l’accord pose plus de questions qu’il n’en résout. Des doutes subsistent sur sa mise en œuvre. Les Etats-Unis sont allés au-devant des exigences turques sans avoir aucune possibilité d’influencer de manière significative les faits sur le terrain. Qui veillera à l’application de l’accord ? Certainement pas les forces américaines, qui, jadis alliées aux combattants kurdes, ont déserté dès les premiers jours de l’offensive turque leurs bases du nord-est de la Syrie ; celles-ci sont occupées désormais par les Russes et par l’armée de Bachar Al-Assad.

Le retrait des forces des Etats-Unis du nord-est de la Syrie s’est fait dans une telle débandade que le temps a manqué pour évacuer une partie du matériel. Mercredi, des F-15 américains ont bombardé l’ancien QG des GI sur place, la cimenterie Lafarge située au sud de Kobané, pour que les munitions abandonnées ne tombent aux mains des Turcs et de leurs alliés rebelles syriens, actifs dans la région.

Sauver la face

Un point semble positif, les forces kurdes ont annoncé qu’elles acceptaient l’accord. Mais il y a un bémol. Mazlum Kobane, l’un de leurs chefs en Syrie, l’interprète à sa façon. Tout en affirmant avoir été associé aux tractations, il a assuré que le cessez-le-feu se limitera aux régions situées entre Tal Abyad, ville frontalière récemment conquise par les Turcs et Ras Al-Ain, où des combats avaient lieu ces derniers jours entre l’armée d’Ankara et les combattants kurdes.

Pas question selon lui que les Turcs prennent le contrôle de l’ensemble de la frontière, pas question non plus que des « modifications démographiques » aient lieu, une allusion au plan du président Erdogan de réinstaller dans cette zone les réfugiés syriens de Turquie (3,6 millions de personnes), dont les Kurdes ne veulent pas.

En réalité, l’accord est un habillage qui permet aux présidents Trump et Erdogan de sauver la face vis-à-vis de leurs opinions publiques. Le second pense aussi avoir ainsi échappé aux sanctions que les sénateurs américains, ulcérés par les impérities de l’administration Trump, veulent imposer à Ankara.

Bâclé, vide de sens, impossible à appliquer, l’accord n’est pas définitif. La trêve est censée durer cinq jours, soit jusqu’au 22 octobre. C’est précisément à cette date que les vraies négociations vont commencer.

Elles auront lieu à Sotchi, en Russie, où M. Erdogan a été invité par son homologue russe et « ami », Vladimir Poutine. Moscou, qui tire désormais toutes les ficelles en Syrie, tracera les lignes de partage entre les belligérants. Un futur accord doit garantir « l’intégrité territoriale de la Syrie et les intérêts de sécurité de la Turquie », a déclaré Sergueï Lavrov, le ministre russe des affaires étrangères, après l’annonce de l’accord turco-américain.

18 octobre 2019

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