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Jours tranquilles à Paris

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4 août 2019

La Chine rompt toute coopération de police avec la France

Par Jacques Follorou

L’annonce serait liée, de source diplomatique, à la décision de Paris d’accorder, le 15 mai, l’asile politique à l’épouse de l’ancien président d’Interpol, Meng Hongwei.

Le message a été transmis, la dernière semaine de juillet, par les autorités chinoises à l’attaché de sécurité intérieure de l’ambassade de France à Pékin. La Chine a indiqué qu’elle rompait, unilatéralement, toute coopération avec Paris en matière de police, ce qui couvre de nombreux domaines liés à la sécurité.

Cette annonce serait liée, de source diplomatique, à la décision de Paris d’accorder, le 15 mai, l’asile politique à l’épouse de l’ex-président d’Interpol, Meng Hongwei. Ce dernier avait disparu, fin septembre, de Lyon, siège de l’organisation internationale de police, avant de réapparaître, en juin, devant un tribunal de la ville de Tianjin, en Chine, où il a été condamné, notamment, pour des faits de corruption.

Pékin souhaitait obtenir le retour au pays de son épouse afin d’engager contre elle des poursuites, en qualité de complice des infractions reprochées à son mari. En vain. Grace Meng a refusé de rentrer en Chine et s’est installée en France avec ses deux enfants. Elle fait, aujourd’hui, l’objet d’une protection policière renforcée après l’apparition de sérieuses craintes de kidnapping.

Une enquête judiciaire a, d’ailleurs, été ouverte au printemps au tribunal de grande instance de Lyon sur une tentative présumée d’enlèvement. Le magistrat devra, notamment, faire la lumière sur de nombreuses approches suspectes opérées par des individus de nationalité chinoise, dont certains appartenaient à des organisations officielles.

Mise en garde de Pékin

La Chine avait déjà haussé le ton contre la France. Mi-mai, une première mise en garde avait été faite après l’octroi de l’asile politique à Mme Meng.

« Si la femme de Meng Hongwei déposait une demande d’asile politique en France, cela constituerait un abus total de la procédure française », avait alors déclaré un porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères, alors que l’intéressée avait déjà obtenu ce statut. Cette fois-ci, Pékin choisit de franchir un palier et de placer le différend sur un autre terrain, celui des relations diplomatiques et de la coopération entre les deux pays.

Selon le ministère français de l’intérieur, l’absence de dialogue avec les autorités chinoises pourrait être préjudiciable dans le cadre de la lutte contre la contrefaçon, qui affecte lourdement l’industrie française. La protection de ses marques et de ses produits ne peut se faire sans l’aide de la police locale et des autorités portuaires. Déjà, les demandes d’entraide judiciaire – qui transitent par le biais des attachés de sécurité intérieure de l’ambassade de France à Pékin – n’obtenaient que rarement une réponse ; désormais, le silence sera total.

Il est un autre dossier où la justice française et ses enquêteurs ont grandement besoin de la coopération de la Chine. La France est, en effet, confrontée à une vaste escroquerie avec usurpation d’identité, dite « des faux présidents », qui a permis à une équipe de malfrats franco-israéliens de soustraire plus de 500 millions d’euros, dont une dizaine pour la seule Agence française de développement (AFD). L’essentiel de cet argent détourné atterrit ensuite sur des comptes bancaires chinois. Pour espérer récupérer ces fonds, l’intervention de Pékin est donc nécessaire.

Les autorités françaises restent discrètes

Par ailleurs, si la France ne compte pas parmi les premiers partenaires de la Chine en matière de coopération policière, il existe également des échanges techniques classiques, notamment dans le domaine de la lutte antiterroriste, par le biais d’échanges d’informations et de savoir-faire.

Pour les deux pays, les questions migratoires ne sont pas des sujets majeurs. Les communautés respectives présentes dans chacun des pays demeurent limitées en nombre. En retour, la Chine est surtout demandeuse de l’aide de la France pour récupérer des fugitifs recherchés par la justice.

Sollicitées par Le Monde, les autorités françaises sont restées discrètes. Le ministère des affaires étrangères a renvoyé la balle vers celui de l’intérieur qui n’avait pas, vendredi 2 août, eu le temps de réagir à la décision chinoise. L’avocat de Mme Meng, Me Emmanuel Marsigny, s’est refusé, lui, à tout commentaire.

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4 août 2019

Marisa Papen

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4 août 2019

Photographie : le registre burlesque des inventions

Par Claire Guillot

Aux Rencontres d’Arles, une exposition sur les archives photo du CNRS mêle science et absurde.

« Plus on rate, et plus on a de chances que ça marche », affirmaient les Shadoks, ces volatiles imbéciles qui ont marqué la télévision à la fin des années 1960. Une maxime adoptée par certains inventeurs au cours de l’histoire, si l’on en juge par les images étonnantes et parfois délirantes présentées aux Rencontres d’Arles dans l’exposition « La Saga des inventions ». On y trouve des poireaux dopés à l’électricité, des chars préhistoriques ou des anti-écraseurs pour taxi parmi d’autres créations bien plus efficaces et pérennes, comme le lance-flammes ou le lave-vaisselle. « L’histoire de l’innovation, c’est aussi une histoire de l’échec », résume l’historienne Luce Lebart, commissaire de l’exposition.

On ne s’attendrait pas à ce que l’étude des archives photo du CNRS débouche sur une exposition aussi passionnante, esthétique et drôle. Luce Lebart s’est plongée dans les images réunies par la Direction des inventions intéressant la défense nationale, organisme créé en 1915 pour encourager les innovations capables de protéger ou de mieux armer les soldats. Très vite, elle a été frappée par le ton surréaliste de ces photos utilitaires : mimiques exagérées, mises en scène d’objets dans des espaces incongrus, intérêt porté au cadrage et à l’esthétique… « Quand on voit ces images, le côté burlesque paraît évident, constate-t-elle. Mais je ne voulais pas faire de projection. En fait, un des opérateurs venait du cinéma comique, et il a laissé sa patte sur ces archives, en les teintant de fantaisie. »

En effet, Alfred Machin (ça ne s’invente pas) était un drôle de personnage. On le voit dans un incroyable autoportrait où il pose en pleine action, entouré de ses appareils photo et de ses projecteurs, et en habit colonial. Passionné de chasse, ce pionnier du cinéma et aventurier s’était fait connaître avant-guerre pour ses films tournés dans des conditions extrêmes – par exemple en avion –, ou intégrant pour la première fois des animaux sauvages. Il a signé des livres aux titres parlants comme A coups de fusils et d’objectifs à travers l’Afrique centrale. De façon ironique, avant d’intégrer la Direction des inventions tournée vers l’effort de guerre, Alfred Machin a réalisé un film d’anticipation pacifiste, sorti en 1914 et intitulé Maudite soit la guerre : de façon visionnaire, il montrait que les combats du futur reposeraient sur les avions et les dirigeables – à l’époque, l’armée de l’air n’existait pas…

Charrue rigoleuse et haricots toxiques

Pendant la première guerre mondiale, Machin et ses collègues vont faire de la photographie un outil systématique pour classer et évaluer les inventions. Devant leur objectif défilent des idées pour des armes plus efficaces, des outils de communication, des objets pour améliorer le confort du soldat pendant la terrible guerre des tranchées : un clairon à air comprimé pour transmettre des ordres militaires, inventé par le physicien Jean Perrin, des masques de toutes sortes pour protéger les soldats des gaz mortels ou une fascinante cuirasse aux écailles d’acier pour résister aux balles. Les inventions les plus spectaculaires ne sont pas forcément les plus réussies : l’engin de Louis Boirault, qui permet de traverser les barbelés et de passer au-dessus des tranchées, est si massif qu’on le surnomme « diplodocus militarus » : ce char préhistorique, trop lourd, trop gourmand en métal et surtout incapable de faire un virage n’a jamais été produit en masse.

L’incongruité des inventions est encore redoublée par leur mise en scène, souvent teintée d’humour et d’absurde, surtout lorsqu’un personnage à l’image s’emploie à démontrer l’utilisation de l’objet : on voit ainsi un homme écouter le sol en pleine rue avec un stéthoscope, un autre sourire tout en maniant un « rampeur » pour se déplacer plus facilement dans les tranchées. Pour Luce Lebart, on a là une sorte d’esthétique poético-militaire, où l’insolite côtoie le tragique. « L’imaginaire du film muet a nourri cette iconographie. Et on en retrouve l’héritage dans les images publicitaires, avec l’emphase, l’exagération, la désignation d’un objet. »

Elle-même a joué la carte de l’humour dans sa scénographie, en dressant une liste à la Prévert des noms d’inventions bizarres, de la charrue rigoleuse aux haricots toxiques, ou en composant un mur avec trois hommes équipés d’inventions bizarres. L’un teste des lunettes, l’autre des écouteurs, le dernier un masque, ce qui fait inévitablement penser aux trois petits « singes de la sagesse » qui ne veulent rien voir de mal, rien entendre, rien dire.

L’armistice aurait pu signer la fin de la Direction des inventions. C’est tout le contraire : le directeur, Jules-Louis Breton, républicain socialiste, homme de science et lui-même inventeur (il aurait mis au point un char d’assaut et une machine à laver), va orienter l’institution vers la vie civile. Les innovations militaires cèdent la place aux innovations ménagères, le balai-brosse remplace le fusil. M. Breton met toute son énergie à soutenir les arts ménagers, au nom de l’hygiène et du progrès social : « La science va jouer dans les luttes économiques du temps de paix le même rôle prépondérant qu’elle a joué dans la guerre », dit-il.

De fait, bien des innovations pensées pour faciliter la vie dans les tranchées vont se révéler utiles en temps de paix, des meubles démontables (le lit pliant) au hangar gonflable. Quelques objets peuvent indifféremment servir à la paix ou à la guerre : une tourelle sera braquée, au choix, sur les oiseaux ou sur les avions. Et si on met l’accent, au niveau de l’Etat, sur des outils domestiques plus maniables (bêche à pédale, aspirateur), c’est aussi pour faciliter la vie des nombreux soldats revenus de guerre très diminués physiquement.

Un projet shadokien

Chaque année, le nouvel Office national des recherches scientifiques et industrielles et des inventions organise un concours à l’intention des innovateurs. Devant le succès, il met en place en 1923 un salon pour exposer ces objets au public, qui s’installera au Grand Palais, en 1926. L’objet vedette du premier Salon des arts ménagers sera la machine à laver centrifugeuse, qui sert à la fois pour le linge et pour la vaisselle. L’exposition la montre dans un petit film d’une étonnante beauté plastique, dans lequel deux mains manucurées, vues d’en haut, font tourner les assiettes. La presse suit l’événement parisien avec passion et le public accourt. Surtout quand l’Office des inventions teste, en 1928, un projecteur géant capable d’afficher la publicité du salon directement sur les nuages.

Preuve que l’histoire n’est qu’un éternel recommencement, le parcours se clôt sur la vidéo d’une invention qui a fait rêver : le tapis roulant souterrain. En 1925, le conseiller de Paris, Emile Desvaux pensait avoir trouvé la solution idéale contre la congestion urbaine et envisageait carrément de relier par ce moyen la Madeleine à la place de la République ou de connecter par tapis souterrain les grands champs de course. Des tests physiologiques ont même été commandés pour s’assurer que l’organisme humain pouvait supporter une telle vitesse : 15 km/h. Le projet fut abandonné, vu le coût de construction des tunnels et des équipements. Mais il a connu un avatar récent, le TRR ou Tapis roulant rapide, qui a équipé jusqu’en 2009 la station de métro Montparnasse-Bienvenüe, transportant les passants à 11 puis 9 km/h. En raison de nombreux gadins et de pannes, il a lui aussi été enterré. Un projet shadokien voire beckettien. L’écrivain ayant écrit dans Worstward Ho (1982) cette phrase restée célèbre : « Essayer encore. Rater encore. Rater mieux. »

« La Saga des inventions. Du masque à gaz à la machine à laver. Les archives du CNRS ». Rencontres d’Arles, Croisière. De 10 heures à 19 h 30, jusqu’au 22 septembre.

« Inventions (1915-1938) », de Luce Lebart, co-édition CNRS/RVB BOOKS, 288 pages, 39 €.

4 août 2019

Etoile

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4 août 2019

Street Art

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4 août 2019

BDSM

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4 août 2019

Les Etats-Unis sortent officiellement du traité sur les armes nucléaires intermédiaires

Par Marc Semo, Jean-Pierre Stroobants, Bruxelles, bureau européen

Ce retrait signe la mort de l’un des grands symboles de la fin de la guerre froide, acté le 8 décembre 1987 par Reagan et Gorbatchev.

Ils ont signé son arrêt de mort et, en définitive, cela sert leurs intérêts mutuels : les Etats-Unis et la Russie sont désormais officiellement sortis du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire – FNI, ou INF en anglais, pour intermediate-range nuclear forces – signé, le 8 décembre 1987, par Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev.

C’était l’un des grands symboles de la fin de la guerre froide et son extinction, vendredi 2 août, aura trois conséquences immédiates.

Elle permettra d’abord, tant à Washington qu’à Moscou, de moderniser leur arsenal et de déployer rapidement de nouveaux équipements ; elle laisse les Européens à leurs inquiétudes quant à la relance d’une course à l’armement nucléaire par les deux grands rivaux ; enfin, elle cible directement la Chine qui développe très vite ses capacités à l’heure actuelle pour affirmer notamment sa suprématie en Asie.

Donald Trump avait annoncé, le 2 février, la procédure de retrait américain, qui deviendrait effectif au bout de six mois. mettant en cause Moscou pour des violations de l’accord depuis plusieurs années. En rétorsion, Vladimir Poutine avait aussitôt suspendu la participation de la Russie, décision ratifiée le 3 juillet.

« Les Etats-Unis ont évoqué leurs inquiétudes auprès de la Russie dès 2013 », a rappelé le patron de la diplomatie américaine, Mike Pompeo. L’administration Obama disposait en effet d’informations indiquant que la Russie testait un nouveau missile, le 9M729, et des lanceurs, en contravention avec les règles du traité FNI. Le président américain n’avait toutefois pas voulu partager immédiatement ces informations avec les pays de l’OTAN, afin de ne pas jeter le trouble au sein de l’Alliance. Vendredi, les pays membres ont apporté leur « plein soutien » aux Etats-Unis.

La question de crédibilité de la dissuasion

Washington et ses alliés accusent la Russie de ne pas avoir respecté l’accord en développant ce 9M729 (ou SSC-8) mobile, rapide, difficile à détecter, doté d’une portée d’au moins 2 500 kilomètres. Moscou nie, assurant, contre toute évidence, que ses missiles à double capacité – à la fois conventionnelle et nucléaire – ne peuvent dépasser 480 kilomètres.

M. Pompeo souligne que les autorités russes n’avaient pas saisi, au cours des six derniers mois, leur « dernière chance » de sauver l’accord. Plusieurs discussions entre les deux puissances rivales se sont de fait révélées infructueuses depuis février, dans le cadre du Conseil OTAN-Russie notamment. « Le traité FNI nous a été utile, mais il ne fonctionne que si les deux parties le respectent », a déclaré le nouveau chef du Pentagone, Mark Esper, en début de semaine. Devant le Sénat, il a affirmé que les Etats-Unis, affranchis des obligations découlant de l’accord, feraient désormais « tout ce qui est dans leur intérêt ».

Un haut responsable de l’administration américaine indiquait dès vendredi que son pays conduirait rapidement des essais de nouveaux missiles, qui auraient été bannis par le traité FNI. « Nous ferons en sorte que notre dissuasion soit crédible face au déploiement du nouveau système de missiles russes capables de transporter des têtes nucléaires et de frapper les villes européennes en quelques minutes », déclarait de son côté le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, à Bruxelles.

Quels seront les éléments de cette dissuasion ? M. Stoltenberg est resté vague, confirmant seulement que Washington ne déploierait pas de nouveaux missiles nucléaires en Europe. Moscou, de son côté, évoque notamment le développement d’une version terrestre de missiles, les Kalibr, utilisés par la marine russe et déjà testés en Syrie.

En décalage avec les nouvelles réalités

Mettant fin à la longue crise des « euromissiles » avec le déploiement en Europe des SS-20 russes puis des Pershing américains, le traité sur les FNI interdisait totalement les missiles conventionnels ou nucléaires d’une portée intermédiaire, c’est-à-dire comprise entre 500 et 5 500 kilomètres. Il prévoyait le retrait mais aussi la destruction de ces armes.

Il fut longtemps respecté par les deux parties. En tout, 2 692 missiles ont été détruits avant 1991, soit la quasi-totalité des missiles nucléaires de portée intermédiaire.

L’une des innovations du traité FNI constituait en la mise en place de procédures de vérification des destructions par des inspecteurs de l’autre pays concerné. Mais ce texte bilatéral entre les Etats-Unis et la Russie s’est trouvé de plus en plus en décalage avec les nouvelles réalités géostratégiques et notamment la montée en puissance de la Chine, non liée par le traité, qui a considérablement développé ce type d’arme.

Le Pentagone a d’ailleurs fait d’une modernisation de son arsenal en guise de riposte à Pékin l’une de ses priorités. Des missiles d’un nouveau type devraient notamment être déployés dans la région indo-pacifique et la mer de Chine méridionale. « La plus grande partie de l’arsenal chinois est composée de missiles de portée intermédiaire et nous devons nous assurer que nous avons les mêmes capacités si, par malheur, nous devions entrer en conflit avec eux un jour », a expliqué Mark Esper.

« Perte d’un outil précieux contre la guerre nucléaire »

Questionné jeudi au sujet du traité FNI, le président américain, Donald Trump, a répondu : « La Russie voudrait faire quelque chose au sujet d’un traité nucléaire. Je suis d’accord. » Sans plus de précisions.

Nul ne se fait, en tout cas, d’illusion quant à la volonté de l’administration Trump de chercher un nouvel accord. Ce d’autant plus qu’elle se montre clairement réticente à prolonger pour cinq ans le traité New Start – ou Start III – sur les armements nucléaires stratégiques qui, signé en 2011, arrive à échéance en 2021.

La fin de cet autre traité lèverait tous les obstacles à une nouvelle course aux armements nucléaires. D’où l’inquiétude exprimée par le secrétaire général des Nations unies (ONU), Antonio Guterres, face à ce qu’il considère être « la perte d’un outil précieux contre la guerre nucléaire ».

« Le FNI était un traité de guerre froide datant de trente ans, mais ce n’est pas le cas du New Start. Il y a, du côté américain une dimension idéologique toujours évidente, amorcée avant même la présidence Trump, qui est de considérer de tels traités de maîtrise des armements comme des carcans qui ne sont pas dans l’intérêt des Etats-Unis », relève Corentin Brustlein, directeur du centre d’études de sécurité de l’Institut français des relations internationales (IFRI), soulignant que, parallèlement, « du côté russe, il y a une nouvelle confiance dans leur remontée en puissance militaire et en leur capacité à violer les traités, tout en niant le fait de les violer et surtout en faisant porter la responsabilité aux autres ».

Prudence des experts

Les experts restent en général prudents quant au risque d’une véritable escalade. Il y avait, à la fin de la guerre froide, quelque 60 000 têtes nucléaires, à 95 % aux mains des Américains et des Soviétiques. Aujourd’hui, elles ne sont plus que 14 000. « Nous n’allons pas, en 2019, revenir à 1979. Ce n’est pas parce que les Russes violent le traité FNI et que les Etats-Unis s’en retirent que nous allons obligatoirement assister à une course aux armements », explique Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).

La modernisation de l’arsenal russe, engagée depuis plusieurs années, est réelle. Mais elle est néanmoins limitée par les ressources d’un pays dont le produit intérieur brut est aujourd’hui équivalent à celui de l’Italie et dont le budget de la défense n’est guère supérieur à celui de la France.

« Je ne suis pas sûr que la fin du FNI altère réellement la stabilité européenne », analyse M. Brustlein, tout en relevant que « cela dépendra de l’attitude de la Russie, notamment de sa capacité à produire et surtout à déployer ces missiles qui sont déjà là en violation du traité ».

« Un important déploiement en Europe de missiles russes de croisière à moyenne et longue portée changerait le rapport de force, mais essentiellement dans le domaine conventionnel, même si les missiles russes ont une double capacité, conventionnelle et nucléaire. Les Etats-Unis et leurs alliés de l’OTAN ont dit qu’ils ne déploieraient pas de missiles sol-sol nucléaires. La question reste de savoir s’il faut de nouveaux moyens militaires, offensifs ou défensifs, pour contrer ces déploiements », précise M. Tertrais.

Il faut en effet tenir compte aussi du poids des opinions publiques européennes, et notamment en Allemagne, aujourd’hui encore plus opposées qu’à l’époque de la guerre froide à l’accueil de nouvelles armes nucléaires.

3 août 2019

Extraits de shootings

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3 août 2019

A Hongkong, des fonctionnaires rejoignent la contestation

Les autorités ont prévenu leurs employés qu’ils risquaient un limogeage s’ils descendaient dans les rues.

Alors que Pékin durcit le ton face aux rassemblements monstres qui agitent Hongkong depuis deux mois, des fonctionnaires ont manifesté vendredi 2 août, du jamais-vu de la part d’un secteur connu autant pour son efficacité que pour sa discrétion et son conservatisme.

Les autorités ont prévenu ces employés qu’ils risquaient un limogeage s’ils descendaient dans les rues. « Toute action minant le principe de la neutralité politique du service public est totalement inacceptable », a menacé le gouvernement, jeudi soir.

Des travailleurs du secteur de la santé ont aussi appelé à manifester et des employés de banques et de sociétés financières s’étaient déjà mobilisés, jeudi soir. Des rassemblements non autorisés sont également prévus samedi et dimanche, ainsi qu’une grève générale lundi.

Le mouvement, déclenché par l’opposition à un projet de loi hongkongais qui devait permettre les extraditions vers la Chine, et qui est aujourd’hui suspendu, s’est élargi pour contester le recul des libertés dans l’ex-colonie britannique ou exiger des réformes démocratiques.

Arrestations et propagande

Ces dernières semaines, les manifestations qui n’avaient pas reçu d’autorisation ont souvent dégénéré en violences. Ajoutant au climat de tension, les autorités ont annoncé l’arrestation, jeudi soir, de sept hommes et d’une femme accusés de possession d’explosifs.

Une source policière a affirmé que le fondateur du parti indépendantiste hongkongais HKNP (interdit en 2018), Andy Chan, figurait parmi les personnes interpellées et qu’une « bombe à essence » avait été découverte lors de cette descente de police.

Le HKNP avait beau ne compter qu’une poignée de membres, son existence même provoquait la fureur des autorités chinoises, pour lesquelles l’idée d’une indépendance de leur région semi-autonome est un tabou absolu.

Relativement discrète depuis le début de la contestation, la garnison de l’Armée populaire de libération (APL) basée à Hongkong a lancé cette semaine, au travers d’une vidéo musclée, un avertissement aux contestataires, preuve de l’escalade des tensions dans la région.

3 août 2019

Vu sur internet

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