Décryptages - Pourquoi Donald Trump s’intéresse au Groenland
Par Gary Dagorn
En montrant son intérêt pour le territoire arctique, le président américain se positionne dans la course aux ressources souterraines qui l’oppose à la Russie et à la Chine.
Révélé le 15 août par The Wall Street Journal, l’intérêt de Donald Trump pour l’acquisition du Groenland a été confirmé trois jours plus tard par le président lui-même. Le refus du gouvernement groenlandais et de la première ministre danoise, Mette Frederiksen, ont poussé Donald Trump à retarder sa visite au Danemark, prévue pour septembre, entraînant un incident diplomatique entre les deux pays.
L’attitude du président américain, coutumier des sorties provocatrices, a été largement critiquée. Elle ne doit pourtant rien au hasard.
Course vers l’Arctique
Les propos de Donald Trump s’inscrivent dans un contexte plus large dans lequel l’océan Arctique devient le lieu d’investissements croissants de la part des Russes et des Chinois, à mesure que le réchauffement climatique fait fondre la calotte glaciaire. Les territoires de l’Arctique sont riches en matériaux indispensables à l’industrie (or, zinc, cuivre, graphite, nickel, platine, uranium) et en hydrocarbures. Un rapport de l’Institut géologique américain publié en 2008 estimait que ces ressources représentaient jusqu’à 13 % des réserves non découvertes de pétrole et 30 % pour le gaz.
Dans cette course à l’exploitation des vastes ressources souterraines de l’Arctique, la Russie et la Chine ont devancé les Américains. D’après le cabinet de conseil financier Guggenheim Partners, plusieurs centaines de projets d’infrastructures représentant plus de 860 milliards de dollars d’investissements sont en train de voir le jour dans l’océan le plus septentrional du globe.
La Russie a déjà prévu 186 milliards de dollars d’investissements, contre un peu plus de 100 pour les Etats-Unis. La société pétrolière russe Rosneft a commencé à forer sur un champ dont le potentiel est estimé à un demi-milliard de barils, et découvre de nouveaux champs potentiels régulièrement. Le pays espère produire de 20 % à 30 % du pétrole russe dans les eaux arctiques d’ici à 2050. Gazprom, lui, extrait déjà de grandes quantités de gaz de ses exploitations en mer de Petchora.
La Norvège s’est elle aussi lancée dans l’extraction des ressources pétrolières dans la mer de Barents, au nord de ses côtes, avec une première exploitation dans le champ de Goliat, mise en service en 2016. Une seconde exploitation devrait voir le jour en 2022.
Mais en plus des huit pays de la zone, la Chine joue les invités (plus ou moins) surprises dans la course aux ressources. Car, bien que celle-ci n’ait aucune côte sur l’océan Arctique ni aucune revendication territoriale, la seconde économie du monde compte bien peser et s’est déclarée comme une « puissance presque arctique ». Elle fait partie du Conseil de l’Arctique comme pays observateur, depuis 2013, et est entrée au capital de joint ventures russes d’exploitation gazière.
La Chine a aussi multiplié les investissements dans les pays arctiques européens, notamment au Groenland, en échange d’un accès aux ressources minières de l’île, ce qui permet au territoire de moins dépendre de sa tutelle danoise.
Un enjeu stratégique pour les Etats-Unis
Ces initiatives chinoises sont perçues par les Etats-Unis comme une menace directe à leur influence sur une région qu’ils estiment être une extension géographique du continent américain, à l’instar de l’Alaska, acquis en 1867.
Face à ces avancées sino-russes, les autorités américaines tentent désormais de réagir. Ainsi, l’administration Trump a annoncé en janvier 2018 l’ouverture des eaux arctiques américaines au forage, notamment au large de l’Alaska, mais la décision a été jugée illégale par une juge du district de l’Alaska le 31 mars, car seul le Congrès a le pouvoir d’ajouter des zones ouvertes à l’exploitation des hydrocarbures. Ce revers met en difficulté les ambitions de l’administration Trump, qui considère désormais l’Arctique comme un enjeu central. La stratégie publiée par le Pentagone en juin 2019 présente clairement cette zone comme une nouvelle grande compétition entre eux, les Russes et les Chinois.
Au-delà de la géopolitique, les propos de Donald Trump ont également une connotation très politique : il s’agit aussi d’adopter une rhétorique plus agressive et directe, à l’instar de la stratégie musclée adoptée par Moscou. Donald Trump, depuis son élection, s’emploie à « secouer » un jeu diplomatique habituellement feutré et très codifié, ce qui s’avère populaire auprès de son électorat, friand de cette image de négociateur « dur » mais réaliste (ou « deal maker »), capable de faire bouger les lignes.
Un achat qui semble peu probable
Malgré les velléités américaines, l’achat de cette île de 2,16 millions de kilomètres carrés reste très peu probable, en raison de nombreux obstacles. Parce qu’un tel achat doit passer par un traité, celui-ci doit être ratifié par les trois parties : les Etats-Unis, le Danemark et le Groenland, dont le consentement est obligatoire. Or les Groenlandais ne souhaitent pas d’un rachat ou d’une nouvelle tutelle, mais demandent au contraire – et de longue date – davantage d’autonomie, si ce n’est l’indépendance réelle, à Copenhague.
De l’autre côté de l’Atlantique, la ratification d’un traité d’achat requiert obligatoirement l’approbation du Congrès, c’est-à-dire aussi bien du Sénat (qui doit ratifier), contrôlé par les républicains, que de la Chambre des représentants (qui doit donner son autorisation budgétaire). Si la ratification des sénateurs n’est pas inconcevable, la Chambre des représentants, repassée sous pavillon démocrate aux élections de mi-mandat de novembre 2018, rend la conclusion d’un traité au mieux incertaine, au pire impossible.
Enfin, du côté danois, une vente est également complètement exclue, Copenhague n’ayant aucun intérêt à perdre son influence historique sur ce territoire qu’il revendique depuis 1775, d’autant qu’il a déjà décliné une offre des Etats-Unis dans le passé. En effet, après avoir songé à acquérir l’île en 1867 (juste après avoir racheté l’Alaska aux Russes), les Américains ont soumis une offre en 1946 aux Danois, leur proposant 100 millions de dollars en or, ce que ces derniers avaient refusé. La proposition, restée secrète, n’a été révélée qu’en 1991, lorsqu’un journal danois, le Jyllands-Posten, a étudié les documents désormais déclassifiés.
Cerf-volant. Un week-end dans le vent à la barre d’Étel
Ces samedi (aujourd'hui) et dimanche, à la barre d’Étel, « Tout ça, c’est du vent ! », première édition du festival du cerf-volant d’Erdeven, allie spectacle et art. Démonstrations, exhibitions et initiations (pilotage et construction) sont au programme. Mais aussi une compétition : l’événement se double de l’open de Bretagne, qualificatif pour le championnat de France. Rencontre avec « JC », cerf-voliste et coordinateur de l’événement, et Vincent Hinault, du club associatif ABC du Kite, professeur d’EPS et nouveau président du comité départemental de vol libre, initiateur et organisateur du festival.
D’où vient l’idée de ce festival ?
Vincent Hinault : « C’est parti d’une "déconnade ", " L’air de rien ", grâce au handi-kite. Les connexions se sont faites par le milieu du mono fil et ça a rayonné, avec l’aide de Marjorie Truchet, championne de France et membre du club, de Jean-Marie Cuzon, de Penvins Cerf-Volant, etc. L’idée a plu. Le site de la barre est connu, mais peu pratiqué car un peu isolé. C’est aussi pour ça qu’il est favorable. Et ça s’inscrit en phase avec les orientations de la fédération française de vol libre (FFVL) ».
Qui attendez-vous ?
Vincent Hinault : « Dans le milieu, chacun fait un peu son truc de son côté. L’événement vise à faire tomber les cloisons. C’est pourquoi, on préfère commencer modestement, mais l’open fera déplacer du monde de toute la Bretagne, de Rouen et d’ailleurs. On table sur une trentaine de compétiteurs. Visuellement, ça va être sympa et ça devrait attirer le public ».
JC : « On pourrait accueillir plus de monde en prévoyant logistique et hébergement. En pilotage, le niveau sera là ! On espère même un champion du monde. Il y aura des ateliers de construction et Alain Miquiaux animera des ateliers de pilotage. Le samedi, Philippe Machuel fera des démonstrations de pilotage seul de trois cerfs-volants, à la main, à l’épaule et au genou, etc. Il devrait y avoir aussi de grosses structures - ce sera la surprise ! - et les conditions s’annoncent bonnes.
Pratique
« Tout ça, c’est du vent ! », première édition du festival du cerf-volant d’Erdeven. Samedi et dimanche,
de 10 h 18 h, plage de Kerminihy, à Erdeven, côté barre d’Étel.
Libération de Paris. Cinq personnages clés
Inscrite dans la grande histoire de France, la folle semaine de la libération de Paris, il y a 75 ans, marquée par le soulèvement contre l’occupant allemand, a ses personnages clés. Parmi ceux-ci, aux côtés du général Leclerc, de Chaban et de Gaulle, le Breton Rol-Tanguy.
1. Rol-Tanguy,
le déclencheur de l’insurrectionDe son vrai nom Henri Tanguy (Rol est son pseudonyme dans la Résistance, en hommage à un camarade mort au combat) cet ancien ouvrier métallurgiste, né en 1908 à Morlaix et membre du PCF dès l’âge de 17 ans, s’est engagé dans les Brigades internationales en Espagne en 1937.
Résistant de la première heure, devenu en juin 1944 chef des Forces françaises de l’intérieur (FFI) d’Ile-de-France, il joue un rôle déterminant dans la libération de la capitale, qu’il coordonne depuis son poste de commandement souterrain, place Denfert-Rochereau. C’est lui qui, le 18 août, décrète la mobilisation générale. L’appel de Rol-Tanguy, qui donne le signal d’une semaine de combats de rues avant l’arrivée des chars de Leclerc, contredit les consignes en haut lieu de freiner l’impatience des Parisiens et de laisser faire les Alliés. L’histoire lui donnera raison.
2. Jacques Chaban-Delmas :
« un général galopant »
Né à Paris en 1915, celui qui ne s’appelle pas encore Chaban - un nom de guerre emprunté à un village de Dordogne - s’est engagé dans la Résistance dès décembre 1940. En juin 1944, il est chargé d’assurer la liaison entre l’état-major du général Koenig à Londres et la Résistance française. Cette responsabilité lui vaut, à 29 ans, le grade de général de brigade. « J’étais un général galopant qui sillonnait la ville au pas de course », écrira-t-il.
Rentré de Londres porteur de consignes précises, Chaban tente de convaincre Rol-Tanguy de la nécessité d’une « trêve » jusqu’à l’arrivée des Alliés, afin d’éviter une hécatombe et de limiter la destruction de la ville. En vain. Chaban reconnaîtra volontiers, par la suite, que les consignes de Koenig ne correspondaient pas à une vue réaliste de la situation.
Le 25 août, c’est la première rencontre avec le général de Gaulle qui, étonné de voir un « gamin » devenu général, s’attendrit et lui dit : « C’est bien, Chaban ».
3. Leclerc, le libérateur de Paris
Parti le 6 août de Normandie à la tête de la 2e Division blindée, le général Leclerc, de son vrai nom Philippe François Marie de Hauteclocque, ne reçoit que le 22 l’autorisation du haut-commandement allié de marcher sur Paris. Le 24, l’avant-garde de la 2e DB fait sauter les verrous qui bloquaient l’accès à la capitale. Le lendemain, Leclerc, âgé de 41 ans et déjà héros d’une fulgurante chevauchée en Afrique, est accueilli en libérateur par les Parisiens. À 9 h 43, « il est passé porte d’Orléans, debout dans une Jeep, sa célèbre canne à la main, acclamé par la foule », écrit ce jour-là l’AFP. « C’est lui qui prend la conduite des opérations dans Paris, c’est sous ses ordres que les FFI continuent à se battre. »
4. Von Choltitz :
Paris ne sera pas détruit.
Dietrich von Choltitz, né en 1894 en Haute-Silésie (sud de la Pologne) dans une famille d’officiers, a tenu entre ses mains le destin de Paris, du 7 au 25 août 1944, en tant que commandant de la garnison allemande du « Gross Paris ». Neuf fois, Hitler lui a donné l’ordre de détruire la Ville lumière.
Pourquoi l’homme qui a démoli Rotterdam et écrasé d’obus Sébastopol a-t-il refusé d’obéir ? « Je me trouvais en face d’un fou », dira-t-il à propos du Fürher. Le 25 août, le général von Choltitz passe pour la dernière fois la porte de l’hôtel Meurice, son quartier général. Leclerc et Rol-Tanguy vont recevoir sa reddition. Paris est libéré.
5. De Gaulle : le retour tant attendu
Le 25 août au matin, après quatre ans d’exil, de Gaulle entre à Paris par la porte d’Orléans à bord d’une Hotchkiss noire, « étreint par l’émotion et rempli de sérénité », dira-t-il. Il gagne la gare Montparnasse où Leclerc a fait signer à von Choltitz les ordres de cessez-le-feu suivant la reddition. À l’Hôtel de ville, il adresse à la foule un « Paris ! Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! mais Paris libéré ! Libéré par lui-même » resté célèbre. Le lendemain, de Gaulle, alors âgé de 53 ans, descend les Champs-Élysées sous les acclamations, accompagné du général Leclerc. « Un sacre », écrira son biographe.












