Canalblog Tous les blogs
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Jours tranquilles à Paris

Publicité
30 août 2019

Pauline Moulettes photographiée par Nicolas Guérin

pauline guérinHommage à Helmut Newton

 

Publicité
30 août 2019

Francis Bacon dans l’ivresse du texte

bacon pompidou

Francis Bacon, Portrait of G. Dyer in a mirror (détail), 1968, huile sur toile, 198 x 147 cm, Collection Agnelli, Londres ©The Estate of Francis Bacon /All rights reserved / Adagp, Paris and DACS, London 2019 ©The Estate of Francis Bacon. All rights reserved. DACS/ Artimage 2019. Photo: Hugo Maertens

Francis Bacon disait volontiers sa fascination pour la viande morte de l’étal du boucher. Mais il a tenu secrète sa passion pour la littérature, d’Eschyle à Georges Bataille. L’exposition de rentrée du Centre Pompidou, à Paris, révèle les grandes inspirations littéraires d’un peintre au sommet de son art.

Que l’on admire son œuvre ou qu’on la rejette, chacun a pu éprouver devant une toile de Francis Bacon la violence directe assénée au spectateur. L’immédiateté, l’intensité de l’expérience désignent à coup sûr un peintre d’instinct, qui dans un geste vital projette sur la toile ses tourments intérieurs. Homosexuel, joueur, drogué, alcoolique, Francis Bacon (1909-1992) fut d’abord un scandale par sa simple existence. N’est-il pas logique que ses figures aux chairs à vif, découpées sur un fond coloré d’une perfection sadique, reflètent les excès de sa vie, que ces formes déchiquetées soient le miroir de ses déchirements intérieurs ? L’exposition « Bacon en toutes lettres » du Centre Pompidou permet d’amender cette vision, révélant que l’œuvre s’est nourrie dès l’origine d’une véritable passion pour les grands auteurs. Sans remettre en question la puissance irrationnelle de l’instinct, elle révèle que la littérature et la poésie ont été l’un des moteurs, longtemps secret, de sa peinture. Peinture et littérature touchent « directement le système nerveux », comme il aimait à dire. Didier Ottinger, directeur adjoint du Musée national d’art moderne et commissaire de cette exposition, rappelle que l’histoire de l’art moderne, depuis Manet, s’est fondée sur le divorce supposé entre peinture et littérature. « Cette séparation devient un élément capital de toute la réflexion sur l’art moderne à partir du moment où Clement Greenberg, un des pères fondateurs du modernisme pictural, écrit dans un texte de 1940 devenu le catéchisme de plusieurs générations d’historiens de l’art […] qu’on peut qualifier un art de moderne dès l’instant où il n’entretient plus de rapports avec la littérature… »

30 août 2019

Eglise Saint Eustache

eustache22

eustache23

30 août 2019

EXPOSITION : Dos à la mode / Back side

Musée Bourdelle

Jusqu'au 17 novembre 2019

Une exposition qui ne nous montre que le dos des œuvres, c’est l’idée géniale du Palais Galliera, qui – en attendant sa réouverture – est exceptionnellement hébergé par le Musée Bourdelle. Le principe ? Exposer la mode, vue de dos. Une idée saugrenue ? Peut-être pas. L’idée est de casser les codes, de supprimer le visage devenu une véritable obsession contemporaine dirigée par les selfies à gogo, ici exit le visage, le vêtement reprend le dessus. Et quel plus beau lieu pour une telle démonstration que les ateliers du sculpteur, encore dans leur jus, ces dos sculpturaux qui se dressent au milieu des silhouettes élancées des podiums.

L’exposition retrace quatre siècles de mode au travers d’un défilé sensationnel d’une centaine de silhouettes et d’accessoires du XVIIIe siècle à aujourd’hui, agrémenté d’extraits de films, de photographies de JeanLoup Sieff, nous menant de la majestueuse salle des plâtres aux ateliers d’Antoine Bourdelle. Une mode qu’on ne voit pas au premier regard, enfin mise en lumière.

Le dos, c’est la seule partie du corps que nous voyons pas, que nous avons du mal à toucher, et pourtant un vrai sujet pour les créateurs de mode qui ne cessent de l’orner, de le charger ou de le dénuder. D’un vêtement à la traine, il deviendra une pièce emblématique de la garde-robe, en do(s) majeur qui n’échappera pas à tous les regards… La mode, côté pile, c’est par ici.

Pour certains, le dos a toujours été le parent pauvre de la mode, pas si simple. Car chez les femmes, la traîne s’impose dès le XIIIe siècle pour différencier les riches des pauvres, imposant une distance (physique) avec les autres, un espace infranchissable, une traîne dont la longueur déterminait le rang de celle qui la portait, de 3 mètres de long pour une baronne à 13 mètres pour la Reine de France.

Le dos c’est aussi parfois un débat sociétal. Prenez par exemple les corsets, impossibles à fermer soi-même, imposant à la femme qui le portrait une aide. Une forme d’avilissement au vêtement reprise par Jean-Paul Gaultier avec génie dans ses créations ou par John Galliano, avec sa robe fourreau fermée par 51 boutons… de dos bien-sûr ! Il a bon dos notre dos !

Dénuder le dos c’est aussi le moyen de contrer la censure… Quand dans les années 30, le code Hays interdit les décolletés plongeants des actrices dans les films américains, les créateurs de mode rivalisent d’originalité et dénudent… l’arrière. Le dos devient dès lors l’objet de désir et de sensualité par excellence, et son vêtement une arme de séduction massive. Comment ne pas penser à la robe iconique de Mireille Darc créée par Guy Laroche dans le Grand Blond avec une chaussure noire, qui désarmera notre timide Pierre Richard en dévoilant un dos à la limite de l’indécence.

Le dos est aussi un support – plat – d’expression. A la fin du XIXe siècle, on verra apparaître les dossards pour les premiers Jeux Olympiques, plus tard, c’est au tour des Black Panthers de broder leurs messages contestataires à l’arrière de leurs blousons, aujourd’hui on verra le maillot du prodige Kylian MBappé, ou la fameuse parka kaki de la First Lady américaine, Melania Trump qui avait tant fait polémique en affichant au monde entier qu’elle n’en avait strictement rien à faire… Oui mais de quoi ? Des medias, des infidélités de son mari ou du centre de migrants qu’elle visitait ce jour-là ?

Une visite enthousiasmante, qui enchaîne les pièces cultes de la mode, de la dentelle d’Yves Saint Laurent, aux plissés délicats de Rick Owen, des ondulations subtiles d'Alaïa aux lacets de Jean-Paul Gaultier, des volumes déstructurés de Yamamoto aux excentricités de John Galliano, en passant par Givenchy, Balenciaga, Mugler ou Prada et son sac à dos, une exposition très haute-couture.

BACK SIDE

Vous connaissez tous des portraits de dos en peinture : un personnage énigmatique, dont on tente d’imaginer le visage, les expressions et les émotions. Tous les grands peintres ont étudié cette posture, car loin de mettre le spectateur à distance, elle le fait entrer autrement dans le tableau, en suscitant sa curiosité et ses interrogations. Dans la mode c’est la même chose, un vêtement vu de dos interroge la perception que nous avons de notre dos et de celui des autres. Une thématique originale que propose le Palais Galliera dans un parcours hors les murs consacré au vêtement vu de dos, présenté au Musée Bourdelle. Ce thème offre du même temps un regard inédit sur les œuvres du grand maître de la sculpture, mettant en lumière ses dos à la musculature puissante et ses profils graciles. Dans une société obsédée par le visage et le corps, il peut être intéressant de s’interroger sur les liens qu’ils entretiennent avec le vêtement, d’un point de vue social et psychologique. Le dos rappelle à l’Homme ses propres limites, car jamais nous ne pourrons croiser les regards qui lui sont accordés. Quelle personne imagine-t-on lorsqu’il est dénudé, orné de dentelle, couvert d’un sac à dos ou contraint par une fermeture ? La sensualité d’un décolleté ou la musculature puissante d’un dos influence notre imaginaire. Pour en faire l’expérience, une centaine de silhouettes et d’accessoires du XVIIIe siècle à nos jours issus des collections de Galliera - complétées par une sélection d’extraits de films et de photographies - seront offerts à vos regards pour comprendre les messages que renvoient la zone la plus plane de notre corps.

MUSÉE BOURDELLE

Jusqu'au 17 novembre 2019

18, rue Antoine Bourdelle, 75015 Paris

HORAIRES

Du mardi au dimanche de 10:00 à 18:00

Fermé

Le lundi

TARIFS

Billets expositions temporaires

Plein : 10 €

Réduit : 8 €

bour01

bou02

bou03

bou04

bou05

bou06

bou07

bou08

bou09

bou10

bou11

bou12

bou13

bou14

bou15

 

30 août 2019

Bondage

bondage

bondage22

Publicité
30 août 2019

Critique - La part violente, destructrice et railleuse de Niki de Saint Phalle

Par Philippe Dagen, Cannes, Alpes-Maritimes

A Cannes, deux expositions présentent des œuvres, souvent des débuts, de l’artiste morte en 2002.

Une sculpture de près d’un mètre de long et de haut, en forme de corps féminin, buste et ventre colossaux, très petite tête, un bras tendu et l’autre réduit à presque rien, des cuisses et des jambes charnues. Il tombe en avant. Il est entièrement couvert d’entrelacs de fils rose fané et ocre très clair qui lui font une peau tachetée irrégulièrement et ne dessinent rien, ni traits d’un visage ni courbes des seins. On pense à ces figures de terre cuite de Mésopotamie ou de l’Iran ancien qui, peut-être, incarnaient la fertilité. Si ce n’est qu’elles ne semblaient pas tomber, mais se dressaient à la verticale, de sorte que leur forme était parfois celle d’un phallus – confusion reprise trois millénaires plus tard par Brancusi.

C’est une œuvre de Niki de Saint Phalle, de 1965, qui se nomme Louise, et l’on lit plusieurs réflexions inscrites dans sa forme et sa matière. Une femme rose aux volumes hypertrophiés, ce devrait donc être un symbole sexuel. Si ce n’est qu’elle a perdu l’équilibre et qu’il semble qu’elle courait avant de glisser. Pourquoi courait-elle ? Fuyait-elle ? Une œuvre tapissée de fils, c’est évidemment un travail féminin, puisqu’il est bien connu que les femmes tissent et cousent à la maison, des poupées pour les enfants par exemple. Si ce n’est qu’une poupée au bras droit atrophié, à la tête réduite, c’est une étrange poupée.

On voit à quoi cela conduit : Louise est l’œuvre d’une artiste de sexe féminin qui se saisit du motif le plus commun de la sculpture – le nu féminin justement – et ne lui accorde aucune des qualités et des significations symboliques qui lui sont ordinairement attachées. Cette Louise est le contraire d’une idole et l’inverse d’une idéalisation. Celle qui l’a fait apparaître ne peut donc être qu’une démolisseuse.

Profanation

Longtemps, et sans doute encore aujourd’hui, Niki de Saint Phalle (1930-2002) est demeurée associée à ses Nanas, volumes arrondis et couleurs vives, qui passent pour de plaisantes fantaisies légèrement comiques. L’exposition « L’Ombre et la Lumière », qui se tient à Cannes (Alpes-Maritimes) en deux lieux, le Centre d’art La Malmaison et la Villa Domergue, devrait contribuer à corriger cette simplification.

Au lieu de donner dans le consensuel, elle montre la part violente, destructrice, railleuse de l’œuvre. Dans la considérable donation que l’artiste a faite en 2001 au Musée d’art moderne et d’art contemporain de Nice, dans le fonds d’atelier et dans des collections privées, elle prend des œuvres agressives, souvent exécutées dans les débuts de Niki de Saint Phalle, autour de 1960, et moins connues que les Nanas : le moment le plus intense de son œuvre, sous le signe de la destruction et de la profanation.

Il est en effet impossible de ne pas voir que ces assemblages ont commencé soit par le ramassage de fragments variés, soit par la production de tels éléments en fracassant des jouets – des poupons en celluloïd entre autres – ou des articles ménagers. Une fois le quotidien ainsi mis littéralement en pièces, ces éléments sont juxtaposés en petits reliefs ou en grands montages. Englués dans des couches de couleur ou fixés sur une structure en grillage ou en bois, ils ne perdent pas leurs caractéristiques propres tout en se fondant dans un motif plus global.

Faire en détruisant

Un peu comme les légumes ou les fleurs d’Arcimboldo se reconnaissent tout en participant à la représentation d’une tête ou d’un buste, les débris dont se sert Niki de Saint Phalle, tout en participant à l’évocation d’une cathédrale ou d’un cœur, restent identifiables. Ce sont toujours des visages cassés, des chevaux et des dinosaures en plastique ou de petits bouts de machines, tout en étant disposés de manière à ce que l’œil voie la cathédrale ou le cœur. Entre les parties et le tout, les tensions prolifèrent. Le cœur est le signe très banal de l’amour. Mais un cœur constitué de vieilleries cassées et de poupées mutilées, est-ce le signe de l’amour ou la dérision à son égard ? Même question à propos de la cathédrale et de la religion, évidemment.

Ces œuvres datent donc de la première moitié des années 1960, qui est aussi le moment des Tirs, quand Niki de Saint Phalle tire à la carabine sur les ballons de couleur qu’elle a préalablement placés dans ses assemblages : soit, explicitement, faire en détruisant. Et, si l’on en revient au genre, faire en accomplissant des gestes ordinairement masculins : charger une arme, viser, tirer. Les Tirs sont contemporains de la guerre d’Algérie et Niki de Saint Phalle est l’auteure d’Autel OAS, dont les lettres sont censées signifier Œuvre d’Art Sacré et non Organisation armée secrète, groupe qui luttait par le terrorisme contre l’indépendance de l’Algérie. On ne peut pas ne pas s’en souvenir en voyant, dès la première salle, un bas-relief rouge et noir dont un pistolet pour petit garçon est l’élément central.

Comme Louise le montre, les stéréotypes féminins ne sont pas mieux traités que les masculins. On le vérifie en se heurtant à La Toilette, sculpture de 1978 en papier mâché peint, une femme presque grandeur nature assise devant sa coiffeuse, robe de chambre rose, bigoudis, un peigne à la main, des flacons sur son guéridon. C’est un portrait satirique de la mère de l’artiste, dont, disait celle-ci, « j’étais un peu amoureuse (quand je n’avais pas envie de la tuer). Je la voyais prisonnière d’un rôle imposé. Un rôle qui se transmettait de génération en génération selon une longue tradition jamais remise en question ». Niki de Saint Phalle ne respectait pas ce genre de tradition.

« L’Ombre et la Lumière », au Centre d’art La Malmaison, 47, boulevard de la Croisette, à Cannes (Alpes-Martimes) Jusqu’à fin septembre, tous les jours de 10 heures à 19 heures, puis jusqu’au 3 novembre, du mardi au dimanche de 10 heures à 13 heures et de 14 heures à 18 heures. De 3 € à 6 €. A la Villa Domergue, impasse Fiesole. Jusqu’au 22 septembre, tous les jours de 11 heures à 19 heures. De 3 € à 6 €.

30 août 2019

Petter Hegre - photographe

hegre55

29 août 2019

Isabelle Huppert: “Je suis beaucoup de choses sans le savoir”

huppert654

PAR Bruno Deruisseau et Jean-Marc Lalanne 

A l'occasion de la sortie de “Frankie” d’Ira Sachs, l’un des films les plus sensibles et touchants cette rentrée, nous avons rencontré l'actrice qui se joue des limites. L'occasion de revenir sur son parcours exceptionnel au coeur du cinéma le plus créatif de son temps.

Dans Frankie, le nouveau film d'Ira Sachs, Isabelle Huppert interprète une actrice en villégiature au Portugal. Mais dans ce beau film gorgé de soleil, l'état de villégiature n'est pas vraiment synonyme d'une grande euphorie. En effet, la comédienne a rassemblé tous ses proches (famille, amis, ex) à Sintra parce que cette occasion est peut-être la dernière.

C'est aussi en vacances que nous retrouvons Isabelle Huppert, mais cette fois dans un contexte nettement plus joyeux. L'actrice, réputée pour sa capacité à enchaîner les pièces, les tournages à une cadence frénétique – et qui s'amusait dans la série Dix pour cent de son image de workaholic –, s'est néanmoins installée pour un mois avec sa famille dans sa demeure basque (la région où elle passe toutes ses vacances depuis l'enfance). C'est face à la baie de Saint-Jean-de-Luz que nous avons échangé avec elle sur l'état de son rapport à son travail, la finesse d'écriture du cinéma d'Ira Sachs, les mutations du cinéma français et bien sûr l'état de vacance(s).

Que faites-vous de votre temps libre ?

Vous savez, je considère le temps du travail comme un temps libre (rires). Vraiment. Surtout quand je fais des films, car le cinéma est vraiment un très fort espace de liberté. Le théâtre comporte peut-être plus de contraintes, laisse peut-être moins de temps psychique disponible. Mais bon, je ne vais pas biaiser éternellement votre question (rires). Qu’est-ce que je fais de mon temps libre… J’essaie de ne rien faire. Mais c’est difficile. Marguerite Duras disait : “Comme il est difficile de ne rien faire.” Mais qu’est-ce que ne rien faire du tout ? Ce n’est pas forcément souhaitable. En vacances, je lis beaucoup.

Un agenda où rien n’est écrit sur huit jours, ça vous angoisse ou c’est désirable ?

Je ne sais pas, ça ne m’arrive jamais… (rires)

Vous lisez quoi en ce moment ?

Un livre génial ! Il m’a été recommandé par Patricia Mazuy. L’auteure est une romancière américaine qui s’appelle Lucia Berlin. Elle est à la littérature ce que Barbara Loden est au cinéma. Elle était très belle et a eu une vie très bizarre. Elle a vécu au Chili, au Mexique. Elle est morte en 2004, à 68 ans. Elle a été mariée trois fois et a eu quatre garçons. Son père avait une position dans l’industrie minière : elle a donc grandi dans un milieu très aisé, puis a été très pauvre à d’autres moments de sa vie. Son parcours a été à la fois assez marginal, mais finalement pas tant que ça : elle est devenue prof, a enseigné la littérature.

Son recueil de nouvelles s’intitule Manuel à l’usage des femmes de ménage. Ce qu’elle raconte se rapporte le plus souvent à sa vie. Son écriture est très libre, très free style, et vraiment d’une très grande force. Avant, j’ai lu un autre très bon livre, The Executor de Jesse Kellerman. Quand je ne lis pas, j’écoute beaucoup la radio, souvent sur mon téléphone, en me déplaçant, même à l’étranger. Je suis très assidue à certaines émissions, comme Les Pieds sur terre sur France Culture, qui propose des portraits vraiment passionnants. Ça amuse énormément mes amis, mais je connais les grilles d’émissions de Radio France par cœur (rires).

h dentelliere

“La Dentellière” de Claude Goretta (1977) Jupiter Films

Vous nagez à Saint-Jean-de-Luz ? Frankie s’ouvre sur une scène de natation dans une piscine. Vous nagez aussi dans Villa Amalia (Benoît Jacquot), dans Valley of Love (Guillaume Nicloux)… On vous a souvent filmée à la plage aussi, de La Dentellière (Claude Goretta) à In Another Country (Hong Sang-soo). Etes-vous une grande nageuse ?

Non, vraiment pas (rires). Mon fils aîné nage beaucoup. Parfois, je l’accompagne. Aujourd’hui, en effet, j’ai nagé près de quarante minutes. Pour moi, c’est beaucoup. J’aime bien aller à la plage. J’aime observer les gens. Il y a toute une petite sociologie de la plage. L’autre jour, je me disais : “Mais c’est venu quand, dans l’histoire de l’humanité, que les gens aient envie de se coucher les uns à côté des autres sur du sable et de ne rien faire étendus au soleil ?” C’est quand même un plaisir très curieux ! J’aime bien le brouhaha particulier de la plage, il ne m’agresse pas, alors que je suis assez sensible au bruit. J’arrive très bien à lire sur une plage par exemple, quand je n’observe pas les gens.

Et vous ne vous sentez pas observée ? Les gens vous reconnaissent-ils ?

On me reconnaît assez peu. J’ai cette chance. Je peux passer des journées entières dans Paris sans que personne ne me reconnaisse. Un jour, il y a très longtemps, j’avais rendez-vous avec Robert De Niro dans un bar d’hôtel. On a attendu vraiment très longtemps, peut-être une heure, avant de s’apercevoir que l’on était tous les deux dans le bar mais que l’on ne s’était pas reconnus (rires) 

h porte du paradis

“La Porte du Paradis” de Michael Cimino (1981) Carlotta Films

On vous a vue cette année au théâtre en Mary Stuart dirigée par Bob Wilson et au cinéma dans Frankie d’Ira Sachs, et on a l’impression que ce sont deux pôles opposés de ce que l’on peut obtenir de vous. D’un côté, une pure marionnette, hyperperformante et technique, qui peut tout faire. Et de l’autre, au contraire, l’accès tout en underplaying à une intériorité, à une personne.

C’est vrai, et pourtant c’est plus complexe. Le théâtre avec Bob Wilson est une chose vraiment particulière, qui excède le théâtre, s’aventure du côté de la danse ou des arts plastiques. Le texte est énorme et, en même temps, ce qu’il en fait tient davantage de la sculpture sonore. On ne parle jamais du sens d’une phrase. Jamais. Il peut couper des pages entières sans même savoir ce qu’il coupe, car il est surtout attentif à la musique, au rythme. Moi, je ne suis pas danseuse, mais il sait vous faire trouver des ressources physiques insoupçonnées.

Aujourd’hui, j’ai encore des crampes au bras liées à ma dépense physique dans la pièce. Mais dans le théâtre de Bob Wilson, on est tellement au-delà de la question du sens que l’on peut y mettre plus que du sens. On peut y mettre des bouts de soi-même. Je suis peut-être une pure marionnette, mais à l’arrivée je me sens tout à fait proche de ce que vous décrivez chez Ira Sachs. Je vois bien néanmoins en quoi les moyens pour arriver à cette pure présence sont différents.

valseuses

“Les Valseuses” de Bertrand Blier (1974) A.M.L.F.

Certains acteurs disent parfois qu’ils ont refusé un film parce qu’ils avaient l’impression que ce n’était pas un rôle pour eux, qu’ils ne seraient pas capables de le faire. On ne vous imagine pas penser ça, dire d’un rôle qu’il n’est pas pour vous…

Vous savez, quand les acteurs disent ça, c’est souvent une façon polie de dire qu’ils ne croient pas beaucoup au projet et n’ont pas envie de faire le film (rires). Je ne crois pas beaucoup à cette notion de capacité chez un acteur à faire telle ou telle chose. La question n’est pas de savoir ce que l’on est apte ou pas à faire, mais plutôt d’évaluer si le metteur en scène sera capable ou pas de vous le faire faire.

Vous vous êtes déjà sentie abîmée par un film dont vous vous êtes dit que vous n’auriez pas dû le faire ?

Abîmée, non, jamais.

Isabelle Adjani nous disait par exemple qu’elle n’accepterait pas aujourd’hui de tourner dans Possession d’Andrezj Zulawski, car le film l’avait trop mise en danger.

C’est vrai qu’un acteur ou une actrice peut se trouver précipité.e dans des situations violentes. Moi ça ne m’est jamais arrivé. Mes rôles qui ont marqué les esprits par leur violence, comme La Pianiste ou Elle, je les ai joués avec un sentiment de sécurité et de protection très fort. Je ne me suis jamais sentie le moins du monde exposée.

pianiste

“La Pianiste” de Michael Haneke (2001) avec Benoît Magimel MK2 Diffusion

Et, pour d’autres raisons, est-ce que les mauvais films abîment ?

Oui, sans doute. Mais je n’ai pas fait de films que je trouve si ratés que je me sente salie ou abîmée de les avoir faits. Ça doit être un sentiment très désagréable.

Cette proximité avec la violence, le danger qui marque votre filmographie, cette récurrence de personnages de criminelles chez Chabrol, ça n’a jamais eu d’influence sur la personne que vous êtes ?

Non. Ça a tout au plus influencé la perception que l’on a de moi. On finit toujours par faire des confusions entre une actrice et ses personnages. Mais ça n’a pas beaucoup d’importance.

faire de femmes

“Une affaire de femmes” de Claude Chabrol (1988) MK2 Diffusion

Vous vous amusez de plus en plus de cette perception que l'on a de vous. Par exemple dans Dix pour cent, où vous jouez avec votre réputation d’hyperactive…

Oui. D’actrice un peu méchante aussi. Ça crée des situations drôles. J’aurais bien aimé que mon personnage soit d’ailleurs un peu plus développé. On a coupé une scène où je trouvais que le décor n’allait pas et où j’agressais le décorateur. C’était très amusant. Cela dit, le scénario de Dix pour cent partait d’une supposée réalité et a beaucoup extrapolé. Le rôle était tissé de références très précises, mais qu’il exagérait. Hong Sang-soo n’a jamais débarqué chez moi pour tourner dans mon salon par exemple (rires).

in another country

“In Another Country” de Hong Sang-Soo (2012) Jeonwonsa Film Co./Diaphana Distribution

Dans Frankie aussi, vous interprétez une actrice française célèbre. Mais à l’opposé de l’autodérision de Dix pour cent, vous nous avez dit à Cannes qu’Ira Sachs essayait d’effacer toute forme d’ironie dans votre jeu.

Oui, ça m’a beaucoup frappée. Il me demandait souvent d’appuyer moins, d’effacer les moindres marques de drôlerie, de dérision. Il voulait une forme de blancheur, de platitude. On ne se l’est jamais formulé, mais je pense que cette exigence est liée à l’économie avec laquelle il a représenté la maladie de ce personnage. Elle va mourir, mais on ne parle quasiment jamais de son cancer, on ne la voit jamais souffrir. L’absence de toute forme d’ironie, la recherche d’une forme de nudité dans le jeu étaient une façon d’atteindre à une fragilité qui rend possible d’être aussi elliptique sur la maladie. On n’en parle quasiment jamais, mais on ressent un poids, une totale absence de légèreté. C’est un cinéaste vraiment très fin, Ira Sachs.

Pensez-vous que la mort est un point final ou avez-vous un rapport plus spirituel à l’existence ?

Vous me posez la question à moi ? Oh! là, là… (elle réfléchit longuement) J’aimerais penser que ce n’est pas un point final... J’aimerais… Il y a un texte d’Hannah Arendt sur la mort... Elle parle de la manière dont on peut continuer à faire vivre les morts. Elle y a réfléchi et c’est vraiment très beau.

Est-ce que vous pensez souvent au passé ? Aux films que vous avez tournés, à votre carrière ? Est-ce que vous vous adonnez parfois à des rêveries nostalgiques ?

Je préfère le futur au passé. Ce que j’ai fait occupe moins de place dans mon esprit que dans celui des spectateurs qui ont vu les films, je crois. C’est normal. Je ne suis pas très portée sur la nostalgie. Je crois que le futur est politique (rires) ! Je ne sais même pas très bien ce que veut dire cette formule, ça m’est venu comme ça (rires) ! Mais j’y crois.

h sauve qui peut

“Sauve qui peut (la vie)” de Jean-Luc Godard (1980) MK2 Diffusion

Parfois, lorsque vous pensez à des artistes avec qui vous avez produit des œuvres fortes, vous regrettez de ne plus les voir ? Comme Godard, par exemple.

Ah oui, j’aimerais beaucoup le revoir. Ça ne se fera sans doute pas. Je peux comprendre que lui n’en ait pas forcément envie. Mais ça ne crée pas chez moi de chagrin ou de nostalgie. Vous savez, faire un film avec quelqu’un implique une relation très intense. Cette intensité se poursuit le plus souvent dans le souvenir. Mais ce n’est souvent pas possible de prolonger cette intensité dans une relation hors travail. C’est très rare que ça arrive, et on n’en a pas forcément envie… Même Claude Chabrol, je ne l’ai pas vu tant que ça en dehors de nos huit films en commun. C’est un peu ingrat, et je l’assume complètement, mais il n’y a que le travail qui me permet de voir les gens.

h la ceremonie

“La Cérémonie” de Claude Chabrol (1995) MK2 Diffusion

Et les disparus, est-ce que vous y pensez souvent ? Y a-t-il des gens qui vous hantent ?

J’essaie de m’en protéger. Parfois j’ai du mal. Claude (Chabrol) par exemple, je le tiens à distance. Les souvenirs avec lui, ce sont des choses dont je n’aime pas trop m’approcher. Werner (Schroeter), c’est vraiment quelqu’un que j’aimais énormément et j’ai vécu des expériences de cinéma tellement folles avec lui… Evidemment, avec l’un comme avec l’autre, quelque chose reste : j’ai fait des films formidables avec eux. Mais il y a aussi des gens disparus que l’on a aimés et avec qui on n’a pas tourné de films. Dans ce cas, il ne reste rien, sinon les souvenirs. C’est là que la lecture d’Hannah Arendt peut aider. Il y a un autre très beau livre pour ça, c’est L’Année de la pensée magique de Joan Didion, qu’elle a écrit juste après la mort de son mari.

malins

“Malina” de Werner Schroeter (1991) avec Mathieu Carriere Thomas Klausmann/Kuchenreuther Filmproduktion GmbH

Quel est votre point de vue sur cette conclusion d’un rapport commandé par le gouvernement à l’actuel directeur du CNC, affirmant que l’on produit trop de films en France ?

Je pense que, statistiquement, plus on en produit et plus on a de chances qu’il y en ait de très bons. Et peut-être qu’il y a trop de films tournés en France, mais il n’y en a plus du tout assez dans tous les autres pays d’Europe. C’est donc un moindre mal. Bon, d’un point de vue pratique, on peut se dire parfois qu’il y en a trop de mauvais, ça c’est sûr (rires) ! Mais trop en général, non, je ne pense pas. Dire le contraire est un discours dangereux et il faut préserver envers et contre tout le dispositif qui protège le cinéma d’une pure logique de profit.

h loulou

“Loulou” de Maurice Pialat (1980) Gaumont

Depuis vos débuts dans le cinéma, trouvez-vous le paysage très transformé ?

Un certain type de films se faisait beaucoup plus facilement à mes débuts. C’était plus facile de faire Loulou (de Maurice Pialat) et La Dentellière à l’époque où je les ai tournés. Et surtout, c’était plus facile de les faire marcher. Ces deux films ont réuni chacun autour d’un million de spectateurs ! J’ai l’impression qu’il y a un climat général qui met la culture en danger. Il y a eu une époque où les dirigeants avaient compris que la culture était un levier politique. La culture n’est plus tellement envisagée de cette manière aujourd’hui, et c’est inquiétant.

Une chose s’est peut-être transformée aussi depuis vos débuts dans le cinéma, c’est que les films y sont moins majoritairement structurés par un regard masculin…

J’ai le sentiment que depuis le début je me suis débrouillée pour faire des films qui n’étaient pas structurés simplement par un regard masculin.

coup de foufre

“Coup de Foudre” de Diane Kurys (1983) Gaumont

Justement, hier, pour préparer cette interview, nous avons regardé des extraits de vos films et nous sommes tombés sur une scène de La Femme de mon pote de Bertrand Blier. Coluche vous administre une gifle en vous disant de ne plus semer la discorde entre lui et son meilleur ami. C’est d’un sexisme assez violent à revoir.

Oui, en effet. J’aurais pu ajouter à ce que je vous ai dit : “A part peut-être La Femme de mon pote” (rires). Et encore, il y avait dans le scénario des scènes plus dures que j’ai refusé de tourner et que Bertrand (Blier) a supprimées. Mais ce personnage de fille séductrice était quand même très magnifié, intéressant à jouer. C’est un objet d’amour. J’y ai trouvé un équilibre qui pouvait me convenir.

huit femmes

“8 Femmes” de François Ozon (2002) © Jean-Claude Moireau/BIM, Canal+, Centre National de la Cinématographie, Fidélité Productions

La place accordée aux personnages féminins dans une fiction a été un souci pour vous très tôt ?

C’était moins un souci qu’une évidence. J’ai toujours été féministe sans le savoir. Il y a beaucoup de choses que je suis sans le savoir, d’ailleurs (rires). Mais c’était aussi du pragmatisme. A l’époque où j’ai commencé à faire du cinéma, je ne correspondais pas tout à fait aux canons d’une vedette féminine de cinéma. Le cinéma traditionnel glorifiait la séduction féminine la plus archétypale. Mais, dans le récit, il la plaçait dans une position subalterne à la fonction de l’homme. Le personnage féminin était le plus souvent paré de tous les oripeaux d’un certain glamour classique, mais intervenait à côté du personnage masculin central. Je n’entrais pas dans ces critères majoritaires, mon apparence et ma personnalité avaient quelque chose de plus étrange, atypique. J’ai eu la chance d’arriver dans le cinéma à un moment où ces places archétypales se transformaient et j’ai pu participer de ce changement.

h violette noziere

“Violette Nozière” de Claude Chabrol Gaumont

En effet, vous avez été le vecteur d’une modification dans la représentation du féminin dans le cinéma français, c’est certain…

J’ai eu la chance de pouvoir trouver des films où les personnages féminins étaient à la fois faillibles, bizarres, pas dans la norme, mais absolument au centre du récit (La Dentellière, Violette Nozière…). Et bénéficiaient donc d’une attention, d’une sensibilité qui m’ont permis de n’avoir à ressembler qu’à moi-même et de ne pas me conformer aux exigences traditionnelles du cinéma pour les actrices. Du coup, je ne me reconnais pas tellement dans un discours contemporain qui revendique désormais que les personnages féminins soient forts, triomphants, héroïques… Ça ne me convainc pas complètement. Ce qui est important, c’est de s’intéresser à une femme en la plaçant au centre, même si c’est un personnage fêlé, affaibli, vacillant.

h white

“White Material” de Claire Denis (2010) Wild Bunch Distribution

Quand vous tournez avec Patricia Mazuy, Mia Hansen-Løve, Claire Denis ou Catherine Breillat, avez-vous le sentiment de tourner avec des cinéastes fragilisées dans l’industrie parce qu’elles sont des femmes ?

En France, je n’en suis pas sûre. Les cinéastes sont fragilisés dès qu’ils ont une ambition formelle très forte, ils doivent se battre pour imposer une exigence de vision. Mais je ne suis pas sûre que cela soit plus dur pour ces cinéastes parce qu’elles sont des femmes.

abus de faiblesse

“Abus de Faiblesse” de Catherine Breillat (2014) Flach Film Production/Rézo Film

Et pensez-vous qu’il y a un regard féminin ?

C’est une question encore plus compliquée… Nathalie Sarraute disait qu’il n’y a pas de littérature féminine. Elle ne voulait pas qu’on genre ses livres. Je ne sais pas si lorsque je tourne j’envisage le genre du cinéaste qui me filme. Oui, sans doute. Ce n’est pas la même chose si c’est Claude Chabrol ou Catherine Breillat. Et il peut y avoir plus de brutalité si c’est une femme qui me dirige que si c’est un homme. Surtout si c’est Catherine Breillat (rires). Je dis ça, mais j’adore Catherine. De toute façon, il est probable que cette dureté soit un moyen pour affirmer une autorité auquel un homme n’a pas à recourir, parce que cette autorité lui est conférée naturellement par la société.

h elle

Elle de Paul Verhoeven.SBS Distribution

“Je n’ai jamais rêvé d’être actrice. Petite fille, la représentation imaginaire de moi qui me faisait rêver, c’était patineuse !”

Le highlight de reconnaissance qu’a constitué Elle de Paul Verhoeven, jalonné de trophées américains, est-ce que ça crée ensuite une décompensation ? Etes-vous inquiète que ça ne se reproduise plus ?

Ah non, pas du tout… D’ailleurs, j’ai eu un prix d’interprétation à Locarno ensuite pour Madame Hyde (de Serge Bozon – ndlr) et ça m’a fait plaisir aussi. Le phénomène dont vous parlez autour d'Elle, je ne cherche pas du tout à le reproduire. Chaque film a son histoire. Certains ont des histoires très confidentielles mais comptent aussi beaucoup pour moi.

Vous êtes-vous déjà demandé si vous n’aviez pas été actrice, ce que vous auriez pu être ?

J’aurais vraiment été dans l’embarras. Si on compare à d’autres métiers comme chanteur, danseur…, actrice c’est un peu ce qui reste quand on ne sait pas trop ce que l’on sait faire. C’est un peu comme quand on réchauffe les plats de la veille (rires). Je n’ai jamais rêvé d’être actrice. Petite fille, la représentation imaginaire de moi qui me faisait rêver, c’était patineuse ! Chanteuse un peu… Mais pas du tout actrice. Car les représentations qu’offrait le cinéma quand j’étais enfant n’avaient, comme je vous le disais, rien à voir avec ce que j’étais. Du moins, je le pensais. Peut-être que ce n’était pas si vrai. Le chemin qui m’y a menée est très inconscient et assez mystérieux. Il n’est pas du tout passé par le cinéma car, quand j’ai commencé, je n’avais pratiquement vu aucun film. Le goût du cinéma est venu en en faisant.

Vous avez déjà envisagé de tourner des films ?

Je lisais hier une interview de Sandrine Kiberlain qui disait qu’elle allait réaliser un film. Elle décrivait bien ce dont elle avait envie, ce dont elle avait besoin. Et disait que ça lui permettait de prendre une place différente, du côté des décisions et du pouvoir. Ça me faisait réfléchir sur moi. J’ai l’impression que c’est une question de territoire. Il y a un territoire que l’on assigne à juste titre à l’actrice et je me suis un peu donné le sentiment d’en avoir toujours repoussé les limites à l’intérieur même du film. Ça m’a donné le sentiment que j’étais à ma place, que j’ai ma place dans un film, et même un peu plus que la place que l’on assigne à un acteur. Il ne s’agit pas d’intervenir sur le scénario, ou sur la mise en scène, mais plutôt de l’intérieur même de ce que l’on est censé faire dans le film, imprimer quelque chose qui déborde de la zone limitée et contraignante du personnage et de ce que l’on attend d’un acteur.

29 août 2019

Nobuyoshi Araki

araki33

araki34

araki35

araki37

araki38

29 août 2019

Roman Polanski ne se rendra pas à la Mostra de Venise pour défendre son nouveau film « J’accuse »

polanski22

FESTIVAL Le nouveau film « J’accuse », de Roman Polanski, sera présenté ce vendredi à la Mostra de Venise

L'actrice Emmanuelle Seigner et le metteur en scène Roman Polanski sont mariés depuis 29 ans. — ames Gourley/Shutterst/SIPA

Depuis mercredi soir, l’un des plus anciens festivals de cinéma, la Mostra de Venise, célèbre sa 76e édition. En guise d’entrée en matière, Juliette Binoche et Catherine Deneuve ont foulé avec leurs plus belles tenues le tapis rouge. Une controverse subsiste cependant, la présence du film J’accuse de Roman Polanski dans la sélection.

C’est la présidente du jury en personne, la réalisatrice argentine Lucrecia Martel, qui exprime sa gêne dans un communiqué à l’AFP quant à la présence du film dans la sélection officielle. « Je représente beaucoup de femmes qui se battent en Argentine pour des questions comme celle-là, et je ne souhaite pas me mettre debout et applaudir » déclare-t-elle.

Le nouveau film du réalisateur controversé est un thriller historique dédié à l’Affaire Dreyfus avec Jean Dujardin. Le cinéaste franco-polonais, ne sera pas présent à Venise, selon les informations de LCI pour présenter son film. En effet, ce dernier est toujours poursuivi par la justice américaine pour le viol d’une adolescente en 1977. Un accord d’extradition a été signé en 1983 entre l’Italie et les Etats-Unis et ce dernier pourrait engendrer un nouveau scandale à l’image de celui de septembre 2009. Le 26 septembre de cette même année, Roman Polanski avait été arrêté sur mandat américain à son arrivée à Zurich où il venait pour être honoré pour l’ensemble de son œuvre.

Publicité