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Exposition

expo

1 juillet 2019

Aux Rencontres d’Arles, les frontières hérissées de l’Europe s’exposent

Par Claire Guillot

Une exposition photographique montre barrières, murs et barbelés se dresser de nouveau sur le Vieux Continent, trente ans après la chute du rideau de fer.

Istvan Viragvolgyi est Hongrois, et sa nationalité n’est sans doute pas étrangère au thème de l’exposition qu’il propose aux Rencontres d’Arles, intitulée « Les Murs du pouvoir », sur les nouvelles barrières qui se dressent à travers toute l’Europe.

Son pays, membre du bloc de l’Est du temps de l’Union soviétique (URSS), a connu sur sa frontière avec l’Autriche, pendant vingt-deux ans, le fameux rideau de fer, en l’occurrence un double réseau de grillage barbelé et électrifié. Officiellement conçu par les Soviétiques pour empêcher « le retour du fascisme », il a surtout été très efficace pour empêcher les habitants de fuir vers l’Ouest.

C’est également en Hongrie, le 2 mai 1989, que le démantèlement du rideau de fer a commencé : des gardes-frontières ont coupé les barbelés à l’aide de tenailles. Un premier pas qui mènera à la chute du mur de Berlin et à l’effondrement du bloc communiste.

Son projet d’exposition, qui lui a permis de remporter avec deux autres lauréats la toute nouvelle bourse de recherche curatoriale des Rencontres d’Arles, est imprégné de cette « mémoire collective » que représente le rideau de fer.

« Pour moi, c’est le “mur de tous les murs”, dit-il, une référence historique mais aussi théorique. Non seulement il a coupé l’Europe en deux pendant des décennies, mais il a aussi rempli les trois rôles principaux qu’on peut assigner à une barrière : être un outil d’influence, un moyen de ségrégation, un rempart contre les migrations. Et, trente ans après sa chute, on voit de nouveau pousser des murs à travers l’Europe. Il y en a une trentaine aujourd’hui. »

Regain expansionniste

Le conservateur du Centre de photographie contemporaine Robert-Capa à Budapest est donc parti sur les traces de ces constructions anciennes ou récentes, collectionnant 128 œuvres (photos et quelques installations) signées de 44 auteurs.

Malgré un même thème et des motifs tristement récurrents – parpaings, barbelés, béton, caméras de sécurité et miradors –, elles dépeignent des situations et des lieux étonnamment variés : un trou à Gibraltar dans une barrière qui sépare Royaume-Uni et Espagne, des bouées signalant aux pêcheurs la frontière entre Russie et Estonie sur le lac Peïpous, des grillages dressés en Hongrie en 2015 pour empêcher les migrants de traverser les Balkans.

On y croise à la fois protestataires, réfugiés, policiers, trafiquants, militaires, tous affectés par ces murs et qui s’y adaptent ou s’y opposent. Et même des animaux, comme ces cerfs qui viennent s’empaler sur les barbelés destinés aux humains, sur les routes de migrations entre la Croatie et la Slovénie.

« Il y a des photos de journalistes, indique le Hongrois, mais aussi d’artistes, d’activistes, de réfugiés, j’ai cherché avant tout des auteurs locaux. Les images sont diverses parce que les intentions derrière ces barrières le sont. En général, un mur est construit dans un but précis... mais il a des effets en cascade sur un nombre énorme de gens. »

Le rideau de fer, omniprésent, ouvre chacun des chapitres. A commencer par celui sur les murs d’influence : car si l’URSS n’existe plus, de nouvelles constructions témoignent, aux confins de l’Europe, du regain expansionniste de la Russie et des peurs qu’il suscite.

Murs virtuels

Notamment dans les pays baltes, qui vivent toujours dans la crainte du puissant voisin. En 2017, un collectif d’artistes du groupe Terra Project a parcouru les 5 700 kilomètres de frontières entre la Russie et huit de ses voisins, une ligne hérissée de toujours plus de tranchées et de barbelés.

Récemment, la Lettonie a indiqué vouloir construire une barrière frontalière face à la Russie, sans se soucier du devenir du Setomaa, région ancestrale abritant une minorité ethnique et linguistique, les Setos, qui se verrait coupée en deux.

A BELFAST, LES MURS QUI SÉPARENT CATHOLIQUES ET PROTESTANTS ÉTAIENT CENSÉES ÊTRE DÉTRUITS EN 2023 MAIS POURRAIENT BIEN RETROUVER UNE NOUVELLE UTILITÉ EN CAS DE BREXIT.

Mais « le plus grand constructeur de murs, c’est la Russie », souligne Istvan Viragvolgyi. Ce qui lui a valu pas mal de difficultés, vu le manque d’images prises dans ces zones russes ultrasécurisées, équipées de détecteurs de mouvement et d’un sol ratissé pour recueillir toute empreinte de pas. « Il faut un permis rien que pour s’approcher de la zone frontalière qui fait trois kilomètres de large, dit-il. Alors pour photographier, c’est carrément impossible. »

Non contente de ces barrières physiques, la Russie a aussi dressé des murs virtuels : l’artiste Lvova Anastasiya s’est acharnée à visiter, depuis son ordinateur russe, tout un tas de sites Internet interdits par le gouvernement, collectant sur son écran les messages d’erreur pour en faire un immense papier peint au motif toujours identique et glaçant.

Même au sein de l’Union européenne, considérée comme un territoire où hommes et marchandises circulent librement, les murs poussent.

Certains témoignent de conflits anciens, comme la frontière qui divise l’île de Chypre entre Chypriotes grecs et turcs. Ou les bien mal nommées « lignes de la paix » (peace lines) à Belfast, séparant catholiques et protestants en Irlande du Nord. Elles étaient censées être détruites en 2023 mais pourraient bien retrouver une nouvelle utilité en cas de Brexit...

Le commissaire insiste d’ailleurs sur le côté « imparfait » et « temporaire » de tous les murs. « Ils vont et viennent, parfois ils servent à autre chose, parfois ils sont détruits, ou restent sur place après avoir perdu leur utilité. »

Rares éclats de joie

Le caractère temporaire sert d’ailleurs parfois de justification à une construction totalement illégale – pas besoin de permis. Et, dans le cas des pires barrières contemporaines, celles érigées depuis une dizaine d’années en Slovaquie et en Roumanie pour cantonner les Roms dans des ghettos, la fonction officielle est un mensonge éhonté : le mur prétend protéger les enfants de la circulation routière quand il les exclut de la ville, il est censé empêcher les vols mais il est surtout là pour cacher la misère aux yeux du monde.

En Slovaquie, où un mur de 3 mètres de haut a été érigé en travers du village de Vel’ka Ida autour des habitants roms, la construction a été baptisée « mur sportif » par les autorités, car rien n’empêche d’y peindre des buts de football... L’artiste Tomas Rafa a donc créé sur place un projet intitulé « les murs du sport », recouvrant ces murs aux couleurs du drapeau rom avec l’aide des habitants.

SUR LEURS PHOTOS, LES MIGRANTS DE GRÈCE TÉMOIGNENT AUSSI D’HISTOIRES INDIVIDUELLES ET D’UNE VIE QUI CONTINUE : DES ENFANTS QUI JOUENT ET QUI RIENT, DES SELFIES SUR LA PLAGE ET LA SOLIDARITÉ DE CEUX QUI PARTAGENT LE MÊME SORT.

A travers l’exposition pointent parfois de rares éclats de joie. Et d’humour absurde, quand par exemple le mur est contourné ou vaincu pour d’étranges raisons.

En Norvège, on a vu en 2016 de drôles de véhicules s’accumuler à la frontière avec la Russie après la construction d’un mur : les demandeurs d’asile avaient remarqué que la traversée de cette frontière était interdite côté russe pour les visiteurs à pied, et côté norvégien pour ceux en voiture, mais que rien n’était précisé pour les cyclistes... Ce qui a encouragé pendant quelques mois l’apparition d’un étrange trafic de vélos.

L’un des travaux les plus touchants est celui de l’artiste Kevin McElvaney, qui a confié des appareils photo jetables à des migrants rencontrés en Grèce. Ces derniers lui ont ensuite renvoyé les pellicules, qui témoignent certes de leur difficile voyage en train, à pied, entre la faim, le froid et les passeurs, mais aussi d’histoires individuelles et d’une vie qui continue : des enfants qui jouent et qui rient, des selfies sur la plage et la solidarité de ceux qui partagent le même sort.

Le commissaire conclut son exposition avec une installation de l’artiste Lukasz Skapski, qui résume tous les murs du monde à travers un barbelé tout blanc, abstrait et universel. Même s’il n’a pas voulu, dit-il, faire une peinture trop sombre de l’Europe actuelle. « Les murs ne sont pas que des constructions oppressives envers les minorités, ils sont aussi un droit essentiel des citoyens, un moyen de protection pour les pays indépendants. Mon propos est davantage de poser la question de leur utilité, car ils font rarement autre chose que déplacer les problèmes. »

« Les murs du pouvoir », commissaire de l’exposition István Virágvölgyi, Maison des lices. Jusqu’au 25 août. De 10 heures à 19 h 30.

Rencontres d’Arles de la photographie. Jusqu’au 22 septembre. Billetterie-rencontres-arles.com

1 juillet 2019

Marisa Papen

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1 juillet 2019

Le sommet sur les postes clés de l’UE dans l’impasse, une nouvelle réunion envisagée

Réunis à Bruxelles, les Vingt-Huit tentent de s’accorder sur les nominations aux plus hauts postes européens, après un premier échec il y a une dizaine de jours.

Les dirigeants européens tentaient, dans la nuit de dimanche 30 juin à lundi 1er juillet, de sortir leurs négociations de l’impasse, provoquée par leurs dissensions pour désigner le nouveau chef de la Commission, clé pour les nominations aux autres postes de pouvoir de l’Union européenne (UE).

Si bien que lundi au petit matin, l’hypothèse d’un nouveau sommet était évoquée par de nombreuses délégations, après un premier échec il y a une dizaine de jours.

Les pourparlers, qui avaient commencé avec trois heures de retard ont été suspendu vers 23 h 30 pour permettre au président du Conseil européen, le Polonais Donald Tusk, de mener des consultations bilatérales avec chacun des dirigeants des Vingt-Huit, a annoncé son porte-parole. Celles-ci étaient toujours en cours à 3 h 30 lundi.

Le sommet il est vrai a déraillé avant même d’avoir commencé, lorsque les dirigeants membres du Parti populaire Européen (PPE-conservateurs) ont rejeté l’accord accepté par Angela Merkel alors qu’elle se trouvait au G20 d’Osaka, au Japon.

Merkel contestée

Pour la première fois, la chancelière allemande a été ouvertement contestée pendant un sommet du PPE et accusée d’avoir accepté un accord contraire à celui initialement étudié par sa famille politique. Premier parti au Conseil et au Parlement européen, le PPE a vu son candidat, l’Allemand Manfred Weber, recalé lors du précédent sommet le 20 juin.

La formation conservatrice aurait accepté de soutenir la nomination du candidat de la famille sociale-démocrate, le Néerlandais Frans Timmermans, à condition d’obtenir les présidences du Parlement européen et du Conseil, selon deux sources qui ont participé aux négociations, citées par l’Agence France-Presse (AFP).

Les sociaux-démocrates, deuxième force politique au Conseil et au Parlement, soutiennent la revendication du PPE, ont précisé ces deux sources. Mais les Libéraux ont refusé les termes de cet accord et ils ont obtenu d’Angela Merkel la présidence du Conseil lors des discussions en marge du sommet du G20, vendredi et samedi, à Osaka, déclenchant la colère du PPE.

« L’accord a été détruit » à Osaka, a déploré un responsable du PPE, sous couvert de l’anonymat. « Il est mort. Il n’y aura pas d’accord ce soir », a-t-il affirmé à l’AFP. « Aucun des dirigeants du PPE n’a accepté » ce qui a été négocié à Osaka, a confirmé le premier ministre irlandais Leo Varadkar, membre du PPE.

La droite tient la clé de ces nominations. Aucune solution ne peut être avalisée sans le soutien de cette famille politique, car aucune majorité n’est possible sans les votes de son groupe au Parlement européen.

La crise entre Angela Merkel et le PPE n’avait pas été anticipée, il y a eu un manque de communication, a indiqué à l’AFP une source française qui a prédit une nuit blanche. Les dirigeants du PPE ont toutefois laissé Donald Tusk tenter de sauver le sommet avec la recherche d’un consensus sur la base du premier accord entre le PPE et les sociaux-démocrates. La plupart des dirigeants « peuvent vivre » avec l’accord Timmermans-Weber et les discussions portent sur les autres postes, a indiqué à l’AFP un négociateur aux premières heures de la journée de lundi.

« C’est compliqué pour la présidence du Conseil », a-t-il ajouté. Selon une source européenne, les noms évoqués pour ce poste sont ceux de deux Libéraux, la Danoise Margrethe Vestager (actuelle commissaire européenne à la concurrence) et le premier ministre belge Charles Michel. Dans ce cas, la France pourrait demander la présidence de la Banque centrale européenne (BCE), selon cette même source.

Une nouvelle réunion envisagée

Quoi qu’il en soit, un nouveau sommet pourrait être nécessaire pour boucler un accord. Le président français Emmanuel Macron et Angela Merkel voudraient bien trouver un accord dès cette nuit « quitte à prendre du temps ; il est même envisagé de déborder jusqu’à lundi matin s’il le faut », a toutefois nuancé la source européenne.

Le Parlement européen doit impérativement élire son nouveau président lors de sa session inaugurale mercredi 3 juillet. « Le choix du président est totalement indépendant (...) Nous l’élirons le 3 juillet quel que soit le résultat » du sommet, a affirmé, dimanche, le président sortant, l’Italien Antonio Tajani, membre du PPE.

La désignation du président de la Commission européenne peut en revanche être retardée. L’actuel chef de l’exécutif bruxellois, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, est en fonction jusqu’au 31 octobre. La personnalité désignée devra obtenir l’aval de vingt et un des vingt-huit membres du Conseil et une majorité d’au moins 376 voix au Parlement.

Quatre pays d’Europe de l’Est, membres du « groupe de Visegrad » (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie), sont ouvertement hostiles à M. Timmermans ; ce dernier avait lancé des procédures pour violation de l’Etat de droit contre Budapest et Varsovie.

1 juillet 2019

Extrait d'un shooting

shoot66

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