Canalblog Tous les blogs
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Jours tranquilles à Paris

Publicité
28 juin 2019

Toute la France souffre des températures élevées, à une exception près : la Bretagne...

Toute la France souffre des températures élevées, à une exception près : la Bretagne, qui fait figure d'îlot de fraîcheur. Cette situation perdurera-t-elle malgré le changement climatique ? Franceinfo a posé la question à un expert de Météo-France.

Un eldorado, un havre de fraîcheur, un refuge... Relativement épargnée par la canicule qui accable la France et alors que les températures battent des records sur l'ensemble de l'Hexagone, la Bretagne offre un air frais et une atmosphère respirable. D'ordinaire raillée pour sa météo réputée pluvieuse ("En Bretagne, il ne pleut que sur les cons", répond le proverbe breton), la région fait des envieux, notamment sur les réseaux sociaux. Le Gorafi, célèbre site parodique, y est même allé de sa contribution : "La Bretagne ferme sa frontière face à l'arrivée massive de réfugiés climatiques."

Alors que les climatologues prédisent des vagues de chaleur plus intenses et plus fréquentes, franceinfo s'est demandé si la Bretagne n'allait pas réellement devenir une terre de refuge climatique. Nous avons interrogé Franck Baraer, responsable du service études climatiques de Météo-France à Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine).

Franceinfo : pourquoi la Bretagne est-elle épargnée par cet épisode de canicule ?

Franck Baraer : La France subit actuellement des remontées d'air saharien, c'est-à-dire chaud et très sec, propulsé par un flux de sud. Ces vents de sud sont générés par une dépression qui est au large de l'Espagne, dans l'Atlantique. La Bretagne est donc la région la plus proche du centre dépressionnaire. Cette dépression a permis des remontées de nuages orageux lundi et mardi, qui ont empêché le soleil de briller sur la région et les températures de monter au-delà de 20 °C à 23 °C. Nous avons même connu des précipitations assez soutenues par moment.

Toutefois, à partir de mercredi, des vents d'est ont ramené de l'air très chaud qui stagnait depuis quelques jours sur le centre de la France. On a donc basculé d'une situation où les températures étaient plutôt fraîches à un moment où elles sont très chaudes. A Rennes, les 30 °C ont été dépassés mercredi après-midi et l'Ille-et-Vilaine a été placée en vigilance orange à la canicule.

Mais le reste de la Bretagne (Morbihan, Finistère, Côtes-d'Armor) se distingue encore par sa fraîcheur...

Pour qu'il fasse très chaud dans notre région, il faut vraiment qu'il y ait des conditions très particulières. La Bretagne est entourée d'eau, il suffit donc d'un peu d'air venu de la mer pour rafraîchir. Dès qu'il y a une petite composante du vent qui vient de la mer, que ce soit du nord, d'ouest ou du sud-ouest, on a un air maritime qui ne peut pas se réchauffer beaucoup.

La mer agit comme un réservoir de fraîcheur en permanence, une sorte de climatiseur géant.

Franck Baraer, climatologue à Météo-France à franceinfo

Si on prend l'exemple du Finistère, il est très rare qu'à Brest on dépasse les 30 °C alors qu'à Rennes, dans les terres, c'est beaucoup plus fréquent. Et on peut dire qu'il y a "deux Bretagnes" en termes de climat. Une Bretagne Sud, bordée par une eau qui atteint assez souvent 19 à 20 °C l'été. Cela donne des températures très agréables sur la côte sud de la Bretagne, notamment à Vannes, Lorient ou près de Quimper. La Bretagne Nord a, elle, une mer qui dépasse rarement 16 à 17 °C, notamment au nord du Finistère, donc ces régions seront toujours beaucoup plus fraîches que les autres. Par ailleurs, en hiver, on risque moins d'atteindre des pics de froid puisque si la mer joue un rôle rafraîchissant en été, elle sert d'adoucissant l'hiver car elle descend rarement sous les 10 °C.

La Bretagne conservera-t-elle sa fraîcheur avec le changement climatique ?

Les simulations climatiques dont nous disposons à horizon 2050 ou 2100, selon divers scénarios d'émissions de gaz à effet de serre, montrent un réchauffement moyen en France qui pourrait aller de 2 à 4 °C.

La Bretagne connaîtra certes plus de fortes chaleurs que par le passé, mais elles seront toujours tempérées par la proximité de la mer. L'effet de réchauffement devrait y être moins suffoquant que dans d'autres régions continentales françaises.

Franck Baraer à franceinfo

On peut donc imaginer que la Bretagne constitue un refuge climatique pour celles et ceux qui fuieraient les trop fortes chaleurs...

La région pourra servir de refuge à des vacanciers qui préfèrent l'air tonique et breton à de très fortes chaleurs dans le sud de la France. Dès aujourd'hui, nous avons des prévisions météo fiables à une semaine : dès qu'on voit poindre le risque de canicule dans les bulletins, il est donc possible de prendre le train et de venir respirer l'air pur et frais du nord de la Bretagne.

Après, si la Bretagne devient effectivement un refuge climatique, d'autres problèmes pourront se poser. Une surpopulation estivale dans certaines zones pourrait entraîner des pénuries d'eau. Malgré le climat arrosé, il y a parfois des périodes de sécheresse qui entraînent des problèmes de distribution. Tout dépendra de l'ampleur de ces nouvelles populations. Si cela reste limité, il n'y a pas de problèmes. Mais si c'est conséquent, il faut imaginer les conséquences sur l'énergie, les transports, le coût de la vie...

Peut-on dire pour autant que la région est à l'abri des risques liés au réchauffement climatique ?

Si nous sommes plutôt à l'abri des très fortes chaleurs, nous avons d'autres inconvénients météorologiques. Le risque de tempête est assez prégnant : il n'y en a pas tout le temps mais elles peuvent être assez violentes. Et quand ces tempêtes frappent en période de grandes marées, avec des marées hautes, cette conjonction peut représenter un risque de subversion marine dans certaines régions. C'est déjà arrivé dans le passé, notamment en 1987. Et cela restera prégnant dans le futur, d'autant plus que le niveau moyen des mers devrait s'élever donc les impacts sur certaines côtes bretonnes vont être plus importants à l'avenir.

Par ailleurs, il faut distinguer deux types de côtes en Bretagne. Les côtes rocheuses ou granitiques, sur lesquelles il n'y a aucun souci puisqu'elles se situent à quelques dizaines de mètres au dessus du niveau de la mer, même par très fortes marées. C'est le cas de la pointe du Raz, de l'île d'Ouessant ou encore de Plouha, dans les Côtes-d'Armor. Mais il y a aussi des zones sensibles, comme la baie du Mont-Saint-Michel, des portions du sud Finistère, du côté du Morbihan ou de Lorient : là, nous avons des zones très basses avec des cordons dunaires fragiles qui peuvent être submergés si l'on a une forte tempête et un niveau moyen des mers plus élevé.

Publicité
28 juin 2019

Il y a 50 ans, le 28 juin 1969, des gays, des lesbiennes, des queens et des drags ripostèrent après un énième raid de la police

28 juin 2019

Anna Johansson

28 juin 2019

Reportage - Au Japon, la visite très encadrée de la prison de Carlos Ghosn

prison21

Par Philippe Mesmer, Tokyo, correspondance

Une quinzaine de journalistes étrangers ont été invités à la prison de Kosuge, où a été incarcéré l’ex-PDG de Renault-Nissan.

Depuis le 19 novembre 2018, quelque chose a changé à la maison d’arrêt de Tokyo. L’incarcération de Carlos Ghosn – libéré sous caution depuis le 25 avril –, a mis en lumière ce lieu de détention communément appelé « prison de Kosuge », du nom du quartier où il se dresse, massif et gris. Ce jour-là, peu imaginaient que le futur ex-président de l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi y resterait, sur deux périodes, près de 110 jours, alimentant la chronique d’une affaire franco-japonaise qui pourrait, au moins officieusement, occuper une partie des discussions du président Macron pendant sa visite officielle au Japon, les 26 et 27 juin.

Bâtie dans l’arrondissement de Katsushika, dans le nord-est de Tokyo, la plus grande prison du Japon, refaite à neuf par étapes entre 1996 et 2012, impose depuis 1971 son austère silhouette à un quartier autrefois dominé par la petite industrie, aujourd’hui pauvre et délaissé, loin du luxe des quartiers de Ginza ou d’Omotesando. Avec l’incarcération de Carlos Ghosn, elle est devenue malgré elle le symbole des excès, réels ou fantasmés, d’une justice nippone baptisée « justice de l’otage » pour sa tendance à garder en détention les suspects, jusqu’à ce qu’ils avouent.

Une précision toute carcérale

Or, Kyoto doit accueillir, en avril 2020, la 14e convention de l’ONU sur la justice criminelle. Soucieux d’améliorer son image, le ministère de la justice (MDJ) avait réuni, en mars, la presse pour « approfondir la compréhension du système judiciaire japonais et les activités à l’international du MDJ », qui veut « développer à l’étranger des valeurs comme le respect du droit ». Le 10 juin, il planifiait une visite de la prison pour la presse étrangère, une offre relayée par le ministère des affaires étrangères notamment auprès des médias français. Le jour dit, sous une pluie battante, une quinzaine de journalistes se sont retrouvés à la gare de Kosuge. Précision toute carcérale : rendez-vous à 13 h 10, retard interdit sous peine de rester à la porte.

prison22

Après avoir passé l’accueil orné d’une œuvre symbolisant l’immensité de l’univers, invitant à réfléchir aux limites de la condition humaine et à s’interroger sur la manière de favoriser « une société pacifiée », le groupe a suivi une présentation. « Ici, nous cherchons à trouver un équilibre. Les conditions de détention doivent être plus dures que la vie à l’extérieur, pour faciliter la réinsertion et éviter la récidive », a confié Shigeru Takenaka, le directeur du lieu.

Celui-ci s’est prêté au jeu des questions, aidé en cela de ses adjoints et de plusieurs représentants du ministère. Il a expliqué les règles du lieu, du réveil, à 7 heures, à l’extinction des feux, à 21 heures. Et a insisté sur les repas, « composés avec des nutritionnistes pour répondre aux besoins des détenus ». Au menu, en général : un poisson grillé, une soupe de légumes et un bol de riz et d’orge. Léger. Carlos Ghosn a perdu 9 kilos.

La visite de cette prison à la propreté irréprochable est apparue savamment planifiée. Les gardiens savaient quelles zones bloquer, quel étage choisir quand le groupe embarquait dans un ascenseur, quelle porte fermer. Les visiteurs ont ainsi pu découvrir l’une des 1 600 cellules individuelles, au sol recouvert de tatamis, ne dépassant pas 7,5 mètres carrés, réputées mal chauffées l’hiver, selon les témoignages d’anciens prisonniers, ou celles, plus rares, de 11 mètres carrés, avec lit à l’occidental, auxquelles Carlos Ghosn a eu finalement accès.

« EN DEHORS DES INTERROGATOIRES PENDANT LA GARDE À VUE, IL N’Y A RIEN À FAIRE. ON RESTE DES HEURES ASSIS DANS LA CELLULE. MON CONSEIL : QUAND ON ARRIVE, ACHETER TOUT DE SUITE DE QUOI ÉCRIRE. » UN ANCIEN DÉTENU

Ce fut aussi l’occasion de constater que les détenus n’ont aucune possibilité d’apercevoir le paysage. La cellule n’a pas de barreaux, mais son unique fenêtre donne sur un chemin de ronde fermé par une paroi en béton. Les promenades quotidiennes ne sont organisées que les jours ouvrés. « Quand il y a des vacances, on peut rester quatre ou cinq jours sans sortir. c’est éprouvant », raconte un ancien détenu, étranger, qui y a passé sept mois pour n’être condamné qu’à une peine avec sursis. « En dehors des interrogatoires pendant la garde à vue, il n’y a rien à faire. On reste des heures assis dans la cellule. Mon conseil : quand on arrive, acheter tout de suite de quoi écrire. Ça occupe. » Il y a une boutique à l’entrée de la prison.

Impossible, en revanche, d’apercevoir l’un des 1 758 détenus (sur 3 010 places disponibles), dont 146 femmes, issus de 37 nationalités – parmi les étrangers : 29,7 % de Chinois, 11,7 % de Vietnamiens et 10 % de Sud-Coréens. Parmi eux, 1 216 sont en attente d’un jugement, principalement pour vols et affaires de drogue. Pas un mot non plus sur le mitard. « Une pièce vide au sol plastifié et aux murs en bois, avec un trou en guise de toilettes », se souvient l’ancien prisonnier.

Lui y a eu droit. « Un jour, je me suis énervé. Je n’en pouvais plus de la solitude. » Il est également impossible de visiter la salle d’exécution des condamnés à mort, où furent pendus, en juillet 2018, des membres de la secte Aum Shinrikyo, dont son gourou, Shoko Asahara. Preuve que la transparence a des limites que les feux de l’affaire Ghosn n’auront pas su dissiper.

Philippe Mesmer (Tokyo, correspondance)

prison23

Carlos Ghosn dans le collimateur du fisc français. L’administration française a lancé un examen de la situation fiscale personnelle de l’ex-PDG de Renault-Nissan, en délicatesse avec les justices japonaise et française, d’après des informations dévoilées dimanche 23 juin par le quotidien Libération. Selon le journal, il s’agit d’un contrôle « à la loupe » et très pointilleux de tous les revenus perçus ces dernières années par l’ancien dirigeant, et une notification lui a été envoyée, ainsi qu’à son épouse. Un des avocats français de Carlos Ghosn, François Zimeray, contacté par l’agence de presse Reuters, a dit ne pas en être informé. Toujours selon le quotidien, la Direction nationale des vérifications de situation fiscale, chargée des 6 000 contribuables les plus riches de l’Hexagone, va superviser l’opération. L’une des principales missions sera de vérifier la résidence fiscale de Carlos Ghosn, déclarée depuis 2012 aux Pays-Bas, où siège Renault-Nissan BV (RNBV).

28 juin 2019

Vu sur internet

jaime67

Publicité
28 juin 2019

Jacquemus

Lundi 24 juin, Simon Porte Jacquemus conviait ses invités au cœur des champs de lavande de Valensole en Provence à l'occasion des 10 ans de sa griffe. Baptisé "Le coup de soleil" ce show gorgé de soleil accueillait entre autres Emily Ratajkowski, Eddy de Pretto ou encore Baptiste Giabiconi...

Cap sur Valensole et ses champs de lavande où Simon Porte Jacquemus embarquait ses invités, ce lundi 24 juin, à l'occasion de son défilé anniversaire.

jacquemus22

jacquemus23

jac10

28 juin 2019

Portrait - Boris Johnson, un gaffeur aux portes du pouvoir

boris

Par Philippe Bernard, Londres, correspondant

Malgré ses frasques et ses provocations, l’ancien maire de Londres est bien parti pour succéder, fin juillet, à Theresa May au poste de premier ministre du Royaume-Uni.

Quatre jours après l’ouverture des Jeux olympiques (JO) de Londres, en 2012, Boris Johnson, alors maire de la ville, avait trouvé un moyen de braquer les projecteurs sur sa personne. Casqué et harnaché, agitant deux drapeaux britanniques, il s’était élancé du haut d’une tyrolienne installée à Victoria Park, non loin du stade des JO.

Faute d’élan, il s’était arrêté à mi-course, demeurant suspendu pendant un moment au-dessus des promeneurs, avant d’être secouru. « Je suis resté en l’air un moment avec ce harnais qui comprimait mes parties basses, avait-il commenté. Mais j’ai adoré, je recommande. » Les images du maire guignol gesticulant sous les yeux d’une foule hilare sont restées dans la légende.

Pour Boris Johnson, faire rire et faire de la politique n’ont jamais constitué deux activités séparées. « Comment voudriez-vous que les gens élisent un neuneu qui reste coincé sur une tyrolienne ? », avait-il alors souligné pour faire taire des rumeurs sur son ambition de gouverner le pays.

« De la bonhomie à la fureur noire »

Sept ans plus tard, le « neuneu » est aux portes de Downing Street, plébiscité par des conservateurs qui, de guerre lasse, ont fini par s’en remettre à lui pour sortir le pays de l’impasse du Brexit.

Il a domestiqué sa tignasse blonde autrefois désordonnée, évite les jeux de mots, suit des éléments de langage et se montre étonnamment sérieux et totalement vague. Les députés tory, tétanisés par le succès électoral du Parti du Brexit (extrême droite) qui prospère sur un sentiment de trahison répandu parmi les partisans de la sortie de l’Union européenne (UE), ont fait taire leurs réticences pour l’adouber. Tout porte à croire que la majorité des adhérents du parti conservateur, appelés à le départager de son challenger, Jeremy Hunt, le choisiront comme l’ultime recours pour sauver les tories et leur nouvelle religion : le Brexit.

« Quelle révélation pourrait encore faire dérailler sa marche vers Downing Street, alors qu’il s’est maintes fois rendu coupable de mensonge, de tricherie, de déloyauté, de paresse, d’indiscrétion, d’incompétence, de mépris cynique pour les autres, sans jamais en subir les conséquences ? », se demandait la journaliste Sonia Purnell, une ancienne subordonnée de Boris Johnson pendant ses années de journaliste au Telegraph, juste avant qu’une scène de ménage avec sa compagne, Carrie Symonds, révélée par des voisins, vendredi 21 juin, ne vienne jeter le trouble dans le pays sur la réalité du « nouveau Boris ».

« Il peut passer de la bonhomie à la fureur noire en quelques secondes, pour peu que l’on remette en cause le sentiment que tout lui est dû ou que l’on blesse son amour-propre », a ajouté Sonia Purnell dans le Times au lendemain de la rixe.

Réunir un royaume coupé en deux

Si Boris Johnson n’était qu’un personnage de roman, il pourrait personnifier la quintessence d’une certaine catégorie d’Anglais : bien né et sûr de son fait, dilettante jusqu’au cynisme, spirituel jusqu’à la clownerie. Son assurance n’a d’égale que sa capacité à gaffer et à se ridiculiser. D’où les consignes de ses communicants : éviter au maximum les débats et les interviews en direct. « Fini de rire, Boris », semble être la consigne.

De fait, l’heure n’est pas aux galéjades. Lui qui se prétend l’héritier des plus remarquables premiers ministres britanniques – Benjamin Disraeli (1804-1881) et Winston Churchill (1874-1965) – se prépare à succéder à Theresa May, fin juillet. Lui qui se fait fort de réunir un royaume coupé en deux sur l’Europe est un « candidat Marmite », du nom de cette pâte à tartiner salée terriblement anglaise dont le slogan est « Vous l’aimez ou vous la détestez ». Les trois quarts des électeurs conservateurs se situent dans la première catégorie, les trois quarts des travaillistes dans la seconde.

« Boris », alias « BoJo », est une marque à lui tout seul, connue pour son excentricité et ses positions pour le moins élastiques. Pourtant, derrière les pitreries pointent deux constantes dans sa pensée : la détestation de l’UE et l’ultralibéralisme.

Il aurait pu suivre les traces de son père, Stanley, un des premiers hauts fonctionnaires britanniques envoyés par Londres à Bruxelles en 1973, juste après l’adhésion à la Communauté économique européenne (CEE), ancêtre de l’UE. Si l’on cherche une explication psychologique dans la hargne du fils d’eurocrate contre l’UE, on peut la trouver dans ses mauvais souvenirs d’une enfance bruxelloise où ses parents se déchirent, et où sa mère, une artiste, tombe en dépression. Toujours est-il que lorsque, après ses études à Eton et à Oxford, il retourne à Bruxelles en 1989, à l’âge de 24 ans, envoyé comme correspondant par le quotidien conservateur Daily Telegraph pour couvrir la CEE, il connaît le terrain.

« Le beurre et l’argent du beurre »

Très vite, le jeune journaliste prend le contre-pied des comptes rendus insipides de ses confrères sur la vie des institutions européennes. Mêlant son goût de la provocation et sa relation distante avec la vérité, il enchante ses lecteurs en dénonçant avec drôlerie des turpitudes de la CEE souvent inventées. Bruxelles, écrit-il, veut normaliser les cercueils et les préservatifs, interdire aux enfants de moins de huit ans de gonfler des ballons et empêcher de recycler des sachets de thé.

Il cultive son image d’Anglais snob avec sa voiture de sport rouge cabossée, ses vêtements troués et sa manière d’écorcher volontairement son français parfait.

Pareil aplomb a de quoi désarmer les autorités de Bruxelles. Mais à Londres, il devient la coqueluche des conservateurs de Margaret Thatcher. Boris Johnson a contribué à faire de l’euroscepticisme « une cause attrayante (…) pour la droite », alors qu’il était jusque-là associé à la gauche, analyse Sonia Purnell. « Tout ce que j’écrivais depuis Bruxelles produisait un effet explosif étonnant sur le parti, a confié l’intéressé à la BBC en 2005. Je crois que cela m’a donné cet étrange sentiment de pouvoir. »

De retour à Londres en 1994, il s’installe à Islington, quartier bobo du nord de la ville, et devient une figure populaire dans tout le pays grâce à ses apparitions télévisées dans une émission de divertissement.

Après plusieurs échecs, il finit par obtenir de son parti une circonscription « sûre » de l’Oxfordshire, où il se fait élire député en 2001. Sommé de quitter la rédaction en chef de l’hebdomadaire conservateur The Spectator pour éviter les conflits d’intérêts, il rétorque : « Je veux le beurre et l’argent du beurre. » La formule lui servira plus tard de ligne de conduite pour le Brexit : il veut les avantages de l’UE sans les contraintes de l’adhésion, au risque d’exaspérer les Vingt-Sept.

Des chips contre Bruxelles

De ses années bruxelloises, « Bojo » a conservé la méthode de dénigrement de l’UE admirablement analysée par Fintan O’Toole, chroniqueur de l’Irish Times, dans son livre Heroic Failure. Brexit and the Politics of Pain (« Echec héroïque. Le Brexit et la politique de la douleur », Head of Zeus, 2018, non traduit).

Considérant la spécificité des goûts alimentaires – en particulier les aliments industriels consommés dans les classes populaires – comme le symbole ultime de « l’anglicité » et du libre choix, il a présenté les réglementations européennes comme une machine de guerre antianglaise. Reprise par les tabloïds, sa dénonciation d’un texte européen – imaginaire – visant à interdire les « chips britanniques saveur cocktail de crevettes », le nec plus ultra à l’époque chez les Anglais défavorisés, a mis dans le mille, enrôlant le petit peuple dans sa croisade ultralibérale.

« J’ai passé mes meilleurs moments [à Bruxelles] dans un état de semi-incohérence, composant des hymnes écumants de haine contre la dernière euro-infamie », confesse-t-il en 2002.

Son leitmotiv : l’Europe, dominée par les vaincus de la seconde guerre mondiale, cherche à humilier la vieille démocratie britannique. Ces références incessantes à la guerre de 1939-1945 tournent d’ailleurs à l’obsession : pour servir sa rhétorique pro-Brexit, il compare l’UE au IIIe Reich d’Hitler, et François Hollande à un kapo. Pour lui, l’Europe est une pieuvre étouffant la fière Angleterre impériale. Il favorise l’alliance de deux nationalismes par-delà les intérêts de classe : celui de la grande bourgeoisie anglaise en deuil de l’empire et celui des pauvres du nord du pays, convaincus que le Brexit leur redonnera du travail. Le 23 juin 2016, jour du vote du Brexit ? C’est « le jour de l’indépendance britannique », trompette-t-il avant de déserter, laissant le fardeau à Theresa May.

Au seuil de Downing Street, ce démagogue ultralibéral se pose en Donald Trump britannique au petit pied. Après avoir dénigré le milliardaire président, il avoue d’ailleurs son « admiration croissante » à son égard. « Il y a de la méthode dans sa folie, confie-t-il lors d’un dîner privé en juin 2018. Imaginez Trump gérant le Brexit. Il y aurait toutes sortes de crises, de chaos. Mais au moins, on arriverait à quelque chose. »

Diplomate peu diplomate

Pour se faire élire, en 2008, à la mairie de Londres, l’une des villes les plus cosmopolites de la planète, « BoJo » a joué la carte de l’ouverture au monde et du libéralisme sociétal : défense du mariage gay et du vélo. Mais sous ses deux mandats, cette ville en manque cruel de logements abordables s’est couverte de gratte-ciel, dont les appartements de luxe achetés par des investisseurs russes ou arabes sont souvent vides.

Né à New York, longtemps citoyen américain, Boris Johnson se fait fort de rappeler que son arrière-grand-père était un Turc musulman à chaque fois qu’il est pris en flagrant délit de xénophobie. En 2008, il décrit les « négrillons agitant des drapeaux » avec des « sourires de pastèques » sur le passage de la reine Elizabeth. Et lorsque, en 2016, Barack Obama met en garde contre le Brexit, il dénonce « l’aversion héréditaire à l’égard de l’empire britannique d’un président à moitié Kényan ».

Ses années à la tête du Foreign Office (2016-2018) ont été largement vues comme lamentables. Chargé de consolider les relations internationales après le Brexit, il stupéfie par son dilettantisme, sa condescendance et ses gaffes. Comme ce jour où, dans un sanctuaire bouddhiste birman, il murmure un poème de Kipling datant de la colonisation. Avec ses « amis » européens, ce n’est guère mieux : il traite les Italiens de « vendeurs de prosecco ». « Les Français, pourquoi cherchent-ils à nous baiser ? », l’entend-on interroger, à propos du Brexit, dans un documentaire de la BBC.

Le désarroi des conservateurs est tel qu’ils le considèrent tout de même comme le seul d’entre eux dont le bagou peut surpasser celui de Nigel Farage, le leader du Parti du Brexit. Après Theresa May, maladroite mais digne, cet animal politique constitue le dernier espoir de la droite britannique.

Chacun connaît son narcissisme et ses mensonges, mais il rassure les électeurs europhobes en promettant que le Brexit aura eu lieu avant le 31 octobre – sans expliquer, et pour cause, comment il pourrait y parvenir. Mais avec son insatiable besoin d’être aimé et son aplomb phénoménal, tout est possible, même un mouvement de girouette si sa demande de renégociation se heurte à un « niet » des Vingt-Sept. Un brexiter pour stopper le Brexit ? Boris Johnson sait qu’il a rendez-vous avec l’histoire, et c’est le rêve de sa vie.

boris2

28 juin 2019

Extrait d'un shooting

shoooot

28 juin 2019

Canicule...

chaud

28 juin 2019

Enquête - Comment le numérique accélère nos vies

Par Laure Belo

Les technologies nourrissent et se repaissent de l’attrait de notre cerveau pour les gratifications immédiates. Tout va toujours plus vite. Avec quelles conséquences ? Enquête sur un hold-up attentionnel massif.

Pester car une application ne s’ouvre pas instantanément sur un smartphone (pour rappel, un ordinateur portable mettait plus de deux minutes à démarrer avec le système d’exploitation Windows 2000) ; renoncer à entrer dans un magasin car il y a trop d’attente aux caisses ; regarder un vieux film et se surprendre à penser que le rythme est trop lent, etc. Sommes-nous de plus en plus impatients ? Il suffit de poser la question autour de soi pour rallonger sans peine cette liste d’anecdotes prises dans la vie quotidienne.

Des sondages, souvent diligentés par des entreprises qui annoncent vouloir nous faire gagner du temps, l’affirment. Ainsi, 82 % des Français se disent « plus impatients qu’auparavant », selon une étude pour la banque en ligne – et sans guichet – ING. Une enquête, réalisée en 2018 pour la direction du site Lemonde.fr, a mesuré qu’après cinq secondes d’attente, sur dix lecteurs potentiels derrière l’écran, trois jetaient l’éponge. La nouvelle formule, lancée en novembre 2018, a répondu à ce besoin d’immédiateté : le temps de téléchargement du site est passé de 8 à 2 secondes et la fréquentation a bondi, gagnant « 24 % de pages vues par visite », explique Kevin Singer, responsable du pôle audience.

Un bref détour sur le site Thinkwithgoogle.com, rubrique « Test My Site » (en français « Penser avec Google », rubrique « Tester mon site ») permet de prendre le pouls de cette sidérante course mondiale à la rapidité numérique : il suffit d’y inscrire le nom d’un site pour connaître sa performance de vitesse… et le verdict de Google.

Le site Lemonde.fr, mesuré à 2 secondes, est ainsi considéré comme « lent ». Il est vrai que pour Google, qui propose, comme Facebook, des solutions techniques pour aller plus vite, un site ne mérite l’appellation « rapide » que si son temps de téléchargement avoisine celui d’un battement de cil, 0,1 seconde. Son slogan commercial va droit au but : « Un site mobile lent limite votre business. »

Performance économique

Le lien entre vitesse et performance économique n’est pas nouveau. En 1998, deux chercheuses américaines, Kathleen Eisenhardt et Shona Brown, publiaient un ouvrage, Competing on the Edge (Harvard Business Review Press), décrivant comment les entreprises les plus performantes s’imposaient à intervalles de temps réduits des changements drastiques – tels que 30 % de nouveaux produits chaque année.

Cette accélération est symbolisée, pour les entreprises cotées en Bourse, par les rapports d’activités à destination des marchés financiers : entre le début du XXe siècle et du XXIe siècle, ces demandes de preuves de résultats sont passées d’une périodicité annuelle, à semestrielle puis trimestrielle.

En quoi cet environnement a-t-il peu à peu modifié notre propre rapport au temps ? « L’impatience croissante des individus résulte d’une évolution sur plusieurs siècles liée au passage du temps cyclique des sociétés prémodernes, en relation avec les rythmes naturels, au temps linéaire des sociétés industrielles où la vitesse est placée au centre, analyse la sociologue italienne Carmen Leccardi. Cependant, la pression, ces dernières décennies, des marchés financiers sur la production et la performance, tout comme la simultanéité proposée par les outils numériques, a intensifié cette tendance, constate celle qui, depuis plus de trente ans, conduit des recherches sociologiques sur le temps. L’impatience est le résultat d’une vie sociale gérée par l’idée de vitesse. »

Elle poursuit : « Notre temps est de plus en plus fragmenté. Nous sommes impliqués dans une multitude de situations, endroits, actions, relations…, confrontés à des informations supplémentaires nous arrivant quotidiennement. Dans nos vies professionnelles et personnelles, nous bâtissons sans cesse de nouvelles hiérarchies et priorités avec une impression diffuse que notre vie est saturée et que le temps ne nous suffit pas. »

De fait, que ce soit pour s’informer, communiquer, consommer, etc., le nombre de stimuli cognitifs et sensoriels que nous recevons et émettons chaque jour ne cesse d’augmenter en fréquence et en intensité.

LE RYTHME MOYEN DES « TUBES » AMÉRICAINS S’EST INTENSIFIÉ « DE PRESQUE 8 % ENTRE 1986 ET 2015, PASSANT DE 94 À 101 BATTEMENTS PAR MINUTE », D’APRÈS LE DOCTEUR EN THÉORIE MUSICALE HUBERT LÉVEILLÉ GAUVIN

Au cinéma, notre rétine s’est habituée depuis plus d’un siècle à de plus en plus de vitesse : la longueur moyenne d’un plan est passée d’environ 12 secondes en 1930 à 2,5 secondes en 2010, selon une étude universitaire présentée en 2010 par James Cutting, de l’université Cornell, menée sur 15 000 films.

Même tendance dans notre environnement sonore : le rythme moyen des « tubes » américains s’est intensifié « de presque 8 % entre 1986 et 2015, passant de 94 à 101 battements par minute », précise le docteur en théorie musicale Hubert Léveillé Gauvin, qui a étudié 303 titres du top 10 américain. Sur cet échantillon, la voix arrive désormais bien plus tôt, 5 secondes après le début d’un morceau, contre 23 secondes en 1986. « La voix vient plus vite car, en une minute, il faut que les gens aient compris d’emblée l’essence d’une chanson », commente le directeur artistique Julien Bescond qui produit Christine and the Queens et Charlotte Gainsbourg chez Because Music.

Stimulation à l’intensité croissante

Sur les plates-formes de streaming, telles que Deezer ou Spotify, « les gens écoutent beaucoup de morceaux et ont de moins en moins de temps ». Aux Etats-Unis, « la musique pop tend désormais vers un format de 2 minutes 30, alors qu’il y a encore quatre ans on éditait des morceaux à 3 minutes 30 pour la radio », explique le producteur.

La composition même des titres s’adapte : chaque partie d’un morceau (couplet, refrain, pont…) se veut « très différente pour tenir en haleine, il s’agit de créer des gimmicks, des impulsions toutes les 20 secondes environ ».

Même notre environnement olfactif participe de cette dynamique. « Aujourd’hui, un consommateur potentiel doit être accroché par un parfum en moins d’une demi-minute dans une grande chaîne de distribution, autrement il s’en détourne, alors que dans les années 1980 il prenait de 5 à 10 minutes pour se décider dans une boutique de proximité », explique Arnaud Guggenbuhl, directeur marketing fine fragrance chez Givaudan. « Pour répondre à cette impatience, nous travaillons sur l’excitation olfactive et l’impact des senteurs sucrées, fruitées, qui donnent envie beaucoup plus vite. Les plus grands succès mondiaux ont des notes de tête, celles qui se révèlent les premières, très travaillées pour être accrocheuses. »

Quant à la vie relationnelle, les arrivées successives du Web, des réseaux sociaux puis des smartphones, il y a respectivement une trentaine, une quinzaine et une dizaine d’années, ont bouleversé celle de tous ceux qui ont accès aux outils numériques.

Depuis décembre 1992, date du premier SMS, « Merry Christmas », envoyé sur un réseau téléphonique anglais, nos interactions sont exponentielles, encore plus rapides à travers les applications de messageries instantanées telles que WhatsApp, Facebook Messenger, WeChat : pour ne donner qu’un chiffre, en 60 secondes en 2019, 41,6 millions de messages s’y échangent en moyenne dans le monde, 40 % de plus qu’en 2017 selon Statista.

Les conséquences de cette stimulation à l’intensité croissante commencent à être documentées par des équipes scientifiques. L’étude « Accelerating Dynamics of Collective Attention », publiée le 15 avril dans Nature Communications, décrit une société où les individus « obtiennent beaucoup d’informations sur un sujet très rapidement, mais s’en désintéressent de plus en plus vite. Ils sont saturés plus tôt », explique Philipp Lorenz-Spreen de l’Institut de physique théorique à Berlin.

Pour arriver à cette conclusion, le scientifique et ses trois coauteurs, tous physiciens des systèmes complexes, ont analysé des séries d’informations reçues par les individus aux XIXe, XXe et XXIe siècles. Ainsi, sur un échantillon de 43 milliards de tweets émis entre 2013 et 2016, ils ont découvert qu’un sujet restait dans le classement des 50 premiers hashtags (mot-clé) les plus populaires de moins en moins longtemps : 17,5 heures en 2013, 11,9 heures en 2016.

Effet de mode

Même cycle d’intérêt puis de désintérêt en analysant la persistance des expressions « à la mode » en littérature. A l’aide des données de la bibliothèque numérique Google Books, les chercheurs ont mis en évidence que l’effet de mode d’un terme « accrocheur » issu d’un livre était de six mois en moyenne à la fin du XIXe siècle, contre un mois désormais.

« Notre hypothèse de départ est que toutes les informations que nous recevons se disputent notre attention », explique le physicien, féru du livre d’Hartmut Rosa Accélération. Une critique sociale du temps (La Découverte, 2010).

Le chercheur veut poursuivre ses travaux en étudiant « le rôle des plates-formes en ligne et de leurs algorithmes afin d’imaginer quelles pistes permettraient de recevoir moins d’informations et de meilleure qualité ». L’une des difficultés, poursuit-il « est d’obtenir de ces acteurs numériques des données autour de sujets qui concernent le bien commun ».

Le Monde a contacté une multitude de plates-formes, de YouTube à Spotify, de Uber à Deezer, pour tenter d’obtenir des données mesurant notre impatience : sommes-nous plus nombreux à utiliser l’avance rapide des vidéos, zapper un morceau de musique, utiliser la livraison en express ou renoncer à un Uber car il y a 5 minutes d’attente ?

La récolte auprès de ces acteurs a été nulle. Un refus qui n’étonne pas le sociologue Dominique Boullier, chercheur au Digital Humanities Institute de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), en Suisse : « Les plates-formes peuvent désormais comprendre intimement nos motivations, mais elles vont bloquer l’accès à ces données car elles veulent les monétiser, explique le chercheur. Le problème ne réside même plus dans l’accès à des données considérées comme personnelles : rien qu’en analysant nos microtraces numériques tels les taux d’abandon, elles obtiennent des statistiques massives que n’ont pas les chercheurs universitaires. »

Quel rôle a le numérique dans cette évolution de notre rapport au temps ? « Il est central », explique la chercheuse en intelligence artificielle (IA) Nozha Boujemaa, qui souligne que les services « tout gratuit » ont généralisé l’utilisation de l’IA pour maintenir l’attention des usagers sur les plates-formes. Au prix du respect de l’individu lui-même, stimulé de toute part, qui peut avoir tendance à vouloir « tout tout de suite », dit la chercheuse, et développer « une sorte d’accoutumance ».

« L’enfant doit être précoce »

Certaines statistiques sont déjà impressionnantes : 35 % des Américains possédant un smartphone le regardent moins de cinq minutes après leur réveil. Dans l’heure, c’est huit personnes sur dix. D’où l’essor, en contrepoint, de mouvements citoyens précurseurs prônant depuis plusieurs années une « slow life ».

« On assiste bien à une prise de conscience d’un nécessaire ralentissement, constate Dominique Boullier, mais aucune grande entreprise n’endosse pour l’instant cette tendance à long terme et ne prend en compte ce critère en termes de productivité. Le modèle économique reste basé sur la réactivité. »

« Nous vivons une période de changements profonds, résume la sociologue Carmen Leccardi. Poussés par l’activité, adultes, adolescents mais aussi enfants dorment de moins en moins dans les pays développés. » Le pédopsychiatre Patrice Huerre reconnaît observer « une tendance à l’impatience chez les enfants et adolescents qui part des parents eux-mêmes. Dès le début de la vie, le calendrier physiologique ou psychologique d’un enfant peut être bousculé au profit du calendrier des idéaux parentaux : leur enfant doit être précoce ou en avance ». En conséquence, poursuit-il, « l’enfant va être surstimulé, ce qui développe chez lui un sentiment que, pour exister, il faut s’exciter ».

« Toutes ces stimulations font que notre attention se divise. Tout comme, mathématiquement, le temps passé sur chaque chose. D’où cette impression d’accélération, il faut aller vite tout le temps, analyse le neuroscientifique Jean-Philippe Lachaux, directeur de recherche à l’Inserm. Notre cerveau recherche sans cesse le sentiment de gratification immédiate. Or, une information nouvelle, qu’elle soit positive ou négative, stimule cette gratification, c’est le circuit de la récompense. Résultat : on peut basculer facilement dans une dynamique où on essaye d’en avoir plus, le plus souvent possible. »

Pour Carmen Leccardi, « nous allons devoir bâtir de nouveaux équilibres entre temps humain, qui anthropologiquement est lié aux rythmes naturels, temps social, technologique et financier ». La difficulté, poursuit-elle « est de continuer à avoir du temps pour soi, pour s’asseoir, regarder le ciel, se promener, lire un livre ». Si vous avez lu cet article jusqu’à la fin, ce qui a dû prendre environ 9 minutes selon l’estimation de l’algorithme élaboré par Lemonde.fr affichée dès la première ligne, c’est plutôt bon signe !

Publicité