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Jours tranquilles à Paris

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21 janvier 2019

Le comte de Paris Henri d'Orléans, prétendant au trône de France, est mort

Le comte de Paris, Henri d'Orléans, est mort, lundi 21 janvier dans la matinée. "J'ai la tristesse de vous annoncer le décès de mon père, Monseigneur le Comte de Paris, survenu ce matin. Je le confie à vos prières", a annoncé son fils le duc de Vendôme. La mort du comte Henri d'Orléans a d'autre part été confirmée à l'AFP par son conseiller juridique Dominique Chagnollaud de Sabouret.

Stéphane Bern, spécialiste des têtes couronnées, a réagi à l'annonce de la mort du comte de Paris, qui s'est éteint le jour anniversaire de la mort de Louis XVI : "Etrange destinée ! Le comte de Paris meurt un 21 janvier. RIP.", a-t-il écrit.

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21 janvier 2019

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21 janvier 2019

Café de Flore

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21 janvier 2019

Il y a 226 ans... Louis XVI

Il y a 226 ans aujourd’hui, lundi 21 janvier, le dernier #roi de France de l’ancien régime #LouisXVI a été exécuté par la #guillotine à 10h 22 du matin place de la révolution, actuelle place de la Concorde, à l'âge de 39 ans. Ici en #1988, le spectacle mis en scène par #RobertHossein " La liberté ou la mort", les principaux acteurs posent autour de Robert #Hossein : #SergeGrand (Louis XVI) debout à gauche, #BernardFresson (#Danton) , #JeanNegroni (#Robespierre), #HuguesQuester (#SaintJust), #DanielMesguish (#Demouslin), #PierreGallon (#Carnot). Photo : Bruno Bachelet / #ParisMatch - Plus d'#archives sur @parismatch_vintage

roi

21 janvier 2019

La Macronie divisée face à la grande marche de soutien au pouvoir du 27 janvier

Par Cédric Pietralunga, Alexandre Lemarié, Olivier Faye - Le Monde

A quelques jours de la manifestation à Paris, trois groupes s’opposent au sein de la majorité : ceux qui souhaitent participer au défilé, ceux qui sont contre, et les autres, encore traversés par le doute.

Emmanuel Macron est-il en train d’« endormir » les « gilets jaunes » avec son grand débat national, comme le craint Priscillia Ludosky, une des chefs de file du mouvement ?

En termes de mobilisation, l’« acte X » de la révolte des ronds-points a réuni près de 84 000 personnes dans toute la France, samedi 19 janvier, selon les chiffres du ministère de l’intérieur. Un niveau équivalent à celui de la précédente journée de rassemblement, une semaine plus tôt, donc.

Sauf que cette fois-ci, le rendez-vous a pris de faux airs de cortège syndical : pour la première fois depuis le début de la fronde, il y a près de trois mois, les organisateurs ont donné leur propre chiffre de la participation – soit 147 365 personnes « minimum » – et mis en place un semblant de service d’ordre. De quoi contribuer à « normaliser » le rituel du samedi, alors que le chef de l’Etat retrouve au même moment quelques couleurs dans les sondages.

Vendredi, un ministre se félicitait en petit comité des chiffres d’une enquête de l’IFOP en vue des élections européennes du 26 mai, qui donne La République en marche (LRM) en tête (23 %) devant le Rassemblement national (RN, 21 %). Une première depuis plusieurs semaines. « Jamais je n’aurais imaginé que l’on fasse plus cinq points et le RN moins trois, souffle ce macroniste de la première heure, qui voit dans ce renversement un réflexe légitimiste en faveur de l’ordre après les violences perpétrées en marge de manifestations des « gilets jaunes ». « Tout le monde n’a pas enfilé un gilet dans le pays. Certains, qui sont silencieux, trouvent que ça suffit. C’est maintenant que l’on mesure l’impact des images de destruction de l’Arc de Triomphe en décembre [2018]. »

La cote de popularité du président de la République, pour sa part, frémit à la hausse, avec 27 % de bonnes opinions (+ 4 points), selon une autre étude de l’IFOP, publiée dimanche.

Ne pas instrumentaliser les « gilets jaunes »

A l’Elysée, on se refuse néanmoins à tout triomphalisme, même si l’étau autour du chef de l’Etat semble se desserrer après pas loin de quatorze heures d’échanges cumulés avec des maires de Normandie, le 15 janvier, puis d’Occitanie, trois jours plus tard.

« Nous avançons à petits pas, le chemin sera long avant de gagner l’apaisement du pays », assure-t-on dans son entourage. Comme il l’a annoncé lui-même, M. Macron devrait continuer à se déplacer en France ces prochaines semaines pour rencontrer des élus et inciter les Français à participer à son « grand débat ».

Le prochain déplacement devrait avoir lieu, jeudi 23 janvier, dans une région et un format qui restaient encore à déterminer lundi matin. Seule certitude : l’ancien ministre de l’économie ne devrait pas rencontrer de « gilets jaunes », comme l’y incite pourtant une partie de l’opposition. « On ne veut pas les instrumentaliser, ils n’apprécieraient pas », assure un conseiller élyséen.

« L’enseignement de ces deux premiers débats, où l’on a vu un Emmanuel Macron tonique, qui n’est pas dans l’évitement, c’est que le président de la République doit être dans un travail de conviction auprès des Français, pas dans un rôle de gouvernement, qui est celui du premier ministre », estime Philippe Grangeon, l’un des proches conseillers du chef de l’Etat.

Une manière d’essayer de remettre « Jupiter » en orbite et de laisser à Edouard Philippe la gestion du quotidien avant de lancer l’« acte II » du quinquennat – ce dernier doit néanmoins participer aussi à des débats prochainement. Emmanuel Macron n’a pas prévu pour le moment d’intervenir à la télévision dans le cadre d’un débat ou d’un entretien avec des journalistes. « Nous ne sommes qu’au début de la séquence, il faut rester plastique et agile », explique-t-on à l’Elysée.

« C’est un choix cornélien »

Une agilité dont va aussi avoir besoin la majorité à quelques jours de la manifestation de soutien au pouvoir qui est prévue dans les rues de Paris, dimanche 27 janvier.

Sur la messagerie Telegram, la Macronie a beaucoup débattu ces dernières heures de l’opportunité de se rendre à cette « marche républicaine des libertés », lancée en décembre 2018 sur Facebook par deux collectifs citoyens.

Trois groupes s’opposent : ceux qui souhaitent participer au défilé, ceux qui sont contre, et les autres, encore traversés par le doute. « La question n’est toujours pas tranchée. C’est un choix cornélien », observe le délégué général adjoint de LRM, Pierre Person, qui se dit « partagé » à titre personnel.

« J’envisage d’y aller, en tant que citoyenne. Je refuse de céder à la peur, explique pour sa part la députée (LRM) des Yvelines, Aurore Bergé. Après les attentats, on a tous dit : “il ne faut pas avoir peur et ne pas changer nos habitudes”, c’est la même chose aujourd’hui. Il faut défendre les valeurs de la République face à ceux qui l’attaquent. »

« Tout ce qui va dans le sens du soutien du président de la République, je le ferai, ça va de soi », assurait aussi, le 6 janvier, le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, prêt à descendre lui-même dans la rue. Après tout, André Malraux menait bien la foule des manifestants, le 30 mai 1968, pour soutenir le général de Gaulle face à la révolte étudiante.

« Ce n’est pas le bon moment »

Mais à mesure que l’échéance approche, les certitudes s’estompent. « Il n’y a pas d’engagement ferme, les contours de l’événement ne sont pas clairs pour l’instant », freine-t-on aujourd’hui dans l’entourage de M. Blanquer. Est-il bien nécessaire de battre le pavé quand l’apaisement guette ? « Ce n’est pas le bon moment, c’est trop tard, estime un autre ministre. Il ne faut pas remettre en route ce qui pourrait être ressenti comme du mépris. » « Les élus font ce qu’ils veulent mais pour un ministre, c’est compliqué de participer à une manif’ », juge pour sa part le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux.

Cette frilosité est partagée par Stanislas Guérini, délégué général de LRM, qui a indiqué qu’il n’« ira[it] pas » à titre personnel, expliquant ne pas vouloir « prendre le risque qu’il puisse y avoir dans la rue à un moment un camp contre un autre ».

Le maintien de l’ordre public est un souci constant dans la bouche des « anti ». « Comme nous ne sommes pas sûrs de pouvoir éviter un affrontement de rue, on ne peut pas se permettre de prendre le risque d’en faire partie », juge un poids lourd de la majorité. « Je suis préoccupé à l’idée de créer nous-même un moment de confrontation potentielle », abonde un conseiller d’Edouard Philippe, qui prévient : « Ce n’est pas à nous de dire à chacun quoi faire. En tout cas, l’initiative n’est ni coordonnée ni suscitée par nous. »

« On ne sait pas trop qui organise le truc », avance même un ministre pour justifier ces réticences, feignant de s’emmêler les pinceaux au moment de nommer ce collectif des « foulards rouges » qui cherche à mobiliser en leur faveur.

Car, au fond, c’est la crainte du flop qui prédomine. « Nous ne sommes pas en mai 1968, et je ne vois pas de général de Gaulle », grince un membre éminent de la majorité. « Que les militants aient envie d’y aller, très bien, mais nous, les élus, ce n’est pas notre rôle. Nous avons été élus pour trouver des solutions à la crise », juge Aurélien Taché, député (LRM) du Val-d’Oise. Et de mettre en garde : « le clivage ne doit pas être contre les Français. Si on se met dans la logique de se compter, bloc contre bloc, on risque de renforcer les “gilets jaunes”. » Et d’exciter une contestation que l’on cherche à endormir.

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21 janvier 2019

La une de Libération ce matin

21 janvier 2019

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21 janvier 2019

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21 janvier 2019

CATHERINE DENEUVE VEND SA GARDE ROBE SAINT LAURENT !

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L’avantage d’être la meilleure amie d’un créateur de mode de génie tel qu’Yves Saint Laurent, c’est d’avoir une armoire qui déborde d’élégance et un style sans pareil.

Catherine Deneuve, célèbre actrice française de 75 ans que l’on ne présente plus, a décidé de vendre ses vêtements créés par Yves Saint Laurent. Une vente aux enchères organisée par Christie’s, réunissant 300 pièces, qui promet en luxe et beauté.

Il faut dire que les deux amis se connaissaient depuis longtemps : à l’âge de 22 ans, Catherine Deneuve avait déjà le privilège de porter ces créations haute couture. Yves Saint Laurent l’habilla en effet lors de sa présentation à la Reine d’Angleterre, puis pour une soirée de promotion pour « Les Demoiselles de Rochefort » avant de dessiner ses tenues pour le film de Luis Buñuel, « Belle de jour », à la demande de l’actrice en 1967. Depuis ils ne se quittaient plus, s’influençant l’un l’autre : Catherine devient la muse d’Yves Saint Laurent et celle-ci, telle une icône, représente son style à la scène comme à la ville.

Parmi les pièces incontournables de ces enchères, réalisées à l’occasion de la vente de la maison normande de l’actrice où étaient conservées les vêtements, on retrouve une robe à franges charleston brodée de perles de la collection printemps-été 1969 - Catherine Deneuve l’a portée lors de sa rencontre avec Alfred Hitchcock en 1969 en compagnie de Philippe Noiret et François Truffaut - estimée entre 3 et 5000 euros. Un smoking en laine noir porté pour les 20 ans de la maison de couture en 1982, ou encore une robe en mousseline bleu canard de 1997, créée à l’occasion de la cérémonie de clôture du Festival de Cannes. Un autre modèle phare porté aux Oscars, une robe en panne de velours lamée estimée entre 2 et 3000 euros.

Pourquoi cette vente est exceptionnelle? Elle est le fruit d'une collaboration artistique totalement libre et gratuite entre une grande actrice française et l'un des plus grands couturiers du XXe siècle. Un phénomène rare aujourd'hui. Catherine Deneuve reste pour autant très discrète quant à l'utilisation de cet argent, estimant ne pas avoir à se "justifier", affirme-t-elle  dans les colonnes du Figaro.

Des créations mythiques à découvrir en accès libre lors d’une exposition du 19 au 24 janvier 2019 chez Christie’s à Paris. La vente très haute couture aura ensuite lieu le 24 janvier à 14h30, en pleine fashion week.

Christie's Paris

Du 19 au 23 janvier 2019

9 Avenue Matignon, 75008 Paris

De 10h à 18h puis le jeudi 24 janv. de 10h à 12h

Entrée libre

21 janvier 2019

Après l’affaire Benalla, les hommes de l’ombre de l’Elysée en pleine lumière

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Autour d’Emmanuel Macron gravitent des personnages aux parcours atypiques. Bien qu’absents de l’organigramme officiel, leurs rôles ont été mis en évidence par les révélations sur Alexandre Benalla.

En cette chaude soirée du 18 juillet 2018, les téléphones personnel et professionnel d’Alexandre Benalla vibrent et sonnent sans répit. Le Monde vient de révéler que cet adjoint au chef de cabinet du président de la République a molesté un couple de manifestants, le 1er mai à Paris. « Mon affaire va sortir », répète-t-il depuis le début de l’après-midi à ses collègues de l’Elysée. Etrangement, alors que le scandale éclate, il affiche une forme de flegme et ne change rien, du moins en apparence, à ses habitudes. Il passe la soirée avec un vieux copain, Vincent Crase, celui-là même qui l’accompagnait cet après-midi du mois de mai dans le Quartier latin pour « observer » les techniques de maintien de l’ordre.

Crase a rencontré Benalla dans la gendarmerie – ils étaient tous les deux réservistes dans l’Eure –, puis travaillé avec lui dans la sécurité privée avant de le suivre au service d’ordre de la campagne d’Emmanuel Macron. Cet été 2018, il est employé à la sécurité du siège de La République en marche et effectue parfois des missions à l’Elysée au sein de la Garde républicaine. En fin de soirée, le duo quitte l’hôtel du Collectionneur, un palace de la rue de Courcelles, dans le 8e arrondissement de Paris, et gagne le Damas Café, un bar à chicha de la rue du Colisée, à trois pâtés de maison du palais présidentiel. Benalla se rend presque chaque soir dans ce bar. Il a sa place, à gauche près de l’entrée.

C’est dans la tempête, paraît-il, qu’on reconnaît ses amis. Le jeune homme peut être rassuré. Dans la longue liste de ses interlocuteurs téléphoniques établie par les enquêteurs, on trouve, ce soir-là, des célébrités comme Christian Prouteau, le fondateur du GIGN et l’ex-patron des fameux « gendarmes de l’Elysée » du temps de François Mitterrand ; ou encore Thierry Légier, le garde du corps de Jean-Marie Le Pen puis de sa fille Marine. Mais ce sont d’autres échanges qui retiennent aujourd’hui l’attention : les appels - émis ou reçus- avec ses collègues de l’Elysée.

Ismaël Emelien, le « M. Crises »

Discret conseiller spécial du président, Ismaël Emelien, l’homme qui a théorisé le macronisme et imaginé la stratégie victorieuse de la présidentielle, est un des principaux interlocuteurs de Benalla durant cette nuit interminable. Au palais, M. Emelien se charge notamment de la veille des médias et de la riposte aux polémiques susceptibles de menacer le chef de l’Etat – ce qu’on appelle la « com de crise ». Or, ce 18 juillet, à en juger la salve de coups de téléphone échangés et le vent de panique qui s’installe, crise il y a.

L’examen de leurs « fadettes » (relevés téléphoniques) révèle aux enquêteurs qu’Ismaël Emelien envoie des textos à Benalla jusqu’à 2 h 28, puis à nouveau aux aurores, peu après 5 heures. Le « garde du corps » s’accorde ensuite quelques heures de repos, mais lorsqu’il rallume ses portables, le premier contact, à 8 h 28, est avec ce même Emelien. Dans la soirée, Alexandre Benalla a aussi beaucoup échangé avec un collègue dont le nom n’apparaît pas dans l’organigramme public du Palais, Ludovic Chaker. L’un de ces hommes de l’ombre que « l’affaire Benalla » plonge aujourd’hui bien malgré eux dans la lumière.

« Le boulot de Chaker au début, ça consistait surtout à trouver des tables et des chaises pour les réunions »

C’est Ismaël Emelien qui a entraîné Ludovic Chaker dans l’aventure macronienne. Le premier, 31 ans, est sorti de Sciences Po en 2010 quand le second, 39 ans, s’apprêtait à prendre la responsabilité des échanges et partenariats avec l’Asie, le Pacifique, l’Afrique et le Moyen-Orient de cette même école. Selon des relations communes, c’est au Caire, en Egypte, début 2007, que les deux hommes auraient appris à se connaître : profitant de l’année à l’étranger prévue dans le cursus de Sciences Po, le jeune Emelien a choisi d’apprendre l’arabe dans ce pays. Par la suite, « Isma » et « Ludo » ne se seraient plus perdus de vue.

Ludovic Chaker intègre lui aussi l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron. Début 2016, seuls de doux rêveurs l’imaginent président et le futur parti n’est encore qu’un embryon de formation politique. Emelien en devient le « directeur de la stratégie », Chaker le « directeur des opérations » et le premier salarié du parti. Les deux amis s’amusent de ces titres ronflants. « Le boulot de Chaker, au début, consistait surtout à trouver des tables et des chaises pour les réunions », nous résume en souriant un pionnier de l’aventure.

Lorsque les choses deviennent plus sérieuses, « Ludo » pense à « Alex », une connaissance rencontrée dans les milieux de la sécurité privée. En décembre 2016, Alexandre Benalla est officiellement embauché comme « directeur de la sécurité », patron du service d’ordre chargé de protéger le candidat et d’assurer la sécurité de ses meetings et déplacements. La nouvelle recrue fait à son tour venir des copains comme Vincent Crase, son supérieur dans l’Eure lorsqu’il effectue ses missions de réserviste pour la gendarmerie. L’aventure, la fatigue des meetings et l’ivresse de la campagne scellent leur camaraderie. Une fois Emmanuel Macron élu, Crase rejoint le siège du parti, les autres suivent « le chef » à l’Elysée.

Ismaël Emelien choisit le bureau qu’Emmanuel Macron occupait lorsqu’il était secrétaire général adjoint de l’Elysée sous François Hollande. Le voilà conseiller spécial (c’est-à-dire politique) du nouveau chef de l’Etat. C’est le plus proche du président parmi les « Mormons », comme se surnomme elle-même l’équipe de trentenaires et de quadras immortalisée par les caméras à son arrivée sur le perron de l’Elysée, le 14 mai 2017, pour la cérémonie d’investiture : Alexis Kohler, Sylvain Fort, Julien Denormandie, Richard Ferrand, Sibeth N’Diaye… Un vrai conte de fées.

Ce jour-là, le jeune Alexandre Benalla, 25 ans, n’est pas sur la photo. Le « M. Sécurité » de la campagne ignore encore l’intitulé exact de son nouveau poste. Il est nommé quelques jours plus tard « adjoint au chef du cabinet du président », un job d’intendance sur le papier, dont seul le scandale révélera finalement l’étendue. Dès les premiers soirs, selon des témoins, il teste déjà son pouvoir en corrigeant la liste des invités de la soirée organisée pour remercier les « petites mains » de la campagne. « Lui, pas elle… » : à la porte de l’Elysée, listing en main, il donne des consignes aux gendarmes un peu étonnés qu’il tente de refouler certains convives aux grilles du palais.

Un « ninja » agent secret

Ludovic Chaker n’apparaît pas non plus sur le tapis rouge et les images du perron. Pendant la campagne, il répondait volontiers aux questions des journalistes sur l’organisation des meetings et tweetait tout aussi volontiers les photos des visiteurs de renom qui défilaient devant son bureau du QG de campagne. Il semble disparaître après l’élection. En réalité, il a trouvé lui aussi un bureau au palais. Fin juillet, Le Monde révèle qu’il est chargé de mission auprès du chef d’état-major particulier du président de la République, structure aux contours un peu flous traditionnellement dirigée par un militaire. C’est une surprise de plus dans son CV, déjà difficile à reconstituer.

Ses racines aveyronnaises ne l’ont pas empêché de gagner le surnom de « ninja ». Il enseigne le yoga à ses heures perdues, a appris le chinois à Paris aux Langues O’et les arts martiaux auprès de Maître Liang, un Chinois installé en France. Il débute son parcours professionnel à l’âge de 28 ans, en 2007, avec un contrat au consulat général de France à Shanghaï, chargé de la coopération universitaire. « Il connaissait bien la Chine et occupait un de ces postes qui servent parfois de couverture », se souvient Franck Renaud, auteur du livre Les Diplomates, derrière la façade des ambassades de France (Nouveau monde, 2011), alors chargé de mission pour l’école de journalisme de Lille (ESJ) en Asie.

De retour en France, Chaker travaille pour Sciences-Po avant de devenir consultant à son compte. Il travaille aussi brièvement pour une société de marketing sportif créée par son oncle, Claude Atcher, un pilier des instances du rugby français, aujourd’hui chargé de l’organisation de la Coupe du monde de 2023 en France. Quand il rejoint En marche !, Ludovic Chaker habite un petit village de Haute-Savoie. Il franchit chaque jour la frontière suisse pour gagner à Genève les bureaux d’une petite école de commerce, qui l’a recruté pour qu’il déniche des partenariats et des étudiants en Asie.

Dans une équipe de campagne présidentielle, des expériences comme celles de « Ludo », dans le renseignement, ou d’« Alex », dans la sécurité privée, sont précieuses.

Le jeune homme n’a pas attendu En marche ! pour s’intéresser à la politique. En 2009, répondant à une annonce, il dirige pendant quelques années le cabinet du maire d’une ville moyenne d’Indre-et-Loire, Joué-lès-Tours. « Un homme brillant, impénétrable », se souvient un collègue, « qui baroudait au loin pendant les congés, ajoute un autre, en mission, disait-il ». Il prend sa carte au Parti socialiste, avant de tenter sa chance en indépendant aux législatives de 2012. Il se présente alors dans la plus grande circonscription des Français de l’étranger, celle couvrant l’ex-URSS, l’Asie et l’Océanie. Sa suppléante, Michèle Jullian, que le candidat avait contactée parce qu’elle tenait un blog en Thaïlande, en rit encore : « Un soir, à Paris, il m’a fait rencontrer des jeunes gens très Sciences Po qu’il présentait comme son équipe de campagne, et je ne l’ai plus jamais revu. » Chaker finit avec 1,99 % des voix et un an d’inéligibilité infligé par le Conseil constitutionnel pour des comptes de campagne non vérifiés par un expert-comptable agréé.

En fait, « Ludo » serait surtout agent secret, si secret qu’il ne s’en cache guère devant ses interlocuteurs. Selon le Journal Officiel, il a été promu en 2017 au grade de « commandant de réserve dans l’armée de terre ». Selon les « MacronLeaks », cette masse de courriels et de documents internes de la campagne mis en ligne par des hackers entre les deux tours de l’élection de 2017, c’est en qualité d’« ancien militaire, 44e régiment d’infanterie », qu’il participe d’ailleurs au groupe de réflexion chargé de conseiller le candidat sur les questions de défense. Les connaisseurs savent que ce régiment accueille les militaires travaillant pour la DGSE, le service de renseignement extérieur. Interrogé par le Monde, Chaker fait savoir par l’intermédiaire de son avocat qu’il ne souhaite ni confirmer ni démentir son rattachement à ce régiment. Dans une équipe de campagne dominée par les « technos » et les économistes, son expérience, comme celle d’« Alex », dans la sécurité privée, semblent de toute façon précieuses.

Les armes de Benalla

Les « Macron boys » raffolaient de The West Wing, une série sur les coulisses de la Maison Blanche. Grâce à ces recrues, les voici plongés en plein Bureau des légendes. Au siège de la campagne, rue de l’Abbé-Groult, dans le 15e arrondissement de Paris, « Alex » a décidé devant ses troupes qu’il avait seul le droit de faire la navette entre le quatrième étage, celui du service d’ordre, et le sixième, celui du « chef », là où « Isma » et « Ludo » ont installé leurs bureaux. Chaker soutient Benalla lorsqu’en début 2017, celui-ci réclame l’achat d’un Flash-Ball et d’équipements de maintien de l’ordre. « Assez hallucinant », s’agace le trésorier de la campagne, Cédric O., dans un des courriels révélés par les « MacronLeaks ». La demande est d’ailleurs refusée.

Des armes, des vraies, il y en déjà pas mal au quatrième étage : trois pistolets Glock stockés dans un coffre-fort. Quelques membres du service d’ordre disposent des autorisations nécessaires, mais uniquement pour assurer la sécurité à l’intérieur des locaux. Début 2017, Benalla demande à la Préfecture de police (PP) de Paris des autorisations de port d’arme valables aussi à l’extérieur, pour les déplacements d’Emmanuel Macron. Selon les documents consultés par Le Monde, Benalla réclamait ces permis pour lui-même et cinq membres de son service d’ordre, dont son ami Vincent Crase. Mais aussi, plus surprenant, pour un septième bénéficiaire, un autre ami : Ludovic Chaker. Au Monde, ce dernier affirme ne pas avoir été tenu au courant de cette demande, elle aussi rejetée au motif que le candidat disposait déjà d’une protection policière.

Qu’importe : une fois à l’Elysée, Alexandre Benalla obtient du ministère de l’intérieur l’autorisation de rester armé en toutes circonstances, en raison de sa proximité physique avec le président. C’est un de ces attributs du pouvoir dont il raffole, comme sa voiture de fonction, une Renault Talisman équipée d’un gyrophare bleu et d’un pare-soleil « police ». Fin juillet, lorsqu’il tente – sans ordre de mission – de récupérer la berline à la fourrière, les enquêteurs en profitent pour la fouiller. Rien de très intéressant pour eux. A l’arrière du véhicule traînent tout de même une enveloppe appartenant à Vincent Crase et, dans le vide-poches, trois cartes tricolores d’accès au palais d’Elysée, qui laissent penser que des conseillers font parfois voiture commune. L’une de ces cartes appartient à Benalla, l’autre à Ismaël Emelien, la troisième à un voisin de bureau de Ludovic Chaker : Paul Soler, lui aussi chargé de mission à l’état-major particulier du président de la République, un autre conseiller de l’ombre oublié de l’organigramme.

Paul Soler, « spécialiste » de la Libye

Ce militaire de carrière, qui compte une vingtaine d’années de service derrière lui, gravitait « dès 2016 » autour d’En marche !, raconte un pilier de la campagne présidentielle (sollicité par Le Monde M. Soler n’a pas voulu confirmer). Il se murmure qu’il a travaillé au COS, le Commandement des opérations spéciales (les forces spéciales françaises), et appartiendrait au 13e régiment de dragons parachutistes, « ceux qui s’infiltrent à l’arrière des lignes et sont capables de rester dix jours dans un trou en mangeant des rations de combat et en chiant dans des boîtes de conserve », s’émerveille un proche d’Emmanuel Macron. Soler n’est ni diplomate ni arabophone mais aurait passé quelques mois à Benghazi dans un bunker, en 2011, pour assister les rebelles affrontant les troupes de Kadhafi. En 2016, il s’est vu décerner la Légion d’honneur « avec citation ». En mai dernier, un décret du président de la République l’a promu « à titre exceptionnel » au grade de commandant.

Censé conseiller le président sur les questions liées au terrorisme djihadiste, Paul Soler s’est imposé à l’Elysée sur les dossiers diplomatiques les plus sensibles

La Macronie encourage ces parcours atypiques de « mecs out of the box », comme elle dit, loin des carrières tracées par les grands lycées. Jeudi 6 décembre, lors d’une réunion du cabinet élargi d’Emmanuel Macron, quelques jours avant l’intervention télévisée du président sur les « gilets jaunes », Chaker a d’ailleurs pris la parole. Au fil des mois, ces conseillers de l’ombre ont élargi leur domaine. Paul Soler a ainsi pris une place importante dans la maison Elysée. Censé conseiller le président sur les questions liées au terrorisme djihadiste – l’Irak, l’Afghanistan, le Yémen –, il s’est imposé sur les dossiers diplomatiques les plus sensibles. « Il a pesé dans les efforts déployés par l’Elysée pour obtenir de l’administration américaine que Trump retarde le départ des troupes en Syrie », assure un initié.

La Libye est devenue son domaine réservé. « Monsieur Paul », comme on l’appelle sur le terrain, a aidé à l’organisation en juillet 2017 de la conférence de La Celle-Saint-Cloud (Yvelines), où la France avait réuni deux rivaux, le chef de gouvernement, Faïez Sarraj, et le maréchal Khalifa Haftar. Certains assurent même qu’il est responsable de la mutation prématurée à Malte de l’ambassadrice de France, Brigitte Curmi, jugée récalcitrante. Pour les uns, l’influence de Paul Soler tient au contexte : en période d’attentats et d’opérations extérieures, les militaires prennent souvent davantage de place dans la politique étrangère. Les « diplos » du « Quai », eux, s’agacent de la place croissante prise par cette atypique et mystérieuse figure de l’Elysée.

Qui est derrière le mystère du CD-ROM ?

Ces conseillers de l’ombre ont souvent du culot. Le 2 mai, Patrick Strzoda, directeur du cabinet d’Emmanuel Macron, annonce à Benalla sa suspension pour quinze jours à la suite de sa participation, brassard de police au bras, à des arrestations place de la Contrescarpe, à Paris. Par SMS, le directeur de cabinet lui envoie une ébauche de la lettre de mise à pied qu’il prévoit de lui adresser. Mais le chargé de mission intime au grand commis de l’Etat de revoir sa copie. « Je ne peux pas signer ce courrier. J’ai commis une faute et je veux protéger le président, mais je signe la réalité », écrit-il par texto. « Quelle formulation vous proposez ? », demande alors M. Strzoda, avant d’amender le courrier. Au fond, les « bad boys » de l’Elysée ne respectent que le président. Ils ont affublé Alexis Kohler, le secrétaire général du palais, du surnom peu flatteur d’« Excel », comme le logiciel de comptabilité.

Alexandre Benalla est encore attablé dans le bar à chicha de la rue du Colisée quand Jean-Yves Hunault, officier de liaison entre la Préfecture de police de Paris et l’Elysée, vient le trouver

Comprennent-ils, ces hommes de l’ombre, qu’avec le scandale provoqué par Benalla, plus rien ne sera comme avant ? Imaginent-ils, en ce début d’été, que des juges d’instruction viendront perquisitionner son bureau et ses tiroirs, que les pare-soleil de la Renault Talisman seront fouillés par les policiers, que leurs supérieurs devront s’expliquer, des semaines durant, devant des députés et sénateurs réunis en commissions d’enquête et des millions de Français ? Les « clés de bras » et autres « balayettes » d’Alexandre Benalla et de Vincent Crase place de la Contrescarpe les condamnent désormais à la lumière.

Cette nuit du 18 au 19 juillet, impossible encore d’imaginer l’ampleur que prendra l’« affaire ». Des fonctionnaires de la PP un peu trop zélés repèrent dans la vidéosurveillance du 1er mai des images susceptibles d’aider Benalla : on y voit le couple de jeunes manifestants, peu avant leur interpellation musclée, lancer des projectiles sur les forces de l’ordre. De quoi rééquilibrer le récit des faits et contrebalancer la vidéo à l’origine du scandale. Les images sont extraites des serveurs et gravées sur un CD-ROM. « Une grosse connerie », se lamente dès le lendemain un des policiers impliqués. C’était en effet parfaitement illégal.

Vers minuit, Benalla est encore attablé dans le bar à chicha de la rue du Colisée quand Jean-Yves Hunault, officier de liaison entre la PP et l’Elysée, vient lui apporter le CD-ROM. Tout au long de la soirée, le policier est aussi pendu au téléphone avec Ludovic Chaker. Un des épisodes les plus rocambolesques de l’affaire s’ouvre alors. Benalla assure ne pas avoir regardé le disque, être rentré chez lui à Issy-les-Moulineaux, et l’avoir remis le lendemain matin à 8 h 30 à Ismaël Emelien, à l’Elysée. Or, au beau milieu de la nuit, un compte Twitter anonyme soutenant En marche !, @FrenchPolitic, diffuse la vidéo figurant sur le CD. Soit Benalla est l’auteur de ce Tweet nocturne, soit il a confié le disque à quelqu’un avant d’aller se coucher. Le bar à chicha se trouve à 500 mètres de l’Elysée. Grâce au « bornage » des téléphones, les enquêteurs se contentent de noter qu’à ce moment de la nuit, un seul correspondant d’Alexandre Benalla se trouve dans les parages : Ismaël Emelien, le conseiller spécial du chef de l’Etat. C’est un mystère parmi d’autres.

Jusqu’à Noël, Alexandre Benalla n’avait pas coupé les ponts avec ses anciens camarades de l’Elysée : au Monde, Ludovic Chaker convient l’avoir revu ou lui avoir téléphoné. Une nouvelle énigme, plus récente, a mis de la distance entre Benalla et ses anciens collègues. L’ex-adjoint au chef de cabinet d’Emmanuel Macron a affirmé à Mediapart qu’il aurait récupéré en octobre « dans un sac en plastique » des affaires oubliées dans son bureau : « un chéquier, des clés », et même deux passeports. S’il ne ment pas, est-ce un de ses anciens camarades de bureau qui lui a remis ce sac ?

Ariane Chemin

François Krug

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