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Jours tranquilles à Paris

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8 septembre 2020

En Russie, l’empoisonnement, arme discrète contre les opposants

Selon le gouvernement allemand, l’opposant russe Alexeï Navalny, hospitalisé à Berlin, a été empoisonné au Novitchok.

Accusée d’avoir tenté d’empoisonner l’opposant Alexeï Navalny, la Russie a une longue tradition d’utilisation du poison pour se débarrasser des ennemis de l’intérieur et de l’extérieur.

En 1921, Lénine ordonne de créer en Union soviétique une cellule de recherche toxicologique chargée de mettre au point des substances permettant de faire passer de vie à trépas les opposants au régime : pendant 75 ans, des dizaines d’exécutions maquillées en crises cardiaques, suicides, dépressions, maladies inexpliquées et soudaines ont été perpétrées.

Démantelé au début de la Perestroïka, le laboratoire des poisons a été réactivé par Vladimir Poutine, raconte Alexandre Litvinenko dans son livre « Le temps des assassins », paru en 2002. Quatre ans plus tard, en novembre 2006, le même Alexandre Litvinenko, ancien membre du FSB (services secrets), entré en dissidence et réfugié à Londres, rencontre, dans un hôtel, deux anciens collègues, Dimitri Kovtun et Alexeï Lougovoï. Ils commandent un gin, lui un thé noir : deux heures après, il se tord de douleur. Il décède quelques semaines après et on retrouvera dans son sang du polonium 210, une substance radioactive dont une quantité infinitésimale provoque la destruction des cellules du sang et entraîne une mort rapide et douloureuse.

Depuis vingt ans, la Russie de Poutine a ainsi connu une dizaine d’empoisonnements présumés, les plus retentissants contre des personnes qui s’apprêtaient à nuire de façon imminente au régime. Ces actions menées contre des voix critiques (journalistes, défenseurs des droits humains) sont restées impunies. Les autorités ont toujours refusé d’ouvrir des actions en justice et les exécutants et commanditaires n’ont jamais été retrouvés. Cette technique d’élimination des opposants a un avantage pour le pouvoir : ces empoisonnements fortement médiatisés constituent un avertissement pour d’éventuels candidats à la dissidence…

Novitchok, polonium et substances inconnues

Métaux lourds, plantes toxiques, produits chimiques. Tout est bon, y compris les armes chimiques interdites…

Selon les sources officielles, les stocks de Novitchok, substance neurotoxique élaborée pendant la Guerre froide et interdite par la Convention internationale sur les armes chimiques, auraient été détruits au moment de la Perestroïka. Reste que des « fuites » se sont probablement produites… Les toxicologues allemands ont formellement reconnu, il y a quelques jours, des traces d’une substance du groupe des inhibiteurs de cholinestérase (proche du Novitchok) dans le sang d’Alexeï Navalny, « l’ennemi numéro un « de Vladimir Poutine.

Pour le Kremlin, qui refuse toujours d’ouvrir une enquête malgré les pressions internationales il s’agit d’un « remake ».

En 2018, l’agent double Sergueï Skripal et sa fille Youlia sont retrouvés inconscients sur un banc, dans un parc de la ville de Salisbury, au sud de l’Angleterre, ou ils résident. La police conclut à l’empoisonnement au Novitchok.

À Londres, en 2012, Alexandre Perepilichny, un homme d’affaires russe devenu lanceur d’alerte, était mort après un malaise en faisant du jogging. L’autopsie avait révélé la présence, dans son estomac, de gelsémium, un poison très puissant fabriqué à partir d’une plante asiatique de la famille du jasmin, qui provoque une détresse respiratoire sévère entraînant la mort en quelques minutes.

La nature du poison est parfois difficile à détecter car les substances toxiques se dissolvent dans l’organisme sans laisser de traces. En 2003, Iouri Chetchekotchikine, rédacteur en chef adjoint du journal d’opposition Novaya Gazeta tombe brusquement malade. Les médecins ne parviennent pas à identifier le mal étrange qui le ronge et provoque un vieillissement prématuré. Il meurt au bout de quelques semaines. Les médecins évoquent « l’effet Tchernobyl », où il n’a pourtant jamais mis les pieds, sa famille et ses amis parlent d’un empoisonnement au thallium, un métal hautement toxique, autrefois utilisé dans la mort-aux-rats.

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8 septembre 2020

Pointe de Kerbihan

pointe de kerbihan

8 septembre 2020

Chevaux mutilés : un suspect arrêté dans le Haut-Rhin.

La police française a arrêté un homme dans le Haut-Rhin dans le cadre d’une enquête sur une série de mutilations de chevaux dans tout le pays ces derniers mois, que la BBC qualifie de “mystérieuses”. Selon la police, qui a annoncé lundi l’information, le suspect, âgé de 50 ans, a été arrêté à son domicile en Alsace. Le procureur a déclaré qu’il était “connu en Allemagne pour ses attaques contre les animaux”. Après une attaque dans l’Yonne, le mois dernier, la police avait diffusé fin août le portrait-robot d’un suspect “aperçu sur les lieux”, retrace l’article. “Des dizaines de chevaux ont été tués ou mutilés cette année” dans l’Hexagone, explique la radio britannique. “La dernière attaque a eu lieu au sud de Dijon dimanche dernier.”

8 septembre 2020

Rachel Cook

rachel61

8 septembre 2020

Tout est rouge, un enchevêtrement de corps : au procès des attentats de janvier 2015, le cheminement vers l’horreur

Récit - Par Pascale Robert-Diard

Des images de la tuerie de « Charlie Hebdo », le 7 janvier 2015, ont été projetées, lundi, lors de la deuxième semaine d’audience à la cour d’assises spéciale de Paris.

« Je vous propose qu’on clique sur le plan pour suivre la flèche, énonce d’une voix calme Christian Deau, enquêteur de la section antiterroriste de la brigade criminelle, qui dépose à la barre de la cour d’assises spéciale de Paris, lundi 7 septembre. Quand on entre, la première scène de crime est celle-ci. » Du sang, une longue flaque de sang sous une chaise à roulettes. Ici était assis Simon Fieschi, le 7 janvier 2015 à 11 h 33 minutes et 50 secondes. Grièvement blessé, il a déjà été évacué des locaux de Charlie Hebdo.

« Le principe du panoramique, c’est qu’on peut tourner », poursuit Christian Deau. L’image tourne, la flèche avance. De la même voix calme, l’enquêteur donne une autre indication : « Si on clique sur un petit cavalier [les repères jaunes installés par la police sur les scènes de crime], il apparaît en gros. » Il clique, pour l’exemple. Une douille apparaît en gros plan. « Ce qui est vrai pour une douille le sera pour un corps. » On s’accroche à cette voix qui guide vers l’horreur.

« On va donc cheminer pour comprendre. On arrive dans le couloir. » La voix précise : « En tout, 36 étuis seront trouvés. Ils proviennent en majorité de l’arme de Chérif Kouachi. » Au vol, on saisit l’image de rangées d’archives cartonnées sur des étagères. Au sol, une longue flaque de sang, un premier corps. Celui de Mustapha Ourrad, correcteur du journal. On avance. Un deuxième corps. Celui de Franck Brinsolaro, le garde du corps de Stéphane Charbonnier, dit Charb. « Son arme est sous lui, dit la voix. Et là, nous arrivons dans la salle principale… »

Tout est rouge. Un enchevêtrement de corps. La voix égrène, on note, on note, on se cramponne à sa régularité, à sa technicité. « Le premier corps que nous voyons est celui de Monsieur Verlhac. » Bernard Verlhac, dit Tignous. Ses cheveux noirs frisés, son éternel jean. « La balistique estime que la distance de tir est inférieure à 10 centimètres. Le cavalier F correspond au corps de Monsieur Maris. Le corps marqué D est celui de Madame Cayat. Un seul tir au niveau de l’œil droit. » On note encore. H, le corps de Cabu. C, le corps de Wolinski. E, celui d’Honoré.

Nuage de fumée

Tourne l’image. « L’autre partie de la scène de crime. Le cavalier B indique le corps de M. Charbonnier. Trois tirs de kalachnikov au niveau du crâne. A une distance inférieure à 10 centimètres. En zoomant, là, on voit que le sang a atteint le plafond. » On obéit à la voix et on voit. « Et là, le cavalier A correspond à Monsieur Renaud », coincé derrière un bureau dans un coin. Au-dessus d’eux, un drapeau du Kurdistan, des photos accrochées au mur, un grand tableau avec le « chemin de fer » du numéro de Charlie Hebdo en cours de préparation. Ce qui reste de la vie d’un journal.

Le président de la cour annonce une courte suspension d’audience. Dix minutes plus tard, l’écran se rallume. Une première vidéo muette enregistrée par la caméra de surveillance est diffusée. « Là, on est juste avant l’attaque », annonce Christian Deau. La porte s’ouvre, Corinne Rey, dite Coco, apparaît à l’écran, la kalachnikov de Chérif Kouachi pointée dans son dos. Elle vient de composer le code d’entrée des bureaux de Charlie Hebdo. Juste derrière entre Saïd Kouachi.

Un nuage de fumée. Chérif Kouachi vient de tirer sur Simon Fieschi qui s’effondre lentement vers la droite. La fumée s’épaissit. « Elle est provoquée par les tirs dans la salle principale », dit la voix. A l’écran, on ne distingue plus que le sommet de la tête de Saïd Kouachi qui monte la garde pendant que son frère massacre dans la pièce d’à côté. Passent les secondes. Chérif Kouachi revient de la salle principale, lève le poing vers le ciel.

Deuxième vidéo, autre plan. Retour en arrière. Mustapha Ourrad est assis à son bureau, les yeux rivés à son écran, la souris dans la main. Nouveau tir. Chérif Kouachi se penche au-dessus d’un muret, aperçoit Sigolène Vinson, l’invective, index pointé. On n’entend pas mais on sait qu’il lui dit à cet instant qu’il ne tue pas les femmes et lui intime l’ordre de lire le Coran. Elle glisse lentement vers le sol. Quelques secondes plus tard, elle se relève. Les deux terroristes sont partis. Ses yeux s’écarquillent, sa bouche s’ouvre. L’image fige l’effroi.

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8 septembre 2020

Marisa Papen

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8 septembre 2020

L’opposant russe Alexeï Navalny sort du coma, Moscou continue de nier tout acte « criminel »

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Par Benoît Vitkine, Moscou, correspondant, Thomas Wieder, Berlin, correspondant Le Monde

Les médecins allemands restent prudents sur l’état de santé de l’opposant russe et estiment « qu’il est trop tôt pour évaluer les conséquences à long terme de l’empoisonnement dont il a été l’objet ».

Alexeï Navalny va mieux. Le leader de l’opposition russe « a été sorti de son coma artificiel », « réagit à la parole » et va « progressivement » cesser d’être placé sous respirateur artificiel, a indiqué, lundi 7 septembre, l’hôpital berlinois de la Charité, dans un communiqué. Dix-huit jours après le malaise dont M. Navalny a été victime à bord d’un vol commercial en Sibérie, les médecins allemands restent toutefois très prudents.

« Il est trop tôt pour évaluer les conséquences à long terme de l’empoisonnement sévère dont il a été l’objet », précise le bulletin de santé, publié cinq jours après que le gouvernement allemand eut révélé que M. Navalny avait été intoxiqué par un agent de la famille du Novitchok. Mis au point en URSS dans les années 1970, ce poison innervant particulièrement puissant a notamment été utilisé contre l’ancien espion russe Sergueï Skripal et sa fille, en 2018, en Angleterre. Londres avait alors dénoncé une tentative de meurtre diligentée par la Russie, et menée par les services de renseignement militaire russe (le GRU).

« Clarifier ce qui s’est passé »

Pour l’heure, les proches d’Alexeï Navalny font preuve de retenue se contentant de relayer les communiqués émis par les médecins berlinois. Le soulagement est toutefois perceptible au sein de la famille libérale, comme en témoigne l’humour avec lequel le politiste russe Fiodor Kracheninnikov s’est adressé, lundi soir, aux autorités : « Tremblez, parce que, maintenant, c’est Navalny lui-même qui va s’occuper de l’enquête sur cet empoisonnement. »

Le clin d’œil est un rappel des enquêtes implacables conduites par Alexeï Navalny. Depuis qu’il est hospitalisé, deux nouvelles vidéos ont ainsi été diffusées par le Fonds contre la corruption, totalisant des millions de vues. Il s’agit des dernières investigations menées par l’avocat à Novossibirsk et à Tomsk, là où il a pu être empoisonné. Elles racontent comment ces deux villes de Sibérie sont gérées avec des méthodes mafieuses par le parti au pouvoir Russie unie.

La boutade de M. Kracheninnikov rappelle surtout qu’aucune enquête formelle n’a été ouverte en Russie, où la police des transports en est toujours à des « vérifications préliminaires ». C’est d’ailleurs là que réside le nœud du conflit naissant entre Moscou et les Européens, alors que le ministre allemand des affaires étrangères, Heiko Maas, a évoqué, dimanche, la possibilité de sanctions « si, dans les prochains jours, la partie russe ne contribue pas à clarifier ce qui s’est passé ».

Parmi les options évoquées, le gel du projet de gazoduc Nord Stream 2, qui doit acheminer du gaz russe en Allemagne via la mer Baltique et dont de plus en plus de responsables politiques allemands, y compris au sein de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) de la chancelière Angela Merkel, réclament désormais l’arrêt du chantier depuis qu’il a été révélé que M. Navalny a été empoisonné au Novitchok.

Malgré ces menaces, les autorités russes continuent toutefois de camper sur une position simple, considérant qu’il n’y a aucune raison de suspecter un quelconque acte « criminel » dans le cas Navalny. Le Kremlin, par la voix de son porte-parole, a répété, lundi, que « toute tentative d’associer la Russie de quelque manière que ce soit à ce qui s’est passé est inacceptable à nos yeux ». La porte-parole du ministère russe des affaires étrangères, Maria Zakharova, a même accusé Berlin « de retarder le processus de l’enquête qu’elle réclame », en ne transmettant pas les pièces du dossier. « Délibérément ? », a-t-elle écrit sur Facebook, en suggérant que l’Allemagne jouait « un double jeu ».

Versions alternatives en Russie

Cette position assez formelle n’est qu’un des éléments de la stratégie défensive qui se met en place en Russie. Comme dans les premiers temps ayant suivi l’hospitalisation de M. Navalny, médias et officiels multiplient les explications et les versions alternatives.

Celle présentée avec le plus de constance veut que l’opposant ait été empoisonné après son transfert en Allemagne. Des médecins et des experts en poison sont convoqués pour défendre cette idée. Parmi eux, le créateur supposé du Novitchok, Leonid Rink, condamné dans les années 1990 pour avoir vendu cette substance à des groupes criminels, ou le député Andreï Lougovoï, chef présumé du commando ayant assassiné l’ancien agent Alexandre Litvinenko au Royaume-Uni, en 2006.

Le député Ruslan Balbek défend également cette théorie en expliquant que « le scandale artificiellement créé autour de Navalny est une tentative de donner un second souffle aux actions de contestation illégales en Biélorussie ».

Dimanche soir, les deux principales chaînes de télévision ont elles aussi présenté cette version, en soulignant que le « projet Navalny, mis en place à l’époque Obama », avait perdu son utilité pour les Occidentaux et ne pouvait servir qu’à alimenter un nouveau contentieux avec la Russie. Margarita Simonian, la patronne de RT, qui assurait jusque-là qu’une cuillère de sucre aurait empêché le « malaise », a de son côté évoqué un empoisonnement commandité par Mikhaïl Khodorkovski, ancien patron de Ioukos en exil et opposant à Vladimir Poutine.

Signe en tout cas que la perspective d’un conflit prolongé avec l’Ouest voire de sanctions est prise très au sérieux, le rouble s’est redressé, lundi soir, après l’annonce d’une amélioration de l’état de santé d’Alexeï Navalny.

8 septembre 2020

Extrait d'un shooting

shoot24

8 septembre 2020

Assassinat de Jamal Khashoggi : Riyad referme le volet judiciaire mais n’éteint pas le scandale

jamal

Par Benjamin Barthe, Beyrouth, correspondant

La peine de mort infligée en décembre 2019 aux membres du commando qui ont tué le journaliste saoudien, à Istanbul en 2018, a été commuée en vingt années de prison.

La décision était attendue. Les cinq agents des services de sécurité saoudiens, considérés comme les exécutants de l’opération visant à faire taire Jamal Khashoggi, un journaliste très critique du prince héritier Mohammed Ben Salman, échapperont à la peine de mort. La sentence, qui avait été prononcée en décembre 2019, à l’issue du procès de Riyad qui avait blanchi les cerveaux supposés de cet assassinat, a été commuée lundi 7 septembre en peine de vingt ans de prison par un tribunal saoudien.

Ce verdict, ultime étape de la procédure judiciaire lancé par le royaume en réponse au scandale planétaire suscité par la mort du journaliste en octobre 2018 à Istanbul (Turquie), est la conséquence logique du pardon que les fils de Jamal Khashoggi avaient octroyé, en mai, aux assassins de leur père. A l’époque, la presse gouvernementale avait présenté le geste, annoncé pendant le mois sacré de ramadan, comme une bonne action, conforme à la tradition islamique. Mais des observateurs avaient douté de son caractère spontané, en mettant en avant les villas de plusieurs millions de dollars offertes par la couronne saoudienne aux enfants du défunt.

L’existence de ces « cadeaux » avait été révélée par le Washington Post, le quotidien américain où Jamal Khashoggi, célèbre signature de la presse saoudienne, parti en exil aux Etats-Unis en 2017, chroniquait la dérive autocratique de Mohammed Ben Salman, dit « MBS ».

C’est dans le consulat du royaume à Istanbul, où il s’était rendu pour des formalités administratives, en vue d’un remariage, que le journaliste a été tué, au moyen d’une injection létale administrée par un commando de barbouzes, venus en catimini de Riyad. Son corps, qui a été démembré, n’a jamais été retrouvé.

« Un acte de plus dans une parodie de justice »

Selon les agences de renseignements occidentales, dont la CIA américaine, cette équipée macabre n’a pas pu être menée sans l’aval de l’omniprésent « MBS », qui a la haute main sur l’appareil sécuritaire saoudien. Mais le fils du roi Salman, qui a démenti toute connaissance de l’opération, a été exonéré de toute responsabilité par la justice de son pays, laquelle a entériné sans surprise la thèse du pouvoir : celle d’une opération ayant mal tourné, conduite par des éléments incontrôlés.

Les deux membres de l’entourage du prince héritier suspectés d’avoir conçu et supervisé l’opération ont également été mis hors de cause par le système judiciaire saoudien. Le conseiller média de « MBS », le très redouté Saoud Al-Qahtani, à la pointe de la surveillance des opposants, n’a pas été poursuivi et le numéro deux des renseignements, le général Ahmed Al-Assiri, a été acquitté en décembre 2019.

Les trois autres membres du commando d’Istanbul, reconnus alors coupable d’avoir tenté de dissimuler l’assassinat, ont vu leurs peines confirmées par le second jugement, lundi 7 septembre : dix ans de prison pour l’un et sept ans de prisons pour les deux autres. Tout en se félicitant que la peine capitale ne soit pas appliquée dans cette affaire, la rapporteuse spéciale des Nations unies sur les exécutions extrajudiciaires, Agnès Callamard, a dénoncé « un acte de plus dans une parodie de justice ».

« Ces verdicts n’ont aucune légitimité légale ou morale, au terme d’un procès qui n’était ni équitable ni juste ni transparent », a écrit sur Twitter l’experte onusienne. Dans un rapport cinglant, publié en juin 2019, celle-ci avait appelé à l’ouverture d’une enquête internationale et à l’imposition de sanctions contre Mohammed Ben Salman « jusqu’à ce que la preuve de sa non-implication dans cette exécution soit apportée et corroborée ».

Pour Riyad, une affaire désastreuse en termes d’image

La Turquie pour sa part, qui avait fait éclater le scandale en révélant le contenu des enregistrements réalisés à l’intérieur du consulat d’Istanbul par des micros espions, a commencé à juger par contumace vingt Saoudiens début juillet, dont Saoud Al-Qahtani et Ahmed Al-Assiri.

La fiancée turque de Jamal Khashoggi, Hatice Cengiz, qu’il devait épouser peu après sa visite au consulat, espère que ce procès permettra de « faire la lumière » sur plusieurs zones d’ombre, notamment ce qui est advenu des restes de l’ancien journaliste.

En dépit des efforts de Riyad pour clore cette affaire, désastreuse en termes d’image, celle-ci continue de coller à « MBS ». Durant les deux années écoulées depuis l’assassinat d’Istanbul, le prince héritier n’a mis les pieds ni aux Etats-Unis ni en Europe.

8 septembre 2020

Palais de Tokyo - actuellement

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