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Jours tranquilles à Paris

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12 janvier 2018

Oprah Winfrey, miroir du désarroi démocrate

L'engouement suscité par la star illustre le flottement d'un parti désarçonné par la présidence Trump

Un juge de San Francisco a bloqué, mardi 9 janvier, l'abrogation par le président Donald Trump d'un programme protégeant les jeunes entrés illégalement aux Etats-Unis alors qu'ils étaient mineurs. Le magistrat, William Alsup, a estimé que l'abrogation reposait sur " une base juridique défectueuse ". L'administration Obama avait sanctuarisé le droit pour ces 690 000 jeunes en situation illégale d'étudier et de travailler aux Etats-Unis. M. Trump a dirigé mardi une réunion avec des parlementaires sur le sujet. Il se montre ouvert à un compromis si les démocrates acceptent un renforcement de la sécurité aux frontières, y compris la construction controversée d'un mur à la frontière avec le Mexique.

Il a suffi de quelques mots prononcés à l'occasion de la cérémonie des Golden Globes, à Beverly Hills (Los Angeles), dimanche 7 janvier, pour qu'Oprah Winfrey devienne en quelques heures une candidate potentielle à l'élection présidentielle de 2020. La formule, " Une aube nouvelle se profile à l'horizon ", renvoyait au succès de la campagne en cours contre les violences faites aux femmes.

Mais la conviction, la volonté et la force dégagées par cette incarnation familière du rêve américain, distinguée ce soir-là par un prix récompensant sa carrière d'actrice, ont dessiné une ambition plus grande. Elle a été disséquée tout au long de la journée de lundi sur les sites d'information et les chaînes de télévision, pendant que la principale -intéressée restait silencieuse.

L'emballement s'est prolongé mardi 9  janvier avec un commentaire de Donald Trump en marge d'une réunion de membres du Congrès, à la Maison Blanche. " Je la connais très bien ", a assuré le président, reçu souvent par Oprah Winfrey lorsqu'elle était une animatrice vedette. " Je l'aime bien (…) Je ne pense pas qu'elle sera candidate ",a-t-il ajouté, convaincu par ailleurs de l'emporter si elle se mettait d'aventure sur les rangs. La femme d'affaires devenue milliardaire, considérée comme proche du Parti démocrate, a pourtant exclu, en octobre 2017, toute incursion dans le domaine de la politique.

L'engouement qui s'est brutalement cristallisé sur son nom tient d'abord à l'absence, pour l'instant, d'une figure pouvant incarner une alternative au président sortant lors de la prochaine présidentielle. Electrisé par la rhétorique et les choix politiques de Donald Trump, le camp démocrate a pourtant regagné en vigueur après une défaite inattendue et traumatisante en  2016. En témoigne sa bonne tenue lors des élections survenues en novembre et en décembre  2017, en Virginie et en Alabama. En septembre, plus d'un an avant les élections de mi-mandat, un nombre record de candidats démocrates était déjà enregistré pour les élections au Congrès auprès de la Commission électorale fédérale, selon les chiffres du Campaign Finance Institute : 455, contre seulement 111 républicains.

Pas de chef de file incontesté

Le Parti démocrate ne dispose -cependant pas de chef de file -incontesté. Au point que l'ancien vice-président Jœ Biden, qui aura 78 ans au lendemain de l'élection de 2020, continue d'entretenir l'hypothèse d'une candidature. Le sénateur du Vermont Bernie -Sanders, 76 ans, n'a pas formellement écarté la sienne. " Il y a effectivement un vide qui avait déjà été constaté par le passé, notamment en  1992 et dont avait émergé Bill Clinton ", estime le chroniqueur du Washington Post E. J. Dionne.

Le précédent historique qu'a constitué l'élection d'un magnat de l'immobilier dépourvu de la moindre expérience gouvernementale explique également cet emballement pour une figure aussi charismatique. " L'émergence et la victoire de Trump ont remis en cause ce qui était considéré jusqu'alors comme les règles de la politique ", juge de son côté William Galston, ancien de l'administration Clinton, aujourd'hui à la Brookings Institution.

" En  2016, Donald Trump avait un récit à vendre, alors qu'Hillary Clinton défendait un programme, on a vu le résultat. Et il faut se souvenir qu'Obama lui-même avait été élu en  2008 alors qu'il ne disposait pas d'une grande expérience politique. " Donald Trump ayant apporté la preuve de l'effet létal de la notoriété, " certains démocrates en viennent à penser qu'il faut lutter contre le feu par le feu ", contre la notoriété par la notoriété, ajoute-t-il.

Etat de confusion

Aux côtés de candidats potentiels traditionnels, comme le -sénateur Cory Booker (New -Jersey), la sénatrice Kamala Harris (Californie), le gouverneur de Virginie, Terry McAuliffe, ou celui de l'Etat de New York, Andrew Cuomo, des noms reviennent -régulièrement qui renvoient à ce que représente Oprah Winfrey : la richesse, la célébrité et un -parcours singulier. Il s'agit -notamment de Mark Cuban, le milliardaire propriétaire, notamment, de l'équipe de basket des Mavericks de Dallas, et de Mark Zuckerberg, le créateur de Facebook, en dépit de l'hyperpuissance qu'incarne ce réseau social.

" Rien n'est pire pour une formation que de perdre une élection pour laquelle elle est donnée gagnante. C'est ce qui est arrivé aux démocrates en  2016, et ces derniers sont au même point qu'après la défaite de Michael Dukakis, en  1988 ", assure William Galston, en référence au candidat démocrate dont la campagne avait patiné après qu'il s'était dit opposé à la peine de mort même si son épouse était assassinée. " Il va falloir du temps avant qu'émergent un nom et une ligne politique. Les élections de mi-mandat ne sont traditionnellement pas propices à cela, car elles produisent naturellement une grande fragmentation ", poursuit-il.

Face à cette période de confusion appelée à perdurer, l'expression d'une conviction forte comme celle portée par Oprah Winfrey, dimanche soir, est donc une garantie de succès immédiat, sinon durable. Surtout sur un thème populaire comme celui lancé aux Etats-Unis contre le harcèlement sexuel et qui est considéré par certains, au sein du Parti démocrate, comme la clé d'un -retour à la Maison Blanche.

Il est probable que d'autres noms suscitent un emballement similaire au cours des mois à -venir, peut-être même jusqu'à la veille de l'ouverture de la campagne. Après avoir entretenu l'idée d'une candidature, Donald Trump avait pu se permettre d'attendre les toutes dernières semaines avant de se lancer dans la course à l'investiture répu-blicaine, fort de l'avantage que lui conférait précisément sa -notoriété. Article de Gilles Paris - Le Monde

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12 janvier 2018

Jimmy Freeman feat Atlanna - Je T'envie

12 janvier 2018

Extrait d'un shooting - nu masqué

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12 janvier 2018

Audiovisuel : Nyssen tente de reprendre la main

La ministre de la culture se sépare de son directeur de cabinet alors qu'elle prépare deux projets de loi

Je suis à la manœuvre ", a assuré plusieurs fois Françoise Nyssen, mardi 9  janvier, en marge d'un déplacement à Londres pour rencontrer, notamment, des dirigeants de la BBC, l'audiovisuel public britannique. Le matin, la ministre de la culture a annoncé la mise à l'écart de son directeur de cabinet Marc Schwartz, bon connaisseur de l'audiovisuel public, au contraire de la ministre. M.  Schwartz avait alimenté la campagne du candidat Emmanuel Macron. Ancien médiateur dans les secteurs de l'édition et des médias, il se voit confier une " mission sur l'avenir de la distribution de la presse ", où certains prônent une remise à plat complète, alors que le distributeur Presstalis est en grande difficulté.

" Marc Schwartz a toute ma confiance pour cette mission ", prend le soin d'ajouter Mme Nyssen, qui précise toutefois : " depuis le début, je décide moi-même de la composition de mon cabinet. " Une façon de nier des pressions extérieures, de Matignon ou de l'Elysée. Contactée, la présidence de la République renvoie vers le ministère de la culture, comme elle le fait ces dernières semaines sur les questions d'audiovisuel public.

Pourquoi se séparer de son directeur de cabinet ? Avec la ministre, les relations de travail n'étaient pas fluides. Mais surtout, la mise à l'écart vise à combattre l'idée que l'action du ministère de la culture manque de lisibilité et de dynamisme. Ce changement de casting succède d'ailleurs à un autre, survenu fin novembre 2017 : le départ du conseiller chargé des relations avec la presse, Gaël Hamayon, remplacé par Marianne Zalc-Muller, ancienne collaboratrice du médiatique ministre du redressement productif Arnaud Montebourg.

Le poste de Marc Schwartz sera désormais occupé par son ancienne adjointe, Laurence Tison-Vuillaume. Moins connue que son prédécesseur, celle-ci ne passe pas pour une spécialiste de l'audiovisuel public mais le ministère précise qu'elle a été chargée d'affaires au bureau " audiovisuel-défense " à l'agence des participations de l'Etat.

" Je suis le chef d'orchestre "

Récemment, un certain flottement a semblé régner au ministère de la culture de Mme Nyssen, notamment sur les sujets de l'audiovisuel public, un de ses sujets phare. Le 21  décembre 2017, alors qu'elle avait convié à la presse, à l'issue d'une réunion avec les dirigeants de France Télévisions, Radio France ou France Médias Monde, la ministre avait refusé de répondre aux questions des journalistes.

Le flou avait été accru par les deux prises de parole d'Emmanuel Macron, en décembre, très critique sur France Télévisions. Le président de la République avait alors annoncé pour 2018 une réflexion associant les parlementaires, alors que Mme Nyssen avait déjà exigé pour décembre des pistes de synergies de la part des dirigeants des sociétés concernées. Et en parallèle, le premier ministre Edouard Philippe a confié une mission sur l'audiovisuel public au comité action publique 2022 (CAP 2022), pour fin mars.

Aujourd'hui, Françoise Nyssen cherche à se placer au centre de ces différents canaux. " Je suis le chef d'orchestre ", assure-t-elle. Un groupe de travail interministériel associe le ministère de la culture et ceux de l'économie et du budget. Et Mme Nyssen est en contact avec les deux chargés de l'audiovisuel au CAP 2022, l'ancien président de France Télévisions, Marc Tessier, et le conseiller maître à la Cour des comptes Roch-Olivier Maistre. La ministre assure aussi qu'elle intégrera les réflexions des parlementaires des commissions des affaires culturelles. Mme Nyssen doit rendre des axes de réformes vers fin mars.

C'est pour préparer ces changements que la ministre a organisé, mardi 9 janvier, un déplacement à la BBC, auquel étaient conviés des journalistes. Ce choix fait inévitablement penser à l'idée de créer une " BBC à la française " qui rassemble France Télévisions, Radio France, voire France Médias Monde – en effet, la visite à Londres a commencé par BBC Afrique et BBC en arabe, qui rappellent les chaînes en langues étrangères de France 24 ou RFI. " Il n'y a pas qu'un modèle ", précise pourtant Mme Nyssen : la création d'une structure " holding " de l'audiovisuel public n'est qu'une option, assure la ministre, qui a visité en décembre 2017 la RTBF belge, qui rassemble également télévisions et radios.

De son rendez-vous avec Sir David Clementi, le président de la BBC, Mme Nyssen a notamment retenu la composition " tripartite " de son nouveau conseil d'administration, qui mêle représentants de l'Etat, de la BBC et personnalités extérieures. En effet, le gouvernement veut retirer au conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) le pouvoir de nomination des dirigeants d'audiovisuel public, qui serait confié aux conseils d'administration concernés. A ce sujet, une question stratégique de calendrier se pose : faut-il faire voter dès le printemps une " petite loi " pour régler ces questions de gouvernance, sans attendre une " grande loi " audiovisuelle fin 2018 ou début 2019 ? Cette option n'est pas exclue, reconnaît Mme Nyssen. Derrière ce débat, se cache la question sensible de l'éventuelle fin anticipée des mandats de Delphine Ernotte à France Télévisions ou Mathieu Gallet à Radio France…

D'ici là, Françoise Nyssen aura à gérer un autre dossier épineux : la loi sur les fausses nouvelles annoncée par Emmanuel Macron. Mardi, elle a rencontré Damian Collins, qui dirige la commission d'enquête sur les interférences dans le référendum sur le Brexit. Le parlementaire a jugé les intentions françaises intéressantes, tout en précisant qu'une loi n'était pas prévue à ce stade au Royaume-Uni. Article de Alexandre Piquard. Le Monde

11 janvier 2018

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11 janvier 2018

Le marché du livre confronté à la « crise de la lecture »

Par Nicole Vulser - Le Monde

Contexte électoral peu favorable, cristallisation des ventes sur les prix littéraires, concurrence des séries télévisées... En 2017, le secteur de l’édition a souffert.

Lourds nuages, houle énorme, c’est sur une mer bien hostile que les éditeurs français ont dû naviguer en 2017. « Le premier semestre s’est révélé apocalyptique », affirme l’éditrice Héloïse d’Ormesson, patronne de la maison du même nom. « Désastreux », selon Pierre Conte, directeur général du groupe Editis (Robert Laffont, Plon, Belfond, La Découverte…). « Horribilis », aux yeux de Sébastien Rouault, directeur du panel Livres de l’institut d’études de marché GFK, selon qui « le marché a chuté de 6 % en volume comme en chiffre d’affaires au cours des six premiers mois, du jamais-vu ».

Malgré un été plutôt bon et un automne stable, le marché « n’a jamais été serein en 2017, toujours entre fragilité et fébrilité », analyse Sébastien Rouault. Les estimations de GFK, de janvier à fin novembre, font état d’une baisse de 3 % du chiffre d’affaires, à 2,8 milliards d’euros. Trois des quatre grands segments de l’édition affichaient un recul fin novembre : la littérature générale (– 3 %), la jeunesse (– 7 %), le pôle savoir (histoire, sciences humaines, dictionnaires, beaux arts) (– 7 %). Seule la bande dessinée se targuait d’une forte croissance (+ 8,5 %), grâce à la sortie d’un Astérix en fin d’année.

« Mais même décembre – le mois le plus attendu et qui s’est avéré plutôt bon– ne permettra pas de tout rattraper », pronostique cet expert. L’effet d’aubaine dû aux changements de programmes scolaires – non inclus dans les statistiques GFK – amortira quelque peu le décrochage de 2017. Les plus optimistes s’attendent à une baisse des ventes de – 1 à – 1,5 %.

Trou d’air et cannibalisation

Les rebondissements qui ont scandé sans relâche la campagne électorale, des primaires de novembre 2016 aux législatives de juin 2017, expliquent largement le grave trou d’air des six premiers mois de 2017. « La fiction avait lieu dans la réalité, in vivo, de façon invraisemblable, si bien que le public est resté englué devant sa télévision », explique Olivier Nora, PDG des éditions Grasset (groupe Hachette Livre). « Le contexte électoral et le “Penelopegate” ont détraqué la fréquentation en librairies », ajoute Bertrand Py, directeur éditorial d’Actes Sud. Si, historiquement, les années d’élection présidentielle sont toujours mauvaises pour l’édition, ce cru s’est révélé particulièrement dévastateur.

Les éditeurs espéraient donc rattraper leur retard au second semestre. Ce qui a entraîné une rare concentration des titres, dont les sorties avaient été décalées. « En deux mois, la profession a proposé ce qui correspond habituellement à un an de production : trente à quarante best-sellers. Cela n’a pas pu se faire sans dégâts », souligne Olivier Nora. Résultat : le surplus d’offre a étouffé le marché. Cette politique des éditeurs visait à doper leurs ventes mais aussi à contrer leurs concurrents. Jean-Maurice de Montremy, à la tête d’Alma Editeur, rappelle que « quinze nouveautés permettent aux grands éditeurs d’occuper 1,5 mètre de linéaire sur la table d’un libraire… ». Les livres se sont cannibalisés. Les libraires ont même manqué de temps, en octobre, pour ouvrir les cartons des nouveautés.

Si bien que parmi les 581 romans de la rentrée 2017, les 46 meilleures ventes comptabilisées entre le 25 août et le 3 décembre par Livres Hebdo ont chuté de 12,5 %, à 1,39 million d’exemplaires, par rapport à la même période en 2016.

« Des livres mort-nés »

A ces aléas s’ajoute un faisceau de phénomènes structurels qui fragilisent chaque année davantage l’édition française. « Ce décrochage brutal sonne comme une sommation », tranche Jean-Guy Boin, directeur général du Bureau international de l’édition française (BIEF). « Les comportements de lecture changent et ne s’expliquent pas uniquement par des facteurs conjoncturels », dit-il.

En premier lieu, la bipolarisation du secteur s’accélère avec, d’un côté « de moins en moins de références qui se vendent de plus en plus et, de l’autre, de plus en plus de références qui se vendent de moins en moins », analyse Olivier Nora. Derrière les baobabs que constituent les best-sellers, la déforestation générale se poursuit, ajoute-t-il. Viviane Hamy, qui a fondé les éditions du même nom, déplore le fait qu’il soit devenu « effroyablement difficile de travailler dans la durée, d’imposer au fil du temps l’œuvre d’un écrivain ».

Dans la galaxie des prix littéraires – on en recense 2 000, une particularité française –, seule une demi-douzaine fortifient vraiment les ventes. La cristallisation sur ces Goncourt, Goncourt des lycéens, Femina, Renaudot ou Médicis atteint un tel paroxysme qu’elle balaie toutes les autres nouveautés mises sur le marché en octobre.

Les best-sellers, soutenus, eux, par d’énormes campagnes de marketing, réussissent à s’imposer dans la durée. A contrario, les échecs deviennent plus cruels pour bon nombre d’ouvrages destinés à un public plus exigeant. « On a vu cette année des livres mort-nés », déplore Sabine Wespieser, à la tête de sa maison d’édition indépendante. L’entre-deux peine aussi. Certains romans qui s’écoulaient voici plusieurs années à 30 000 exemplaires ont du mal à atteindre la moitié. En dix ans, les ventes de livres ont baissé, tout comme le panier moyen d’achats en librairie.

Un public qui devient myope

Malgré tout, quelques gros éditeurs s’en sortiront. Actes Sud, la maison de la ministre de la culture, Françoise Nyssen, prévoit 8 % de croissance grâce au Goncourt, L’Ordre du jour, d’Eric Vuillard, et au jackpot de Millénium, dont un cinquième tome est paru en septembre. Avec cinq grands prix dans la rentrée littéraire, deux best-sellers chez JC Lattès (Origine, de Dan Brown, et Darker, d’E. L. James) et le nouvel épisode d’Astérix, Hachette Livre devrait tirer son épingle du jeu. En revanche, Editis s’attend à une baisse de 4 % de ses ventes en 2017. Et la grande majorité des éditeurs, en particulier les indépendants, souffriront.

D’où l’inévitable question : y a-t-il une surproduction de livres ? Cette avalanche de nouveautés – qui perturbe la mécanique des ventes mais permet aussi d’éditer de rares merveilles – n’épargne aucune catégorie. Ni les romans, ni les essais, ni les livres de cuisine… « La concurrence s’exacerbe même dans le polar. Toutes les maisons d’édition s’y sont lancées et rivalisent de façon saignante. Les morts sur le champ de bataille n’ont jamais été si nombreux », affirme Laurent Laffont, directeur général de JC Lattès.

Aux yeux de Sabine Wespieser, le phénomène de surproduction devient endémique. « Je peux continuer à ne produire que dix livres par an parce que j’ai trois salariés. Pour les groupes qui en emploient 300, c’est une fuite en avant. » En cas de retournement du marché, ils sont obligés de produire toujours davantage, pour éviter que l’arrêté des comptes des diffuseurs soit négatif. Les libraires retournent en effet les livres invendus aux éditeurs. « Personne ne peut plus décélérer », explique-t-elle.

« Nous étions dans un marché de l’offre, on arrive dans un marché de la demande », prédit Vincent Monadé, président du Centre national du livre. Comme aux Etats-Unis, où Amazon impose le succès par les algorithmes. En raison d’un système d’entonnoir, le public devient myope, ne distingue plus rien hormis les best-sellers et les livres primés. « A la rentrée, après la sélection des libraires et des critiques, cinquante des 581 romans se sont détachés. Mais au final, on n’a parlé que de cinq titres. Ce filtre devient de plus en plus sévère », dit Sébastien Rouault.

La concurrence des autres loisirs

De façon structurelle aussi, les circuits de vente des livres se métamorphosent. Amazon – qui ne publie pas ses chiffres – représenterait désormais près du cinquième du marché. Dans les hypermarchés, l’édition n’apparaît pas comme une priorité. Hormis dans les Espaces culturels Leclerc. Personne ne connaît la stratégie qu’adoptera Fnac Darty après son rachat par Ceconomy. Si la France bénéficie d’un extraordinaire maillage de librairies, certaines historiques, comme Sauramps à Montpellier ou Gibert Jeune à Paris, ont connu de graves difficultés financières. Tout comme le club de livres France Loisirs, dont le modèle s’épuise. Il a déposé son bilan fin 2017 et cherche un repreneur.

La concurrence entre la lecture et les autres loisirs est indéniable. « Le livre, déjà en concurrence avec le théâtre, les concerts et la télévision, affronte aussi le jeu vidéo, les réseaux sociaux, les séries… alors que le temps consacré aux loisirs reste le même », note Vincent Monadé. « Dans les dîners en ville, on parle davantage des séries que l’on a vues que des livres que l’on vient de lire », ajoute Laurent Laffont. La compétition s’envenime. « Force est de constater qu’un roman coûte le prix de deux mois d’abonnement à Netflix », dit Pierre Conte. L’arbitrage financier ne s’effectue plus forcément en faveur de la littérature.

« On assiste à un changement de paradigme. La crise de la lecture n’est pas un vain mot », explique Sabine Wespieser. « Il n’y a plus de gros lecteurs, de ceux qui lisent tout Zola », déplore Claude de Saint-Vincent, directeur général de Média Participations. « Jadis, à 18 ans, on avait forcément lu Le Comte de Monte-Cristo. Aujourd’hui, les adolescents peuvent rester treize heures devant un écran à dévorer Le Bureau des légendes. »

Et pour les plus jeunes, « l’utilisation du passé simple dans Le Club des Cinq, d’Enid Blyton, a été supprimée et l’histoire encore simplifiée », constate-t-il, en se demandant s’il faut hurler de rire ou en pleurer… « On n’a pas réussi à démontrer que le livre peut être sexy », regrette Vincent Monadé. C’est sans doute à cette tâche à la fois complexe et grisante que devront s’atteler les éditeurs, pour enfin redonner de l’appétit aux lecteurs.

11 janvier 2018

Paul tremasov - photographe

paul tre

11 janvier 2018

Xavier Veilhan

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11 janvier 2018

Oprah Winfrey

discours

11 janvier 2018

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