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Jours tranquilles à Paris

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11 janvier 2018

Féminisme : la « tribune de Deneuve » fait réagir au-delà des frontières

Par Stéphanie Le Bars, Washington, correspondance

Le texte signé par 100 personnalités françaises dénonçant les excès du mouvement #MeToo contre les agressions sexuelles alimente le débat dans la presse étrangère.

Aussi universelle que le mouvement #MeToo qu’elle entend critiquer, la tribune de cent femmes françaises publiée dans Le Monde, le 10 janvier, passionne la presse internationale. Depuis sa parution, elle est abondamment traduite et commentée à travers le monde.

Ce texte, défendant la « liberté » des hommes « d’importuner » les femmes et dénonçant un « féminisme qui prend le visage d’une haine des hommes et de la sexualité », y est parfois résumé à la naissance d’un mouvement « contre le puritanisme » mené par l’actrice Catherine Deneuve, signataire la plus célèbre à l’étranger.

Comme les journaux britanniques, The Telegraph ou The Guardian, beaucoup de médias soulignent au passage qu’elle est « surtout connue pour avoir joué le rôle d’une prostituée dans le film de Buñuel, Belle de jour, en 1967 » ; ils évoquent aussi ses critiques lors du lancement du mot-clé #MeToo, en octobre, dans la foulée des révélations sur le producteur américain Harvey Weinstein.

De même, le journal brésilien Folha de Sao Paulo, à l’unisson d’autres médias à travers le monde, rappelle la polémique qu’avait suscitée Mme Deneuve en mars, lorsqu’elle avait pris la défense du cinéaste Roman Polanski, accusé de viol sur mineur aux Etats-Unis depuis les années 1970. Mais le quotidien italien La Repubblica livre la réaction de la victime présumée de M. Polanski. Samantha Geimer, qui a depuis pardonné à son agresseur, apporte son soutien à la tribune française : « Je suis totalement d’accord avec Catherine Deneuve. Les femmes ont besoin d’égalité, de respect et de liberté sexuelle. Ce que nous obtenons par nous-mêmes (…). Pas en demandant à d’autres de nous protéger », écrit-elle sur Twitter.

Concomitance avec les Golden Globes

L’intérêt pour ce texte s’explique aussi par la concomitance de sa publication avec le soutien au mouvement #MeToo affiché lors de la remise des Golden Globes, dimanche 7, à Los Angeles, ainsi que le soulignent El Pais en Espagne ou le New York Times aux Etats-Unis. Au cours de cette soirée hollywoodienne, inspirées par la campagne Time’s up, plusieurs centaines d’actrices vêtues de noir ont témoigné de leur solidarité avec les femmes victimes d’agressions sexuelles.

L’une des figures de ce mouvement, Asia Argento, s’est empressée d’attaquer les signataires françaises sur Twitter : « Catherine Deneuve et d’autres femmes françaises racontent au monde comment leur misogynie intériorisée les a lobotomisées au point de non-retour. »

La radio publique américaine NPR évoque elle « le débat qui fait rage en France » après la publication de la tribune, tandis que de nombreux journaux font aussi état de la réponse qu’ont apportée à ce texte les associations féministes françaises.

Quant à la BBC, elle explique que la polémique met aux prises deux générations de féministes : les plus âgées « qui voient dans #MeToo une menace pour la libération sexuelle obtenue dans les années 1960 » et les plus jeunes pour qui « la lutte contre le harcèlement sexuel constitue la dernière étape dans le combat des droits de femmes ».

Sous le titre #moiaussi, le magazine allemand Der Spiegel profite de ces passes d’armes pour revenir longuement sur le « débat sur le sexisme » suscité en France depuis plusieurs mois par l’affaire Weinstein.

En Allemagne toujours, la Süddeutsche Zeitung propose une lecture plus nuancée de la polémique suscitée par la tribune française et se félicite que des femmes défendent un tel point de vue : « La contribution venue de France est importante pour faire en sorte que #MeToo ne soit pas perçu comme un mouvement unilatéral des femmes contre les hommes. » En conclusion de l’article, le journal propose même un sondage express : les critiques françaises envers #MeToo sont-elles légitimes ?

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11 janvier 2018

Extrait d'un shooting - Je pose pour...

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11 janvier 2018

« Irving Penn » au Grand Palais, à Paris - DERNIERS JOURS

Cette vaste rétrospective Irving Penn (1917-2009), conçue avec le Metropolitan Museum de New York, décline toutes les séries du photographe star du magazine Vogue : ses images de mode et ses portraits de personnalités, ses petits métiers, ses portraits d’anonymes en Amérique du Sud, ses nus tout en volumes et ses natures mortes sophistiquées. Toutes partagent la même rigueur et un minimalisme radical qui révèle ses sujets et rend sculpturaux jusqu’à de simples mégots. www.grandpalais.fr. Jusqu’au 29 janvier 2018.

11 janvier 2018

Extrait d'un shooting - fétichisme

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11 janvier 2018

La douleur d'après Marguerite Duras - save the date

la douleur

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10 janvier 2018

Caroline De Haas et des militantes féministes répondent à la tribune publiée dans "Le Monde"

TRIBUNE. "Les porcs et leurs allié.e.s ont raison de s’inquiéter" : Caroline De Haas et des militantes féministes répondent à la tribune publiée dans "Le Monde"

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Une trentaine de personnalités et membres d'associations réagissent, mercredi 10 janvier, sur franceinfo, aux arguments du texte de 100 femmes défendant la "liberté d'importuner" des hommes après les mouvements "#balancetonporc" et "#Metoo".

Un texte qui ne passe pas. Mardi 9 janvier, 100 femmes ont signé une tribune publiée dans Le Monde où elles prennent la défense de la "liberté d'importuner", après ce qu'elles qualifient de "campagne de délation" visant des hommes accusés de harcèlement sexuel dans la foulée de l'affaire Weinstein. Un texte écrit par plusieurs auteures reconnues, parmi lesquelles Catherine Millet et Catherine Robbe-Grillet, et signé par des personnalités comme l'actrice Catherine Deneuve et la journaliste Elisabeth Lévy, qui défend, entre autres, la "liberté d'importuner" des dragueurs face "aux délations et mises en accusation publiques d'individus (...) mis exactement sur le même plan que des agresseurs sexuels".

Cette tribune a fait réagir la militante féministe Caroline De Haas qui en a écrit une à son tour, cosignée par une trentaine de militantes et militant féministes, pour dénoncer ce qu’elle considère comme un "#Metoo, c’était bien, mais…".

A chaque fois que les droits des femmes progressent, que les consciences s'éveillent, les résistances apparaissent. En général, elles prennent la forme d’un "c’est vrai, certes, mais…".  Ce 9 janvier, nous avons eu droit à un "#Metoo, c’était bien, mais…". Pas vraiment de nouveauté dans les arguments employés. On retrouve ces derniers dans le texte publié dans Le Monde comme au boulot autour de la machine à café ou dans les repas de famille. Cette tribune, c’est un peu le collègue gênant ou l’oncle fatigant qui ne comprend pas ce qui est en train de se passer.

"On risquerait d’aller trop loin." Dès que l’égalité avance, même d’un demi-millimètre, de bonnes âmes nous alertent immédiatement sur le fait qu’on risquerait de tomber dans l’excès. L’excès, nous sommes en plein dedans. C’est celui du monde dans lequel nous vivons. En France, chaque jour, des centaines de milliers de femmes sont victimes de harcèlement. Des dizaines de milliers d’agressions sexuelles. Et des centaines de viols. Chaque jour. La caricature, elle est là.

"On ne peut plus rien dire." Comme si le fait que notre société tolère – un peu – moins qu’avant les propos sexistes, comme les propos racistes ou homophobes, était un problème. "Mince, c’était franchement mieux quand on pouvait traiter les femmes de salopes tranquilles, hein ?" Non. C’était moins bien. Le langage a une influence sur les comportements humains : accepter des insultes envers les femmes, c’est de fait autoriser les violences. La maîtrise de notre langage est le signe que notre société progresse.

"C’est du puritanisme." Faire passer les féministes pour des coincées, voire des mal-baisées : l’originalité des signataires de la tribune est... déconcertante. Les violences pèsent sur les femmes. Toutes. Elles pèsent sur nos esprits, nos corps, nos plaisirs et nos sexualités. Comment imaginer un seul instant une société libérée, dans laquelle les femmes disposent librement et pleinement de leur corps et de leur sexualité lorsque plus d’une sur deux déclare avoir déjà subi des violences sexuelles ?

"On ne peut plus draguer." Les signataires de la tribune mélangent délibérément un rapport de séduction, basé sur le respect et le plaisir, avec une violence. Tout mélanger, c’est bien pratique. Cela permet de tout mettre dans le même sac. Au fond, si le harcèlement ou l’agression sont de "la drague lourde", c’est que ce n’est pas si grave. Les signataires se trompent. Ce n’est pas une différence de degré entre la drague et le harcèlement mais une différence de nature. Les violences ne sont pas de la "séduction augmentée". D’un côté, on considère l’autre comme son égal.e, en respectant ses désirs, quels qu’ils soient. De l’autre, comme un objet à disposition, sans faire aucun cas de ses propres désirs ou de son consentement.

"C’est de la responsabilité des femmes." Les signataires de la tribune parlent de l’éducation à donner aux petites filles pour qu’elles ne se laissent pas intimider. Les femmes sont donc désignées comme responsables de ne pas être agressées. Quand est-ce qu’on posera la question de la responsabilité des hommes de ne pas violer ou agresser ? Quid de l’éducation des garçons ?

Les femmes sont des êtres humains. Comme les autres. Nous avons droit au respect. Nous avons le droit fondamental de ne pas être insultées, sifflées, agressées, violées. Nous avons le droit fondamental de vivre nos vies en sécurité. En France, aux Etats-Unis, au Sénégal, en Thaïlande ou au Brésil : ce n’est aujourd’hui pas le cas. Nulle part.

Les signataires de la tribune du Monde sont pour la plupart des récidivistes en matière de défense de pédocriminels ou d’apologie du viol. Elles utilisent une nouvelle fois leur visibilité médiatique pour banaliser les violences sexuelles. Elles méprisent de fait les millions de femmes qui subissent ou ont subi ces violences.

Caroline De Haas à franceinfo

Beaucoup d’entre elles sont souvent promptes à dénoncer le sexisme quand il émane des hommes des quartiers populaires. Mais la main au cul, quand elle est exercée par des hommes de leur milieu, relève selon elles du "droit d’importuner". Cette drôle d’ambivalence permettra d’apprécier leur attachement au féminisme dont elles se réclament.

Avec ce texte, elles essayent de refermer la chape de plomb que nous avons commencé à soulever. Elles n’y arriveront pas. Nous sommes des victimes de violences. Nous n’avons pas honte. Nous sommes debout. Fortes. Enthousiastes. Déterminées. Nous allons en finir avec les violences sexistes et sexuelles.

Les porcs et leurs allié.e.s s’inquiètent ? C’est normal. Leur vieux monde est en train de disparaître. Très lentement – trop lentement – mais inexorablement. Quelques réminiscences poussiéreuses n’y changeront rien, même publiées dans Le Monde.

Ont signé cette tribune : Adama Bah, militante afroféministe et antiraciste, Marie-Noëlle Bas, présidente des Chiennes de garde, Lauren Bastide, journaliste, Fatima Benomar, co-porte-parole des Effronté.es, Anaïs Bourdet, fondatrice de Paye ta Shnek, militante féministe, Sophie Busson, militante féministe, Marie Cervetti, directrice du FIT et militante féministe, Pauline Chabbert, militante féministe, Madeline Da Silva, militante féministe, Caroline De Haas, militante féministe, Basma Fadhloun, militante féministe, Giulia Foïs, journaliste, Clara Gonzales, militante féministe, Leila H., de Check tes privilèges, Clémence Helfter, militante féministe et syndicale, Carole Henrion, militante féministe, Anne-Charlotte Jelty, militante féministe, Andréa Lecat, militante féministe, Claire Ludwig, chargée de communication et militante féministe, Maeril, illustratrice et militante féministe

Chloé Marty, assistante sociale et féministe, Angela Muller, militante féministe, Selma Muzet Herrström, militante féministe, Michel Paques, militant féministe, Ndella Paye, militante afroféministe et antiraciste, Chloé Ponce-Voiron, militante féministe, metteuse en scène, réalisatrice et et comédienne, Claire Poursin, coprésidente des Effronté.es, Sophie Rambert, militante féministe, Noémie Renard, animatrice du site Antisexisme.net et militante féministe, Rose de Saint-Jean, militante féministe, Laure Salmona, cofondatrice du collectif Féministes contre le cyberharcèlement et militante féministe, Muriel Salmona, psychiatre, présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie et militante féministe, Nicole Stefan, militante féministe, Mélanie Suhas, militante féministe, Monique Taureau, militante féministe, Clémentine Vagne, militante féministe, l’association En Avant Toute(s), l’association Stop harcèlement de rue.

10 janvier 2018

Paris Match de cette semaine - France Gall

 

Notre numéro hommage à France Gall



60 Likes, 1 Comments - Paris Match (@parismatch_magazine) on Instagram: "Notre numéro hommage à France Gall"

 

10 janvier 2018

Vu sur internet - j'aime bien

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10 janvier 2018

Béni, vidi, vici

Robe décolletée, paupières dorées et barbe teinte, le tout surmonté d'un voile ou d'une cornette, les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence battent le pavé depuis 1979 avec un objectif : faire tomber les tabous. Partout dans le monde, ces nonnes un peu particulières "font le trottoir" pour répandre leurs paillettes, leur autodérision et leur ouverture d'esprit afin de lutter contre le sida, mais aussi et surtout pour une sexualité joyeuse et une éducation sexuelle digne de ce nom.

“Sous la très haute et très sainte bénédiction de nos saints protecteurs ; Saint-Latex, Saint-Fermidon, Saint-Gel-Aqueux, Sainte-Digue-Dentaire, Sainte-Seringue-À-Usage-Unique, prenez du plaisir à aller vers nos ouailles des bars et des rues !” Sur le trottoir de la rue des Archives, dans le Xe arrondissement de Paris, six bénévoles se font bénir avant de partir en maraude. Ce 21 octobre, la mission revient à Sœur Maria-Cullas et Novice Zora-des-Pâquerettes, ainsi qu’à Sœur Turlutecia, qui envoie des poignées de paillettes et des larges sourires. Une particularité devenue un rituel. Un samedi sur deux, les membres de l’association Solidarité Sida sont en effet accompagnés par de drôles de nonnes : les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence. Ces sœurs ont pour particularité de porter la cornette (pour les sœurs) ou le voile (pour les novices), mais accessoirisé(e) d’une tenue et d’un maquillage extraordinaires, chacune s’étant façonné un personnage selon sa personnalité –“On est comme les arcs-en-ciel, y en n’a pas deux pareil !” Le pantalon noir à pattes d’éléphant de Sœur Maria-Culass, un sexagénaire à la barbe teinte en orange et aux paupières dorées qui fait partie de l’Ordre depuis six ans, moule ses longues jambes fines. Novice Zora-des-Pâquerettes porte, elle, une minijupe bleue, assortie à sa barbe et ses yeux et, comme ses comparses, a passé environ deux heures à se maquiller. Une extravagance qui étonne, voire qui choque, au service de leurs objectifs : libérer la parole et défendre les droits LGBT. Sans aucun tabou

Voilà près de 40 ans que les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence battent le pavé pour aller à la rencontre des autres. Au départ, pourtant, l’idée ressemblait surtout à un coup de tête. Un dimanche de Pâques 1979 à San Francisco, des amis artistes décident de faire un happening pour dénoncer le machisme ambiant envers la communauté gay. L’un d’entre eux se rappelle avoir gardé dans une vieille malle des costumes de religieuse. Ils investissent alors les lieux gays emblématiques de la ville, vêtus de leurs habits de nonne. Leur première apparition est un succès. Les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence sont nées. Et le couvent de San Francisco s’inscrit comme la première association à organiser une soirée au profit de la lutte contre le sida.

“Un ordre pauvre, agnostique et dérisoire de folles radicales”

Depuis, cette association militante LGBT s’est déployée dans le monde entier. Au Royaume-Uni, en Colombie, en Uruguay, au Canada, en Allemagne, mais aussi en France. Aujourd’hui, l’Hexagone compte une soixantaine de sœurs réparties dans neuf couvents non religieux à Lille, Marseille, Poitiers, Paris… Tous ont gardé l’esprit originel de San Francisco : l’écoute et l’accueil. “Les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence sont un ordre pauvre, agnostique et dérisoire de folles radicales qui promulgue la joie multiverselle et expie la honte culpabilisatrice”, répètent-elles comme une chansonnette à qui veut l’entendre.

“Act Up est une très bonne école, mais depuis les années 2000, le travail de cette asso est devenu un travail de fond, de connaissance des dossiers, de lobbying, avec beaucoup de réunions pour discuter de la virgule”

SŒUR ROSE

On est en contact direct avec les gens. Ce n’est pas juste de la théorie”, explique Sœur Rose-de-la-Foi-de-ta-Mère, membre du couvent parisien depuis onze ans. Éclats de rire, phrases d’accroche, démarche assumée… Ces bonnes sœurs savent comment investir la rue et lui communiquer leur joie de vivre. Une qualité qui en fait d’ailleurs un mouvement militant LGBT singulier au regard des plus traditionnels, comme Act Up. Plusieurs sœurs sont d’ailleurs passées par l’association de lutte contre le sida. Mais toutes ont fini par opter pour un militantisme différent. “C’est une très bonne école, mais depuis les années 2000, le travail de cette asso est devenu un travail de fond, de connaissance des dossiers, de lobbying, avec beaucoup de réunions pour discuter de la virgule, se souvient Sœur Rose. Et puis, j’ai connu les sœurs, avec qui on fait passer des messages dans la rue en filant des capotes, des câlins ou juste une oreille attentive.” Sur le terrain, pas question de se presser. Quand les sœurs sortent, elles se préparent à de longues heures d’échange. Une discussion sur la contraception peut vite amener à des confessions intimes. Sœur Rose se souvient de la Marche des Fiertés à Montréal : “Une dame est venue me voir et m’a raconté toute sa vie de but en blanc, notamment qu’elle avait été violée plusieurs fois. J’étais abasourdie, je ne lui avais rien demandé.”

La proximité avec le public est essentielle. Les sœurs se méfient toujours des grandes campagnes, un peu éloignées des intéressées et “souvent contre-productives”. Sœur Rose a en tête cette fois où Marisol Touraine, alors ministre de la Santé, a autorisé la prophylaxie pré-exposition, plus connue sous le nom de PrEP : “Elle l’a utilisée comme un étendard sur les plateaux télé. À l’époque, elle parlait de cette pilule comme ‘plus efficace que la capote’, se remémore t-elle. Sauf que cela a créé une fausse idée comme quoi la capote n’était plus utile, surtout chez les plus jeunes. La PrEP est un outil complémentaire à la capote qui protège du sida mais pas des autres IST et qui s’inscrit à l’intérieur d’un parcours de prévention !”

L’humour : leur plus grande arme

Avec l’expérience, leur façon d’informer a évolué. “On a un peu arrêté de se présenter comme une association de lutte contre le sida mais plutôt pour une sexualité joyeuse et de l’éducation sexuelle. Il y a quelques années, on s’est rendu compte que lorsqu’on arrivait quelque part avec les capotes, les gens avaient l’impression de tout savoir sur le sida. On ne pouvait plus entrer dans une vraie discussion”, se rappelle Sœur Rose. Désormais, ces nonnes ouvrent la discussion en “parlant de cul”. Rue des Archives, Novice Zora-des-Pâquerettes aborde un jeune homme à la barbe parfaitement taillée : “Tu veux des capotes ? Internes ou externes ?” Un côté brut de décoffrage et une autodérision à toute épreuve qui permettent de dédramatiser la situation, l’humour entrant dans leur démarche aussi via les éléments constitutifs du catholicisme, évidemment. Malgré leur critique des dogmes religieux, elles aiment se définir comme des “bonnes sœurs”. “On est les petites sœurs de ceux qui se reconnaissent dans nos valeurs. C’est notre dénominateur commun.”

Mais militer, c’est aussi savoir se confronter aux opinions des autres. “Vous êtes des femmes à barbe ?” s’interroge naïvement un senior. Rires. Mais si certaines interventions sont parfois maladroites, d’autres sont réellement mal intentionnées. Sœur Rose s’est déjà fait agresser lors d’une marche des Fiertés à Paris. Sœur Maria-Cullas devant un bar gay. Une autre encore dans la Cour carrée du Louvre. Elles ont désormais établi un principe indiscutable : aucune sœur ne part seule en maraude.

Une association sans subventions

L’association vivant sans subventions –“On peut se payer le luxe de cette indépendance”–, les sœurs récoltent des dons lors de différents événements. Solidays, Fête de l’Huma, mais aussi enterrements, mariages ou baptêmes. Des cérémonies pendant lesquelles elles peuvent “faire la kekette” pour récolter un peu de sous. “Tout l’argent que l’on ramasse part en séjour de ressourcement”. Ces temps de repos sont la spécialité des sœurs françaises. Depuis 1993, une à deux fois par an, les nonnes emmènent une quinzaine de personnes séropositives et leurs proches à la mer, à la campagne, à la montagne… L’idée ? Les sortir d’un quotidien rythmé par les rendez- vous hospitaliers. “Ce n’est pas du tout un séjour médical, on n’est pas des infirmières et encore moins des chamans !” précise Sœur Rose. Pendant quelques jours, ces bonnes fées proposent des activités à leur image : des ateliers d’écriture, du chant ou des balades. Elles sont même régulièrement formées aux massages par des kinésithérapeutes. Avec le temps, elles ont su se remettre en question et s’adapter aux évolutions de leurs combats. Avec comme rêve ultime de “ne plus avoir de raison d’être”.

TEXTE ET PHOTOS : CHLOÉ JOUDRIER

Cet article est le fruit d’un partenariat avec le CFPJ, dont douze étudiants ont traité spécialement pour Society des sujets sur les thèmes suivants : "Révolution" et "En Marge !".

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10 janvier 2018

Miles Aldridge

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