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Jours tranquilles à Paris

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9 janvier 2018

« Si elle pouvait parler, que de choses entendues aurait à nous répéter une aphone cabine »

cabine

Par Benoît Hopquin - Le Monde

Depuis ce 1er janvier de l’an de grâce et de progrès de l’ère Macron, il n’y a plus officiellement de cabines téléphoniques en France, regrette dans sa chronique Benoît Hopquin, directeur adjoint de la rédaction du « Monde ».

En préambule, pour les plus jeunes, pour les perdreaux de l’année, à tout le moins du millénaire, pour qui n’a jamais connu un fil de bigorneau qui tire-bouchonne jusqu’à vous vriller les nerfs, il n’est pas inutile de citer ces lignes tirées de Wikipédia : « Une cabine téléphonique est un édicule situé sur l’espace public (typiquement, le trottoir), muni d’un téléphone permettant d’émettre des communications. »

Pertinente définition, jusque dans son style anachronique, comme directement inspiré d’un manuel des PTT. Seul le temps employé est impropre. Un passé eût été plus judicieux pour cette notice wikipédiesque et nécrologique. Il aurait davantage été dans la tonalité de cet appareil en voie de disparition. Depuis ce 1er janvier de l’an de grâce et de progrès de l’ère Macron, il n’y a plus officiellement de cabines téléphoniques en France.

La faute justement au susnommé, porte-voix de la modernité, branché s’il en est. Voilà bien un messager résolument ancré dans son époque, connecté sur l’avenir. Il n’a jamais usé d’une standardiste pour obtenir et mener à bien sa communication. Il est sans fil, et sans filet parfois, lui reproche-t-on. Sa volonté de mettre à la page cette bonne vieille France, de la réinscrire dans l’annuaire du monde, s’exprimait déjà lorsqu’il était ministre de l’économie.

La loi Macron a mis fin en 2015 à « l’obligation de service universel de publiphonie », vieillerie jusque dans son appellation qui exigeait un maillage minimum du territoire par des téléphones publics. Le texte dégageait Orange, héritier de l’opérateur national, d’une charge coûteuse. Et entérinait l’éradication. Des cabines, faisons table rase.

Des portes nées d’un esprit malade ou sadique

Le mobile de ce massacre est connu. Le portable justement, qui a frappé d’archaïsme ces guitounes semées en masse à partir des années 1970. Son apparition, sa facilité, notre addiction ont programmé leur obsolescence. Les cabines n’étaient plus utilisées qu’une minute par jour en moyenne, contre une heure aux temps glorieux. De 300 000 à leur apogée en 1997, elles n’étaient plus que 3 000 vingt ans plus tard.

COMME CES VIEUX CHÊNES QU’ON ABAT, CES BOÎTES ONT DONC ÉTÉ ARRACHÉES UNE À UNE DU DÉCOR URBAIN ET DU PAYSAGE RURAL

Sic transit téléphonique. Finie l’époque où ces cages de verre et de métal étaient désespérément recherchées dans la rue. Quand enfin se trouvait un exemplaire en état de marche, on faisait la queue à son entrée. On râlait contre les bavards impénitents. A notre tour d’entrer dans cette tirelire qui dévorait en ogresse la monnaie, de décrocher ce combiné qui pesait comme un âne mort et défiait les règles d’hygiène, de se battre avec son câble d’acier qui nous emberlificotait, de tenter sans espoir de trouver un espace plan pour griffonner un nom. D’affronter surtout ces improbables portes, nées d’un esprit malade ou sadique, qui tenaient du casse-tête pour entrer et de la chausse-trape pour sortir. Avec cette peur permanente de rester coincé dans ce piège à cons aux formes et dimensions de cercueil.

Comme ces vieux chênes qu’on abat, ces boîtes ont donc été arrachées une à une du décor urbain et du paysage rural. Au sortir de cet hiver meurtrier, elles ne seront plus que 300 encore debout, dans les rares campagnes non encore couvertes par les antennes des opérateurs. Des maires ont bien essayé d’empêcher ce déracinement, au nom de la ruralité ou du maintien du service public. Les cabines sont ainsi devenues l’écho d’un mal-être et d’un sentiment d’abandon. Mais les numéros de bravoure de ces édiles ont été vains le plus souvent.

Petit pincement au cœur

Soyons honnêtes : la suppression progressive de ce mobilier à l’esthétique discutable nous avait largement échappé, tout occupés que nous étions à tapoter nos textos. Tiens, la cabine n’est plus là, avait-on simplement remarqué, passant devant un carré de goudron fraîchement déposé, comme une pierre tombale, à son ancien emplacement. La défunte avait été enlevée en catimini. Une exécution sans appel, dans le plus grand silence.

Mais cela n’empêche pas un petit pincement au cœur. On n’y peut rien : on a la fibre nostalgique, l’optique d’un rétroviseur. Si elle pouvait parler, que de choses entendues aurait à nous répéter une aphone cabine. Elle fut la chambre d’enregistrement des rires et des pleurs, des cris et des mots tendres, la caisse de résonance du quotidien, un réceptacle de la vie. Combien de conversations et de destins se trouvèrent suspendus, faute d’un dernier franc à glisser dans la fente ou d’unités sur sa carte ? Cela servait aussi de bonne excuse pour couper court à une ennuyeuse parlotte : « Je n’ai plus de pièces » était la forme ancienne de « Je passe sous un tunnel ».

A L’INTÉRIEUR, VOUS CUEILLAIT PARFOIS UN PARFUM CAPITEUX, SOUVENT UNE ODEUR DE TABAC, DE PISSE, DE CLOAQUE

L’habitacle était refuge des amoureux, havre des SDF, abri contre les intempéries. Elle était le panneau d’affichage des révoltes et des concerts, la dernière chance de retrouver son chat ou un emploi. Quand la bonne fortune voulait qu’on se glisse à deux êtres dans ce lieu exigu, ce rapprochement physique avait quelque chose de troublant. A l’intérieur, vous cueillait parfois un parfum capiteux, souvent une odeur de tabac, de pisse, de cloaque. Elle était régulièrement la cible des vandales, rançon de sa gloire. On sait aussi des partis politiques qui regretteront de ne plus pouvoir y tenir leur congrès.

Elle n’est plus là ! Et les tentatives pour lui redonner une seconde vie – borne Wi-Fi, kiosque à livres, etc. – semblent tenir de la bonne parole. Ne restent que des images de films cultes et des souvenirs auxquels se raccrocher. Bip-bip-bip.

Précision. Dans une récente chronique sur le RER, j’ai donné pour alexandrin « Les portes du métro sont automatiques ». Peu enclins à m’accorder une licence poétique, des lecteurs m’ont fait remarquer qu’il manquait un pied ou une roue à mon vers suburbain, sauf peut-être à être déclamé dans le métro de Marseille. L’un d’entre eux, Jacques Benoît, rappelle à propos une ancienne consigne de la SNCF, formellement impeccable jusque dans sa métrique et son hémistiche : « Le train ne peut partir que les portes fermées ». En nous excusant de la gêne occasionnée.

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9 janvier 2018

1514. Les funérailles d'Anne de Bretagne

Épuisée par les grossesses et les drames, Anne de Bretagne s'éteint le 9 janvier 1514.

Ses funérailles durent trente-neuf jours et demeurent parmi les plus grandioses et les plus coûteuses des souverains français.

En ce début d'année 1514, la reine de France se meurt, épuisée par une quinzaine de grossesses en vingt ans. Seules deux de ses enfants, Claude et Renée, ont survécu. Son mari, Louis XII, est absent. Il est allé combattre les Anglais et Maximilien d'Autriche dans le nord du royaume, après avoir été expulsé d'Italie. Un véritable lien d'affection unit cependant la duchesse souveraine de Bretagne, deux fois reine de France, et Louis d'Orléans qui a d'ailleurs combattu en 1487, à Saint-Aubin-du-Cormier, dans l'armée du duc François II contre les Français.

Anne de Bretagne décède le 9 janvier, vers 6 heures du matin, dans la chambre du donjon de Blois, alors résidence des souverains français. Ses obsèques vont durer trente-neuf jours. Dans une étude monumentale, Jacques Santrot a étudié cet événement politique, symbolique et culturel sans précédent. Nous disposons de nombreux documents sur ces obsèques qui restent exceptionnelles par leur coût, sans doute l'un des plus importants de l'Histoire de France, c'est-à-dire entre 44.000 et 60.000 livres de l'époque. La principale dépense concerne les bougies et les cierges. Pour Anne de Bretagne, on brûle, en effet, des tonnes de cire...

Embaumement royal

Après son trépas, la reine est soumise à une toilette mortuaire et aux différentes étapes de son embaumement. La dépouille est ainsi éviscérée et plusieurs organes, parmi ceux les plus rapidement dégradables, sont prélevés. Conformément au souhait d'Anne, le coeur est également mis à part, afin qu'il soit rapporté à Nantes. Au sixième jour, Anne de Bretagne est transférée dans la salle d'honneur de Blois, en habit d'apparat. Pendant plusieurs jours, tous les grands du royaume viennent lui rendre hommage. Ce n'est que le 17 janvier que le corps de la reine est placé dans son cercueil de plomb, afin que sa dépouille soit transférée jusqu'à la nécropole royale de Saint-Denis. Plusieurs centaines d'offices religieux sont donnés pendant 74 jours. Selon Jacques Santrot, « cette inflation de messes est due à la hantise du salut individuel et à une croyance de plus en plus forte au purgatoire ».

Cortège impressionnant

Le 18 janvier, près de 1.700 pleurants accompagnent Anne de Bretagne jusqu'à la collégiale Saint-Sauveur de Blois, suivis des grands du royaume et des officiers de la reine. Le cortège qui s'ébranle ensuite vers Paris est grandiose, avec un absent de marque, le roi. Malgré son attachement réel à son épouse, comme ses prédécesseurs depuis le XIVesiècle, il ne peut plus assister à des obsèques afin de protéger son intégrité physique.

Tout au long du parcours, les officiers bretons sont particulièrement mis en valeur. Il s'agit d'un acte politique et symbolique, afin de consolider le processus d'union du duché au royaume. D'autant que cette union est loin d'être acquise en cas de remariage du roi et de naissance d'un héritier mâle. Les Anglais ne s'y tromperont pas en envoyant une jeune et fougueuse princesse épouser Louis XII, mais ce dernier décède avant de lui donner un enfant...

Le convoi mortuaire d'Anne de Bretagne quitte Blois et remonte vers le nord. Chaque soir, des cités l'accueillent, à leurs frais. Les cérémonies les plus fastueuses ont lieu le 14 février, lorsque la dépouille royale entre dans Paris et fait une station à Notre-Dame. Entre 12 et 13.000 personnes se pressent sur le trajet.

Le 16 février, Anne de Bretagne arrive enfin à Saint-Denis, dans la nécropole des rois de France. Par la suite, son gendre, François Ier, fera réaliser un tombeau monumental en son honneur et celui de Louis XII.

Ces funérailles exceptionnelles, leur faste et leur symbolique illustrent la volonté de la couronne française de favoriser le processus d'annexion d'une principauté alors prospère, dont l'importante flotte maritime allait constituer un atout certain. Quant à Anne de Bretagne, elle devient désormais l'un des grands personnages de l'Histoire de France.

9 janvier 2018

Extrait d'un shooting - collage de photos

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8 janvier 2018

Il faut virer le soldat Rayan - l'édito de Didier Micoine - Le Parisien

La République en marche peut-elle garder comme porte-parole Rayan Nezzar ? Certes, ce jeune professeur d’économie est sûrement brillant, et il s’est excusé quand ont été révélés les nombreux tweets envoyés lorsqu’il était étudiant à l’ENA où il traitait Alain Juppé de « fiotte », Jean-François Copé de « petite pute » ou une journaliste de « pouffiasse ». Du vocabulaire de « jeune de Montreuil », aurait tenté de minimiser Christophe Castaner, le délégué général de LREM, qui visiblement n’a aucune intention de mettre un terme aux fonctions de Nezzar. Pourtant, le nouveau porte-parole de son mouvement, tout brillant qu’il soit, vient de perdre toute sa crédibilité. A Montreuil, Brest ou Forcalquier, on n’est pas censé injurier de cette façon des personnalités. Et l’âge ne fait rien à l’affaire. Même si on n’est pas sérieux quand on a 17 ans, on ne parle pas ici d’un lycéen, mais d’un élève de l’ENA, payé par l’Etat, pour exercer ensuite des responsabilités dans la haute fonction publique. Mais pour Castaner, le respect doit être une valeur de l’ancien monde…

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Castaner sur les tweets injurieux de Ryan Nezzar : "Son vocabulaire de jeune de Montreuil le rattrape"

Par Hadrien Mathoux - Marianne

Le patron de La République en marche a regretté de voir les "propos d'étudiant" injurieux de Rayan Nezzar ressurgir sur Internet. En privé, il aurait loué le "parcours génial" de son nouveau porte-parole, déplorant que "son vocabulaire de jeune de Montreuil le rattrape".

"Pouffiasse", "fiotte", "couille molle"... Le combat politique est souvent rude, mais on n'a pas l'habitude de voir de telles insultes proférées par l'un de ses acteurs. Le tout frais porte-parole de La République en marche (LREM), Rayan Nezzar, nommé le 4 janvier dernier, est au coeur d'une désagréable polémique : le site Buzzfeed a fouillé son prolifique compte Twitter (plus de 50.000 tweets dont plus de 5.000 ont été supprimés) et y a déniché des propos peu amènes rédigés à l'encontre de plusieurs dirigeants politiques de premier plan.

Les tweets datent de 2012 et 2013, lorsque Rayan Nezzar n'était qu'un anonyme étudiant à l'ENA. Visiblement, il en avait gros sur la patate. Jean-François Copé, qualifié de "petite pute", est invité à aller "niquer sa mère" ; Alain Juppé est traité de "fiotte", Marine Le Pen de "pute". Bruno Le Maire est désigné comme un "couilles molles", tandis que Manuel Valls aurait lui "zéro couille" (on ne sait ce qui est le pire aux yeux de Rayan Nezzar). Ironiquement, ces deux derniers responsables politiques insultés sont aujourd'hui d'éminents membres de la majorité.

Face à l'opprobre médiatique, Rayan Nezzar s'est platement excusé, regrettant des "propos irréfléchis" tenus "lorsqu'il était étudiant". Mis à part le député LREM François-Michel Lambert, qui a demandé à Christophe Castaner de "revenir sur cette nomination", la majorité a choisi le silence… voire le soutien envers le nouveau porte-parole du parti.

Invitée ce dimanche 7 janvier sur Europe 1, la ministre du Travail Muriel Pénicaud a plaidé l'indulgence : "Je pense que beaucoup de jeunes qui ont 18 ou 15 ans aujourd'hui, ils croient qu'ils sont dans une culture de l'immédiateté et quand ils chattent ou quand ils font un tweet, ils croient que c'est pour tout de suite et que ça n'a pas beaucoup de valeur". C'est donc la ligne du pardon qui semble être choisie, même si Rayan Nezzar avait 22 ans à l'époque de ses messages injurieux et qu'il était tout de même déjà énarque.

Les explications "off" de Christophe Castaner

Christophe Castaner, qui a choisi de nommer le jeune haut fonctionnaire au porte-parolat du parti, tient pour l'instant un silence prudent… brisé par la journaliste de RTL Pauline de Saint-Rémy, qui révèle des propos que le secrétaire d'Etat aurait tenus en privé : "C'était un propos d'étudiant pour lequel il s'est excusé." Avant d'aller plus loin : "Ce qui m'agace, c'est qu'il a un parcours génial, rare en politique, du talent, et là son vocabulaire de jeune de Montreuil le rattrape."

La destinée de Rayan Nezzar est certes peu commune en politique, puisqu'il a effectivement grandi dans une banlieue parisienne défavorisée avant d'intégrer Sciences Po, puis l'ENA, et de devenir porte-parole d'En Marche à 26 ans. Un beau symbole de méritocratie républicaine, entaché par ces insultes numériques, et immédiatement reliées à ses origines sociales par Christophe Castaner.

8 janvier 2018

Miles Aldridge

miles56

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8 janvier 2018

Julie Christie

julie15

8 janvier 2018

Macron en quête de réciprocité pour sa visite en Chine

Par Brice Pedroletti, Pékin, correspondant, Bastien Bonnefous - Le Monde

Le chef de l’Etat veut établir avec Pékin un partenariat au long cours et rééquilibrer les échanges commerciaux.

Emmanuel Macron aime construire sa diplomatie au gré de symboles historiques et politiques forts. Le choix de Xi’an, la ville où le président français entame, lundi 8 janvier, sa première visite d’Etat en Chine – et en Asie – en est un : la capitale du Shaanxi, connue pour son armée enterrée de guerriers en terre cuite, se veut la terre d’origine de la famille du président chinois Xi Jinping. C’est là que M. Macron, qui appelait dans son livre Révolution (XO Editions) à voir en la Chine une « chance » plutôt qu’un « péril », prononcera un discours sur les relations franco-chinoises, le patrimoine et l’avenir du multilatéralisme.

C’est à Pékin, en revanche, qu’auront lieu les rencontres avec les dirigeants politiques, les acteurs de la culture, de l’économie et du monde de l’entreprise. Les séances de travail sont prévues mardi 9 avec Xi Jinping, mais aussi avec le premier ministre Li Keqiang. Premier chef d’Etat européen à se rendre en Chine après le 19e congrès, qui a renouvelé pour cinq ans le mandat de M. Xi à la tête du Parti communiste, le président français se veut porteur d’un projet de refondation de l’Europe. C’est donc « le moment opportun pour aller discuter avec Xi Jinping alors que la Chine veut renforcer sa place dans la gouvernance mondiale », explique-t-on à l’Elysée.

Cette visite sera aussi l’occasion de signer plusieurs accords économiques et culturels et d’approfondir le « partenariat stratégique global » entre les deux pays, autour de « coopérations structurantes » au long cours dans l’aéronautique et le nucléaire, mais surtout, espère-t-on à Paris, autour de nouvelles convergences dans les secteurs liés à la lutte contre le réchauffement climatique. La France souhaite aussi raffermir sa position sur les marchés prometteurs de l’agroalimentaire, des nouvelles technologies ou de l’économie du vieillissement.

« Les sujets carbone »

M. Macron entend profiter du retrait contraint d’Angela Merkel de la scène européenne, du fait de ses difficultés à former une coalition en Allemagne, pour évoquer au nom de la France mais aussi de l’UE « les grands défis mondiaux actuels » avec son homologue chinois. Au menu des échanges, la crise avec la Corée du Nord et la lutte contre le financement du terrorisme avec la sollicitation de l’appui de la Chine à la force antidjihadiste G5 Sahel en cours de développement.

Sur le front du réchauffement climatique, Pékin est vu également comme « jouant désormais un rôle-clé » après la décision des Etats-Unis de sortir de l’accord de Paris sur le climat. « Ce sera pour moi l’occasion de parler de l’implication de la Chine dans la lutte contre le réchauffement climatique, je souhaite que l’on puisse travailler sur les sujets carbone liés à la Chine », a expliqué M. Macron, mercredi 3 janvier. La Chine se pose en exécuteur exemplaire de l’accord de Paris : elle multiplie les initiatives, comme l’annonce fin décembre de la création d’un marché carbone.

Comme d’autres avant lui à l’Elysée, le chef de l’Etat a l’ambition de « rééquilibrer » les relations commerciales entre les deux pays. Un problème lancinant : lors de la dernière visite de François Hollande en Chine en 2015, ce déficit était de 25 milliards d’euros. Il approche désormais les 30 milliards – le plus lourd du commerce extérieur français. Face à ce gouffre qui se creuse, l’Elysée met en avant la « volonté de réciprocité du président pour l’accès au marché chinois » et des conditions de concurrence souhaitées plus « équitables ».

M. Macron, comme ministre de l’économie début 2016, avait appelé l’Europe à faire front face au déferlement d’acier chinois à bas prix. Aussitôt élu président, il avait cherché à convaincre ses partenaires européens de mieux contrôler les investissements stratégiques chinois en Europe. L’Europe, depuis, travaille à une plus grande coordination des régimes nationaux. Attirer des investissements chinois en France n’en est pas moins, aussi, une priorité, assure l’Elysée.

Le président français, qui sera accompagné par plus de cinquante chefs d’entreprises, espère aussi récolter des contrats. « Dans l’aéronautique, le nucléaire civil, le numérique, l’économie du vieillissement, nous aurons un nombre exceptionnel d’accords stratégiques signés, environ une cinquantaine », prédit l’Elysée.

Un fonds pour les PME

Paris attend notamment des ventes d’Airbus et de moteurs Safran, un accord avec Areva pour la construction d’une usine de retraitement de déchets radioactifs – un dossier vieux de dix ans aujourd’hui en phase de négociation finale – ou l’implantation de maisons de retraite avec le groupe Orpea. Dans l’agroalimentaire, les espoirs se portent sur une ouverture « d’ici quelques mois » du marché chinois à la viande bovine française, des facilités d’enregistrement pour les vins et spiritueux, qui représentent 50 % des exportations françaises d’agroalimentaire en Chine, et la levée de l’embargo sur la volaille. Les deux pays devraient par ailleurs annoncer la mise en place d’un nouveau fonds franco-chinois pour les PME.

Accompagné de son épouse Brigitte Macron, de plusieurs ministres et de parlementaires comme le sénateur Jean-Pierre Raffarin, « grand ami de la Chine », et par l’ex-président de la COP21 Laurent Fabius, Emmanuel Macron évoquera à Xi’an le projet des « nouvelles routes de la soie », cher à Xi Jinping. La renaissance de ces routes historiques, dont Xi’an était un carrefour, en un vaste programme d’infrastructures et d’équipements allant jusqu’à l’Europe, est appelée à avoir un impact majeur sur les équilibres économiques et géopolitiques de demain.

Selon l’Elysée, M. Macron devrait insister sur l’importance de travailler sur des projets communs, avec « comme état d’esprit » de « regarder les mérites propres de chaque projet », selon les propositions communes des pays européens édictées lors du Forum des routes de la soie, à Pékin, en mai 2017. La délégation européenne avait proposé à la Chine l’adoption de règles de gouvernance les plus vertueuses possibles, sans toutefois obtenir d’engagement de la part de Pékin.

8 janvier 2018

Toiletpaper

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8 janvier 2018

Nécrologie : Mort de France Gall, l’une des interprètes les plus populaires de la variété française

Par Sylvain Siclier - Le Monde

Celle qui fut l’interprète à succès de Serge Gainsbourg, puis de Michel Berger, a succombé à un cancer, dimanche 7 janvier, à l’âge de 70 ans.

Elle avait été, au début des années 1960, comme Sylvie Vartan ou Sheila, l’une des chanteuses du courant yé-yé avec son carré blond, son joli sourire à fossettes, une voix un rien enfantine sur des titres restés célèbres comme Ne sois pas si bête, N’écoute pas les idoles, Laisse tomber les filles, Sacré Charlemagne. Et, surtout, Poupée de cire, poupée de son, composée et écrite par Serge Gainsbourg, qui lui vaut de remporter, représentante du Luxembourg, le concours de l’Eurovision en 1965.

Devenue, à partir des années 1970, l’une des interprètes les plus populaires de la variété française grâce aux chansons de Michel Berger, qu’elle épouse en 1976, dont La Déclaration d’amour, Si maman si, Viens je t’emmène, Il jouait du piano debout, Tout pour la musique, Babacar, Ella elle l’a… France Gall est morte, dimanche 7 janvier, à Paris, à l’âge de 70 ans. La nouvelle a été annoncée par sa chargée de communication, Geneviève Salama. Hospitalisée le 19 décembre 2017 à l’Hôpital américain de Neuilly, près de Paris, France Gall luttait « depuis deux ans, avec discrétion et dignité, contre la récidive de son cancer », indique le communiqué.

Née le 9 octobre 1947 à Paris, Isabelle Gall – son prénom France a été choisi par le producteur de sa maison de disques en 1963 – a grandi dans une famille où la musique est importante. Son père, Robert, chante dans des cabarets, écrit pour d’autres – Luis Mariano, Tino Rossi, André Claveau, Edith Piaf, Charles Aznavour (notamment La Mamma)… Sa mère, Cécile, est la fille de Paul Berthier, qui a confondé Les Petits Chanteurs à la Croix de bois. Ses frères aînés, jumeaux, jouent de la guitare. France Gall apprend, enfant, le piano et la guitare, chantonne en écoutant les premiers disques de Johnny Hallyday, des Chats sauvages, des Beatles, découvre le jazz aussi. Son père organise une séance d’enregistrement lors des vacances de Pâques en 1963. Le résultat est suffisamment convainquant pour intéresser la maison de disques Philips.

Le 9 octobre 1963, le jour de ses 16 ans, son premier 45-tours est publié. Quatre titres dont se détache la chanson Ne sois pas si bête, adaptation par Pierre Delanoë de Stand a Little Closer, qui a connu un petit succès aux Etats-Unis quelques mois plus tôt, en août, interprété par le trio The Laurie Sisters. Avec Jacques Datin, Robert Gall cosigne deux autres chansons. Il sera présent sur de nombreux 45-tours de sa fille dans les années 1960. En quelques semaines, France Gall est propulsée au rang de vedette – dans le même temps, La Mamma entre dans le répertoire des classiques d’Aznavour. La jeune fille enchaîne séances de photographies et rencontres avec des journalistes et arrête le lycée avant de passer son bac.

Victoire à l’Eurovision

Avec N’écoute pas les idoles, son deuxième 45-tours, publié en mars 1964, la carrière naissante de la jeune artiste prend une autre dimension. La chanson-titre, écrite par Serge Gainsbourg, signe le début d’une collaboration qui durera jusqu’en 1967. Après Juliette Gréco, et avant Brigitte Bardot et Jane Birkin, France Gall est alors la « chanteuse de Gainsbourg », même si de nombreux autres auteurs vont écrire pour elle – dont Vline Buggy, Alain Goraguer, André Popp. L’hebdomadaire Paris Match consacre un grand article à la chanteuse, l’émission de radio et le magazine pour les jeunes Salut les copains en font une de leurs idoles. A partir d’avril 1964, alors qu’elle a à peine 17 ans, il faut passer à la phase supérieure, la scène. Elle s’en sort bien mais confiera des années plus tard qu’elle n’y trouva alors guère de plaisir.

En août 1964 paraît Laisse tomber les filles, nouvelle composition de Gainsbourg, ambiance pop cha-cha avec cuivres. Puis à la fin de l’année c’est Sacré Charlemagne, écrite par son père et Georges Liferman, destiné à un 45-tours pour les enfants. Une chanson qu’elle n’aime guère mais qui va s’écouler à près de 2 millions d’exemplaires en France et dans les pays francophones. Sélectionnée pour participer à l’Eurovision sous les couleurs du Luxembourg, elle remporte le concours, le 20 mars 1965, en interprétant de sa voix flûtée Poupée de cire, poupée de son, écrite par Gainsbourg – la France, représentée par Guy Mardel avec N’avoue jamais, arrivera troisième. A partir de ce moment, France Gall devient pour quelque temps une vedette internationale, elle enregistre des versions de la chanson de l’Eurovision en italien, en allemand, en japonais.

Suivront d’autres titres de Gainsbourg, Attends ou va-t’en, Baby Pop, avant, en mai 1966, Les Sucettes. Un texte à double sens, à la connotation sexuelle évidente mais que la jeune chanteuse interprète en toute naïveté, suscitant des ricanements à ses dépens. Plus tard, France Gall confiera avoir vécu comme « une humiliation » le fait que Gainsbourg l’ait sciemment placée dans cette situation. Leur collaboration s’arrêtera peu après. En 1967, Bébé requin, chanson de Joe Dassin, Jean-Michel Rivat et Frank Thomas, façon jazz-pop, la ramène vers le registre « pour enfants » de l’époque Sacré Charlemagne.

A la fin des années 1960, la chanteuse connaît une période de déclin. Elle a vécu, de 1964 à 1967, une difficile relation amoureuse avec Claude François. Elle enregistre plusieurs chansons en allemand. Au début des années 1970, elle continue d’interpréter des romances et des fantaisies (L’Hiver est mort, Le Soleil au cœur, Les Elephants, Homme tout petit…). Jean-Michel Rivat, Frank Thomas, Jean-Pierre Bourtayre, Etienne Roda-Gil lui signent des chansons. Mais sans que le public ne lui fasse la même fête qu’à ses débuts. Frankenstein, en 1972, qui voit le retour éphémère de la collaboration Gainsbourg-Gall, n’y changera rien. Elle vit durant cette période avec Julien Clerc (il lui a écrit Chasse-neige en 1971). Discrètement, entre Paris et une maison à la campagne.

Michel Berger, son étoile

Au printemps 1973, comme elle aura régulièrement l’occasion de le dire, elle entend une chanson de Michel Berger, Attends-moi, qui va constituer un déclic. Elle sent que ce jeune auteur-compositeur et chanteur est celui qui va correspondre à ce qu’elle cherche, une plus grande profondeur. Berger écrit et compose depuis les débuts des années 1960, il a enregistré quelques 45-tours sous son nom. Son premier album, dont est extraite cette chanson, vient de paraître. Elle entre en contact avec lui. Il est d’abord hésitant. Il vient de travailler avec Véronique Sanson, avec qui il a une relation amoureuse, et Françoise Hardy. L’attirance entre France Gall et Michel Berger semble alors irrésistible. Il la concrétise en lui écrivant La Déclaration d’amour. La mélodie est imparable, le texte simple et le succès au rendez-vous, en mai 1974, de ce titre où chacun peut retrouver des moments rêvés ou vécus.

Cette Déclaration inaugure une longue suite de tubes pour le couple, qui se marie le 22 juin 1976. La voix de France Gall est tout à son aise, fluide, déliée sur des airs accrocheurs. Elle qui avait peu à peu abandonné la scène y reprend goût. Elle s’y montrera dorénavant assurée, joueuse, naturelle. Les mots et les mélodies de Michel Berger chantés par France Gall font mouche à chaque fois : Mais aime-la, Comment lui dire, Je l’aimais, Ça balance pas mal à Paris, Musique, Si maman si, Il jouait du piano debout, qui, en 1980, suit le succès scénique en 1979 de la comédie musicale Starmania écrite par Berger et Luc Plamondon, avec Daniel Balavoine, France Gall, Diane Dufresne et Fabienne Thibeault, Tout pour la musique, Résiste, Débranche, Babacar, Ella elle l’a…

Au-delà, ce couple jeune et amoureux, souvent invité sur les plateaux de télévision, séduit un vaste public. Leur engagement humanitaire contribue aussi à la sympathie qu’ils suscitent. En 1985, Michel Berger et France Gall sont en effet, avec les chanteurs Daniel Balavoine, Lionel Rotcage et l’acteur Richard Berry, à l’origine d’Actions écoles, une structure qui lève des fonds pour aider des projets de développement agricole dans divers pays d’Afrique. L’association met fin à ses activités après la mort de Balavoine, le 14 janvier 1986, lors de la course automobile du Paris-Dakar.

Début 1988, France Gall souhaite faire une pause. Après une longue tournée, consécration du succès de l’album Babacar (avec la chanson Evidemment, dédiée à Daniel Balavoine), elle est restée presque sept semaines au Zénith de Paris, fin 1987. Elle aspire alors à une vie tranquille, familiale, avec ses enfants, Pauline et Raphaël, envisage d’ouvrir une galerie de peintures, de se consacrer à l’édition musicale.

Peu à peu l’envie de chanter la reprend. Ce sera un disque de dix chansons en duo avec Michel Berger, forme qu’ils se sont refusée jusqu’alors en dehors d’émissions de télévision ou pour Ça balance à Paris. Plutôt sur fond rock, Double jeu, qu’ils ont coproduit, sort en juin 1992. Des concerts, une tournée peut-être sont prévus. Le couple part en vacances dans sa propriété à Ramatuelle. A l’issue d’une partie de tennis, le 2 août 1992, Michel Berger meurt, victime d’une crise cardiaque. Après plusieurs mois de deuil, France Gall annonce qu’elle présentera sur scène les nouvelles chansons et les succès dont elle et son mari ont été les interprètes. C’est un triomphe, en 1993.

« Elle ne voulait plus chanter »

La chanteuse fait encore quelques apparitions sur scène (dont la Salle Pleyel en 1994), participe à des disques de la troupe des Enfoirés pour Les Restos du cœur. En 1996, elle part vivre à Los Angeles, où elle enregistre ce qui sera son dernier album, France, un recueil de reprises de chansons de Michel Berger. La mort de Pauline, en décembre 1997, à l’âge de 19 ans, qui depuis plusieurs années lutte contre la mucoviscidose, lui fait prendre ses distances avec son métier. Ses apparitions en public seront rares. Elle vit une partie de l’année sur l’île de Ngor, face à la ville de Dakar (Sénégal), découverte en 1990. Dans un entretien accordé à Paris Match, en décembre 2014, elle expliquait qu’elle y avait ouvert un restaurant avec « une quinzaine de personnes pour travailler. Ce qui signifie que des centaines de personnes vont vivre au village grâce à ça. C’est presque aussi fort pour moi que de faire un spectacle. »

Elle reviendra à Michel Berger fin 2015 avec l’écriture d’un spectacle musical, Résiste, auquel elle ne participe pas sur scène mais dont elle suit de près l’élaboration, présentée au Dôme de Paris (ex-Palais des sports) puis au cours d’une longue tournée jusqu’à décembre 2016. « Elle avait une énergie dingue. Elle a été incroyablement présente sur ce projet, a témoigné sur France Info le metteur en scène de Résiste, Ladislas Chollat. Elle ne voulait plus chanter elle-même mais elle expliquait aux jeunes artistes comment chanter ses chansons (…) c’était une sorte de maman énergique. »

Les hommages se sont multipliés, dimanche 7 janvier. « Si Johnny Hallyday fut pour bien des Français cette figure de grand frère protecteur, France Gall fut assurément leur éternelle petite sœur, dont la fragilité radieuse a accompagné des générations », a ainsi déclaré le président de la République, Emmanuel Macron dans un communiqué. La ministre de la culture, Françoise Nyssen, a salué « une icône de la chanson française » qui « a affronté les combats personnels en donnant tout pour la musique ». Julien Clerc a réagi sur Twitter en interpellant celle qui fut pendant cinq ans sa compagne : « France, nous avions 20 ans, des bonheurs, des chagrins. Une part de ma vie s’en va avec toi. »

CLEFS

9 octobre 1947 Naissance à Paris

9 octobre 1963 Premier 45-tours avec la chanson Ne sois pas si bête

Mars 1964 Débuts de la collaboration avec Serge Gainsbourg, qui lui écrit N’écoute pas les idoles

20 mars 1965 Elle remporte, représentante du Luxembourg, le Concours de l’Eurovision avec Poupée de cire, poupée de son

Fin des années 1960-début des années 1970 Déclin de sa carrière

Mai 1974 Retour au succès avec La Déclaration d’amour, écrite par Michel Berger, début d’une longue suite de tubes

22 juin 1976 Mariage de France Gall et Michel Berger

1988 Après le succès de l’album Babacar, publié en avril 1987, et une longue tournée, elle décide de faire une pause

Juin 1992 Parution de Double jeu, album de duos avec Michel Berger. Le chanteur meurt le 2 août, d’une attaque cardiaque

1996 Dernier album, France, recueil de chansons de Michel Berger

2015-2016 Succès du spectacle Résiste

7 janvier 2018 Mort à Paris, à l’âge de 70 ans

8 janvier 2018

Pierre et Gilles

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