A Toulouse, Montpellier ou Paris, la police débarque pour des banderoles anti-Macron
Par Adrien Franque — LIBERATION
Une affiche de protestation contre Emmanuel Macron, à Toulouse, en avril. Photo Fred Marie. Hans Lucas
Alors que les syndicats appellent à faire fleurir pancartes et banderoles aux fenêtres pour le 1er Mai, des officiers de police sont intervenus ces dernières semaines pour faire retirer des affiches critiques envers le gouvernement, dans un cadre légal souvent flou.
A Toulouse, Montpellier ou Paris, la police débarque pour des banderoles anti-Macron
«Macronavirus, à quand la fin ?» Inscrit sur un grand drap blanc, le slogan faisait référence à une couverture de Charlie Hebdo. Affiché par une colocation à Toulouse, il ne semble pourtant pas avoir été du goût de la police locale : le 23 avril, une des habitantes de cette maison était mise en garde à vue, pendant quatre heures, à cause de cette banderole. Ces dernières semaines, cette colocation n’est pas la seule à avoir été visitée au sujet d’une affiche militante : des faits similaires se sont produits à Montpellier, Caen, Paris ou Marseille. Depuis le début du confinement, les slogans en soutien aux soignants ou critiques de l’action du gouvernement se sont multipliés aux balcons ou aux fenêtres, à la suite notamment de mouvements nommés Cortège de fenêtres ou Manif au balcon. Ils devraient redoubler à l’occasion de ce 1er mai, les organisations syndicales ayant appelé dans un communiqué à manifester depuis chez soi, en accrochant pancartes et banderoles.
Quatre heures de garde à vue
A Toulouse, la banderole était suspendue depuis un mois à un mur d’une maison du quartier de la Roseraie, comme le raconte la Dépêche du midi. Avant qu’à la mi-avril, une commerçante voisine ne soit dans un premier temps interrogée par des policiers, qui lui ont demandé des informations sur les résidents de l’habitation, notamment s’ils étaient «des gilets jaunes». Le lendemain, une voiture de police stationne dans un premier temps devant la colocation, avant que, plus tard dans la journée, cinq policiers ne viennent sommer ses habitants de détacher la banderole. Bien que les colocataires se soient exécutés, les forces de l’ordre reviendront tout de même une nouvelle fois le lendemain remettre une convocation à une des résidentes, Laura (prénom d’emprunt), la seule à avoir donné son identité.
Après avoir contacté une avocate, celle-ci se rend au commissariat central de Toulouse le 23 avril. «Dès que je suis arrivée dans le bureau de la capitaine, elle m’a notifié ma mise en garde à vue», explique la jeune femme au quotidien local. Dans ses souvenirs, le motif invoqué serait «outrage au chef de l’Etat, ou quelque chose ressemblant». Le délit n’existe pourtant plus depuis 2013. Quatre heures plus tard, elle est relâchée sans suites immédiates, après avoir subi un interrogatoire concernant l’identité de ses colocataires et leurs motivations politiques, comme elle en a fait le récit au site Révolution Permanente. «L’infraction n’est pas constituée, on est plutôt sur du renseignement, de la police politique», a estimé dans une déclaration à l’AFP l’avocate de la jeune femme, Me Claire Dujardin. Les six autres colocataires de l’habitation ont également été entendus par la police, en audition libre, mardi après-midi.
«Un des rares moyens de revendication»
La section locale du NPA s’est émue dans la foulée de ce «cas grave de remise en cause de la liberté d’expression», dans une motion soutenue notamment par les sections locales de la CGT, du PCF, d’EELV et de la LDH. Les banderoles et pancartes sont «l’un des rares moyens que nous avons pour exprimer nos revendications, le droit de manifestation ayant été suspendu dans le cadre du confinement», indique le communiqué, appelant «à ce que ces pratiques répressives cessent immédiatement et soient condamnées par le gouvernement ou ses représentants. Le dossier doit être refermé sans aucune poursuite». Après la médiatisation de cette garde à vue, une vidéo de soutien regroupant plusieurs centaines de photos de personnes affichant le slogan «Macronavirus» a été partagée par le compte Facebook de la CGT CHU de Toulouse. Y apparaissent notamment l’ancien porte-parole du NPA Olivier Besancenot ou le député La France insoumise François Ruffin.
Les forces de l’ordre ne se sont cependant pas arrêtées là puisqu’un autre Toulousain affichant des slogans aux fenêtres de son domicile, notamment une banderole apportant son soutien à la jeune femme placée en garde à vue, a eu droit à une visite policière quelques jours plus tard. Selon la Dépêche lundi, la police a confirmé l’intervention tout en soulignant qu’«aucune procédure judiciaire» n’avait été cette fois engagée. Elle a également affirmé que son standard recevait beaucoup d’appels «dénonçant» ces slogans critiques envers le gouvernement.
A Montpellier, une visite confuse
D’autres faits similaires ont été relevés ces dernières semaines. A Montpellier, comme repéré par le média d'«info-luttes» Le Poing, Samuel, 24 ans, a également eu droit à une visite de deux officiers de la police municipale en fin de semaine dernière, lui demandant de retirer une banderole où était inscrit le slogan «Nous sommes gouvernés par des criminels». Contacté par Libération, il suppose que cette visite faisait suite à une dénonciation d’une habitante de son immeuble, qui lui avait déjà demandé de retirer sa banderole une dizaine de jours auparavant.
«Les deux policiers étaient très corrects, mais ils ne savaient pas dire sur quel texte de loi se basait leur intervention, raconte Samuel. Ils m’ont simplement dit "Nul n’est censé ignorer la loi".» Les policiers ont indiqué que des brigades étaient passées devant son immeuble les jours précédents, notamment «pour prendre des photos» de la banderole. Après avoir obtempéré et retiré le slogan de son balcon, les forces de l’ordre l’ont informé qu’il devrait recevoir une convocation «dans les prochains jours». Mardi, le jeune Montpelliérain n’avait toujours rien reçu. Contactée, la police municipale nous a indiqué qu’elle n’avait «pas d’informations» à donner.
Cas similaires à Paris, Caen ou Marseille
De semblables efforts policiers pour retirer des banderoles avaient été relevés à la mi-avril par Mediapart à Paris, Marseille ou Caen. La police était ainsi intervenue le 14 avril dans le XIXe arrondissement parisien auprès d’un couple affichant à leur fenêtre «Macron, on t’attend à la sortie !!» Selon Mediapart, les policiers ont invoqué «une menace» à l’égard du chef de l’Etat, voire un «outrage à magistrat». «Il y a eu discussion. Il n’y a pas eu de verbalisation. La banderole a été enlevée», a précisé une source policière à l’AFP.
A Marseille, un squat du quartier de la gare Saint-Charles a reçu cinq visites de la police et deux résidents ont été convoqués mi-avril pour une banderole «Tu veux savoir si t’as le corona ? Crache sur un bourgeois et attends ses résultats». Plusieurs raisons ont été invoquées : «affichage sauvage», «incitation à la haine», voire «mise en danger d’autrui en incitant à contaminer volontairement quelqu’un en lui crachant dessus en période d’épidémie» selon la préfecture. Après les auditions, la préfecture, qui ne confirme que deux interventions policières dans ce squat, a indiqué à Mediapart que «la procédure avait été transmise au parquet pour étude».
A Caen, un étudiant de 23 ans a affirmé avoir reçu le 8 avril une visite de la police municipale pour une banderole où était inscrit «Il y en a de l’argent magique, du fric pour le service public». Les policiers lui ont demandé s’il souhaitait rencontrer le maire et ce qu’il pensait de la politique municipale, selon des propos rapportés par Ouest-France. «Je leur ai répondu que je ne voyais pas l’intérêt de rencontrer un élu local, puisque c’est une injustice nationale que je dénonce», explique-t-il au quotidien. Les policiers sont repartis sans lui demander d’enlever sa banderole, mais en prenant ses coordonnées.
Enfin, le site Reporterre signale que dans la ville de Die, dans le Vercors, la police municipale est venue, sur ordre du maire, demander à un habitant de décrocher des banderoles pourtant «ni diffamatoires, ni haineuses, ni discriminatoires», le menaçant d’une amende de 135 euros par jour pour non-respect du code de l’environnement, la ville ayant des dispositions particulières au niveau de l’affichage en raison de sa localisation.
Quel cadre légal ?
La police a-t-elle le droit de demander que ces banderoles soient retirées ? Toute banderole affichée à une fenêtre est qualifiée de publicité selon le code de l’environnement, qui en réglemente donc son usage. Dans ce cas, la police peut intervenir sur ordre du préfet, ou du maire, s’il existe un règlement local de publicité (comme, il semblerait, dans le Vercors). Selon le service juridique de la Ligue des droits de l’Homme, qui s’est récemment indignée de la garde à vue à Toulouse, «dans l’hypothèse où "un affichage au balcon" en dehors du règlement municipal ou préfectoral de publicité était mis en place, un arrêté pourrait être pris à l’encontre du contrevenant lui laissant 15 jours pour retirer l’affichage sauvage. A défaut de s’y soumettre, le contrevenant s’exposerait à une contravention de première classe d’un montant de 38 euros. En l’absence de réglementation de police administrative, l’affichage semblerait libre.» En outre, l’affichage au balcon peut éventuellement venir à l’encontre de règles de copropriété ou locatives spécifiques aux immeubles concernés.
La LDH s’interroge cependant «sur les possibilités de poursuites pénales que supposerait un tel affichage», rappelant que «la liberté d’expression est une liberté fondamentale à valeur constitutionnelle». L’article 10 de la Déclaration des droits de l’Homme indique ainsi que «nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi», tandis que l’article 11 énonce que «la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi». Il existe ainsi des limites : «Si la liberté d’afficher au balcon ses opinions est protégée en ce qu’elle constitue l’exercice de la liberté d’expression, explique la LDH, elle trouve ses limites dans la nature des propos affichés qui peuvent être susceptibles de poursuites pénales, telles que : l’injure, la diffamation, l’outrage à magistrat, l’incitation à la violence, à la discrimination ou à la haine…»
Pour la LDH, «la police ne tire d’aucune loi actuellement en vigueur le pouvoir d’interdire ou de faire retirer, voire de retirer par la force une banderole sous réserve que celle-ci, encore une fois, ne se manifeste pas sous forme illégale».
Géopolitique - La Chine sortira-t-elle gagnante de cette crise ?
THE ECONOMIST (LONDRES)
En quelques semaines, le pays à l’origine de l’épidémie de Covid-19 se propose désormais comme modèle de gestion de cette crise qui ravage le monde. Sommes-nous au seuil d’un basculement géopolitique au détriment des États-Unis ?
L’année a très mal commencé pour la Chine. Lorsqu’un virus affectant les voies respiratoires s’est répandu à Wuhan, l’instinct des responsables du Parti communiste a été de le passer sous silence. Certains prédisaient que le coronavirus allait être le “Tchernobyl” de la Chine – en référence à la façon dont les mensonges du Kremlin sur cet accident nucléaire avaient accéléré l’effondrement de l’Union soviétique. Ils avaient tort. Après son cafouillage initial, le parti au pouvoir en Chine a rapidement imposé une quarantaine d’une ampleur et d’une sévérité impressionnante. Et ce confinement a apparemment bien fonctionné. Le nombre de nouveau cas de Covid-19 a ralenti au point de se réduire à peau de chagrin. Les usines sont en train de rouvrir leurs portes. Les chercheurs se précipitent pour faire tester leurs vaccins sur les bonnes volontés. Entre-temps, le nombre de morts en Grande-Bretagne, en France, en Espagne, en Italie et aux États-Unis a largement dépassé le bilan officiel en Chine.
La Chine ne cache pas sa fierté. Une vaste campagne de propagande explique que la Chine a réussi à maîtriser l’épidémie grâce à un régime fort de parti unique. Le pays montrerait maintenant sa bienveillance en fournissant au monde entier des kits médicaux, dont près de 4 milliards de masques entre le 1er mars et le 4 avril. D’après le discours officiel, les sacrifices consentis par la Chine ont permis au reste du monde de gagner du temps pour se préparer à la crise. Et si certaines démocraties occidentales n’ont pas fait bon usage de ce temps, cela montre à quel point leur système de gouvernance est inférieur à celui de la Chine.
Certains, notamment les observateurs pessimistes de la politique étrangère en Occident, ont conclu que la Chine serait le grand vainqueur de la catastrophe du Covid-19. Ils avertissent que la pandémie restera dans les mémoires non seulement comme une catastrophe humaine, mais aussi comme un tournant géopolitique où les États-Unis ont été mis à l’écart.
Ce point de vue s’est en partie imposé par défaut. Le président Donald Trump n’a apparemment aucune envie de prendre la tête de la riposte mondiale face au virus. Les précédents présidents américains ont mené des campagnes contre le VIH/sida et Ebola. Trump s’est contenté de promettre de suspendre son soutien financier à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à cause de son prétendu parti pris en faveur de la Chine. Avec l’homme qui, à la Maison-Blanche, revendique un “pouvoir absolu” tout en refusant d’assumer ses responsabilités, la Chine a une chance de renforcer son influence.
Une machine de propagande grossière et mesquine
Mais pourtant la Chine pourrait très bien échouer dans cette entreprise. D’une part, il est difficile de dire si le bilan chinois en matière de gestion du Covid-19 est aussi impressionnant que le pays veut le faire croire – et qu’il est aussi bon que celui des démocraties qui ont fait leurs preuves comme la Corée du Sud et Taïwan. Personne en dehors de la Chine ne peut vérifier si les autorités chinoises, connues pour leur goût du secret, ont dit toute la vérité sur le nombre de décès et de personnes infectées par le coronavirus. Un régime autoritaire a les moyens d’imposer aux usines de repartir, mais il ne peut pas forcer les consommateurs à acheter leurs marchandises. Tant que la pandémie fera rage, il est encore trop tôt pour dire si les gens vont applaudir la Chine pour avoir mis fin au virus ou lui reprocher d’avoir fait disparaître les médecins de Wuhan qui avaient été les premiers à sonner l’alarme.
Autre obstacle : la propagande de la Chine est souvent grossière et mesquine. Les porte-parole du pays ne se contentent pas chanter les louanges de leurs dirigeants ; certains jubilent également publiquement des dysfonctionnements des États-Unis ou promeuvent des théories du complot délirantes affirmant que le virus serait une arme biologique américaine. Pendant plusieurs jours, les Africains de Guangzhou ont été expulsés en masse de chez eux, se sont vu interdire l’accès aux hôtels et ont ensuite été harcelés parce qu’ils dormaient dans les rues, les autorités locales craignant qu’ils ne soient contaminés. Leur détresse a fait la une des journaux et a suscité des remous sur le plan diplomatique dans toute l’Afrique.
La Chine ne cherchera à reproduire les points forts des États-Unis
Par ailleurs, les pays riches se méfient des motivations de la Chine. Margrethe Vestager, commissaire européenne à la Concurrence, exhorte les gouvernements à prendre des participations dans des entreprises stratégiques afin d’empêcher la Chine de profiter des turbulences du marché pour les racheter à bas prix. Plus généralement, la pandémie a donné des arguments à ceux qui pensent que les pays ne devraient pas dépendre autant de la Chine pour des biens et des services essentiels, des respirateurs aux réseaux 5G. L’Organisation mondiale du commerce s’attend à ce que le commerce mondial de marchandises diminue de 13 à 32 % à court terme. Si cette situation conduit à une régression à long terme de la mondialisation – ce qui était déjà un sujet d’inquiétude avant le Covid-19 –, cela nuira autant à la Chine qu’au reste du monde
La question n’est pas tant de savoir si les autres pays sont prêts à voir la Chine supplanter les États-Unis, mais plutôt si la Chine a l’intention de le faire. Une chose est sûre, la Chine ne va pas chercher à reproduire les points forts des États-Unis : un vaste réseau d’alliances et des légions d’acteurs privés dotés d’un soft power inégalable, de Google à Netflix, en passant par Harvard et la Fondation Gates. Elle ne montre aucun signe de vouloir assumer le genre de pouvoir qui lui vaudrait d’être prise à partie dans toutes sortes de crises partout sur la planète, comme c’est le cas pour les États-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale.
Redéfinir les nouvelles règles mondiales
Le meilleur révélateur des ambitions de la Chine sera son comportement dans la course au vaccin. Si elle y parvient la première, ce succès pourrait être mis en avant comme un triomphe national et le début d’une coopération mondiale. Autre révélateur : l’allégement de la dette des pays pauvres. Le 15 avril, le G20, y compris la Chine, a décidé d’accorder aux pays endettés le report du paiement de leurs dettes à ses membres pendant huit mois. Par le passé, la Chine négociait la dette à huis clos en exploitant sa position de force pour obtenir des concessions politiques. Si la décision du G20 signifie que le gouvernement de Pékin est maintenant prêt à coordonner ses actions avec celles des autres créanciers et à se montrer plus généreux, ce serait le signe que la Chine est prête à dépenser de l’argent pour acquérir un nouveau rôle.
Mais peut-être que la Chine cherche moins à diriger le monde qu’à s’assurer que d’autres puissances ne viennent en travers de son chemin. Elle cherche à éroder le statut du dollar en tant que monnaie de réserve. Et elle s’efforce de placer ses diplomates à des postes influents dans les organismes internationaux, afin qu’ils puissent définir les nouvelles règles mondiales, par exemple en matière de droits de l’homme ou de contrôle d’Internet. L’une des raisons pour laquelle la position de Trump vis-à-vis de l’OMS est si mauvaise pour les États-Unis, c’est que cela donne plus de légitimité à la Chine à ce genre de poste.
Les dirigeants chinois allient de grandes ambitions à une certaine prudence induite par l’énorme tâche qui consiste à gouverner un pays de 1,4 milliard d’habitants. Ils n’ont pas besoin de créer de toutes pièces un nouvel ordre mondial avec de nouvelles règles. Ils préféreront peut-être continuer à faire vaciller les piliers bancals de l’ordre construit par l’Amérique après la Seconde Guerre mondiale, le tout pour ne pas entraver la montée en puissance de la Chine.
Ce n’est pas une perspective réjouissante. La meilleure façon d’affronter la pandémie et ses conséquences économiques est de le faire au niveau mondial. Il en va de même pour des problèmes tels que le crime organisé et le changement climatique. Les années 1920 nous ont montré ce qui arrivait lorsque de grandes puissances se préoccupaient de leur seul intérêt et cherchaient à profiter des malheurs des autres. L’épidémie de Covid-19 a jusqu’à présent suscité autant d’appétits égoïstes que d’altruisme. Trump est en grande partie responsable de cette situation. Si la Chine devait remettre au goût du jour ce comportement mesquin des grandes puissances, ce ne serait pas une victoire mais une tragédie.
États-Unis - Accusé d'agression sexuelle, Biden s'apprête à sortir de son silence
COURRIER INTERNATIONAL (PARIS)
La chaîne MSNBC, qui reçoit vendredi le candidat démocrate à la présidentielle américaine pour une interview télévisée, affirme qu’il va “répondre pour la première fois à une accusation récente d’agression sexuelle”.
“Joe Biden prêt à rompre son silence sur les allégations de Tara Reade”, annonce Politico. L’ancien vice-président des États-Unis devrait s’exprimer, vendredi 1er mai, à propos d’“une récente accusation d’agression sexuelle lors de son apparition dans l’émission Morning Joe, sur MSNBC”, explique le site d’information américain.
La chaîne de télévision a fait la promotion, jeudi sur Twitter, de cette interview, en annonçant que le candidat démocrate à la Maison-Blanche allait “répondre pour la première fois” à la femme qui l’accuse d’une agression sexuelle remontant aux années 1990.
En choisissant cette chaîne et cette émission pour s’expliquer, Joe Biden semble être en terrain plutôt favorable, laisse entendre Politico. “Le programme, l’une des voix de l’establishment de Washington, est un forum parfait pour un sénateur de carrière devenu vice-président, dont les conseillers de campagne sont des personnalités de longue date de l’establishment démocrate. En outre, (…) le candidat entretient une relation amicale avec son présentateur, Joe Scarborough.”
“Cela ne s’est absolument pas produit”
Tara Reade, une ex-collaboratrice de Joe Biden au Sénat, a affirmé le 25 mars que son ancien patron l’avait agressée sexuellement en 1993, au Capitole, déclenchant “une tempête politique” outre-Atlantique, recontextualise Fox News. Depuis, relève la chaîne conservatrice, Joe Biden “a réussi à éviter toute question”, “pendant des semaines”, malgré “une douzaine d’interviews télévisées”. Le Washington Post fait le même constat, ajoutant que “le sujet n’a pas non plus été abordé” lors de plusieurs événements virtuels qu’il a récemment organisés, notamment un avec Hillary Clinton mardi, et une conversation de 40 minutes sur Instagram Live avec la star du football Megan Rapinoe jeudi.
Mais l’affaire a fini par le rattraper. “Avec (le mouvement) #MeToo en toile de fond, l’allégation de Tara Reade selon laquelle Biden l’aurait touchée de manière inappropriée (…) a gagné en force ces dernières semaines”, note Politico. “Les appels réguliers à ce que Joe Biden se charge personnellement de ces accusations – ainsi que les nouveaux témoignages d’amis de Reade qui disent qu’elle leur (en) a parlé il y a des années – ont finalement rendu le sujet inévitable.”
Jusqu’ici, l’équipe de campagne de Joe Biden renvoyait les journalistes à un communiqué de sa porte-parole, Kate Bedingfield, qui dément cette accusation “fausse”.
Le vice-président Biden a consacré sa vie publique à changer la culture et les lois relatives à la violence contre les femmes. Il est l’auteur et s’est battu pour l’adoption et la ré-autorisation de la loi historique sur la violence contre les femmes. Il croit fermement que les femmes ont le droit d’être entendues – et entendues respectueusement. Ces revendications devraient également être examinées avec diligence par une presse indépendante.”
Ce qui est clair à propos de cette revendication : elle est fausse. Cela ne s’est absolument pas produit.”
Joe Biden “devrait répondre”, a estimé jeudi le président américain, Donald Trump, lors d’un point presse sur le coronavirus à la Maison-Blanche. Tout en affirmant qu’il “ne savait rien” du dossier, il a suggéré que le récit de Tara Reade pourrait être une “fausse accusation”. “J’ai été faussement accusé à de nombreuses reprises”, a-t-il déclaré.
“Complication”
Ces allégations “ont ajouté une complication pour celles que Biden pourrait considérer” pour le poste de vice-présidente, observe Politico. Car “beaucoup se sont opposées à la confirmation (du juge conservateur) Brett Kavanaugh à la Cour suprême, en 2018, en raison des accusations d’agression sexuelle portées contre lui par Christine Blasey Ford et d’autres”.
En présentant l’équipe de personnalités démocrates chargées de l’examen minutieux du passé et du parcours de chaque candidate, l’ancien numéro deux de l’exécutif américain, qui a promis de choisir une femme comme colistière, “a officiellement entamé le processus de sélection jeudi matin”, note NPR. Parmi les grands noms qui circulent : la sénatrice californienne Kamala Harris, qui pourrait permettre d’“augmenter la participation et le soutien de l’électorat noir”. Mais aussi l’ancienne candidate au poste de gouverneur de Géorgie Stacey Abrams, et la sénatrice du Minnesota Amy Klobuchar, “qui ont été interrogées sur cette allégation et ont exprimé leur soutien à Biden”.
Violette Robinet
Pérou
Au Pérou, Keiko Fujimori obtient sa libération sous caution. La justice péruvienne a accordé jeudi une mesure de liberté sous caution à la cheffe de l’opposition Keiko Fujimori, en détention préventive depuis trois mois dans le cadre d’un scandale de corruption. “Le pouvoir judiciaire a révoqué la détention préventive de 15 mois contre (…) Keiko Fujimori, qui fait l’objet d’une enquête pour blanchiment d’argent présumé dans le cadre de l’affaire Odebrecht”, raconte Gestion. Cette libération sous caution est assortie “restrictions”, explique le journal, “comme celle de ne pas quitter la ville de son domicile ou d’en changer sans autorisation écrite préalable”. De même, “elle devra se rendre tous les 30 jours au Bureau d’enregistrement et de contrôle biométrique pour enregistrer son empreinte digitale.”











