Il y a 75 ans, la fin du cauchemar à Dachau
Le 29 avril 1945, quelques jours avant la capitulation de l’Allemagne, les Alliés libéraient les derniers camps de concentration encore en activité. Parmi eux, Dachau, le prototype et le modèle des usines de mort nazies.
Dès de lendemain de la libération du camp par les GI’s, des détenus de Dachau brandissent un drapeau américain. ©Usis-Dite/Leemage
Le 29 avril 1945, lorsque les hommes des 42e et 45e divisions américaines franchissent les grilles du camp de Dachau,sur lesquelles figure, forgée dans le fer, la sinistre formule «Arbeit macht frei» («Le travail rend libre»), le fleuron du système concentrationnaire nazi, situé près de Munich, en Allemagne du sud, est en complète désintégration. Seuls sont restés sur place quelques dizaines de SS, plus préoccupés de préparer leur fuite que de surveiller les déportés, terrés dans les 30 baraques du camp et terrorisés par la rumeur d’un grand massacre final au lance-flammes. Le spectacle qui s’offre aux yeux des GI’s, déjà durement éprouvés par de violents combats au cours des semaines précédentes, est effroyable.
Partout, des corps livides et décharnés jonchent le sol ou s’entassent dans des wagons arrivés la veille de Buchenwald. Des piles de cadavres barrent l’entrée des fours crématoires qui n’ont pas pu les engloutir, faute de combustible et surtout en raison de leur nombre trop élevé.
Edouard Philippe s’engage dans un déconfinement à reculons
Par Cédric Pietralunga, Olivier Faye
Le premier ministre a présenté un plan de déconfinement partiel à partir du 11 mai, par étapes et différencié selon les territoires. Sa préparation a révélé des tensions au sommet de l’Etat.
Emmanuel Macron avait vanté les « jours heureux » de la Libération. Il faudra finalement attendre « des jours meilleurs », a prévenu Edouard Philippe. C’est un plan de déconfinement en mode progressif qu’a présenté le premier ministre à l’Assemblée nationale, mardi 28 avril, après deux semaines de tergiversations au sein de l’exécutif sur la manière d’appréhender cette nouvelle phase de la lutte contre l’épidémie due au coronavirus.
Lors de sa dernière allocution, le 13 avril, le président de la République avait promis que la France redémarrerait à compter du 11 mai. « Progressivement, prudemment », cette promesse sera tenue, a juré M. Philippe, mais il faudra d’abord passer par des paliers de décompression, car « le risque d’une seconde vague est sérieux », a-t-il mis en garde. Quitte à donner le sentiment de diluer dans le temps le plan initial.
Progressive, la rentrée des classes le sera, tout d’abord. Les écoles maternelles et primaires rouvriront le 11 mai, une partie des collèges, le 18 mai, et pour les lycées, la décision sera prise « fin mai », a annoncé le chef du gouvernement, précisant que, dans tous les cas, la reprise se fera « sur la base du volontariat ».
De même, pas question pour les entreprises de redémarrer dans deux semaines comme si de rien n’était. La priorité restera au télétravail ou, a minima, à des « horaires décalés » pour éviter l’engorgement aux heures de pointe dans les transports publics. Si la reprise de l’activité est indispensable pour éviter « l’écroulement » de l’économie du pays, a souligné M. Philippe, elle ne pourra se faire que progressivement, « semaine après semaine », afin de « vérifier que nous maîtrisons le rythme de circulation du virus ».
Masques, tests et circulation
Progressif, l’équipement de tous les Français en masques le sera aussi. Dorénavant, son port sera « obligatoire » dans les transports publics et dans tous les commerces qui le souhaitent. « Grâce à la mobilisation de tous, il y en aura assez dans le pays pour faire face aux besoins à partir du 11 mai », a promis le premier ministre, incitant par ailleurs les entreprises à équiper leurs salariés.
L’Etat prendra en charge 50 % du coût de l’achat de masques par les collectivités locales, qui sont aussi invitées à participer à l’effort. « Progressivement, nous parviendrons à une situation classique, où les Français pourront, sans risque de pénurie, se procurer des masques grand public dans tous les commerces », a-t-il assuré, reconnaissant avoir dû faire face à une « pénurie » au début de la crise.
L’EXÉCUTIF INVITERA À CIRCONSCRIRE LES DÉPLACEMENTS À PLUS DE CENT KILOMÈTRES DE SON DOMICILE AUX « MOTIFS IMPÉRIEUX », QU’ILS SOIENT FAMILIAUX OU PROFESSIONNELS
« Au moins 700 000 tests virologiques par semaine » seront effectués par ailleurs à partir du 11 mai pour toute personne symptomatique, ainsi que pour ses contacts, a annoncé le chef du gouvernement. Les cas positifs seront invités à rester chez eux ou dans un lieu dédié pendant quatorze jours, pour casser les fameuses « chaînes de contamination » qui effraient tant les épidémiologistes.
Enfin, ce plan de déconfinement se déploiera de manière différenciée en fonction des territoires. Tous les soirs, à partir du 30 avril, le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, présentera une carte actualisée de la circulation du virus par département. Ces indicateurs « seront cristallisés le 7 mai, afin de déterminer quels départements basculent le 11 mai en catégorie rouge, circulation élevée, ou vert, circulation limitée », a informé Edouard Philippe.
La doctrine fixée au niveau national sera appliquée localement par les maires et les préfets en fonction de ces données, au risque d’une concurrence baroque entre les collectivités. Le premier minsitre devait s’entretenir à ce sujet, mercredi, avec les associations d’élus locaux puis les préfets de région. Il doit aussi échanger avec les partenaires sociaux jeudi.
L’exécutif invitera à circonscrire les déplacements à plus de cent kilomètres de son domicile aux « motifs impérieux », qu’ils soient familiaux ou professionnels.
Tensions entre l’Elysée et Matignon
Cette « architecture générale » pourra toujours être chamboulée dans les deux semaines qui viennent, en fonction de l’évolution de l’épidémie. « Je le dis aux Français : si les indicateurs ne sont pas au rendez-vous, nous ne déconfinerons pas le 11 mai, ou nous le ferons plus strictement », a averti M. Philippe. « Ces derniers temps, nous avons vu une forme de relâchement dans le confinement qui nous inquiète. Nous marchons sur une glace très fine », confie-t-on dans son entourage.
Le chef du gouvernement a tout de même donné rendez-vous pour une étape suivante, le 2 juin. « C’est en gravissant des marches de trois semaines que nous allons avancer », a-t-il expliqué, donnant le sentiment d’un déconfinement sans fin.
Une autre phase « ira jusqu’à l’été ». Sans attendre, certains événements, comme les rencontres sportives, les festivals ou les salons professionnels regroupant plus de 5 000 personnes sont d’ores et déjà reportés à septembre. Si nécessaire, M. Philippe n’exclut pas un « reconfinement » dans les semaines à venir.
L’accouchement de ce plan ne s’est pas fait sans douleur au sommet de l’Etat. Dès le départ, l’annonce par Emmanuel Macron d’un déconfinement du pays à partir du 11 mai avait pris de court le gouvernement. Si Edouard Philippe a finalement respecté l’injonction émise par le chef de l’Etat, le 13 avril, de dévoiler un plan « d’ici à quinze jours », l’exercice a révélé de singulières tensions entre les deux têtes de l’exécutif. Sur les délais à respecter, d’abord, mais aussi quant au caractère régionalisé ou non de l’exercice, les maisons Elysée et Matignon ont parfois tiré à hue et à dia.
Dernier épisode en date : l’avis favorable émis par Emmanuel Macron d’un report de vingt-quatre heures du scrutin à l’Assemblée nationale sur ce plan, afin de contenter les oppositions et d’affermir une unité nationale branlante. La révélation de présumés échanges privés à ce sujet entre le chef de l’Etat et des journalistes – ce que l’Elysée dément – a agité le microcosme politique et médiatique pendant quarante-huit heures. « Ce n’était pas par volonté de mettre en difficulté le premier ministre, simplement par volonté de construire le rassemblement de la France unie », justifie un habitué du palais.
Matignon n’ayant pas voulu entendre parler d’un changement de date, le vote a bien eu lieu mardi, comme prévu : 368 députés ont approuvé le plan présenté par Edouard Philippe (100 l’ont rejeté et 103 se sont abstenus). Mais le premier ministre s’est engagé à ce que le traçage numérique fasse l’objet d’un débat et d’un vote ultérieurs, ce que réclamaient nombre de députés y compris de la majorité.
Remaniement en perspective ?
Lors du conseil des ministres, mardi matin, Emmanuel Macron a tenté d’éteindre l’incendie qui a pris au sein de son camp, niant toute dissension avec son premier ministre. « Je n’aurai aucune complaisance à l’égard de ceux qui, par des bruits et des rumeurs, tentent de diviser le gouvernement, et singulièrement le premier ministre et le président de la République », a-t-il assuré selon des participants.
« Le président dément catégoriquement avoir passé des appels à des journalistes, a fortiori pour dire du mal de son premier ministre », ajoute-t-on à l’Elysée. Les deux hommes, raconte d’ailleurs un proche de M. Macron, auraient travaillé en bonne intelligence plus de six heures durant, lundi après-midi, sur le plan de l’après-11 mai.
Il n’en fallait néanmoins pas plus pour relancer les spéculations quant à l’avenir d’Edouard Philippe à Matignon. « Ce clash va entraîner, à très court terme ou moyen terme, des décisions », juge un interlocuteur régulier du chef de l’Etat, qui s’agace de la rigidité du premier ministre : « Un report du vote, qu’est-ce que ça pouvait faire ? »
La perspective d’un remaniement en juillet, lancinante, est une fois encore murmurée au sein de la Macronie. « Ce couple est stable, confiant, le reste, c’est de la rumeur », évacue-t-on à Matignon. Un président machiavélique qui affaiblit volontairement son premier ministre, « c’est un fantasme House of Cards », ajoute-t-on à l’Elysée.
« La France est dans un moment où ceux qui l’aiment et la servent doivent être à la hauteur », a plaidé pour sa part Edouard Philippe à la tribune de l’Assemblée nationale. Avant de rappeler le sens de la « vertu », cette « antique qualité dans laquelle les Romains ont puisé leur force », qui mêle « rectitude, honnêteté et courage ». Une référence déjà utilisée lors de son premier discours de politique générale, en juillet 2017. Comme une volonté de boucler la boucle.
Vu de l’étranger - Déconfinement : le plan du gouvernement français, “plus un carcan qu’une libération”
COURRIER INTERNATIONAL (PARIS)
Ce mardi 28 avril, Édouard Philippe a présenté le détail du plan de déconfinement en France. La vie sociale ne reviendra pas à la normale de sitôt, prévient la presse étrangère.
En théorie, la date du 11 mai devait être l’occasion pour les Français de se réjouir, relatait la Süddeutsche Zeitung, juste avant la présentation du plan de déconfinement. Mais plus “encadré que jamais”, le plan présenté ce mardi 28 avril et approuvé par 368 voix contre 100 à l’Assemblée nationale “ressemble bien plus à un carcan qu’à une libération”, affirme Le Temps.
Le Premier ministre a ainsi expliqué, devant les députés, comment “le gouvernement a décidé d’orchestrer une sortie de quarantaine”. Il “le fera avec beaucoup, beaucoup de prudence”, observe le journal italien La Stampa. De manière “très progressive, lente et avec la possibilité de revenir en arrière si l’épidémie se répand à nouveau ou si les gens ne respectent pas les consignes”, précise depuis l’Espagne El País. Des consignes “nombreuses, qui affecteront encore profondément la vie des 67 millions de Français pendant une période encore impossible à définir”.
Une vie sociale toujours limitée
C’est pourquoi, usant d’un “ton mesuré” selon le journal argentin Clarín, le chef de gouvernement a donné plusieurs dates repères, marquant les différentes étapes du déconfinement.
Ce qui est sûr, prévient le quotidien espagnol El Periódico, c’est que “la vie sociale continuera d’être limitée” après le 11 mai, même “s’il ne sera plus nécessaire d’avoir un justificatif pour sortir dans la rue”.
Toute la question pour le gouvernement, était de trouver “comment relancer l’économie tout en préservant la santé publique”, explique de son côté La Libre Belgique. Car si “l’épidémie continue de ralentir sans avoir été stoppée par 43 jours de confinement”, Philippe a bien rappelé qu’un “confinement prolongé outre mesure aurait des conséquences sur notre société”, il a même évoqué un “risque d’écroulement de l’économie”
“Protéger, tester et isoler”
“Protéger, tester et isoler : ce sera donc le triptyque choisi par la France pour son déconfinement”, souligne encore le journal belge. “Pour le premier volet, le port du masque jouera un rôle important.” Les entreprises, commerçants, particuliers sont priés de se montrer responsables, a dit Édouard Philippe. Mais il n’a également pas manqué de revenir sur la politique menée par le gouvernement depuis le début de la crise concernant ces protections, “en réponse aux critiques” sur un des sujets “les plus sensibles”, note Clarín. En réponse aussi au “mécontentement des Français”, renchérit la Tagesspiegel.
“Pour le deuxième volet, concernant les tests, le Premier ministre français a assuré que leur capacité serait amplifiée d’ici au 11 mai.” L’objectif est d’arriver à 700 000 tests virologiques par semaine. Un point important pour le journal italien La Repubblica, qui estime que “la France a été un des pays qui en a fait le moins à ce sujet, à cause de problèmes bureaucratiques et de la concurrence entre laboratoires publics et privés”.
“Il y aura également un suivi des patients identifiés comme positifs ainsi qu’un traçage des contacts”, note La Libre Belgique. Même si, pour l’application de tracking StopCovid actuellement développée, un débat sera organisé. “Quant à l’isolement, il s’agira de casser les chaînes de contamination en plaçant en quarantaine les personnes testées positives.”
Philippe a par ailleurs détaillé la feuille de route concernant le retour à l’école, là encore “progressif”, rappelle El Periodicó – pour les lycées, la question sera tranchée début juin –, de même pour les bars, restaurants et les cafés. “Le télétravail doit être maintenu, partout où il est possible” et les déplacements interrégionaux devront se limiter aux raisons professionnelles et familiales impérieuses.
Rendez-vous le 2 juin
“Prudence” encore, note La Stampa puisque “chaque département sera observé à la loupe”, précise La Libre.
Le degré d’assouplissement des restrictions dépendra, entre autres, de la propagation du virus dans les différents départements”, note Der Tagesspiegel.
Pour La Stampa, ce choix géographique apparaît comme une “approche pragmatique” et “logique puisque le Covid-19 a frappé le pays de façon disparate, en épargnant surtout le Sud et l’Ouest”.
Un enjeu auprès des Français
Finalement, le Premier ministre a pris un nouveau rendez-vous avec les Français : “La seconde étape du déconfinement est prévue pour le 2 juin”, précise La Libre. D’ici là, “le plan présenté par Philippe – qui a également annoncé la prorogation de l’état d’urgence sanitaire jusqu’au 23 juillet – sera soumis au vote [du Sénat] la semaine prochaine”, ajoute El País.
“Les yeux des Français sont désormais tournés vers la réalisation de ce plan”, prévient finalement La Stampa. En effet, “la déception quant à la gestion de crise a été forte dans le pays”. Selon la dernière enquête de l’IFOP, 65 % des Français n’ont pas confiance dans le gouvernement sur ce dossier. “Un pourcentage qui n’a pas arrêté de grimper ces dernières semaines.”
Audrey Fisné et Beniamino Morante
Macron-Philippe, couple en déconfinement ?
Par Lilian Alemagna,
La question du maintien du Premier ministre à Matignon agite le monde politique à cause de «tensions» au sein de l’exécutif.
«Le jour d’après, quand nous aurons gagné, ce ne sera pas un retour au jour d’avant.» Depuis qu’Emmanuel Macron a prononcé cette phrase le 16 mars, la question du maintien d’Edouard Philippe à Matignon s’est officiellement invitée à la table de la majorité. Car comment «se réinventer», ouvrir la dernière étape du quinquennat qui doit propulser le Président dans la campagne de 2022 en gardant un Premier ministre choisi en 2017 ? Lorsque le chef de l’Etat avait marqueté l’«acte 2» de son mandat après les gilets jaunes et le grand débat national en promettant «écoute» et «dialogue», certains responsables pointaient déjà en coulisses la difficulté d’incarner ce «tournant» avec la même équipe ministérielle… et le même chef.
Deuxième accroc
Alors forcément, ce discours du déconfinement pourrait être l’un des derniers d’importance prononcé à l’Assemblée par Philippe. «J’ai entendu ça dix fois… balaie son ami le député européen LREM Gilles Boyer. Ça fait partie des serpents de mer. Il a intériorisé la précarité de ce job. Oui, un jour, il ne sera plus Premier ministre, il faut aussi dédramatiser ça. Mais la survie n’est pas un objectif en soi, sinon on prend des décisions en fonction de son cas personnel et non de l’intérêt général.» Dans son proche entourage, on proscrit toute conjugaison au futur : «On ne parle pas de l’après à Matignon. On gère la crise, martèle un de ses conseillers. Les Français ne se posent pas la question du Premier ministre mais de l’ouverture des écoles, des plages, des commerces… Le reste, c’est de la petite politique.»
Sauf qu’Emmanuel Macron semble s’être remis au goût de cette «petite politique». Alors que le couple exécutif s’était appliqué, depuis le début de cette crise du Covid-19, à tenir une répartition stricte de leurs fonctions comme le prévoient les institutions de la Ve République, voilà que le chef de l’Etat s’est pris, selon l’Express et le Point ces jours-ci, à contacter des journalistes pour bien faire savoir que si l’exécutif a refusé de reporter le vote de mardi sur le plan de déconfinement - demande des oppositions - c’est à cause de la «rigidité» de son Premier ministre. «Il y a de fortes tensions entre Macron et Philippe, confirme un des acteurs de ce déconfinement qui a pu observer les deux parties. Matignon est dans le prudentiel, l’Elysée est politique.» «L’alignement est complet», jure-t-on dans l’entourage de Philippe, balayant des «rumeurs de presse». «Tempête dans un verre d’eau», dit-on dans l’entourage du chef de l’Etat. Pour un macroniste historique, il n’y a d’ailleurs «aucun enjeu d’affaiblir le Premier ministre, surtout dans cette période si touchy du déconfinement» : «Au contraire, on a plutôt intérêt à ce que le gars réussisse le truc car s’il échoue, cela retombera sur le Président».
Certes. Mais après le cafouillage sur le premier tour des municipales, il s’agit d’un deuxième accroc au sein du couple exécutif. «C’est le péché originel de cette fracture», regrette un conseiller ministériel, rappelant qu’il s’agissait déjà d’une histoire de maintien (défendu par le Premier ministre, candidat au Havre) ou de report (envisagé par le Président). «Edouard a beaucoup de qualités mais aussi des manques, fait valoir un autre. Il ne sent pas le pays : il n’a pas senti les gilets jaunes, la colère sur les retraites… C’est un juriste, un homme de raison. Donc une fois qu’il a senti le truc, il est très bon, mais on a déjà perdu deux semaines.»
«Solidité»
Peu de voix dans la majorité s’élèvent pourtant contre la gestion de crise du Premier ministre. Si la doctrine du gouvernement a pu évoluer voire zigzaguer (confinement, masques, tests, écoles…) l’opération transparence qu’il a lancée fin mars a au moins permis de remettre au pas des ministres en manque de ligne. Celle de Philippe - dire «ce que nous savons et ce que nous ne savons pas» - est même devenue celle de Macron lors de son allocution du 13 avril. «Il assume le rôle de super ministre de la Santé. Dans les crises comme ça, un gestionnaire ça rassure», soutient un de ses ministres. «Techniquement, il est très fort mais on l’avait déjà vu avec les retraites», salue un autre membre du gouvernement
Ses proches s’appuient sur cette «solidité». «Il a démontré qu’il avait la force d’encaisser les crises les unes derrière les autres : gilets jaunes, retraites, pandémie…» souligne Agnès Firmin-Le Bodo, députée UDI de Seine-Maritime. «Les vingt-quatre derniers mois du quinquennat seront des mois de crise, abonde Aurore Bergé, députée des Yvelines et ex-juppéiste. Dans ces périodes-là, les caps peuvent évoluer mais il faut des gens solides qui ont fait la démonstration de leur loyauté. Edouard n’a jamais cherché à créer de chapelle !» «Une partie de son entourage commence à "teaser" ce qu’on pourra dire de lui s’il vient à sortir : humilité, loyauté, solidité», analyse un proche d’Emmanuel Macron.
Des qualités suffisantes pour incarner le tournant politique promis par l’Elysée ? Surtout si les plaintes qui le visent sur sa gestion de l’épidémie viennent rythmer la vie politique et juridique française comme le Parti socialiste l’a connu avec le sang contaminé ? «Je le sens à l’aise, répond Gilles Boyer sur ce point. Après, aura-t-il le "drive", comme on dit, pour repartir sur une nouvelle étape ?» «Aujourd’hui, le Premier ministre c’est un urgentiste, souligne le député LREM du Rhône Bruno Bonnell. Il sort le malade de la salle de réa et le fait très bien. Mais pourra-t-il être l’homme capable de basculer dans un nouveau monde ?»
Si un familier de l’Elysée estime que «les jours d’Edouard Philippe à [Matignon] sont loin d’être comptés», un autre renvoie le sujet au camp du Havrais : «Souhaite-t-il être un contributeur de la "réinvention" ou considère-t-il que ce n’est pas son débat ? A lui de le dire.» D’autant que, dans la première partie du quinquennat, il a fait de la maîtrise de la dépense publique, de la réduction du déficit public et des baisses d’impôts son marqueur politique. «Comme Bruno», s’amuse-t-on à glisser à Matignon alors que Le Maire, ministre de l’Economie et des Finances, est souvent cité comme possible successeur.
«C’est au Président de dire s’il veut garder quelqu’un qui gère, ne lui fait pas d’ombre mais ne le protège pas vraiment ou s’il accepte de mettre à Matignon quelqu’un qui aime le pouvoir, le prend, mais en même temps le protège», relate un conseiller. Confrontés aux mêmes questions politiques, Nicolas Sarkozy et François Hollande avaient fait deux choix différents : le premier avait gardé le même Premier ministre après la crise de 2008, le second avait changé après une claque électorale aux municipales. Sans succès dans les deux cas.
Déconfinement : que pourra-t-on faire le 11 mai ?
Le Télégramme
Circuler librement, revoir ses amis et la famille, aller dans les magasins : le déconfinement prévu le 11 mai ouvre la voie à un retour à la normalité. Sous contraintes toutefois.
Solidarité coronavirus Bretagne
1 Sortir sans attestation
L’attestation de déplacement dérogatoire, c’est terminé à partir du 11 mai. Plus besoin d’avoir de justificatif, au format papier ou numérique, pour sortir de chez soi. « Il sera à nouveau possible de circuler librement, sans attestation, sauf pour les déplacements à plus de 100 km du domicile, qui ne seront possibles que pour un motif impérieux, familial ou professionnel », a précisé Édouard Philippe, ce mardi, lors de la présentation de son plan de déconfinement. Il sera donc possible de se balader à l’air libre, sans regarder sa montre pour vérifier que l’heure jusqu’ici autorisée n’est pas dépassée.
Le Premier ministre a également indiqué que les parcs et jardins « ne pourront ouvrir que dans les départements où le virus ne circule pas de façon active ». Et pour humer l’écume des vagues et s’enfoncer dans le sable, il faudra attendre encore un peu. Les plages, fermées depuis le début du confinement, resteront « inaccessibles au public au moins jusqu’au 1er juin ».
2 Inviter des gens chez soi
Après deux mois d’isolement, le retour à la vie sociale se fera progressivement à partir du 11 mai. Les rassemblements organisés sur la voie publique ou dans des lieux privés seront toutefois limités à dix personnes. Ce qui n’empêche pas d’inviter quelques amis ou des membres de la famille à la maison pour un apéro de retrouvailles. En revanche, Édouard Philippe recommande aux personnes âgées de continuer à limiter les contacts et les sorties.
Les cérémonies religieuses, comme les baptêmes ou les mariages, ne pourront pas se dérouler « avant le 2 juin ». « Les lieux de culte pourront continuer à rester ouverts. Mais je crois qu’il est légitime de leur demander de ne pas organiser de cérémonies avant le 2 juin », a-t-il souligné. « Les cérémonies funéraires resteront évidemment autorisées » après le 11 mai, mais « comme aujourd’hui, dans la limite de 20 personnes ». « Les cimetières seront à nouveau ouverts au public dès le 11 mai », a ajouté le chef du gouvernement.
3 Aller dans les magasins, les marchés…
Les commerçants entrevoient le bout du tunnel. Tous les magasins, marchés de plein air et halles couvertes pourront rouvrir à partir du 11 mai à condition d’être en mesure de faire respecter les mesures de protection sanitaire. « Les marchés seront en général autorisés, sauf si les maires ou les préfets estiment qu’ils ne peuvent faire respecter les gestes barrières », a déclaré le Premier ministre. Les commerces non essentiels pourront également à nouveau accueillir du public, a-t-il souligné. Toutefois, « chacun d’entre eux devra respecter un cahier des charges strict, limitant le nombre de personnes présentes en même temps dans le magasin et organisant les flux, afin de faire respecter la règle de la distance minimale d’un mètre par personne sans contact autour d’elle ».
Les médiathèques, bibliothèques et petits musées pourront aussi rouvrir leurs portes dès le 11 mai « parce qu’ils peuvent fonctionner plus facilement en respectant les règles sanitaires », a précisé le Premier ministre. Le gouvernement prendra une décision sur les bars, cafés et restaurants fin mai, pour décider s’ils peuvent ouvrir après le 2 juin.
4 Retourner au travail
La reprise de la vie économique fait partie des enjeux du déconfinement. Le retour au travail devrait donc être massif le 11 mai. Édouard Philippe a toutefois demandé « avec insistance » aux entreprises de maintenir le télétravail « partout où c’est possible, au moins dans les trois prochaines semaines », afin de limiter l’affluence dans les transports et sur les lieux de travail. « Personne n’en ignore les contraintes mais celui-ci doit se poursuivre pour limiter le recours aux transports publics et pour limiter plus globalement les contacts », a-t-il plaidé.
Dans les cas où le télétravail n’est pas possible, le Premier ministre a encouragé « la pratique des horaires décalés dans l’entreprise ». « Elle étalera les flux de salariés dans les transports et diminuera la présence simultanée des salariés dans un même espace de travail », a-t-il souligné. Édouard Philippe a aussi appelé les entreprises à porter « une attention particulière aux emplois du temps, aux gestes barrières, à l’aménagement des espaces de travail » et à recourir au port du masque « dès lors que les règles de distanciation ne pourront être garanties ».
5 Se faire dépister ?
Non, sauf si on présente des symptômes du Covid-19. Le gouvernement compte en effet faire tester massivement les personnes présentant des symptômes et leurs contacts, et mettre en place des « brigades » dans chaque département pour identifier ces contacts. Le Premier ministre a réaffirmé son objectif de disposer de 700 000 tests par semaine à partir du 11 mai et a souligné que les personnes testées positives seront invitées à s’isoler soit chez elles, ce qui entraînera le confinement de tout le foyer pendant 14 jours, soit dans un lieu mis à disposition, notamment des hôtels réquisitionnés.












