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Jours tranquilles à Paris

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10 avril 2020

Vivement la plage !

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10 avril 2020

Le Pérou lance le plan de soutien économique le plus ambitieux d’Amérique latine

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Alors que les mesures de confinement se font plus drastiques, le gouvernement annonce que 12 % du PIB seront investis pour lutter contre l’épidémie.

C’est un plan économique « sans précédent, audacieux et responsable », à hauteur d’une crise « sans précédent », a affirmé la ministre de l’économie et des finances péruvienne, Maria Antonieta Alva, vendredi 3 avril, quelques jours après l’annonce par le chef de l’Etat, Martin Vizcarra, d’un ambitieux plan de relance de l’économie. Au total, 12 % du PIB, soit 26 milliards de dollars (environ 24 milliards d’euros), seront débloqués pour répondre à l’urgence sanitaire et redonner du souffle à une économie au point mort.

Alors que les projections de croissance étaient de l’ordre de 3 à 4 % pour 2020, avec la crise elles se sont effondrées. Les analystes prédisent que la croissance pourrait perdre jusqu’à deux points cette année.

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Comme ailleurs dans le monde, le Pérou est confronté à l’épidémie de Covid-19, avec 2 281 cas confirmés et 83 morts selon le dernier bilan, dimanche 5 avril. Le président Vizcarra, qui a décrété très tôt l’état d’urgence – le 15 mars, quand moins d’une centaine de cas étaient répertoriés dans le pays –, a imposé un confinement drastique, la fermeture totale des frontières et un couvre-feu entre 18 heures et 5 heures du matin. Des mesures prolongées jusqu’au 12 avril avec des restrictions chaque fois plus fortes.

Depuis le 2 avril, des jours de sortie sont différenciés pour les hommes et les femmes, trois jours chacun, et interdiction de sortir pour tout le monde le dimanche. Une mesure surprenante – prise aussi au Panama –, justifiée par le fait de limiter l’affluence dans les rues et de simplifier les contrôles. L’économie, elle, est paralysée à hauteur de 70 % selon la Banque centrale péruvienne.

Plan en deux temps

Le plan de relance, salué par la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes, un organisme de l’ONU, est considéré comme le plus ambitieux du continent. Il se déroulera en deux temps. Une première phase dite « d’endiguement », avec une tranche de 8,5 milliards de dollars pour soutenir le système de santé et faire reculer l’épidémie. L’aide sera débloquée d’urgence alors que dans certaines régions, on manque de tout : équipements de protection, lits, personnel, respirateurs.

« Nous avons les épaules financières pour prendre ces mesures audacieuses », Maria Antonieta Alva, ministre de l’économie du Pérou

Le plan comprend aussi un soutien économique aux plus vulnérables ainsi qu’une aide aux petites et moyennes entreprises, pour lesquelles l’Etat s’est engagé à prendre en charge 35 % des salaires des employés touchant moins de 1 500 soles (400 euros) par mois.

Une autre enveloppe, de plusieurs milliards de dollars, est prévue pour l’après quarantaine – mi-avril, si la levée du confinement est confirmée – afin de réinjecter des liquidités dans l’économie à travers des aides aux entreprises et des investissements dans la dépense publique, sans plus de détail pour le moment.

« Nous avons les épaules financières pour prendre ces mesures audacieuses », a affirmé Mme Alva, la ministre de l’économie. Le Pérou affiche en effet une bonne santé économique, même s’il a enregistré en 2019 son taux de croissance le plus faible depuis une décennie avec 2,2 %. Mais la croissance est loin de profiter à tous les secteurs : 6 millions et demi de pauvres sont recensés, équivalant à 20,5 % de la population.

Le secteur du tourisme très touché

Pour les plus vulnérables, l’aide du gouvernement se traduit par un bono de 380 soles (100 euros) pour les quinze premiers jours de confinement, renouvelable en avril. Une aide qui concernera 2,8 millions de familles en situation de pauvreté et d’extrême pauvreté ainsi que 800 000 travailleurs indépendants, alors que 70 % de la population active péruvienne travaille dans le secteur informel. Beaucoup de ces travailleurs, qui subsistent au jour le jour, sans sécurité sociale ni retraite, continuent de sortir malgré les interdictions et les mesures de confinement car l’aide se fait attendre. Une moitié des bénéficiaires potentiels auraient reçu l’allocation d’urgence jusqu’à présent.

Par ailleurs, 8,5 milliards de crédits assurés par l’Etat seront destinés à 350 000 entreprises, dont 90 % de microentreprises de moins de dix salariés. Une garantie, selon le gouvernement, pour que les entreprises continuent de payer les salaires dans un pays où les allocations chômage n’existent pas.

Des centaines d’entreprises, notamment dans le secteur de l’hôtellerie et de la restauration, ont annoncé il y a quelques jours qu’elles ne seraient pas en mesure de payer leurs employés. Elles souhaitent déclencher un mécanisme de « suspension de l’emploi », qui consiste à renvoyer chez eux leurs salariés sans rémunération pour cas de « force majeure », et ce, jusqu’à quatre-vingt-dix jours. Ce qui permet de les réintégrer ensuite, en évitant ainsi les licenciements.

Dans le secteur du tourisme (3,9 % du PIB), un des plus touchés par la crise, 30 000 personnes pourraient être « suspendues » sans solde d’ici à fin avril, selon la chambre du tourisme. Néanmoins la ministre du travail, Sylvia Caceres, réaffirmait dimanche 5 avril, jetant le trouble dans le secteur entrepreneurial, que ce mécanisme n’était pas autorisé pendant la quarantaine mais que d’autres mesures étaient à l’étude.

Amanda Chaparro(Lima, correspondance)

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10 avril 2020

Sanja Marušić : Before You

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Dans Before You (2020), sa série de photos la plus personnelle à ce jour, la photographe Sanja Marušić se présente comme une mère en devenir. À travers des autoportraits, elle explore et exprime à la fois un corps et une personne en transition, offrant au spectateur un regard sur le changement le plus significatif que son monde coloré ait connu jusqu’à présent.

Les photographies de Sanja sont caractérisées par les couleurs vives, les costumes imaginatifs et les décors surréalistes. Le corps, en tant que forme, a toujours été au cœur des performances miniatures que Sanja capture dans ses photographies. Typiquement, son travail trouve sa genèse dans ce qu’elle vit dans sa propre vie. Dans Before You, sa grossesse l’a inspirée à jouer avec la pensée que «ma photographie et ma vie ne sont plus seulement pour moi». Consciente de ces nouvelles responsabilités, ses performances sont devenues plus personnelles que jamais. Les moments de vulnérabilité alternent avec ceux marqués d’intrépidité et de détermination.

Par exemple, dans l’une des images, nous voyons une silhouette sauter en l’air, semblant se précipiter hors du cadre. Dans un geste énergique, elle écarte grand les bras, suggérant un accueil chaleureux. Ses jupes fleuries et son foulard rouge flottent dans l’air. Son visage est en partie caché sous un chapeau rapiécé de trois fleurs colorées. Le paysage est plein de fleurs; blanc, rouge et vert. Bien qu’elle soit entièrement habillée, nous voyons ses seins à travers un chemisier transparent. C’est le printemps, la promesse excitante d’une nouvelle aube.

Ceux qui connaissent la photographie de Sanja savent que les figures de son travail ne sont jamais rendues particulièrement féminines ou masculines. Dans Before You Sanja explore une nouvelle voie: elle souligne sa féminité sans aucune hésitation.

Dans Before You, autre nouveauté dans le travail de Sanja Marušić, nous voyons son visage, même si ce n’est qu’une seule fois, devant une mosaïque tourbillonnante. La courbure du fond et les cercles roses sur ses seins soulignent la transition de son corps pendant sa grossesse. À travers la peinture rose du visage, nous voyons un regard ambigu à la fois fort et agité.

Sur une autre photo, elle cache sa tête derrière son corps. Différentes formes couvrent différentes parties du corps: des lignes bleues sur sa jambe avant, des blocs roses sur l’autre. Comme si son identité, qui était autrefois ancrée, s’est maintenant détachée. Son corps n’est plus le sien seul et en même temps elle se prépare aux nouveaux rôles qui l’attendent.

Sanja a vécu la grossesse comme une étape puissante et transformatrice de la vie, qu’elle transmet ici à travers un “ voyage photographique qui est, à la fois, fou, déroutant et surréaliste ”, en utilisant ses outils artistiques pour explorer “ qui j’étais à ce moment-là et qui je désirait devenir ».

Écrit par Selin Kuscu

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10 avril 2020

Enquête - Avec le coronavirus, le retour des « corbeaux »

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Par Alexandre Kauffmann

A Paris comme en province, la police reçoit des appels pour dénoncer des manquements, réels ou supposés, aux mesures de confinement. Un phénomène limité, mais révélateur des angoisses de l’époque et du poids du passé.

Ce mail a sûrement déçu des vocations. La mairie du 20e arrondissement de Paris l’a envoyé à ses administrés, le 19 mars : « La Préfecture de police nous informe recevoir de nombreux appels concernant le non-respect des mesures de confinement prévues par le gouvernement. (…) Cela sature le système d’urgence. Aussi, il est demandé de ne pas appeler le 17 pour signaler ces manquements aux règles de confinement. »

Quelques jours plus tard, à 18 000 km de la capitale, les autorités de Nouvelle-Zélande ont connu un encombrement semblable, mais sans songer à s’en plaindre. Au contraire : la police locale avait elle-même mis en place une plate-forme numérique appelant à la dénonciation. Assailli de connexions, le site s’est retrouvé hors-service en quelques heures.

En France, depuis l’annonce du confinement, comme toujours lorsque s’appliquent des mesures de police exceptionnelles – changements de régime, état d’urgence, guerres… –, les autorités notent une hausse significative de ces « signalements ».

Pourquoi, à la différence de l’administration néo-zélandaise – imitée par des municipalités canadiennes, espagnoles et belges –, la Préfecture de police de Paris tient-elle à les décourager ? D’abord parce que ces dénonciations s’avèrent souvent inutiles, sinon calomnieuses. « Dans le cadre du confinement, les signalements qui désignent des personnes précises nous font en général perdre du temps, confirme un responsable du « 17 » à Saint-Etienne. Ces appels prétendent remplir un devoir civique. En réalité, beaucoup sont liés à des problèmes de voisinage. Quand on se rend sur place, le plus souvent, il n’y a rien. Encore plus quand les signalements sont anonymes – leurs auteurs ignorent que les numéros masqués, en raison de l’urgence absolue de certains appels, n’ont pas de secrets sur notre ligne… »

A Caen, après un appel anonyme pointant un rassemblement dans le jardin d’une copropriété, les policiers se sont déplacés sans trouver personne à verbaliser. « J’étais remontée chez moi pour coucher mon fils de 8 ans, explique Julia B., l’une des deux femmes visées par la dénonciation. Avec une voisine, nous étions descendues prendre l’air en respectant scrupuleusement les gestes barrières. Je me sentais responsabilisée : mon confinement avait commencé deux semaines avant l’annonce du gouvernement, au retour de mes vacances en Sicile. Mais il est apparemment interdit aux membres de deux foyers différents de se retrouver dans le jardin de l’immeuble. » Cette éducatrice spécialisée de 37 ans connaît-elle la personne qui l’a dénoncée ? « Je pense que c’est une de mes voisines, présume-t-elle. Elle vit seule et ne peut pas me saquer. Nos appartements sont mal insonorisés. Elle me reproche tout le temps de faire du bruit. »

« Dénonciations délirantes »

Dans le 10e arrondissement de Paris, avisés d’un « rassemblement de gens non confinés » sur la place Sainte-Marthe, les policiers se sont également déplacés pour rien. Les 80 personnes présentes sur les lieux – des sans-abri venus recueillir des vivres – observaient les distances réglementaires, grâce à des marquages au sol. « Signaler des “gens non confinés”, ça ne manque pas de sel pour des SDF, souffle le président de l’association Entraide et partage avec les sans-logis, qui organise la distribution. D’après les allusions des policiers, je crois savoir qui les a appelés. Une personne seule, excédée par la présence des SDF sous ses fenêtres. »

Les opérateurs du « 17 » reconnaissent que la solitude favorise les signalements. « C’est aussi un terrain propice aux dénonciations délirantes, relève le responsable du centre d’information et de commandement du département de la Loire. Il arrive qu’on nous demande d’intervenir d’urgence sur des juifs ou des Arabes accusés d’avoir introduit le Covid-19 en France… »

Délires racistes, règlements de comptes et petites jalousies formaient déjà la toile de fond des « corbeaux » sous l’Occupation. Cette période demeure une référence incontournable en France quand il est question de dénonciation.

« Pendant les années noires, comme aujourd’hui, les délateurs s’abritaient derrière des valeurs civiques : la justice, la salubrité publique, l’intérêt général, analyse Laurent Joly, historien, auteur de Dénoncer les juifs sous l’Occupation (CNRS Éditions, 2017). Ils tentaient de transformer un contentieux personnel – un locataire refusant de payer son loyer ou un mari voyant une maîtresse – en indignation collective. »

En octobre 1941, l’administration de Vichy adoptait une loi encourageant la dénonciation. Les lettres anonymes, déjà nombreuses, ont redoublé, la plupart motivées par des intérêts personnels, sinon par des manœuvres de sabotage destinées à tromper les services d’enquête. Les fausses pistes se mêlaient aux rancœurs minuscules. La délation finit toujours par échapper au pouvoir qui la suscite. C’est ainsi, ironie de l’histoire, que le régime pétainiste a édicté, en 1943, une loi réprimant la « dénonciation calomnieuse ».

« Bon sens »

Face à l’épidémie de Covid-19, le président de la République Emmanuel Macron exalte l’« union sacrée », comme en temps de guerre. Le premier ministre Edouard Philippe, lui, juge « scandaleux » les messages anonymes adressés à certains soignants par leurs voisins.

En cette période d’exception, les autorités ne redoutent rien tant que les actes de division. Elles savent que les régimes fondés sur la surveillance de tous par tous ne durent pas. Une démocratie aux rouages efficaces n’a pas besoin de policiers de substitution. C’est pourquoi les administrations sont le plus souvent embarrassées par la délation, signe de leur faiblesse.

Depuis le début du confinement, la Mairie de Paris assure n’en avoir reçu aucune sur son centre d’appels, le « 39 75 ». « Il n’y a que des propositions d’aide et des gestes de solidarité », prétend même le service de presse. Une affirmation contredite par une opératrice, que Le Monde a pu contacter : « Il y a plus de dénonciations que d’habitude, précise-t-elle. Elles sont bien souvent virulentes, mais minoritaires, environ cinq appels sur cent… »

En France, la délation reste encouragée dans certains domaines, comme celui des impôts. L’administration fiscale promet une indemnisation pour les renseignements pouvant conduire à la découverte d’une fraude. A rebours des idées reçues, ce n’est pas la police qui reçoit le plus de dénonciations dans l’Hexagone, mais les services de Bercy et la Caisse d’allocations familiales. Souvent intimes des personnes qu’ils signalent, ces « aviseurs » placent également leur démarche sous le signe du bien commun et de la justice sociale.

« SOUS L’OCCUPATION, RIEN NE PERMET D’AFFIRMER QUE NOUS AVONS ÉTÉ LES CHAMPIONS D’EUROPE DE LA DÉLATION »

LAURENT JOLY, HISTORIEN

Où s’arrête la délation ? Où commence le « devoir civique » ? Si la question peut faire l’objet de débats sans fin, la loi, elle, en définit les cas limites.

Elle oblige tout citoyen à dénoncer les actes terroristes, les atteintes infligées à un mineur ou à des personnes vulnérables – malades, infirmes, femmes enceintes… –, ainsi que les crimes dont il est encore possible de prévenir les effets.

Depuis l’annonce du confinement, les standardistes des lignes d’urgence tentent, eux aussi, de distinguer l’action citoyenne de la délation intéressée.

« Il y a ceux qui appellent pour dénoncer des personnes en particulier et ceux qui signalent juste des pratiques prohibées, expliquent les opérateurs du « 17 » de Saint-Etienne. Dans la deuxième catégorie, on sent une forme d’exaspération civique. Parfois même une véritable inquiétude pour ceux qui sont pointés. “Dites-leur qu’ils sont en danger !”, nous a lancé une infirmière qui signalait un rassemblement d’adolescents sur la place Grenette. Pas un instant elle ne pensait faire de la délation. »

Nazan E., une cadre de 49 ans résidant entre Paris et Vincennes, ne se considère pas, elle non plus, comme une « balance » : « En plein confinement, dans la petite rue que j’habite à Vincennes, il y avait autant de monde qu’à une brocante. J’ai appelé la police municipale pour leur demander d’intervenir. Pour moi, ça relevait du bon sens. J’ai peut-être évité à certaines personnes d’être contaminées. »

Références à l’Occupation

Pareil engagement a été galvanisé, ces dernières années, par l’apparition de nouvelles figures revendiquant une démarche citoyenne, telles que les whistleblowers (« lanceurs d’alerte »), les tenants du name and shame » (« nommer et couvrir de honte ») ou encore les partisans du full disclosure (« divulgation totale »), pratique prônée par les hackeurs « éthiques ». Dans le sillage de ces mouvements anglo-saxons, les auteurs de dénonciations s’adressent moins aux autorités qu’à l’opinion publique.

Les « corbeaux » seraient-ils devenus des hirondelles ? Certains d’entre eux s’abandonnent à une fièvre accusatrice. En attestent les pages Facebook exhortant à dénoncer les propagateurs du Covid-19 ou des comptes Twitter comme Fallait pas supprimer. Son animateur appelle, depuis le 28 mars, à recenser « tous les fdp [fils de pute] qui ont déserté les grandes villes à l’annonce du confinement. Politiques, journalistes, people… Epluchez les dates de leurs Insta [Instagram], ces cons ne peuvent pas s’empêcher de poster. ». Ajoutant l’insulte à la délation, l’initiative a soulevé une vague d’indignation parmi ses 80 000 abonnés : « J’aurais pas aimé être votre voisine dans les années 1940. » ou « Toi tu aurais vendu du beurre aux Allemands. »

Toujours le rappel de l’Occupation. « Si la délation est associée à cette période, elle ne correspond pourtant pas au phénomène de masse qu’on imagine communément, tempère l’historien Laurent Joly. Ce sont d’abord les Allemands qui ont forcé ce trait sous l’Occupation pour dénigrer les Français. Reprise par des écrivains de droite soucieux de se dédouaner à la Libération, puis par des journalistes et des réalisateurs engagés à gauche, le mythe de millions de dénonciations s’est solidement installé dans l’imaginaire collectif, loin du véritable ordre de grandeur. »

Le même effet de loupe semble avoir joué aux premiers jours du confinement. Si les appels aux services de police et de gendarmerie ont explosé – pour l’essentiel, des questions pratiques autour des autorisations de déplacement –, la part des délations est restée marginale. De Bordeaux à Strasbourg en passant par Paris, les standardistes des mairies partagent ce constat. Il n’en reste pas moins que l’anonymat du « corbeau », son parfum de scandale, son goût pour les périodes troubles attirent l’attention et marquent les esprits. « Sous l’Occupation, conclut Laurent Joly, rien ne permet d’affirmer que nous avons été les champions d’Europe de la délation. Il suffit de comparer la France avec des pays comme la Pologne ou la Belgique. »

Quand elle a vu la police investir son immeuble, à Caen, Julia B. n’a pourtant pas pu s’empêcher de penser au régime de Vichy. Et s’est promis de porter plainte contre la délatrice présumée. Avant de se raviser. La jeune femme s’est souvenue qu’à la Libération de nombreux Français avaient été accusés à tort d’être des « corbeaux ». Pour quelles raisons ? Les mêmes que sous l’Occupation : des rancunes personnelles et des vengeances de voisinage.

10 avril 2020

Pierre et Gilles

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sebastien57

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10 avril 2020

Photographie : les mondes sauvages de Peter Beard

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Par Michèle Warnet

Les éditions Taschen rééditent l'ouvrage dédié au photographe américain Peter Beard. Où l'on retrouve ses collages, ses journaux intimes et sa passion indéfectible pour l'Afrique. À l'heure où nous écrivons, la disparition de son domicile dans les Hamptons de l'ancien baroudeur âgé de 82 ans inspire les plus vives inquiétudes.

Peter Beard a toujours été une légende. Aventurier hâlé, il a longtemps promené son physique de cinéma entre les soirées mondaines des Hamptons et les savanes d'Afrique de l'Est où il passera de longues années à documenter une faune menacée. Les foisonnants journaux intimes, qu'il tient depuis l'enfance, ont servi de support à des oeuvres picturales d'un nouveau type, et ouvert la voie à un style photographique singulier. Mêlant à ses clichés du sang séché, des brins de végétaux, des bouts de tissus et des coupures de presse, son art du « scrap book » a produit des exemplaires uniques s'échangeant aujourd'hui à prix d'or. En 2019, deux de ses oeuvres - dont un grand tirage-collage de 756 éléphants en déroute, réunis par la famine - se sont envolées, sous le marteau de la maison de vente Phillips à Londres, à plus de 200 000 euros.

C'est en 1955 que Peter Beard « s'échappe », selon ses mots, pour la première fois en Afrique, suivant les traces de Karen Blixen. L'auteure d' Out of Africa a nourri son imaginaire d'adolescent. Il résidera régulièrement une trentaine d'années au Kenya, campant sur un terrain acquis non loin de l'ancienne ferme de l'écrivaine. Tout au long des années 1960 et 1970, Peter Beard assiste à l'extinction de la faune face à l'explosion démographique du pays. Ses photos et collages recueillent la mémoire d'un monde qu'il veut immortaliser. S'il témoigne de ce désastre écologique plusieurs décennies avant le reste de la planète, il n'intégrera aucune ONG. Leur reprochant un « sentimentalisme béat », il préfère sa liberté de parole.

D'Andy Warhol à Truman Capote

Peuplée d'images de nature sauvage et de beautés africaines, qu'il repère dans la rue à Nairobi - telle cette étudiante somalienne nommée Iman, future Madame Bowie -, son oeuvre se tourne aussi vers les fauves de la haute société new-yorkaise comme Andy Warhol, Mick Jagger, Truman Capote ou Jackie Kennedy… Son style inimitable contribue également à son succès dans la photographie de mode, où il parvient à réunir des univers que tout oppose. Pour le calendrier Pirelli, il plonge littéralement les top models dans la mare aux éléphants !

Dans la savane, Peter Beard va chercher l'image aux pieds des bêtes. Si près qu'en 1996, un éléphant le soulève de terre en lui empalant la cuisse. Il frôle la mort mais n'émet qu'un seul regret, celui de n'avoir perçu « ni tunnel, ni lumière ». « J'étais tellement déçu », confiera-t-il quelques années plus tard à Vanity Fair.

Les doigts constamment tachés de colle, d'encre ou du sang de boeuf qu'il utilise pour ses oeuvres, Peter Beard est un baroudeur en sandales qui n'a pour autant jamais rompu avec le monde dans lequel il est né en janvier 1938. De bonne famille, cet héritier d'une fortune bâtie dans le chemin de fer américain au xix e siècle fait aussi partie depuis les années 1970 d'une tout autre jungle. Entre Manhattan et Montauk, il est un personnage à la Fitzgerald, traînant dans son sillage les échos de fêtes débridées et de nuits sans fin. Une autre facette de sa légende.

http://jourstranquilles.canalblog.com/tag/peter%20beard

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Peter Beard à la librairie Taschen de Paris le 27 novembre 2006. Photo : Jacques Snap.

10 avril 2020

Jane Birkin, Melody Nelson

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10 avril 2020

La visite surprise d’Emmanuel Macron au microbiologiste Didier Raoult

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Par Olivier Faye, Alexandre Lemarié

Le président de la République a rencontré, jeudi à Marseille, l’infectiologue, célèbre pour avoir promu l’hydroxychloroquine dans la lutte contre le coronavirus.

Emmanuel Macron ne pouvait pas se tenir trop longtemps éloigné de l’« effet Raoult », comme dit un proche du chef de l’Etat. Jeudi 9 avril, le président de la République s’est rendu à Marseille pour rencontrer le microbiologiste Didier Raoult, patron de l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection, devenu célèbre dans le monde entier pour avoir promu l’hydroxychloroquine comme remède – controversé – au Covid-19. Une visite surprise, qui n’avait pas été annoncée à la presse et s’est effectuée sans journalistes.

Plus tôt dans la journée, M. Macron s’était déjà rendu, sans avoir convié la presse, à l’hôpital du Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne) pour y rencontrer des équipes hospitalo-universitaires impliquées dans le programme de recherche européen Discovery, chargé de lutter contre l’épidémie. Mais c’est bien sa visite marseillaise qui capte toute l’attention, à quatre jours d’une nouvelle allocution du chef de l’Etat, prévue lundi 13 avril.

Officiellement, l’objectif de la journée était de « faire le point sur la question des traitements, au lendemain d’un échange avec le directeur général de l’OMS [Organisation mondiale de la santé] sur les vaccins », explique-t-on dans l’entourage de M. Macron. Il ne faudrait pas donner le sentiment de favoriser telle ou telle équipe scientifique, alors que le débat autour de l’hydroxychloroquine fait rage. Cette dernière n’est autorisée, pour l’heure, que dans le traitement de cas graves.

Mais de nombreuses voix sur la scène politique, à droite en particulier, plaident en faveur de sa généralisation à tous les malades du Covid-19. « Ce n’est pas au président de trancher ce débat, il doit être tranché scientifiquement, estime-t-on dans son entourage. Une visite ne légitime pas un protocole scientifique, elle acte et marque l’intérêt du chef de l’Etat pour des essais thérapeutiques, qu’ils soient prometteurs ou pas. »

Ce qui n’empêche pas un proche du président de la République de souligner que « le professeur Raoult est un scientifique reconnu » et l’IHU de Marseille un « centre d’excellence ». « La lutte contre le Covid-19 n’est ni de droite ni de gauche », poursuit ce proche, qui jure : « Il n’y a pas de dimension politique à ce déplacement. »

« Pas d’ostracisme »

Depuis plusieurs semaines, M. Macron n’a de cesse de vouloir multiplier ses sources d’information. « Le président a très vite saisi que ce virus nouveau finirait tôt ou tard par faire l’objet d’analyses différentes de la part du corps médical. Il appelle quantité de médecins », assure un habitué de l’Elysée.

Pas question de se contenter d’échanger avec le seul conseil scientifique, réuni depuis mars pour l’épauler dans la gestion de la crise sanitaire. Des « médecins de bureau », a raillé Didier Raoult, qui entretient des rapports houleux avec son président, Jean-François Delfraissy.

« EMMANUEL MACRON VEUT MONTRER QUE TOUS LES ACTEURS DE LA LUTTE ONT LEUR PLACE. PAS D’OSTRACISME », RÉSUME LE DÉPUTÉ LRM DE L’EURE, BRUNO QUESTEL.

Selon l’Elysée, ce dernier accompagnait pourtant Emmanuel Macron dans son périple marseillais. « Compte tenu de l’effet Raoult, il est logique qu’à un moment le président aille le voir. Il ne peut pas s’abstraire d’un tel débat national », estime un proche. Ni se couper d’un homme qui, en développant une image de rebelle, est devenu, en l’espace de quelques semaines, une star des réseaux sociaux.

Cette visite représente une manière pour le chef de l’Etat d’établir un dialogue avec une catégorie de la population qui nourrit de la défiance vis-à-vis du discours des autorités depuis le début de la crise sanitaire. « Emmanuel Macron veut montrer que tous les acteurs de la lutte ont leur place. Pas d’ostracisme », résume le député (La République en marche, LRM) de l’Eure, Bruno Questel.

Théories conspirationnistes

Ces dernières semaines, les débats autour du traitement à l’hydroxychloroquine ont inspiré des théories conspirationnistes. Avec une question récurrente : pourquoi ce médicament, présenté comme efficace par ce médecin marseillais reconnu mondialement, n’est-il pas généralisé ?

Certains, en particulier parmi les sympathisants de droite ou d’extrême droite, croient y voir un complot de la part de l’industrie pharmaceutique. « L’idée que le bon sens du terrain doit prévaloir face aux élites déconnectées est réactivée à l’occasion de la crise du coronavirus, en particulier à travers le professeur Raoult, note Jérôme Fourquet, directeur du département opinion à l’IFOP. Le fait qu’il soit parti bille en tête face aux institutions le rend sympathique aux yeux des antisystèmes, voire des complotistes. »

Une partie des Français – sous la pression notamment du monde politique – ont ainsi reproché aux autorités de faire preuve d’une trop grande prudence pour généraliser rapidement l’utilisation de l’hydroxychloroquine, sans même attendre les résultats d’études standardisées. Une pétition, lancée par l’ancien ministre de la santé Philippe Douste-Blazy, baptisée « Ne perdons plus de temps », réunissait, jeudi soir, plus de 462 000 signatures.

« Discrédit des scientifiques »

« Nous avons manqué d’une prise de parole plus limpide sur ce sujet, ce qui a donné l’impression qu’on serait trop frileux quant à son utilisation », regrette un responsable de la majorité. Deux décrets successifs ont en effet été nécessaires pour préciser la position de l’exécutif sur le sujet.

« Raoult a réussi une prouesse : à lui seul, il a accéléré le délitement de la parole politique et provoqué le discrédit des scientifiques, analyse un poids lourd du groupe LRM à l’Assemblée nationale. Par sa prise de position frondeuse, il a rompu dès le départ l’unité nationale. C’est pour tenter de résorber cette entaille dans l’unité nationale que Macron vient le voir. »

« LE PRÉSIDENT Y VA POUR FAIRE CESSER LES RUMEURS ABSURDES DE COMPLOT CONTRE RAOULT. JE COMPRENDS POURQUOI IL LE FAIT. MAIS ÇA LE NORMALISE », REGRETTE UN DÉPUTÉ

Cette visite présidentielle est diversement appréciée au sein de la majorité. « Je trouve que c’est utile, il n’est pas nécessaire d’affronter le professeur Raoult, ce n’est pas un adversaire, juge Sacha Houlié, député (LRM) de la Vienne. Soit il a une solution, et tant mieux, il devra être reconnu pour cela ; soit il ne l’a pas, et il devra alors répondre des espoirs qu’il a suscités. »

« Le président se positionne au-dessus des guerres de chapelles entre scientifiques, abonde son collègue des Deux-Sèvres Guillaume Chiche. Tous les travaux méritent d’être menés et appréciés à l’aune de leur efficacité en termes de santé publique. Pas en fonction de ceux qui les conduisent. »

D’autres craignent que le locataire de l’Elysée n’ait apporté un blanc-seing à un homme qui propose un remède dont l’efficacité et la dangerosité potentielle continuent de faire débat au sein du monde scientifique. « Le président y va pour faire cesser les rumeurs absurdes de complot contre Raoult. Je comprends pourquoi il le fait. Mais ça le normalise », regrette un député. Le président (Les Républicains) de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Renaud Muselier, fervent soutien de Didier Raoult, ne s’y est pas trompé. « C’est une marque de reconnaissance de l’Etat pour ce grand médecin, mais c’est aussi la démonstration qu’Emmanuel Macron sait écouter », a-t-il affirmé.

Olivier Faye et Alexandre Lemarié

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En France, première baisse du nombre de patients en réanimation. Pour la première fois, jeudi, le solde des entrées est des sorties de malades du Covid-19 hospitalisés en réanimation était en baisse en France. Cet indicateur, qui permet de mesurer le nombre d’ouvertures de lits, est très suivi par les professionnels, car il montre la pression sur le système de santé. Le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, a déclaré lors de son point quotidien sur l’épidémie : « Le besoin de trouver de nouvelles places, de nouvelles équipes et de nouvelles machines diminue pour la première fois. On peut donc espérer un plateau, mais c’est un plateau très haut. Il faut donc rester extrêmement prudent. » Entre mercredi et jeudi, 412 morts supplémentaires ont été comptabilisés en milieu hospitalier, portant au total le bilan à 8 044 personnes mortes à l’hôpital depuis le 1er mars ; 30 767 personnes sont hospitalisées pour une infection au coronavirus (soit 392 places de lits supplémentaires attribués aux malades du Covid-19 en vingt-quatre heures), dont 7 066 cas graves en réanimation ; 369 personnes ont été transférées en réanimation depuis la veille ; toutefois, avec les sorties, l’écart nette du nombre de patients en réanimation entre hier et aujourd’hui est, pour la première fois, en baisse, avec un solde de – 82 (contre + 17 mercredi, + 59 mardi, + 94 lundi et + 140 dimanche) ; le bilan total est estimé à 12 210 personnes mortes en France du Covid-19. La mort de 4 166 personnes a été déclarée dans les Ehpad et autres établissements sociaux et médico-sociaux recevant des personnes âgées ; 86 334 cas ont été confirmés par test PCR, soit 4 286 cas de plus que le chiffre communiqué hier. Plus de 23 200 personnes sont sorties de l’hôpital depuis le début de l’épidémie. La surmortalité au niveau national, calculée par l’Insee sur la base de l’état civil, atteint + 41 % pour la semaine 14 (du 30 mars au 5 avril). Cette surmortalité prend en compte toutes les causes de décès en France, et pas seulement les morts du Covid-19.

 

10 avril 2020

Roy Stuart

roy32

10 avril 2020

Coronavirus : les Européens s’entendent sur un plan de soutien à plus de 500 milliards d’euros

Par Virginie Malingre, Bruxelles, bureau européen

Les Vingt-Sept vont étudier la mise en place d’un fonds de relance, destiné à investir massivement quand la pandémie sera terminée.

Finalement, la réunion des ministres des finances de l’Union européenne (UE) – qui se tenait par vidéoconférence jeudi 9 avril – n’a duré que quarante-cinq minutes et s’est soldée par un accord sur la réponse économique à apporter à la crise du coronavirus. Le 7 avril, les mêmes avaient discuté pendant seize heures, sans succès. « La réunion s’est achevée sous les applaudissements des ministres », a annoncé, sur Twitter, le porte-parole de Mario Centeno, le président de l’Eurogroupe (qui rassemble les ministres des finances de la zone euro).

Le rendez-vous de jeudi a été précédé de tractations à tous les niveaux. Il a commencé avec plus de quatre heures de retard pour laisser le temps aux argentiers de cinq pays – France, Allemagne, Italie, Espagne, Pays-Bas – et à Mario Centeno de trouver un compromis. Dans la matinée, les chefs d’Etat avaient déblayé le terrain ; le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel avaient tous deux parlé à leur homologue néerlandais Mark Rutte, dont les positions empêchaient jusque-là toute avancée.

Les Européens se sont finalement entendus pour consacrer jusqu’à 540 milliards d’euros face aux ravages économiques du coronavirus. « C’est un grand jour pour la solidarité européenne », a commenté le ministre allemand des finances Olaf Scholz, quand son homologue français Bruno Le Maire a jugé qu’il s’agissait d’« un plan massif ». Les chefs d’Etat et de gouvernement devraient se retrouver bientôt pour l’entériner.

Ce plan comporte trois volets. Le premier, le plus consensuel, passe par la Banque européenne d’investissements (BEI) et s’adresse aux entreprises. Grâce à des garanties de 25 milliards d’euros que lui apporteront les pays européens, la BEI pourra accorder jusqu’à 200 milliards d’euros de nouveaux prêts aux entreprises.

Une récession sans précédent s’annonce

Le deuxième volet de ce plan – qui n’a pas d’emblée fait l’unanimité – répond aux besoins d’aide des Etats membres de l’UE pour financer un chômage partiel qui explose. Avant la crise, dix-huit pays, dont la France et l’Allemagne, avaient un mécanisme de ce type. Depuis, tous s’y sont mis, espérant ainsi limiter les licenciements, protéger le pouvoir d’achat et faire en sorte que les entreprises soient en mesure, une fois le confinement terminé, de se remettre au travail.

Dans ce contexte, jeudi soir, les Vingt-Sept se sont engagés à apporter, là aussi, 25 milliards d’euros de garanties à la Commission européenne, qui pourra dès lors lever 100 milliards sur les marchés pour financer cette initiative. Une initiative dont les Pays-Bas ont tenu à ce qu’elle soit temporaire.

C’est sur le troisième volet de la réponse économique de l’UE à la récession sans précédent qui s’annonce que les Vingt-Sept ont eu le plus de mal à s’entendre. Il concerne l’utilisation du Mécanisme européen de stabilité (MES), ce fonds de sauvetage de la zone euro créé en 2012, quand l’union monétaire menaçait d’exploser. Doté d’une force de frappe de 410 milliards d’euros, il a en théorie pour mission de voler au secours des Etats membres qui n’arrivent plus à se financer sur les marchés.

Désormais, ont décidé les ministres, il pourra accorder aux pays les plus affectés par le virus des lignes de crédits dites « préventives », dont la seule existence doit rassurer les marchés et leur ôter toute envie d’imposer des taux discriminatoires à ces Etats dans le besoin. Et ce, dans la limite de 240 milliards d’euros.

Blessures mal cicatrisées entre le Nord et le Sud

Mais – et c’est à ce sujet que la bataille a fait rage – les Pays-Bas souhaitaient que les pays qui y auront recours s’engagent ensuite dans des réformes afin d’assainir leurs finances publiques. Une forme de mise sous tutelle qui rappelait les pires heures de la crise grecque entre 2010 et 2012, et dont Rome ne voulait pas entendre parler, évoquant la montée du sentiment anti-européen et des populismes sur ses terres.

Isolée, alors que Paris et Berlin redoutaient que cet épisode ne ravive les blessures mal cicatrisées entre le Nord et le Sud du continent, La Haye a fini par lever son veto.

Mais un pays ne pourra pas emprunter plus de 2 % de son produit intérieur brut (PIB) au Mécanisme européen de stabilité. Pour l’Italie, cela représente 36 milliards d’euros. « Peanuts », confiait un diplomate avant la réunion. Une somme en tout cas modeste au regard des besoins auxquels Rome pourrait devoir faire face si jamais la situation se dégradait dans les prochains mois, d’autant que la péninsule est déjà surendettée.

Et seules « les dépenses, directes et indirectes, de santé et de prévention liées au Covid 19 », précise le rapport de l’Eurogroupe, pourront être couvertes par le Mécanisme européen de stabilité (MES). « Un soutien économique » hors dépenses de santé sera assorti de « certaines conditions », a expliqué le ministre néerlandais des finances, Wopke Hoekstra : « En clair, c’est hors de question qu’un magasin qui aura fermé ses portes pour éviter la contagion en bénéficie. »

Un excellent compromis

Quelques minutes plus tôt, Bruno Le Maire prenait le même exemple, pour en tirer la conclusion inverse… Avant de reconnaître : « Il n’y a pas de bon compromis sans bonnes ambiguïtés. » De ce point de vue, la partie de l’accord conclu entre les ministres des finances sur un futur « fonds de relance » – destiné à intervenir quand la pandémie sera terminée et quand il s’agira d’investir massivement pour aider les économies européennes à se reconstruire – est un excellent compromis.

Pour Paris, la formulation à laquelle sont arrivés les Vingt-Sept permet tous les espoirs. La France a largement plaidé, avec huit autres pays, dont l’Italie et l’Espagne, pour la création d’un instrument commun de dette afin de financer ce futur fonds, que Bruno Le Maire imagine à 500 milliards d’euros. Pour Berlin et La Haye, viscéralement opposés à toute mutualisation de l’endettement, c’est tout l’inverse. Toujours est-il que le sujet est officiellement sur la table, ce qui est, en soi, une avancée. Aux chefs d’Etat et de gouvernement, désormais, de trancher le débat.

En attendant, ce sont déjà 540 milliards d’euros qui vont compléter la panoplie déjà déployée par l’Europe dans cette crise. La Commission a fait tomber ses tabous, les uns après les autres, en suspendant le pacte de stabilité et ses règles en matière d’aide d’Etat. Les Etats membres ont déjà consacré plus de 3 % de leur PIB à lutter contre le virus, et il ne se passe pas un jour sans nouvelle annonce.

Quant à la Banque centrale européenne (BCE), elle a décidé d’injecter plus de 1 000 milliards d’euros dans l’économie continentale et promet de faire plus si nécessaire.

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