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Jours tranquilles à Paris

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5 mai 2020

Boris Johnson

boris

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5 mai 2020

"On ne peut pas faire de théâtre avec des masques"

avignon

« Dans le nom » (2014), création de Tiphaine Raffier, avec Lou Valentini. SIMON GOSSELIN

Fabienne Darge

Deux troupes, programmées à Avignon, confient le séisme qu’a provoqué l’annulation du Festival

SCÈNE

Toutes deux devaient être sur le pont, ou plutôt sur le tremplin d’Avignon, cet été. Deux jeunes compagnies de théâtre, « émergentes », comme on dit au ministère de la culture, qui jouaient gros avec leur passage au Festival. L’auteure et metteuse en scène Tiphaine Raffier, 34 ans, avec sa compagnie La Femme coupée en deux, faisait partie de la programmation du « in », avec La Réponse des hommes, création librement inspirée par les « œuvres de miséricorde » de l’Evangile selon Matthieu. Le metteur en scène Jules Audry, 29 ans, avec sa compagnie Future noir, devait jouer au 11, une des bonnes salles du « off », son spectacle Comme une vague, d’après Les Malades, d’Antonio Alamo (Les Solitaires intempestifs, 2006), qui relate la dernière soirée de Staline, en février 1953.

Puis est tombée l’annonce de l’annulation, le 13 avril pour le « in », le 16 pour le « off ». Pour les deux troupes, l’impact va être « énorme », affirment Tiphaine Raffier comme Jules Audry. Même si l’échelle n’est pas la même : le budget de création pour La Réponse des hommes est de 650 000 euros, il est dix fois moins important pour Comme une vague, à 65 000 euros.

Du côté de La Femme coupée en deux, ce printemps et cet été devaient être ceux d’un changement de braquet, de l’entrée dans la cour des grands. La compagnie devait présenter deux créations précédentes, Dans le nom (2014) et France-Fantôme (2018), à l’Odéon-Théâtre de l’Europe fin avril, avant de lancer La Réponse des hommes, dont les répétitions étaient prévues en juin à Avignon. « C’était l’aboutissement de dix ans de travail, assurent Tiphaine Raffier et son administratrice, Sabrina Fuchs. Même si on ne fait sans doute pas partie des compagnies dont l’existence est menacée, on cumule les problèmes. »

L’incertitude des répétitions

Comme beaucoup d’autres, la compagnie a l’impression d’être face à « un château de cartes dont les éléments s’écroulent les uns après les autres ». « L’exploitation de nos deux créations à l’Odéon devait normalement déboucher sur deux ans de tournée, ce qui permettait de monter les productions suivantes et de faire vivre la compagnie pendant deux ans, expliquent-elles. Autre difficulté : comment et où répéter La Réponse des hommes, dans un contexte de déconfinement progressif ? Or on a absolument besoin de créer ce spectacle, qui doit tourner tout au long de la saison prochaine. »

C’est une des « épées de Damoclès » qui menacent les troupes de théâtre : l’incertitude quant à la possibilité de mener des répétitions cet été. « On ne peut pas faire du théâtre avec des masques et des gants, cela n’a pas de sens », résume Tiphaine Raffier, qui a par ailleurs dû revoir totalement la scénographie de son spectacle, le décor prévu initialement n’ayant pas pu être fabriqué.

Jules Audry, lui, travaille sur Comme une vague depuis cinq ans. C’est la troisième création de sa compagnie, une création ambitieuse au regard des standards du « off », où pullulent les seuls-en-scène, réunissant cinq comédiens et un musicien, dans un dispositif scénographique quadrifrontal. Future noir l’a montée en autoproduction, Jules Audry finançant sa compagnie avec ses revenus de professeur d’art dramatique dans diverses écoles, et vivant de ses salaires de metteur en scène associé au Théâtre national académique d’Ivano-Frankivsk, à l’ouest de Kiev (Ukraine).

Petit à petit, d’une étape de travail à l’autre, la compagnie a réussi à obtenir des aides de l’Arcadi (Action régionale pour la création artistique et la diffusion en Ile-de-France, dissoute en 2019), de l’Adami (Société civile pour l’administration des droits des artistes et musiciens interprètes) et de la Spedidam (Société de perception et de distribution des droits des artistes-interprètes), puis une aide à la création de la Mairie de Paris.

Après avoir déjà tenté, en vain, de venir à Avignon en 2017 et en 2019, elle se sentait enfin les reins assez solides pour affronter l’exposition du « off ». L’annulation a, là aussi, plongé le fragile esquif dans la tempête. « Avignon est ce qui devait nous permettre de sortir de l’émergence : être programmé dans une bonne salle, avec un bon horaire, c’était la garantie d’être vu par nombre de programmateurs, et de monter une tournée de deux ans pour le spectacle, souligne Jules Audry. Au lieu de quoi, on se retrouve avec un spectacle dont on n’a pas pu finir les répétitions, et une trésorerie dans le rouge : les subventions que nous devions toucher sont gelées, et on comptait sur des recettes de billetterie de l’ordre de 20 000 euros, ce qui, sur un budget comme le nôtre, est loin d’être négligeable. Les comédiens, dont la plupart arrivaient en fin de droits, ne peuvent pas être payés, et la vie de la compagnie est clairement en danger. »

Conséquences symboliques

Il y a le nerf de la guerre, l’argent, mais il y a aussi les conséquences symboliques, psychiques et artistiques de la crise, pour des créateurs par essence poreux aux soubresauts du monde. Tiphaine Raffier, qui n’avait écrit que la moitié de son spectacle quand a commencé le confinement, confie qu’elle se sent « les mains coupées pour écrire. Je ne fais que gérer de l’administratif et tenter de trouver un peu d’argent supplémentaire, parce que les répétitions vont coûter plus cher que prévu ».

Jules Audry s’est retrouvé confiné en Ukraine, à devoir gérer à distance les conséquences de l’annulation pour sa compagnie. « Moi qui ai toujours eu besoin de lire pour me comprendre, pour me nourrir, je n’arrive plus à lire une ligne, se désole-t-il. Je mène les répétitions de la prochaine création du Théâtre national, un cabaret sur des textes de Gogol, par visioconférence. C’est surréel. »

Passionnés de littérature et de cinéma d’anticipation – Jules Audry a nommé sa compagnie en référence au genre du Tech-noir, hybride de film noir et de science-fiction –, les deux jeunes artistes s’interrogent sur l’avenir de la fiction face à cette réalité « qui est elle-même de l’ordre du spectaculaire et du fictionnel ». « Est-ce qu’on va avoir besoin d’encore plus de fiction ou, au contraire, d’être dans la déconstruction ? », s’interroge Tiphaine Raffier. Parmi les « œuvres de miséricorde » qui nourrissent son spectacle à venir, deux la laissent particulièrement songeuse : « Ensevelir les morts » et « Sauvegarder la création ».

5 mai 2020

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5 mai 2020

A propos des masques...

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5 mai 2020

Réveillez-moi quand ce sera terminé....

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5 mai 2020

«Le risque de l’Etat d’urgence est de voir des mesures entrer dans le droit commun»

Par Emmanuel Fansten

Redoutant les effets d’un Etat d’urgence sanitaire prolongé, le président de la Commission des droits de l’homme, Jean-Marie Burguburu, réclame une reprise en urgence du fonctionnement de la justice.

Le président de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) s’inquiète des conséquences de l’état d’urgence sanitaire sur le traitement judiciaire des affaires et alerte sur la situation dans les prisons.

Que vous inspire la prolongation de deux mois de l’Etat d’urgence sanitaire, qui doit être examinée par le Parlement à partir de lundi ?

Je suis d’abord frappé par le phénomène d’accoutumance qui accompagne ces états d’exception. Qui aurait imaginé il y a encore quelques mois que les Français accepteraient si facilement de rester confinés chez eux ? Lorsque les villes chinoises ont commencé à se fermer, combien considéraient qu’une telle situation n’était possible qu’en raison de la dictature communiste, et que ça ne marcherait jamais chez nous ? Pourtant, ça a marché. On reçoit des injonctions et on les exécute car notre santé est en jeu. A cette accoutumance des citoyens, il faut ajouter une facilité pour les gouvernements : après la loi instaurant l’état d’urgence antiterroriste en 2015, on a vu certaines mesures de contrôle des citoyens perdurer, en matière pénale notamment. La population a accepté ces mesures d’autant plus facilement qu’elles ne frappaient pas tout le monde. Avec la crise sanitaire, il est d’autant plus simple de prolonger l’état d’urgence que c’est pour le bien des gens. Mais le risque est à nouveau de voir certaines mesures entrer dans le droit commun, d’où la nécessité d’être vigilants face aux évolutions du droit. De ce point de vue, la CNCDH veut être une sorte de lanceur d’alertes institutionnel.

Vous venez d’émettre un avis appelant à un rétablissement urgent du fonctionnement normal de la justice. Quelles sont les conséquences de cette latence prolongée ?

L’urgence sanitaire et la situation matérielle de nombreux Français font passer la justice au second plan. Dans sa longue intervention, le Premier ministre n’en a pas parlé une seule fois. La situation est pourtant très préoccupante. Déjà affectés par les mouvements de grève des magistrats, des greffiers et des avocats, les tribunaux vont accumuler de nouveaux retards dans les affaires à juger. Actuellement, seules les affaires urgentes sont traitées, mais c’est insuffisant. On pourrait comparer le fonctionnement de la justice avec celui, tout aussi ralenti, de la médecine de ville. Depuis quelques jours, on entend les syndicats de médecins généralistes s’inquiéter du fait que les personnes souffrant de maladies chroniques plus ou moins graves ne consultent plus. Les gens sont donc encouragés à retourner voir leur médecin. C’est pareil pour la justice. Ses dysfonctionnements conjoncturels ne doivent pas masquer les graves problèmes qui demeurent.

Vous pointez en particulier les risques en termes de droits de la défense, et notamment la prolongation automatique des détentions provisoires…

Par nature, la détention provisoire doit être provisoire. Il est possible d’y recourir pour différentes raisons (absence de garanties de représentation, risques de troubles à l’ordre public ou de collusions avec d’autres complices…), mais la loi exige qu’en cas de renouvellement, on doive passer devant un juge des libertés et de la détention. Cette mesure étant exceptionnelle, la loi a prévu une libération automatique lorsque les délais légaux ne sont pas respectés. Pour éviter que ces libérations soient trop nombreuses, faute de juges pour renouveler les détentions provisoires durant l’épidémie, la chancellerie a jugé plus simple de les prolonger automatiquement. De deux mois si la peine encourue est inférieure à cinq ans, et jusqu’à six mois en matière criminelle si cette peine est supérieure à cinq ans. Tout cela pose des questions fondamentales dans un Etat de droit.

Vous dénoncez aussi la situation catastrophique dans les prisons et la disparition des parloirs depuis le début de l’épidémie…

La crise sanitaire fait peser un risque considérable sur les détenus. La chancellerie a fait un effort en ouvrant largement les portes des prisons et en accordant des libérations anticipées en fonction des critères habituels (bonne conduite, absence de crime de sang, etc.). Plusieurs milliers de libérations ont ainsi permis de désengorger les maisons d’arrêt. Mais les prisons restent peuplées de personnes condamnées pour lesquelles l’arsenal des peines alternatives n’a pas toujours été mis en œuvre. Ces détenus sont confinés dans les conditions sanitaires les plus déplorables. S’il est déjà très difficile de faire occuper un siège sur deux dans les voitures de la SNCF et dans les salles de classe, il est encore plus compliqué d’assurer la sécurité de détenus entassés à trois ou quatre dans des cellules qui font souvent moins de 9 m². Dans ces circonstances, la suspension des parloirs est tout aussi dramatique. Pour les détenus, la visite d’un proche, d’un conjoint, d’un enfant quand c’est possible sont des éléments essentiels à la réinsertion. La France s’est émue de l’absence de visites dans les Ehpad pour nos anciens, beaucoup moins de la fermeture des parloirs dans les prisons.

Quelle est la portée des avis de la CNCDH ?

Nous rendons des avis consultatifs qui ne sont pas contraignants, mais je vais faire en sorte qu’ils soient largement diffusés auprès des pouvoirs publics, et notamment du ministère de la Justice. Dès mon entrée en fonctions, j’ai souhaité faire mieux connaître la CNCDH, afin que ses avis soient davantage pris en considération. Souvent mésestimés, les droits de l’homme sont une matière sensible et méconnue. Pourtant, ces droits fondamentaux pour la République, les Français les pratiquent tous les jours comme M. Jourdain faisait de la prose. Ce sont les droits du citoyen de vivre librement en société, le droit d’aller et venir, de se réunir à cinq, 10 ou 50, le droit de manifester librement sans causer de dommages, le droit de se réunir en association, le droit d’exprimer son opinion et de la diffuser. On s’aperçoit qu’ils manquent lorsqu’ils sont molestés et qu’on leur porte atteinte. Ces préoccupations devraient inspirer nos gouvernants autant que les préoccupations humanitaires.

5 mai 2020

LOVE HOTEL

love hotel

love hotel

Ca fait presque dix ans que le Lovehotel à Paris a ouvert ses portes. Sans aucun doute, il a revolutionné la vie de tous les amoureux parisiens (ou de passage à Paris) pour son côté pratique et surtout son côté ludique. En effet, Lovehotel à Paris est toujours le seul à proposer des chambres à l’heure, ou encore à la nuit à un tarif plus qu’abordable. C’est donc le moment de vous proposer de nouveaux décors, même si les anciennes chambres  ont connu un certain succès. Pour faire plaisir à nos habitués, certaines thématiques ont été reconduites, de nouvelles sont apparues, mais le véritable changement, c’est que ces nouvelles chambres sont plus spacieuses, beaucoup plus confortables, et on y a rajouté de nouveaux services comme le sèche-cheveux, le mini réfrigérateur… Plusieurs chambres sont équipées de matériels pour vous faire vivre de nouvelles sensations. La seule question qui se pose c’est: atteindrez-vous vos limites?

5 mai 2020

Miele from Gianluca Bonanno on Vimeo.

5 mai 2020

Les tournages de films français mis sur pause

tournage

Léa Drucker lors du tournage du film « La Petite Solange », d’Axelle Ropert, à Nantes, le 10 mars. NATHALIE BOURREAU/PHOTOPQR/MAXPPP

Mathieu Macheret

Les réalisateurs de films à gros ou à petit budget, interrompus par la crise, craignent pour l’avenir de ceux-ci

ENQUÊTE

La fermeture des salles de cinéma n’aura pas été la seule conséquence de la crise sanitaire sur la vie des films. En amont, c’est aussi leur fabrication même qui s’est trouvée prise de vitesse par le passage en « phase 3 » de la lutte contre l’épidémie, en l’espace d’un week-end, celui du 13 au 15 mars.

Parmi les nombreux secteurs d’activité touchés, le cinéma, parfois décrit comme une « industrie du prototype », a ceci de particulier qu’il invente pour chaque film des conditions uniques, spécialement appropriées. Un tournage n’est autre qu’un chantier éphémère, rassemblant pour une durée limitée une équipe qui, ensuite, se dispersera, des décors, des saisons, des circonstances qui disparaîtront, et dont le film dépend entièrement. Autant de paramètres fugaces qui expliquent en partie pourquoi, dans le domaine, l’interruption est si vivement redoutée.

C’est pourtant cette situation qu’ont à affronter, depuis le début du confinement, plusieurs réalisateurs dont les tournages avaient débuté entre fin janvier et début mars. Dans le cas d’Eiffel, production Pathé au budget considérable de 22 millions d’euros, avec Romain Duris et la comédienne franco-britannique Emma Mackey, l’interruption ne fait que décaler le tournage dans le temps. Selon son réalisateur Martin Bourboulon, le film n’est pas « un biopic sur le fameux architecte, mais une histoire d’amour qui se déroule pendant la construction de la tour Eiffel ».

« Les deux tiers du film sont déjà tournés, explique-t-il, qui représentent sa part la plus lourde : on a reconstruit le pied de l’édifice en studio, avec une grosse intervention du numérique. Sur dix semaines de tournage, il nous en restait trois, dont dix jours de studio qui pour l’heure ne posent pas de problème. » L’annonce du confinement a néanmoins été vécue comme un « choc émotionnel, qui a coupé net l’élan artistique ». « On essaie malgré tout de faire avancer la machine, précise le réalisateur. On a commencé le montage à distance, on travaille sur la musique, avec le compositeur Nicolas Godin. »

« Scènes de contact »

Le problème prend un tour plus épineux en ce qui concerne, par exemple, les productions de genre tournées vers l’imaginaire, qui font encore figure d’exception dans le pays de Descartes. Entré en phase de tournage début mars, Ogre, premier long-métrage d’Arnaud Malherbe, avec notamment Ana Girardot, a dû s’interrompre au bout de deux semaines sur les sept prévues. Ce conte fantastique sur les peurs enfantines est décrit par le réalisateur comme conjuguant « l’effroi et le merveilleux », pour mieux cerner « la réalité des territoires exclus, d’où peuvent ressurgir des monstres ».

« On était en petite équipe, je ne voyais pas vraiment le danger, reconnaît-il. Un tournage, c’est une petite île, coupée du monde. Tout s’est joué dans le week-end : ce sont les membres de l’équipe retournés à Paris qui nous ont fait des retours sur la situation réelle, comme une douche froide. Moi, je voulais absolument continuer, avec l’idée de grappiller quelques jours. Mais la production a pris la bonne décision, celle de remballer et de rentrer. »

La sortie de crise apparaît complexe. Il reste à tourner « une scène de fête foraine avec 200 figurants, qui est un moment clé du film », s’inquiète Malherbe. Le réalisateur craint « le poids coercitif des protocoles sanitaires à venir sur la liberté artistique ».

Le cinéma d’auteur n’a pas non plus été épargné. La cinéaste Axelle Ropert (La Prunelle de mes yeux, 2015) avait commencé fin février le tournage de Petite Solange, qu’elle présente comme « un mélodrame », « l’histoire d’une petite fille qui découvre que tout peut s’effondrer du jour au lendemain, ce qui renvoie beaucoup à ce qu’on est en train de vivre ». « Une première partie du tournage avait eu lieu à Nantes, très paisiblement, raconte la réalisatrice. On est arrivés à Paris à la mi-mars, et c’est là qu’on a senti le vent tourner. En deux trois jours, on a vu l’horizon devenir noir et compris qu’il fallait mettre le bateau à l’abri. C’est très compliqué d’interrompre un tournage, pour des raisons économiques, artistiques, humaines. Mais je suis fille de médecin : la maladie, je sais ce que c’est, on ne pouvait pas lutter. »

La cinéaste ne désespère pas pour autant : « C’est un tournage en petite équipe, dans une petite économie (1,2 million d’euros) : une bonne configuration pour que les choses reprennent. » « Mais un film, ce n’est pas comme un manuscrit qu’on laisse de côté, tempère-t-elle, c’est une matière vivante qui dépérit. Mon héroïne est une jeune fille de 14 ans : je ne pourrai pas lui laisser prendre six mois de croissance. »

Alain Guiraudie en était, lui, à huit jours de terminer son dernier film, « une histoire d’amour entre un mec et une prostituée sur fond d’attentats à Clermont-Ferrand », quand le couperet est tombé. « Quelques jours plus tôt, je considérais ça comme une grippe un peu coriace, reconnaît l’auteur de L’Inconnu du lac (2013). J’ai vraiment pris conscience de la gravité des choses au moment de la fermeture des restaurants et des bars. »

Là encore, la reprise du tournage n’est aucunement remise en cause, mais n’a rien d’évident. « Il nous reste essentiellement des scènes en intérieur et de nuit, donc rien d’insurmontable, précise Guiraudie. Mais c’est un film d’hiver, qui se déroule aux alentours des fêtes de fin d’année. La saison est importante. Difficile d’imaginer reprendre en juillet, avec les acteurs qui fondent sous leur doudoune ! »

« Reste une inconnue, avec les protocoles sanitaires », poursuit le cinéaste, qui a toujours laissé une grande place au désir dans ses films : « Mes comédiens doivent encore jouer à proximité les uns des autres, il me reste plusieurs scènes de contact. Je ne sais pas comment gérer ça avec les contraintes de distanciation… » L’amour à l’écran serait-il soudain devenu plus problématique que jamais ? Une seule chose est sûre : si le Covid-19 est en train de modifier sensiblement les usages, il ne laissera sans doute pas indemnes nos récits et nos représentations.

5 mai 2020

Milo Moiré - photos : Peter Palm

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