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Jours tranquilles à Paris

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4 mars 2020

Miss Tic

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4 mars 2020

Dans le Morbihan, «mieux vaut en faire un peu trop que pas assez»

mairie auray

Par Pierre-Henri Allain, Envoyé spécial dans le Morbihan

Les fermetures de lieux publics et annulations d’événements divisent la population du département breton, où un foyer de contamination a été identifié et où un nonagénaire est mort mardi.

Neuf cas de coronavirus détectés dans le Morbihan : la nouvelle est tombée brutalement dans la nuit de dimanche à lundi. Un arrêté préfectoral tout aussi brutal a ordonné la fermeture de l’ensemble des établissements scolaires des trois communes concernées (Crac’h, Auray et Carnac) et interdit «tout rassemblement collectif» sur l’ensemble du département, sans plus de précisions. Lundi, le nombre de cas avérés était porté à douze, dans les mêmes localités.

Après les premiers moments de stupeur et le branle-bas de combat pour alerter les enseignants et les parents, ainsi que les établissements concernés, prolongeant les vacances scolaires de quelque 5 700 élèves, les associations ont appris l’interdiction de l’ensemble des manifestations culturelles, cultuelles, commerciales ou sportives dans le département jusqu’au 14 mars.

Consternation

Cinémas et médiathèques fermés, rencontres sportives annulées, réunions publiques dans le cadre des municipales supprimées, «rassemblements dans les lieux de culte interdits», à l’exception des enterrements devant se tenir dans la plus stricte intimité, c’est toute la vie du département qui se trouve chamboulée depuis. A commencer par les communes où ont été détectés les cas d’infection.

A Auray (14 018 habitants), les pharmacies ont aussitôt été prises d’assaut et les rues désertées. «Le centre-ville est vide, confirme Yves Delapraz, patron du restaurant La Petite Casserole, qui a perdu deux tiers de sa clientèle en vingt-quatre heures. Mais les gens restent aussi chez eux pour garder leurs enfants. On ne connaît pas tous les tenants et les aboutissants du virus. On ne sait pas d’où ça vient et, dans le doute, mieux vaut en faire un peu trop que pas assez.» Une autre habitante de la commune avoue sa consternation. «On ne s’attendait pas à des cas de Covid-19 en Bretagne ! Pourquoi ici et pas ailleurs ? Il n’y a plus que les grandes surfaces qui sont ouvertes. Il faut bien que les gens mangent. Du coup, les enfants vont rester confinés durant quinze jours devant la télé et c’est le système D pour les garder. On fait appel aux grands-parents ou on prend des arrêts de travail.»

Au centre culturel Athéna, où a dû être annulée mardi soir la prestation de François Morel, qui affichait complet depuis octobre, un mélange d’inquiétude et de grosse déception est palpable. D’autant que ce lieu s’apprêtait à accueillir la manifestation de l’année : le Festival de marionnettes et de théâtre d’objets Meliscènes, prévu sur dix communes du 8 au 12 mars. «Il y avait 107 représentations programmées, avec 24 compagnies, 25 spectacles différents et, pour la 20e édition, un finale avec le dernier spectacle des Anges au plafond, la compagnie phare de la marionnette en France, se désole-t-on. On ne sait pas si on va pouvoir reporter certains spectacles ou s’il faudra tout annuler, alors que les hébergements, la restauration, tout était prêt.»

saint goustan

Salon du bien-être

Dans les associations sportives du département, où toutes les rencontres du week-end prochain, toutes disciplines confondues, ont été annulées, on se fait une raison. Le coup n’en est pas moins rude. A Theix, près de Vannes, l’annulation du gala de boxe programmé samedi est un crève-cœur pour son organisateur, Jean-Claude Galazzo : «C’est normal qu’on prenne des mesures, mais c’est quand même un coup au moral, réagit-il. Ce sont depuis trois mois des heures et des heures de travail. Les affiches étaient posées, les coupes achetées, les sponsors trouvés. Et on ne sait pas du tout si on pourra reprogrammer ce gala.»

Dans d’autres secteurs, nombre de manifestations ont également été annulées, comme le Salon du bien-être, annoncé le week-end prochain à Pontivy, qui attendait 3 000 visiteurs et une cinquantaine d’exposants. «On va essayer de reporter l’événement mais on n’a aucune certitude. Dans un tel cas de figure, il n’existe aucune assurance d’être indemnisé», soupire Gérard Henry, le directeur du salon. A Pontivy, l’interdiction des marchés en plein air dans le département, finalement réautorisés mardi, à l’exception des communes où les cas de coronavirus ont été détectés, a aussi fait des vagues. «J’ai du mal à comprendre pourquoi on les avait interdits alors qu’on laisse les grandes surfaces ouvertes, avec l’air climatisé et tout le bouillon de culture que ça représente, remarque Yves Duval, petit producteur de volailles dans une commune voisine. Qu’on prenne des précautions, c’est logique. Mais je trouve aussi que la médiatisation est excessive. On dramatise trop. Si ça se trouve, ça se terminera comme une bonne grippe. Vous ne croyez pas ?»

4 mars 2020

Vu sur internet

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4 mars 2020

Super Tuesday des primaires démocrates : Joe Biden crée la surprise

Par Gilles Paris, Washington, correspondant

La performance de l’ancien vice-président de Barack Obama, alors que quatorze Etats étaient en jeu mardi, relance la course à l’investiture démocrate.

La course à l’investiture démocrate est relancée. Les bons débuts du sénateur indépendant du Vermont Bernie Sanders, notamment dans le Nevada, l’avaient transformé irrésistiblement en favori. Le Super Tuesday et ses quatorze Etats, mardi 3 mars, pouvaient donc lui permettre de creuser l’écart sur ses adversaires. Il espérait compter pour cela sur la force de son message politique, une solide organisation, et sur son armée de petits donateurs.

Soixante-douze heures ont cependant tout changé. Le triomphe, le 29 février, en Caroline du Sud, de l’ancien vice-président Joe Biden, dont la campagne était à l’agonie, a en effet déclenché un rassemblement du camp qui défend des positions plus modérées que celles de Bernie Sanders. Tour à tour, le benjamin de la course, Pete Buttigieg, et la sénatrice du Minnesota Amy Klobuchar ont mis un terme à leur candidature et apporté leur soutien à Joe Biden.

Le résultat a sans doute dépassé les attentes de l’ancien vice-président. Le début de soirée lui a été extrêmement profitable. Alors que Bernie Sanders a remporté sans surprise le Vermont, sa terre d’élection, Joe Biden a gagné haut la main en Virginie et en Caroline du Nord, des Etats richement dotés en délégués. Puis la fidélité de l’électorat afro-américain lui a permis d’ajouter rapidement à sa liste de succès l’Alabama, le Tennessee, l’Oklahoma, et l’Arkansas.

Les sondages de sortie des urnes, notamment celui de la chaîne CNN, ont mis en évidence des éléments favorables pour Joe Biden. Une bonne partie des électeurs (37 % en Virginie, 31 % en Caroline du Nord) se sont décidés dans les toutes dernières heures. L’ancien vice-président a donc pu compenser sa quasi-absence des ondes par l’image de rassembleur affichée notamment au Texas, lundi, à l’occasion d’une rencontre avec Pete Buttigieg, puis d’un meeting commun avec Amy Klobuchar.

Un réflexe de vote utile

Les motivations des électeurs ont également joué en sa faveur. Une majorité absolue de ces derniers, en Caroline du Nord comme en Virginie, a assuré que battre Donald Trump en novembre est leur priorité, soit exactement le message véhiculé par l’ancien vice-président, à la différence de la « révolution politique » que Bernie Sanders place au cœur de sa campagne.

La résurgence de Joe Biden ne s’est d’ailleurs pas limitée à l’électorat afro-américain. Battu à plates coutures dans le New Hampshire, le 10 février, il a effectué une percée inattendue dans l’Etat voisin du Massachusetts, devançant Bernie Sanders en dépit de la proximité du Vermont, et surtout Elizabeth Warren, élue de cet Etat, plongeant la campagne de cette dernière dans les affres. Un cruel revers après des prestations pourtant remarquées lors des débats démocrates, notamment les deux derniers au cours desquels elle s’était attaquée de manière clinique au milliardaire Michael Bloomberg, entré tardivement dans la course.

Seul le sentiment d’urgence des électeurs démocrates, qui anticipent une élection présidentielle à laquelle le président sortant consacre déjà presque toute son énergie, peut expliquer les incroyables résultats obtenus par Joe Biden dans des Etats où il n’a pas même fait campagne.

Son succès dans le Minnesota peut certes s’expliquer par le revirement à son profit d’Amy Klobuchar, qui a manifestement mis à son service sa machine à faire voter. La victoire dans le Massachusetts, où son équipe de campagne n’a dépensé au total qu’une dizaine de milliers de dollars, autrement dit une misère, est en revanche le produit de cette anxiété de la part des électeurs. Elle a débouché mardi soir sur un réflexe de vote utile, quelles que soient les faiblesses pourtant criantes d’un septuagénaire prompt aux gaffes et aux bévues, souvent moins tonique lors des débats que son aîné d’un an Bernie Sanders, victime d’un accident cardiaque en octobre 2019.

Le pari perdu de Michael Bloomberg

Le contraste n’a été que plus saisissant avec les résultats de l’ancien maire de New York, Michael Bloomberg, qui avait fait l’impasse sur les premiers Etats de la course à l’investiture pour dépenser sans compter dans les quatorze en jeu pour le Super Tuesday. Un pari largement perdu en dépit d’un tsunami de publicités de campagne et d’équipes pléthoriques, pour un total supérieur à la somme sans précédent de 500 millions de dollars (450 millions d’euros).

Le milliardaire n’a pas remporté un seul Etat, le territoire américain des Samoa mis à part. Il n’est pas toujours parvenu à franchir la barre des 15 % des votes obligatoire pour prétendre à sa part de délégués, affectés à la proportionnelle. Entré en campagne pour contrer l’aile gauche du Parti démocrate, représentée par Bernie Sanders et Elizabeth Warren, Michael Bloomberg a paradoxalement privé Joe Biden d’un élan encore plus grand.

Instruite par son revers en Caroline du Sud, où elle avait déjà été distancée de près de trente points le 29 février, l’équipe de campagne de Bernie Sanders s’attendait à des résultats médiocres dans les Etats où Joe Biden pouvait compter sur l’électorat afro-américain. Après des victoires attendues dans l’Utah et le Colorado, elle a reporté ses espoirs au fur et à mesure que la soirée s’avançait sur le Texas et surtout la Californie, les plus richement dotés avec respectivement 228 et 415 délégués. C’est là, espérait-elle, qu’elle parviendrait à finalement creuser l’écart.

La pertinence de ce calcul a été totalement démentie par les résultats du Texas. Bernie Sanders s’attendait à ce que l’électorat latino qui lui avait assuré la victoire dans le Nevada lui serve de pare-feu contre la dynamique créée autour de Joe Biden, qui avait reçu la veille le soutien d’un autre ancien candidat, Beto O’Rourke, ancien représentant d’El Paso.

Victoire inattendue de Biden dans le Massachusetts

Cette muraille n’a cependant pas tenu le choc face l’onde de choc provoquée par la réorganisation du centre démocrate. L’avance de Joe Biden en fin de soirée, aussi inattendue que la victoire du Massachusetts, a définitivement témoigné de sa capacité à rivaliser au-delà de ses bases.

Tard dans la soirée de mardi, Bernie Sanders paraissait en bonne position pour l’emporter en revanche en Californie, un Etat réputé pour la lenteur de ses procédures de dépouillement des votes. Mais l’avance obtenue risquait d’être relativisée par les pertes essuyées partout ailleurs.

Accroché dans le Maine, battu dans l’Oklahoma et le Minnesota, où il l’avait largement emporté en 2016, le sénateur indépendant du Vermont a pu mesurer ses limites. La soirée s’est accompagnée en outre d’une confirmation, alors qu’il vante depuis des mois sa capacité à attirer vers les urnes un électorat éloigné de la politique qui serait converti par la hardiesse de ses propositions, ce dernier ne s’est matérialisé nulle part.

4 mars 2020

Elections Américaines

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4 mars 2020

Extrait d'un shooting - photo : Jacques Snap

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4 mars 2020

Climat : la moitié des plages du monde pourraient disparaître d’ici à la fin du siècle

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Par Audrey Garric

D’ici à 2100, le littoral pourrait reculer en moyenne dans le monde de 35 à 240 mètres dans un scénario d’émissions élevées. La réduction des rejets carbonés permettrait d’éviter près de la moitié du recul du trait de côte.

Dans l’imaginaire, le littoral est souvent associé à une magnifique plage de sable fin qui s’étire face la mer. Ces rivages blancs, jaunes ou encore noirs, qui occupent plus d’un tiers des côtes du monde, sont essentiels aux sociétés, à leurs économies, notamment pour le tourisme et les loisirs. Elles fournissent en outre des protections contre les tempêtes et les ouragans. Mais ces milieux précieux et patrimoniaux semblent plus que jamais menacés.

D’ici à la fin du siècle, près de la moitié des plages de sable du monde, le plus souvent situées dans des zones densément peuplées, pourraient presque entièrement disparaître sous l’effet de l’érosion liée aux activités humaines et aggravée par le dérèglement climatique, alerte une étude publiée lundi 2 mars dans Nature Climate Change. Il existe toutefois une lueur d’espoir dans ce ciel menaçant : la réduction des émissions de gaz à effet de serre permettrait d’éviter près de la moitié du recul du trait de côte.

L’équipe de chercheurs européens, menée par Michalis Vousdoukas, du Centre commun de recherche de la Commission européenne, a analysé l’évolution du littoral sableux dans tous les pays du monde, entre 1984 et 2015, à l’aide d’images satellites. Les auteurs ont ensuite extrapolé les tendances historiques pour prévoir la dynamique future des côtes selon deux scénarios de réchauffement climatique.

Ces changements de trait de côte sont d’abord liés à des facteurs physiques, géologiques et anthropiques : les tempêtes, les aménagements côtiers comme les digues, les barrages ou les ports, l’urbanisme ou les prélèvements de sable aggravent localement un épuisement naturel des stocks sédimentaires hérités de la dernière période glaciaire. S’y ajoute le retrait du littoral dû à l’élévation du niveau de la mer. D’ici à la fin du siècle, la montée des océans pourrait atteindre entre 0,59 mètre et 1,10 mètre par rapport à la période 1986-2005, selon le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

L’Australie et Mayotte très affectées

Leurs résultats montrent que l’érosion des plages sableuses, déjà importante aujourd’hui, va s’aggraver à l’avenir. Une étude parue en 2018 estimait que près d’un quart d’entre elles subissent un retrait supérieur à un demi-mètre par an. D’ici à 2050, le littoral pourrait reculer en moyenne dans le monde de 1,1 mètre à 78 mètres dans le cas d’un scénario d’émissions de gaz à effet de serre modérées ; le recul atteindrait 98 mètres en cas d’émissions maintenues à un niveau élevé, sans politique de limitation des rejets carbonés.

A la fin du siècle, la situation devrait encore empirer, avec un recul du trait de côte de 15 mètres à 164 mètres en cas d’émissions de CO2 modérées et de 35 mètres à 240 mètres dans le pire scénario. Les scientifiques en concluent que la limitation des émissions éviterait 17 % de l’érosion prévue d’ici au milieu du siècle, et 40 % d’ici à 2100.

Combien de plages seraient menacées ? Les auteurs ont calculé que 14 % à 15 % des plages de sable pourraient subir, d’ici à 2050, une érosion sévère – comprise comme un recul du trait de côte supérieur à 100 mètres – et entre 36 % et 49,5 % d’ici à 2100, selon les scénarios d’émissions.

Cette érosion globale et massive masque des disparités géographiques. Certains pays seraient particulièrement exposés, comme la République démocratique du Congo, la Gambie, la Guinée Bissau, le Pakistan ou Mayotte pour la France, qui verraient plus de 60 % de leur littoral sableux affecté quelles que soient les trajectoires d’émissions. « Outre une vulnérabilité accrue aux risques côtiers, plusieurs de ces pays sont susceptibles de subir des conséquences socio-économiques importantes, car leur économie est fragile et dépendante du tourisme », prévient l’étude.

En classant les pays en fonction de la longueur totale des plages de sable qui pourraient disparaître, l’Australie serait la plus touchée avec plus de 11 000 km en danger (soit environ 40 % de son littoral sableux). Le Canada, le Chili, le Mexique, la Chine et les Etats-Unis seraient également très affectés. A l’inverse, quelques régions pourraient connaître des accumulations de sable, comme en Amazonie, en Asie de l’Est et du Sud-Est et dans le Pacifique tropical nord.

« Importantes incertitudes »

Si le dérèglement climatique n’est aujourd’hui pas le principal facteur d’érosion des côtes, il le sera à l’avenir : l’élévation du niveau des mers serait responsable d’environ 75 % des modifications du trait de côte à l’échelle mondiale dès le milieu du siècle.

En revanche, les auteurs ne voient pas d’effet significatif des tempêtes, dont l’intensité s’accroît globalement avec le changement climatique, même si elles pourraient laisser des cicatrices sur certains sites (côte sud-est du Royaume-Uni, nord-ouest de l’Allemagne ou encore nord du Queensland en Australie).

« C’est la première étude qui a été réalisée à l’échelle mondiale en termes de projections. C’est un bon travail, mais certains chiffres doivent être pris avec des précautions en raison d’importantes incertitudes », prévient Bruno Castelle, directeur de recherche CNRS en dynamique littorale au laboratoire Environnements et paléoenvironnements océaniques et continentaux (université de Bordeaux), qui n’a pas participé à l’étude.

Il cite ainsi le modèle utilisé pour calculer le retrait du trait de côte lié à l’élévation du niveau de la mer (la loi de Bruun), sujet à débat dans la communauté scientifique. « Il implique que le système sédimentaire [plage, plage sous-marine et dune] puisse reculer, ce qui n’est pas possible partout car parfois il n’y a pas d’espace derrière », précise-t-il. Le scientifique note en outre qu’une plage qui s’érode fortement ne va pas forcément disparaître. « Certains secteurs en France, notamment en Aquitaine, ont déjà reculé de plus de 100 mètres en soixante-dix ans, et sont encore là. »

« Déjà une réalité »

« Ces projections dans l’avenir ne doivent pas faire oublier que l’érosion des plages est déjà une réalité, rappelle Alain Hénaff, maître de conférences en géographie à l’université de Bretagne Occidentale. La fixation des rivages par des ouvrages [digues, enrochements], en particulier, pour défendre des enjeux humains imprudemment implantés sur un milieu littoral, a conduit à renforcer le départ des sédiments des plages en limitant leurs espaces de mobilité. La poursuite de l’accumulation d’enjeux [hommes et biens] sur ces territoires ne fait qu’amplifier les risques d’érosion et de submersion. »

En juillet 2019, un rapport du centre de réflexion La Fabrique écologique montrait que l’adaptation aux risques d’érosion et de submersion du littoral français était « très insatisfaisante », qu’il s’agisse du déploiement d’ouvrages de protection, des solutions fondées sur la nature (comme l’implantation de végétaux sur les dunes), de la maîtrise de l’urbanisme ou de la relocalisation des activités et des biens exposés.

Note : les valeurs présentées dans cet article ont été modifiées à la suite de corrections effectuées par la revue Nature Climate Change, qui avait mis en ligne par erreur une mauvaise version de l’étude.

4 mars 2020

Ephèbe

éphèbe

4 mars 2020

Critique - « De Gaulle », le Général entre Yvonne et la France

Par Philippe Ridet

Gabriel Le Bomin met en scène « l’homme du 18 juin », incarné par Lambert Wilson, et le mari et père de famille, mêlant la grande et la petite histoire.

L’AVIS DU « MONDE » – À VOIR

Voilà un petit moment déjà que le premier tournait autour du second. Gabriel Le Bomin (réalisateur) avait déjà eu affaire à de Gaulle (général) de manière oblique. Que ce soit dans ses documentaires traitant de la guerre d’Algérie, de la France libre, des institutions, et même dans son dernier film, Nos patriotes (2017) – où un jeune tirailleur sénégalais participe à un réseau de résistance – le fondateur de la Ve République étalait son ombre et sa légende.

Mais pour l’aborder de front, comme protagoniste d’une fiction, présent tout au long du récit, encore fallait-il décider quel de Gaulle offrir aux téléspectateurs. Cinquante ans après sa mort, le 9 novembre 1970, lequel peut intéresser le public ? Le soldat de 1914-1918, blessé et fait prisonnier ? Le rebelle ? Le réformateur de la Constitution ? L’artisan de la décolonisation ? Le président dépassé par Mai 68 ? Le promeneur sur la lande irlandaise, comme en exil après qu’il a quitté le pouvoir ?

En choisissant l’homme du 18 juin, Gabriel Le Bomin et sa scénariste, Valérie Ranson Enguiale, n’ont pas seulement fait le choix prudent de limiter l’action du film à la période allant des mois de mai à juillet 1940, en évitant de se lancer dans une lourde fresque historique. Ils ont aussi épinglé de Gaulle, interprété par Lambert Wilson, à un moment de sa vie où, à 50 ans, fragile et romanesque, il doute de son destin.

Soit les événements lui concèdent une courte biographie de militaire rebelle, mais snobé par l’état-major, bon mari et bon père de trois enfants, dont Anne, trisomique ; soit ils lui offrent une postérité de chef de guerre et d’homme d’Etat visionnaire. Entre Yvonne (Isabelle Carré) et la France, son cœur balance. Finalement, ce sera la France. La scène d’ouverture où le Général est langoureusement et tendrement allongé contre son épouse apparaît à cette aune comme le dernier repos du guerrier.

Debout et seul

Tout se précipite. L’avancée allemande plonge les civils et les militaires dans la panique. Faible, Paul Reynaud (Olivier Gourmet) explore des solutions politiques, comme cette idée de confédération franco-anglaise qui, à l’heure du Brexit, nous rappelle que le temps passe décidément très vite ; Pétain pétoche et se dit prêt à collaborer avec les Allemands, ce qu’il finira par faire ; Mandel ne le sent pas.

Le Général, nommé sous-secrétaire d’Etat à la guerre et à la défense nationale, reste debout. Et seul. En mouvement, parcourant le pays en tous sens, de Colombey-les-Deux-Eglises (Haute-Marne) à Paris, de Paris à Bordeaux – où s’est réfugié le gouvernement –, jusqu’en Bretagne où il va embrasser Yvonne et les enfants, avant de rejoindre Londres où il obtiendra de Winston Churchill, autre entêté solitaire, l’autorisation de lancer son fameux appel sur les ondes de la BBC. C’est ici que le film s’arrête ayant atteint modestement l’objectif qu’il s’était assigné, cabotant au plus près des faits historiques sous la supervision de l’historien Michel Wieviorka.

LE FILM ÉPINGLE DE GAULLE, AU MOMENT DE SA VIE OÙ, À 50 ANS, FRAGILE ET ROMANESQUE, IL DOUTE DE SON DESTIN

La même question se pose à chacune des rares fois qu’un réalisateur se met en tête de figurer l’icône absolue du XXe siècle français. Pourquoi si peu de De Gaulle à l’écran ? Gaulliste transi, Jean-Pierre Melville ne l’avait filmé que de dos dans L’Armée des ombres (1969), en signe de sa dévotion. La télévision lui a consacré une poignée de téléfilms, quand les Anglais multiplient les fictions autour de la figure de Churchill et que les Américains on fait de leurs présidents une matière inépuisable de scénarios.

Plusieurs explications ont été avancées. Physique : difficulté à trouver un acteur à la démesure (au sens propre) du personnage. Politique : poids du Parti communiste antigaulliste dans le cinéma français de l’après-guerre. Philosophique : la Résistance privilégiait le groupe à l’individu.

Le De Gaulle de Gabriel Le Bomin, premier film à mettre en scène le chef de la France libre, a au moins le mérite de clore cette vaine interrogation. Oui, de Gaulle est « fictionisable » et interprétable. A deux conditions ici réunies : que le scénario recadre sa légende et que son interprète ne se prenne pas pour lui.

« De Gaulle », film français de Gabriel Le Bomin. Avec Lambert Wilson, Isabelle Carré, Olivier Gourmet (1 h 48).

4 mars 2020

Marisa Papen

marisa israel

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