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Jours tranquilles à Paris

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9 janvier 2020

Tribune « Erdogan et la politique de l’histoire en Libye »

Par Olivier Bouquet, Historien

Le président turc justifie l’envoi de ses troupes au nom du passé dans un pays qui fut ottoman jusqu’en 1912. Il instrumentalise l’histoire pour justifier son expansionnisme et, surtout, pour se maintenir au pouvoir, analyse, dans une tribune au « Monde », l’historien ottomaniste Olivier Bouquet.

Le président Erdogan déploie des forces en Libye. Comme en Syrie ? Pas exactement. La Turquie a voulu s’impliquer dans la crise syrienne autant qu’elle a été victime de sa géographie. Erdogan fait le choix de l’expansionnisme en Libye et en Méditerranée pour garder le pouvoir. La politique de l’histoire est au cœur de sa stratégie internationale. Pour justifier une présence militaire en Libye, il convoque le passé ottoman.

En réponse à la question posée par l’opposition : « Qu’avons-nous à faire en Libye ? », il développe une lecture présentialiste du passé : les Ottomans sont de retour ; ils étaient attendus. C’est un empire à reconstituer, au moins dans les espaces conquis par les sultans. Plusieurs arguments sont développés.

Le premier argument est anticolonial. D’une part, la Turquie se lance en Libye pour lutter contre un « nouveau Sèvres ». Signé en 1920, ce traité avait réduit l’Empire ottoman à un Etat croupion. Ankara mobilise le complexe de Sèvres, ô combien fondateur de la Turquie moderne, pour organiser une riposte en légitime défense face à un complot des puissances coloniales roum et leurs alliés d’hier (Chypre, la Grèce) et d’aujourd’hui (Israël, l’Egypte de Al-Sissi et les Emirats arabes unis). En 1912, les provinces libyennes furent cédées à l’Italie par un traité à Lausanne. C’est aussi à Lausanne que fut signé, en 1923, le traité fixant les frontières actuelles de la Turquie. Le président turc joue sur les résonances entre les deux Lausanne.

Le second argument est néo-ottoman. La Libye fut ottomane. Pourtant, la Libye, ce n’est pas la Bosnie, l’Albanie ou la Macédoine, le cœur de l’Empire dès le XVe siècle. Les Ottomans ne contrôlèrent la Cyrénaïque et la Tripolitaine que sur ses côtes, et tardivement : seulement à partir du milieu du XVIe siècle. Peu de temps : en 1711, une dynastie semi-autonome, les Karamanli, s’imposa. En 1835, les Ottomans reprennent le contrôle de la région. Ils y implantent, difficilement, une administration territoriale, qui se heurte à l’hostilité des pouvoirs locaux et de la Sanûssiya, la plus redoutée des confréries musulmanes au Sahara. Il n’empêche, c’est une présence ancienne, non assimilatrice, respectueuse de l’islam nord-africain. Bref, les Turcs connaissent bien la Libye et respectent ses populations.

« Renaissance de la puissance turque »

Le troisième argument est celui de la « renaissance de la puissance turque ». Il légitime l’expansionnisme, en mobilisant la mémoire collective d’un déclin accéléré par la défaite en Libye. La nation s’est forgée dans le « traumatisme de la peau de chagrin ottomane », selon la formule de l’historien Stéphane Yerasimos. La guerre balkanique de 1912 marque la disparition d’une domination vieille de cinq siècles en Europe. Elle coïncide avec l’effacement de la présence ottomane en Afrique du Nord. C’est le début de la fin de l’Empire. C’est aussi le début de la nation turque en armes. Les deux histoires se lient en Libye et se prolongent dans les Balkans. Elles s’incarnent chacune en un homme et en un combattant.

Il y a celui de la nation : Mustafa Kemal, le futur Ataturk. Il s’est battu dans la ville libyenne de Tobrouk contre les Italiens, comme ensuite à Gallipoli, contre les Anglais et les Français. Pour Ankara, cette référence est précieuse : l’erdoganisme est un post-kémalisme. Il ne saurait être un anti-kémalisme. Et il y a l’Empire avec la figure d’Enver. La presse turque fait la différence avec le même Enver devenu pacha en 1914 et acteur majeur du génocide des Arméniens. L’Enver de 1911 est impérial. Il est le mari d’une fille de sultan.

Longtemps, Enver fut une figure honnie par le régime kémaliste qui en faisait le symbole d’une politique qui a conduit à la déroute de 1918 et à l’effondrement ottoman. En 1919, Mustafa Kemal lance la guerre de libération nationale et fonde la République. Aujourd’hui, Enver est une figure réhabilitée, centrale, de l’erdoganisme. Kemal et Enver étaient des rivaux du nationalisme turc. Comme figures ottomanes, ils sont associés. Où ? En Libye. Tous deux s’y retrouvent. Une photographie existe d’eux. Côte à côte, ils semblent sourire. Ils combattent ensemble pour le sultan, mais aussi pour la nation turque menacée par les puissances coloniales. Le gendre impérial et le père des Turcs.

« DANS LA RHÉTORIQUE D’ERDOGAN, LES “ETATS COLONIAUX” – LA GRÈCE, CHYPRE, ISRAËL ET LEURS ALLIÉS D’AUJOURD’HUI – VEULENT REDÉCOUPER LA MÉDITERRANÉE. IL EST IMPÉRATIF DE LEUR BARRER LA ROUTE »

Le quatrième argument est généalogique. Les Balkans font partie d’une aire culturelle turque. Pas la Libye. Il faut trouver d’autres liens historiques. L’erdoganisme développe une double généalogie. Les Turcs viennent tous de l’Empire : chaque citoyen a un ancêtre ottoman, sinon musulman, hors des frontières de l’actuelle Turquie. Les citoyens des territoires anciennement ottomans ont tous un ancêtre venu d’Anatolie, donc de Turquie. Dont acte.

Sur les réseaux sociaux, la nouvelle est partout : Faïez Sarraj, le chef du gouvernement libyen reconnu par la communauté internationale, est d’origine turque. Son ancêtre direct, Mustafa, venait de Manisa, en Anatolie : en 1840, il est parti comme soldat en Libye. Preuves à l’appui. Un extrait de livre de souvenirs rédigé par le père du président libyen a été diffusé sur les réseaux : il atteste que celui-ci est « d’origine turque ». Les liens ont été maintenus : en 1954, le père de Sarraj est venu rendre visite à ses parents turcs.

Pour l’erdoganisme, tout ce qui a été ottoman, la Crète, Chypre, les îles ioniennes, est naturellement amené à le redevenir. Dans la rhétorique d’Erdogan, les « Etats coloniaux » – la Grèce, Chypre, Israël et leurs alliés d’aujourd’hui – veulent redécouper la Méditerranée. Il est impératif de leur barrer la route.

Comme le kémalisme, l’erdoganisme est un « anti-impérialisme nationaliste ». Sa boussole reste islamiste, mais son mode d’action est un pragmatisme syncrétique. Il convoque tout ce qui a fait son succès, mais à des degrés différents, en fonction du terrain choisi : à la fois anticolonial et néo-ottoman, islamiste et kémaliste, nationaliste et généalogique. Autant de fils que le président Erdogan tire séparément ou ensemble dans une projection permanente du passé sur son destin politique, avec un seul et même but : se maintenir au pouvoir.

Olivier Bouquet est professeur d’histoire ottomane à l’université Paris-Diderot, auteur notamment des Ottomans. Questions d’Orient (La documentation française, « Documentation photographique », 2018).

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9 janvier 2020

Plug

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9 janvier 2020

A Beyrouth, Carlos Ghosn dénonce une « collusion » entre Nissan et le procureur japonais

carlos69

L’ancien patron de Renault-Nissan-Mitsubishi, sous le coup d’un mandat d’arrêt japonais, s’est défendu mercredi devant la presse au Liban. Le parquet de Tokyo a immédiatement dénoncé des allégations « inacceptables ».

L’ancien PDG de Renault-Nissan Carlos Ghosn a dénoncé, mercredi 8 janvier, un « coup monté » contre lui et s’est dit décidé à « laver son honneur », lors de sa première apparition publique à Beyrouth depuis sa fuite rocambolesque du Japon, où il est accusé de malversations financières.

Devant un parterre de quelque 150 journalistes, le capitaine d’industrie déchu, théâtral, levant un doigt accusateur, l’a assuré : « présumé coupable » par le système judiciaire japonais dès son arrestation en 2018, il n’avait « d’autre choix » que de fuir face à des accusations « sans fondements ». « J’étais otage » au Japon, a-t-il ajouté, arguant de son « innocence », alors que défilaient derrière lui des documents pour soutenir ses propos. Après une allocution d’environ une heure, il a poursuivi par une séance de questions-réponses en plusieurs langues pendant une autre heure, voire davantage.

« J’ai échappé à l’injustice et à la persécution »

Interpellé en novembre 2018 à la descente de son jet au Japon, l’homme d’affaires, de nationalité française, libanaise et brésilienne, avait été libéré sous caution en avril 2019, au terme de 130 jours d’incarcération. Assigné à domicile, il avait interdiction de quitter le pays dans l’attente de son procès mais aussi de contacter son épouse, visée par un mandat d’arrêt japonais pour « faux témoignage ». « Je n’ai pas fui la justice, j’ai échappé à l’injustice et à la persécution », a-t-il martelé en anglais, après un préambule décliné en arabe et en français.

Assurant être « prêt à rester longtemps » au Liban, il a confié avoir été totalement pris par surprise au moment de son arrestation. « Avez-vous vu venir Pearl Harbor ? », a-t-il dit en guise de comparaison, une référence grinçante à l’attaque surprise de la base navale américaine par les forces japonaises en 1941.

« Ce sont des responsables de Nissan, du ministère public japonais qui sont à l’origine de mon calvaire », a-t-il déclaré, ajoutant que « la collusion entre Nissan et les procureurs est à tous les niveaux. (…) Quand j’ai demandé à mes avocats, (…) ils ont dit qu’ils craignaient que cinq ans ne s’écoulent peut-être au Japon avant que je n’obtienne un verdict », a-t-il ajouté.

Selon lui « cette affaire coïncide avec le début du déclin des performances de Nissan début 2017 ». « Mon calvaire s’explique aussi par l’amertume au Japon face à l’interférence de l’Etat français dans l’alliance », a-t-il insisté. Il a porté une série d’accusations :

« Qui faisait partie de ce complot ? A l’évidence, [Hiroto] Saikawa [le directeur général de Nissan, poussé à la démission après avoir reconnu avoir perçu une prime indue] en faisait partie, Hari Nada [ancien bras droit de Carlos Ghosn] en faisait partie et [Toshiaki] Onuma [le responsable du secrétariat chez Nissan]. Mais il y a bien d’autres personnes. [Masakazu] Toyoda, membre du conseil d’administration, faisait le lien entre le conseil de Nissan et les autorités. »

Des allégations « inacceptables »

L’ancien PDG de Renault-Nissan, 65 ans, n’a pas épargné la fierté japonaise. Il a argué que son arrestation était un « coup monté », blanchissant cependant le premier ministre japonais, Shinzo Abe, qui n’était « pas impliqué », d’après lui.

Le parquet de Tokyo a immédiatement réagi, dans la nuit de mercredi à jeudi, aux violentes critiques émises par Carlos Ghosn contre la justice japonaise. « Les allégations du prévenu Ghosn font abstraction de sa propre conduite et ses critiques unilatérales du système de justice pénale du Japon sont totalement inacceptables », ont écrit les procureurs dans un communiqué mis en ligne, une démarche rare de la part du parquet de Tokyo.

La ministre de la justice japonaise, Masako Mori, a également condamné l’intervention de l’ex-PDG de Renault-Nissan qui, selon elle, « s’est enfui à l’étranger pour échapper au procès pénal ». M. Ghosn « a tenu des propos qui sont de nature à propager intentionnellement de fausses informations sur le système juridique japonais et son administration pour se justifier de ces actes. C’est donc absolument inadmissible », a déclaré Mme Mori lors d’une conférence de presse, traduite dans un communiqué par l’ambassade du Japon en France.

La ministre souhaite une comparution au Japon de l’ancien dirigeant exilé au Liban. « J’espère fortement que l’accusé Ghosn fera valoir ses points de vue dans le cadre de la procédure pénale équitable au Japon s’il a quelque chose à dire et qu’il demandera que justice soit rendue par la cour équitable du Japon », a-t-elle précisé.

« Mascarade »

Le magnat déchu de l’automobile a promis de fournir des « documents » prouvant son innocence. Depuis le début, M. Ghosn, ses proches et sa défense soutiennent qu’il a été victime d’un « complot » ourdi par Nissan, avec la complicité des autorités japonaises, pour l’écarter de son poste. Mais, selon lui, l’alliance Renault-Nissan, qu’il a désormais qualifié de « mascarade », a pâti de son arrestation :

« La valorisation de Nissan depuis mon arrestation a baissé de plus de 10 milliards de dollars. Ils ont perdu plus de 40 millions de dollars par jour pendant cette période (…), la valorisation de Renault a baissé, depuis mon arrestation, de plus de 5 milliards d’euros, ce qui signifie 20 millions d’euros par jour. »

S’il a prévenu qu’il n’était pas « là pour raconter comment [il] a fui le Japon », le récit de cette fuite rocambolesque a tenu en haleine les médias et a suscité l’ouverture d’enquêtes au Japon et en Turquie, où M. Ghosn a fait escale.

Carlos Ghosn, aidé de deux « barbouzes » américaines, s’est échappé du Japon à la fin de décembre par un jet privé, caché dans une malle de matériel musical, selon certains médias. Arrivé à Istanbul, il a changé de jet pour arriver à l’aube du 30 décembre au Liban, où il est entré muni d’un passeport français. « C’est moi seul qui ai organisé mon départ », avait-il martelé avant la conférence. Carole Ghosn a, elle, assuré qu’elle n’était « au courant de rien » concernant la fuite de son mari.

Ghosn convoqué jeudi par le parquet libanais

L’ancien PDG fait l’objet de quatre inculpations au total au Japon : deux pour « abus de confiance aggravé » et deux pour des revenus différés non déclarés aux autorités boursières par Nissan (aussi poursuivi sur ce volet), notamment des montants qu’il devait toucher après sa retraite estimés par la justice à 9,23 milliards de yens (74 millions d’euros) de 2010 à 2018.

Le Liban, qui n’a pas d’accord d’extradition avec le Japon, a reçu une demande d’arrestation d’Interpol. Beyrouth affirme qu’il est entré « légalement » dans le pays muni d’un passeport français. Mais le parquet libanais a convoqué l’homme d’affaires jeudi, après une demande d’arrestation d’Interpol et une requête déposée par des avocats concernant une visite en Israël de l’ancien PDG de Renault-Nissan, a rapporté mercredi l’agence de presse officielle libanaise.

Carlos Ghosn a, par ailleurs, affirmé mercredi vouloir se défendre auprès des groupes Renault et Nissan dont il est l’ex-PDG, assurant ne pas avoir démissionné de ses fonctions à la tête du constructeur français. « J’ai demandé à partir à la retraite et je défendrai mes droits en tant que personne qui a travaillé autant d’années, qui a rendu autant de services et qui a droit à une retraite », a-t-il martelé. « Je n’ai absolument pas l’intention d’abandonner mes droits (…). J’ai des droits vis-à-vis de Nissan, vis-à-vis de Renault, qui n’ont pas été respectés, et je compte bien les réclamer en justice », a insisté le magnat déchu de l’automobile.

Il a vigoureusement démenti avoir démissionné de son poste à la tête de Renault, assurant s’être simplement « retiré » après son arrestation au Japon et avoir désormais « demandé à partir à la retraite ». « On a dit qu’en janvier [2019], j’avais démissionné de Renault, ce qui est faux (…). C’est une forfaiture de dire que j’ai démissionné », a-t-il affirmé avec émotion, debout derrière un pupitre. « Je me suis retiré pour permettre à Renault de fonctionner normalement alors que j’étais en prison. Dire que ça, c’est une démission, c’est un travestissement de la réalité », a-t-il déclaré.

Sa fuite, qui fait déjà saliver les studios hollywoodiens, agace au Japon, où il avait été libéré sous caution. Les autorités ont dénoncé dimanche une évasion « injustifiable », tandis que le groupe automobile Nissan l’a qualifiée d’« extrêmement regrettable »

« Je n’ai pas fui la justice, je me suis libéré de l’injustice et de la persécution politique. Je peux enfin communiquer librement avec les médias », avait-il assuré dans un communiqué au lendemain de son arrivée au Liban.

9 janvier 2020

Miss Tic

misstic11

9 janvier 2020

Si Ghosn a des preuves, qu’il les présente à la justice, réagit le Japon

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« Je veux qu’il vienne affronter la justice japonaise », a réagi Masako Mori, ministre de la Justice.

« Pas convaincant », « fugitif hors-la-loi », « critiques inacceptables »… Le gouvernement, des personnalités mises en cause et les médias japonais ont réagi avec colère aux propos de Carlos Ghosn, lui enjoignant de venir s’expliquer devant la justice s’il a des preuves.

Après avoir tardé à condamner officiellement la fuite de Carlos Ghosn au Liban fin décembre, les autorités japonaises ont immédiatement réagi dès la fin de son « show » médiatique organisé ce mercredi, à Beyrouth. Qui plus est, sans mâcher leurs mots, ce qui est rare.

« Je veux qu’il vienne affronter la justice japonaise, mais il a fui, alors même qu’il n’était pas enfermé, qu’il pouvait voir librement ses avocats. Une telle attitude est inqualifiable », s’est agacée Masako Mori, ministre de la Justice, ce jeudi matin. Elle qui avait déjà réagi dans la nuit. « Dans tous les cas, son évasion n’est pas justifiable », a-t-elle ajouté.

« Si l’accusé Ghosn a quelque chose à dire sur son affaire pénale, qu’il présente ses arguments ouvertement devant un tribunal japonais et apporte des preuves concrètes. J’espère sincèrement que le prévenu Ghosn déploiera tous les efforts possibles pour faire valoir son point de vue dans le cadre d’une procédure pénale équitable au Japon ».

« Rien de probant »

« Mon impression est qu’il n’y avait rien de probant », a-t-elle poursuivi, en faisant référence aux dernières déclarations du Franco-libano-brésilien.

Les procureurs nippons ont aussi fustigé les assertions de Carlos Ghosn dans un communiqué publié dès la fin de sa prestation survoltée de deux heures et demie devant des caméras du monde entier.

S’exprimant pour la première fois depuis plus d’un an devant des journalistes triés sur le volet (beaucoup de Japonais ont été exclus), il a dit tout le mal qu’il pense d’une justice où il se sentait condamné avant d’être jugé. Pour la énième fois, il a dénoncé une « collusion » entre les procureurs, Nissan et la presse, « qui s’est contentée de publier des fuites des enquêteurs, sans une once de critique ou d’analyse ».

« Plein de ressentiments »

Réponse du berger à la bergère, les commentateurs des télévisions japonaises n’ont exprimé, ce jeudi, aucune mansuétude à son égard. « Il n’y a rien de nouveau dans ses propos, aucun élément concret convaincant, c’est plutôt un monologue émotionnel », a résumé un journaliste de la chaîne publique NHK.

« Ghosn était un homme d’affaires hors pair, ça ne fait pas de doute, mais dans ce genre de spectacle, il apparaît trop plein de ressentiments et cela manque d’arguments solides pour asseoir sa défense », a commenté Hisao Inoue, journaliste et essayiste qui suit l’affaire depuis le début.

Même tonalité du côté des responsables de Nissan nommément mis en cause par Carlos Ghosn : « Je n’ai pas de temps à perdre avec quelqu’un qui joue un drame écrit par lui-même après avoir fui un pays en violant la loi », a lancé Masakazu Toyoda, administrateur du groupe automobile.

« Si le contenu de la conférence de presse se limite à ça, il aurait pu la faire au Japon », a ironisé Hiroto Saikawa, ex-directeur général de Nissan, dénoncé par l’ex-capitaine d’industrie comme étant l’un de ses fossoyeurs.

« Lacunes » du système

Dans ce concert de critiques, beaucoup ont néanmoins été impressionnés par les talents de polyglotte du « citoyen du monde » Ghosn et certains ont quand même donné un peu de crédit à ses propos.

« Si les médias japonais ont été écartés de cette conférence, on n’y peut rien, c’est une conséquence de la défiance à l’égard d’une presse qui écrit sans cesse « le suspect Ghosn » ou « l’accusé Ghosn », et déroule sans recul les fuites des procureurs », a écrit sur Twitter l’intellectuel Kenichiro Mogi.

« Ce n’est pas en niant les problèmes du système pénal japonais, mais, au contraire, en reconnaissant ses lacunes et en montrant la volonté d’y remédier que la justice japonaise pourra recouvrer la confiance », a-t-il estimé.

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9 janvier 2020

Serge Gainsbourg

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9 janvier 2020

Le show Ghosn depuis le Liban

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Pour sa première prise de parole depuis sa fuite du Japon, l’ancien patron de Renault-Nissan, Carlos Ghosn, a clamé mercredi « sa » vérité lors d’une conférence de presse à Beyrouth suivie dans le monde entier.

Je n’ai pas échappé à la justice, j’ai échappé à l’injustice. Pour justifier de sa fuite rocambolesque, c’est un Carlos Ghosn revigoré et pugnace qui s’est lancé hier, à Beyrouth, dans un réquisitoire implacable contre ses ex collaborateurs de Nissan et le procureur de Tokyo qui l’avait fait cueillir à la descente de son jet privé, le 19 novembre 2018.

Le show Ghosn commence. Sa meilleure défense, l’attaque. Pas de révélation sur son exfiltration. Costume sombre, œil vif, le naturel revient au galop. Démonstratif, le voici qui dénonce la collusion de « dirigeants sans scrupule » avec une justice nippone qui viole ses propres lois et même, dit-il, avec le gouvernement. Un complot politique, donc ? Le but était de m’abattre et, à travers moi, l’Alliance, plaide l’ex P-DG. Piégé par son directeur général, Taiko Saikawa, et quelques acolytes, virés depuis, il n’avait rien vu venir. « Les Américains non plus à Pearl Harbor… ». Ghosn incarcéré, débranché de l’Alliance, le coup était fatal pour la consolidation Renault/Nissan vomi par les Japonais.

« L’indécente » rémunération

Le feu couvait depuis que, ministre de l’Économie de Hollande, Emmanuel Macron avait voulu réduire en 2016 « l’indécente » rémunération du P-DG : autour de quatre millions, rien qu’à Paris. Shocking à Tokyo aussi où ses sept millions obtenus de Nissan scandalisaient le Premier ministre, Shinzo Abe.

 

Ghosn ne dit mot mais raconte les droits de vote double de l’État imposé chez Renault : ils ont radicalisé les Japonais. Nissan détient 15 % sans droits de vote chez Renault, contrairement aux Français chez Nissan. « C’était forcément injuste » pour des partenaires qui craignaient que Paris ne leur impose une fusion forcée. Renault maître de Nissan et Mitsubishi, jamais, aurait tonné Shinzo Abe !

Sévère, Carlos Ghosn accuse : ma chute a précipité le déclin de l’Alliance dont j’avais fait, en 2018, un numéro un mondial. Depuis, Renault a perdu cinq milliards de capitalisation. Nissan, plus de dix milliards. Une dérive amorcée sous son règne alors que se joue le rapport de pouvoir au sein de l’Alliance où la croissance, les profits, l’innovation sont en berne.

Des initiatives dans les prochaines semaines

Les Japonais ont dépensé 200 millions de dollars pour m’abattre. Qu’ont-ils gagné au change ? Et comment ont-ils pu rater l’immanquable fusion avec Fiat Chrysler, s’époumone Ghosn.

Quid des malversations qui lui sont reprochées à Tokyo ? Combatif, il promet de tout justifier. Je suis innocent de toutes les accusations portées contre moi ! Les maisons de Rio et de Beyrouth ? Utilisées avec l’accord du conseil de Nissan. Les fêtes à Versailles ? La rémunération de sa sœur Claudine ? Il n’y a pas d’abus de confiance… Froid, dictatorial, âpre au gain, autrefois adulé au Japon, il récuse les accusations de la presse et clame « sa » vérité.

Justice, réparations, désillusion. On n’en a sûrement pas fini avec le show du citoyen Ghosn. La preuve ? Je prendrai des initiatives dans les prochaines semaines pour « faire valoir mes droits », annonce-t-il sans sourciller et en Mondovision.

Le parquet libanais a convoqué jeudi Carlos Ghosn, après une demande d’arrestation d’Interpol.

9 janvier 2020

Milo Moiré

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9 janvier 2020

La ministre japonaise de la Justice dénonce les accusations "intolérables" de Carlos Ghosn

La ministre japonaise de la Justice a donné une conférence de presse à Tokyo (Japon), jeudi 9 janvier 2020. © Kyodo, Reuters

Dans la foulée de la conférence de presse tenue mercredi par Carlos Ghosn, la ministre japonaise de la Justice, Masako Mori, a estimé, jeudi, que l'ex-magnat de l'automobile avait "propagé de fausses informations sur le système judiciaire" nippon.

Les accusations de Carlos Ghosn à l'encontre du système judiciaire japonais sont "absolument intolérables", a déclaré jeudi 9 janvier la ministre japonaise de la Justice, Masako Mori, en réponse à la conférence de presse tenue la veille par le patron déchu de Nissan et de Renault. Une réplique identique à celle du parquet de Tokyo qui avait précédemment publié un communiqué.

Réfugié au Liban, Carlos Ghosn s'est livré mercredi à un réquisitoire contre la justice nippone, affirmant que les accusations portées contre lui étaient fausses et que les conditions dans lesquelles il avait été détenu puis assigné à résidence au Japon visaient à le "briser".

Dans un communiqué traduit en français et en anglais, Masako Mori accuse l'architecte de l'alliance Renault-Nissan d'avoir "propagé au Japon et à l'international de fausses informations sur le système judiciaire japonais et ses pratiques".

Une démarche de vulgarisation du système judiciaire nippon

Pour défendre la décision des autorités japonaises de placer Carlos Ghosn en détention, la ministre a souligné qu'un suspect pouvait être arrêté seulement si un mandat d'arrêt était émis par un juge qui avait étudié l'affaire, contrairement à certains pays où un suspect pouvait être placé en détention sans mandat.

"Je vais activement continuer de fournir des informations et répondre aux questions pour garantir une compréhension plus exacte du système judiciaire du Japon autour du monde", insiste Masako Mori.

"Une attitude inqualifiable"

Masako Mori a répété que la fuite de Carlos Ghosn pouvait à elle seule "constituer un crime". "Une telle action ne serait tolérée dans le système d'aucune nation." Son ministère a fait part de son intention de trouver un moyen pour rapatrier Carlos Ghosn au Japon, bien que Tokyo n'ait aucun accord d'extradition avec le Liban.

"Je veux qu'il vienne affronter réellement la justice japonaise, mais il a fui, alors même qu'il n'était pas enfermé, qu'il pouvait voir librement ses avocats. Une telle attitude est inqualifiable, s'est agacée Masako Mori. Dans tous les cas, son évasion n'est pas justifiable."

"Si l'accusé Ghosn a quelque chose à dire sur son affaire pénale, qu'il présente ses arguments ouvertement devant un tribunal japonais et apporte des preuves concrètes. J'espère sincèrement que le prévenu Ghosn déploiera tous les efforts possibles pour faire valoir son point de vue dans le cadre d'une procédure pénale équitable au Japon et qu'il viendra le faire devant un tribunal japonais."

Avec Reuters et AFP

9 janvier 2020

Tony Frank & Andrew Birkin : Jane B.

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Pour nous, les Français, Jane Birkin c’est “Jane” ! Serge Gainsbourg, c’est “Gainsbourg”. Et Jane B. est comme un membre de la famille ; nous la fréquentons depuis la fin des années 60, autant dire qu’elle fait partie de notre inconscient collectif !

Nous connaissons sa vie, son style, ses amours, ses succès, ses chagrins, ses engagements, son sourire et cet accent…

Il y a quelques années, Jane Birkin était venue à la Galerie lors d’un précédent vernissage, elle semblait assez fragile au milieu de la foule présente, je voulais la protéger des sollicitations et autres selfies… Inutile ! Le public était si heureux de sa présence et si bienveillant… Ce fut un très beau moment, très doux, inoubliable…Tous ces mots tendres, ces sourires et ce respect, naturel et délicat.

L’effet Jane Birkin : familiarité, amour et respect !

Par la suite d’un heureux hasard, j’ai réalisé que notre photographe Tony Frank était présent chez Régine près de Deauville en 1969, lors d’un déjeuner avec Serge et Jane, et que Andrew, le grand frère de Jane était là lui aussi avec son appareil photo. J’ai trouvé amusant de comparer les deux séries, et de confronter leurs points de vue sur cette journée. Puis en regardant les autres images d’Andrew, j’ai souhaité mettre en parallèle les œuvres de ces deux photographes, témoins à leur façon de moments uniques de ce couple inoubliable.

Tony, complice des meilleures années de Gainsbourg, et Andrew, partenaire de la vie de Jane, qui nous permettent d’accéder, par leur générosité, à des moments de vie de ces deux artistes qui ont tant marqués nos esprits.

Julia Gragnon

TONY FRANK & ANDREW BIRKIN : JANE B.

Du 13/12/2019 au 01/03/2020

GALERIE DE L’INSTANT

46, rue de Poitou

Paris 75003

www.lagaleriedelinstant.com

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