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Jours tranquilles à Paris

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7 janvier 2020

Golden Globes 2020 : Tarantino, « 1917 » et « Fleabag » récompensés, Netflix boudé

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Par Laurent Borredon, Los Angeles, correspondant

Nommée trente-quatre fois, la plate-forme n’a obtenu que deux récompenses. « Once Upon a Time in Hollywood » a été sacrée meilleure comédie, meilleur scénario et meilleur second rôle pour Brad Pitt.

Netflix avait raflé trente-quatre nominations, cinéma et télévision, pour ces 77e Golden Globes, les récompenses remises par l’Association de la presse étrangère à Hollywood (HFPA). Las, la domination attendue n’a pas eu lieu, et la cérémonie, dimanche 5 janvier, à l’hôtel Beverly Hilton de Los Angeles, a vu le triomphe des films diffusés de manière traditionnelle, en salles – 1917, Once Upon a Time in Hollywood, Rocketman – et de HBO, la chaîne à péage américaine qui domine depuis des décennies la télévision de qualité.

Dans la catégorie reine, le film dramatique (puisque l’HFPA sépare drame et comédie), qui voyait s’affronter trois films Netflix adoubés par la critique – The Irishman, Les Deux Papes et Marriage Story –, les Golden Globes ont préféré 1917 (qui sort en France le 15 janvier), le film de guerre du britannique Sam Mendes, également meilleur réalisateur. Et de même pour les acteurs, avec Joaquin Phoenix (Joker), qui était le favori, et Renée Zellweger, Judy, biopic sur l’actrice Judy Garland.

Once Upon a Time in Hollywood ayant été rangé dans la case comédie, Quentin Tarantino a pu rafler de son côté tranquillement la statuette du meilleur film. Mais le film a également obtenu le prix du meilleur scénario et du meilleur second rôle (Brad Pitt), deux catégories mixtes. Rien pour Netflix côté cinéma, donc, à part le prix du second rôle pour Laura Dern (Marriage Story), alors que la plate-forme réunissait des poids lourds tels que Martin Scorsese, Noah Baumbach ou Fernando Meirelles.

Dans la catégorie film en langue étrangère, Bong Joon-ho et son Parasite ont sans surprise battu les Français (Les Misérables, de Ladj Ly, et Portrait de la jeune fille en feu, de Céline Sciamma) et l’Espagnol Pedro Almodovar (Douleur et Gloire). Le réalisateur sud-coréen en a profité pour appeler le public américain à dépasser la barrière des sous-titres – ce qu’il a fait pour son film, avec déjà plus de 23 millions de dollars de recettes en Amérique du Nord, inédit pour ce type de production.

En télévision, la déculottée de Netflix à peine moins sévère

En télévision, la déculottée est similaire pour le géant du streaming, qui a vu arriver en fin d’année la concurrence d’Apple et Disney et qui s’apprête à faire face à de nouveaux concurrents en 2020 (notamment Warner et son HBO Max). La chaîne à péage HBO, justement, symbole de la télévision de qualité aux Etats-Unis, a bien tenu le choc, malgré la fin de Game Of Thrones ou Veep.

Ses séries ont obtenu une rafale de prix : meilleure série dramatique (Succession), meilleur acteur dans une série dramatique (Brian Cox dans Succession), meilleure minisérie (Chernobyl) et meilleure second rôle masculin (Stellan Skarsgard dans Chernobyl).

Si l’on ajoute la concurrence des plates-formes rivales Hulu (meilleur acteur dans une comédie pour Ramy Youssef, dans Ramy, et meilleure second rôle féminin pour Patricia Arquette dans The Act) et Amazon Prime, avec le triomphe de Fleabag (meilleure comédie) et de sa créatrice, Phoebe Waller-Bridge (meilleure actrice dans une comédie), il ne reste plus qu’à Netflix une maigre récompense, la statuette accordée à Olivia Colman dans The Crown (meilleure actrice dans une série dramatique). Les comptes sont faits : Netflix n’obtient qu’une statuette pour 34 nominations.

Au terme d’une cérémonie très britannique – du maître de cérémonie, le comique anglais Ricky Gervais, qui a réveillé la remise des prix de son humour caustique, interpellant l’assistance sur le producteur Harvey Weinstein : « C’est vous qui l’avez fait ! Pas moi ! », aux vainqueurs (Sam Mendes, Taron Egerton, Brian Cox, Olivia Colman, Phoebe Waller-Bridge, Elton John) – et raisonnablement politique – deux appels à aller voter en novembre lors des élections américaines, un soutien affiché à l’Australie ravagée par les incendies –, Netflix a donc du souci à se faire pour la cérémonie des Oscars, le 9 février. Premier test le 13 janvier, lors de l’annonce des nominations.

Golden Globes 2020 : le palmarès complet de la cérémonie

En cinéma, 1917 et Tarantino :

Meilleur film dramatique : 1917

Meilleur film (comédie, comédie musicale) : Once Upon a Time in Hollywood

Meilleur réalisateur : Sam Mendes pour 1917

Meilleur acteur dramatique : Joaquin Phoenix, Joker

Meilleure actrice dramatique : Renee Zellweger, Judy

Meilleur acteur de comédie : Taron Egerton, Rocketman

Meilleure actrice de comédie : Awkwafina, L’Adieu, The Farewell

Meilleur second rôle masculin : Brad Pitt dans Once Upon a Time in Hollywood

Meilleur second rôle féminin : Laura Dern, Marriage Story

Meilleure chanson originale : I’m Gonna Love Me Again dans Rocketman

Meilleure bande originale : Hildur Gudnadottir pour Joker

Meilleur film d’animation : Monsieur Link

Meilleur scénario : Quentin Tarantino, Once Upon a Time in Hollywood

Meilleur film en langue étrangère : Parasite

En télévision, le triomphe de Fleabag

Meilleure série dramatique : Succession

Meilleur acteur dans une série dramatique : Brian Cox dans Succession

Meilleure actrice dans une série dramatique : Olivia Colman dans The Crown

Meilleure série (comédie, comédie musicale) : Fleabag

Meilleure actrice dans une série (comédie) : Phoebe Waller-Bridge dans Fleabag

Meilleur acteur dans une série (comédie) : Ramy Youssef, pour Ramy

Meilleure minisérie : Chernobyl

Meilleure actrice dans une minisérie : Michelle Williams dans Fosse/Verdon

Meilleur acteur dans une minisérie : Russell Crowe pour The Loudest Voice

Meilleure second rôle féminin : Patricia Arquette dans The Act

Meilleure second rôle masculin : Stellan Skarsgård dans Chernobyl

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7 janvier 2020

Voeux pour 2020

pour 2020

7 janvier 2020

Backstage

pose shoot

7 janvier 2020

Chronique - « Carlos Ghosn, du pain bénit pour un metteur en scène d’Hollywood »

Par Jean-Michel Bezat

De son ascension à la tête de Renault à sa rocambolesque évasion du Japon, tous les ingrédients sont réunis pour faire de l’ancien patron un héros de thriller politico-financier, estime, dans sa chronique, Jean-Michel Bezat, journaliste au « Monde ».

La palpitante série en perspective ! Du pain bénit pour un metteur en scène d’Hollywood, qui dispose de tous les ingrédients d’un scénario à rebondissements : un personnage hors du commun, Carlos Ghosn, une irrésistible ascension chez Renault, le développement de l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, l’aura mondiale, sa fascination pour le faste et l’hubris du pouvoir ; puis la chute et, pour finir, une rocambolesque évasion du Japon à la barbe de justiciers impitoyables. Sur la Toile, les internautes se font déjà des films…

Et M. Ghosn ? Il est, dit-on, devenu fan de séries depuis sa libération, en avril, de sa cellule de 6 m2 de la prison de Kosuge, à Tokyo. Au point de s’y voir ? Netflix dément la signature de tout contrat d’exclusivité avec le shogun de l’automobile pour produire son histoire. Il apparaît au moins qu’en décembre, et à sa demande, il a rencontré John Lesher, le producteur du film Birdman quatre fois oscarisé en 2015, pour lui proposer un projet. « Le thème était la rédemption. Le méchant était la justice japonaise », écrit le New York Times.

Un côté people

Un documentaire et/ou une fiction ? Peu importe. Car être le héros d’un thriller politico-financier ne déplairait pas à un homme qui a pris goût à la gloire au Pays du soleil levant. Pour avoir ressuscité Nissan en 2000, il était devenu le héros d’un manga destiné aux cadres japonais. L’histoire vraie de Carlos Ghosn, publiée en plusieurs épisodes dans un magazine, narrait sa vie-son œuvre en plusieurs épisodes, de l’enfance libanaise à la consécration nippone. Son éditeur expliquait alors que cela visait à « redonner le moral » à des citoyens déboussolés par la crise.

Que raconterait la série Le shogun français (titre provisoire) ? D’abord les origines, l’incroyable odyssée du grand-père Bichara du mont Liban à la forêt amazonienne, l’enfance beyroutine d’un chef, le citoyen du monde à la triple nationalité française, libanaise et brésilienne, un « multiterrestre », comme il se définissait lui-même. Puis le « cost killer », le patron qui a fait le vide autour de lui, l’un des mieux payés – 15 millions d’euros en 2016, trois fois la moyenne du CAC 40 –, l’exilé fiscal aux Pays-Bas en 2012, ses résidences de Paris, Tokyo, Beyrouth, Rio et Amsterdam payées par Nissan.

Pour faire bonne mesure, le scénariste saluerait les succès d’un PDG que même ses ennemis, au temps de sa gloire, qualifiaient de « grand capitaine d’industrie » pour avoir porté l’Alliance dans le trio de tête des constructeurs mondiaux, devant Toyota et Volkswagen. Sans omettre son statut d’unique patron français mondialement connu. Et reconnu, puisque la Maison Blanche lui avait proposé, en 2009, la direction de General Motors pour ressusciter le géant de Détroit.

La série ne devrait évidemment rien cacher de son côté people, dans les pages de Paris Match dès 2000. Il s’est amplifié sur le tard : les marches du festival de Cannes, les défilés de mode… Des plaisirs où l’attirait sa nouvelle épouse, Carole Nahas, lui dont la réputation de travailleur acharné n’était plus à faire. Pour y ajouter un zest de cruauté, on lui attribuerait le rôle du bourgeois gentilhomme dans une scène ajoutée au film Si Versailles m’était conté. Ebloui par les ors de l’Ancien régime, il avait choisi ce palais pour les quinze ans de l’alliance Renault-Nissan (ou ses 60 ans), en 2014 ; puis le Grand Trianon, deux ans plus tard, pour l’anniversaire de Carole, qui confiera : « Nous voulions que nos amis se sentent comme s’ils avaient été reçus chez nous – rien de trop élaboré ».

Un épisode raconterait aussi ce qui n’est autre, à ses dires, qu’une « histoire de complot, de conspiration, de trahison » avec, en vedette, des dirigeants ultranationalistes de Nissan qui auraient ourdi une sombre machination pour faire échouer son projet – inacceptable – de relancer une alliance franco-japonaise qui battait de l’aile par un mariage entre les deux groupes. Autrement dit, en laissant un fleuron de l’industrie nippone tomber entre des mains étrangères. Les noms des comploteurs seraient jetés en pâture à l’opinion, faisant éclater l’innocence du patron déchu.

Un happy end ?

Et puis viendrait la chute, avec son arrestation à l’atterrissage à Tokyo du Gulfstream G650 dans lequel il sillonnait le monde une centaine de jours par an, illustrée d’images de l’homme entouré de policiers « version Strauss-Kahn ». Ses 130 jours de prison, les révélations sur des malversations financières, farouchement niées. Pour donner un peu de piment politique à l’affaire, on évoquerait ses vains « appels à l’aide » à Emmanuel Macron, plus préoccupé des bonnes relations Paris-Tokyo que du soutien à un PDG qui s’était opposé à lui en 2015, et le silence du patronat français, qui lui faisait payer son dédain.

Tout s’achèverait par les détails de la rocambolesque évasion de « James Ghosn » (ou « Carlos Bond »), une fois obtenu l’éloignement des détectives privés payés par Nissan. Préparée de longue date par une société de sécurité recourant aux services de faux musiciens et de vrais barbouzes, l’épisode s’inspirerait de La valise, le film de Georges Lautner : M. Ghosn se ferait la malle… dans une malle à matériel audio. Avec un happy end : un réveillon de Nouvel an entre amis dans une villa cossue du quartier beyrouthin d’Achrafieh.

Une fin, vraiment ? Les maîtres de la série recourent à la technique du « cliffhanger », inspirée des romans publiés en feuilleton dans la presse au XIXe siècle : terminer une saison au moment où le suspens est à son comble, laissant le spectateur littéralement « suspendu à la falaise » et impatient de connaître la suite. A 65 ans, le « multiterrestre » aura-t-il une seconde vie ? En attendant, on se contentera des révélations qu’il fera, peut-être, à la conférence de presse annoncée le 8 janvier. Les grands brûlés de la politique ou des affaires prennent souvent un malin plaisir à réécrire l’histoire pour entretenir leur légende.

7 janvier 2020

Thierry Mugler

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7 janvier 2020

Récit - Derrière la fuite de Carlos Ghosn, un masque chirurgical, une malle et deux « barbouzes »

carlos malle

Par Simon Piel, Joan Tilouine, François Krug

Si l’existence de complicités japonaises reste à démontrer, l’ex-patron de Renault-Nissan a bénéficié d’un réseau d’aide en Turquie avant d’arriver au Liban.

Les autorités turques ont immobilisé le Bombardier Global Express immatriculé TC-TSR. Ce jet privé a servi à transporter illégalement l’ancien PDG de l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, Carlos Ghosn, depuis le Japon où il était assigné à résidence après cent trente jours de détention et où il devait faire face à de graves accusations de malversations financières.

L’appareil, opéré par la société turque MNG Jet, a été géré au sol par la société InterAviation Japan Co. Ltd, une agence spécialisée dans les services de jet privé, de logistique aéroportuaire et de tourisme. Faut-il en déduire qu’il y a eu des complicités japonaises ? C’est en tout cas ce que Carlos Ghosn aurait soufflé à son entourage sans pour autant que l’on sache si c’était une ultime manière d’embarrasser les autorités de l’Archipel. Contactée, InterAviation Japan Co. Ltd dément et indique ne s’être contentée que d’assurer son rôle d’agent de manutention et des « services de routine », précisant « n’avoir pas vu de choses inhabituelles sur ce vol sur lequel M. Ghosn n’était pas en tant que passager ».

En provenance de Dubaï, le jet privé s’est posé sur le tarmac de l’aéroport de Kansai près d’Osaka, troisième ville du Japon, le 29 décembre à 10 h 10, heure locale. Ce jour-là, selon les images de vidéosurveillance citées par le quotidien japonais Asahi, Carlos Ghosn quitte sa résidence de Tokyo à 14 h 30. L’ancien grand patron a le visage ombré par un chapeau et mangé par un masque chirurgical, un accessoire courant dans les rues japonaises. Plusieurs sources indiquent que la société privée mandatée par Nissan pour surveiller le domicile de Ghosn avait arrêté sa mission le jour même après que les avocats de Ghosn ont contesté la légitimité de cette surveillance privée. Ghosn rallie ensuite Osaka, ville séparée de Tokyo de près de 500 km mais l’on ignore encore aujourd’hui comment.

Une malle à « bien attacher avant le décollage »

S’est-il ensuite caché dans une malle destinée au transport d’instrument de musique, comme l’a dit la chaîne de télévision libanaise MTV pour franchir les contrôles à l’aéroport ? Un membre de l’entourage de M. Ghosn a d’abord démenti cette version des faits. La veille de sa fuite pourtant, un groupe de musique avait donné un concert privé dans sa résidence de Tokyo. Une photographie d’une malle noire présentée comme celle ayant permis la fuite rocambolesque de M. Ghosn circule depuis quelques jours. Selon plusieurs sources interrogées par Le Monde, des pilotes et des membres de l’équipage du jet privé ont fait état devant les enquêteurs turcs de la présence d’une malle à bord qu’il « fallait bien attacher avant le décollage ». La malle aurait été commandée depuis Dubaï et modifiée pour être dotée de roues et de petits trous afin de lui permettre de respirer.

L’ancien patron, dont le nom ne figure à aucun moment dans la liste des passagers du vol, n’est pas seul dans l’appareil qui décolle à 23 h 09 d’Osaka. Deux citoyens américains, Michael Taylor et George-Antoine Zayek, ont embarqué avec lui sous leurs véritables identités, selon des informations du Wall Street Journal confirmées par Le Monde. Arrivés de Dubaï à bord du même jet, ils sont soupçonnés d’avoir joué un rôle de premier plan dans l’exfiltration.

Le premier est un ancien officier des forces spéciales américaines qui connaît bien le Liban, pays de son épouse, où il a entraîné des unités d’élite de l’armée avant de créer sa société spécialisée dans « la réduction de menaces », « l’évaluation de la vulnérabilité », « le maintien en vie ». M. Taylor recrute principalement d’anciens membres des forces spéciales et des services de renseignement. Il opère entre autres comme sous-traitant de l’armée américaine jusqu’à ce qu’à son placement un an en détention fin 2012 pour des soupçons de corruption en vue de faciliter l’obtention de contrats.

Deux jets

Le second, établi entre le Liban et les Etats-Unis, a été l’un de ses collaborateurs avec qui il a mené plusieurs missions de formation militaire, comme en Irak, et de libération d’otages. Se présentant comme un spécialiste éprouvé des terrains hostiles et du renseignement, M. Zayek a un temps servi dans les forces spéciales libanaises durant la guerre civile (1975-1990). Avant de vendre ses services aux grandes sociétés et aux plus offrants. Tous deux sont qualifiés de « barbouzes » par plusieurs acteurs de ce secteur nébuleux, tant aux Etats-unis qu’au Liban.

Le jet qui les transporte ainsi que M. Ghosn atterrit à Istanbul le 30 décembre, à 5 h 12. L’ancien patron est transféré vers un autre appareil toujours opéré par la société turque MGN Jet sans laisser de traces de son passage dans les registres. C’est un Bombardier Challenger 300 immatriculé TC-RZA, qui appartient, selon nos informations, à l’homme d’affaires turc opérant notamment au Soudan, Oktay Ercan. Ce dernier est un ami et partenaire d’affaires du patron de MGN jet qui opère son avion. Cette fois, M. Ghosn embarque, accompagné d’un certain Okan Kösemen, un cadre de MGN Jet. L’avion décolle à 6 h 03 et se pose à Beyrouth une heure et vingt-six minutes plus tard. Selon MGN, les locations des deux jets n’avaient en apparence aucun lien entre elles.

La société a publié un communiqué vendredi assurant qu’elle avait été dupée par un employé et qu’elle ignorait tout des circonstances de l’évasion de Carlos Ghosn. Selon le quotidien turc, Hürriyet, M. Kösemen a déclaré aux enquêteurs avoir ignoré l’identité de Carlos Ghosn et avoir agi sous la menace perpétrée contre sa famille par une connaissance établie à Beyrouth dont l’identité n’a pas été révélée pour l’instant.

« Injustifiable »

A Istanbul, les autorités turques ont procédé à plusieurs arrestations dont quatre pilotes et M. Kösemen. Ce dernier est visé par une plainte déposée par son employeur, MNG Jet, pour falsification des données de vol et atteinte à la réputation de l’entreprise. Il est soupçonné d’avoir été corrompu pour faciliter l’opération. La somme d’un million de dollars perçue pour cette mission a été démentie par ses avocats. Les Américains Michael Taylor et George-Antoine Zayek, cerveaux présumés de cette exfiltration, se sont évaporés.

Depuis, Carlos Ghosn se fait discret mais ne se cache plus et savoure ses premiers moments de liberté arrachée. L’entrepreneur a retrouvé sa famille et ses amis. Il prépare la suite avec sa garde rapprochée – avocats et communicants – qui l’a rejoint à Beyrouth. Il doit notamment tenir une conférence de presse ce mercredi.

La justice du Liban, où il compte de nombreuses relations au plus haut sommet de l’Etat, veut l’entendre après avoir reçu une demande d’arrestation d’Interpol qui a émis une notice rouge le visant. Une extradition vers le Japon n’est toutefois pas envisageable car le Liban, tout comme la France, n’extrade pas ses ressortissants. Pour la première fois depuis l’évasion, le Japon est sorti de son silence, dimanche, par la voix de sa ministre de la justice Masako Muri qui a déclaré que « la fuite d’un accusé sous caution est injustifiable ».

7 janvier 2020

Il y a cinq ans...

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7 janvier 2020

Enquête - « Aujourd’hui, bien dormir, c’est être en haut de la pyramide sociale »

Par Vincent Cocquebert

Longtemps envisagé dans notre société de la performance comme une activité improductive, le sommeil est devenu le nouveau totem du développement personnel.

A l’instar d’un Français sur deux, Lila entretient avec ses nuits une relation un brin tourmentée. « C’est les montagnes russes au niveau de mon sommeil », résume cette trentenaire free-lance dans la communication digitale. « Autant je peux extrêmement bien dormir, autant je peux avoir des périodes où je vais me réveiller entre quatre et huit fois par nuit. » Résultat, lorsqu’elle n’a pas pu faire sa nuit idéale, soit sept heures réglementaires, « c’est une catastrophe et je ne suis pas bien pendant toute la journée ».

Heureusement, Lila peut compter sur Namatata, une application de méditation qu’elle dégaine sur son téléphone dès que les soucis de la journée viennent l’assaillir dans son lit. Elle peut aussi se reposer sur sa montre connectée qu’elle consulte une ou deux fois par semaine pour s’informer de la durée et de la nature (léger ou profond) de son sommeil, ainsi que de ses phases de réveil.

Un impératif de bien-être

Cette quête quotidienne et appliquée d’un repos rédempteur, Lila est loin d’être la seule à la poursuivre. C’est aussi le cas de l’héroïne du dernier roman d’Ottessa Moshfegh, Mon année de repos et de détente (Fayard, 2019), qui décide, elle, d’hiberner durant une année entière. « Le sommeil me semblait productif. (…) En mon for intérieur je savais (…) qu’une fois que j’aurais assez dormi, j’irais bien. Je serais renouvelée, ressuscitée. » Jusqu’alors relégué au rang d’activité passive qui, pensait-on, nous faisait perdre du temps, et de l’argent, le sommeil a récemment intégré le spectre du développement personnel. Au point de devenir un nouvel impératif de bien-être.

Un bon sommeil serait en effet le secret pour optimiser ses séances à la salle de sport (afin que l’organisme soit au top de ses capacités physiologiques) ou perdre du poids (en aidant à bien réguler les différentes hormones, notamment la ghréline, qui stimule l’appétit). Pour d’autres, c’est même devenu une routine beauté (le fameux beauty sleep, avec massage du visage, méditation, huile essentielle sur l’oreiller et suppression du sucre au dîner) permettant d’éviter les couches de cosmétiques. Différentes études ont en effet démontré que les personnes présentant des signes de fatigue étaient jugées nettement moins attirantes.

D’APRÈS UN SONDAGE IPSOS DE 2018, DORMIR SERAIT POUR 88 % DES FRANÇAIS UN MOMENT DE PLAISIR ET POUR 78 %, UN MOMENT DE LIBERTÉ.

« L’image culturelle négative du sommeil relié à la paresse, héritée de Thomas Edison (l’inventeur de l’ampoule électrique pour qui “le sommeil [était] une absurdité”), est largement remise en question. Aujourd’hui, bien dormir, c’est être en haut de la pyramide sociale », explique Hugo Mercier, entrepreneur de 26 ans et auteur de l’ouvrage A la conquête du sommeil (Stock, 2019). Après l’amour, c’est donc désormais le sommeil qu’il faudrait trouver à tout prix, au point d’en faire une sorte de nouveau personal branding (« marketing de soi-même »).

D’après un sondage Ipsos de 2018, dormir serait pour 88 % des Français un moment de plaisir et pour 78 %, un moment de liberté. Surtout, 92 % se disent intimement persuadés que leur sommeil est « unique et différent » de celui des autres. Je dors, donc je suis, en somme. « Alors qu’il était un espace-temps non questionnable qui allait de soi, le bon sommeil est devenu un objectif de la sagesse contemporaine », confirme le sociologue Jean-Claude Kaufmann.

Une ardoise de 371 milliards d’euros

Les apôtres du dicton « L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt », à l’instar de l’écrivain Hal Elrod (Miracle Morning, First, 2016) ou de l’entrepreneur Filipe Castro Matos qui martèle dans ses conférences TedX que le secret de la réussite serait de se réveiller quotidiennement à 4 h 30, subiraient-ils un violent retour de bâton ? On le dirait bien. On se souvient qu’en août 2018, au bord du burn-out, l’ex-président de Tesla, Elon Musk, avait confié au New York Times carburer à l’Ambien, un puissant somnifère, afin de réussir à dormir quelques heures. Censées témoigner de son investissement sans limite, ses déclarations avaient produit l’effet inverse, inquiétant les investisseurs sur sa capacité à mener à bien les affaires du groupe.

Derrière le cas Elon Musk, toute une mystique des nuits trop courtes semble s’écrouler. De fait, si l’on en croit une étude réalisée en 2016 par le think tank Rand Corporation, le manque de sommeil serait moins synonyme de travail acharné que de baisse de productivité. Soit, dans le détail, pas moins de 411 milliards de dollars (371 milliards d’euros) de perte annuelle pour les seuls Etats-Unis.

Des salariés rémunérés pour dormir

Mais le message a beau avoir changé, la logique de rentabilité sous-jacente, elle, reste la même. Et si les dangers liés aux nuits trop courtes sont désormais largement médiatisés (obésité, maladies cardiovasculaires, accidents, cancers, troubles du comportement, etc.), ces effets délétères sont bien souvent envisagés d’un simple point de vue productiviste. Des entreprises comme Casper, aux Etats-Unis, ou Crazy Inc., au Japon, vont jusqu’à rémunérer leurs salariés qui acceptent de comptabiliser leurs heures de sommeil et dorment au moins six heures par nuit. Car le paradoxe de cette nouvelle injonction de valorisation sociale du dodo, c’est qu’elle survient précisément alors même que nous n’avons jamais si peu dormi. En mars 2019, l’agence Santé publique France révélait dans son baromètre que nous avions perdu, en cinquante ans, une heure trente de sommeil.

Pire : cette injonction au bien-dormir générerait ironiquement son lot d’insomnies. A force de vouloir à tout prix optimiser leur sommeil pour briller à la machine à café, certains développeraient un syndrome dit « d’orthosomnie ». « J’ai désormais régulièrement des patients qui n’avaient à l’origine aucun problème d’insomnie et qui viennent me voir en me disant : “Ma montre me dit que je dors mal, qu’est-ce que je peux faire ?” Le problème, c’est que, plus on veut maîtriser son sommeil, moins on dort, car pour ça il faut savoir lâcher prise », confirme le docteur José Haba-Rubio, auteur de Je rêve de dormir (Favre, 2016). D’un côté, un besoin de rentabilisation existentielle et, de l’autre, une obsession sanitaire permanente tiraillent le potentiel dormeur.

Valorisation des nuits blanches

Conscients de cette insoluble contradiction, certains préfèrent jouer le contre-pied, et optent pour une valorisation intime et poétique de leurs nuits blanches. « Je me trouve des occupations diverses et variées : découper le bas d’un jean pour en faire un short, découper les manches d’une vieille chemise, laver les carreaux, écrire, toute activité impliquant un processus de métamorphose, traduisant sans doute un rapport assez païen à la nuit », confie Carmen, une jeune conceptrice-rédactrice de 24 ans dont les heures de sommeil se comptent généralement sur les doigts d’une main.

Après avoir sans succès tenté de s’assoupir avec des infusions de valériane et une application de méditation, Margaux a elle aussi conclu que le credo « qui dort, win » n’était pas pour elle et en a profité pour lancer « 4 h12 », un podcast où des insomniaques viennent raconter leur quotidien nocturne parallèle. « Comme la plupart des gens que j’interroge, je vis une dualité, admet la jeune femme. Ne pas dormir est un moment à la fois terrible et précieux mais où je ne suis connectée qu’à moi-même, où le temps m’appartient, où je peux en faire absolument ce que je veux. » Et si Margaux ne peut toujours pas vraiment se vanter de ses heures de sommeil, au moins elle vit sa vie rêvée. La nuit.

7 janvier 2020

La une du Parisien ce matin

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7 janvier 2020

L'ange gardien de Notre Dame de Paris

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