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Jours tranquilles à Paris

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27 décembre 2019

Fanny Müller

fanny548

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27 décembre 2019

Décryptages - Le tourisme, nouvel enjeu politique à Paris

Par Sacha Nelken

Avec le nombre de visiteurs qui augmente chaque année, et les nuisances que commencent à ressentir les Parisiens, la question du tourisme pourrait prendre une place importante dans la campagne municipale.

En 2014, il n’était qu’un chapitre parmi tant d’autres dans les programmes des candidats à la Mairie de Paris. Mais, six ans et plusieurs dizaines de millions de voyageurs plus tard, le tourisme pourrait bien devenir un enjeu de premier plan pour le scrutin municipal de mars 2020 au même titre que la sécurité, la propreté et la transition écologique.

La capitale française est l’une des villes les plus visitées du monde. En 2018, pas moins de 38 millions de voyageurs ont investi le Grand Paris. Un chiffre élevé qui devrait s’accroître dans les prochaines années. L’association l’Atelier parisien d’urbanisme (l’Apur) prévoit qu’ils seront 54 millions à l’horizon 2040. « On voit [leur] nombre fortement augmenter pour une même superficie. Il est donc nécessaire de prendre les choses en main et de mener une vraie politique touristique », plaide Georges Panayotis, PDG du cabinet de conseil spécialisé MKG.

D’autant que le tourisme demeure un des principaux moteurs de l’économie francilienne. A l’échelle du Grand Paris, il représente presque 300 000 emplois, soit 9,3 % de la part de postes salariés de la métropole. En 2018, ses retombées économiques ont atteint les 21,5 milliards d’euros sur l’ensemble de l’Ile-de-France, dont une immense partie provient de la seule ville de Paris.

« Le tourisme est devenu un véritable enjeu pour ces municipales car il représente énormément en termes de dépenses et de flux mais surtout parce que les habitants commencent à voir les nuisances qu’il engendre », analyse Patrick Viceriat, président de l’Association francophone des experts en tourisme.

Hausse des prix du logement

De fait, si cette activité peut être source de richesses, et participer à l’attractivité et au rayonnement des villes, il peut aussi causer de nombreux désagréments aux populations locales. Dans plusieurs villes européennes comme Barcelone (Espagne), Dubrovnik (Croatie) mais surtout Venise (Italie), les habitants manifestent, depuis plusieurs années, un vrai rejet du tourisme de masse face à la saturation de certains de leurs quartiers, à la hausse des prix du logement, ou à l’uniformisation des commerces. Des nuisances que commencent à ressentir une partie des Parisiens.

C’est pourquoi chaque candidat commence à décliner sa vision du tourisme en vue de la prochaine mandature. Le candidat investi par La République en marche (LRM), Benjamin Griveaux, veut « qu’il profite plus aux Parisiens », quand le chef de file d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV), David Belliard, veut le rendre « plus écologique ».

Le député (LRM) de l’Essonne Cédric Villani, également sur les rangs, veut faire en sorte que « les Parisiens ne se sentent plus envahis », tout comme la candidate du parti Les Républicains (LR) Rachida Dati, qui veut « mettre fin aux nuisances causées par le tourisme de masse ».

Enfin, dans l’équipe de la maire sortante, Anne Hidalgo, on semble aussi avoir pris le problème à bras-le-corps : « Paris en commun », sa plate-forme de soutien, a rédigé une longue note, publiée par le think tank Terra Nova, qui appelle à mettre en place « un tourisme à impact positif ».

Vers la fin des cars de tourisme dans Paris

Si dans les programmes des différents candidats, les propositions peuvent différer, une semble faire l’unanimité : la fin des cars de tourisme dans Paris. Que ce soit Rachida Dati, Benjamin Griveaux ou encore Anne Hidalgo, tous envisagent de ne plus les autoriser à accéder à l’intérieur de la capitale tant ils sont source de congestion et de pollution dans les quartiers plébiscités par les visiteurs.

Seul Cédric Villani penche pour la régulation plutôt que leur suppression : « à l’avenir les flottes de cars devront respecter des normes bien réglementées notamment sur leurs tailles et sur les endroits de la ville qu’ils auront le droit de desservir ou non ». Des cars qui, selon le mathématicien, seront « bien évidemment électriques ou à l’hydrogène ».

Autant de propositions auxquelles s’oppose la Féderation nationale des transports de voyageurs (FNTV), qui dit regretter « que ces positions aboutissent à la stigmatisation d’un mode de transport et à une approche qui privilégie un tourisme individuel et élitiste plutôt qu’un tourisme accessible au plus grand nombre ».

Réponse de Jean-François Rial, PDG de Voyageurs du monde et coauteur de la note commandée par « Paris en Commun » : « Ce n’est pas vrai. Cela voudrait dire qu’on ne peut pas faire un tourisme populaire sans que ce soit un tourisme de masse. Quelqu’un qui veut visiter Paris peut le faire autrement qu’en arrivant en bus. »

Airbnb, « ennemi » repéré par tous les candidats

Autres « ennemis » repérés par l’ensemble des candidats : les plates-formes de locations d’appartements entre particuliers type Airbnb, coupables, selon eux, de favoriser la hausse des prix du logement qui, à termes, chassent les habitants de la ville. A tel point que le 2e arrondissement de Paris aurait perdu 15 % de ses habitants ces dernières années, selon son maire, l’écologiste Jacques Boutault.

« Le vrai problème, ce sont les multipropriétaires qui achètent des appartements uniquement pour les louer sur AirBnB », juge le candidat écologiste David Belliard. De son côté, Cédric Villani pointe du doigt les nuisances directes que ressentent les Parisiens au quotidien : « lorsque l’on discute avec eux, c’est toujours la même image qui revient : “on en a marre de ces valises qui défilent à 4 heures du matin dans les escaliers” ». Les deux hommes, qui envisagent de s’allier en vue d’une « coalition climat », proposent donc d’abaisser le nombre de jours de locations autorisées à 45 nuits pour le premier, et 60 pour le second, contre 120 aujourd’hui.

Sur cette thématique, l’équipe d’Anne Hidalgo entend mettre en place des référendums pour que les Parisiens se prononcent sur des propositions de régulation de l’activité des plates-formes de location de meublés. Ils pourraient ainsi voter pour interdire Airbnb dans certains arrondissements du centre de Paris.

Un sujet prioritaire, donc. Mais la capitale française est-elle, comme Venise ou Barcelone, réellement touchée par le surtourisme ? « A Paris, l’activité est concentrée dans des zones comme le Louvre, Montmartre, les Champs-Elysées ou encore la Tour Eiffel. On ne peut donc pas parler de surtourisme à l’échelle de la ville mais de certains quartiers, où les boutiques de souvenirs vers lesquelles affluent les voyageurs peuvent s’en approcher », explique M. Viceriat.

Certains quartiers comme l’est ou le nord de la ville sont totalement ignorés. « Il faut développer [leur] l’attractivité et donner envie aux gens d’aller visiter le patrimoine qui se trouve au-delà du périphérique », suggère un soutien de la maire sortante, qui ajoute : « Si on ne fait rien, le surtourisme pourrait rapidement pointer le bout de son nez. »

27 décembre 2019

Milo Moiré

milo59

milo65

27 décembre 2019

Enquête - Profession journaliste, chroniqueuse sexe

Enquête - Profession journaliste, chroniqueuse sexe : « Le désir de faire ce qu’on veut de notre corps sans être jugée nous pousse à écrire »

Par Robin Richardot

Renée Greusard, Maïa Mazaurette ou encore Ovidie écrivent sur la sexualité, comme d’autres suivent la politique. Un métier qui ne manque pas de déclencher les fantasmes.

Renée Greusard jette un rapide coup d’œil autour d’elle. Dans ce bar-restaurant de Montreuil, quelques clients sont attablés un peu plus loin. « On va peut-être essayer de ne pas parler trop fort », propose-t-elle. Dans la foulée, elle évacue toute possibilité de gêne. « Après, ça ne me dérange absolument pas de parler de sexe. » Cela tombe bien. À 35 ans, cette journaliste est ce qu’on pourrait appeler « une rubricarde cul ». De ses premiers articles sur La Fistinière, une maison d’hôtes gay, à sa série en cours « Tinder surprise », elle traite, depuis 2011, divers sujets concernant la sexualité et les questions de genre pour Rue89. « J’avais fait une école de journalisme prestigieuse, mes parents avaient raqué pour ça et j’allais écrire sur le sexe, retrace la jeune femme en se servant un verre de Coca-Cola Light. C’était complètement fou et en même temps tellement bien. » En effet, difficile d’envisager ce plan de carrière quand elle sort de l’ESJ Lille, en 2009. Même si elle reconnaît qu’elle a toujours été intéressée par les tabous et le secret. « Tu ne deviens pas rubricarde cul si tu es classique, théorise-t-elle. Il faut avoir un petit grain pour faire ça. »

À l’époque, le sexe est en pleine quête de légitimité dans les médias généralistes français. Le sujet est surtout réservé à la presse genrée (féminine, surtout). Pour le reste, il doit se contenter d’être un marronnier d’été, alors qu’il s’invite régulièrement dans les pages du Guardian ou du New York Times. Les sex columnists et la presse anglo-saxonne ont popularisé l’affaire, bien aidés par la série Sex and the City, à la fin du XXe siècle. Son personnage principal, Carrie Bradshaw, chroniqueuse au New York Star et interprétée par Sarah Jessica Parker, s’inspire directement de la vie de Candace Bushnell, l’auteure du livre dont est tirée la série. « Mes amis m’appellent Carrie Bradcheap, la Carrie Bradshaw du pauvre », plaisante Renée Greusard, tout en précisant que la vie de l’Américaine n’a pas grand-chose à voir avec la sienne.

Un domaine légitime et sérieux

Il n’empêche que Sex and the City a changé la façon dont on parle de la sexualité dans les médias. Avec son blog « Les 400 culs », hébergé par Libération depuis 2007, Agnès Giard a été une pionnière en France, abordant le sexe d’un point de vue anthropologique. Depuis, si le sujet reste sulfureux et tabou, les principaux titres généralistes français ont tous leur chronique spécialisée. En pleine période de redéfinition des codes du genre et de la séduction, le sexe devient un domaine légitime et sérieux pour parler d’intimité ou pour questionner la société. « Mais il y a encore du boulot, prévient Maïa Mazaurette. Les gens estiment qu’il s’agit d’un sujet privé. Ils pensent que leur chambre à coucher est complètement étanche, dépolitisée et qu’elle n’est pas culturelle. »

Chroniqueuse au Monde depuis quatre ans, ainsi qu’à GQ, à Usbek & Rica et au quotidien suisse Le Temps, la quadragénaire ne prête plus attention aux commentaires qui lui demandent si elle n’a rien de plus intéressant à faire. Comme si écrire sur le sexe n’était pas un vrai métier. Déjà à l’école de journalisme, ses articles sur la sexualité provoquent plus de ricanements que d’intérêt chez ses camarades. Elle préfère voir ce manque de légitimité comme une aubaine et décroche un poste à Newlook à seulement 25 ans. « Je rêvais d’être chroniqueuse et le sexe me le permettait car personne ne voulait de ce boulot », raconte-t-elle en souriant. Dans sa rubrique, elle traite alors des films pour adultes de Canal+ qu’elle reçoit en VHS tous les mois. L’occasion d’organiser avec ses amis des « porn brunchs ». « On s’installait et on regardait l’éclairage, la mise en scène, on écoutait la bande-son, se remémore-t-elle. Bref, tout sauf le sexe. »

Une façon d’être à contre-courant

Une manière d’être à contre-courant du traitement du sujet dans la presse féminine. C’est d’ailleurs parce qu’elle a abordé les choses sérieusement, en s’appuyant sur la recherche, que Maïa Mazaurette n’a pas décroché comme ses prédécesseurs chez Newlook, qui ont vite eu l’impression d’avoir fait le tour de la question. Elle s’attaque à la construction de la virilité, s’interroge sur le polyamour ou étudie la relation entre pratiques sexuelles et origine sociale. « Si nous imaginons une transgression sexuelle plus importante chez les privilégiés, c’est parce que nous percevons leurs codes comme plus rigides », écrit-elle par exemple, sondage de l’IFOP à l’appui, dans une chronique pour Le Monde. Il faut dire qu’elle baigne dans les recueils spécialisés depuis l’enfance. Le meilleur ami de son père est sexologue.

« DANS L’IMAGINAIRE COLLECTIF, QUELQU’UN QUI PARLE DE SEXE VEUT FORCÉMENT DU SEXE. QUAND J’ÉTAIS JOURNALISTE POLITIQUE ET QUE JE PARLAIS POLITIQUE, PERSONNE NE ME SOUPÇONNAIT DE VOULOIR DEVENIR PRÉSIDENTE DE LA RÉPUBLIQUE. » EMMANUELLE JULIEN

La petite Maïa passe souvent des vacances chez lui mais, comme les chambres sont déjà occupées par ses trois enfants, on l’installe dans le bureau. « C’est comme ça que j’ai dormi dans la bibliothèque d’un sexologue pendant plusieurs années, s’amuse la journaliste. Je bouquinais tout ce qui me passait sous la main, de la pornographie aux revues scientifiques. » Aujourd’hui encore, le quotidien de Maïa Mazaurette s’assimile plus à celui d’un rat de bibliothèque qu’à celui d’une clubbeuse enflammée. Elle montre une pile de livres accumulés contre un mur de son appartement à New York. « Les gens imaginent que je passe ma vie en orgie. Mais, non, je bouffe des statistiques en anglais. C’est ça, mon métier », résume-t-elle.

De fait, une rubricarde sexe reste une journaliste. Et, non, elle n’a pas plus de rapports sexuels que les autres. Même si certaines reconnaissent que leurs recherches au travail peuvent influencer leurs activités intimes. « Dans l’imaginaire collectif, quelqu’un qui parle de sexe veut forcément du sexe, s’indigne Emmanuelle Julien, créatrice du blog “Paris Derrière” et ancienne journaliste à RTL. Quand j’étais journaliste politique et que je parlais politique, personne ne me soupçonnait de vouloir devenir présidente de la République. »

« TOUTES LES FEMMES QUI PARLENT DE SEXE DANS LA SPHÈRE PUBLIQUE ET MÉDIATIQUE ONT ÉTÉ TRAITÉES DE SALOPES POUR LEUR SEXUALITÉ RÉELLE OU SUPPOSÉE. » OVIDIE

Renée Greusard a eu droit à un acteur porno qui lui envoyait fréquemment des photos de son pénis. Quant à Maïa Mazaurette, elle doit parfois refuser les invitations de lecteurs échangistes qui lui enjoignent de « ne pas hésiter à passer à la maison ». « Ces personnes n’arrivent pas à faire la distinction entre la femme et l’œuvre, glisse-t-elle. Il y a toujours une suspicion qu’il y a moyen de moyenner avec moi. » Elle a mené un combat similaire auprès de ses belles-familles, avant de se résoudre à ne plus sortir avec des Français. « J’avais beau leur dire que mes articles ne parlaient ni de ma vie ni de leur fils, c’était impossible. Il y avait forcément un doute. »

Les messages vont parfois jusqu’au harcèlement voire à l’appel au viol. « Toutes les femmes qui parlent de sexe dans la sphère publique et médiatique ont été traitées de salopes pour leur sexualité réelle ou supposée », assène la réalisatrice Ovidie, qui tenait notamment la rubrique « Le ticket de Metro » dans Metronews. « J’ai l’impression qu’elles subissent plus de réactions injustes, voire agressives que moi, et ce y compris lorsqu’on évoque le même sujet, note Damien Mascret, spécialiste de la rubrique sexe du Figaro Santé. C’est un domaine difficile à traiter quand on est une femme journaliste et qu’on encaisse des critiques évidemment liées à son genre. »

Parler sexe, c’est parler féminisme

Or la rubrique sexe est majoritairement – pour ne pas dire quasi exclusivement – tenue par des femmes. Comment l’expliquer ? Pour Béatrice Damian-Gaillard, professeure des universités à Rennes-I, spécialiste de la sexualité dans les médias, il s’agit tout simplement d’assignations genrées. « Les questions de sexualité et de couple ont longtemps été – et le sont encore – des rubriques associées aux magazines féminins, contextualise-t-elle. On a toujours considéré que c’était des sujets traités par les femmes et pour les femmes. » Éduquées depuis toutes petites à ces problèmes, les femmes seraient alors plus aptes à les aborder de manière plus élégante et moins graveleuse qu’un homme.

Ovidie voit les choses autrement : « Le désir de faire ce qu’on veut de notre corps sans être jugée nous pousse à écrire. » Car parler sexe, c’est parler féminisme. Et ce n’est pas un hasard si ces chroniqueuses s’épanouissent en pleine nouvelle vague de revendications féminines. Mettant régulièrement en avant les rapports de domination ou le plaisir féminin, Renée Greusard estime avoir accompagné le mouvement #metoo en France. « Parler de sexe ouvertement a peut-être permis cette libération de la parole, suppose la réalisatrice. Mais nous ne sommes pas les seules responsables. C’est un puzzle où tout le monde apporte sa pièce. »

Exigence plus forte du public

« J’ai l’impression d’avoir fait partie du petit groupe de sentinelles présentes pour que la flamme du féminisme ne s’éteigne pas pendant quinze ans », confie de son côté Maïa Mazaurette, selon laquelle le mouvement #metoo a aussi donné une nouvelle légitimité à son métier. « On a bien vu que la sexualité n’était pas du tout réservée à la sphère privée et qu’elle débordait dans la sphère publique pour 100 % des femmes », souligne la chroniqueuse. Elle se félicite que ses articles soient davantage « pris au sérieux », mais reste prudente. « Des hommes m’écrivent tout le temps pour me remercier de leur avoir ouvert les yeux. Mais je sais bien que je prêche des convaincus. Ceux-là sont déjà prêts à se remettre en question. »

Et, si toutes les chroniqueuses estiment que l’exigence du public est montée d’un cran aujourd’hui, les contenus du type « les 10 fantasmes des mecs » continuent de fleurir. D’autant plus qu’ils réalisent souvent de belles audiences sur le Web. « Ce qui porte préjudice à la sexualité dans les médias, c’est lorsque le sujet est traité par des journalistes qui ne sont pas spécialisés, attaque Emmanuelle Julien, de “Paris Derrière”. En politique, il ne viendrait même pas à l’idée de confier un papier un peu pointu à une personne qui ne s’y connaît pas. Parce qu’il faut des sources, être à l’intérieur du monde politique, sinon vous n’avez aucune information. »

Pour Renée Greusard, il n’y a pas de raison que ces sujets étudiés sérieusement en sociologie ne le soient pas dans les médias. Après tout, ils concernent la vie quotidienne des lecteurs. « Je trouve ça très intéressant, les histoires d’amour des gens. Quand tu accèdes au lit des personnes, tu es au plus près de l’humain », estime-t-elle. Aux « aigris » qui la prennent de haut, elle a « juste envie de demander à quoi ils servent dans la vie. Moi, je sais que je peux être utile, ajoute-t-elle. Je me dis que, ce soir, il y a peut-être quelqu’un qui aura un orgasme grâce à moi. »

27 décembre 2019

Monica Bellucci

monica64

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26 décembre 2019

Half Naked from Annas Workshops on Vimeo.

26 décembre 2019

Vu sur internet

bouche

26 décembre 2019

Critique - Dans « La Vérité », le grand cinéma des sentiments en famille

Par Clarisse Fabre

Catherine Deneuve et Juliette Binoche illuminent le premier film en français du cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda.

L’AVIS DU « MONDE » – À NE PAS MANQUER

Sans doute est-ce une bonne opportunité de sortir La Vérité de Hirokazu Kore-eda le 25 décembre, jour de Noël, moment potentiellement anxiogène pour tous ceux qui redoutent les sempiternelles querelles autour de la table familiale. Car la confrontation mère-fille dont il est question ici, hérissée de malentendus et de vieilles rancunes, est un formidable antidote à la morosité ambiante : sous couvert de retrouvailles familiales, La Vérité s’avère un réjouissant trompe-l’œil, une mise en abyme du cinéma et de la vie des acteurs.

Catherine Deneuve interprète en effet une immense actrice au crépuscule de sa carrière, Fabienne, laquelle reçoit la visite de sa fille Lumir (Juliette Binoche), elle-même scénariste et mariée à un acteur de second plan, Hank (Ethan Hawke). Alors que sa mère vient de publier ses Mémoires, Lumir compte bien épingler dans l’ouvrage quelques contre-vérités. Et régler ses comptes avec cette mère si souvent absente durant son enfance. Fabienne a des éclairs d’honnêteté : elle préfère amplement avoir réussi sa carrière plutôt que sa vie de famille. Devant sa mère, Lumir arbore un sourire détaché et conquérant, soucieuse de ne pas montrer ses états d’âme. En retour, sa mère a l’air sarcastique de celle qui n’attend rien, et n’est pas dupe.

D’UNE JUSTESSE DIABOLIQUE, CATHERINE DENEUVE TIENT SANS DOUTE L’UN DE SES PLUS BEAUX RÔLES DE CES DERNIÈRES ANNÉES

Tigresse en manteau de fourrure, Catherine Deneuve donne beaucoup de son vécu à ce charismatique personnage, assumant une certaine autodérision dès les premières minutes du film – dans l’interview qu’elle accorde à un journaliste (Laurent Capelluto), Fabienne affirme sans complexe son statut d’icône du cinéma. D’une justesse diabolique, la star française tient sans doute l’un des plus beaux rôles de ces dernières années, menant la partie tout en acceptant ses défaites. En un mot, humaine. Cruel et drôle, le film évite le piège du portrait nostalgique de l’actrice vieillissante.

Depuis son premier long-métrage de fiction, Maborosi (1995), jusqu’à Une affaire de famille, Palme d’or à Cannes en 2018, Hirokazu Kore-eda, formé au documentaire, sonde la société japonaise dans ses replis et ses non-dits. Qu’il explore la zone ténue entre les vivants et les morts, comme dans After Life (1998), ou qu’il ausculte les enfants après le départ de leur mère – Nobody Knows (2004) –, l’humour se fait souvent discret, tandis que, film après film, les petits plats mijotent, comme les sentiments. « Il faut laisser refroidir les ingrédients pour que le goût infuse. C’est pareil pour les gens », analyse un personnage penché sur la casserole dans Après la tempête (2016).

Le « dicton recette » est toujours valable dans La Vérité. Plus facétieux, le réalisateur, âgé de 57 ans, interroge la « famille du cinéma » et opère un virage : il fait le choix de la comédie et tourne pour la première fois en français, une langue qui lui est étrangère. Le résultat est détonant, avec un scénario qui s’effeuille comme un artichaut, où le mensonge et la mauvaise foi deviennent le moteur de retrouvailles inattendues, une fois parvenu au « cœur », sans un poil de mièvrerie.

Engagement des acteurs

La Vérité est aussi une fiction qui doit beaucoup à l’engagement de ses acteurs : outre le tandem Deneuve-Binoche, citons Ethan Hawke, avec son regard amusé et distancié de gendre et mari, ainsi que la jeune Clémentine Grenier, dans le rôle de Charlotte, la petite-fille vive et espiègle découvrant une formidable conteuse en la personne de sa grand-mère. Autre personnage-clé, Manon Clavel interprète une étoile montante du cinéma français, Manon, donnant la réplique à Fabienne dans un film de science-fiction. Pour achever de donner le tournis, Manon y incarne la mère éternellement jeune de Fabienne, elle-même étant sa « fille » âgée…

Enfin, n’oublions pas Luc (Alain Libolt), le fidèle agent de l’actrice, qui va finir par claquer la porte après des années de service et de froide indifférence de la « reine ». Ce départ brutal fait basculer le film : devenant à son tour la nounou de Fabienne, sur les plateaux de tournage, Lumir observe de plus près les failles et les limites de sa mère. Sans doute l’un des moments les plus bouleversants du film.

UNE COMÉDIE OÙ LE MENSONGE ET LA MAUVAISE FOI DEVIENNENT LE MOTEUR DE RETROUVAILLES INATTENDUES

Ces personnages secondaires éclairent sous un autre jour la psychologie de la « matriarche ». Dotée d’une imagination débordante qui lui permet de sauver sa peau et d’éluder les questions qui fâchent, Fabienne est-elle aussi solide et insensible qu’elle en a l’air ? La petite-fille va d’ailleurs s’attacher à cette grand-mère un brin magicienne. A sa question : « Où est grand-père ? », Fabienne, séparée de son mari, lui répond qu’elle l’a puni et transformé en tortue – celle que l’on voit traverser le jardin. C’est tordu à souhait, et la folie douce gagne la maison lorsque l’ex en question (Roger van Hool) débarque pour de bon. Au départ, La Vérité était une pièce écrite pour le théâtre. Le film en a gardé les embardées et le comique, tout en distillant sa douce mélancolie kore-edienne sur l’amour filial.

« La Vérité », film français de Hirokazu Kore-eda, avec Catherine Deneuve, Juliette Binoche, Ethan Hawke, Clémentine Grenier, Manon Clavel (1 h 47). Sur le Web : Unifrance.org/

26 décembre 2019

Extrait d'un shooting - Photos : Jacques Snap

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26 décembre 2019

Le calendrier du facteur, un business à 100 millions d’euros

Par Cécile Prudhomme

Chaque année, entre 8 millions et 10 millions d’exemplaires sont distribués en France par les postiers. Un marché que se disputent quatre éditeurs.

Ringard, le calendrier du facteur ? Chaque année, entre 8 millions et 10 millions d’exemplaires − tous fabriqués en France − sont encore distribués par les postiers au moment de la « tournée des étrennes ». Ils perpétuent une tradition française remontant à Louis XIV que l’Alsacien François-Charles Oberthür a standardisée, en 1853, sous la forme d’une couverture cartonnée avec pages intérieures informatives et déclinée dans tous les départements de France.

Les particuliers donnant en moyenne entre 8 et 10 euros en retour, ce marché peut être estimé à près de 100 millions d’euros. Un gâteau que se disputent quatre éditeurs français : Oberthur – plus connu pour ses articles de rentrée scolaire et numéro un avec près de 40 % du marché –, Oller, Lavigne et Cartier-Bresson.

« Un marché d’épicier »

« C’est une vraie bagarre, presque un jeu d’échecs. Il faut se placer dans la bonne case pour prendre des parts de marché », sourit Isabelle Dragonne, directrice marketing et commerciale d’Oberthur. Car, sur ce créneau, il n’est pas question d’appel d’offres, conclu pour plusieurs années avec La Poste. « C’est un marché d’épicier, déclare Christophe Rault, PDG d’Oberthur. Nous n’avons aucun accord avec La Poste, hormis celui nous permettant d’apposer leur logo pour prouver qu’il s’agit du calendrier officiel du facteur. »

« C’EST UNE VRAIE BAGARRE, PRESQUE UN JEU D’ÉCHECS. IL FAUT SE PLACER DANS LA BONNE CASE POUR PRENDRE DES PARTS DE MARCHÉ »

Chaque année, pour compenser l’absence d’un treizième mois de leur employeur, les facteurs prennent individuellement l’initiative de cette activité de fin d’année. « Avec l’augmentation de la fréquence de leurs tournées, certains posent même une semaine de vacances pour faire cela », rapporte M. Rault.

Dès mars, les facteurs commandent leurs modèles et leur quantité directement à ces quatre éditeurs à partir de leur catalogue ou d’une boutique en ligne. « Quelque 40 % des commandes nous arrivent désormais par Internet, précise M. Rault. On lance en production en trois fois, en juin, juillet et septembre. Dans l’immense majorité, les facteurs n’avancent pas l’argent. Ils paient en janvier après avoir reçu les étrennes », et certains règlent parfois en dix fois. La fidélité des 30 000 facteurs qui commandent chez Oberthur est même récompensée avec « des petits cadeaux », confie Mme Dragonne.

Cette année, le facteur qui a sonné à notre porte nous confie « commander aux quatre éditeurs, car les modèles sont différents ». « Mais c’est du boulot en plus pour pas grand-chose. Il faut aller chercher le stock et, dans Paris, les gens ne donnent pas beaucoup, c’est plutôt autour de 5 euros pour un calendrier que je paie entre 1,81 et 1,82 euro. »

« 10 000 références à gérer »

A fabriquer, le processus est loin d’être standardisé. Entre 250 et 300 photos sélectionnées parmi des dizaines de milliers à partir de photothèques du monde. Une sélection d’autant plus cruciale que, parmi 90 couvertures différentes, « les facteurs choisissent leurs modèles en une fraction de seconde », poursuit-elle. Dans le Top 10, toujours des chatons, des chiots, des paysages…

Pour les éditeurs, il faut également rassembler diverses informations. « Des astuces, des recettes, des anecdotes amusantes, les saints, les lunes, les marées pour les départements côtiers et des plans de villes dans les départements », ajoute Mme Dragonne. Des dates de vacances scolaires aussi, fournies par le ministère de l’éducation pour trois ans, qui arrivent parfois trop tard, juste après le lancement en production. « C’est 10 000 références à gérer, en comptant les différentes qualités d’almanach, et plein de petites quantités à livrer à chaque facteur dans les 100 départements », ajoute M. Rault.

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