Paris : Pour les 60 ans d’Astérix, la RATP rebaptise des stations de métro
ANNIVERSAIRE Les usagers du métro parisien pourront descendre ce mercredi à Gare de Lugdunum ou à Place de Clichix
Surprise. Ce mercredi, les usagers du métro parisien pourront descendre à Menhir montant, Gare de Lugdunum, ou encore à Place de Clichix. Au total, 12 stations de la RATP seront rebaptisées à l’occasion du 60e anniversaire d'Astérix. Les clins d’œil au célèbre gaulois seront aussi visibles dans certaines rames de métro où les voyageurs pourront retrouver des extraits de BD en affichage.
Au-delà des stations rebaptisées comme à Ourcq, Alésia ou Opéra, la station Rome (ligne 2) est entièrement relookée avec des planches de BD aux emplacements des panneaux publicitaires 4x3.
A la station Gare de Lyon (ligne 1), Panoramix distribuera de la potion magique de 14 et 17 heures et un photocall sera également disponible pour immortaliser la venue de quelques célèbres personnages de la BD à la station, annonce la RATP, en partenariat avec les éditions Albert René.
Brexit : Londres accuse Dublin et Berlin de l’échec des négociations
Par Eric Albert, Londres, correspondance, Cécile Ducourtieux, Londres, correspondante, Virginie Malingre, Bruxelles, bureau européen
Alors que l’ultime proposition de Downing Street n’a pas convaincu les Vingt-Sept, la perspective d’un nouveau report du divorce paraît désormais très probable.
Les Britanniques ont une expression que les Européens ont volontiers reprise ces derniers temps : le « blame game » (« c’est la faute aux autres »). Boris Johnson a consacré l’essentiel du mois de septembre à convaincre ses concitoyens qu’il était le véritable « Monsieur Brexit », celui qui allait leur délivrer le divorce avec l’Union européenne (UE) dans les temps, le 31 octobre. Quitte à aller au « no deal ».
Début octobre, après avoir enfin formulé sa proposition pour résoudre l’épineux problème de la frontière irlandaise, le premier ministre britannique a semblé sincèrement vouloir décrocher un accord avec Bruxelles. Mais son idée – l’Irlande du Nord resterait dans le marché intérieur et sortirait de l’union douanière – reste trop éloignée des lignes rouges des Vingt-Sept. Downing Street a d’ailleurs reconnu, mardi 8 octobre, que les chances d’un « deal » pour le sommet européen des 17 et 18 octobre étaient infimes.
La perspective d’un nouveau report du Brexit (le troisième) paraît désormais très probable, les députés britanniques ayant légiféré pour éviter un « no deal ». Du coup, le gouvernement britannique est passé brutalement en mode « blame game ».
Le but ? Eviter que les partisans du divorce en veuillent trop à Boris Johnson de n’avoir pas tenu sa promesse, et n’aillent voter pour le Parti du Brexit de Nigel Farage aux prochaines élections générales ; elles ne devraient pas tarder : le chef du gouvernement britannique n’a plus de majorité au Parlement.
Menace britannique
A en croire des sources officielles anonymes, dont les confidences se sont multipliées ces dernières heures, le prévisible échec des négociations serait donc la faute des Irlandais, de Bruxelles, de la chancelière allemande Angela Merkel…
James Forsyth, journaliste au Spectator, publiait ainsi lundi soir un édifiant « mail » provenant « d’un contact » à Downing Street, quasiment sans mise en perspective. « Les négociations vont probablement se terminer cette semaine. (…) Leo Varadkar [le premier ministre irlandais] ne veut pas négocier. (…) Il est clair qu’il parie sur un deuxième référendum », affirme cette source.
Et de menacer : si la proposition britannique pour l’Irlande « meurt dans les prochains jours, elle ne sera plus valable du tout », les conservateurs feront campagne alors pour un « Brexit immédiat ». Et tous les pays qui soutiennent un report du divorce « se retrouveront dans la queue en matière de coopération » avec le Royaume-Uni…
Tout aussi étonnantes, mardi, ces confidences de Downing Street, notamment à la BBC – et toujours des sources anonymes –, détaillant le contenu de la conversation téléphonique le matin même entre Angela Merkel et Boris Johnson. La chancelière « a dit clairement qu’un accord était très improbable et elle pense que l’UE dispose d’un veto sur notre volonté de quitter l’union douanière. » Une rhétorique bien improbable dans la bouche d’une dirigeante connue pour son extrême prudence. Berlin s’est gardé de tout commentaire. Tout comme le porte-parole du premier ministre britannique…
Contre-offensive européenne
Alors qu’au Royaume-Uni, un début de polémique naissait au sujet de ces propos non attribués relayés sans nuances dans les médias, Donald Tusk, le président du Conseil européen fut le premier à sonner la contre-offensive mardi.
Sans prendre de gants, comme à son habitude, l’ancien premier ministre polonais a lancé sur Twitter : « Ce qui est en jeu, ce n’est pas de gagner un stupide “blame game”, c’est le futur de l’Europe et du Royaume-Uni, ainsi que la sécurité et les intérêts de nos populations. Vous [Boris Johnson] ne voulez ni d’un deal, ni d’un décalage du Brexit, vous ne voulez pas révoquer [l’article 50 du traité de l’UE, mettant ainsi fin au Brexit]. Mais où va t-on ? »
Dans une interview aux Echos et à L’Opinion, le président de la Commission européenne, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, a pris le relais, disant refuser « ce blame game consistant à faire porter la responsabilité d’un éventuel échec des négociations sur l’UE. Si tel est le cas, l’explication se trouve dans le camp britannique » car « le péché originel se trouve sur les îles et non sur le continent. »
David Sassoli, le président du Parlement européen, qui s’était déplacé à Londres mardi, pour rencontrer M. Johnson, est sorti furieux de son entrevue. « Les idées qu’il suggère ne sont pas une proposition sérieuse. (…) Il ne semble pas vraiment vouloir un accord. » M. Sassoli est clair : « le responsable [de l’échec des négociations], c’est Boris Johnson. Il nous force à créer une frontière et à faire des contrôles douaniers en Irlande ». Le premier ministre britannique lui a répété que le Royaume-Uni serait sorti de l’UE le 31 octobre. « Mais il n’a donné aucun élément pour raviver les négociations », ajoute l’Italien.
Fermeté des Vingt-Sept sur la question irlandaise
Les trois dirigeants ont dit tout haut ce que nombre d’Européens pensent tout bas depuis des semaines. Ils veulent un accord avec Londres, mais pas à n’importe quel prix. Il n’est ainsi pas question d’accepter une solution réinstaurant une frontière en Irlande, et menaçant les accords de paix nord-irlandais.
« La plupart pensent que Johnson ne négocie pas vraiment. Ils ne sont donc pas prêts au compromis dans cette situation. Ils attendent l’application du Benn bill », selon un diplomate européen. Le « Benn bill » est cette loi imposée par les députés britanniques « anti-no deal » – opposés à une sortie sans accord – au chef du gouvernement, l’obligeant à réclamer à Bruxelles, au plus tard le 19 octobre et en l’absence d’accord, un report du Brexit au 31 janvier 2020.
Les Européens eux aussi jouent au « blame game », mais mezza voce : ils ne veulent surtout pas être tenus responsables de l’échec des négociations. Ils rejettent les accusations de « rigidité » et répètent – ils le diront probablement jusqu’au Conseil européen des 17 et 18 octobre et au-delà – qu’ils sont « ouverts aux discussions ». Mardi soir, Michel Barnier, le négociateur en chef de l’UE pour le Brexit, assurait ainsi que « les efforts continuent pour trouver un accord » avec Londres.
Même son de cloche à Dublin. « Nous travaillons d’arrache-pied avec Bruxelles pour arriver à un accord avant la fin du mois. Il est toujours possible à condition qu’il y ait de la bonne volonté des deux côtés, assurait Simon Coveney, ministre irlandais des affaires étrangères, mardi. Il n’y a pas de pays qui souhaite davantage un deal que l’Irlande. »
« Aucune avancée »
Les discussions techniques ont bien repris à Bruxelles, lundi, entre les équipes de M. Barnier et celles de Steve Barclay, l’émissaire de M. Johnson. Mais « il n’y a à cette heure aucune avancée sur les deux points fondamentaux nous posant problème », commente un diplomate. A savoir le dispositif douanier entre l’Irlande du nord et la République d’Irlande, qui impliquerait le retour, selon Dublin, d’une forme de frontière sur l’île, et le droit de veto que Downing Street prévoit d’accorder au Parlement nord-irlandais.
Les Européens ont donné jusqu’à la fin de la semaine à Londres pour améliorer ses propositions. Il ne resterait alors que quatre ou cinq jours pour finaliser un improbable accord avant le sommet européen. « Ces discussions sont très techniques. On ne peut pas négocier en dernière minute lors d’un sommet sur de tels sujets », estime un autre diplomate.
Boris Johnson pourrait rencontrer Leo Varadkar en fin de semaine, afin d’avancer sur la question irlandaise. Le rendez-vous n’était pas confirmé par Dublin mardi soir. Encore un faux-semblant de part et d’autre pour éviter d’avoir à dire la vérité toute crue, l’échec définitif des discussions ?
Vadim Galaganovv - photographe / Modèle : Caroline Vreeland
Destitution : Trump annonce qu’il refuse de coopérer à l’enquête du Congrès et plonge les Etats-Unis dans une crise constitution
Par Gilles Paris, Washington, correspondant
La Maison Blanche dénonce une enquête « partisane et anticonstitutionnelle » dans une lettre adressée par l’avocat du président à Nancy Pelosi, présidente démocrate de la Chambre des représentants, à l’origine de la procédure d’« impeachment ».
La lettre est signée du conseiller juridique de Donald Trump, mais son ton est celui d’une déclaration de guerre.
Dans le courrier – expédié mardi 8 octobre à la speaker (présidente) démocrate de la Chambre des représentants Nancy Pelosi ainsi qu’à trois présidents de commissions impliquées dans la mise en accusation (impeachment) qui vise le président des Etats-Unis –, Pat Cipollone a annoncé que la Maison Blanche entend désormais s’opposer à toutes leurs requêtes, qu’il s’agisse d’auditions de témoins ou de remises de documents.
« Le président ne peut permettre que vos procédures constitutionnellement illégitimes le détournent, lui et les autres représentants du pouvoir exécutif de leur travail pour le compte des Américains. Le président a un pays à diriger », juge le conseiller juridique. « A la lumière des nombreuses lacunes que nous avons identifiées dans votre procédure, poursuit-il, nous espérons que vous abandonnerez ces efforts (…) et que vous vous joindrez au président pour vous concentrer sur les nombreux objectifs qui comptent pour le peuple américain ».
Donald Trump avait donné un avant-goût de sa décision en empêchant, le matin même, l’ambassadeur des Etats-Unis auprès de l’Union européenne (UE) Gordon Sondland, arrivé la veille, de témoigner à huis clos devant la Chambre des représentants. Le président des Etats-Unis s’était justifié en dénonçant le « tribunal de pacotille » devant lequel ce riche donateur nommé à Bruxelles devait se produire.
Une controverse principalement politique
Le grief d’inconstitutionnalité figure parmi les arguments avancés mardi par le conseiller juridique de la Maison Blanche.
Il dénonce notamment l’absence d’un vote solennel ouvrant la procédure de mise en accusation. Selon certains constitutionnalistes, ce vote n’est pas obligatoire, la Loi fondamentale américaine étant particulièrement lapidaire sur ce point. Le conseiller déplore aussi le fait que la minorité républicaine n’ait pas été autorisée jusqu’à présent à solliciter les témoignages qu’elle juge importants. Dans une conférence téléphonique avec la presse, mardi, un haut responsable de l’administration a refusé de dire si la Maison Blanche réviserait son jugement dans le cas où ces critiques seraient prises en compte.
La controverse est en effet principalement politique. « En termes simples, vous cherchez à annuler les résultats de l’élection de 2016 et à priver le peuple américain du président qu’il a choisi librement », affirme le conseiller dans sa lettre de huit pages. « Et de nombreux démocrates considèrent apparemment maintenant que la mise en accusation est non seulement le moyen d’annuler les résultats démocratiques de la dernière élection, mais aussi une stratégie pour influencer la prochaine, qui se déroulera dans moins d’un an », ajoute-t-il.
La réplique de Nancy Pelosi n’a guère tardé. « Pendant un temps, le président a tenté de normaliser l’illégalité. Maintenant, il essaie d[’en] faire une vertu », a-t-elle assuré. La speaker a dénoncé la lettre comme « une autre tentative de cacher les faits à propos des efforts éhontés de l’administration Trump pour faire pression sur des pouvoirs étrangers afin qu’ils interfèrent dans les élections de 2020 ».
Tout part en effet d’une conversation téléphonique entre Donald Trump et son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky, le 25 juillet. Elle a provoqué ultérieurement, en août, le signalement d’un lanceur d’alerte tout d’abord bloqué par le département de la justice. Un compte rendu de cette conversation et le contenu du signalement ont finalement été rendus publics le 25 et le 26 septembre.
Au cours de cette conversation, Donald Trump a demandé à son interlocuteur, qui sollicitait une aide militaire, d’enquêter sur une hypothétique collusion entre l’Ukraine et le camp démocrate lors de la présidentielle de 2016. Il lui a aussi suggéré de s’intéresser aux affaires du fils de l’un de ses adversaires politiques, l’ancien vice-président démocrate Joe Biden, membre du conseil d’administration d’une société gazière ukrainienne de 2014 à 2019.
Retournement de l’opinion publique
Au cours de son audition par la Chambre des représentants, le 4 octobre, l’ex-envoyé spécial des Etats-Unis pour l’Ukraine, Kurt Volker, qui a démissionné de ses fonctions, a produit le contenu de conversations par SMS avec Gordon Sondland et le chargé d’affaires américain à Kiev, William Taylor. Ces échanges mettent l’accent sur l’importance des enquêtes pour la Maison Blanche et suggèrent qu’une aide américaine a été gelée dans l’attente d’un engagement du président ukrainien à ce qu’elles prennent corps. Les républicains de la Chambre ont dénoncé des « fuites » partielles et orientées.
En dépit des dénégations de Donald Trump qui ne cesse d’affirmer qu’il n’a jamais été question du moindre « quid pro quo » et que ses interrogations concernant une éventuelle corruption sont légitimes, les révélations vont toujours pour l’instant dans le sens du signalement du lanceur d’alerte, alimentant les soupçons des démocrates.
Un second lanceur d’alerte s’est manifesté auprès du cabinet d’avocat qui défend les intérêts du premier et la presse américaine a fait état, mardi, du témoignage d’un conseiller de la Maison Blanche qui aurait eu une connaissance directe de la conversation du 25 juillet et qui aurait contacté le lanceur d’alerte juste après.
Si les démocrates de la Chambre ont peu de moyens à leur disposition pour forcer le barrage du pouvoir exécutif, ils laissent entendre en représailles que la stratégie d’obstruction constitue en elle-même un motif de mise en accusation.
Cette stratégie va rapidement subir l’épreuve de l’opinion publique. Cette dernière a pour l’instant rapidement évolué en faveur de l’impeachment. Les personnes interrogées qui la soutenaient étaient nettement minoritaires le jour de son déclenchement (38,7 % contre 51,2 % d’avis contraires), le 24 septembre, selon la moyenne calculée par le site FiveThirtyEight. Ce rapport de forces s’est inversé en deux semaines. Le camp favorable à la mise en accusation est désormais majoritaire (50,1 %, contre 42,2 % d’avis opposés, le 8 octobre) selon la même source.
Extinction Rebellion poursuit sa mobilisation au centre de Paris
Les militants occupent depuis lundi après-midi la place du Châtelet et le pont au Change et multiplient les prises de parole, annonçant leur intention de rester jusqu’à mercredi.
Quelques centaines de militants et sympathisants du mouvement écologiste Extinction Rebellion (XR) continuaient mardi matin d’occuper la place du Châtelet et le pont au Change, qui mène à l’île de la Cité, au centre de Paris, pour réclamer davantage d’action contre le réchauffement.
Dans le cadre de la mobilisation internationale de « XR », ces militants occupent depuis lundi après-midi ce nœud central, à quelques centaines de mètres de la préfecture de police de Paris où était organisée ce mardi une cérémonie en hommage aux victimes de la tuerie de la semaine dernière, en présence d’Emmanuel Macron. Depuis leur arrivée en milieu d’après-midi, lundi, les militants ont multiplié les prises de parole, annonçant leur intention de rester sur place jusqu’à mercredi.
Dans une ambiance bon enfant, sous la pluie, ils ont tenu en milieu de matinée une nouvelle assemblée générale pour débattre des activités de la journée et de l’organisation logistique du camp. Au programme : un atelier sur la communication non violente, un concert dans l’après-midi ou une « méditation collective avant le dodo » en soirée.
Sous la surveillance d’un dispositif policier léger, des militants ont passé leur première nuit éveillés pour certains et les autres installés pour dormir sous la pluie dans des tentes ou des bivouacs improvisés sous des bâches. Des toilettes sèches ont été installées.
Pas d’intervention policière
Certains militants, organisés autour de six points de blocage, faisaient part de leur soulagement de voir que les forces de l’ordre n’étaient pas intervenues, comme Errico, 20 ans, étudiant habitué aux blocages d’universités mais non membre de « XR », venu « en curieux pour se rendre compte de l’engouement que suscite ce mouvement ».
En juin, lors d’une action de blocage d’un autre pont à Paris, des membres de XR avaient été délogés par les forces de l’ordre utilisant notamment à bout portant des gaz lacrymogènes. Une enquête avait été ouverte.
Samedi soir, les autorités avaient également tenté de déloger les militants de XR qui avaient investi le centre commercial Italie 2. Elles avaient renoncé, avant que les manifestants ne quittent les lieux dimanche aux aurores.
La ministre de la transition écologique a mis en garde mardi matin contre d’éventuelles violences et actions de blocage tout en reconnaissant qu’elle ne pouvait « pas être contre quand les gens se préoccupent du climat ». « C’est très important de se mobiliser pour le climat mais il est aussi important de tenir compte de ce qui est fait », a indiqué Elisabeth Borne sur RMC-BFMTV alors qu’Extinction Rebellion prévoit des actions toute la semaine à Paris.
Tout jeune mouvement né il y a un an au Royaume-Uni, XR se mobilise toute cette semaine dans 60 villes du monde.
Critique « Chambre 212 » : la femme qui aimait les hommes
Par Jacques Mandelbaum
Christophe Honoré met en scène dans un huis clos les souvenirs d’une femme et de ses conquêtes masculines.
L’AVIS DU « MONDE » – À VOIR
Il y aurait une série à écrire sur « la chambre d’en face » au cinéma. De Fenêtre sur cour (1954), d’Alfred Hitchcock, avec James Stewart paralysé derrière sa fenêtre face à l’assassin qui opère de l’autre côté de la cour, à Nous irons tous au paradis (1977), d’Yves Robert, où Jean Rochefort loue une chambre d’hôtel pour mieux surveiller sa femme. Bien des sentiments entrent dans ce dispositif, de la peur à la jalousie, du voyeurisme à la concupiscence. Christophe Honoré relance la donne aujourd’hui au titre de la fantaisie onirique, et l’on parierait que son souvenir à lui trouve son origine dans la seizième minute du court-métrage de François Truffaut, Antoine et Colette (1962).
Résumons. Antoine (Jean-Pierre Léaud, ex-garnement des Quatre cents coups) est devenu passionné de musique, travaille désormais chez Phillips et fait la connaissance de la ravissante Colette (Marie-France Pisier, ah ! Marie-France Pisier…) qui fréquente comme lui les concerts des Jeunesses musicales de France. Il tombe amoureux, elle ne lui accordera jamais davantage que son amitié. A la cruauté de la situation, Antoine répond par l’énergie du désespoir et loue sur un coup de tête, à la seizième minute du film donc, une chambre à l’Hôtel de la Paix, qui fait face au domicile des parents de Colette, non loin de la place de Clichy. La conclusion sera amère.
Sous l’empire du rêve et du faux
On connaît, depuis son premier long-métrage (17 fois Cécile Cassard, 2002), le lien référentiel que cultive le réalisateur des Chansons d’amour (2007) avec quelques grandes figures de l’enchantement cinématographique français, à commencer par Truffaut et Jacques Demy. Quand bien même n’aurait-t-il jamais songé à Antoine et Colette – ce qui a une importance toute relative d’ailleurs –, toujours est-il qu’il installe son héroïne Maria (Chiara Mastroianni), au naturel volage, dans une chambre d’hôtel qui fait face au domicile conjugal (décidément, Truffaut !), après sa dispute avec son mari Richard (Benjamin Biolay), féru de musique et pianiste de son état, qui vient de trouver un message laissé par l’amant sur le portable de sa femme. Ces prémisses d’une excessive banalité laissent présager Feydeau, on s’apercevra vite que c’est Cocteau qui se tient en embuscade.
MARIA SE RETROUVE DANS UNE CHAMBRE D’HÔTEL BIENTÔT SURPEUPLÉE PAR LES FANTÔMES, Y COMPRIS CELUI DE SA PROPRE CONSCIENCE
Le film se déroule tout entier, en effet, sous l’empire du rêve et du faux (fausse neige, fête du pastel, maquette rendue visible, mécanismes de théâtre, paradoxes temporels). Le couple, qui a vingt ans de mariage derrière lui, habite d’ailleurs Montparnasse, pile au-dessus d’un complexe cinématographique qui en distille, du rêve, à foison. C’est ainsi que partie pour faire le vide, Maria se retrouve dans une chambre d’hôtel bientôt surpeuplée par les fantômes, y compris celui de sa propre conscience, sous les oripeaux d’un quinquagénaire imitateur de Charles Aznavour. Y apparaissent tour à tour Richard âgé de 25 ans, sa première amante, Irène (Camille Cottin), qui fut sa professeure de piano et qui nous le révèle adolescent, elle-même à l’âge de la retraite (Carole Bouquet), ainsi qu’Asdrubal, le jeune amant de Maria, sur les pas duquel s’emboîtent la cohorte de ses conquêtes, et même sa mère pour faire bonne mesure.
Complainte de l’amour
Une ineffable fantaisie s’ensuit, qui va un moment nous bercer du doux rêve d’un échange de bons procédés entre Maria, tentée de se mettre à la coule avec son mari de 25 ans, tandis qu’Irène, qui n’a jamais cessé d’aimer Richard, tenterait de le reconquérir à la faveur de sa rupture, en traversant tout simplement la rue pour lui faire un enfant. En même temps, une poignante interrogation affleure : peut-on jamais se remettre de la perte de la jeunesse ? Peut-on jamais faire autrement que tromper l’autre avec lui-même ? Vous le saurez en entrant dans cette complainte de l’amour tissée jusqu’à la douceur d’une nuit qui s’épuise au bar du Rosebud.
L’étrange huis clos, il convient de le noter, s’enlèvera sur les ailes de la Sonate en fa mineur, de Scarlatti, du Désormais, de Charles Aznavour, de My Heart Belongs to Only You, de Bobby Vinton, de Nous dormirons ensemble, de Jean Ferrat, de Could It Be Magic, de Barry Manilow, ou encore de How Deep is Your Love, de The Rapture. La tonalité du film ainsi soumise à votre appréciation.
« Chambre 212 », film français de Christophe Honoré. Avec Chiara Mastroianni, Vincent Lacoste, Benjamin Biolay, Camille Cottin. (1 h 27). Sur le Web : Distribution.memento-films.com/film/infos/101,
























