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Jours tranquilles à Paris

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3 avril 2019

La lettre politique de Laurent Joffrin

Trois hirondelles pour la liberté

Les démocraties vont mal, motif d’angoisse. Mais les dictatures vont-elles si bien ? Ou, plus exactement, les régimes semi-autoritaires qui s’imposent ou perdurent un peu partout dans le monde. Trois fragiles hirondelles ont pris leur envol récemment. Elles ne font pas le printemps de la liberté ; elles montrent que la vie des autocrates qui concurrencent nos vieux régimes fatigués n’est pas non plus toute rose.

En Algérie, Abdelaziz Bouteflika, jusqu’ici accroché comme une momie à son fauteuil de grabataire présidentiel, vient d’en être chassé par une insurrection populaire et pacifique, qui a vu l’armée céder à la rue pour garder l’essentiel. Rien n’est joué. La coalition opaque des militaires et des prévaricateurs du FLN fera tout pour rester en place. Mais elle a dû baisser pour la première fois la garde et débarquer l’un des siens pour sauver les autres. Résultat fragile mais résultat tout de même. L’avenir s’entrouvre pour l’Algérie.

En Turquie, Recep Tayyip Erdogan, qu’on pensait inexpugnable, vient d’essuyer une série de cinglants échecs dans les dernières élections municipales, perdant même la ville qui l’avait promu au premier rang, Istanbul, rampe de lancement de son ascension. Rien n’est joué. L’opposition est réprimée, divisée, disparate ; la religiosité turque est une garantie pour le parti du président ; la peur du désordre peut encore donner un long bail au sultan turc. Mais le peuple s’est dépris de sa fascination pour l’islamiste impérieux. L’avenir s’entrouvre pour la Turquie.

Au Venezuela, Nicolás Maduro résiste encore, jusqu’au dernier Vénézuélien qui restera dans un pays ruiné et affamé, où les révolutionnaires, faute de réaliser le grand soir, ont produit la grande nuit des pannes d’électricité géantes. Rien n’est joué. Appuyé lui aussi sur l’armée, qui hésite à le lâcher, le terne successeur de Chavez s’accroche au pouvoir à coups de mesures tyranniques, mais le jeune président de l’Assemblée continue son combat, malheureusement entaché par l’éléphantesque soutien de Donald Trump. L’avenir s’entrouvre au Venezuela.

Ainsi la démocratie qu’on dénigre quand on en bénéficie continue de faire rêver ceux qui en sont privés. Elle est comme l’air des villes. On se plaint qu’elle est polluée. Mais si cet air vient à manquer, on étouffe.

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3 avril 2019

Abdelaziz Bouteflika

3 avril 2019

Algériens / Gilets Jaunes

3 avril 2019

Théâtre

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3 avril 2019

Laetitia Casta

casta33

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3 avril 2019

Brexit : les Vingt-Sept sont-ils prêts à accepter un nouveau report au 22 mai ?

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Par Cécile Ducourtieux, Bruxelles, bureau européen

La première ministre britannique a dit vouloir réclamer un nouveau délai court, le temps de trouver une solution d’union nationale avec le camp travailliste. Les Européens sont sceptiques.

Comme souvent, Donald Tusk fut le premier à réagir. « Soyons patients, même si, après la journée d’aujourd’hui, nous ne savons toujours pas à quoi ressemblera la fin », a tweeté le président du Conseil européen, juste après l’annonce de Mme May, mardi 2 avril. La première ministre britannique, à qui les Vingt-Sept ont déjà accordé un report du Brexit du 29 mars au 12 avril, a dit vouloir réclamer un nouveau délai court, jusqu’au 22 mai, le temps de trouver une solution d’union nationale avec le camp travailliste.

S’agit-il d’une forme d’assentiment de la part d’un dirigeant connu pour son approche conciliante à l’égard des Britanniques ? Pas totalement, à en croire d’autres sources bruxelloises : plutôt un « wait and see » poliment troussé. « Ni la Chambre des communes ni la première ministre n’ont apporté de la clarté, les Vingt-Sept doivent encore patienter et voir ce qui sort finalement du débat politique à Londres. Pour M. Tusk, toutes les options restent possibles : un accord, le no deal, un report long du Brexit, et une révocation de l’article 50 », souligne un diplomate européen.

Enfin, un accord transpartisan à Londres, pour ratifier, enfin, l’accord de retrait et esquisser une relation future ? La plupart des Européens ont du mal à y croire, à dix jours d’un « probable » no deal (selon la Commission européenne). La confiance est désormais quasi-nulle à Bruxelles, Mme May et le reste de la classe politique britannique ayant multiplié les faux espoirs. Dernière grosse déception en date : les Vingt-Sept espéraient qu’une majorité finirait par émerger, lundi 1er avril à la Chambre des communes, pour un Brexit doux et le maintien du Royaume-Uni dans l’union douanière. Ce ne fut pas le cas, à trois voix près.

Cirque britannique

Ce n’est pas la première fois que Theresa May tend la main à Jeremy Corbyn, le chef de file des travaillistes. En janvier par exemple : à l’époque, M. Corbyn avait réclamé qu’elle exclue le « no deal » de ses scénarios, et la tentative de dialogue en était restée là. Jusqu’à présent, chacun des deux dirigeants est resté campé sur sa logique : l’unité de son parti à tout prix.

« Pourquoi Corbyn l’aiderait-il maintenant ? » s’interroge un diplomate bruxellois, très dubitatif. Echaudés par trois mois de « cirque » britannique, les Européens attendront de toute façon la missive que Mme May s’est engagée à envoyer à Bruxelles, avant le Conseil spécial Brexit du 10 avril, où elle « indiquera une voie à suivre » : demande de report long, avec engagement à participer aux élections européennes, no deal, etc.

Si Mme May arrive, le 10 avril, avec un accord transpartisan enfin voté à la Chambre des communes, les Vingt-Sept devraient lui accorder sans problème le nouveau report du Brexit au 22 mai. Cette date butoir, la veille du début des élections européennes (elles se tiennent du 23 au 26 mai), faisait déjà parti des scénarios envisagés lors du Conseil « Brexit » du 21 mars.

« Aura-t-on vraiment le choix ? »

Mais quelle sera l’attitude des Vingt-Sept, si le 10 avril, Mme May vient les mains presque vides, sans accord bouclé, avec sa seule demande d’un report court au 22 mai ? Les avis étaient très partagés à Bruxelles mardi soir, augurant d’une discussion serrée entre capitales dans les prochains jours. « Je ne crois pas qu’on le lui accordera », estimait un diplomate proche des discussions du Brexit. « Tout porte à croire qu’on va plutôt vers un report long, jusqu’à fin 2019, conditionné à la participation des Britanniques aux élections européennes. Pour éviter aux Vingt-Sept d’avoir à se retrouver sur Bruxelles en urgence, à chaque caprice de la classe politique britannique », ajoutait un collègue.

« Aura t-on vraiment le choix ? », nuançait cependant un troisième. Car à mesure que l’hypothèse du « no deal » se concrétise, certains parmi les Vingt-Sept paraissent soudain très prudents, et pas prêts à sauter de la falaise le 13 avril au matin. Emmanuel Macron a continué à tenir des propos plutôt martiaux, mardi : « Il revient au Royaume-Uni de présenter un plan alternatif crédible, soutenu par une majorité, d’ici le 10 avril pour éviter [le no deal] ». Faute de quoi, « il aura de facto choisi de lui-même de sortir sans accord. Nous ne pouvons éviter l’échec à sa place ».

Mais les Irlandais paniquent et les Allemands alertent sur les risques économiques et les implications géopolitiques d’un « no deal ». « Je travaillerai jusqu’à la dernière minute à l’éviter », avait déjà prévenu la chancelière Merkel au lendemain du conseil du 21 mars. Aucun des Vingt-Sept ne voulait prendre la responsabilité d’un non-accord ce jour-là, assure une source bruxelloise haut placée. « L’Union ne poussera jamais dehors un de ses membres », estime un officiel européen.

3 avril 2019

Helmut Newton

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3 avril 2019

En Algérie, l’armée a précipité la démission de Bouteflika malgré la résistance de son entourage

boute

Par Amir Akef, Alger, correspondance - Le Monde

Face aux pressions des militaires, le chef de l’Etat algérien a été contraint mardi, dans un « souci d’apaisement », d’anticiper son départ initialement annoncé d’ici à la fin de son mandat le 28 avril.

La retraite politique d’Abdelaziz Bouteflika aura finalement été plus rapide et chaotique que prévu. Alors qu’il avait annoncé lundi 1er avril sa démission « avant le 28 avril » – terme légal de son mandat – le président algérien a dû lâcher prise vingt-quatre heures plus tard sous la menace à peine voilée de l’armée qui, se prévalant du soutien de la rue, ne semblait guère apprécier les manœuvres dilatoires du clan présidentiel.

M. Bouteflika a rendu publique sa « démission » dans la soirée de mardi 2 avril en réponse à une sommation, quelques minutes plus tôt, du chef de l’armée, le général Ahmed Gaïd Salah, lui enjoignant de mettre en œuvre « immédiatement » les dispositions de l’article 102 de la Constitution. Ce dernier prévoit l’« empêchement » pour raison de santé ou la démission volontaire. La brutale accélération des événements a trahi l’existence d’un violent conflit au sommet de l’Etat entre l’entourage de M. Bouteflika et l’armée.

Faisant référence à cette épreuve de force, M. Bouteflika affirme dans sa lettre de démission remise au président du Conseil constitutionnel avoir pris sa décision en son « âme et conscience » dans le but de « contribuer à l’apaisement des cœurs et des esprits ». Son geste, a-t-il ajouté, « procède de [son] souci d’éviter que des excès verbaux qui marquent malencontreusement l’actualité ne dégénèrent en dérapages potentiellement dangereux ». Les formules soulignent en creux la virulence des affrontements qui ont déchiré ces derniers jours les cercles du pouvoir à Alger.

Tension au paroxysme

Entre l’armée qui voulait hâter le pas de la transition post-Bouteflika, soucieuse d’apparaître ainsi comme l’alliée du mouvement protestataire mobilisé depuis le 22 février, et le clan présidentiel s’efforçant de gagner du temps, la tension avait atteint ces derniers jours son paroxysme. Le chef de l’armée Gaïd Salah avait été exaspéré par la révélation d’une tentative de Saïd Bouteflika, le frère du président, de proposer à Liamine Zéroual, ancien chef de l’Etat (1994-1999), de prendre la direction d’un organe de transition. Saïd Bouteflika aurait recouru à cette fin à la médiation de l’ancien chef des services de renseignements, le général Mohamed Mediène, dit « Toufik »,

M. Zéroual a confirmé mardi la rencontre avec le général « Toufik » tout en précisant avoir décliné l’offre. Il prétend aussi avoir conseillé à l’ex-patron des renseignements, ennemi de longue date de Gaïd Salah, de « ne pas entraver le mouvement populaire » des Algériens qui « ont repris le contrôle de leur destin en main ».

La version de M. Zéroual, qui dément de fait les affirmations diffusées samedi par la chaîne Echourouk TV sur une implication des services français, est venue confirmer les assertions du chef d’état-major sur l’existence de manœuvres dilatoires de l’entourage de M. Bouteflika. Ces dernières, à l’initiative de Saïd Bouteflika, auraient visé à entraver la mise en œuvre de la solution préconisée par l’armée.

Dans un long communiqué rendu public mardi à l’issue d’une réunion des hauts responsables de l’Armée nationale populaire (ANP) au siège de l’état-major, le général Gaïd Salah a ainsi fait référence à des « réunions suspectes » pour « comploter contre les revendications du peuple et adopter des pseudo-solutions en dehors du cadre de la Constitution afin d’entraver les démarches de l’ANP ».

Authenticité contestée

Détail étonnant, Gaïd Salah conteste résolument l’authenticité du communiqué du 1er avril – « attribué au président de la République » – annonçant la démission du chef de l’Etat d’ici la fin de son mandat (28 avril). Ce communiqué, a-t-il assuré, émane « d’entités non constitutionnelles ». Dans ce cadre, Gaïd Salah charge sans ménagement l’entourage de M. Bouteflika qu’il qualifie de « bande ».

Il fustige en outre de « vastes opérations de pillage et de dilapidation » qui ont permis à une « poignée de personnes d’amasser des richesses immenses par des voies illégales et dans un court laps de temps, en toute impunité, profitant de leur accointance avec certains centres de décision douteux, et qui tentent ces derniers jours de faire fuir ces capitaux volés et s’enfuir vers l’étranger ». Le propos vise une dizaine d’oligarques, proches de Saïd Bouteflika, dont l’ancien patron des patrons, Ali Haddad, qui font l’objet d’enquêtes et de mesures d’interdiction de quitter le territoire.

Ce communiqué de Gaïd Salah, qui a précipité les événements, contenait enfin une menace implicite adressée au clan présidentiel qui s’employait à épargner à M. Bouteflika l’« empêchement » constitutionnel (article 102) proposé par le chef d’état-major dès le 26 mars. « Il n’y a plus lieu de perdre davantage de temps », a mis en garde Gaïd Salah qui a appelé à « appliquer immédiatement la solution constitutionnelle proposée, à savoir la mise en application des articles 7, 8 et 102 ».

Outre l’article 102 relatif à l’« empêchement » du chef de l’Etat, les articles 7 et 8 de la Constitution renvoient à la « souveraineté » et au « pouvoir constituant » du peuple, soit une main tendue au mouvement protestataire. « Notre décision est claire et irrévocable », a ajouté le général Salah. Dès lors, la pression sur le clan présidentiel est devenue trop forte. Une rumeur a même fait état d’une arrestation « imminente » des frères Bouteflika, Saïd et Nacer. Ces derniers ont cédé.

« Vacance » définitive de la présidence

Et maintenant ? La notification officielle de la démission au Conseil constitutionnel devrait être suivie d’un constat de « vacance » définitive de la présidence de la République, laquelle sera communiquée au Parlement. En vertu de l’article 102 de la Constitution, le président du Conseil de la nation – ou Sénat – Abdelkader Bensalah devrait en principe assumer l’intérim du chef de l’Etat pour une durée de quatre-vingt-dix jours au maximum au cours de laquelle des élections présidentielles devront être organisées.

Le recours « littéral » à l’article 102 implique également que la charge d’organiser le scrutin présidentiel reviendra à l’actuel gouvernement, nommé par M. Bouteflika. Or cette perspective est rejetée par les acteurs du mouvement populaire qui estiment inacceptable une application stricte de l’article 102. Celle-ci permettrait en effet aux figures du régime, Abdelkader Bensalah, président du Conseil de la nation (Sénat) et Noureddine Bedoui, premier ministre, de gérer la transition. Aussi la désignation d’un gouvernement de personnalités intègres issues du mouvement populaire exigerait-t-elle de déroger à cet article 102.

Dans une déclaration au HuffPost Algérie, l’avocat Mustapha Bouchachi, l’une des figures les plus en vue de la contestation, a qualifié de « d’acte positif » la démission du président Bouteflika mais, a-t-il ajouté, « tout reste à faire » car les « Algériens demandent le départ du système ». « Si l’on veut réellement “écouter le peuple” il faut appliquer l’article 7 [établissant que « le peuple est la source de tout pouvoir »] » a-t-il précisé en appelant à « entamer une transition » sous l’égide d’« un gouvernement d’union nationale ».

La sortie définitive de M. Bouteflika met désormais l’armée directement face aux exigences populaires. Les appels à manifester vendredi 5 avril continuent à être diffusés sur les réseaux sociaux.

3 avril 2019

Carlos Ghosn a ouvert un compte twitter

3 avril 2019

Milo Moiré

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