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Jours tranquilles à Paris
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18 octobre 2019

Espoir le matin, coup de pompe à midi… La dernière ligne pas tout à fait droite du Brexit

Par Cécile Ducourtieux, Londres, correspondante, Virginie Malingre, Bruxelles, bureau européen

Il a fallu six jours de discussions entre Bruxelles et Londres pour accoucher d’un traité de divorce. Reste à savoir si cet accord à une chance d’être approuvé par les députés britanniques.

Il est à peine 18 heures, jeudi 17 octobre. Boris Johnson rentre dans une salle de presse pleine à craquer, au deuxième étage du Justus Lipsius, le bâtiment qui abrite le Conseil européen, à Bruxelles. Tout le monde veut voir « Boris », qui a réussi, contre toute attente, à décrocher son « deal » le matin même.

« Nous avons un superbe accord », assure le premier ministre britannique, toujours aussi énergique. « Nous avons un bon “deal” », confirme la chancelière allemande Angela Merkel, deux salles à côté, à sa manière, plus sobre. Tout le monde semble content. Soulagé au moins.

Les textes de l’accord de divorce entre l’Union européenne (UE) et le Royaume-Uni viennent d’être rendus publics ; les diplomates des pays membres n’ont même pas eu le temps de les lire. Certains s’inquiètent. Tous les négociateurs savent que le diable se cache dans les détails. Et, tout le monde en a conscience, le plus dur reste à faire : que le « deal » soit approuvé par les députés britanniques. « Je ne suis pas responsable de la ratification par la Chambre des communes. C’est le travail de Boris », lance pince-sans-rire, Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne.

Montagnes russes

Le Luxembourgeois n’a pas beaucoup dormi. « J’ai téléphoné deux fois à Boris pendant la nuit », a-t-il confié. Car jusqu’au milieu de matinée, rien n’était plié. Sur la fin, les négociations européennes ressemblent souvent à cela : des montagnes russes. Espoir le matin, coup de pompe à midi, regain d’espoir en fin d’après-midi, découragement en soirée… La dernière ligne droite du Brexit n’a pas dérogé à la règle.

Mercredi soir, le « deal » semblait à portée de mains. Les négociateurs s’étaient entendus sur les sujets majeurs des contrôles douaniers, du droit de veto nord-irlandais et de la déclaration politique censée esquisser la relation future entre le Royaume-Uni et ses ex-partenaires de l’UE. Restait la question de la TVA.

Mais jeudi matin, le Democratic Unionist Party (DUP) nord-irlandais a estimé qu’« en l’état », les conditions n’étaient pas réunies pour qu’un accord soit viable. Or sans les unionistes protestants, Boris Johnson n’a aucune chance de faire ratifier le texte à la Chambre des communes… « Il y aura un “deal” ou il n’y aura pas de “deal” », commentait-on, laconiquement, au Conseil jeudi en fin de matinée. Il y a donc eu « deal ».

Cela peut paraître long : c’est en réalité extrêmement court. Il n’aura fallu que six jours de discussions entre Bruxelles et Londres pour accoucher d’un traité de divorce. Le deuxième. Le premier, celui de Theresa May, agréé à l’automne 2018 après dix-huit mois de négociations, est mort au printemps. A trois reprises, la Chambre des communes l’a rejeté. « C’est un peu injuste », commente un proche des pourparlers, côté bruxellois. « Mais s’il y en a un qui peut vendre un accord à la Chambre des communes, c’est Boris », poursuit cette source.

Boris Johnson n’a choisi de s’engager sérieusement dans les discussions avec Bruxelles qu’au début du mois d’octobre, après avoir davantage mené campagne au Royaume-Uni, en vue d’élections générales à venir, que fait le siège des institutions européennes. Quand il est arrivé à Downing Street fin juillet, des sources bruxelloises glissaient qu’il ne serait pas question de lui donner, à lui, ce qui avait été refusé à Theresa May, appréciée pour sa droiture et son sérieux.

Concessions de Boris Johnson

Et pourtant… La rencontre décisive fut celle entre le chef du gouvernement irlandais Leo Varadkar, garant avec Londres de l’accord du Vendredi saint – signé en 1998, il a apporté la paix sur l’île – et Boris Johnson, le 10 octobre à Wirral, dans le nord-ouest de l’Angleterre, dans un manoir reconverti en home de luxe pour réceptions huppées.

C’est là que le premier ministre britannique a fait ses concessions les plus importantes. Plus question d’accorder un droit de veto sur une solution nord-irlandaise au DUP ; pas question non plus de tolérer des contrôles douaniers entre les deux Irlandes.

C’est aussi à Wirral que M. Varadkar a fait un pas décisif, et donné un signal au reste de l’UE, en acceptant la ligne rouge de Londres. L’Irlande du Nord pourrait rester dans une union douanière britannique, si tant est qu’une frontière n’apparaisse pas entre la province britannique et la République d’Irlande, membre de l’UE. De cette manière, l’intégrité du territoire britannique serait respectée après le divorce, conformément à la volonté des Brexiters et du DUP.

Le 11 octobre, avec l’assentiment de Michel Barnier – le négociateur en chef de l’UE pour le Brexit –, les Européens sont entrés dans un « tunnel » de négociations, alors qu’une semaine plus tôt, ils avaient presque fait une croix sur un accord avant l’échéance du 31 octobre.

Passer à autre chose

Trois ans après le référendum sur le Brexit, ils veulent passer à autre chose et ne savent plus ce qui, d’un troisième report ou du « no deal », les angoisse le plus. « Quelle que soit la manière dont on les regardait, les perspectives n’étaient pas meilleures que ce que l’on pouvait avoir maintenant. Elles pouvaient même être pires », commente un diplomate.

Les Européens vont donc, à leur tour, faire une concession : accepter que le dispositif imaginé pour l’Irlande du Nord puisse être remis en cause, dans quelques années, par les élus de la province britannique. Sous condition : le DUP ne doit pas être le seul arbitre. « On ne va pas tout bloquer pour un territoire qui compte 1,5 million d’habitants et qui n’est pas une zone économique particulièrement dynamique », s’exclame alors un proche des négociations.

Le week-end est studieux, mais infructueux. Enfermés au Berlaymont (le siège de la Commission européenne), les négociateurs ne profitent pas du beau soleil qu’il fait à Bruxelles. Et dimanche soir, Michel Barnier annonce qu’il reste « beaucoup de travail ». Les experts et les médias, eux, se découragent : à ce train, on n’aura jamais fini avant le Conseil des 17 et 18 octobre, qui doit entériner l’accord si on veut un Brexit au 31 octobre comme l’a promis Boris Johnson.

barnier

L’ultimatum de Michel Barnier

Car durant un sommet il n’est plus question de négocier, disent les diplomates, mais de trancher. Certes, les trois quarts de l’accord obtenu par Theresa May – sur le traitement des citoyens européens, Euratom, etc. – sont inchangés, mais il faut rédiger un texte légal pour l’union douanière nord-irlandaise, et réécrire la vingtaine de pages de la déclaration politique, qui esquisse la relation future entre l’UE et le Royaume-Uni.

Tout le monde a envie d’en finir avec ce dossier qui empoisonne la vie européenne depuis trois ans. Lundi passe, mardi, mardi soir… Un ultimatum de M. Barnier à minuit ce soir-là n’est pas respecté par Londres, mais les négociateurs ont finalement bien avancé et les signaux positifs se multiplient.

Les dernières heures de discussions sont éprouvantes. Mercredi, les négociateurs n’ont pas beaucoup dormi, ils ont encore mangé des pizzas dans les bureaux de la Commission.

Ils continuent pourtant d’éplucher les quelques points encore en contentieux. Dans ce contexte, le programme du Conseil européen n’est pas arrêté, il est suspendu aux négociations en cours. Entre la guerre menée par la Turquie contre les Kurdes en Syrie, la mise en place laborieuse de la nouvelle Commission de Bruxelles, ou encore le budget pluriannuel européen, le sommet des dirigeants de l’UE ne manque pourtant pas de matière.

De mémoire de diplomate, on n’a jamais vu ça : un Conseil européen, dont on ne connaît pas le déroulé, la veille. « On connaît les briques, pas leur agencement », confie un diplomate. Comme ses collègues, il devra ajuster trois fois son programme dans la journée, en raison d’une réunion des ambassadeurs des Vingt-Sept sans cesse retardée. Prévue à 14 heures, elle s’est finalement tenue à 19 h 30. Michel Barnier y explique que les discussions ne butent plus que sur la question de la TVA, un sujet apparu sur le tard.

Céder du terrain sans perdre le soutien des Brexiters durs

A Dublin, très bon baromètre de la négociation, le ton reste très prudent. En début d’après-midi, mercredi, « il y a un chemin vers un possible accord, mais beaucoup de points encore à résoudre », précise M. Varadkar, après un coup de fil à M. Johnson.

Cela bloque aussi à Londres, où le premier ministre britannique est engagé dans un exercice difficile : céder du terrain aux Vingt-Sept sans perdre le soutien des Brexiters durs, dont les voix sont indispensables pour qu’un accord passe à la Chambre des communes – les dix élus du DUP à Westminster et l’aile droitière des tories, membres de l’European Research Group (ERG). Ils ont rendez-vous quasi quotidiennement au 10 Downing Street depuis le week-end. Mercredi encore, Arlene Foster, la patronne du DUP, et Nigel Dodds, son adjoint, ont été aperçus sortant de la résidence du premier ministre. Steve Baker, éminent membre de l’ERG, et quelques collègues, ont eux aussi revu M. Johnson. Il leur a dit dans l’après-midi, à sa manière fleurie, que « le sommet est en vue, mais il reste dans les nuages ».

En fin d’après-midi, les feux repassent au vert, côté Bruxelles. En direct de Toulouse, où il assiste avec Angela Merkel à un conseil des ministres franco-allemand, le président français, Emmanuel Macron, parle de la possibilité de conclure « dans les prochaines heures ». « Nous sommes dans les derniers mètres de négociations », lâche la chancelière allemande Angela Merkel, d’ordinaire très prudente.

Côté Européens, des proches des négociations expliquent que le DUP a cédé. Mais à Londres, le Parti unioniste reste silencieux. La seule information un peu concrète, c’est cette livraison, en fin d’après-midi, d’une pleine caisse d’oranges et de chips aux oignons à Downing Street…

Jeudi matin, l’accord à peine annoncé, toutes les attentions bruxelloises sont déjà tournées vers l’après. Ce « deal » a-t-il la moindre chance d’être approuvé à la Chambre des communes ? A l’automne 2018, pour la finalisation de l’accord de Theresa May, l’heure était à l’optimisme. Mais après un an de chaos à Wesminster, elle est désormais à l’extrême prudence.

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14 octobre 2019

La lettre politique de Laurent Joffrin

prsident tunisie

Pour la Tunisie

La nouvelle n’est pas très bonne. Mais à y réfléchir, elle n’est pas si mauvaise. A une forte majorité, les électeurs tunisiens ont porté au pouvoir un juriste austère et conservateur, Kaïs Saïed, qui présidera désormais aux destinées du pays où s’est déclenché le printemps arabe. Ce président, qui veut marier, pour faire court, la démocratie à l’occidentale avec «l’identité arabo-musulmane», suscitera difficilement l’enthousiasme des progressistes. Il défend des conceptions sociétales plutôt réactionnaires, par exemple en approuvant les lois prohibant l’homosexualité ou celles qui prévoient que la femme reçoit en héritage la moitié des biens dévolus aux hommes. On fait mieux en matière de modernisme.

De la même manière, la participation a été faible, et lors des élections législatives qui ont eu lieu entre-temps, le parti islamiste Ennahda est arrivé en tête (avec 18% des voix et une participation encore plus faible qu’à la présidentielle).

Mais si l’on s’arrêtait là, on appliquerait à la jeune démocratie tunisienne des critères européens quelque peu iréniques et condescendants. Comme si la Tunisie était une vieille République à la suisse où les coutumes démocratiques et laïques sont à l’œuvre depuis des générations. La République française, pour prendre un exemple, a mis un bon siècle à se stabiliser, après d’innombrables soubresauts et retours en arrière. Elle est mal placée pour donner des leçons à un pays longtemps colonisé (par la France), puis soumis au nationalisme autoritaire d’un Bourguiba et, surtout, à la dictature cruelle et minutieuse de Zine el-Abidine Ben Ali.

En comparaison des pays voisins, la Tunisie est un havre de paix et de liberté. La Constitution est respectée, la campagne électorale, quoique baroque (l’un des principaux candidats est resté en prison jusqu’à trois jours du scrutin), a été pacifique, la presse est diverse, les différents concurrents ont tenu meeting sans violence, ils se sont librement exprimés à la télévision, etc. Rien à voir avec la Libye voisine, en guerre civile, ou avec l’Egypte, soumise à une dictature militaire. Quant à l’Algérie et le Maroc, ces pays ont le plus grand mal à se débarrasser des scories autoritaires de l’oligarchie militaire (à Alger) ou de la monarchie traditionnelle (à Rabat). Ne parlons pas des théocraties osbcurantistes d’Arabie Saoudite ou d’Iran. La Tunisie offre l’exemple rare d’un pays musulman qui laisse sa place au pluralisme, à la liberté d’expression, à l’Etat de droit et à la liberté de conscience.

Le nouveau président est conservateur en matière de mœurs. Mais il a aussi un programme de démocratisation décentralisée et jure solennellement que lui, constitutionaliste respecté, compagnon de route du printemps tunisien, respectera scrupuleusement la Loi fondamentale. Si tel est le cas, il reviendra à l’opposition progressiste de s’organiser pour convaincre une majorité de Tunisiens de la suivre. Ce qui est le jeu normal. On pourra légitimement critiquer tel ou tel aspect du mandat qui commence. On se gardera de le juger de haut.

LAURENT JOFFRIN

president tunisien

10 octobre 2019

Griveaux et Villani, les frères ennemis en pleine bataille à Paris

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Par Denis Cosnard

Pour l’emporter, chacun des deux rivaux macronistes tente d’obtenir le ralliement de Pierre-Yves Bournazel et le soutien du MoDem.

Drôle de coïncidence. Samedi 12 octobre, Benjamin Griveaux et Cédric Villani réunissent l’un comme l’autre leurs troupes pour les galvaniser et les lancer à l’assaut de Paris, à cinq mois des municipales. Et surprise, les frères ennemis du macronisme ont choisi pour l’occasion deux lieux distants d’à peine 300 mètres, au bord du canal Saint-Martin, un quartier branché du nord-est parisien. Comme des jumeaux jamais loin l’un de l’autre.

Les angles d’attaque des deux candidats en compétition semblent néanmoins diamétralement opposés. Samedi, Benjamin Griveaux a donné rendez-vous aux 240 « relais de quartier » de La République en marche (LRM). Un pour chacun des micro-quartiers identifiés par Mounir Mahjoubi, l’ex-concurrent de Griveaux devenu son allié dans la course à l’Hôtel de ville. « C’est à cette échelle-là que demain, nous pourrons agir pour améliorer la propreté, la sécurité ou renforcer la solidarité, en redonnant du pouvoir aux maires d’arrondissement », affirme Mounir Mahjoubi.

Dès à présent, c’est à ce niveau-là que les militants du parti présidentiel sont incités à mener campagne. Avec l’aide d’un site internet lancé jeudi et d’une appli spécifique (Quorum), ils vont tenter de recruter de nouveaux partisans, et d’établir un diagnostic ultra-local : quels sont les lieux de deal, les coins de rue à mieux nettoyer, etc. ?

Cédric Villani a au contraire choisi de voir « Paris en grand ». Après avoir sondé les maires de communes voisines, il veut débattre samedi de l’extension de la ville avec des experts et 350 militants, tester sur eux ses propositions. A ses yeux, Paris intra muros n’est plus l’échelon pertinent pour traiter les problèmes des transports ou de la pollution. Comme en 1860, « Paris a vocation à s’agrandir encore, en intégrant des communes limitrophes en tant que nouveaux arrondissements », déclarait-il dès avril. Aujourd’hui, il souhaite ainsi « renouer avec la grande histoire de Paris ».

Deux salles, deux ambiances, deux visions des priorités pour la capitale. Il va falloir s’y habituer : entre les deux députés LRM qui briguent le fauteuil d’Anne Hidalgo, la confrontation est partie pour durer. Sans doute jusqu’au premier tour des municipales, le 15 mars 2020. Voire jusqu’au deuxième, où les triangulaires et les quadrangulaires sont autorisées.

Curieuse cohabitation

Curieuse cohabitation entre figures du même parti. Globalement, les deux hommes se réclament de valeurs identiques (progressisme, lutte contre la pollution…), même si Cédric Villani est un peu plus marqué à gauche que Benjamin Griveaux. L’un joue à fond la carte du scientifique de haut vol, capable de moderniser la ville avec des solutions innovantes, prêt à choisir certains de ses colistiers par tirage au sort. L’autre se veut pragmatique, terre à terre, mais connaissant à fond ses dossiers.

En public, ils se refusent à dire du mal l’un de l’autre, d’autant que leur idole commune, Emmanuel Macron, a fait de la « bienveillance » une valeur clé. Derrière, leurs équipes se lâchent. « Villani n’a pas de programme, pas d’idée, il serait temps qu’on puisse saisir le sens de sa démarche », tacle un proche de Benjamin Griveaux. « Son équipe est composée de beaucoup d’ex-socialistes et de militants frustrés de ne pas avoir eu le poste qu’ils visaient », ajoute un autre. Et quand le candidat officiel de LRM préconise de mieux réguler les trottinettes, le porte-parole de Villani le corrige illico : « La première mesure à prendre sur l’écologie n’est certainement pas de réduire les mobilités douces ».

Après l’investiture accordée à son poulain Benjamin Griveaux, Emmanuel Macron a bien tenté de dissuader Cédric Villani d’entrer en dissidence. Peine perdue. Le candidat malheureux des primaires est désormais parti sous sa propre bannière. Sans le soutien d’un appareil partisan, il s’est doté d’une équipe de campagne, d’un siège prêté par un généreux bienfaiteur sur l’île de la Cité, de relais dans tous les arrondissements – le dernier comité local, celui du 8e, vient d’être constitué. « Cédric continue à organiser des dîners pour lever des fonds, et l’argent rentre », ajoute son directeur de campagne, Baptiste Fournier.

Un temps, les hiérarques de LRM ont espéré que Cédric Villani finirait par rentrer dans le rang. Benjamin Griveaux lui a tendu la main, ouvert les bras. Aujourd’hui, il n’y croit plus. Les sondages de septembre, attribuant à Villani 15 % des intentions de vote et le plaçant en troisième position derrière la maire socialiste sortante et le candidat officiel de LRM, ne peuvent qu’inciter le mathématicien à poursuivre l’aventure. De même que l’absence de sanction du parti. Et chaque jour qui passe rend plus chimérique le parachutage d’un « troisième homme » qui amènerait les deux adversaires macronistes à s’effacer. D’autant que le premier ministre Edouard Philippe a refusé d’endosser ce rôle.

Guerre de positions

Dans les deux camps, chacun espère sans y croire que le candidat adverse chutera dans les sondages, et se retirera. Pour l’heure, les partisans de Benjamin Griveaux observent avec plaisir les débuts de campagne un peu chaotiques de Villani, les yeux parfois hagards, incapable de formuler un discours clair sur le logement, évoquant les « Guignols de l’info » pour célébrer la mémoire de Jacques Chirac. « Son équipe le surprotège, ils ont peur de ce qu’il peut lâcher en public », cingle un proche de Griveaux. L’ancien porte-parole du gouvernement n’est pas à l’abri des dérapages pour autant. Et il sait qu’il pâtit d’une image difficile à corriger d’homme arrogant, parfois violent : celui qui, en privé, traite ses concurrents d’« abrutis », de « fils de pute », etc.

Dans cette guerre de positions, qui prendra l’ascendant sur l’autre ? Peut-être celui qui suscitera des ralliements. C’est l’enjeu des semaines à venir. Les deux macronistes mènent actuellement une intense campagne de séduction auprès du MoDem. Le mouvement de François Bayrou n’a pas encore fait son choix pour Paris. « On finalise d’abord notre projet, on discutera ensuite », indique Maud Gatel, la présidente du parti dans la capitale. « Le Modem fait partie de la majorité présidentielle et souhaite l’alternance à Paris, il a donc vocation à rejoindre Benjamin Griveaux, veut croire un de ses soutiens, le sénateur LRM Julien Bargeton. C’est le candidat le plus sérieux pour battre Anne Hidalgo. »

Pierre-Yves Bournazel a droit lui aussi à une double danse du ventre. Depuis plusieurs mois, ce député juppéiste rallié à Macron avance sous ses propres couleurs. Rêvant de devenir maire de Paris, il fait équipe avec plusieurs élus de droite qui ne se reconnaissent plus dans Les Républicains, comme le maire du 15e Philippe Goujon. Mais les sondages n’accordent pour l’heure à ce troisième candidat macroniste que 5 % à 6 % des intentions de vote.

Si la courbe ne se redresse pas, il pourrait renoncer. Sans précipitation. « Pour se retirer, il faut être certain de ne plus être une solution », confie-t-il. Nul ne sait s’il rejoindrait alors Cédric Villani ou Benjamin Griveaux. Les deux ne cessent de lui faire passer des mots doux, et semblent prêts à lui laisser la tête de liste dans son fief, le 18e. Lui qui se voyait comme l’homme capable de gagner Paris en réconciliant centre droit et centre gauche pourrait, à défaut, jouer les faiseurs de roi.

24 avril 2017

Emmanuelle Béart et Stanislas Nordey - Théâtre du Rond Point ( j'y vais demain soir)

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Mystificateur et génie / Erich von Stroheim par WebTV_du_Rond-Point

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ERICH VON STROHEIM

de : Christophe Pellet, mise en scène : Stanislas Nordey, avec : Emmanuelle Béart, Thomas Gonzalez, Laurent Sauvage, en alternance avec* : Victor de Oliveira

SYNOPSIS

*Victor de Oliveira remplacera Laurent Sauvage les 25 et 26 avril et les 4, 5, 6, 10, 11, 12 et 13 mai

Cette histoire privée est celle de l’humanité.

Emmanuelle Béart est cette femme qui va droit au but. Elle veut un enfant. Autour d’elle, deux hommes, paumés. Nordey met en scène les troubles tangibles d’individus fissurés qui cherchent réparation.

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4 octobre 2019

LE BOUQUET DE TULIPES DE JEFF KOONS DÉVOILÉ DANS LES JARDINS DES CHAMPS-ELYSÉES

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Par Ève Beauvallet - Libération

Trois ans après avoir été offerte par l'artiste à la ville de Paris pour symboliser l’amitié franco-américaine au lendemain des attentats de 2015, l'œuvre monumentale et sujette à polémiques va finalement être inaugurée ce vendredi.

Qu’observera-t-on le plus vendredi après-midi, lors de l’inauguration du «cadeau» de Jeff Koons enfin installé dans les jardins des Champs-Elysées, trois ans après son offre ? La monumentalité du présent (60 tonnes socle compris et 13 mètres de haut) et sa façon de s’inscrire dans le paysage du Petit Palais et de la place de la Concorde ? L’esthétique même de ce Bouquet of Tulips dont on présage déjà des vertus fédératrices (les twittos les plus créatifs parlent élégamment d’un «bouquet d’anus») ? Ou le nombre de fronts en train de perler et de sourires un peu trop crispés, à l’issue de mois entiers de polémiques enflammées autour du pourcentage exact de poison contenu dans le bouquet ?

Emplacement symbolique

En apparence, tout va mieux. C’est aussi qu’on part de très loin. Le «présent» de Jeff Koons avait été annoncé en novembre 2016, sous l’impulsion de l’ambassadrice des Etats-Unis à Paris, à l’époque Jane Hartley, pour symboliser l’amitié franco-américaine au lendemain des attentats de 2015. Mais très vite était pointé le lien somme toute ténu entre le quartier ultrachic d’implantation ciblé et ceux des attentats. Le bouquet, en effet, ne devait pas être implanté dans le XIe arrondissement mais dans le XVIe arrondissement, entre le musée d’Art moderne de la ville de Paris et le Palais de Tokyo. Un emplacement hautement symbolique, aux allures de consécration artistique, dont l’adjoint à la Culture de la ville de Paris lui-même, Bruno Julliard à l’époque, s’était opposé au choix. En janvier 2018, une tribune assassine publiée dans les pages de Libération pointait cette tentative d’auto-légitimation tout en alertant sur l’opacité des financements (privés pour la production mais publics pour l’entretien), les dérives du mécénat (aucune consultation, aucun appel d’offres alors qu’il s’agit d’une œuvre d’espace public) ou la valorisation d’un artiste incarnant les logiques spéculatives de l’art marchand.

Depuis, Bruno Julliard a claqué la porte au nez d’Anne Hidalgo qui, elle, a toujours totalement soutenu le projet. En remplacement : Christophe Girard, lequel alors accélère la résolution d’un feuilleton politico-culturel qui commence à faire tousser sur le plan diplomatique. Trouvons un autre emplacement. Les services du cabinet de Françoise Nyssen – ministre de la Culture de l’époque – insistent sur la Villette. L’architecte Bernard Tschumi souligne des problèmes techniques, notamment liés à la hauteur. Soupir de soulagement de Jeff Koons. Et des mécènes aussi : le financement de l’œuvre par des fonds privés est conditionné au prestige du lieu proposé et à celui du public chic et touristique qui fréquente les environs. C’est finalement l’emplacement derrière le Petit Palais qui finit par accorder les élus, les architectes des bâtiments de France et la Commission du Vieux Paris. Et Jeff Koons bien sûr, à qui il n’a pas échappé que le lieu jouxtait celui de la Fiac… «L’art de Koons étant essentiellement commercial, placer la sculpture à proximité d’une foire est plus approprié», cinglait dans nos pages Stéphane Corréard, à l’initiative de la pétition «Non merci, Jeff Koons» qui a agrégé 4 000 signatures.

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Le coût du cadeau ?

Restait à rassurer sur le coût exact du cadeau pour le contribuable. Les études techniques supplémentaires dues aux polémiques topographiques (1 million d’euros) ont entièrement été payées par Jeff Koons lui-même. Comme les frais de production à hauteur d’1 million encore – les 3,5 autres millions que coûtent la production et l’installation étant réglés par les mécènes réunis par les ex-galeristes Emmanuelle et Jérôme de Noirmont (les Français Xavier Niel ou LVMH bénéficieront ainsi des réductions d’impôts prévus par la loi Aillagon sur le mécénat). Quant à l’entretien, Christophe Girard le répète à longueur d’interviews : il incombe à la ville, mais dans la mesure où l’artiste cédera ses droits de reproduction (cartes postales, produits dérivés, etc.) à hauteur de 20% à la municipalité et de 80% aux associations de familles des victimes des attentats, tout est bien qui finit bien. Après d’âpres négociations néanmoins, si l’on en croit une enquête publiée par les Jours, faisant état des réticences initiales de Jeff Koons à céder ses droits plus de vingt-cinq ans.

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22 septembre 2019

Affaire Karachi: Renvoi d’Edouard Balladur et de François Léotard devant la Cour de justice de la République

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Affaire Karachi: Le parquet requiert le renvoi d’Edouard Balladur et de François Léotard devant la Cour de justice de la République (L’Express)

Rebondissement dans l’affaire du financement de la campagne présidentielle d'Édouard Balladur en 1995. L'Express révèle ce soir sur son site Internet que le ministère public a requis le 12 juillet dernier le renvoi de l'ancien Premier ministre et de son ministre de la Défense, François Léotard, pour être jugés devant la Cour de justice de la République (CJR).

L’Express rappelle que les deux hommes avaient à l’époque la haute main sur les contrats d'armement signés par la France avec l'Arabie saoudite et le Pakistan. Ils auraient « concouru à la préparation et à la réalisation » d'abus de biens des sociétés chargées de fabriquer et commercialiser ces armes en permettant notamment que de grosses sommes d'argent soient « retirées en espèces » via des commissions remises à un « réseau d intermédiaires inutiles »- parmi lesquels le fameux Ziad Takkieddine.

Qui plus est, Édouard Balladur est soupçonné d'avoir bénéficié « d'une partie du produit de ces délits ». Entre les deux tours de l'élection présidentielle, après avoir été vaincu au premier tour par Jacques Chirac, 10 millions de francs de l'époque (plus de 1,5 million d'euros) avaient en effet été déposés en liquide sur le compte de campagne du Premier ministre sortant. Les juges d'instruction estiment que les commissions, gigantesques et curieusement payées de manière anticipée, ont bénéficié à Edouard Balladur en dépit des démentis que ce dernier a constamment opposé à ces soupçons.

Pour rappel, c’est désormais à la commission d'instruction de la CJR de décider si Edouard Balladur et François Léotard seront jugés lorsd'un procès qui pourrait se tenir dans les prochains mois.

13 mars 2017

Fillon : my tailor is rich

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S’il en était besoin, le candidat LR est habillé pour la campagne. Subalterne à bien des égards, l’affaire des costumes à 5 000 euros pièce est un fâcheux symbole. François Fillon a bien le droit d’enrichir son tailleur comme bon lui semble. L’ennui, c’est que la facture a été réglée par quelqu’un d’autre. Un proche munificent ? Un admirateur ébloui ? Dans ce cas, on reste dans la bizarrerie privée, même s’il est un tantinet maladroit de se faire offrir des cadeaux onéreux en pleine élection présidentielle. Mais si le généreux donateur – pas très content, apparemment, puisqu’il se plaint de n’avoir pas été remercié – est un quelconque PDG ou un milliardaire sans lien étroit avec le candidat, la question du conflit d’intérêts se pose aussitôt. Un détail soulevé par des opposants malintentionnés ? Peut-être, mais on sait qu’en matière vestimentaire, c’est le détail qui tue.

Le même jour, Fillon présente la nouvelle mouture de son programme, qui n’a rien de vraiment nouveau : un projet de rupture libérale déjà connu, qui alignerait la France sur la norme occidentale, recul de l’Etat, retraite encore retardée, marché du travail flexibilisé, imposition moins dure aux plus aisés, etc. C’est là que l’affaire des costumes prend valeur d’emblème. Ce programme de rupture est-il aussi un programme pour riches ? Lesquels n’auraient alors que gratitude envers le gentilhomme en veste forestière, phénix des hôtes de ces bois dont le ramage et le coûteux plumage s’accordent si bien ? Un seul exemple : Fillon prévoit de supprimer l’impôt sur la fortune et d’accroître le taux de la TVA. Les plus favorisés paieront moins et le vulgum pecus un peu plus. Toujours le même raisonnement : pour que tout aille mieux en France, il faut que les riches soient moins pauvres et les pauvres moins riches. Article de Laurent Joffrin - Libération

4 mars 2017

AURAY Gare. Concertation publique autour du Pôle d'échanges

auray gare

Le projet du Pôle d'échanges multimodal actuellement en concertation. (Image de synthèse : cabinet Arep)

L'élaboration du Pôle d'échanges multimodal (Pem), à la gare, entre dans une nouvelle étape. La communauté de communes Aqta lance une phase de concertation avec des réunions publiques organisées sur le territoire.

Brec'h le 13 mars, à 19 h, à la mairie annexe ; Auray le 6 avril à 19 h, au centre culturel Athéna ; Quiberon le 14 avril à 19 h, à la Maison des associations.

Paris à 2 h 40

La communauté de communes, Auray Quiberon Terre Atlantique (Aqta), lance une phase de concertation avec le public pour présenter le projet du Pôle d'échanges multimodal (Pem) à la population.

Dans quelques mois, la gare ne sera plus qu'à 2 h 40 de Paris et devrait recevoir jusqu'à 1,4 million de passagers par an à l'horizon 2030, soit une augmentation de 93 %. Un flux que la gare actuelle d'Auray n'est pas en capacité d'absorber. Aqta travaille depuis plusieurs mois, avec le concours de l'État, la Région, le Département, SNCF Gares & Connexions et SNCF Réseau à la définition du futur Pôle d'échanges multimodal. La phase de concertation peut commencer.

« Nous ne pouvons nous passer de l'avis, des retours des usagers, riverains, commerçants, entreprises du territoire sur un projet aussi structurant », explique Fabrice Robelet, vice-président en charge du Pôle d'échanges multimodal, des transports et des déplacements. « Nous allons déployer, à partir du 1 ermars, et jusqu'au 15 avril prochain, un ensemble d'actions et d'outils d'information et de concertation. Une présentation du projet envisagé, ainsi qu'un registre d'observations seront mis à disposition du public au siège d'Aqta, porte Océane, aux heures d'ouverture, du lundi au vendredi. Nous mettons également en ligne un site Internet dédié (*). Nous invitons également ceux qui vivent et travaillent sur la communauté de communes à venir échanger lors des trois réunions d'informations publiques organisées à Brec'h, Auray et Quiberon. Enfin, des panneaux de sensibilisation au projet seront installés vendredi à la gare », indique encore Fabrice Robelet. « Le projet n'est pas arrêté. Nous pouvons encore le faire évoluer. D'où cette concertation ».

Début des travaux en 2018

La phase de concertation sera close le 15 avril et l'avant-projet défini fin avril. Le bilan de la concertation sera présenté au conseil communautaire de mai. Début des travaux en 2018, pour une première mise en service en 2020.

www.gare-auray-quiberon.fr

11 septembre 2019

Le chef indien Raoni : « Je suis fatigué de toutes ces promesses qui n’aboutissent pas »

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Par Nicolas Bourcier, Claire Mayer, Sabah Rahmani

A 88 ans, le célèbre cacique indigène kayapo de l’Amazonie brésilienne vient de terminer une tournée en Europe lors de laquelle il a rencontré le président français.

A 88 ans, Raoni Metuktire, le célèbre cacique indigène kayapo de l’Amazonie brésilienne, vient d’achever une dernière tournée en Europe où il a rencontré le président français et participé à Bordeaux à la cinquième édition du festival d’écomobilisation Climax. Peu avant son intervention devant plusieurs centaines de participants, samedi 7 septembre, il s’est livré au Monde pendant près d’une heure.

Vous avez laissé entendre que ce déplacement était votre dernier voyage. Est-ce exact ?

Oui, je vais arrêter. J’ai des problèmes de santé. Quand je marche ici, j’ai mal aux genoux, je dois prendre des médicaments. Je suis un peu trop vieux maintenant  : mes petits-enfants vont continuer. J’ai des neveux qui sont toujours avec moi, ils vont continuer eux aussi à lutter pour notre peuple.

En Occident, on vous perçoit comme le chef de tous les peuples d’Amazonie. Comment vivez-vous cette charge ?

Petit, mon père me racontait des histoires entre les peuples indigènes et les Blancs. J’entendais toujours qu’il y avait des guerres entre mes ancêtres et le peuple blanc. J’ai grandi différemment. Aujourd’hui, je pense qu’on devrait faire un travail de paix avec l’homme blanc. Je ne veux plus que les Blancs se battent contre les Indiens, je ne veux plus de conflits. Voilà pourquoi je fais ce travail. Il y a d’autres leaders indigènes brésiliens qui œuvrent de la même manière, comme Davi Kopenawa ou Ailton Krenak.

Récemment, vous avez appelé à la destitution du président brésilien Jair Bolsonaro. Pourquoi ?

Parce qu’avant d’arriver au pouvoir, Jair Bolsonaro disait que les Indiens n’avaient pas besoin de terres et qu’ils n’avaient pas besoin d’exister en tant qu’Indiens. On a besoin d’un président qui sache parler à tous les peuples, un président de paix.

Jair Bolsonaro a dit aussi à la télévision qu’il fallait récupérer l’or de la terre des Indiens, extraire le bois et occuper leurs sols. Nous, on continuera à défendre nos terres. J’aimerais bien que ce soit Bolsonaro en personne qui vienne sur nos terres pour voir ce qu’il se passe !

Dans le nord du Brésil, des groupes d’indigènes prennent les armes pour résister aux chercheurs d’or et aux coupeurs de bois. Est-ce une solution pour protéger vos terres ?

Je pense que c’est une solution de prendre les armes. Il faut que l’on agisse nous-mêmes en retirant les Blancs de nos territoires et en faisant en sorte qu’ils n’y reviennent pas. C’est légitime. La loi brésilienne d’ailleurs l’autorise, elle va dans notre sens. C’est comme si quelqu’un rentrait chez vous !

C’est cette violation des droits des peuples autochtones qui motive votre combat ?

J’ai besoin de protéger mon peuple et protéger ma terre, parce que la déforestation avance de plus en plus vers notre territoire. J’ai parlé avec le président français pour qu’il appuie le projet de renforcer la délimitation de notre territoire avec l’idée de mettre en place une sorte d’arc de protection afin que les Blancs identifient cette limite et ne la franchissent pas. Nous voulons qu’une route soit créée pour que cette délimitation soit vraiment visible.

Avez-vous reçu des assurances de l’Etat français ?

Le président Macron va appuyer notre projet avec des financements qui seront envoyés à l’Institut Raoni au Brésil (ONG créée en 2001 et présidée par Raoni) pour mener ce travail de délimitation. Cette somme devrait être d’un million d’euros.

Vous avez effectué une tournée européenne au printemps durant laquelle vous aviez déjà rencontré Emmanuel Macron et d’autres chefs d’Etat. Que vous ont-ils promis ?

Ils nous ont promis un soutien, avec des aides financières pour que l’on puisse protéger notre communauté et renforcer la démarcation de notre territoire, dans le parc national du Xingu. Normalement, on devait recevoir cette somme un mois plus tard. On l’attend encore.

Les gens du gouvernement français ont parlé avec moi. En fonction d’autres documents administratifs dont on a besoin, le versement prendra plus de temps et devrait mettre six mois, m’a-t-on dit. Mais je ne suis pas d’accord, c’est trop long ! Je suis fatigué de toutes ces promesses qui n’aboutissent pas.

Vous avez rencontré d’autres caciques à Climax. Est-il possible de rassembler les luttes indigènes ?

Tous les leaders indigènes du Brésil sont très mécontents de la façon dont Jair Bolsonaro s’exprime. Mon idée est de former un groupe avec plusieurs chefs indigènes pour envoyer un message fort au président brésilien et à la communauté internationale. Nous devons faire un manifeste avec tous les leaders indigènes brésiliens afin de le remettre Jair Bolsonaro et voir s’il respectera nos demandes.

Vous avez obtenu en 1993, de haute lutte, la démarcation de vos terres. Votre combat contre le barrage Belo Monte sur le fleuve Xingu n’a en revanche pas abouti. Les travaux devraient s’achever en 2020. Comment jugez-vous cet échec ?

Je n’ai jamais accepté ce barrage. Ce sont des Indiens qui habitent près de l’ouvrage qui l’ont accepté. Pourquoi ? Parce que les promoteurs ont promis des compensations financières. Pour ceux qui ont accepté, on a aujourd’hui l’impression que l’agent qu’ils ont reçu ne les a pas aidés. Certains travaillent désormais à couper le bois, d’autres cherchent de l’or. Les Indiens ont laissé les Blancs entrer. Ce barrage n’aurait jamais dû être construit.

Votre territoire est-il affecté en ce moment par les feux de forêts ?

Pas encore, mais les gens sont préoccupés que les feux arrivent jusque là-bas.

Travaillez-vous avec d’autres communautés autochtones ?

Compte tenu du peu de ressources financières que nous avons, nous pouvons uniquement nous concentrer sur notre territoire. Mais dès que nous recevrons l’argent, nous travaillerons avec d’autres communautés, c’est une certitude.

Le taux de suicide des jeunes indiens est seize fois supérieur aux non-Indiens, les assassinats de caciques se multiplient… Qu’est-ce qui est le plus important à vos yeux : obtenir plus de droits, plus d’argent ou plus de terres ?

La façon de vivre de l’Indien aujourd’hui est très différente de celle que j’ai eue. L’argent est arrivé dans nos communautés. Et pour vivre dans votre monde, l’Indien a besoin d’argent. Cette façon d’acheter des choses est arrivée jusqu’à nous, une nouvelle nécessité s’est créée à cause de cela. Avant, la femme et l’homme travaillaient ensemble, ils accomplissaient leurs tâches et n’avaient aucun besoin d’argent. Aujourd’hui, ce sont les relations financières qui priment.

7 septembre 2019

Récit - Brexit : récit d’une folle semaine entre Boris Johnson et le Parlement

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Par Enora Ollivier

Le premier ministre britannique avait commencé la semaine en position de force. Mais plusieurs épisodes l’ont affaibli et ont contrecarré son projet de « Brexit dur » le 31 octobre.

Boris Jonhson n’a cessé de le répéter : le Brexit aura lieu, quoi qu’il advienne, le 31 octobre. A l’issue de cette semaine riche en coups de théâtre et péripéties politiques, peut-il être toujours aussi affirmatif ? En quelques jours, après l’annonce très controversée de la suspension du Parlement pendant plusieurs semaines, le premier ministre, en poste depuis six petites semaines, a perdu sa majorité absolue et semé le doute dans son camp.

Lundi 2 septembre – L’avertissement de « BoJo »

Veille de rentrée parlementaire au Royaume-Uni. Devant le 10 Downing Street, Boris Jonhson fait une allocution de quatre minutes, sans que sa voix ne puisse couvrir intégralement le brouhaha : non loin de là, des manifestants clament « Stop the coup ! » pour dénoncer la décision du premier ministre de suspendre les débats au Parlement pendant cinq semaines avant le Brexit, fixé au 31 octobre.

Boris Johnson affiche sa fermeté face la colère qui bout également dans son camp. Il encourage les députés conservateurs qui menacent de voter « avec Jeremy Corbyn », le chef du Parti travailliste, à renoncer à leur projet et à ne pas demander « un autre report inutile » de la date de départ de l’Union européenne (UE). Le premier ministre assure qu’il négocie avec les Européens pour trouver un accord de sortie avant le 31 octobre – ce dont doutent très sérieusement l’opposition et les rebelles tories. Mais il insiste : « Je ne demanderai à Bruxelles de report dans aucune circonstance. Nous partirons le 31 octobre, il n’y a pas de “si” ou de “mais”. »

Mardi 3 septembre – La défaite et la purge

En pleine séance, lors de la prise de parole de Boris Johnson, le député conservateur Phillip Lee va s’asseoir sur les bancs des libéraux-démocrates. L’élu fait défection en direct, Boris Johnson perd sa majorité absolue, qui ne tenait littéralement qu’à un fil, lors de sa rentrée au Parlement : l’image, frappante, donne le ton de ce qui va être une semaine pour le moins éprouvante.

La Chambre des communes est en ébullition. Le député travailliste Hilary Benn dépose un projet de loi dont le but est d’empêcher une sortie de l’UE le 31 octobre sans accord. Le texte demande un report du Brexit au 31 janvier 2020 si, comme cela est probable, aucun accord n’est trouvé d’ici au 19 octobre (soit au lendemain du sommet européen décisif des 17 et 18 octobre).

Pour être étudié et soumis au vote, les opposants à un « no deal » doivent prendre le contrôle de l’ordre législatif. C’est chose faite dans la soirée quand une motion est adoptée par 328 voix contre 301. Une claque pour Boris Johnson, qui voit 21 conservateurs rebelles lui tourner le dos. Parmi eux : le petit-fils de Winston Churchill, neuf anciens ministres, dont l’ex-chancelier de l’échiquier (finances) et le « Father of the House », Kenneth Clarke, député depuis bientôt cinquante ans… Qu’importe, le premier ministre met ses menaces à exécution et ces 21 frondeurs sont aussitôt exclus de leur parti.

Après ce revers, Boris Jonhson n’a d’autre choix que de proposer des élections législatives anticipées. Mais une telle option requiert les deux tiers des voix des députés…

Au cœur de cette journée historique, une autre image, chargée de symboles, fait le tour des médias : la position du « leadeur » de la Chambre des communes, Jacob Rees-Mogg, allongé nonchalamment sur le banc du premier rang. L’opposition voit dans l’attitude de cet homme, « brexiter » convaincu, un symbole de la morgue et du mépris des institutions du gouvernement.

Mercredi 4 septembre – Nouvelle mise à l’épreuve

Retour dans la nasse pour « BoJo ». La loi visant à empêcher une sortie sans accord le 31 octobre est adoptée confortablement (327 voix contre 298), grâce à l’alliance de circonstance des travaillistes, des libéraux, des indépendantistes écossais et des désormais ex-tories « rebelles ». Le texte est transmis à la Chambre des lords, qui devrait l’adopter d’ici à lundi, avant la suspension du Parlement décidée par le premier ministre.

Boris Johnson encaisse un deuxième coup dur dans la journée : le rejet de la motion ouvrant la voix à des élections anticipées le 15 octobre. L’opposition juge la date dangereuse, à deux semaines du jour prévu du Brexit. Dans la Chambre des communes, Jeremy Corbyn pointe un « piège » et le « cynisme » du gouvernement.

Sur les bancs, l’ancienne première ministre, Theresa May, qui a démissionné après avoir échoué à faire voter par le Parlement l’accord de sortie négocié avec Bruxelles, ne se prive pas d’apparaître souriante au côté de Kenneth Clarke, l’ancien ministre et député élu depuis 1970, exclu la veille des tories pour rébellion. La purge de la veille pèse dans le camp conservateur…

Jeudi 5 septembre – Lâché par son frère Jo, Boris persévère

Pas de débats à la Chambre des communes en cette journée, ce qui n’empêche pas son lot de rebondissements. A la mi-journée, Jo Johnson, le frère de Boris Johnson, annonce qu’il quitte ses fonctions de ministre et de député. Opposé à un « no deal », favorable à un second référendum, il se dit « déchiré entre la loyauté à l’égard de [sa] famille et l’intérêt national ».

Dans le même temps, le premier ministre annonce pour lundi soir un nouveau vote sur la tenue de législatives anticipées, se mettant à nouveau au défi de réunir deux tiers des voix des députés.

« Je préférerais être mort au fond d’un fossé » plutôt que de demander un nouveau report du Brexit, déclare plus tard Boris Johnson, maintenant contre vents et marées sa position de fermeté.

Vendredi 6 septembre – Le « no deal » écarté, l’opposition toujours opposée à des élections en octobre

La loi empêchant un « no deal » est adoptée par la Chambre des lords. Le texte, qui doit être approuvé par la reine Elisabeth II lundi – une formalité – entrera en vigueur le même jour.

L’opposition, favorable sur le principe à des élections, a fait de l’assurance que le Brexit se fasse dans le cadre d’un accord avec l’UE un préalable. Pour autant, les partis concernés annoncent qu’ils rejetteront à nouveau la proposition de M. Johnson d’organiser des élections le 15 octobre, souhaitant que le gouvernement demande un report de la sortie de l’UE à Bruxelles.

10 février 2017

VANNES : Week-end Jane Birkin. Exposition d'un Vannetais toujours fan

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Article de Catherine Lozac'h

Pendant trois jours, le hall du Palais des arts accueille une exposition inédite. À travers des pochettes de vinyle, des affiches, des couvertures de magazine, la carrière de Jane Birkin se révèle.

Marc Leclanche est ce qu'on peut légitimement appeler un fan. « Le premier déclic a eu lieu en 1985. J'ai entendu une voix très haute à la radio. J'ai d'abord cru que c'était Nana Mouskouri... », se souvient-il en riant. « C'était " Quoi " chanté par Jane Birkin. »

Quelques années plus tard, le jeune Vannetais assiste pour la première fois à un concert de l'égérie de Serge Gainsbourg à Rezé. Le premier d'une longue série. « J'ai dû en faire une cinquantaine ». Paris bien sûr, mais surtout les dates bretonnes : Rennes, Saint-Brieuc, Nantes, Carhaix, Lorient, Fougères... Il manquait Vannes, jusqu'à ce week-end.

En parallèle des concerts, Marc Leclanche s'est lancé dans une collection autour de Jane Birkin. Ses tickets de concert bien sûr, mais surtout un impressionnant fonds de presse. « J'aime la personne. Je trouve que les couvertures de magazine révèlent des choses sur sa carrière, sur ce qu'elle est ». Toute jeune, elle pose en couverture de « Lui ». Un peu plus tard, son regard clair illumine les très sélects « Vogue » et « Elle ». « Elle est à la fois populaire et distinguée. Elle peut aussi bien être sur Télé 7 jours que sur Télérama ». On la suit également un peu partout dans le monde, de la Turquie au Japon en passant par le Liban.

Vannes, un aboutissement

« J'ai beaucoup fréquenté les vide-greniers... Et aujourd'hui je suis beaucoup sur Internet », explique-t-il. Documents originaux ou copies, ce qui compte pour le collectionneur est de retracer les étapes de la vie de l'artiste. Les pochettes de 45  tours voisinent ainsi avec les affiches de films.

Il y a tout juste 20 ans, Marc Leclanche avait montré sa collection balbutiante à Theix, puis à Nantes dans les coulisses d'un concert, plus récemment dans les belles vitrines du Palace à Paris, où Jane Birkin chantait pour la réouverture de cette salle mythique.

Bien sûr, depuis l'annonce de sa venue, enfin, à Vannes, Marc Leclanche avait des billets pour les trois rendez-vous du week-end. Mais il a dû attendre de pouvoir poser quelques jours de congés pour recréer son exposition au Palais des Arts. « J'ai vécu mes 32 premières années à Vannes, où j'ai toujours ma famille et où je reviens régulièrement. J'ai beaucoup de souvenirs d'enfance au Palais des arts ». Il a redécouvert le lieu avec plaisir.

La Bretagne au coeur

En plus des huit panneaux de sa collection de presse, il a préparé deux séries de deux documents supplémentaires. D'abord une plongée dans l'histoire bretonne de Jane Birkin à travers la presse locale. Ses liens avec Brest et les abers, son père, la première photo prise par sa fille Kate sur les dunes. Ensuite, une série de photos de Jane Birkin par les gens qu'elle aime, Kate à nouveau, mais aussi Gabrielle, sa meilleure amie, et même Marc Leclanche en 1997 à Brest. On y trouve aussi un petit mot d'Arno et une lettre de Françoise Hardy. « Chaque objet raconte quelque chose pour moi ». Bien des moments de la carrière de Jane Birkin évoqueront aussi des souvenirs pour chacun.

Pratique

À voir jusqu'à dimanche, dans le hall du Palais des Arts.

24 août 2019

Cerf-volant. Un week-end dans le vent à la barre d’Étel

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Ces samedi (aujourd'hui) et dimanche, à la barre d’Étel, « Tout ça, c’est du vent ! », première édition du festival du cerf-volant d’Erdeven, allie spectacle et art. Démonstrations, exhibitions et initiations (pilotage et construction) sont au programme. Mais aussi une compétition : l’événement se double de l’open de Bretagne, qualificatif pour le championnat de France. Rencontre avec « JC », cerf-voliste et coordinateur de l’événement, et Vincent Hinault, du club associatif ABC du Kite, professeur d’EPS et nouveau président du comité départemental de vol libre, initiateur et organisateur du festival.

D’où vient l’idée de ce festival ?

Vincent Hinault : « C’est parti d’une "déconnade ", " L’air de rien ", grâce au handi-kite. Les connexions se sont faites par le milieu du mono fil et ça a rayonné, avec l’aide de Marjorie Truchet, championne de France et membre du club, de Jean-Marie Cuzon, de Penvins Cerf-Volant, etc. L’idée a plu. Le site de la barre est connu, mais peu pratiqué car un peu isolé. C’est aussi pour ça qu’il est favorable. Et ça s’inscrit en phase avec les orientations de la fédération française de vol libre (FFVL) ».

Qui attendez-vous ?

Vincent Hinault : « Dans le milieu, chacun fait un peu son truc de son côté. L’événement vise à faire tomber les cloisons. C’est pourquoi, on préfère commencer modestement, mais l’open fera déplacer du monde de toute la Bretagne, de Rouen et d’ailleurs. On table sur une trentaine de compétiteurs. Visuellement, ça va être sympa et ça devrait attirer le public ».

JC : « On pourrait accueillir plus de monde en prévoyant logistique et hébergement. En pilotage, le niveau sera là ! On espère même un champion du monde. Il y aura des ateliers de construction et Alain Miquiaux animera des ateliers de pilotage. Le samedi, Philippe Machuel fera des démonstrations de pilotage seul de trois cerfs-volants, à la main, à l’épaule et au genou, etc. Il devrait y avoir aussi de grosses structures - ce sera la surprise ! - et les conditions s’annoncent bonnes.

Pratique

« Tout ça, c’est du vent ! », première édition du festival du cerf-volant d’Erdeven. Samedi et dimanche,

de 10 h 18 h, plage de Kerminihy, à Erdeven, côté barre d’Étel.

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24 août 2019

Amazonie en feu. Une crise diplomatique

Face à une forêt amazonienne ravagée par les flammes, les grands dirigeants européens ont tapé du poing sur la table, vendredi, Emmanuel Macron accusant son homologue brésilien Jair Bolsonaro d’avoir « menti » sur ses engagements en faveur de l’environnement.

L’ampleur des feux qui ravagent la plus vaste forêt tropicale de la planète préoccupe le monde entier. Selon l’Institut national de recherche spatiale (INPE) du Brésil, il y a eu près de 2 500 nouveaux départs de feu en l’espace de 48 heures dans l’ensemble du Brésil. La déforestation, qui avance rapidement, en est la principale cause.

Une série de manifestations a été lancée à travers le monde en faveur du poumon « en feu » de la planète. Des rassemblements ont eu lieu à Londres, Barcelone, Genève, Amsterdam… Vendredi soir, des manifestations devaient avoir lieu à São Paulo et Rio.

Devant « l’inaction de Jair Bolsonaro face au changement climatique, y compris sur les incendies », la France dira « non » au traité de libre-échange controversé entre l’UE et le Mercosur, a prévenu la présidence française, à la veille du sommet du G7, qui se tient, de samedi à lundi, à Biarritz. 

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« Bolsonaro a menti »

« Compte tenu de l’attitude du Brésil ces dernières semaines, le président de la République ne peut que constater que le président Bolsonaro lui a menti lors du sommet (du G20, ndlr) d’Osaka », a déclaré, vendredi, l’Élysée, estimant que « le président Bolsonaro a décidé de ne pas respecter ses engagements climatiques ni de s’engager en matière de biodiversité ».

Auparavant, le chef de l’État brésilien avait accusé son homologue français de « mentalité colonialiste » pour avoir appelé à discuter des feux au Brésil lors du sommet de Biarritz, en son absence.

Dans l’urgence, les conseillers diplomatiques des chefs d’État « se mobilisent pour avoir des initiatives concrètes pour l’Amazonie, qui pourraient se matérialiser au G7 », selon la présidence française.

L’Irlande a elle aussi menacé de voter contre l’accord avec le Mercosur. Le Premier ministre britannique, Boris Johnson, s’est dit « extrêmement soucieux » et la chancelière allemande, Angela Merkel, a réclamé que cette « situation d’urgence aiguë » figure en bonne place au menu des discussions du G7.

« Pas la réponse appropriée »

Un porte-parole du gouvernement allemand a cependant fait savoir que la décision du président français Emmanuel Macron de s’opposer à l’accord entre l’Union européenne et le Mercosur n’était pas « la réponse appropriée » aux incendies dans la forêt amazonienne au Brésil. « L’échec de la conclusion de l’accord Mercosur ne contribuerait pas à réduire le défrichement de la forêt tropicale au Brésil. »

L’armée contre les incendies ?

Le président brésilien Jair Bolsonaro, sous forte pression internationale, « penchait », vendredi, pour l’envoi de l’armée en Amazonie afin de lutter contre les incendies. Plus tôt dans la semaine, ce climato-sceptique assumé avait déclaré avoir des « soupçons » sur une responsabilité des ONG dans les feux en Amazonie. Il avait également accusé les gouverneurs des États amazoniens « de ne pas avoir levé le petit doigt » contre les incendies et même de « connivence ».

29 janvier 2017

Vanity Fair Mexique

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Pour son nouveau numéro, Vanity Fair Mexique a choisi de mettre Melania Trump en couverture… en train de manger des diamants.

C’était la fausse bonne idée du jour. Pour son numéro de février 2017, Vanity Fair Mexique a jugé intéressant de mettre en couverture Melania Trump en train de tranquillement manger un plat de spahetti… de diamants. Une Une pour le moins étonnante, voire même choquante, étant donné que son mari, devenu président des Etats-Unis, Donald Trump est actuellement en train de négocier la construction d’un mur à la frontière séparant le Mexique des Etats-Unis.

Réalisé par Douglas Friedman, ce shooting, qu’on peut juger de mauvais goût, a de quoi choquer tant par ce choix de mettre Melania Trump en couverture, que par son côté ultra bling bling.

27 janvier 2017

Auschwitz

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Auschwitz (en allemand : Konzentrationslager Auschwitz Prononciation du titre dans sa version originale Écouter, « Camp de concentration d'Auschwitz ») est le plus grand complexe concentrationnaire du Troisième Reich, à la fois camp de concentration et d'extermination. Il est situé sur le territoire des localités d'Oświęcim (Auschwitz en allemand) et de Brzezinka (Birkenau en allemand), annexées au Reich (province de Silésie) après l'invasion de la Pologne.

Ces camps de concentration et d'extermination, dirigés par les SS, sont créés le 27 avril 1940 par Heinrich Himmler1 et libérés par l'Armée rouge le 27 janvier 1945. En cinq années, plus de 1,1 million d'hommes, de femmes et d'enfants meurent à Auschwitz, dont 900 000 immédiatement à la sortie des trains qui les y transportaient. 90% de ces personnes étaient juives. Ces victimes, de ce que les nazis appelèrent la « solution finale », furent assassinées dans les chambres à gaz ou parfois par arme à feu, mais elles moururent aussi de maladies, de malnutrition, de mauvais traitements ou d'expériences médicales.

En raison de sa taille, Auschwitz est considéré comme le symbole des meurtres de masse commis par les nazis et plus particulièrement comme celui de la Shoah, au cours de laquelle près de six millions de Juifs furent assassinés.

Comme les autres camps de concentration nazis, Auschwitz était sous les ordres de Heinrich Himmler et de la SS. Le responsable du camp fut le SS-Obersturmbannführer Rudolf Höss (du 1er mai 1940 au 1er décembre 1943, puis de nouveau entre mai et septembre 1944), remplacé entre temps par Arthur Liebehenschel, et ensuite par Richard Baer.

Monument historique et culturel majeur, qui contribue au « devoir de mémoire », Auschwitz est inscrit depuis 1979 (3e session du Comité du patrimoine mondial) au patrimoine mondial en Pologne de l'UNESCO.

6 novembre 2016

LUI Magazine : des photos sensuelles en plein automne...

Frédéric Beigbeder, directeur de la rédaction du magazine Lui, est heureux de faire le portrait de Pauline Lefèvre, "la fille en couverture". Seins nus devant l'objectif de Michel Sedan, elle pose, sublime, en tenue d'Eve ou presque. Quelques bijoux Van Cleef & Arpels accompagnent son shooting photo sensuel, elle qui est l'égérie de la grande marque de joaillerie. L'ancienne miss météo de Canal+ s'inscrit dans une longue lignée de comédiennes qui ont joué le jeu de l'érotisme pour Lui : Audrey Fleurot, Marie-Ange Casta, Marie Gillain, Léa Seydoux...

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28 mai 2016

A Verdun, sous la forêt, les plaies

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Cent ans après la terrible bataille qu’Angela Merkel et François Hollande commémoreront dimanche, la forêt de Verdun recrache toujours corps et obus de la Grande Guerre.

Pour Gérald Colin, cette forêt de Verdun est un miracle. Au lendemain de ­l’armistice du 11 novembre 1918, la région de Verdun ressemblait à un paysage lunaire. « Sur le plan végétal, c’est l’année zéro, atteste le biogéographe Jean-Paul Amat. Les bois, les vignes et les vergers sont ravagés. Les arbres, décapités par les obus, ne sont plus que des chandelles. »

Plus de 80 000 morts sous terre

En 1919, l’Etat crée une zone rouge le long de la ligne de front allant de la mer du Nord à la Suisse. L’agriculture est ­interdite dans la région de Verdun. Mais très vite, la nature reprend ses droits. Coquelicots, bleuets et marguerites reviennent. Les troncs que l’on croyait morts bourgeonnent à nouveau. L’Etat propose alors de reboiser. Levée de bouclier des anciens combattants : « Ce serait manquer de respect aux morts. Laissons-les dormir en paix. Ne permettons pas aux racines de les broyer une fois de plus », s’indigne l’un deux en 1930, dans le Journal des mutilés et combattants.

Dix ans passent, les ronces ont envahi le champ de bataille. Les pèlerins, pour la plupart des gueules cassées, souvent très handicapés, ne peuvent plus accéder aux monuments érigés à la mémoire des soldats. L’argumentaire du forestier Jean-Baptiste Allaire, ancien combattant de Verdun, va mettre tout le monde d’accord. Selon lui, le débroussaillage est trop onéreux, seule une forêt permettra d’éliminer les mauvaises herbes. « Les anciens combattants réalisent que bientôt, on ne comprendra plus le champ de bataille », raconte Jean-Paul Amat.

Près de 30 millions d’arbres sont plantés entre 1929 et 1936. Aujourd’hui, le massif forestier s’étend sur près de 10 000 hectares. Mais à l’ombre des résineux et des feuillus, certaines tranchées ont résisté au temps. Récemment, Gérald Colin en a trouvé une à l’Herbebois, au nord de la forêt de Verdun. Son œil aiguisé a tout de suite repéré des ossements à côté d’un trou. « Des pillards ont dû passer avec leur détecteur de métaux, creuser, prendre ce qui les intéressait, puis laisser les os là », affirme-t-il.

Selon le Mémorial de Verdun, plus de 80 000 morts dormiraient encore sous le sol de la forêt. Leurs corps n’ont jamais été retrouvés. Beaucoup d’entre eux ont été pulvérisés par les tirs d’artillerie. La plupart de leurs frères d’armes n’ont guère eu plus de chance. Les ossements d’environ 130 000 soldats inconnus, français et allemands, ont été placés pêle-mêle dans l’Ossuaire de Douaumont, un monument inauguré en 1932. Le squelette découvert en février 2016 à l’Herbebois par Gérald Colin pourrait recevoir une sépulture dans l’immense nécropole en contrebas, où reposent les corps de quelque 16 000 soldats français. A condition de l’identifier.

Trois semaines après la découverte, le diagnostic établi par le médecin légiste de l’hôpital de Verdun, Bruno Frémont, permettait juste d’établir qu’il s’agissait d’un Français. « Nous avons récupéré à proximité des ossements des cartouchières avec des balles Lebel, des morceaux de masque à gaz ainsi que la moitié de la plaque d’identité du soldat, précise-t-il. Je l’ai nettoyée avec du vinaigre, mais nous n’avons pas réussi à la déchiffrer. » Le médecin ne désespère pas. « L’autre moitié de la plaque peut être enterrée plus en profondeur. Elle peut aussi avoir été projetée à ­cinquante mètres de là, si le soldat a été percuté par un obus. Ce qui semble être le cas : le crâne est en miettes, les fémurs sont sectionnés. » Il faudrait creuser, mais seuls les archéologues y sont habilités. Or, faute de moyens, les fouilles sont rares dans ce secteur.

Des ossements de la forêt de Verdun, Bruno Frémont, 60 ans, en nettoie des dizaines tous les ans depuis 1975. « Mon père était médecin légiste. Avant que je ne sois diplômé, il m’emmenait avec lui dans la forêt pour identifier des squelettes », raconte-t-il. Il lui arrivait parfois de ramasser des ossements d’animaux. Au plus fort de la bataille, il y avait près de 250 000 chevaux dans la région de Verdun. Nombre d’entre eux sont morts durant les combats.

Fouilles, déminages et chasse au gaz

En 2013, le docteur Frémont est intervenu à la demande du procureur de la République sur une affaire d’une tout autre ampleur. Des touristes allemands avaient découvert des ossements sortant de terre, en lisière de forêt, à la sortie du village détruit de Fleury-Devant-Douaumont. Quelque 3 000 fragments osseux ont été comptabilisés. A l’issue des recherches, le docteur Frémont est parvenu à dénombrer vingt-six individus, dont dix corps entiers. Sept soldats avaient encore leur plaque d’identité. Seuls les corps de trois d’entre eux ont été réclamés.

97 ans après sa mort, un « poilu » retrouve sa famille

Le sol de la forêt de Verdun ne recrache pas que des corps. Chaque année, près de 10 tonnes d’obus sont extraites des sous-bois. Lorsqu’il a pris sa retraite, Daniel Gadois, 68 ans, ancien forestier, s’est proposé de continuer le travail d’inventaire qu’il avait commencé en 1998. Scrupuleusement, il note l’emplacement, la dimension et le poids de chaque obus trouvé. Une fois par semaine, le retraité conduit les ­démineurs sur les lieux où on lui a signalé la présence d’engins explosifs.

Depuis quelque temps, il a cessé de baliser les projectiles disséminés en bord de route. Faciles à repérer, ils sont ramassés par les collectionneurs de « militaria » (objets de guerre). Ceux-ci connaissent pourtant les risques : la plupart des contenus explosifs ou chimiques sont toujours actifs. « L’an dernier, un homme de 82 ans originaire de Meurthe-et-Moselle s’est blessé en manipulant un obus de 75 mm français », raconte Daniel Gadois. Les obus désactivés sont revendus sur eBay. Avec le centenaire de la Grande Guerre, le prix des casques et des armes de l’époque a considérablement augmenté.

L’ancien garde forestier estime qu’il faudra plusieurs siècles pour achever le nettoyage du champ de bataille. Il est surtout inquiet face à la dégradation des enveloppes d’obus à gaz, restées des années dans le sol humide. Des réactions chimiques inattendues ou des fuites de produits nocifs pourraient avoir à terme des effets dévastateurs sur l’environnement. Des associations écologiques ont alerté sur les dangers d’une clairière, la Place à gaz, située en forêt de Spincourt au nord-est de Verdun.

Sur ce site, après l’armistice, furent transportés puis neutralisés des centaines de milliers d’obus non explosés, dont quelque 200 000 munitions chimiques. Le sol regorge de métaux lourds (cuivre, plomb, zinc) mais surtout d’arsenic. Le lieu, aujourd’hui fermé au public, est bien connu des agents forestiers et des chasseurs qui ont pique-niqué là pendant des décennies. « L’ONF a demandé à ses agents de faire des prises de sang, reconnaît Joël Day, forestier à Verdun depuis trente-cinq ans. Comme j’y étais allé deux fois, j’ai passé les tests. » Aucune maladie n’a été détectée.

Les amoureux de la forêt de Verdun s’inquiètent de sa préservation après le centenaire. Début 2016, un appel à souscription national a été lancé pour la mettre en valeur. En 2014, elle a d’ores et déjà été classée « forêt d’exception ».

« Avec ce label, la forêt devient ­ doublement sacrée, assure le géographe Jean-Paul Amat. Sacrée par sa dimension mémorielle : la forêt est une nécropole que l’on préserve. Mais aussi par sa dimension environnementale : on protège la faune et la flore. Cent ans après la boucherie, l’Etat s’engage à ne pas déstabiliser les habitats des crapauds à ventre jaune et des chauves-souris ! »

Pour les cérémonies officielles du centenaire de la bataille de Verdun, la forêt a reçu un coup de propre. Les entonnoirs creusés par les obus ont été tondus, les lisières de forêt nettoyées, les boyaux de tranchées déblayés. Deux grenades ont été retrouvées près du parking du Mémorial de Fleury-Devant-Douaumont que François Hollande et Angela Merkel inaugureront ce dimanche 29 mai. La forêt de Verdun n’a pas fini de recracher les vestiges de la guerre. Source : extrait le Monde.

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16 septembre 2018

Affaires Fillon: L’enquête fragilise la défense de Pénélope Fillon (Le JDD)

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Après 20 mois d'enquête, la justice a accumulé contre l'ancien Premier ministre de nombreux indices, affirme ce matin Le Journal du dimanche. Des documents et témoignages qui pourraient entraîner sa comparution devant un tribunal correctionnel.

D’abord dans l'affaire des emplois contestés de son épouse. Le JDD relate les explications de François Fillon la semaine dernière devant les juges. "Le mode de fonctionnement de mon épouse dans l'équipe était pour l'essentiel oral", a justifié l’ex-candidat LR à la présidentielle de 2017.

Or, le JDD rappelle que, lors d'un interrogatoire précédent, le 29 mai 2017, il avait pourtant évoqué des "rapports écrits" par sa femme sur des sujets comme "la situation économique de la Sarthe", "le rôle des élus locaux" ou "l'aménagement du bocage sabolien". Il précisait que ces documents "n'ont pas été conservés", en soulignant que ses archives de parlementaire étaient détruites chaque année – une trentaine de cartons a cependant été retrouvée, mais rien ne correspond à de telles prestations.

Mais le JDD révèle que dans l'ordinateur de Penelope Fillon, les policiers ont déniché une note intitulée "pour Penny" et vraisemblablement rédigée par la secrétaire de son mari. Daté de janvier 2017, soit juste après les révélations du Canard enchaîné, le document énumère, à la première personne, les emplois occupés au fil des ans au côté de l'élu. "Juin 1997. Je commence à travailler en étant rémunérée par François, jusque-là c'était de façon informelle", peut-on notamment lire – l'enquête a démontré la fausseté de cette indication. Mme Fillon a assuré qu'elle n'avait "pas le souvenir" d'avoir écrit cette note, ajoute le JDD.

Dans le dossier des juges également, des temoignages concernant les activités de Pénélope Fillon. Les enquêteurs ont interrogé dans la Sarthe comme à Paris, des élus, des fonctionnaires, des journalistes. Il en ressort que Mme Fillon ne se montrait guère, manifestait peu de goût pour les activités politiques (bien qu'elle se soit fait élire au conseil municipal de Solesme en 2014) et la quasi-totalité ignorait qu'elle occupait un emploi d'assistante parlementaire.

Autre révélation du Journal du dimanche, concernant cette fois l’affaire des costumes, les enquêteurs ont établi que l’avocat Robert Bourgi avait offert, déjà en 2015, un costume Arnys facturé 5.180 euros (après soustraction d'une remise de 30%). Celui-là, contrairement aux 3 autres publiquement évoqués, n'a pas été rendu à l'avocat.

Il y a aussi la trace d’un smoking, payé en espèces en janvier 2014 au prix de 2.170 euros (réduction de 30% comprise). Ont également été exhumées, écrit le JDD, les factures de nombreuses chemises sur mesure, dont l'une pourrait avoir été réglée par Robert Bourgi, pour un montant de 2.480 euros en juillet 2012, soit peu après son départ de l'hôtel Matignon.

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26 septembre 2020

Tribune - « Ce n’est pas assagir Rimbaud et Verlaine, ni les récupérer à des fins partisanes, que de les faire entrer au Panthéo

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Par Collectif - Le Monde

Initiateurs d’une pétition en faveur de la panthéonisation des deux poètes, visant à honorer deux libertés mais aussi « à désinstitutionnaliser » ce lieu, l’éditeur Jean-Luc Barré et l’universitaire Frédéric Martel, soutenus par trois écrivains et par le dramaturge Olivier Py, répondent à leurs détracteurs dans une tribune au « Monde ».

Arthur Rimbaud et Paul Verlaine sont parmi les plus grands − sinon les plus grands − poètes de notre langue. Il se trouve qu’ils étaient aussi amants. Voilà pourquoi nous avons suggéré, avec un collectif d’intellectuels et d’écrivains du monde entier, leur entrée au Panthéon. La pétition initiale, soutenue par Roselyne Bachelot et neuf anciens ministres de la culture, a déjà été signée par plus de 5 000 personnes sur le site Change.org.

Nous savions qu’une telle initiative ferait débat, comme ce fut le cas pour Albert Camus. Mais nous n’imaginions pas qu’elle nous ramènerait un siècle en arrière, lorsque le beau-frère d’Arthur, Paterne Berrichon, s’évertuait à christianiser Rimbaud et à « hétéro sexualiser » nos deux « poètes maudits ».

Une « contre-pétition » lancée, le 17 septembre, dans Le Monde par quelques soixante-huitards forcément attardés et cosignée par un petit collectif de professeurs émérites, de catholiques et d’écrivains − certains fort respectables, au demeurant −, s’oppose aujourd’hui à cette « panthéonisation ». Fort bien ! Que l’on nous permette cependant de rappeler quelques-uns des arguments qui ont justifié cette démarche à l’esprit « zutique », laquelle a été depuis lors dénaturée et falsifiée à dessein.

Deux poètes maudits au Panthéon. Lieu censé accueillir les grandes figures de notre patrimoine national, pourquoi le Panthéon ne pourrait-il pas être également celui des poètes ? D’aucuns nous dirons Voltaire, Rousseau et Hugo, certainement, mais pas la bohème ! Les amants débraillés et vagabonds interdits de Panthéon parce qu’ils « conchiaient » les institutions ?

Plus de diversité au Panthéon

Cet argument est facile à retourner : il ne s’agit pas, à nos yeux, d’institutionnaliser Rimbaud et Verlaine ; il s’agit de « désinstitutionnaliser » le Panthéon ! La vie artiste, l’esprit critique, le blasphème, c’est aussi la France et son histoire. Ce n’est pas assagir Rimbaud et Verlaine, ni les récupérer à des fins partisanes, que de les y faire entrer ; c’est vouloir que ce temple laïque et républicain soit « multiplicateur de progrès ».

Nul besoin d’être trotskiste pour savoir qu’il faut toujours investir les institutions pour les faire évoluer de l’intérieur. Et s’il était interdit que nos auteurs fussent célébrés, il faudrait débaptiser sur-le-champ les collèges Rimbaud et les lycées Verlaine.

Des formules antipatriotiques écrites à 16 ans, des armes vendues à 30 (mais ni trafic d’armes ni vente d’esclaves), un peu trop d’absinthe, et voilà les gardiens du temple qui s’agitent. L’effet inattendu de leur contre-pétition est qu’elle est, à leur corps défendant, un outil fallacieux et anachronique servant la « cancel culture », cette maladie du déboulonnage de statues.

Au lieu de défendre l’ordre établi, ne pourrait-on faire évoluer le Panthéon comme on l’a fait pour le Nobel de littérature en l’attribuant à Bob Dylan ? C’est d’ailleurs inévitable. La République doit accueillir plus de femmes, mieux représenter les différences. Ce mouvement est en marche, comme le montrent les panthéonisations récentes d’Alexandre Dumas, de Geneviève de Gaulle-Anthonioz, de Simone Veil ou d’Aimé Césaire, dont certaines se sont faites symboliquement par une poignée de terre prélevée sur la tombe et par une plaque, sans le déplacement du corps. C’est à ce type de panthéonisation que nous rêvons : elle ferait joie aux instituteurs, hussards de la République, et illuminerait la jeunesse du monde entier qui le chante, de Santiago du Chili à la bande de Gaza. Rimbaud symboliquement rendu « à son état primitif de fils du soleil ».

Charlestown

Sans vouloir attenter au tourisme municipal du maire de Charleville-Mézières, il convient quand même de rappeler l’amour singulier de Rimbaud envers sa ville de naissance, « cet atroce Charlestown » comme il la qualifiait. A son professeur, il écrit : « Vous êtes heureux, vous, de ne plus habiter Charleville ! − ma ville natale est supérieurement idiote entre les petites villes de province ».

Que Rimbaud ait été enterré à Charleville contre son gré, qui en douterait ? Qu’il y demeure dans un caveau avec son ennemi, le farfelu Paterne Berrichon, est une cruauté de l’histoire. Pour cette seule raison, tout rimbaldien sincère devrait vouloir éloigner Rimbaud de Berrichon et de sa prison perpétuelle de Charleville.

Christ a souillé ses haleines ; il a aussi souillé ses reliques. Car la bataille qui se joue depuis sa mort est celle de son prétendu catholicisme. On rend Rimbaud esclave de son baptême ! Pour les contre-pétitionnaires, enlever un corps enterré et béni par le prêtre pour le placer dans le temple de la République est en soi un scandale. Nos débats sont un nouvel épisode de la vieille querelle entre Claudel et Breton.

Il n’y a pas de famille Rimbaud

Les écrivains rimbaldiens homosexuels (Aragon, Gide, Cocteau, Green, plus tard Pasolini ou Yourcenar) se sont élevés contre la lecture strictement catholique de l’œuvre. Face à eux, François Mauriac ou Jacques Maritain, aux mœurs moins avouées, obscurcissaient la sexualité de Rimbaud et Verlaine – exactement comme nos contradicteurs d’aujourd’hui. Rien de bien nouveau : cette contre-pétition est signée par les héritiers de Paterne Berrichon !

« POUR LES CONTRE-PÉTITIONNAIRES, IL S’AGIT DE MINORER, ET PARFOIS DE NIER, LA SEXUALITÉ DE RIMBAUD ET LA RÉALITÉ DE SA RELATION AVEC VERLAINE »

Qu’une arrière-arrière-petite-nièce de Frédéric Rimbaud, le frère d’Arthur, se découvre une mission de salut familial à cette occasion est assez cocasse. C’est pourtant sans rire qu’elle se dit chagrinée de voir son lointain ancêtre taxé de mauvaises mœurs. En tout cas, si hommage il doit y avoir, elle pose une condition : que ce soit sans Verlaine ! On la comprend, un « inverti » dans la famille c’est déjà beaucoup, mais deux au Panthéon, ça pourrait bien finir par faire couple.

Le plus loufoque, ici, est que cette prétendue représentante de la « famille Rimbaud » n’a, en réalité, aucun droit moral sur l’œuvre. De famille Rimbaud, il n’y a pas ! Cette dame appartient à la lointaine lignée du frère et pas à celle d’Arthur. Or c’est sa sœur Isabelle qui a hérité du droit moral, puis à sa mort, en 1917, son mari, le trop fameux Berrichon. Depuis 1922, ses héritiers détiennent le droit moral ; s’il n’en existe plus, il revient au Centre national du livre. « Et c’est ta famille ! » comme disait Rimbaud dans Age d’or.

Drôle de ménage

Ne nous cachons pas la vérité : les arguments contre l’entrée de Rimbaud et Verlaine au Panthéon tiennent pour l’essentiel à la question homosexuelle. C’est l’obsession de la majorité des contre-pétitionnaires, dont plusieurs sont proches de l’esprit de La Manif pour tous. Il s’agit de minorer, et parfois de nier, la sexualité de Rimbaud et la réalité de sa relation avec Verlaine. Lisons-les : ils nous accusent de vouloir imposer à Rimbaud et Verlaine un « pacs morbide » − l’expression, ignoble, rappelle le « sida mental » du regretté Louis Pauwels. Comment de présumés rimbaldiens et verlainiens peuvent-ils se laisser aller à une formule relevant de la pure homophobie ?

Alain Borer assure, péremptoire, dans le journal La Croix le 15 septembre : « Il n’est pas un chercheur honnête qui affirme que Rimbaud fût homosexuel. Les faits s’y opposent ». Et Olivier Bivort, « spécialiste » de Verlaine, de certifier de son côté à la RTBF : « On ne trouve rien dans leur œuvre qui soit une exaltation de la différence sexuelle (…). Ni Rimbaud ni Verlaine n’ont été dénoncés pour leurs préférences sexuelles ». Pierre Brunel, autre signataire, reste célèbre pour cette formule indépassable, que l’on trouve dans sa préface des Poésies complètes (Le Livre de Poche, 1998) : « L’homosexualité [de Rimbaud], trop complaisamment invoquée par la critique, n’explique rien, ou pas grand-chose ».

L’homosexualité de Rimbaud serait donc anecdotique, accidentelle, littéraire. Un égarement d’adolescent. Que nous révèlent les textes ? Toute son œuvre, depuis Un cœur sous une soutane jusqu’à « Vagabonds », en passant par « Le Cœur volé », « Bottom », « Fairy », « H », « Parade », « Antique » et, bien sûr, Une Saison en enfer, en particulier « Vierge folle » − le texte le plus important sur l’amour entre hommes de notre littérature −, est marquée par des références ou des préoccupations de cet ordre.

D’Yves Bonnefoy à Pierre Michon, de Robert Goffin à Steve Murphy ou Max Kramer, les rimbaldiens d’une autre « chapelle » universitaire l’assurent. La formule célèbre : « Je n’aime pas les femmes. L’amour est à réinventer, on le sait » ne dit pas autre chose. Qui relit l’Album zutique, par exemple le « Sonnet du trou du cul », « Jeune Goinfre », « Les Remembrances du vieillard idiot » ou « Les Stupra », sera édifié une fois pour toutes.

Le « concert d’enfers » de Verlaine avec Rimbaud est également un véritable « contrat d’alliance » sur ce sujet. Leur liaison est établie par d’innombrables témoignages et documents, dont le poème « Le bon disciple ». Dans les lettres « Reviens », de juillet 1873, Rimbaud écrit deux fois « Je t’aime » à Verlaine − une grande première entre deux écrivains dans l’histoire des lettres françaises.

« En même temps », mais pas « en couple »

Après leur relation, Rimbaud fut l’amant de Germain Nouveau ; Verlaine, qui fut marié, a connu une longue passion pour le tendre Lucien Létinois. Rimbaud aurait eu une « femme » en Abyssinie ? Il s’agit plutôt d’une domestique dont il écrit : « J’ai renvoyé cette femme sans rémission (…) J’ai eu assez longtemps cette mascarade devant moi ».

La magistrale biographie de Jean-Jacques Lefrère, Arthur Rimbaud, (Fayard, 2001), nous apporte bien des clés : l’homosexualité de Rimbaud est attestée ; son hétérosexualité non. Verlaine, encore : « Le roman de vivre à deux hommes/Mieux que non pas d’époux modèles (…) Scandaleux sans savoir pourquoi/(Peut-être que c’était trop beau)/Mais notre couple restait coi/Comme deux bons porte-drapeaux ». En réalité, le dossier est clair pour qui sait lire. Avant la lettre, Rimbaud et Verlaine ont chanté l’« amour encore mal défini ».

Rappelons enfin qu’il n’a jamais été question pour nous de faire entrer Rimbaud et Verlaine au Panthéon « en couple ». S’il s’est agi, comme nous le pensons, d’un amour fou et durable, il reste vrai que les amants se sont blessés et perdus de vue. Rimbaud s’est éloigné de son « Loyola ». Voilà pourquoi nous avons suggéré leur arrivée au Panthéon « en même temps », mais non pas « en couple ». Chacun aurait sa stèle ou sa plaque. Ce sont deux libertés en mouvement que nous voulons honorer.

Par-delà notre pétition, qui aura au moins permis de révéler au grand jour ce camp du déni et de l’ordre moral, une page blanche s’ouvre pour les études rimbaldiennes et verlainiennes. A nous maintenant, et à de nouvelles générations de chercheurs, de produire sans préjugés les recherches nouvelles que, « ô future vigueur », nos deux plus grands poètes méritent.

Jean-Luc Barré, écrivain et éditeur ; Michel Braudeau, écrivain, membre du jury du prix Médicis ; Frédéric Martel, écrivain et universitaire ; Angelo Rinaldi, écrivain, membre de l’Académie française ; Olivier Py, metteur en scène, directeur du Festival d’Avignon ; Edmund White, écrivain américain.

16 décembre 2016

In memorem : 16 décembre 2011 - Naufrage du TK BREMEN sur la plage de Kerminihy - Erdeven

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TK BREMEN

Voir mes précédents billets sur le TK Bremen :

Exposition à Erdeven     11/09/2015

TK Bremen. Des morceaux du cargo...  20/03/2013

Erdeven. Un petit souvenir du TK Bremen          24/01/2013

Plage de Kerminihy - "TK...         27/12/2012

TK Bremen : il y a tout juste un an !        16/12/2012

TK Bremen : une récompense pour la...               16/10/2012

Erdeven : après le TK Bremen   26/07/2012

Save the date : "Nu pour la...    26/07/2012

Erdeven : exposition TK BREMEN jusqu'au...     24/07/2012

Erdeven - "Je suis en WOUACANCES... 24/07/2012

Erdeven : l'hélice du TK Bremen à côté...             05/07/2012

Erdeven : le TK Bremen sur les bols...    22/06/2012

Le TK Bremen dans le cadre du Festival...            02/05/2012

Pour y accéder (après avoir noté les différentes dates) voir l'historique en cliquant sur le lien suivant : http://jourstranquilles.canalblog.com/archives/index.html 

Voir égaleme'nt mes billets au cours du mois de décembre 2011 : http://jourstranquilles.canalblog.com/archives/2011/12/index.html

5 novembre 2020

La femme idéale d’Helmut Newton

Il ne serait pas devenu un grand photographe sans elle. Helmut & June raconte un couple fascinant.

Par Françoise Dargent

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June et Helmut Newton lors de leur mariage. archives personnelles d’Alice Springs

Devant l’objectif, il les aimait grandes et sculpturales mais la femme idéale, Helmut Newton l’avait trouvée en la personne d’une jolie brune aux airs de jeune fille sage. Lorsque Helmut Neustâdter rencontre June Browne, il n’est encore qu’un petit photographe de mariage n’ayant même pas pignon sur rue à Melbourne où ce Juif berlinois a trouvé refuge après avoir fui, seul, l’Allemagne nazie alors qu’il n’avait même pas 18 ans. Une amie lui propose de photographier sa copine June. Derrière les clichés de ce photographe, June imagine découvrir un homme d’âge mûr et se retrouve face à un grand escogriffe de 26 ans qui lui baise la main.

3 novembre 2020

Macron sur Al-Jezira : une opération clarification bien calibrée

Par Hala Kodmani — Libération

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Entretien d'Emmanuel Macron à la chaîne Al-Jezira, samedi.

Lors d’une longue interview sur la chaîne qatarie, le président de la République a cherché à «apaiser les choses» après la flambée de colère dans le monde arabo-musulman, tout en défendant la liberté d’expression.

Reculade ou désescalade ? Les premières appréciations des commentateurs arabes sont partagées sur les propos tenus samedi par Emmanuel Macron dans son interview à la chaîne Al-Jezira. Tout comme les réactions sur les réseaux sociaux sont divisées entre compréhensifs et irrédentistes. Mais dans un espace public arabo-musulman en surchauffe depuis une quinzaine de jours contre la France, une retombée est globalement perceptible. Il est cependant trop tôt pour considérer que c’est un effet direct de la volonté d’apaisement recherchée par le président de la République en s’adressant aux musulmans dans le monde.

L’Elysée a en tout cas beaucoup investi dans l’opération «d’explication» de la position de la France par Macron, visé personnellement par les campagnes antifrançaises. Le choix d’Al-Jezira a été particulièrement bien pesé, pour «répondre aux contre-vérités qui ont accompagné les récents discours» du Président, selon l’Elysée. Non seulement en raison de la notoriété et de l’audience arabophone étendue de la chaîne basée au Qatar, mais parce qu’elle a été en pointe pour relayer les critiques antifrançaises à travers les pays arabo-musulmans.

«Nécessaire».

Sa couverture des manifestations violentes, de Karachi à Jérusalem, en passant par Beyrouth et Koweït, et sa reprise des appels au boycott des produits français, a rappelé la place d’Al-Jezira comme porte-voix d’un islam militant. Or, depuis samedi soir, la chaîne met en avant son «interview exclusive» avec Emmanuel Macron en titrant sur cette déclaration : «Je ne suis opposé ni à l’islam ni aux musulmans et ma position sur les caricatures a été déformée.»

Enregistrée à l’Elysée au lendemain de l’attentat meurtrier dans l’église de Nice, l’interview de près d’une heure avec le chef du bureau parisien d’Al-Jezira figurait en tête du site de la présidence française dimanche. Dans les heures qui ont précédé sa diffusion à l’antenne samedi soir, des extraits judicieusement sélectionnés des déclarations d’Emmanuel Macron ont été égrenés sur son compte Twitter en français et en arabe.

Ils ont été retweetés par des dizaines de milliers d’internautes arabophones. Détail intéressant, le tweet le plus plébiscité a été celui portant sur l’égalité entre les hommes et les femmes : «Des extrémistes enseignent qu’il ne faut pas respecter la France. Ils enseignent que les femmes ne sont pas l’égal des hommes, que les petites filles ne doivent pas avoir les mêmes droits que les petits garçons. Je vous le dis très clairement : pas chez nous.»

«Cette intervention est certainement une initiative positive et nécessaire», estime Salam Kawakibi, directeur du Centre arabe de recherche et d’études à Paris, think tank affilié à l’institut du même nom basé au Qatar. «Les propos bien étudiés de Macron à l’adresse de l’opinion musulmane ne constituent pas une reculade mais une clarification nécessaire après un discours ambigu. C’est probablement le résultat d’une prise de conscience à l’Elysée que cette affaire a été mal gérée, conduisant au malentendu», selon le chercheur.

Il fait valoir que les déclarations du Président lors du discours à la Sorbonne, qui ont déclenché la fureur de certains groupes musulmans, ont été mal relayées et surtout mal traduites en arabe, faisant croire qu’il approuvait les caricatures de Charlie Hebdo. Un malentendu reconnu par Emmanuel Macron dans son interview. «Cette campagne antifrançaise indigne et inadmissible repose sur le fait que les gens ont cru comprendre que moi, j’étais favorable aux caricatures de Mahomet publiées dans la presse, en particulier par l’hebdomadaire Charlie Hebdo.»

«Protéger».

Insistant sur les «fondements du modèle républicain», le Président a défendu la liberté de la presse, soulignant que les caricatures du prophète n’ont pas été publiées à l’initiative du gouvernement mais par «des journaux libres et indépendants». Une notion quasi inexistante dans les pays musulmans autoritaires. «Mon rôle est d’apaiser les choses, comme je le fais là, mais c’est en même temps de protéger ces droits, a-t-il insisté. Ça ne veut pas dire que je soutiens à titre personnel tout ce qu’on dit, pense, dessine, mais ça veut dire que ces libertés, ces droits de l’homme qui ont été pensés, voulus, créés en France, je considère que c’est notre vocation de les protéger et de protéger aussi la souveraineté du peuple français qui le veut.»

«C’est une leçon de démocratie qu’Emmanuel Macron a donnée aux Arabes, dirigeants et populations confondus, estime Salam Kawakibi. Une leçon nécessaire dans des pays où toute expression est verrouillée par le pouvoir et où les gens ne peuvent s’imaginer qu’un journal publie ce qu’il veut sans un feu vert venu d’en haut.» Il faudra attendre quelques jours avant de voir si les musulmans en colère ont bien perçu les clarifications de Macron. Du moins ceux d’entre eux qui veulent bien entendre. Car peu après la diffusion de son interview, un hashtag «Macron, tu ne nous tromperas pas» figurait en tête des réseaux sociaux arabes.

29 octobre 2020

Caricaturé en une de «Charlie», le président turc renchérit

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C’est un dessin qui met de l’huile sur le feu en pleine crise diplomatique entre la France et la Turquie. En cause cette fois : la une du nouveau numéro de Charlie Hebdo. Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, en tee-shirt et sous-vêtements, y tient une cannette dans une main et de l’autre soulève la robe d’une femme portant le voile. Devant ses fesses nues rebondies, le président turc, langue pendue, s’amuse : «Ouuuh ! Le Prophète !» «Erdogan, dans le privé, il est très drôle», se moque le journal satirique.

La caricature fait référence à la colère et aux invectives répétées d’Erdogan contre son homologue français. Emmanuel Macron est dans le viseur d’Ankara pour avoir réaffirmé la liberté de publier des caricatures du prophète Mahomet en France, dont celles de Charlie Hebdo, après l’assassinat de Samuel Paty. Erdogan est allé jusqu’à mettre en doute «la santé mentale» de Macron à propos de ses prises de position sur l’islamisme radical et la liberté d’expression. Le gouvernement français a réagi en rappelant «pour consultation» son ambassadeur en Turquie. Ces derniers jours, le président turc a franchi une nouvelle étape en relayant l’appel au boycott des produits français vendus dans les pays musulmans.

Sans surprise, le dessin de Charlie a provoqué la fureur de la Turquie. Mercredi matin, la communication de la présidence turque s’est fendue d’un communiqué, en français pour que les choses soient très claires : «Les actions judiciaires et diplomatiques nécessaires seront entreprises contre ladite caricature», peut-on y lire. Le parquet d’Ankara a par la suite annoncé l’ouverture d’une enquête contre les dirigeants de Charlie Hebdo. «Je n’ai pas regardé cette caricature. […] Il est inutile de dire quoi que ce soit au sujet de ces vauriens», a déclaré Erdogan lors d’un discours à Ankara. «Ma colère n’est pas due à l’attaque ignoble contre ma personne, mais aux insultes contre le prophète» Mahomet, a-t-il cru utile de préciser.

Dès mardi soir, la colère des autorités turques était totale quand la une de Charlie a été publiée sur Twitter en avant-première. Cette nouvelle caricature est pour le principal conseiller pour la presse du président turc, Fahrettin Altun, le résultat du «programme antimusulman du président français Macron». «Nous condamnons cet effort tout à fait méprisable de la part de cette publication pour répandre son racisme culturel et sa haine», a-t-il déclaré sur Twitter.

La réaction du ministre turc délégué à la Culture a été plus virulente : «Vous êtes des bâtards. Vous êtes des fils de chiennes», a-t-il tweeté, en français, en mentionnant Charlie Hebdo. En France, le délégué interministériel à la lutte contre le racisme (Dilcrah) a annoncé mercredi à l’AFP avoir saisi la justice après ces propos.

27 septembre 2020

Rimbaud et Verlaine, le Panthéon contre l’ordre moral

rimbaud

Initiateurs d’une pétition en faveur de la panthéonisation des deux poètes, l’éditeur Jean-Luc Barré et l’universitaire Frédéric Martel, soutenus par trois écrivains et par le dramaturge Olivier Py, répondent à leurs détracteurs

Arthur Rimbaud et Paul Verlaine sont parmi les plus grands − sinon les plus grands − poètes de notre langue. Il se trouve qu’ils étaient aussi amants. Voilà pourquoi nous avons suggéré, avec un collectif d’intellectuels et d’écrivains du monde entier, leur entrée au Panthéon. La pétition initiale, soutenue par Roselyne Bachelot et neuf anciens ministres de la culture, a déjà été signée par plus de 5 000 personnes sur le site Change.org. Nous savions qu’une telle initiative ferait débat, comme ce fut le cas pour Albert Camus. Mais nous n’imaginions pas qu’elle nous ramènerait un siècle en arrière, lorsque le beau-frère d’Arthur, Paterne Berrichon, s’évertuait à christianiser Rimbaud et à « hétéro sexualiser » nos deux « poètes maudits ».

Une « contre-pétition » lancée, le 17 septembre, dans Le Monde par quelques soixante-huitards forcément attardés et cosignée par un petit collectif de professeurs émérites, de catholiques et d’écrivains − certains fort respectables, au demeurant −, s’oppose aujourd’hui à cette « panthéonisation ». Fort bien ! Que l’on nous permette cependant de rappeler quelques-uns des arguments qui ont justifié cette démarche à l’esprit « zutique », laquelle a été depuis lors dénaturée et falsifiée à dessein.

Deux poètes maudits au Panthéon. Lieu censé accueillir les grandes figures de notre patrimoine national, pourquoi le Panthéon ne pourrait-il pas être également celui des poètes ? D’aucuns nous diront Voltaire, Rousseau et Hugo, certainement, mais pas la bohème ! Les amants débraillés et vagabonds interdits de Panthéon parce qu’ils « conchiaient » les institutions ? Cet argument est facile à retourner : il ne s’agit pas, à nos yeux, d’institutionnaliser Rimbaud et Verlaine ; il s’agit de « désinstitutionnaliser » le Panthéon ! La vie artiste, l’esprit critique, le blasphème, c’est aussi la France et son histoire. Ce n’est pas assagir Rimbaud et Verlaine, ni les récupérer à des fins partisanes, que de les y faire entrer ; c’est vouloir que ce temple laïque et républicain soit « multiplicateur de progrès ».

Nul besoin d’être trotskiste pour savoir qu’il faut toujours investir les institutions pour les faire évoluer de l’intérieur. Et s’il était interdit que nos auteurs fussent célébrés, il faudrait débaptiser sur-le-champ les collèges Rimbaud et les lycées Verlaine. Des formules antipatriotiques écrites à 16 ans, des armes vendues à 30 (mais ni trafic d’armes ni vente d’esclaves), un peu trop d’absinthe, et voilà les gardiens du temple qui s’agitent. L’effet inattendu de leur contre-pétition est qu’elle est, à leur corps défendant, un outil fallacieux et anachronique servant la « cancel culture », cette maladie du déboulonnage de statues.

Au lieu de défendre l’ordre établi, ne pourrait-on faire évoluer le Panthéon comme on l’a fait pour le Nobel de littérature en l’attribuant à Bob Dylan ? C’est d’ailleurs inévitable. La République doit accueillir plus de femmes, mieux représenter les différences. Ce mouvement est en marche, comme le montrent les panthéonisations d’Alexandre Dumas, de Geneviève de Gaulle-Anthonioz, de Simone Veil ou d’Aimé Césaire, dont certaines se sont faites symboliquement par une poignée de terre prélevée sur la tombe et par une plaque, sans le déplacement du corps. C’est à ce type de panthéonisation que nous rêvons : elle ferait joie aux instituteurs, hussards de la République, et illuminerait la jeunesse du monde entier qui le chante, de Santiago du Chili à la bande de Gaza. Rimbaud symboliquement rendu « à son état primitif de fils du soleil ».

Drôle de ménage

Sans vouloir attenter au tourisme municipal du maire de Charleville-Mézières, il convient quand même de rappeler l’amour singulier de Rimbaud envers sa ville de naissance, « cet atroce Charlestown » comme il la qualifiait. A son professeur, il écrit : « Vous êtes heureux, vous, de ne plus habiter Charleville ! − ma ville natale est supérieurement idiote entre les petites villes de province ». Que Rimbaud ait été enterré à Charleville contre son gré, qui en douterait ? Qu’il y demeure dans un caveau avec son ennemi, le farfelu Paterne Berrichon, est une cruauté de l’histoire. Pour cette seule raison, tout rimbaldien sincère devrait vouloir éloigner Rimbaud de Berrichon et de sa prison perpétuelle de Charleville.

Christ a souillé ses haleines ; il a aussi souillé ses reliques. Car la bataille qui se joue depuis sa mort est celle de son prétendu catholicisme. On rend Rimbaud esclave de son baptême ! Pour les contre-pétitionnaires, enlever un corps enterré et béni par le prêtre pour le placer dans le temple de la République est en soi un scandale. Nos débats sont un nouvel épisode de la vieille querelle entre Paul Claudel et André Breton.

Les écrivains rimbaldiens homosexuels (Aragon, Gide, Cocteau, Green, plus tard Pasolini ou Yourcenar) se sont élevés contre la lecture strictement catholique de l’œuvre. Face à eux, François Mauriac ou Jacques Maritain, aux mœurs moins avouées, obscurcissaient la sexualité de Rimbaud et Verlaine – exactement comme nos contradicteurs d’aujourd’hui. Rien de bien nouveau : cette contre-pétition est signée par les héritiers de Paterne Berrichon !

Qu’une arrière-arrière-petite-nièce de Frédéric Rimbaud, le frère d’Arthur, se découvre une mission de salut familial à cette occasion est assez cocasse. C’est pourtant sans rire qu’elle se dit chagrinée de voir son lointain ancêtre taxé de mauvaises mœurs. En tout cas, si hommage il doit y avoir, elle pose une condition : que ce soit sans Verlaine ! On la comprend, un « inverti » dans la famille c’est déjà beaucoup, mais deux au Panthéon, ça pourrait bien finir par faire couple.

Le plus loufoque, ici, est que cette prétendue représentante de la « famille Rimbaud » n’a, en réalité, aucun droit moral sur l’œuvre. De famille Rimbaud, il n’y a pas ! Cette dame appartient à la lointaine lignée du frère et pas à celle d’Arthur. Or c’est sa sœur, Isabelle, qui a hérité du droit moral, puis à sa mort, en 1917, son mari, le trop fameux Berrichon. Depuis 1922, ses héritiers détiennent le droit moral ; s’il n’en existe plus, il revient au Centre national du livre. « Et c’est ta famille ! » comme disait Rimbaud dans Age d’or.

Ne nous cachons pas la vérité : les arguments contre l’entrée de Rimbaud et Verlaine au Panthéon tiennent pour l’essentiel à la question homosexuelle. C’est l’obsession de la majorité des contre-pétitionnaires, dont plusieurs sont proches de l’esprit de La Manif pour tous. Il s’agit de minorer, et parfois de nier, la sexualité de Rimbaud et la réalité de sa relation avec Verlaine. Lisons-les : ils nous accusent de vouloir imposer à Rimbaud et Verlaine un « pacs morbide » − l’expression, ignoble, rappelle le « sida mental » du regretté Louis Pauwels. Comment de présumés rimbaldiens et verlainiens peuvent-ils se laisser aller à une formule relevant de la pure homophobie ?

Alain Borer assure, péremptoire, dans le journal La Croix le 15 septembre :« Il n’est pas un chercheur honnête qui affirme que Rimbaud fût homosexuel. Les faits s’y opposent. » Et Olivier Bivort, « spécialiste » de Verlaine, de certifier de son côté à la RTBF : « On ne trouve rien dans leur œuvre qui soit une exaltation de la différence sexuelle (…). Ni Rimbaud ni Verlaine n’ont été dénoncés pour leurs préférences sexuelles. » Pierre Brunel, autre signataire, reste célèbre pour cette formule indépassable, que l’on trouve dans sa préface des Poésies complètes (Le Livre de poche, 1998) : « L’homosexualité [de Rimbaud], trop complaisamment invoquée par la critique, n’explique rien, ou pas grand-chose. »

L’homosexualité de Rimbaud serait donc anecdotique, accidentelle, littéraire. Un égarement d’adolescent. Que nous révèlent les textes ? Toute son œuvre, depuis Un cœur sous une soutane jusqu’à Vagabonds, en passant par Le Cœur volé, Bottom, Fairy, H, Parade, Antique et, bien sûr, Une saison en enfer, en particulier Vierge folle − le texte le plus important sur l’amour entre hommes de notre littérature −, est marquée par des références ou des préoccupations de cet ordre. D’Yves Bonnefoy à Pierre Michon, de Robert Goffin à Steve Murphy ou Max Kramer, les rimbaldiens d’une autre « chapelle » universitaire l’assurent. La formule célèbre : « Je n’aime pas les femmes. L’amour est à réinventer, on le sait » ne dit pas autre chose. Qui relit l’Album zutique, par exemple le Sonnet du trou du cul, Jeune goinfre, Les Remembrances du vieillard idiot ou Les Stupra, sera édifié une fois pour toutes.

Le « concert d’enfers » de Verlaine avec Rimbaud est également un véritable « contrat d’alliance » sur ce sujet. Leur liaison est établie par d’innombrables témoignages et documents, dont le poème Le Bon Disciple. Dans les lettres « Reviens », de juillet 1873, Rimbaud écrit deux fois « Je t’aime » à Verlaine − une grande première entre deux écrivains dans l’histoire des lettres françaises.

Chacun sa stèle et sa plaque

Après leur relation, Rimbaud fut l’amant de Germain Nouveau ; Verlaine, qui fut marié, a connu une longue passion pour le tendre Lucien Létinois. Rimbaud aurait eu une « femme » en Abyssinie ? Il s’agit plutôt d’une domestique dont il écrit : « J’ai renvoyé cette femme sans rémission. (…) J’ai eu assez longtemps cette mascarade devant moi. » La magistrale biographie de Jean-Jacques Lefrère, Arthur Rimbaud (Fayard, 2001), nous apporte bien des clés : l’homosexualité de Rimbaud est attestée ; son hétérosexualité, non. Verlaine, encore : « Le roman de vivre à deux hommes/Mieux que non pas d’époux modèles (…) Scandaleux sans savoir pourquoi/(Peut-être que c’était trop beau)/Mais notre couple restait coi/Comme deux bons porte-drapeaux. » En réalité, le dossier est clair pour qui sait lire. Avant la lettre, Rimbaud et Verlaine ont chanté l’« amour encore mal défini ».

Rappelons enfin qu’il n’a jamais été question pour nous de faire entrer Rimbaud et Verlaine au Panthéon « en couple ». S’il s’est agi, comme nous le pensons, d’un amour fou et durable, il reste vrai que les amants se sont blessés et perdus de vue. Rimbaud s’est éloigné de son « Loyola ». Voilà pourquoi nous avons suggéré leur arrivée au Panthéon « en même temps », mais non pas « en couple ». Chacun aurait sa stèle ou sa plaque. Ce sont deux libertés en mouvement que nous voulons honorer. Par-delà notre pétition, qui aura au moins permis de révéler au grand jour ce camp du déni et de l’ordre moral, une page blanche s’ouvre pour les études rimbaldiennes et verlainiennes. A nous maintenant, et à de nouvelles générations de chercheurs, de produire sans préjugés les recherches nouvelles que, « ô future vigueur », nos deux plus grands poètes méritent.

Jean-Luc Barré, écrivain et éditeur ; Michel Braudeau, écrivain, membre du jury du prix Médicis ; Frédéric Martel, écrivain et universitaire ; Olivier Py, metteur en scène, directeur du Festival d’Avignon ; Angelo Rinaldi, écrivain, membre de l’Académie française ; Edmund White, écrivain

20 juillet 2013

"La nuit de la Photo" annulée à cause de la pluie soudaine...

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Anne Vanderlove

Le site d'Anne Vanderlove

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J'étais présent pour "La nuit de la Photo" à St Goustan (Auray) hier soir, mais de fortes pluies ont contraint les organisateurs à annuler la soirée... Ce n'est que partie remise, la semaine prochaine ou en août ? Malheureusement je ne serai peut-être pas dans la région à ce moment là.

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