Canalblog Tous les blogs
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Jours tranquilles à Paris
Publicité
20 septembre 2017

ONU : Macron défend une vision du monde aux antipodes de celle de Trump

macron onu

Par Marc Semo, New York, envoyé spécial -Le Monde

Le président français a notamment prévenu que dénoncer l’accord sur le nucléaire iranien serait une « lourde erreur ».

Ce discours, Emmanuel Macron, plus encore qu’à son habitude, l’a travaillé et retravaillé, jusqu’au dernier moment. C’était sa première intervention à une Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies, et donc un moment fondateur de sa présidence. A Athènes, face à l’Acropole, il avait exposé, au début de septembre, sa vision de la démocratie et de l’Europe. Là, face aux représentants de cent quatre-vingt-treize pays, dont cent trente chefs d’Etat, réunis à New York mardi 19 septembre, le président français a exposé, sur un ton lyrique et passionné, une vision du monde opposée en tout point à celle avancée deux heures plus tôt par son homologue américain Donald Trump.

Elle se fonde avant tout sur le multilatéralisme, la concertation entre les nations, le respect des accords – celui de Paris sur le climat ou celui de Vienne sur le nucléaire iranien –, sur la primauté de l’action diplomatique pour résoudre les crises, y compris les plus préoccupantes, comme celle créée par la course à l’arme atomique de la Corée du Nord. M. Macron se pose aussi comme la voix des sans-voix, qu’il a énumérés dans une anaphore : Bana, la petite Syrienne d’Alep ; Ousman, le jeune Malien ; Kouamé, le migrant arrivé en Europe au péril de sa vie. Et tant d’autres.

« Partout où le multilatéralisme se dote des armes de son efficacité, il est utile », a argué le président français, regrettant que trop souvent « nous laissons s’installer l’idée que le multilatéralisme est une activité confortable pour diplomate assis et que nous sommes plus crédibles et plus forts en agissant de manière unilatérale ». L’allusion aux rodomontades du président américain, menaçant le « méchant régime » de la Corée du Nord d’une totale destruction ou contre l’Iran, est explicite ; même s’il ne nomme jamais le locataire de la Maison Blanche, avec qui il entretient des relations plutôt chaleureuses, sans pour autant cacher ses désaccords.

Vieux monde contre nouveau monde

C’est le vieux monde – centré sur les Etats, les rapports de puissance, la défense prioritaire des intérêts nationaux – contre le nouveau monde – interconnecté, mondialisé, conscient que les grands défis communs, la lutte contre le réchauffement climatique ou les développements, ne peuvent s’affronter qu’ensemble.

« Le monde multipolaire qui est aujourd’hui le nôtre nous oblige à réapprendre la complexité du dialogue mais aussi sa fécondité », a notamment souligné le chef de l’Etat, qui a appelé à la fin de ses trente-cinq minutes d’intervention – dix de moins que M. Trump – « à réconcilier notre intérêt et nos valeurs, notre sécurité et le bien commun de la planète ». Ces derniers sont les fondamentaux qui inspirèrent la naissance de l’Organisation des Nations unies au sortir de la seconde guerre mondiale. Les droits humains, la liberté et notamment celle de la presse. Il a appelé « à la désignation d’un représentant spécial des Nations unies pour la protection des journalistes dans le monde, car rien, ni le durcissement du monde, ne saurait justifier la réduction de cette liberté ».

Redonner du sens au projet onusien, c’est aussi œuvrer pour son adaptation aux nouvelles réalités. Tout en rappelant son soutien au projet ébauché par le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, M. Macron a aussi insisté sur la nécessité d’une réforme du droit de veto au Conseil de sécurité « afin qu’il ne soit plus paralysé face aux massacres ».

L’anti-Trump

Point par point, sur la plupart des dossiers les plus chauds, le président français défend des positions aux antipodes de celles de M. Trump. Quand celui-ci insiste sur « l’Amérique d’abord », celui-là rappelle que « l’indépendance réside aujourd’hui dans l’interdépendance ».

A propos de la Corée du Nord, tout en soulignant l’urgence de bloquer le programme nucléaire d’un régime qui refuse de négocier, M. Macron insiste sur la pression des sanctions et le nécessaire engagement de Moscou et de Pékin, principaux partenaires économiques du régime, pour forcer Pyongyang à s’asseoir à la table des négociations. A la tribune, il a rappelé son opposition à l’escalade militaire, « parce que la carte montre toute la complexité d’une intervention militaire ».

DÉNONCER L’ACCORD SUR LE NUCLÉAIRE IRANIEN SERAIT « UNE LOURDE ERREUR »

Même pragmatisme s’agissant de Téhéran. Dénoncer l’accord sur le nucléaire iranien, comme menacent de le faire les Etats-Unis, serait « une lourde erreur », a lancé M. Macron, tout en laissant la porte ouverte à des discussions pour prolonger la portée du texte au-delà de 2025. « Notre engagement sur la non-prolifération a permis d’obtenir un accord solide, robuste, qui permet de vérifier que l’Iran ne se dotera pas de l’arme nucléaire. Le dénoncer aujourd’hui sans rien proposer d’autre serait une lourde erreur, ne pas le respecter serait irresponsable, parce que c’est un accord utile, essentiel à la paix », a-t-il dit.

Même opposition frontale à propos de l’accord de Paris sur le climat. « Cet accord ne sera pas renégocié, il nous lie (…), nous ne reculerons pas », a déclaré le président de la République, ajoutant qu’il « respect[ait] profondément la décision des Etats-Unis ». Et de souligner les effets déjà bien perceptibles et dévastateurs du réchauffement climatique. « Les plus fragiles sont les premières victimes, mais nous sommes tous frappés par l’emballement du climat », a-t-il expliqué, soulignant que « détricoter l’accord serait détruire un pacte entre les Etats et les générations ».

L’« échec collectif » en Syrie

Tragédie qui se poursuit depuis plus de six ans, la guerre de Syrie a été l’un des premiers sujets évoqués par M. Macron, qui a appelé la communauté internationale « à prendre acte de son échec collectif et à s’interroger sur ses méthodes ». Paris veut reprendre l’initiative dans ce dossier-clé, y compris pour la sécurité nationale, car « agir pour la paix en Syrie c’est agir pour le peuple syrien mais aussi contre le terrorisme islamique ».

L’idée est de relancer la recherche d’une solution politique, sur la base de la résolution 2254 des Nations unies de décembre 2015, en prenant l’initiative de mettre sur pied un « groupe de contact » entre les cinq membres permanents du Conseil de sécurité – Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie –, qui doivent se réunir jeudi à l’ONU au niveau ministériel. « La solution sera politique et non militaire », a insisté le président français qui, tout en revendiquant de ne plus faire du départ du président Bachar Al-Assad le préalable à de vraies négociations, a rappelé que celui qu’il a épinglé comme « un criminel » devrait rendre des comptes à la justice internationale. Sur ce dossier comme sur les autres, l’important est d’agir ensemble.

Publicité
2 mars 2013

Möbius - vu hier

Grégory Lioubov (Jean Dujardin), un officier des services secrets russes, est envoyé à Monaco afin de surveiller les agissements d’un puissant homme d’affaires. Dans le cadre de cette mission, son équipe recrute Alice (Cécile de France), une surdouée de la finance. Soupçonnant sa trahison, Grégory va rompre la règle d’or et entrer en contact avec Alice, son agent infiltré. Naît entre eux une passion impossible qui va inexorablement précipiter leur chute. Ma note : 7.5/10

20446781

Réalisateur : Eric Rohant

Après des études de philosophie, Eric Rochant intègre, à 19 ans, l'Idhec (ancien nom de la FEMIS), prestigieuse école de cinéma sur les bancs de laquelle se noue une complicité avec de futurs cinéastes que sont Pascale Ferran, Eric Barbier ou Arnaud Desplechin. Ce dernier officie d'ailleurs comme chef-opérateur sur certains des courts métrages que tourne Rochant à partir de 1984. Il obtient une certaine visibilité avec Présence féminine en 1987, qui décroche un César.

En 1989, Eric Rochant passe au long métrage avec Un Monde sans pitié, le portrait drôle et touchant d'une jeunesse désenchantée, qui enthousiasme la critique et le public. Toute une génération se reconnaît dans le quotidien de Hippo (Hippolyte Girardot), garçon glandeur et désabusé amoureux de la brillante Nathalie (Mireille Perrier). Prix Louis-Delluc, Prix de la critique à Venise, César de la Meilleure première œuvre, le film est un immense succès et il marque les débuts du comédien Yvan Attal, récompensé par le César du Meilleur espoir.

Eric Rochant fait de nouveau confiance à Attal pour incarner les héros de ses deux films suivants, tout d'abord Aux yeux du monde en 1991, le récit, inspiré d'un fait divers, d'un jeune homme qui, par romantisme, détourne un car scolaire, puis, en 1994, Les Patriotes, une ambitieuse plongée dans le monde des services secrets israéliens, présentée en compétition au Festival de Cannes. Si la projection est un succès, les critiques ne partagent pas l'enthousiasme des spectateurs et le film est un échec à sa sortie.

Le cinéaste s'essaie ensuite à différents genres : le conte onirique avec Anna Oz (1996), la comédie citoyenne avec Vive la République ! (1997), le polar décalé avec Total Western (2000). Mais il peine à retrouver la voie du succès. Après une longue éclipse, il signe en 2006 L'Ecole pour tous, portrait amusé et chaleureux d'un cancre devenu prof malgré lui dans un collège de banlieue, interprété par Arié Elmaleh.

Rochant s'éloigne ensuite des plateaux de cinéma pour un temps et réalise de nombreux épisodes de la deuxième et troisième saison de la série Mafiosa. Ce passage à la télévision lui redonne envie de retourner au cinéma et c'est ce qu'il fait avec Möbius (2013), où Jean Dujardin et Cécile de France tentent de s'aimer sur fond d'histoire d'espionnage, aux côtés de Tim Roth et Emilie Dequenne.

20348143

20348144

20414785

1 mars 2013

Numéro s'excuse après les photos d'Ondria en African Queen

"Certaines personnes ont déclaré avoir été offensés par la publication dans le magazine Numéro N°141 de Mars 2013, d'un éditorial réalisé par le photographe Sebastian Kim appelée "African Queen" mettant en vedette le modèle américain Ondria Hardin avec sa peau peinte en noir. La démarche artistique de l'auteur de cet édito est en accord avec ses précédentes créations photographiques qui insistent sur le mélange des cultures, l'exact opposé de toute discrimination fondée sur la couleur de peau. Numéro a toujours soutenu la liberté artistique des photographes de talent qui travaillent avec le magazine pour illustrer ses pages et n'a pas pris part au processus de création de cet éditorial. Pour sa part, Numero Magazine, qui a le plus grand respect pour le travail créatif de ce photographe, exclut fermement que ce dernier ait eu l'intention de blesser la sensibilité des lecteurs, quelle que soit leurs origines. Numéro considère qu'il a régulièrement démontré son profond attachement à la promotion de différents modèles de couleur de peau. Par exemple, le prochain Numéro Homme en vente le 15 mars présente le modèle noir Fernando Cabral en couverture et celle de l'édition russe actuelle propose Naomi Campbell. Ceci démontre le caractère totalement inapproprié des accusations portées contre notre magazine, profondément attaché au respect des différences, la tolérance et plus généralement à la non-discrimination.

Compte tenu de la tourmente provoquée par cette publication, la direction du Magazine voudrait présenter ses excuses à tous ceux qui peuvent avoir été offensé."

Voir mon précédent billet

__Nume_ro_s_excuse_apre_s_les_photos_d_Ondria_en_African_Queen_www

__Nume_ro_s_excuse_apre_s_les_photos_d_Ondria_en_African_Queen_www

 

 

17 septembre 2017

Intelligence artificielle - Polémique sur une étude affirmant qu’un programme peut repérer l’homosexualité sur le visage

homosexuality_symbols

Par Morgane Tual

Deux chercheurs de Stanford ont conçu une intelligence artificielle capable, selon eux, de déterminer si une personne est homosexuelle à partir d’une photo. Un travail vivement critiqué.

L’homosexualité peut-elle se lire sur le visage ? C’est ce qu’affirment deux chercheurs de l’université Stanford, en Californie, dans un article polémique publié en ligne au début du mois de septembre et dont la publication est prévue dans le Journal of Personality and Social Psychology.

Michal Kisinski et Yilun Wang assurent dans leur étude avoir conçu un programme d’intelligence artificielle capable, à partir de photos récupérées sur un site de rencontres américain, de déterminer si une personne est homosexuelle ou non. Avec 81 % de réussites pour les hommes et 74 % pour les femmes. Des chiffres qui grimpent respectivement à 91 % et 83 % quand cinq photos de la personne sont présentées au programme. Les humains ont quant à eux obtenu de moins bons scores, avec 61 % et 54 % de réussites.

35 000 photos analysées

« Nous prouvons que les visages contiennent bien plus d’informations sur l’orientation sexuelle que ce que le cerveau humain peut percevoir et interpréter », écrivent-ils dans l’étude :

« En adéquation avec la théorie des hormones prénatales sur l’orientation sexuelle, les homosexuels et les lesbiennes tendent à avoir des morphologies faciales, des expressions et des apparences faciales atypiques pour leur genre. »

Par exemple, affirment-ils, « les homosexuels mâles ont tendance à avoir des mâchoires plus fines et de plus longs nez, tandis que les lesbiennes ont des mâchoires plus larges. »

Les chercheurs soulignent que les différences vont « au-delà de la morphologie », puisque selon les résultats de leur étude, « les homosexuels mâles ont moins de barbe » et « les lesbiennes tendent à porter moins de maquillage, ont des cheveux plus sombres et portent des vêtements moins décolletés ».

Ils notent également que, « conformément à l’association entre les casquettes de baseball et la masculinité dans la culture américaine, les hommes hétérosexuels et les lesbiennes ont tendance à en porter ».

Des données potentiellement biaisées

Pour parvenir à ces conclusions, ce programme informatique, basé sur un réseau de neurones artificiels, s’est « entraîné » sur 35 000 photos de 14 000 hommes et femmes hétérosexuels et homosexuels, issues d’un site de rencontres américain. Aucun critère n’a été donné à la machine qui a, par elle-même, « appris » à distinguer les hétérosexuels des homosexuels à partir de ses propres observations.

Ce travail présente toutefois des biais et limites importants. Premièrement, comme le reconnaissent les deux chercheurs, le programme réussit très bien son exercice quand on lui présente deux personnes, dont l’une est homosexuelle et l’autre hétérosexuelle.

En revanche, ses résultats sont bien moins concluants quand on lui demande d’identifier les 70 personnes homosexuelles dans un échantillon de 1 000 personnes – une proportion conforme à la population américaine, estiment Michal Kosinski et Yilun Wang.

Qui plus est, le programme a été « entraîné » à partir d’images issues d’une population très spécifique, celles de jeunes Américains blancs. Et à partir de photos qui sont loin d’être neutres : sur un site de rencontres, les photos sont soigneusement sélectionnées, voire retravaillées, afin de renvoyer l’image souhaitée pour séduire, quitte à exagérer ou au contraire dissimuler certaines caractéristiques physiques.

« Science poubelle »

De plus, comme le soulignent plusieurs détracteurs de ce travail, l’étude omet de s’intéresser à d’autres types de sexualité, comme la bisexualité. « L’article est basé sur une vision absolument binaire, essentialiste et exclusive des orientations sexuelles humaines : t’es gay/lesbienne ou tu ne l’es pas », écrit par exemple le sociologue français Antonio Casilli dans un texte très critique.

Et il n’est pas le seul à s’indigner de la publication de Michal Kosinski et Yilun Wang. L’article a provoqué beaucoup de discussions sur les réseaux sociaux, relançant un vieux débat, toujours en cours, dans la communauté scientifique sur l’homosexualité innée ou acquise, et s’attirant les foudres de plusieurs organisations de défense des droits des lesbiennes, gays, bisexuels et trans (LGBT), comme The Human Rights Campaign et GLAAD. Ces dernières ont dénoncé de concert un travail de recherche « dangereux et biaisé ».

« Stanford devrait se distancier de cette science poubelle plutôt que de prêter son nom et sa crédibilité à une recherche dangereusement biaisée », écrit Ashland Johnson, un des responsables de la HRC, dans un communiqué. Ce travail « menace la sécurité et la vie privée aussi bien des LGBT que des non-LGBT », prévient-il :

« Imaginez un instant les conséquences potentielles si cette recherche biaisée était utilisée pour soutenir les efforts d’un régime brutal d’identifier et/ou persécuter les personnes qu’il pense être gays. »

« Nous serions ravis si nos résultats étaient faux »

Dans un long document, les auteurs de l’étude ont répondu à ces critiques, expliquant avoir été eux-mêmes « vraiment troublés » par les résultats de leurs recherches. « Très franchement, nous serions ravis si nos résultats étaient faux. L’humanité aurait un problème en moins » disent-il, en assurant avoir « passé beaucoup de temps à réfléchir » pour décider s’il fallait ou non les publier.

« Nous avons pensé qu’il y avait un besoin urgent que nos législateurs et les communautés LGBTQ [Q pour “queer”] soient au courant des risques auxquels elles font face. Les entreprises tech et les gouvernements sont tout à fait conscients du potentiel des outils de vision par ordinateur. Nous pensons que les gens doivent connaître ces risques afin qu’ils puissent ainsi prendre des mesures préventives. (…) Nous n’avons pas créé un outil qui nuit à la vie privée, mais plutôt qui montre que des méthodes basiques et très utilisées représentent de sérieuses menaces pour la vie privée. »

Dans les colonnes du Guardian, l’un des deux auteurs, Michal Kosinski, se défend aussi en assurant que les résultats de cette étude peuvent être profitables aux personnes LGBT :

« C’est un excellent argument contre tous les groupes religieux et autres démagogues qui disent “pourquoi est-ce que vous ne changez pas, tout simplement ?” Vous ne pouvez pas arrêter [d’être homosexuel], parce que vous êtes né ainsi. »

Le retour de la physiognomonie

Par ailleurs, depuis la mise en ligne de cette étude, plusieurs voix se sont élevées pour critiquer certaines activités de Michal Kosinski, et notamment son rôle de conseiller auprès de l’entreprise israélienne Faception. Celle-ci prétend avoir développé une technologie capable de « révéler la personnalité des gens à partir d’une photo de leur visage », peut-on lire sur son site. Elle affirme notamment être ainsi capable de détecter de potentiels terroristes. « Notre solution permet aux entreprises de sécurité et aux agences de détecter et d’appréhender plus efficacement des suspects avant qu’ils ne puissent faire du mal. »

L’entreprise Faception prétend que sa technologie peut détecter si une personne est terroriste à partir de son visage. | FACEPTION

Un autre des axes de recherche de Michal Kosinski, qui consiste à définir la personnalité d’un utilisateur de Facebook à partir de ses « like », a aussi servi de base à la start-up décriée Cambridge Analytica, qui affirme avoir réussi à influencer les électeurs américains en faveur de Donald Trump.

Avec les progrès de la vision par ordinateur, on assiste ces dernières années à un retour des théories physiognomonistes, « science qui se proposait de connaître les hommes par l’étude de la conformation de leur corps, de leur visage », peut-on lire dans Le Petit Larousse. Elle fut très en vue au XIXe  siècle, portée notamment par le français Alphonse Bertillon, qui affirmait être en mesure de détecter les criminels à partir de leur physique. Elle a été totalement discréditée depuis.

En mars, lors du festival South by Southwest (SXSW), à Austin (Texas), consacré aux nouvelles technologies, la chercheuse de Microsoft Kate Crawford avait alerté le public sur les dangers que présente ce retour de la physiognomonie, soutenue par l’intelligence artificielle :

« La physiognomonie a permis de justifier des choses horribles par le passé, comme l’esclavage aux Etats-Unis, où ce qu’ont fait les nazis contre les juifs. Des start-up aujourd’hui se font de l’argent en se basant sur ce principe. Je trouve que c’est très inquiétant, que ces théories du passé ressurgissent avec ces technologies. Alors même qu’on assiste à un retour des autoritarismes. »

10 septembre 2017

La mode jure par tous les seins

seins22

Par Valentin Pérez - Le Monde

En transparence ou habilement soulignée, la poitrine est mise en valeur par les créateurs cette saison. Objet du désir, elle devient aussi un emblème de la cause féministe.

D’ordinaire, on les cache ou on les devine à peine. Mais cet automne, les seins seront de sortie dans la mode. Chez Lanvin, Saint Laurent ou Leonard, à une période pourtant fraîche, la poitrine est soulignée par de profonds décolletés, voire se dévoile entièrement sous une robe « glamazone » de Balmain ou sous un pull en laine et Nylon ivoire 3.1 Phillip Lim. Même les clientes ultra-fortunées de la haute couture peuvent cette saison se laisser aller en robe du soir Dior dans un tulle révélateur noir et rouge. « En hiver, il est compliqué de montrer des jambes ou des bras nus, explique Christine Phung, directrice artistique de Leonard. Mais on peut continuer de jouer avec cette partie du buste. »

Au-delà de cet aspect saisonnier, les seins prennent surtout cette année une signification féministe. « Libéré du corset dans les années 1900, aplati avec la tendance garçonne dans les années 1920, le sein a commencé à se découvrir intégralement en 1964, avec le “topless bra” de Rudi Gernreich, retrace l’historienne de la mode Catherine Örmen. Puis, dans les années de libération sexuelle, lorsque les féministes brûlaient les asservissants soutiens-gorge, Yves Saint Laurent fut le premier couturier à oser montrer les seins nus en transparence avec sa blouse de cigaline au printemps 1968. »

Quinze ans de robes monacales

Dans les années 1980, les seins seront fétichisés, cernés de cuir façon maîtresse dominatrice chez Thierry Mugler ou excroissances offertes dans une combinaison à trou dessinée par Jean-Paul Gaultier et portée par Madonna en 1992. Puis ces quinze dernières années, ils s’étaient éclipsés au profit de longues robes monacales, d’uniformes tailleur, de pièces unisexes qui minimisent les protubérances… Pour expliquer la mode féminine mais jamais aguicheuse qu’elle dessine pour Céline, Phoebe Philo confiait en avril dernier au New York Times : « Toutes ces images de femmes magnifiées, sexualisées, montrées comme des poupées pendant tant d’années ont eu un impact sur moi. »

Pourtant, cet automne, la mode, qui aime toujours appuyer là où ça fait mal, ressuscite la poitrine précisément à un moment où elle est « invisibilisée, notamment sur Facebook et Instagram, qui censurent le moindre téton féminin », souligne Julia Tissier, cofondatrice du média féministe Cheek Magazine. Avec des mouvances comme les Femen en Europe ou Free the Nipple aux Etats-Unis, elle glisse lentement d’un emblème érotique à un symbole en faveur des droits des femmes et de l’égalité des sexes.

Pas sûr néanmoins que les clientes oseront se vêtir comme sur le podium et dévoiler leur intimité dans la rue. « Le vêtement doit faire un va-et-vient : souligner le sein sans le découvrir », résume la créatrice Elise Chalmin, 26 ans, dont les tee-shirts blancs à motifs cœurs stratégiquement placés font un carton. Même recette chez Vivienne Westwood avec un modèle sur lequel la poitrine est grossièrement dessinée façon graffiti adolescent. Une présence-absence tout aussi symbolique, mais nettement plus commerciale.

seins23

Publicité
12 septembre 2017

Mort de Pierre Bergé, mécène et mentor, homme d’affaires et d’engagements

pierre22

Par Raphaëlle Bacqué - Le Monde

Il est rare qu’un homme décide entièrement de sa vie. Pierre Bergé s’y est pourtant attelé dès l’adolescence. Il a voulu sortir de son milieu, croiser les écrivains et les peintres en vue de son temps, devenir riche et user de son argent pour bâtir sa propre aventure.

Ces dernières années, l’homme d’affaires avait même caressé l’idée de décider de l’instant de sa propre fin. Militant de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité, ce grand lecteur s’imaginait disparaître « à l’antique », en choisissant le moment, après avoir vendu ses œuvres d’art et rédigé avec soin son testament. A la fin mars 2017, il s’était marié avec le paysagiste Madison Cox, également désigné comme son exécuteur testamentaire, afin d’être certain que ses dernières volontés soient respectées. Une union dans la stricte intimité à la mairie de Benerville-sur-Mer, et un dîner avec dix-huit invités dans cette maison du Calvados qu’il avait imaginé comme une datcha donnant sur la Manche.

Depuis, il avait consacré beaucoup de son temps à préparer chaque détail des deux musées dédiés à Yves Saint Laurent, à Paris et à Marrakech, qu’il comptait inaugurer en octobre. La maladie aura pris ces projets de vitesse. Pierre Bergé est mort, vendredi 8 septembre, à l’âge de 86 ans, à Saint-Rémy-de-Provence (Bouches-du-Rhône).

Au Monde, dont il était devenu en 2010 l’un des actionnaires, avec Xavier Niel et Matthieu Pigasse, et dont il assurait la présidence du conseil de surveillance, on ne le voyait qu’exceptionnellement. Les chroniqueurs de mode, les critiques d’art et quelques journalistes politiques l’avaient parfois croisé, au détour de sa vie professionnelle ou de ses engagements. Mais Pierre Bergé s’était résolu à exprimer ses avis de lecteur sur son compte Twitter, tour à tour colérique puis charmant, dur et généreux, d’une culture très raffinée mais capable d’asséner des jugements à l’emporte-pièce.

« Je suis un artiste manqué », disait-il souvent, avant d’ajouter : « On s’y fait très bien… » Plonger dans sa vie équivaut pourtant à suivre un parcours follement romanesque, commencé le 14 novembre 1930 à Saint-Pierre-d’Oléron (Charente-Maritime). Le père du jeune Pierre est fonctionnaire aux impôts, sa mère institutrice, soprano amateur et adepte de la méthode Montessori pour éduquer ce fils unique auquel on laisse facilement la bride sur le cou. A La Rochelle, où la famille s’est installée en 1940, l’adolescent s’est déjà fait exclure du lycée Fromentin. Le voilà qui quitte les épreuves le jour du baccalauréat. « Ce sujet ne vaut rien, cela ne m’intéresse pas du tout », a-t-il décrété en déchirant sa copie.

A 17 ans, sans diplôme, il a déjà décidé de changer de vie. Depuis des mois, passionné de littérature, il a écrit à Giono et à Gide qui, dira-t-il plus tard, « a permis à beaucoup de gens, dont moi, de respirer un peu mieux et d’assumer ses choix ». Il est homosexuel et pressent déjà qu’il lui faudra rompre avec sa jeunesse provinciale s’il veut mener son existence librement. Le voilà à Paris pour devenir journaliste.

Premiers pas vers la vie rêvée

Il faut l’imaginer, jeune Rastignac, découvrant la capitale. En octobre 1948, la foule acclame sur les Champs-Elysées le retour d’Amérique du boxeur Marcel Cerdan, et le jeune Pierre s’est mêlé à la liesse. Soudain, un homme tombe du ciel devant lui. C’est le poète Jacques Prévert, qui vient de chuter accidentellement, par la fenêtre d’un immeuble. C’est le début de la légende que va se construire Pierre Bergé :

« J’ai toujours considéré que c’était un signe du destin qu’un poète me tombe sur la tête à mon arrivée à Paris. »

La France entame ses « trente glorieuses » dans la gaieté et l’optimisme. Grand danseur, le jeune homme hante les boîtes de Saint-Germain-des-Prés en compagnie d’un ami, Guy Marchand. Le duo s’est avisé de soutenir le combat de Garry Davis, ancien pilote de l’US Air Force, qui vient de rendre son passeport américain pour se déclarer « citoyen du monde ». Au sein du comité de soutien, Pierre Bergé croise Albert Camus, André Breton, Vercors (pseudonyme de Jean Bruller), Jean Paulhan, et cet aréopage brillant est déjà un premier pas vers la vie à laquelle il aspire.

Il devient rédacteur en chef de La Patrie mondiale, un journal fondé pour soutenir le combat de Garry Davis. Ce n’est qu’un petit journal qui ne dépassera jamais les deux numéros, mais les signatures sont celles de pigistes de luxe, Albert Camus, le poète Maurice Rostand, ou le militant pacifiste Robert Jospin, père du futur premier ministre socialiste. François Mauriac peut bien fustiger ce mouvement, qui ne combat que d’un côté du rideau de fer et « enrichit le jeu de Staline d’une carte inespérée », Pierre Bergé lui répond avec arrogance : « Cette classe dont vous faites partie (…), qui a accepté 1914 et a préparé 1939, cette classe, enfin, qui a tué Jaurès, Salengro et Gandhi, cette classe nous dégoûte ! » Bergé n’a que 19 ans et l’on reconnaît déjà son style…

Vie de couple avec Bernard Buffet

Il faut bien, pourtant, gagner sa vie. Le jeune Pierre trouve un emploi de courtier à la librairie Anacréon, rue de Seine. Le jour, le jeune homme court les bouquinistes pour dénicher des éditions rares. Le soir, il accompagne son patron dans les boîtes de nuit. De La Rochelle, sa mère s’inquiète. Elle voudrait savoir : son fils est-il homosexuel par inclination, ce qu’elle admettrait parfaitement, ou l’est-il par snobisme, pour mieux fréquenter ce milieu d’artistes où l’homosexualité est fréquente ? Il lui répond en amoureux : un soir d’avril 1950, dans la galerie d’art de Maurice Garnier, presque voisine de la librairie, il a croisé un jeune peintre, Bernard Buffet. « Il avait 20 ans, j’en avais 18 et, comme tous les coups de foudre, le nôtre frappa à la vitesse de l’éclair », écrira-t-il plus tard.

Le couple a décidé de s’installer en Provence, là où la lumière est plus vive. Le vieux mas qu’ils ont déniché à Séguret est rustique, mais on voit les dentelles de Montmirail et, l’été, il est facile de rejoindre Orange et ses Chorégies. Buffet travaille d’arrache-pied, Pierre se charge des tâches domestiques, gère les relations avec les marchands d’art. Quand il fait doux, ils partent en moto à l’assaut du mont Ventoux. Un jour, Pierre ose pousser jusqu’à Manosque, où réside Jean Giono, lu et admiré depuis longtemps.

L’écrivain s’est plongé depuis quatre ans dans la rédaction du Hussard sur le toit, mais Gallimard lui a proposé de publier sa biographie. Giono propose aux jeunes gens une idée : ils n’auront qu’à s’installer chez lui, partageant les repas familiaux du dimanche, pendant que Pierre rédigera le fameux livre. Ils y restent un an. Bernard peint. Pierre, lui, ne parvient pas à écrire. Mais il pioche chaque jour dans l’impressionnante bibliothèque de l’écrivain.

« Nous ne nous sommes jamais quittés, même le temps d’un déjeuner, pendant huit ans », dira plus tard Pierre Bergé de sa relation avec Buffet. Sans doute est-ce là qu’il forge pour la première fois sa personnalité de mentor. Les soirs de vernissage, lorsque le peintre est assailli par les critiques d’art, les admirateurs, c’est Pierre qui répond, entretient les conversations et organise les ventes des tableaux de son amant auprès des acheteurs qui affluent du monde entier. Avec le succès vient l’argent. On achète un yacht que Pierre pilote. Avec le succès viennent aussi les relations. Ils sont conviés au château de La Colle Noire, la splendide propriété de Christian Dior, dans le Var, louent un appartement à Paris, dans le 16e arrondissement, et achètent bientôt une maison à 20 km de la capitale, baptisée Manines. Les revoici à Paris, où ils fréquentent les clubs chics et le monde de la nuit.

La rencontre avec Saint Laurent

Toujours, Pierre Bergé a rêvé de mener une vie luxueuse de châtelain, comme celle que mènent encore les dernières grandes familles aristocratiques. A Manines, les dîners sont servis par des valets, la Rolls est conduite par un chauffeur en livrée et un jardinier s’occupe à demeure des fleurs et pelouses. La presse et les admirateurs de Buffet tordent le nez. On juge qu’il produit trop et que Bergé est en passe de transformer « un peintre de génie en affaire commerciale ». De mauvais jeux de mots courent Paris sur « Buffet et sa commode » fleurant la jalousie et une méchante aversion pour ce que l’on appelle encore « la pédérastie ».

Fuyant ce vent mauvais, le couple repart en Provence, où il a acheté une splendide bastide du XVIIe siècle, dont les façades blondes donnent sur la montagne Sainte-Victoire. Le jour de la crémaillère, trois cents invités se pressent autour d’eux, parmi lesquels les amis Cocteau, Giono et Roger Martin du Gard. Pierre Bergé n’a jamais été aussi riche, entouré, admiré.

 

A peine a-t-il remarqué, lors des obsèques de son ami Christian Dior, le 24 octobre 1957, un jeune homme fin et timide, entouré de l’état-major de la maison de couture en deuil. Yves Saint Laurent vient de prendre la succession de Christian Dior, et ni Bernard Buffet ni Pierre Bergé n’ont vraiment entendu parler de lui avant d’être conviés à son premier défilé. Pierre ignore parfaitement ce qu’est la mode, qu’il tient pour une activité frivole. Mais la clientèle de la haute couture est parfois la même que celle des marchands d’art, et le hasard a fait que la correspondante du Harper’s Bazaar convie le couple afin de leur présenter ce jeune couturier qui admire tant la peinture de Buffet.

YVES SAINT LAURENT N’A QUE 21 ANS, ET IL DOIT ASSUMER LA SUCCESSION DE DIOR. C’EST UNE TÂCHE ÉCRASANTE, MAIS PIERRE BERGÉ A TOUT DE SUITE PRIS À CŒUR DE JOUER AUPRÈS DE LUI SON RÔLE FAVORI : CELUI DE SUPER-AGENT

Faut-il que leur amour soit usé pour que les deux compagnons d’autrefois regardent ailleurs en même temps ? Pendant que Pierre succombe au charme d’Yves, Bernard est tombé fou amoureux d’une femme, Annabel May Schwob de Lure, mannequin et amie de Juliette Gréco. Au mois d’août 1958, la rupture est consommée. Pierre Bergé s’installe à Paris avec Yves Saint Laurent, et Bernard Buffet épouse Annabel à Ramatuelle. Des années après le suicide de son ancien amant, Bergé le jugera sévèrement :

« Un peu avant 30 ans, il avait abdiqué (…). Il aurait voulu revenir à la peinture telle qu’il l’avait aimée dans son enfance. C’était trop tard. J’avais été complice, probablement coupable. J’avais tant cru à son génie » (Les jours s’en vont je demeure, Gallimard, 2003).

Yves Saint Laurent, lui, n’a que 21 ans, et il doit assumer la succession de Dior. C’est une tâche écrasante, mais Pierre Bergé a tout de suite pris à cœur de jouer auprès de lui son rôle favori : celui de super-agent. Yves est timide. Pierre exige qu’on le traite en star. Yves est harassé de travail. Pierre se mêle de toute la chaîne de fabrication de haute couture. Yves est souvent irascible, angoissé, volage. Pierre se montre rassurant et inébranlable. Il n’entendait rien à la mode jusque-là, mais a découvert un milieu raffiné autant qu’une industrie, et cela lui plaît.

Actif en coulisses

La guerre d’Algérie fait rage, cependant, et le jeune couturier est appelé sous les drapeaux, comme tous les Français de son âge. A la seule idée de rejoindre l’armée, Saint Laurent sombre dans une dépression nerveuse. Déjà, le propriétaire de Dior, Marcel Boussac, cherche une parade. Si son couturier vedette est incapable de partir se battre tout autant que de travailler, il faut lui trouver un remplaçant, et Marc Bohan paraît prêt à la relève. Dans la coulisse, pourtant, Bergé s’active. Il a chargé un jeune et brillant avocat, Jean-Denis Bredin, d’attaquer la maison Dior pour rupture abusive de contrat. Mais comment annoncer à Yves ce licenciement, lui qui paraît si fragile ?

« NOUS ALLONS FONDER NOTRE MAISON ENSEMBLE. JE DESSINERAI LES COLLECTIONS, ET TU LA DIRIGERAS ! », ANNONCE YVES

Il s’attendait à voir son compagnon s’effondrer, c’est tout le contraire. « Nous allons fonder notre maison ensemble. Je dessinerai les collections, et tu la dirigeras ! », annonce Yves, soudain ragaillardi. Encore faut-il trouver de l’argent. Après avoir fait le tour de toutes leurs relations, Pierre Bergé n’a déniché qu’un homme d’affaires américain ayant fait fortune dans les assurances, Jesse Mack Robinson, pour investir. Il faut aussi préparer le retour médiatique, comme on ne dit pas encore, d’Yves Saint Laurent.

Pierre Bergé et Yves Saint Laurent lors de la préparation de la première collection 1961-1962. | PIERRE BOULAT / COSMOS

Cette fois, c’est le mannequin favori et amie, Victoire, justement mariée à Roger Thérond, le mythique patron de Paris Match, qui s’en charge. Le 7 octobre 1961, l’hebdomadaire annonce le lancement de la maison Saint Laurent. Lors de la soirée qui suit, une petite foule d’invités brillants, parmi lesquels Jean Cocteau et Françoise Sagan, se presse dans le nouvel appartement du couple, place Vauban. Bientôt, la maison Saint Laurent s’installera rue Spontini. Un écrin pour abriter leur amour, le génie de l’un, et le sens des affaires de l’autre.

« Nos plus belles années »

Lorsqu’il parlait de cette époque, Pierre Bergé disait volontiers : « Cela a été nos plus belles années. » Ce sont en tout cas les années qui ont le mieux inspiré les biographes, les cinéastes, les journalistes, tant ce nouveau couple paraît complémentaire, tumultueux, et pour tout dire romanesque. Dès sa première collection, Yves Saint Laurent a été sacré comme un nouveau grand maître de la mode. De Liliane Bettencourt à la baronne Guy de Rothschild, les anciennes riches clientes de Dior accourent chez ce génie des couleurs et de la coupe qui fait d’elles des femmes modernes, élégantes et apparemment libres. D’emblée, Pierre Bergé a fixé les prix des robes et des manteaux : ils seront alignés sur ceux de Dior, comme si le débutant égalait déjà son ancien mentor.

Les années 1960 voient la société de consommation exploser dans tous les domaines. Il faut moderniser, internationaliser, diversifier. Se lancer dans le prêt-à-porter, aussi, et développer les licences. Pierre Bergé a eu l’idée de lancer un parfum, baptisé Y, et ce succès apporte aussitôt de l’argent frais. Pour répondre à Courrèges et Cardin qui habillent les femmes comme des héroïnes de science-fiction, Saint Laurent réplique avec une collection inspirée de deux peintres abstraits, Mondrian et Poliakoff. Cette fois, les ventes s’envolent.

Première boutique de prêt-à-porter

En 1966, les voilà qui ouvrent leur première boutique de prêt-à-porter, Saint Laurent Rive gauche. Ils ont voulu un endroit élégant et une ligne très chic, dont la marraine n’est autre que Catherine Deneuve, qu’Yves a entièrement habillée pour le tournage de Belle de jour, de Luis Buñuel. Toutes les femmes en vue de l’époque, de Françoise Giroud à Jeanne Moreau, lui emboîtent le pas.

La répartition des tâches au sein du couple Bergé-Saint Laurent est la même qu’au temps du couple Bergé-Buffet. A Yves, la création. A Pierre, les relations avec les grands critiques et la conduite de l’entreprise. Leur complémentarité est parfaite. Yves est un inquiet, fragile, angoissé. Pierre est déterminé, autoritaire, souvent colérique. Mais ce sont tous deux des érudits, passionnés de peinture, de littérature et d’opéra. Pour se reposer de la fatigue des collections, ils ont acheté à Marrakech une très belle maison, qu’Yves a aussitôt baptisée « la maison du serpent », et qu’il a peinte et meublée avec un goût exquis. Ils y mènent une vie très libre, entourée d’amis riches et cultivés qui viennent dans ce nouveau Saint-Tropez nord-africain.

Pierre Bergé a renoué avec ce train de vie dispendieux et élégant auquel il a toujours aspiré et fréquente ces grands noms de l’aristocratie qui mènent une existence oisive et s’habillent en Saint Laurent. Lui qui lit peu les magazines ne manque jamais, chaque mois, L’Intermédiaire des chercheurs et curieux, et ses notices nobiliaires et généalogiques. A Marrakech, il fréquente l’incroyable riad de la comtesse Charles de Breteuil, donne des fêtes où se pressent les Krupp von Bohlen und Halbach, Hélène Rochas, Thadée Klossowski, Loulou de la Falaise, Adolfo de Velasco. En France, les bals proustiens que donnent Guy et Marie-Hélène de Rothschild l’enchantent. Rien ne le ravit plus que d’aller en week-end dans ces châteaux de l’aristocratie française où les convives arrivent avec leur personnel et où les parties de chasse ressemblent à celle de La Règle du jeu, de Jean Renoir.

Cela n’empêche nullement Bergé de tenir la maison d’une main de fer. Certains critiques – dont Nathalie Mont-Servan, du Monde – n’ont pas aimé la collection Libération d’Yves en 1971 ? Il leur interdit l’entrée du défilé, l’année suivante.

La diversification

Il n’empêche, la haute couture est menacée. Coco Chanel est morte en 1971. Les femmes actives jurent bien plus par les jeunes créateurs et devant la menace, Pierre Bergé imagine en 1973 un regroupement qui deviendra bientôt la Chambre syndicale du prêt-à-porter des couturiers et des créateurs de mode, dont il prend la présidence.

OPIUM, C’EST LE NOM QU’YVES A CHOISI DE DONNER AU NOUVEAU PARFUM QUE LA MAISON ENTEND LANCER. SCANDALE. N’EST-CE PAS FAIRE L’APOLOGIE DE LA DROGUE ? MAIS BERGÉ TIENT BON

Rue de Babylone, le couple a emménagé dans un superbe appartement décoré à grands frais par Jacques Grange, dont ils ont fait un incroyable musée. Dans le salon, une toile de Fernand Léger côtoie un Géricault et un Mondrian. Des chandeliers du XVIIe siècle entourent une sculpture de Brancusi. Sur des tables arts déco de Jean-Michel Franck ont été disposés des bronzes Renaissance. Le salon de musique, laqué de rouge, a des allures de fumerie d’opium.

Opium, c’est justement le nom qu’Yves a choisi de donner au nouveau parfum que la maison entend lancer. Dans certains pays, dont les Etats-Unis, cela fait scandale. N’est-ce pas faire l’apologie de la drogue ? Mais Bergé tient bon. Tout juste admet-il de modifier le slogan publicitaire – « Pour celles qui s’adonnent à Yves Saint Laurent » – pour le marché américain. C’est un immense succès. Désormais, sous l’impulsion de son PDG, qui a compris l’importance de la diversification, la marque YSL ne fait plus seulement des vêtements, mais aussi des fragrances, du maquillage et des produits de beauté.

Vie commune infernale

Le soir, le couple hante les soirées du Sept, au 7 de la rue Sainte-Anne, dont le propriétaire Fabrice Emaer, 1,92 m et la mèche blond platine, accueille toute la faune électrisée des nuits parisiennes d’un « Bonsoir, bébé d’amour ! » Yves se perd dans ces nuits blanches. Au cours d’une soirée, il a rencontré Jacques de Bascher, jeune favori de Karl Lagerfeld, à la beauté magnétique. C’est un dandy vénéneux qui tourne les cœurs. Amoureux, le génie de la haute couture multiplie avec lui les orgies d’alcool et de drogue. A plusieurs reprises, il a fallu l’hospitaliser pour de longues périodes qui le laissent exsangue.

Pour préserver l’entreprise, Pierre Bergé donne le change. Mais la vie commune est devenue infernale. Le 3 mars 1976, Bergé décide de quitter l’appartement de la rue de Babylone après dix-huit années de vie commune et s’installe dans une suite de l’Hôtel Lutetia. Cela ne l’empêche pas de continuer à protéger le créateur de ses démons. C’est lui qui trouve les médecins, paye les factures, organise la vie quotidienne, veille à sa tranquillité lorsque le couturier crée ses somptueuses collections. « Il enferme Yves », murmurent ses détracteurs, prompts à le décrire en despote.

En vérité, Pierre Bergé continue d’admirer et d’aimer son ancien compagnon. Il multiplie à travers le monde de grandes expositions rétrospectives autour des créations Saint Laurent. Au Metropolitan Museum de New York, au Musée des beaux-arts de Pékin, à l’Ermitage de Leningrad, des millions de personnes peuvent admirer l’artiste ainsi exposé de son vivant.

Entretenir la légende de leur couple

Veut-il entretenir la légende de leur couple ? Pierre Bergé continue d’acheter des propriétés où le duo pose ensemble pour les magazines : la villa Majorelle à Marrakech, le château Gabriel en Normandie où Jacques Grange a reconstitué une charmante datcha russe, la villa Léon l’Africain à Tanger, entre la Méditerranée, qui rappellera au couturier son enfance à Oran, et l’Atlantique, chère au natif d’Oléron.

Bergé a appris à piloter hélicoptères et avions, et emmène Yves dans son bimoteur Agusta rejoindre ces retraites somptueuses. C’est aussi là, dans les jardins redessinés par le paysagiste Madison Cox, devenu le plus proche ami de l’homme d’affaires et aujourd’hui son exécuteur testamentaire, que sont souvent photographiés les derniers modèles haute couture, dans un foisonnement de philodendrons géants et de yuccas rappelant les tableaux du Douanier Rousseau. Le duo, de fait, est irrémédiablement soudé, et Yves Saint Laurent le dit sans détour :

« Sans toi, je ne serais peut-être pas celui que je suis. Sans moi, je ne l’espère mais je le pense, tu ne serais pas ce que tu es. Ce grand aigle à deux têtes qui cingle les mers, dépasse les frontières, envahit le monde de son envergure sans pareille, c’est nous. »

Aigle à deux têtes… Pendant qu’Yves multiplie les collections éblouissantes, Pierre Bergé s’attache à assurer l’avenir de la maison. Bien conscient que le marché de la haute couture décroît inexorablement, Pierre Bergé entend racheter Charles of the Ritz, qui garde le contrôle des parfums stars signés Saint Laurent. Il y parvient grâce à Alain Minc, qui lui apporte un nouveau partenaire, Carlo De Benedetti, par l’intermédiaire de sa holding française Cerus. En 1987, le groupe est désormais l’un des géants du luxe de 2,5 milliards de francs et 2 600 salariés. Deux ans plus tard, le groupe est introduit avec succès en Bourse.

Séduit par François Mitterrand

Cela ne suffit par à Pierre Bergé. Jusque-là, l’homme d’affaires est resté classiquement un électeur de la droite bourgeoise. Mais il aime être au cœur du pouvoir, et depuis que la gauche est arrivée aux affaires, il n’a pas à se plaindre des socialistes. Le ministre de la culture Jack Lang a permis dès 1982 aux créateurs de défiler dans la Cour carrée du Louvre, Danielle Mitterrand porte souvent du Saint Laurent, et Bergé est devenu l’un des donateurs de la Fondation France Libertés lancée par la première dame. François Mitterrand, surtout, le séduit.

Devenu le principal actionnaire de Globe, un nouveau magazine lancé par Georges-Marc Benamou avec Bernard-Henri Lévy, il met le journal au service de la réélection du président socialiste. Les vieux mitterrandistes tordent le nez devant les flatteries trop appuyées de ce patron qui offre des éditions rares au chef de l’Etat. Mais à peine réélu, Mitterrand le fait nommer à la tête de l’Opéra de Paris.

Est-ce parce qu’il veut y régner sans partage ? Quelques mois après son arrivée, Pierre Bergé provoque un scandale en renvoyant le chef d’orchestre Daniel Barenboïm. Celui-ci est le plus fameux chef du moment. Il n’a pas caché son mépris à l’égard de Bergé, qu’il tient tout juste pour un amateur éclairé, et n’a pas l’intention de se laisser dicter le programme de la saison par un patron de la haute couture. Mais Pierre Bergé a sans doute sous-estimé la force de la renommée du chef de légende. C’est un tollé international. Les critiques contre son arrogance et son autoritarisme qui, jusque-là, ne dépassaient pas le petit monde de la mode, sont désormais publiques. Bergé tient bon. Il parvient à ouvrir le nouvel Opéra Bastille à temps pour les célébrations du bicentenaire de la Révolution française, en 1989, mais termine son mandat, en 1994, dans un climat social tendu.

Son amitié avec François Mitterrand n’en finit pas, cependant, de susciter les polémiques. Le rachat, le 19 janvier 1993, du groupe Saint Laurent par Sanofi, filiale du groupe Elf dirigé par Loïk Le Floch-Prigent, un affidé du président, pour 3,6 milliards de francs, soulève tous les soupçons. Ce rachat en pleine crise, pour un prix équivalent à dix-huit fois les bénéfices d’YSL, n’est-il pas une bonne manière de Mitterrand à l’égard de celui qui a financé ses campagnes ? Bergé, fin négociateur, est de plus parvenu à obtenir que les nouveaux acquéreurs rachètent sa commandite contre le versement de 350 millions de francs à chacun des fondateurs, Yves Saint Laurent et lui-même.

Défenseur de la lutte contre le sida

Voici venu le temps du Pierre Bergé mécène. Propriétaire de la brasserie de luxe Prunier, d’une société de vente d’art, du magazine militant gay Têtu, l’homme d’affaires prend la présidence du comité Mac Orlan qui gère les autorisations d’exploitation de l’œuvre de l’écrivain, celle du comité Cocteau, finance la restauration de la maison d’Emile Zola à Médan (Yvelines). La lutte contre le sida tient en lui un de ses plus fervents et riches défenseurs et il soutient une partie importante de la recherche et de l’accompagnement des malades. Il avait récemment donné un prolongement artistique à cet engagement en produisant 120 battements par minute, le film de Robin Campillo sur l’aventure d’Act Up, Grand Prix du jury au Festival de Cannes en 2017, salué par toute la critique, qui vient de sortir en salles. Il continue aussi de financer des campagnes électorales, soutient Bertrand Delanoë en campagne pour la Mairie de Paris en 2001, Ségolène Royal, lors de la présidentielle de 2007, le courant de Vincent Peillon en 2009, jusqu’à Emmanuel Macron, en 2017.

En 2009, il a choisi de vendre une grande partie de sa collection d’œuvres d’art et use de son argent pour militer en faveur du mariage pour tous, soutenir la procréation médicalement assistée et la gestation pour autrui pour les couples homosexuels, financer des mises en scène théâtrales, des expositions, des festivals. Et des journaux. En 2010, il était devenu actionnaire du Groupe Le Monde en clamant avec ironie : « Je n’ai pas eu le bac, mais j’ai acheté Le Monde. » Il lisait le journal avec attention, comme les autres publications du groupe (L’Obs, Courrier international, Télérama, La Vie), contestant tel article, désapprouvant telle critique publiquement tout en se félicitant que « les journalistes continuent de n’en faire qu’à leur tête ».

Il continuait aussi d’aider, d’entretenir même, une dizaine d’amis, assistants, compagnons qui l’accompagnaient à l’Opéra, au théâtre, à des lectures publiques. Depuis 2009, il avait déclaré publiquement être atteint de myopathie. Depuis, il combattait crânement la maladie. Avec arrogance, ironie et profondeur, comme il avait mené sa vie.

Le capital de la société Le Monde Libre évolue. A la suite de la disparition de Pierre Bergé, la société Le Monde libre a publié le communiqué suivant : « Associés à Pierre Bergé depuis la création de la société Le Monde libre (LML), Xavier Niel et Matthieu Pigasse se sont engagés, à la demande de Pierre Bergé, à reprendre ensemble et chacun pour moitié les parts qu’il détenait au sein de LML, structure de contrôle du Groupe Le Monde. Ensemble, pleinement engagés aux côtés des équipes du Groupe Le Monde, ils veilleront à prolonger l’élan insufflé par Pierre Bergé en 2010, au moment où de graves difficultés économiques et plusieurs années de pertes menaçaient l’existence même des titres du groupe. Sept ans plus tard, les investissements de LML et la mobilisation et l’exigence de toutes les équipes du groupe ont permis le redressement du Groupe Le Monde, désormais bénéficiaire, le développement de son audience en France et à l’étranger, et enfin de conforter son indépendance, comme le souhaitait Pierre Bergé. Xavier Niel et Matthieu Pigasse sont et resteront à parité au sein du capital du Groupe Le Monde, avec le même nombre de parts et de droits de vote. Leur engagement et leur investissement se situent dans la continuité de ceux de Pierre Bergé, avec la double exigence de poursuivre le développement de chacun des titres tout en préservant l’indépendance du Groupe et les valeurs qui fondent son identité. »

pierr23

"Ni fleurs ni couronnes", a annoncé vendredi la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent, après la mort à 86 ans de l'homme d'affaires, vendredi matin.

La crémation de Pierre Bergé, décédé vendredi, aura lieu mardi 12 septembre "dans la plus stricte intimité", a-t-on appris auprès de la Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent. "Un événement public en son honneur sera organisé ultérieurement", a-t-on indiqué de même source, dans un lieu et à une date encore non précisés.

"Des dons peuvent être adressés au profit de Sidaction". "Ni fleurs, ni couronnes. Des dons peuvent être adressés au profit de Sidaction", a ajouté la Fondation, qui était présidée par Pierre Bergé. Les cendres d'Yves Saint Laurent, son compagnon pendant 50 ans, avaient été dispersées dans le jardin de leur villa à Marrakech. "Je sais que je n'oublierai jamais ce que je te dois, et qu'un jour j'irai te rejoindre sous les palmiers marocains", avait déclaré Pierre Bergé en juin 2008, lors des obsèques de Saint Laurent.

23 février 2013

Le Chef de l'Etat actuellement au Salon de l'Agriculture

Alors qu'il avait passé l'an dernier, en tant que candidat à la présidentielle, plus de 11 heures dans les allées du salon de l'Agriculture, François Hollande est arrivé, ce samedi matin, pour rencontrer les producteurs et éleveurs en compagnie des ministres Stéphane Le Foll (Agriculture), Guillaume Garot (Agroalimentaire) et Benoît Hamon (Consommation).

Le Président de la République va débuter sa journée par la traite des vaches avant de prendre un petit-déjeuner avec des représentants syndicaux. Il devrait achever son parcours en milieu d'après-midi, après huit heures de visite.

554033_10151505099780350_799999765_n

10 août 2015

HAB GALERIE SOLO GROUP SHOW TATURO ATZU, TATZU NISHI, TATZU OOZU, TAZU ROUS, TATSUROU BASHI, TAZRO NISCINO


Tatzu Nishi (Voyage à Nantes 2015) par TELENANTES

van_evt_2015

C’est au créateur de la Villa Cheminée à Cordemais d’investir de son humour provocateur et décapant la HAB Galerie. Cette première exposition personnelle de l’artiste japonais en France s’intéresse  à la manière dont Taturo Atzu, alias Tatzu Nishi, joue avec nos conventions en reliant des notions habituellement opposées : le public et le privé, le beau et le  laid, le bon goût et le mauvais,  le sérieux et le caustique.

Dans ce jeu avec les codes, l’artiste  a décidé, tout au long de sa carrière,  de changer de nom, passant de Tazro Niscino à Tatzu Nishi puis Tatsurou Bashi avant de revenir au second,  puis maintenant Taturo Atzu.

C’est ainsi qu’on peut parler d’une  “exposition personnelle collective”, sans doute premier “solo group show” de l’histoire de l’art !

Taturo Atzu use ici des formes et objets qui composent l’espace public en créant une sorte de jardin où une fontaine est composée d’une voiture et de sculptures en plâtre de jardinerie… Une lampe de bureau hors normes éclaire des photographies montrant Nantes sous un jour nouveau… Des sculptures issues des collections du musée des Beaux-Arts de la ville  deviennent des caryatides contemporaines, tandis qu’un urinoir s’est échappé pour venir s’accrocher au  milieu de l’exposition !

C’est en faisant preuve d’une grande liberté de faire et de penser que l’artiste rapproche le païen du sacré, l’historique de l’anecdotique. En jouant avec ces “valeurs“, il nous fait prendre conscience de leur sens profond.

105691671_o

IMG_7190

IMG_7195

IMG_7196

T'aurais pu me le dire avant de partir !

Le mat d'éclairage public est l'un des objets que Toturo Atzu a le plus utilises tout au long de sa carrière. Alors qu'il y a dans le monde un nombre incalculable de lampadaires, on n y prête jamais attention. Leur omniprésence les rend invisibles. L'artiste en fait ici l'élément central d'une installation qui oscille entre drame et humour. On a devant les yeux le résultat d'un choc violent mois absurdité de l'occident, son caractère ubuesque, ôte tout sentiment d'effroi. L'œuvre ouvre au contraire les portes de l'imaginaire, laissant tout un chacun se construire sa propre histoire. Les rôles sont en effet inversés : la voiture, bien que produite en masse est souvent considérée comme un marqueur social, on y accorde de la valeur. Le lampadaire est en quelque sorte à son service. Ici, la voiture est réduite à la passivité, embrochée par un objet que tout le monde ignore !

Vespa boule à facettes

Taturo Atzu a consacré la quasi-totalité de son activité artistique à présenter des pièces en extérieur. Pour sa première exposition personnelle en intérieur, sa préoccupation est restée de s'adresser à ceux qui n'ont pas l'habitude de fréquenter des musées. En utilisant des objets du quotidien, il instaure de fait une certaine familiarité. Ce scooter, objet des plus banals, acquiert un statut hors du commun en étant recouvert de petits miroirs, à la manière des boules à facettes. En s'appuyant sur la qualité de réfléchissement du miroir, il tente ainsi de faire rentrer l'extérieur à l'intérieur de la galerie et inversement, de foire sortir les œuvres dons l'espace public. C'est d'ailleurs après avoir arpenté les rues de Nantes lors de la Nuit du VAN le 3 juillet que l'engin de locomotion est devenu sculpture, accrochée dans cet entre-deux espaces qu'est le sas de la HAB Galerie, comme une invitation à entrer dons l'exposition.

Fontaine de la mode et de l'immuable

Cette installation, Assemblage d'éléments hirsutes, fait référence aux fontaines omniprésentes dons nos villes. Comme souvent, Taturo Atzu donne à l'œuvre un titre explicite. Alors que la mode change sons cesse (les modèles de voiture en font partie), on ne cesse de reproduire une certaine esthétique classique notamment issue de la statutaire gréco-romaine. Bien que très différents dans l'image qu'ils colportent, ces objets, voiture, bennes et sculptures en plâtre, ont pour point commun d'être omniprésents dons le paysage urbain. Ils sont aussi tous issus d'un mode de production industrielle. Par la manière quelque peu bricolée et brutale dont il crée l'installation, il entend prendre ses distances avec  un art qui s'appuierait uniquement sur des techniques de pointe dans l'objectif d'une esthétique irréprochable. Manière pour lui de pourfendre l'idée même de "bon goût".

IMG_7193

Trois endroits pour reconnaître un adulte indépendant

C'est sans doute dons cet ensemble d'œuvres que l'art de la contradiction de Taturo Atzu atteint son paroxysme. Des toilettes, lieu de l'intime où l'on s'extrait du regard des autres, se retrouvent éparpillées dons l'espace d'exposition. Ce ne sont pos des pièces rapportées puisqu'elles ont bel et bien été enlevées des toilettes publiques de la HAB Galerie pour trouver une nouvelle place, obligeant ainsi les tuyaux d'évacuation à sillonner l'espace ! L'une est installée au sommet d'un échafaudage, installation démesurée pour ce genre d'usage, simplement pour foire profiter de la lumière naturelle. L'autre se retrouve dons l'atelier technique, espace habituellement interdit d'accès. Enfin, un urinoir se retrouve accroché à un pilier, au beau milieu de l'exposition. A travers ce dernier objet, comme d'ailleurs dans l'humour dont fait preuve Taturo Atzu pour cet ensemble d'œuvres et dans le titre qu'il lui donne, on peut bien sûr y voir un hommage à Marcel Duchamp qui en 1917 avait défrayé la chronique (et changé plus tard le cours de l'histoire de l'art) en exposant un urinoir.

IMG_7197

IMG_7199

IMG_7200

IMG_7201

 

Bonjour bébé

Cette œuvre mêle allègrement les niveaux de valeurs qu'on accorde aux objets. Le caractère unique des œuvres d'art y côtoie la banalité du quotidien. Alors qu'on est habitué à contempler peintures et sculptures ou sein d'un musée, elles sont ici mises en situation dons un intérieur des plus communs : une chambre à coucher. Une scène de vie familiale s'y déroule : un homme et une femme observent leur enfant s'ébattre sur le lit. Taturo Atzu affuble au buste de Victor Hugo par Rodin un corps grossièrement taillé tandis que la prêtresse d'Eleusis est couverte d'un masque pareillement difforme. A la noblesse du bronze et du marbre se greffe la pauvreté du polystyrène. En choisissant d'accrocher des peintures de paysages derrière les fenêtres, l'artiste nous extrait du lieu d'exposition. Il prolonge ainsi sa démarche de mêler l'art à la vie le plus intimement possible. Œuvres de la collection du Musée des Beaux-arts de Nantes Métropole : Eugène Fromentin, Chasse à la gazelle dans le Hodna, 1856, huile sur toile. Jean-Baptiste Oudry, La rentrée du troupeau, 1740, hui/e sur toile Charles-Auguste Lebourg, La prêtresse d'Eleusis, 1874, marbre Jean-Baptiste-Joseph Debay, Hercule enfant étouffe les serpents envoyés par Junon 1830, marbre. Auguste Rodin, Victor Hugo écoutant les sirènes, 1897-1902, bronze.

6 septembre 2017

LE CRAZY HORSE POUR LA PREMIÈRE FOIS AUX JOURNÉES DU PATRIMOINE

crazy1

Voir un spectacle du Crazy Horse, lieu légendaire de la nuit parisienne depuis 1951, est déjà une expérience inoubliable en soi. Mais à l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine, c’est une invitation à approcher le mythe d’encore plus près à laquelle le Crazy Horse vous convie les samedi 16 et dimanche 17 septembre 2017, lors de visites de 30 minutes guidées par une danseuse de sa légendaire troupe.

C’est donc en compagnie de l’une de celles qui portent fièrement chaque soir les couleurs du Crazy Horse que vous découvrirez l’histoire du cabaret et ses anecdotes, jusqu’aux coulisses habituellement inaccessibles au public.

En savoir plus

LE CŒUR DU CRAZY HORSE RIEN QUE POUR VOUS !

Pour faire de ces visites, une expérience unique et exclusive en petits groupes de 16 personnes maximum, une inscription au préalable est nécessaire.

Pour ceux qui n’auront pas la chance de participer les 16 et 17 septembre prochain, le Crazy Horse propose régulièrement sa « Crazy Expérience » en format d'une heure avec cocktail en coulisses et spectacle en placement VIP inclus (tarif : 220€/ personne).

Dates disponibles ici

JE RÉSERVE +33 (0)1 47 23 32 32

reservation@lecrazyhorseparis.com

crazy2

20 février 2013

LARS VON TRIER ABSENT DE CANNES POUR LA SECONDE FOIS

charlotte_gainsbourg_referenceNymphomaniac, le film érotique de Lars von Trier avec Charlotte Gainsbourg et Shia LaBeouf, ne sera pas prêt pour Cannes. De là à penser qu’il y a de l’eau dans le gaz entre le festival et le cinéaste danois, déclaré «persona non grata» en 2011, il n’y a qu’un pas. Pourtant, le producteur assure que le longmétrage ne sera pas prêt pour cause de délai trop court de montage. Photo : Charlotte gainsbourg dans Nymphomaniac

3 septembre 2017

Le Japon dénonce un nouvel essai nucléaire réalisé par la Corée du Nord

La Corée du Nord a réalisé, dimanche 3 septembre, un sixième essai nucléaire, a indiqué le gouvernement japonais, après que des agences géologiques ont enregistré une "explosion" de magnitude 6,3 près de son principal site de tests atomiques. "C'est absolument inacceptable", a réagi le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, dont le pays avait été survolé, mardi, par un tir de missile nord-coréen.

=======================

nucleaire

Corée du Nord: Kim Jong-Un inspecte une bombe H destinée à un missile

COREE DU NORD - Le numéro un nord-coréen Kim Jong-Un a inspecté une bombe à hydrogène qui peut être installée sur le nouveau missile balistique intercontinental nord-coréen, a affirmé ce dimanche 3 septembre l'agence de presse officielle KCNA.

Selon KCNA, le leader nord-coréen a déclaré que "tous les composants de la bombe H ont été fabriqués nationalement". Des analystes étrangers ont émis ces derniers mois des doutes sur la capacité de la Corée du Nord à miniaturiser une bombe H pour l'installer sur un missile.

bombe1

bombe2

18 février 2013

Le souverain pontife dont rêvent les Français (Le Parisien)

bp45Quel est le profil idéal du pape qu’ils espèrent ? Selon notre sondage, le cardinal qui prendra la succession de Benoît XVI devra avant tout se distinguer de ses prédécesseurs et être lui-même, tout simplement. Un désir qui ne vient pas d’une quelconque défiance à l’égard de Benoît XVI, considéré comme un « bon pape » par une majorité des personnes interrogées par BVA. Néanmoins, avec 59% de jugements favorables, Joseph Ratzinger n’est pas en mesure de rivaliser avec son très populaire prédécesseur. Dans un sondage réalisé par TNS en 2011, 75% des Français déclaraient avoir une bonne image du pontificat de Jean-Paul II, qui était très apprécié par les non-pratiquants et les athées, contrairement à son successeur.

Un pape « nouveau »

Dans leur ensemble, les Français ne sont pas attachés à un type particulier de pape. Majoritairement (51%), ils souhaitent que le prochain Saint-Père soit lui-même et ne ressemble ni à Jean-Paul II ni encore moins à Benoît XVI. Le « démissionnaire » n’est un modèle souhaitable que pour 3% des Français (6% des catholiques pratiquants) alors que son prédécesseur serait un bon exemple à suivre pour 43% des Français (38% des catholiques pratiquants). « Sur la forme, il pourra être novateur, mais il est peu probable que le prochain pape le soit sur le fond, relève le spécialiste du Vatican Odon Vallet*. Les cardinaux ont été nommés par les papes précédents. Ils sont donc tous sur la même ligne. »

… dont l’origine importe peu

Peu importe le continent, pourvu qu’il ait la foi! La provenance géographique du prochain souverain pontife ne semble pas être un critère décisif pour l’ensemble des Français (62%). La question indiffère même les catholiques pratiquants réguliers (66%). Pour ceux, minoritaires, qui expriment une préférence, il y a une sorte de « match » entre l’Afrique (32% des sondés ayant une préférence) et la France (29%). L’Amérique latine arrive à la troisième place (19%).

Une Eglise à sa juste place

Plus d’un siècle après la séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905, la place de l’institution catholique dans le pays ne fait plus débat. Même si elle a largement pris part aux débats houleux sur le mariage pour tous, en s’y opposant très nettement, les Français sont une très large majorité à considérer qu’elle occupe aujourd’hui « une juste place, ni trop, ni pas assez importante ».

* « Le Monde est leur paroisse : chroniques du village planétaire », d’Odon Vallet, Editions Desclée de Brouwe.

11 août 2015

Le Mur de l'Atlantique - Presqu'île de Quiberon

IMG_9640

IMG_9641

IMG_9642

Voir mes précédents billets sur "Le Mur de l'Atlantique" en Bretagne :

PLOUHARNEL : Une balade à travers les...           17/07/2015

Bretagne : Ici tournait le chantier de...          20/09/2014

Les asperges de Rommel... à Kerhillio...       07/06/2014

Plouharnel : Les vestiges du Mur de...          23/10/2013

Plage de Kerminihy - Erdeven - Bunkers...   22/10/2013

Plouharnel - le site du Bégo (tourisme...       19/09/2013

Bretagne - Le mur de l'atlantique      16/04/2013

Erdeven. Les asperges de Rommel... 01/03/2013

Le site du Bégo - Presqu'île de Quiberon      11/08/2012

Pour y accéder (après avoir noté les différentes dates) voir l'historique en cliquant sur le lien suivant : http://jourstranquilles.canalblog.com/archives/index.html 

 

1 septembre 2017

Obsèques de Mireille Darc : Alain Delon et Pascal Desprez unis dans la douleur devant une foule de stars

darc

Ce vendredi 1er septembre, à 11 heures, ont eu lieu les obsèques de Mireille Darc. De nombreuses person­na­li­tés et beau­coup d’ano­nymes étaient venus témoi­gner de leur atta­che­ment à l’ac­trice.

La grande place de l’église Saint-Sulpice, dans le 6ème arron­dis­se­ment de Paris, était noire de monde ce vendredi 1er septembre 2017. Des stars du cinéma mais aussi de très nombreuses célé­bri­tés de tous hori­zons, des poli­tiques et surtout beau­coup d’ano­nymes s’étaient rassem­blés pour offrir un dernier adieu à Mireille Darc, répon­dant ainsi à l’ap­pel de son époux. « Elle a donné beau­coup d’amour. Elle aimait les gens. J’es­père que les gens vont lui témoi­gner une dernière fois », avait-il déclaré au micro de RTL, invi­tant tous ceux qui le souhai­taient à venir se recueillir et appor­ter des fleurs blanches, celles qu’elle « aimait par-dessus tout ».

Le mari de Mireille Darc, Pascal Desprez, et Alain Delon, soutenu par son fils Anthony, ont pu comp­ter sur le soutien de Johnny et Laeti­cia Hally­day ou Line Renaud, entou­rée de Muriel Robin et sa compagne Anne le Nen. Carla Bruni, Laurent Dela­housse, Marie-Anne Chazel, Fran­cis Huster… tous ont souhaité hono­rer la mémoire de celle que le 7ème art avait surnommé La grande saute­relle. Au micro de CNews, Jean-Pierre Foucault a tenu ce matin à rappe­ler que Mireille Darc « n’était pas simple­ment l’ac­trice et l’image, c’était une grande et belle femme de cœur », avant d’ajou­ter : « Elle va nous manquer ». En témoigne la longue ovation que les célé­bri­tés et les anonymes ont faite à la sortie de l’église. Au total, plus d'un milliers de personnes étaient présentes.

Mireille Darc s’est éteinte lundi 28 août, aux alen­tours de deux heures du matin, entou­rée de deux des hommes de sa vie. Ces derniers mois, la star de 79 ans était « épui­sée ». « Elle s’est endor­mie. […] Elle était au bout. […] Un an de combat comme ça, c’est une vraie folie », a raconté celui qui parta­geait sa vie depuis 21 ans déjà. À ses côtés cette triste nuit, il y avait aussi Alain Delon, le premier grand amour de Mireille Darc avec qui elle a vécu une folle passion quinze ans durant. « Je lui ai dit : “Reste dormir.” Je sais que pour Mireille, ça a été un très beau cadeau. […] Elle était dans le coma mais je sais qu’elle savait qu’on était là tous les deux. […] C’était une jolie nuit. » Une nuit au cours de laquelle Alain Delon a « embrassé »celle qui était « la femme de [sa] vie ». Il l’ac­com­pa­gnera avec les plus intimes jusqu’à sa dernière demeure, au cime­tière du Mont­par­nasse.

mireille

1 septembre 2017

Tempête Harvey: «Charlie Hebdo» se moque des sinistrés et fait scandale aux Etats-Unis

Ils ne sont plus Charlie. La une du journal satirique, qui se moque des victimes de la tempête Harvey, cette semaine, passe très mal aux Etats-Unis, surtout après la solidarité manifestée par de nombreux Américains lors de l’attaque de janvier 2015.

« Dégoûtant »

« Dieu existe. Il a noyé tous les néo-nazis du Texas », ironise Riss en couverture de Charlie Hebdo, qui semble confondre le Texas avec le rassemblement des suprémacistes américains à Charlottesville, en Virginie, début août. Républicain revendiqué, l’acteur James Wood ne digère pas. « Assez parlé de Je suis Charlie #traîtresdefrançais ».

charlie

16 février 2013

Prix World Press

01_Paul_Hansen

Photo : Paul Hansen

Suhaib Hijazi, deux ans, et son frère aîné Muhammad ont été tué lorsqu'un missile israélien a détruit leur maison. Leur père Fouad a aussi été tué et leur mère a été gravement blessée. Les frères de Fouad transportent les corps des enfants au cimetière tandis que le corps de Fouad est emmené sur une civièr un peu plus loin.

=================================

Le photographe suédois Paul Hansen a remporté le World Press Photo Award 2012 pour un cliché montrant un groupe d’hommes transportant les cadavres de deux enfants dans les rues de Gaza, ont annoncé vendredi à Amsterdam les organisateurs du plus prestigieux concours de photojournalisme.

Deux photographes de l’Agence France Presse ont en outre été récompensés, Fabio Bucciarelli obtenant la deuxième place et Javier Manzano la troisième dans le genre «reportages» de la catégorie «Actualités».

Le cliché de Paul Hansen, publié par le quotidien suédois Dagens Nyheter a été pris le 20 novembre 2012 dans les rues de Gaza. Il montre un groupe d’hommes transportant les cadavres de leurs deux neveux, tués à l’âge de deux et trois ans dans la destruction de leur maison par un missile israélien, vers la mosquée pour la cérémonie funéraire.

«La force de cette photo est dans le contraste entre la colère et la souffrance des adultes par rapport à l’innoncence des enfants», a déclaré Mayu Mohanna, un membre du jury, cité dans un communiqué : «c’est une photo que je n’oublierai pas.»

L’Italien Fabio Bucciarelli, 32 ans, a été récompensé pour un reportage sur les rebelles syriens à Alepp, en Syrie, intitulé «Bataille à mort». En Syrie également, l’Américain Javier Manzano a pris en octobre les photos d’un reportage, sobrement intitulé «Siège d’Alep».

Les photos de tous les lauréats sur le site : www.worldpressphoto.org/awards/2013

25 août 2017

Emmanuel Macron en quête d’une communication présidentielle

Bucarest. De notre envoyé spécial - Source : Ouest France

La campagne fut rude, l’été ne le fut pas moins. Mais pour d’autres raisons. Après la débauche médiatique de l’élection, Emmanuel Macron avait choisi, sitôt élu, de raréfier la parole présidentielle. Certes, on l’a entendu au Congrès. Et on l’a vu un peu partout depuis mai. Avec Trump, avec Poutine. À Bruxelles, Versailles et Berlin. Mais pas question de commenter son action avec les journalistes, comme le faisait François Hollande. Macron veut rompre avec ses prédécesseurs pour redonner du lustre à la fonction. Raréfier la parole, c’était le mot d’ordre. Du moins, jusqu’à maintenant. Car si la séquence internationale a été réussie, le jeûne médiatique a montré ses limites. L’été a apporté son lot de coups politiques inattendus. Affaire Ferrand, démission de Bayrou, couac des APL, ruades des Insoumis. Les sondages étant en baisse, un besoin d’explication s’impose. De « pédagogie », diton à l’Élysée.

Une causerie au coin du feu ?

D’où le tournant opéré mercredi à Salzbourg par Emmanuel Macron dans sa communication. Il avait promis de ne pas parler de politique intérieure lorsqu’il était en déplacement à l’étranger. Depuis mercredi, il n’a cessé de faire référence aux sujets sensibles de la rentrée française. Il a longuement plaidé pour la cohérence de sa politique sociale à propos des travailleurs détachés. Il l’a expliqué hier à Bucarest.« Cette tournée européenne me permet d’expliquer la cohérence entre l’agenda français et l’agenda européen. » Sa posture réformatrice en politique intérieure et proactive à l’échelon européen offre un terrain propice. Le voyage en Autriche, Roumanie et Bulgarie a lieu, d’ailleurs, dans les trois pays qui assureront successivement, à partir du 1er janvier 2018, la présidence de l’Union européenne. Le Président invite ainsi ses ministres à occuper le terrain. S’adressera-t-il très prochainement plus directement aux Français ? À l’Élysée, après avoir rompu avec la tradition de l’entretien télévisé du 14 juillet, on réfléchit à une nouvelle formule, à échéance régulière. Permettant d’expliquer l’action gouvernementale et de la remettre en perspective. Cela pourrait être une fois par mois. Voire deux. En s’inspirant des causeries radiophoniques au coin du feu que le président Roosevelt avait rendu populaires avant la guerre. Pierre Mendès France en avait repris la formule dans les années 1950. Macron va-t-il la relancer à la radio ? À la télévision ? Sur Internet ? On sera bientôt fixé, tant la nécessité de s’adresser plus souvent à l’opinion est désormais une évidence. En trois mois, Emmanuel Macron a touché du doigt toute l’ambivalence de la fonction présidentielle. Le président est pour la Constitution de 1958 un arbitre, mais l’introduction du suffrage universel direct en 1962 en a aussi fait un acteur. Jouer sur les deux registres est délicat. L’excès de présence médiatique est dangereux pour l’arbitre. Trop d’abstinence peut être létal pour l’acteur. En trois mois, il vient de faire l’expérience de ces deux limites. Cela s’appelle, en démocratie, rendre des comptes. Article de Laurent MARCHAND. Ouest France.

bucarest

25 août 2017

La pornographie et les femmes, pourquoi tant de violence ?

Par Maïa Mazaurette

Si nos requêtes pornographiques disent quelque chose de notre érotique, il est indéniable que l’association entre sexe et agression se porte comme un charme, rappelle la chroniqueuse de « La Matinale du Monde », Maïa Mazaurette.

« Les requêtes concernant la pornographie violente sont environ deux fois plus fréquentes chez les femmes que chez les hommes. » Cette déconcertante assertion provient du statisticien Seth Stephens-Davidowitz, dans une entrevue pour The Atlantic. L’originalité des travaux de ce chercheur consiste en ce qu’il s’appuie non sur des informations déclaratives mais sur nos recherches Google. In vino veritas ? Aujourd’hui, l’ivresse est dans le big data. Il est vrai qu’au contraire des humains, la machine a l’avantage de ne jamais nous juger (et le désavantage de très bien se rappeler nos préférences).

Si nos requêtes pornographiques disent quelque chose de notre érotique, il est indéniable que l’association entre sexe et agression se porte comme un charme. L’université de Montréal annonçait en 2014 que 64 % des femmes et 53 % des hommes aimeraient être dominés sexuellement. 29 % des femmes avaient le fantasme de subir un viol, et 30 % des hommes. L’impact du genre est plus marqué quand on retourne la question : à peine 10 % des femmes ont le fantasme de vouloir abuser de quelqu’un (ou de profiter de son inconscience), contre 22 % des hommes. Les universités du Nord-Texas et de Notre-Dame, dans l’Indiana, avaient obtenu en 2008 des résultats similaires : 62 % de fantasmes de viol chez les étudiantes – fantasmes répétés dans l’année, jusqu’à être hebdomadaires pour 15 % des concernées.

Si nous sommes en présence d’une norme statistique, posons les questions qui fâchent. Pourquoi le viol ? Plusieurs explications sont possibles et superposables. On pourrait avancer qu’une société qui maltraite les femmes tout en les encensant, qui considère leur plaisir comme « préliminaire » tout en cherchant frénétiquement comment leur en donner, crée logiquement des comportements paradoxaux – chercher le désir dans le dégoût, le plaisir dans la douleur. Mais on pourrait aussi penser qu’à force d’affirmer que « les femmes sont plus douces, plus maternelles », il se crée un énorme ras-le-bol, voire un désir de contradiction. On ne laisse pas aux femmes l’occasion d’exprimer leur agressivité ? Très bien, elles la déplaceront ailleurs – et éventuellement la retourneront contre elles-mêmes.

Moins dramatique : on pourrait estimer que le fantasme de viol relève du suprême narcissisme : « Je suis si désirable que je fais perdre le contrôle aux hommes. » Ou encore : les femmes étant censées bouder la pornographie, elles ont déjà transgressé un tabou en se connectant aux tubes – dans ce cas, pourquoi ne pas pousser la transgression jusqu’au bout ? Autre option : si les femmes sont jugées négativement pour leur désir sexuel (le fameux slut-shaming), le fantasme de viol permet de se déresponsabiliser. On a le sexe brut, sans chichis ni négociation, sans sentiments ni mariage… et sans avoir à se justifier.

Entre amour et abus

Une autre explication classique repose sur le masochisme féminin. Sans détailler les thèses freudiennes, on nous a bien expliqué que « la » femme (laquelle ?) ne triomphe que dans la défaite, que son « vrai » pouvoir réside dans la soumission. On associe la pénétration avec l’effraction, y compris dans un cadre consensuel. Ce masochisme-là est enseigné à l’école, parfois comme un fait médical : il intègre alors le socle culturel. Et ce sans que jamais soit posée la question pourtant évidente : à qui profite la thèse ?

Certaines performeuses et spectatrices expliquent en outre que la pornographie violente constitue une reprise de pouvoir sur un traumatisme – si j’ai été violée ou agressée ou menacée, je peux cette fois jouer au viol devant mon écran, avec un partenaire choisi, je peux même jouir du viol selon mes termes (en gagnant de l’argent, ou en pressant le bouton pause). Le masochisme fantasmatique est présenté comme moyen de survivre – ce que certains thérapeutes contestent en faisant remarquer qu’on ne guérit pas une plaie en y retournant le couteau.

Cette sublimation de la victimisation repose par ailleurs sur un a priori culturel contestable : le déni de toute guérison possible après un viol. Un désespoir dommageable, exprimé dans l’expression ravageuse de « meurtre psychique » – on peut se relever d’un traumatisme, certes, mais jamais du royaume des morts. Cette disqualification de notre résilience en dit plus long sur notre culture que sur les réalités thérapeutiques : le sexe n’est pas une damnation éternelle, de même qu’il n’est pas forcément une dégradation.

Nous pouvons enfin chercher des responsables (et coupables) dans un imaginaire féminin préexistant à la pornographie et enseigné très jeune : celui des contes de fées. Le prince vient prendre au lit la femme inconsciente, la déresponsabilisant de son désir sexuel, et son intrusion (c’en est une : normalement, on demande la permission) constitue un acte d’amour total. A ce titre, notre civilisation ne connaît pas seulement une association entre sexualité et violence, mais entre amour et abus.

Jouer avec le feu

C’est dire si la situation est complexe, multifactorielle, et possiblement inconsciente. Les chercheurs du Texas et de l’Indiana ont donc classé les raisons avancées par les étudiantes. Selon leurs résultats, ce sont les femmes les moins anxieuses qui ont le plus de fantasmes de viol : leur attirance reposerait essentiellement sur une combinaison de narcissisme et d’ouverture d’esprit (la liberté absolue de l’imaginaire, jusque dans la transgression).

On pourrait se satisfaire de cet état des lieux, qui fait du viol une simple option fantasmatique de femme « vraiment » libérée. Pour ma part, je n’y crois pas une seule seconde, et je pose la question du contexte de la libération. Nos fantasmes ne poussent pas dans des bulles mais dans une société, dont l’histoire nous influence. Une culture qui érotise le drame a peut-être intérêt à ce qu’un flou artistique soit maintenu dans le consentement. La survie du patriarcat a très certainement intérêt à encourager le triomphe dans la défaite (en attendant que 2 et 2 fassent 5).

Il n’est pas question de censurer. Nous sommes adultes, nous pouvons jouer avec le feu. A une seule condition : reconnaître que ce soit du feu, et qu’il puisse y avoir des blessés.

Quand on parle d’imaginaire, on imagine des contrées inexplorées. Rien n’est moins vrai, surtout quand on se connecte à une plate-forme pornographique. Les fantasmes y sont limités, définis par des algorithmes, classés selon leur popularité – il y a autant de choix entre deux vidéos pornographiques qu’entre deux boîtes de céréales au supermarché, c’est-à-dire pas beaucoup. La facilité est privilégiée, or, dans une culture judéo-chrétienne, faire du sexe une souillure est une facilité.

A tous ces titres, il serait surprenant que les femmes ne regardent pas de pornographie violente. La double virtualisation induite par Internet et par l’imagination pourrait nous faire penser qu’il n’y a pas « mort d’homme » : peut-être. Pour les grands optimistes. Mais, si nos fantasmes n’avaient jamais de conséquences, ça se saurait.

pornographie et violence

25 août 2017

Quand le bondage devient à la mode

par Manon Baeza 

La mode et le bondage, une nouvelle histoire d’amour.

Le bondage, qui signifie "esclavage" en anglais, est une pratique sexuelle à tendance sadomasochiste qui vise à attacher son partenaire pendant une relation érotique ou sexuelle. Le bondage s’appuie sur de nombreux fantasmes de soumission, et peut se référer à des techniques plus anciennes, comme "l’hojōjutsu", un art martial traditionnel japonais du XVIIe siècle qui consiste à ligoter une personne à l’aide de cordes. Outre le ligotage, le bondage fait aussi appel à toutes sortes de moyens de contrainte de façon plus générale.

Du côté des vêtements, le bondage regroupe principalement tout ce qui est corsets, combinaisons en latex et toutes sortes de créations, telles que les grosses boucles, les chaînes et les pics. Si le bondage commence peu à peu à s’immiscer sur les podiums, notamment à Londres et Berlin, villes prônant l’excentricité, nous pouvons aussi relever qu’il devient un pan de la mode à part entière.

En effet, nous pouvons remarquer l’émergence de plusieurs marques se développant uniquement autour du bondage. À cette occasion, nous vous avons fait une sélection de cinq marques de bondage à l’univers et l’esthétique totalement différents, mais toutes très réussies. Les menottes à froufrous, c’est out, le bondage, c’est in.

Zana Bayne, la marque qui repense le bondage sous toutes ses formes

https://www.facebook.com/zanabayne

zana1

zana2

2 août 2015

Navires Mistral : un milliard à reverser aux Russes

Une information russe fait état d ’ un accord final entre Paris et Moscou sur la résiliation du contrat de livraison de deux BPC à la Russie. L’Élysée n’a pas souhaité confirmer.

Le Premier ministre Manuel Valls a beau assurer que des« décisions importantes » seront prises à la fin de l’été, le sort des deux bâtiments de projection et de commandement (BPC) construits pour la Russie à Saint-Nazaire est indéniablement scellé. Le premier des deux BPC de type Mistral , le Vladivostok , devait être initialement remis à Moscou à la mi-novembre 2014, tandis que le second, le Sébastopol , devait théoriquement être livré à la Russie cet automne. Or, ils patientent gaillardement dans le port de Saint-Nazaire où le coût de leur stationnement irait« d ’un million à quelques millions d’euros par mois », selon le patron de DCNS, Hervé Guillou. Lundi, le président François Hollande avait déclaré qu’ il allait prendre« dans les prochaines semaines » sa décision finale. La partie russe n’a pas attendu que la France s’exprime. Dès jeudi soir, le conseiller pour la coopération militaire et technique du président russe, Vladimir Kojine, a déclaré que« les négociations sont déjà entièrement achevées, tout a déjà été décidé – et les délais et la somme » . Le montant des compensations que Paris devra reverser à Moscou aurait été fixé à 1,16 milliard d’ euros, affirme le quotidien russe Kommersant citant plusieurs sources anonymes. Les négociations auraient été menées par le vice-Premier ministre russe Dmitri Rogozine et Louis Gautier, secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale.

Que faire des navires ?

Ni l’ Élysée, ni la société chargée des exportations d’ armes russes Rosoboronexport , ni les services de Dmitri Rogozine, n’ ont souhaité confirmer ces informations. François Hollande a dit qu’il n’y avait pas d’accord, mais« un accord a été trouvé, des détails doivent être affinés » , a toutefois confirmé une source française proche du dossier. Totalement scellé, le sort des deux navires ? Non, car leur avenir se résume actuellement à un double point d’interrogation. Que faire de ces bâtiments qui ne valent que par leurs capacités à embarquer des hélicoptères et de la batellerie (péniches de débarquement) ? Les transférer à Brest pour couper sur les coûts de gardiennage et de stationnement d’abord. Ne pas espérer que la Marine nationale se dise intéressée mais trouver un ou deux acheteurs étrangers en recherche de capacités de projection navale. Quel pays pourrait être intéressé par le rachat des exSebastopol et exVladivostok ? Le Canada, le Japon, l’Inde… ? DCNS devrait être missionnée pour trouver un acquéreur. Une fois le deal franco-russe rendu officiel.

100505996_o

98818400_o

30 janvier 2013

30 janvier 1933 : un certain Adolf Hitler devient Chancelier du Reich...il y a 80 ans !

pre_231Hitler chancelier du Reich

Le Petit Parisien
31 janvier 1933.
Le 30 janvier 1933, le Président Hindenburg cède à la pression et accepte de nommer Adolf Hitler chancelier du Reich. Aussitôt en poste, ce dernier décide d'un gouvernement de coalition où les hitlériens tiennent la majorité des postes clés.
La plupart des journaux mesurent l'importance et la gravité de l'événement. Le Petit Parisien analyse la stratégie du leader nazi et s'interroge sur son avenir politique : « Hindenburg et Von Pappen croient certainement soumettre Hitler à une dangereuse épreuve ; ils espèrent qu'il échouera dans son essai de gouvernement et perdra sa popularité dans une chute irrémédiable […] Mais rien ne dit que leur calcul sera justifié par les événements […] Une fois intronisé, il sera bien difficile à détrôner car il n'est pas un politicien ordinaire qui s'appuie sur une poignée d'affiliés, mais un tribun qui dispose de plusieurs centaines de milliers de partisans armés et résolus.» « Cette fois la constitution de Weimar et le parlementarisme reçoivent le coup mortel », avertit Raymond Henry dans Le Figaro daté du même jour. Et de conclure : « Le cabinet Hitler, c'est une mèche à un tonneau de poudre ».
==============================================

Adolf Hitler (prononcé en allemand [ˈa.dɔlf ˈhɪt.lɐ] Prononciation du titre dans sa version originale Écouter), né le 20 avril 1889 à Braunau am Inn en Autriche (alors en Autriche-Hongrie) et mort par suicide le 30 avril 1945 à Berlin, est un dirigeant allemand, fondateur et figure centrale du nazisme, instaurateur de la dictature totalitaire désignée sous le nom de Troisième Reich (1933-1945). Porté à la tête de l’Allemagne par le Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP) qu’il reprend en 1920, il devient chancelier du Reich le 30 janvier 1933, puis se fait plébisciter en 1934 comme président, titre qu’il délaisse pour celui de Führer (« guide »).

nazisme

14 août 2017

L’Espagne dit son ras-le-bol du tourisme de masse

tourisme

Par Isabelle Piquer, Madrid, correspondance - Le Monde

Entre les excès provoqués par l’ivresse des estivants et la dénonciation d’activités qui ne profitent pas aux résidents, l’exaspération monte de l’autre côté des Pyrénées.

L’Espagne est-elle atteinte de « tourismophobie » ? Alors que leur pays s’apprête à battre de nouveaux records – il a déjà accueilli plus de 36 millions de visiteurs (11,6 % de plus qu’en 2016) et devrait dépasser les 80 millions avant la fin de l’année –, les Espagnols s’interrogent sur les méfaits induits par un secteur qui représente 11,2 % du produit intérieur brut (PIB) et qui fait vivre 2,5 millions de personnes.

L’hôpital universitaire de Palma de Majorque, Son Espases, est ainsi devenu une référence mondiale dans une spécialité assez particulière : soigner des vacanciers blessés lors d’un balconing, une pratique qui consiste à sauter d’un balcon à un autre, ou dans une piscine. Le profil des quarante-six personnes soignées par l’établissement entre 2010 et 2015 ? D’après un rapport publié en mars : jeune (environ 24 ans), majoritairement britannique (60,8 %) et complètement ivre.

Dernière victime en date, un Irlandais de 27 ans qui s’est jeté de sa chambre d’hôtel de San Antonio (Ibiza) début juillet. Le balconing aurait déjà causé la mort de trois touristes à Majorque depuis le début de l’été, selon les autorités locales.

Il y a aussi les booze cruises (les « croisières arrosées ») pour lesquelles on peut embarquer depuis la plage de Magaluf (Majorque) et qui offrent trois heures de musique et de boissons non-stop sur des bateaux bondés pour 55 euros…

Pneus crevés et confettis

C’est contre de tels excès que s’insurgent désormais les Espagnols. Et le débat est virulent car il touche un secteur particulièrement sensible de l’économie ibérique.

Fin juillet, quatre personnes encagoulées ont subitement obligé un bus touristique de Barcelone à s’arrêter ; ils ont alors crevé les pneus du véhicules avant de peindre sur son pare-brise le slogan « Le tourisme tue les quartiers ». L’attaque a été revendiquée par le collectif Arran, le mouvement de jeunesse du parti d’extrême gauche indépendantiste CUP.

Ses militants dénoncent « un modèle de tourisme qui génère des bénéfices pour très peu de personnes et aggrave les conditions de vie de la majorité ». Ils ont aussi lancé des confettis aux clients d’un restaurant du port de Palma de Majorque et collé des centaines de stickers sur des véhicules de location contre le « tourisme qui tue Majorque ».

Au Pays basque, une organisation séparatiste, Ernai, a pour sa part annoncé une manifestation à Saint-Sébastien pour le 17 août, avec pour slogan : « Votre tourisme, la misère des jeunes ».

Madrid a durement critiqué les actes de vandalisme. Le président du gouvernement, Mariano Rajoy, a demandé à ses concitoyens « un peu de bon sens » et il a attribué les attaques à des « extrémistes radicaux ».

Emplois précaires

« Ce qu’on ne peut pas faire à Monsieur le touriste, qui heureusement vient ici, génère d’énormes revenus et permet à de nombreux Espagnols de travailler, c’est le recevoir à coups de pied. Cela me semble une aberration », a déclaré M. Rajoy, lundi 7 août, lors d’une visite à Majorque où il s’est entretenu avec le roi Felipe VI qui, comme chaque année, passe ses vacances sur l’île.

Pays le plus compétitif au monde en matière de tourisme d’après le Forum économique mondial de Davos, l’Espagne a profité ces dernières années de la désaffection pour des destinations considérées à risque comme l’Egypte, la Turquie ou la Tunisie.

Les régions les plus visitées du pays sont la Catalogne (8,6 millions de touristes durant le premier semestre), les îles Canaries (6,9 millions), les Baléares (5,4 millions) et l’Andalousie (5,2 millions). Selon les estimations de l’Institut national de statistique espagnol (INE) les visiteurs ont dépensé un peu plus de 37 millions d’euros depuis janvier, soit 14,6 % de plus par rapport à la même période de 2016.

Le secteur emploie 13 % de la population active en Espagne, et jusqu’à 20 % en Catalogne. Mais il requiert surtout une main-d’œuvre peu chère et temporaire, donnant l’impression d’un « pays de serveurs » comme le dénonce régulièrement la presse ibérique. « La précarisation des emplois touristiques est de plus en plus problématique », affirme un rapport de l’université Loyola Andalucía publié en avril.

Ne pas tuer la poule aux œufs d’or

Un nombre croissant d’Espagnols estiment par ailleurs que le tourisme de masse fait grimper en flèche les loyers, provoque des nuisances en matière d’environnement, et exerce une pression presque insoutenable sur les ressources hydriques. Sans parler de l’urbanisation massive qui a déjà détruit une bonne partie des côtes.

Une enquête réalisée en juin par la mairie de Barcelone a montré que « le tourisme est le principal problème de la ville » pour 19 % des habitants interrogés. La ville a d’ailleurs pris plusieurs mesures contre la plateforme Airbnb pour tenter de limiter le nombre d’appartements disponibles à la location. Et un arrêté municipal va entrer en vigueur fin août pour interdire la location des trottinettes électriques dans le centre-ville, des engins jugés nuisibles par les résidents.

Le gouvernement des îles Baléares, où les socialistes ont formé une coalition avec la gauche radicale, a pour sa part annoncé, mercredi, son intention de limiter le nombre de locations de meublés touristiques. En cas mise en location d’appartements sans licence, les amendes peuvent atteindre 40 000 euros pour les particuliers, 600 000 euros pour des plateformes spécialisées comme Airbnb.

Mais le secteur hôtelier estime qu’il ne faudrait pas tuer la poule aux œufs d’or qui a contribué à sortir l’Espagne de la crise. D’autres destinations pourraient vite lui faire concurrence. Selon TUI, le premier voyagiste européen et numéro un mondial, « l’Espagne est au complet », ce qui pourrait bénéficier, a estimé son directeur général, Fritz Joussen, jeudi, dans un communiqué, à des pays comme le Cap Vert ou la Bulgarie.

31 juillet 2015

ETEL : Une exposition-hommage d’œuvres de Daniel Ogliaro - vu hier

L’ancienne école maternelle, place de la Mairie, accueille une exposition-hommage à Daniel Ogliaro, disparu en octobre 2013. Elle est organisée par sa femme et ses deux enfants.« Durant quarante ans, nous avons baigné dans ses œuvres, et on a eu envie de montrer le cheminement et l’étendue de ce qu’il a fait » , souligne Marie-France, son épouse. Une œuvre conséquente dont 160 tableaux et une cinquantaine de sculptures sont présentés. Professeur de lettres au collège la Rivière, il fréquenta assidûment l’école des Beaux-Arts de Lorient, où il obtiendra un diplôme. Dès lors il enseignera aussi les arts plastiques au sein du collège. En retraite, il devient membre d’Art Etel.« Tout l’inspirait. Une femme dans un train, un spectacle, l’actualité. » Ses tableaux représentent des scènes de vie, des portraits, des paysages. Ses sculptures mettent souvent en scène des personnages, parfois à taille humaine, à base de bois, de carton, de pierre, de ciment, d’argile ou de métal.« Il y avait souvent une note d’humour dans ce qu’il créait, comme la chorale déjantée ou la marche vers les soldes. Il interpellait aussi, avec la manifestation, les chaises ou la gitane. »

Jusqu’au 1er août, expositionhommage Daniel Ogliaro, ancienne école. 10 h à 12 h 30, 16 h à 19 h. Entrée libre. Les œuvres ne sont pas à vendre, mais à admirer.

DSC_2718

DSC_2719

DSC_2720

DSC_2723

DSC_2724

DSC_2725

DSC_2726

DSC_2727

Reportage photographique : Jacques Snap

31 juillet 2015

Balade et moules frites sur le Patron Émile Daniel

DSC_2702

Le Patron Émile Daniel et ses passagers ont bravé le temps maussade pour une balade sur la ria, mardi. L’ancien canot de sauvetage de la SNSM, déclassé et repris en association par d’anciens marins, a fait le bonheur d’un équipage de douze personnes, qui, outre les paysages enchanteurs de la ria, a pu profiter des récits des anciens loups de mer. Le spectacle a commencé dès 14 h 30, avec la descente du canot de son abri avec un système à bossoirs unique en France, classé au patrimoine maritime, et bientôt réhabilité.« C’est impressionnant, on n’a jamais vu quelque chose de pareil », assure toute une famille, venue d’Alsace, prête à embarquer. L’association Patron Émile Daniel (Aped) prépare un repas de moulesfrites, sous la criée, le 7 août. Les bénéfices servent à entretenir le canot. Deux autres balades sont prévues en août, mardi 11 et vendredi 28, à 15 h.

SAVE THE DATE : Vendredi 7 août, midi et soir, moules-frites sous la criée. Tarifs : 13 € pour les adultes, 7 € pour les enfants, sans réservation préalable. Pour les balades, réservation obligatoire au 06 83 99 92 48. 10 € par personne.

ssss

20 juin 2018

A la SNCF, les syndicats réformistes ne veulent pas poursuivre la grève

greve sncf02

Par Éric Béziat - Le Monde

La CGT a proposé trois jours d’arrêt de travail les 2, 6 et 7 juillet. L’UNSA « ne continuera pas le mouvement en juillet », la CFDT juge toute décision « prématurée ».

Etre ou ne pas être… en grève pendant les grandes vacances. Telle est, désormais, la question qui taraude les syndicats de cheminots, alors que leur longue grève de Petit Poucet contre l’ogre réformiste macronien – petit caillou après petit caillou – va finir, jeudi 28 juin, par arriver au terme au terme de son calendrier de trois mois.

L’UNSA-Ferroviaire, deuxième syndicat des agents SNCF, a tranché. Il a annoncé, mardi 19 juin, qu’il « ne continuera pas la grève en juillet ». Très représenté chez les cadres, il avait décidé de consulter l’ensemble des mandants au cours d’une téléconférence nationale pour savoir si les adhérents souhaitaient ou non prolonger le conflit.

Lundi, la fédération CGT des cheminots – premier syndicat de la SNCF –, avait fait savoir qu’elle proposerait, mardi, aux autres membres de l’intersyndicale du groupe public (UNSA, SUD, CFDT) de discuter de l’organisation de trois nouveaux jours de grève contre la réforme ferroviaire lundi 2, vendredi 6 et samedi 7 juillet. Autrement dit, le premier grand week-end de départ en vacances serait transformé en journées de galère pour les usagers du train.

« Il faut taper là où ça fait mal, approuve le secrétaire fédéral de SUD-Rail, Erik Meyer. C’est-à-dire, perturber les grands départs. » Chez SUD, on ne veut plus de calendrier de grève annoncé trop à l’avance, une stratégie qui permet à la direction d’organiser la riposte.

« Faire grève contre quoi ? »

« L’UNSA ne s’inscrira pas dans les propositions de mobilisation en juillet faites par la CGT », a déclaré le secrétaire général, Roger Dillenseger. Mais à l’UNSA, « on reste combatif pour la défense d’un nouveau pacte social ferroviaire, a-t-il souligné, évoquant les négociations à venir sur la convention collective nationale (CCN) de la branche ferroviaire et celles au sein de la SNCF. On mobilisera à bon escient. » Avec la réforme voulue par le gouvernement, « on a perdu un maximum mais la bataille n’est pas terminée (...) On veut donner des perspectives d’avenir au ferroviaire et aux salariés », a-t-il insisté.

La CFDT-Cheminots, quatrième syndicat de la SNCF, réunissait mardi son conseil national pour décider également d’une poursuite ou non de sa mobilisation par la grève en juillet. Au final, le syndicat a décidé de se laisser « d’ici au 28 juin ». Mais, au sein du syndicat, personne n’a l’air très partant pour aller au-delà du 28 juin. « Faire grève contre quoi ?, demande un syndicaliste. La loi est votée ! On a surtout du mal à reconnaître qu’on a perdu cette bataille. »

« Pas question pour la CFDT de faire de la surenchère »

Didier Aubert, le « patron » de la CFDT-Cheminots, a jugé « prématurée » la décision d’une poursuite du mouvement au-delà du 28 juin. « Comme nous avons réussi à le faire avec la convention collective et une négociation la semaine dernière, nous espérons bien conclure avec la SNCF cette semaine. Pour nous il est prématuré de tirer des plans sur la comète sur juillet », a-t-il déclaré sur BFM TV.

« Il n’est pas question pour la CFDT de faire de la surenchère dès aujourd’hui », a-t-il ajouté, estimant qu’après les amendements obtenus sur la loi et les garanties apportées dans la convention collective, seule la négociation du pacte ferroviaire d’entreprise avec la SNCF continuait de représenter un « verrou ».

Le 32e jour de grève, lundi, s’est soldé par un taux de gréviste de 10,8 %, le plus bas depuis le début du mouvement. Chacun mesure le risque de la décision à prendre : se couper d’une partie des cheminots en renonçant au combat ou s’aliéner une opinion publique de plus en plus – disent les sondages – exaspérée par ce long conflit.

Publicité