URGENT-Ghosn-Nissan: C.Ghosn a utilisé de l’argent de la société à des fins personnelles
Renault-Nissan : Carlos Ghosn arrêté au Japon après des soupçons de fraude fiscale
Le président de l’alliance Renault-Nissan est soupçonné d’avoir dissimulé une partie de sa rémunération au fisc japonais. Nissan va proposer son départ.
Son salaire a toujours fait jaser. Le PDG de Renault, Carlos Ghosn, a été arrêté, lundi 19 novembre à Tokyo, dans le cadre d’une enquête portant sur des soupçons de fraude fiscale et d’abus de biens sociaux.
Le groupe Nissan a confirmé lundi matin que Carlos Ghosn, président non exécutif du groupe, a « pendant de nombreuses années déclaré des revenus inférieurs au montant réel ». Le groupe a en outre fait savoir que « de nombreuses autres malversations ont été découvertes, telles que l’utilisation de biens de l’entreprise à des fins personnelles ». En conséquence, son conseil d’administration, qui se réunira jeudi, proposera que M. Ghosn quitte rapidement son poste de président.
Ces annonces viennent confirmer des informations du quotidien japonais Asahi Shimbun, qui précisait plus tôt dans la matinée que le PDG de Renault était interrogé lundi matin par le parquet de Tokyo pour violation présumée de la réglementation japonaise sur les instruments financiers et les changes. Carlos Ghosn a été placé en détention à l’issue de cet interrogatoire.
Plusieurs centaines de millions de yens
Selon le quotidien nippon, le patron de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi est soupçonné d’avoir minoré une partie de sa rémunération, issue de l’achat et de la vente d’actions. La somme pourrait concerner plusieurs centaines de millions de yens (centaines de milliers d’euros). Le chef d’entreprise a accepté de collaborer avec la justice, assure l’Asahi Shimbun.
Emmanuel Macron a assuré lundi que l’Etat français, actionnaire de Renault, serait « extrêmement vigilant » à « la stabilité » du constructeur automobile et à l’avenir de son alliance avec Nissan. Il a précisé que l’Etat apporterait « tout son soutien » à « l’ensemble des salariés » de cette entreprise.
Dans la matinée, les investisseurs avaient en effet vivement réagi à cette annonce. En Allemagne, le titre Nissan a dévissé de 11,3 % dans les minutes qui ont suivi les premières informations, encore parcellaires. A la Bourse de Paris, l’action Renault a, elle, chuté de 12 %. La valeur boursière du constructeur français a perdu plus de 1 milliard d’euros, pour revenir à 17,9 milliards d’euros, son plus bas niveau depuis janvier 2005. En six mois, la capitalisation du groupe tricolore a diminué d’un tiers.
Un des patrons les mieux payés de l’Archipel
Au Japon depuis 1999, Carlos Ghosn a été le principal artisan du sauvetage du constructeur japonais, au bord de la faillite. Entouré d’une petite équipe de cadres venus de Renault, il a restructuré la société et l’a progressivement rapprochée opérationnellement de la marque au losange au sein d’une alliance industrielle globale. Après ce sauvetage, M. Ghosn est devenu une véritable idole au Japon, au point de devenir un personnage de manga.
Longtemps, il a été l’un des patrons les mieux payés de l’Archipel, avec une rémunération – incorporant un salaire fixe, variable et des stock-options – supérieure à 9 millions d’euros par an. En 2017, cependant, sa rémunération a baissé, quand il a abandonné sa fonction de directeur général chez Nissan. Il a touché l’équivalent de 5,6 millions d’euros pour son travail chez le constructeur japonais, selon le cabinet Proxinvest. Chez Renault, le patron de l’alliance Renault-Nissan obtient en revanche, pour l’exercice 2017, 7,4 millions d’euros.
Depuis plusieurs années, la rémunération du patron suscite de nombreuses polémiques en France, l’Etat – qui détient toujours 15 % de Renault – refusant systématiquement de voter en faveur de la rémunération de M. Ghosn lors des assemblées générales. En 2016, les actionnaires avaient même voté contre lors de l’AG, un vote que le conseil d’administration n’avait pas suivi.
La nouvelle pourrait-elle accélérer la succession de M. Ghosn à la tête de Renault ? Depuis février, le groupe français était entré dans une période de transition. Un numéro deux chez Renault avait été désigné pour la première fois depuis 2013, en la personne de Thierry Bolloré, nommé directeur général adjoint.
Contactés par Le Monde, les services du ministère de l’économie, qui gèrent la participation de l’Etat dans Renault, n’ont pas souhaité faire de commentaires. Tout comme Renault, Nissan France et Nissan Europe.
Service économie
Alain Tarlet Gauteur - Photographe
Alain Tarlet-Gauteur est né à Paris en 1944. A partir de l’année 2001, il est à la retraite. Son besoin de création artistique, trop longtemps contenu, devient irrépressible. La peinture, la sculpture, l’écriture, la photo, la musique… Tout y passe. En 2013, Il ouvre un centre culturel à Mandres les Roses. La même année, il publie "Les fèves de Calabar", son premier roman. En 2014, il produit "Le cinéma, la mort, la folie et quelques verres de sangria" une pièce surprenante qu’il a écrite en hommage à Pier Paolo Pasolini. La Rue, Centre culturel, Café-théâtre, Galerie, expose en permanence ses toiles et ses sculptures. En 2018, il termine un ouvrage de photos, "Le Barton Studio" (à paraître en décembre), et il se décide, enfin, à exposer quelques photos à la Concorde Art Gallery de Paris. Un test artistique avec un public d’amateurs avertis et une confrontation avec les critiques qui sont les apparatchiks des marchands d’Art. Un affrontement dérisoire mais nécessaire à l’écriture, en cours, de son second roman "Déconfiture pour un cochon".
http://www.concorde-art-gallery.com/galerie.html
L’« upcycling », le nouveau standing
Par Elvire von Bardeleben
Une robe fabriquée à partir de foulards chinés, un bomber créé de chutes de tissu d’atelier, faire du neuf avec du vieux « upcyclé » n’a jamais été aussi tendance. Une démarche écoresponsable stimulante pour les créateurs.
En 2018, la marotte des marques de mode, c’est de se présenter comme « éthiques », « durables », « alternatives », « green », « solidaires », et tiens, pourquoi pas « vegan ». Ces mots vagues désignent au mieux des intentions louables, au pire des initiatives creuses destinées à redorer le blason des griffes. Ils laissent dans tous les cas beaucoup de questions en suspens : mais qu’est-ce donc qu’un « style écoresponsable » et que sont des « chaussettes championnes de l’économie circulaire » ?
Dans ce jargon écologique, il est un mot plus intéressant que les autres : l’« upcycling », dont il n’existe pas tellement de traduction en français (littéralement, « surcyclage »). Le terme désigne l’action de récupérer des tissus ou des vêtements déjà existants, dont on n’a plus l’usage. L’idée est de les valoriser, en produisant au final des habits dont la qualité est supérieure à leur état d’origine. Initiative concrète adoptée par des créateurs talentueux qui en ont fait la philosophie de leur marque, l’upcycling est en plein boom.
Sa meilleure ambassadrice est sans nul doute Marine Serre, 26 ans, lauréate du prix LVMH en 2017, qui s’est fait cette année une véritable place dans le cénacle de la fashion week parisienne avec la griffe qui porte son nom. Sa première collection qui a défilé en février comportait 30 % de pièces upcyclées ; la seconde, présentée six mois plus tard, 45 %. A chaque fois, les silhouettes les plus remarquables, d’élégantes robes colorées fabriquées à partir de foulards chinés, étaient 100 % upcyclées.
« Créer sa propre marque, ce n’est pas seulement savoir draper un vêtement, explique la Corrézienne. Il faut être bon à tous les niveaux, adopter une attitude qui permettra de faire ce métier toute sa vie sans se lasser. Il y a beaucoup trop de vêtements dont on ne sait pas quoi faire, et personne n’a envie de produire moins. La solution que j’ai trouvée, c’est de travailler à partir de matières déjà existantes. »
Autre génération, même constat. Lorsque Ronald van der Kemp, 54 ans et une longue expérience dans le luxe (il a travaillé pour Courrèges, Bill Blass, Guy Laroche, Céline…) lance sa maison de haute couture en 2014, il décide de n’utiliser que des matériaux issus de surproduction ou chinés, tels des rouleaux de mousseline des années 1970, des vieux cuirs de python ou des boutons d’une autre époque. Ainsi, chaque création devient unique, à l’instar de sa pièce phare, un jean flare délavé dont la partie inférieure est taillée dans un drapeau américain dont les rayures allongent la gambette. Les motivations du Néerlandais ne sont pas qu’écologiques : « Quand tu pars de rien, tu tâtonnes, tu dois faire plein d’essais qui te forcent à produire plus. L’upcycling t’oblige à travailler avec ce que tu trouves, et ces limites nourrissent la créativité. »
« L’essence du luxe »
Upcycler n’est pas une mince affaire : il faut dénicher le bon tissu, en bon état, le nettoyer. Lors de l’upcycling de vêtement, l’opération est encore plus complexe. Marine Serre réalise par exemple une veste à partir d’anciens jeans. Après chinage et nettoyage des pantalons, elle les défait et les réassemble pour fabriquer un rouleau de denim dans lequel elle taille un nouveau patron, recoud des poches et des boutons et imprime des surpiqûres. « La première fois qu’on s’est lancé dans cette veste, ça a pris une semaine entière pour la réaliser », explique la créatrice. Ce qui justifie son prix, environ 1 900 euros en boutique. « C’est cher, mais par rapport au travail que ça demande, on ne peut pas baisser le prix. J’espère qu’on y arrivera bientôt en s’organisant plus efficacement », admet Marine Serre.
L’autre contrainte, ce sont les (petites) quantités de tissus ou de vêtements avec lesquels les designers sont obligés de travailler. Certains en tirent parti. « Je fabrique beaucoup de pièces uniques, explique Ronald van der Kemp. Parfois je parviens à produire des petites séries à dix ou quinze exemplaires. C’est peu, mais c’est bien. L’essence du luxe, n’est-ce pas la rareté ? » « Le luxe, aujourd’hui, c’est prendre le temps de bichonner une pièce, de la rendre unique », affirme Marine Serre. L’upcycling apparaît comme une réponse possible à la crise existentielle du luxe qui, à force de multiplier ses enseignes et de proposer les mêmes produits aux quatre coins du monde, a fini par perdre un peu de l’exclusivité et de la rareté qui le caractérisaient jusque-là.
Patron Ronald van der Kemp réalisé à partir de drapeaux américains. | RONALD VAN DER KEMP
Heureusement, l’upcycling ne se cantonne pas à la haute couture et il existe des marques plus abordables comme Les Récupérables, fondée en 2016 par Anaïs Dautais Warmel. Elle chine du linge de maison vintage, des fins de rouleaux de marques de luxe, des chutes de tissu d’ateliers de production et se fournit aussi chez TDV, un fabricant de vêtements de travail dont elle récupère les tissus non conformes. Les Récupérables ne propose qu’une dizaine de modèles, déclinés dans différents matériaux. Qu’il s’agisse de la veste bomber à 240 euros ou de la jupe midi boutonnée à 90 euros, les coupes sont soignées, les détails charmants. « On a un vrai parti pris mode. On veut séduire avec l’esthétique de la pièce, puis donner l’info que c’est upcyclé. On communique de manière presque désinvolte sur le sujet », affirme Anaïs Dautais Warmel.
Quel que soit le niveau de sophistication de leur griffe, les designers adeptes de l’upcycling refusent tous que la dimension écologique de leur démarche prenne le pas sur l’esthétique. Même si le terme « mode éthique » est en train de redorer son blason, il a longtemps été synonyme de vêtements moches et pas sexy. « Certains clients ne sont même pas conscients que les vêtements sont upcyclés », témoigne Ronald van der Kemp (et pourtant, à 2 800 euros la robe, on peut supposer que l’acquéreur veuille tout savoir du produit qu’il achète).
Chez les pionniers de l’upcycling, le discours green n’avait d’ailleurs pas non plus sa place. Dans les années 1990 et 2000, Martin Margiela transformait le cuir d’un canapé en veste, mais le créateur belge ne prenait jamais la parole, et son geste a toujours été perçu comme artistique plus que militant. L’autre figure de proue de l’upcycling, c’est Maroussia Rebecq, qui a fondé le label Andrea Crews en 2002. « A l’époque, mon intention était plus politique qu’écolo, c’était une réflexion sur la manière dont les magazines, la publicité et la société nous imposent de nous habiller », se souvient-elle. Bonne joueuse, la créatrice parisienne s’amuse qu’on « trouve [son] travail génial aujourd’hui alors que ça fait vingt ans [qu’elle fait] la même chose ».
Ronald van der Kemp aimerait bien travailler à grande échelle avec une marque de sportswear comme Nike ; Anaïs Dautais Warmel pourrait se mettre à upcycler des vêtements plutôt que des tissus « si une marque comme Sessun [lui] proposait un stock de 400 pièces neuves à la même taille ». Mais malgré l’enthousiasme général pour l’upcycling, les grandes marques ont du mal à sauter le pas, du moins officiellement – hormis la Redoute, qui a lancé en février un programme de mentoring (avec l’école Esmod Roubaix) pour proposer à des jeunes d’exprimer leur créativité sur des tee-shirts et sweats invendus.
La souplesse des jeunes griffes
« Les quelques marques qui me proposent d’upcycler leurs stocks souhaitent rester anonymes, raconte Anaïs Dautais Warmel. Elles ont peur qu’en citant leur nom, on s’approprie leur ADN. Et surtout, si elles commencent à communiquer sur leur engagement éthique, elles craignent un retour de bâton de la part du consommateur qui leur demanderait plus de transparence sur leur chaîne de production et pourrait les accuser de ne pas être parfaites. » Toutes les marques de mode savent qu’il faut être écolo, mais les multinationales n’ont pas la souplesse des start-up ou des jeunes griffes qui se sont construites sur une éthique irréprochable comme Veja ou Patagonia.
Marine Serre, printemps-été 2019. | CATWALK PICTURES
« Pour l’instant, l’upcycling concerne de petits volumes, constate Julie Marcel, consultante à l’agence Utopies, spécialisée dans le développement durable. C’est une piste intéressante, mais il faut repenser tout le processus de production et d’usage des vêtements : viser zéro chutes [aujourd’hui 15 % est jeté lors de la découpe], fabriquer des habits de meilleure qualité, qui puissent être réparés lorsqu’ils sont abîmés, et recyclés seulement lorsqu’ils ne sont plus utilisables. » « Et apprendre aux étudiants en mode à ne pas produire de nouveaux tissus, mais à utiliser ceux qui existent déjà », complète Stéphanie Calvino, membre du collectif Anti_Fashion Project qui pointe du doigt les dérives du secteur.
L’upcycling n’est peut-être pas prêt à se développer à grande échelle, mais ceux qui y ont déjà recours brillent par leur exemplarité. Pour la confection, la marque Les Récupérables fait appel à des ateliers qui emploient des personnes en insertion professionnelle à Calais et Marseille. De son côté, Marine Serre va délocaliser à Paris sa production de pièces upcyclées – aujourd’hui en partie réalisée en Italie – pour limiter l’empreinte carbone des vêtements et créer de l’emploi dans la capitale. En attendant que les multinationales se réveillent, on peut compter sur la jeune garde.
Ce soir à la télévision...
Un thème susceptible de provoquer un redressement de la part d'audience ?
A l’occasion de « Paris Photo », première foire mondiale consacrée à la photographie, le magazine culturel Stupéfiant ! sera entièrement dédié le 19 novembre à la photo de nu, ses stars et ses légendes.
Le magazine réalisera notamment un portrait de Helmut Newton, initiateur du « porno chic » et toujours un modèle du genre, 15 ans après sa mort.
Léa Salamé recevra Bettina Rheims et Loïc Prigent remontera aux origines de la photo de nu, dans la Brigade du Stup.
Sur France 2, dès 22h45.
Actuellement à la Concorde Art Gallery
Actuellement au Jeu de Paume - Place de la Concorde
DOROTHEA LANGE - Présentant des œuvres majeures de la photographe américaine de renommée mondiale Dorothea Lange (1895, Hoboken, New Jersey ; 1966, San Francisco, Californie), dont certaines n’ont jamais été exposées en France, l’exposition « Dorothea Lange. Politiques du visible » est articulée en cinq ensembles distincts. Ceux-ci mettent l’accent sur la force émotionnelle qui émane de ces photographies ainsi que sur le contexte de la pratique documentaire de la photographe. Plus d’une centaine de tirages vintage, réalisés de 1933 à 1957, sont mis en valeur par des documents et des projections qui élargissent la portée d’une œuvre déjà souvent familière au public grâce à des images emblématiques de l’histoire de la photographie comme White Angel Breadline (1933) et Migrant Mother (1936). Les tirages exposés appartiennent pour l’essentiel à l’Oakland Museum of California, où sont conservées les archives considérables de Lange, léguées par son mari Paul Schuster Taylor et sa famille.
À l’instar du célèbre roman de John Steinbeck paru en 1939, Les Raisins de la colère, l’œuvre de Dorothea Lange a contribué à façonner notre vision de l’entre-deux guerres aux États-Unis et à affiner notre connaissance de cette période. Mais d’autres aspects de sa pratique, qu’elle considérait comme archivistique, sont également mis en avant dans l’exposition. Resituant les photographies de Lange dans le contexte de son approche anthropologique, l’exposition offre au public la possibilité de comprendre que la force de ces images s’enracine également dans les interactions de la photographe avec son sujet, ce qui se manifeste à l’évidence dans les légendes qu’elle rédige pour accompagner ses photographies. Lange a ainsi considérablement enrichi la qualité informative de ses archives visuelles, produisant une forme d’histoire orale destinée aux générations futures.
En 1932, pendant la Grande Dépression débutée en 1929, Lange, observant dans les rues de San Francisco les chômeurs sans-abris, abandonne son activité de portraitiste de studio, la jugeant désormais inappropriée. Au cours de deux années qui marquent un tournant dans sa vie, elle photographie des situations qui décrivent l’impact social de la récession en milieu urbain. Ce travail novateur suscite l’intérêt des cercles artistiques et attire l’attention de Paul Schuster Taylor, professeur d’économie à l’université de Californie à Berkeley. Spécialiste des conflits agricoles des années 1930, et plus particulièrement des travailleurs migrants mexicains, Taylor utilise les photographies de Lange pour illustrer ses articles, avant que les deux ne travaillent ensemble à partir de 1935 au profit des agences fédérales instituées dans le cadre du New Deal. Leur collaboration durera plus de trente ans. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Lange pratique sans discontinuer la photographie, documentant les problèmes majeurs de l’époque, notamment l’internement des familles nippo-américaines, les évolutions économiques et sociales imputables aux industries engagées dans l’effort de guerre, la justice pénale vue par le truchement du travail d’un avocat commis d’office.
Si les images emblématiques prises par Dorothea Lange durant la Grande Dépression sont bien connues, ses photographies des Américains d’origine japonaise internés durant la Seconde Guerre mondiale n’ont pas été publiées avant 2006. Présentées ici pour la première fois en France, elles illustrent parfaitement comment Dorothea Lange a créé tout au long de sa carrière des images aussi intimes qu’émouvantes visant à dénoncer les injustices et infléchir l’opinion publique.
Parallèlement aux tirages exposés, différents objets ayant appartenu à la photographe, notamment des planches-contacts, des carnets de notes prises sur le terrain et diverses publications, replacent son travail dans le contexte de cette période troublée. L’exposition du Jeu de Paume ouvre une nouvelle perspective sur l’œuvre de cette artiste américaine de renom, dont l’héritage demeure vivant aujourd’hui encore. Tout en soulignant les qualités artistiques et la force des convictions politiques de la photographe, elle invite le public à redécouvrir l’œuvre de Dorothea Lange et son importance capitale dans l’histoire de la photographie documentaire.
Portrait - Chris Dercon, chef de chantier du Grand Palais
Par Roxana Azimi
L’atypique historien d’art qui a dirigé le Musée Boijmans et la Tate Modern, a été choisi pour piloter le Grand Palais et ses 900 salariés. Une mission de cinq ans afin de décloisonner les arts et gérer aussi les travaux prévus en 2020.
Pourquoi lui ? Chris Dercon, le nouveau grand manitou du Grand Palais, qui succède à une énarque, Sylvie Hubac, qui succédait à un autre énarque, Jean-Paul Cluzel, est un historien d’art, belge de nationalité, parlant le français avec un accent flamand. Après des semaines d’hésitation, l’Elysée et la Rue de Valois ont fini par s’accorder sur ce personnage atypique, qui a roulé sa bosse à New York, Rotterdam, Munich, Londres et Berlin, mais pas en France. Sa mission, qui prendra effet début janvier pour cinq ans, n’est pas ordinaire : gérer un paquebot de 900 salariés, un conglomérat culturel sans collection qui accueille foires, défilés et expositions, édite des catalogues et des produits dérivés. Un établissement qui fermera pendant trois ans, de 2020 à 2023, et dont il faudra piloter le chantier, colossal et contesté, de 466 millions d’euros.
De 1990 à 2016, l’homme a dirigé quelques institutions artistiques majeures dans un esprit transdisciplinaire. Mieux : il en a assuré les transformations physiques. Ainsi a-t-il créé de toutes pièces le Witte de With, à Rotterdam, réveillé, dans la même ville, le Musée Boijmans Van Beuningen, dont il a géré l’agrandissement et boosté la fréquentation, réaménagé les salles de la Haus der Kunst, à Munich, et supervisé à Londres la coûteuse extension de la Tate Modern, conçue par Herzog & de Meuron.
« SA QUALITÉ PRINCIPALE, C’EST L’ÉNERGIE. IL A LA CAPACITÉ À RASSEMBLER LES GENS, MAIS IL PEUT AUSSI LES ÉNERVER PARCE QU’IL PREND BEAUCOUP DE PLACE. » DIANE HENNEBERT, EX-DIRECTRICE DE LA FONDATION BOGHOSSIAN
Né en 1958 à Lierre, près d’Anvers, dans une famille de cinq enfants, Chris Dercon mène des études d’histoire de l’art et de théâtre. Avec un rêve, vite oublié, devenir artiste – la légende veut qu’il ait brûlé tous les éléments de sa pratique artistique sur un pont à Leyde. Les galeristes Albert Baronian et Yvon Lambert lui offrent son premier job, « directeur-concierge » de leur espace à Gand. Au bout de deux ans, il se lance dans le journalisme et le commissariat d’exposition, avant d’être nommé, en 1988, directeur des programmes à PS1, un centre d’art ultrapointu de New York. Le début d’une ascension fulgurante. « C’est un leader-né », vante Carolyn Christov-Bakargiev, directrice du Castello di Rivoli, à Turin, qui le connaît depuis ses débuts. Pour Diane Hennebert, ancienne directrice de la Fondation Boghossian, qui a, elle aussi, suivi ses premiers pas, « sa qualité principale, c’est l’énergie. Il a la capacité à rassembler les gens, mais il peut aussi les énerver parce qu’il prend beaucoup de place ».
Son objectif : décloisonner les arts. Comme le propose, depuis peu, le Grand Palais. « Il fait partie de ces curateurs qui pensent que l’art n’est pas une pratique définie, mais plutôt un discours, et peu importe que celui-ci soit plastique, cinématographique, architectural, musical ou dansé », résume le chorégraphe Jérôme Bel. A Munich, il présente aussi bien un peintre du XVIIe siècle, Nicolas Poussin, que la maison de mode Martin Margiela. Même grand écart entre les locomotives du marché, comme Damien Hirst, et des maîtres méconnus issus de pays émergents, comme le Soudanais Ibrahim El-Salahi et la Libanaise Saloua Raouda Choucair, qu’il programme à la Tate. « Ce n’est pas quelqu’un qui oppose marge et mainstream », relève Rüdiger Schöttle, ancien artiste devenu galeriste. « C’est un passeur », précise Dirk Snauwaert, directeur du Wiels à Bruxelles. Un provocateur aussi. A son arrivée au Boijmans, il invite l’artiste et militant Hans Haacke, habitué à pointer les conflits d’intérêts en matière de mécénat dans les musées. A la Haus der Kunst, un bâtiment commandé par Hitler en 1933, il fait polémique en installant Him, de Maurizio Cattelan, statue de cire représentant le Führer agenouillé en position de prière.
« SON CHARISME DEVRAIT FAIRE DES MERVEILLES. LA PROGRAMMATION SERA UN ENJEU IMPORTANT APRÈS LES TRAVAUX. EN CELA, SON PROFIL EST SÉDUISANT. » ALAIN SEBAN, ÉNARQUE
Mais Chris Dercon sait aussi, dans le dialogue intéressé avec les puissants, mettre ses pulsions entre parenthèses. Dans une interview au magazine W, il le dit sans détour : « J’aime faire du fundraising. » Jusqu’à un certain point. « Il en avait marre des milliardaires russes et des compromis qu’il fallait faire pour financer l’extension de la Tate Modern », confie le collectionneur belge Herman Daled. Aussi accepte-t-il un cadeau empoisonné : diriger le théâtre de la Volksbühne, à Berlin.
Cet homme à qui tout sourit y connaîtra sa plus grande déconvenue. Sa nomination à la tête de ce bastion du théâtre politique est-allemand déchaîne de violentes passions : lettre ouverte de 200 personnalités du théâtre contestant ce choix, pétition en ligne appelant à rouvrir les candidatures. Quinze jours durant, son palier est même souillé de matières fécales. Cause ou conséquence, sa programmation, ouverte sur l’international et la danse plutôt que sur l’art oratoire et le répertoire, ne prend pas. En avril, six mois après sa prise de fonctions, Dercon est poussé vers la sortie.
Autant dire que sa nomination au Grand Palais lui permet de sauver la face. Son profil n’aurait-il toutefois pas mieux convenu à une direction de musée ou de centre d’art qu’au bourbier d’un chantier ? Ancien directeur du Musée national d’art moderne, Alfred Pacquement en est convaincu, « son charisme devrait faire des merveilles ». « La programmation sera un enjeu important après les travaux, relève l’énarque Alain Seban, qui fut candidat à ce poste. En cela, son profil est séduisant. » Le chorégraphe Boris Charmatz, lui, se réjouit du symbole : « À Berlin, Chris a été traité en étranger. La France, en le nommant, montre qu’elle n’est pas repliée sur elle-même et qu’elle regarde l’Europe. »

















