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Jours tranquilles à Paris

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13 novembre 2018

Faux amis - Editorial du Parisien

Pour Donald Trump, la vengeance est un plat qui se mange chaud. A peine rentré de Paris, il a étrillé son hôte du week-end, Emmanuel Macron, à coups de tweets flingueurs. Aux piques feutrées du Français, dimanche, sur le « nationalisme » dont son homologue américain s’est récemment revendiqué, ce dernier a répliqué de façon brutale. Au fleuret a répondu le flingue. Mordant (sur la popularité en berne de Macron), humiliant (sur les Français qui apprenaient l’allemand avant le débarquement en Normandie), ironique (en reprenant son slogan de campagne - Make America great again - que le Français avait lui même détourné) et enfin menaçant : le vin français est désormais dans sa mire, comme les voitures allemandes il y a quelques mois. Après une « bromance » qui tenait d’une illusion tant les deux leaders incarnent des visions différentes du monde, voilà donc le temps de la brouille. Elle a au moins le mérite de clarifier ce qu’on peut attendre des Etats-Unis version Trump. Si la France reste une alliée dans l’absolu, elle sera pour encore deux ans (voire six en cas de réélection) un simple partenaire avec lequel ce businessman topera ou cognera. Autre leçon à en tirer : seule, la France ne fera pas le poids. Subitement, on mesure très concrètement l’enjeu des élections européennes.

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13 novembre 2018

Vu dans la rue

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13 novembre 2018

Le chat et le rat

13 novembre 2018

Andja Lorein

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13 novembre 2018

Les impacts psychologiques des attentats du 13-Novembre mesurés pour la première fois

Par François Béguin

Objectif de deux enquêtes publiées mardi : « mieux prévenir et soigner les conséquences négatives de tels événements ».

Trois ans après les attentats du 13 novembre 2015 qui ont causé la mort de 130 personnes à Paris et à Saint-Denis, deux études menées par Santé Publique France et l’université Paris-XIII révèlent pour la première fois l’ampleur des impacts psychologiques et des « troubles de santé post-traumatiques » causés par ces événements. Objectif de ces enquêtes publiées mardi 13 novembre : « mieux prévenir et soigner les conséquences négatives de tels événements » et « aider les institutions amenées à intervenir après un attentat à améliorer la prise en charge et la préparation de leur personnel ».

Entre juillet et novembre 2016, 526 personnes « civiles » diversement exposées aux attentats (hors personnel intervenant et soignant) ont répondu à un questionnaire mis en ligne par Santé Publique France. Ces volontaires ont été répartis en trois catégories : les témoins, les « menacés directs » et les « impliqués indirects », c’est-à-dire les proches de victimes. « En étant assez ouverte, la méthodologie de l’étude a permis d’attirer l’attention sur des populations un peu oubliées, comme les endeuillés et les témoins », relève le psychiatre Thierry Baubet, responsable de la cellule d’urgence médico-psychologique (CUMP) de Seine-Saint-Denis (hôpital Avicenne, AP-HP) et co-investigateur principal de l’étude.

Moins d’un an après les attaques, plus de la moitié (53,6 %) de ceux qui ont été directement menacés lors des attentats et près d’un quart (24,9 %) de ceux qui en ont été témoins présentent les symptômes d’un trouble de stress post-traumatique (TSPT). Un syndrome qui se manifeste par des pensées intrusives, des conduites d’évitement, des altérations cognitives et de l’humeur et qui peut avoir « de lourdes répercussions sur les relations familiales et sociales, les capacités de travail ainsi que sur la survenue de troubles addictifs, dépression, idées suicidaires et troubles somatiques ».

« Pourquoi les témoins directs ne suivent pas de soins »

Autre enseignement de l’étude, qui vient conforter les résultats d’une précédente enquête menée après les attentats de janviers 2015 : les proches de personnes décédées lors des attentats présentent un stress post-traumatique dans des proportions aussi élevées (53,9 %) que les personnes qui ont été directement menacées (53,6 %) par les terroristes. A 49,4 %, ces « endeuillés » présentent également des symptômes dépressifs. « Il y a chez ces personnes à la fois les complications du deuil et les complications du traumatisme, ce qui conduit à des tableaux cliniques complexes et des difficultés de prise en charge », souligne Thierry Baubet. « C’est un enjeu de santé publique de voir comment vont évoluer ces deuils compliqués qui peuvent créer un handicap social », ajoute Philippe Pirard, l’autre co-investigateur de l’enquête. A cette fin, une deuxième phase d’enquête doit être menée au premier semestre 2019.

Les coordonnateurs de l’étude se disent également frappés par les faibles pourcentages de personnes bénéficiant d’un suivi psychologique régulier parmi celles présentant un trouble de stress post-traumatique. Un tiers de celles qui ont été menacées (soit 27 personnes) et près des deux tiers de celles qui ont été témoins (soit 31 personnes) ne sont pas suivies. « Il y a un point d’alerte pour savoir pourquoi les témoins directs ne suivent pas de soins, estime Philippe Pirard. Est-ce parce qu’ils ne se sentent pas légitimes ? Parce qu’ils n’ont pas suffisamment d’information ? Il y a quelque chose à creuser de ce côté-là. »

L’étude révèle par ailleurs que parmi les répondants qui occupaient un emploi au moment de remplir le questionnaire, 56 % déclarent avoir eu un arrêt de travail après les attentats et « 5 % ne pouvaient pas retourner travailler au moment où elles ont rempli le questionnaire », sans préciser à ce stade davantage l’impact des attentats sur l’emploi et l’intégration sociale des personnes exposées.

L’impact psychologique chez les intervenants

Parallèlement à cette enquête, une autre étude s’est attachée à l’impact psychologique des attentats chez les intervenants. Huit à douze mois après les attaques, 3,5 % des pompiers de Paris qui étaient intervenus le 13 novembre et qui ont répondu au questionnaire ont développé un trouble de stress post-traumatique, 9,9 % des forces de l’ordre et 4,5 % des professionnels de santé.

Si les coordinateurs de l’étude pointent la difficulté d’évaluer la « représentativité » de cet échantillon de 698 personnes « au regard de la diversité et du nombre des intervenants amenés à travailler suite aux attentats du 13 novembre », ainsi que du « mode de recrutement » des répondants, ils établissent néanmoins un lien entre le trouble de stress post-traumatique et l’intensité d’exposition, la « non-préparation aux événements traumatogènes » et l’isolement social des intervenants les plus touchés.

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13 novembre 2018

Trois ans après le 13-Novembre, l’enquête touche à sa fin

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Par Elise Vincent - Le Monde

Les protagonistes des attentats de 2015 à Paris ont été identifiés, mais des questions restent en suspens, avant un possible procès en 2021.

Trois ans après les attentats du 13 novembre 2015, qui ont causé la mort de 130 personnes et en ont blessé 489 autres, l’enquête judiciaire arrive à son terme. L’année écoulée, l’avancée des investigations a été moins spectaculaire qu’entre 2015 et 2017, où les enquêteurs avaient une matière énorme à défricher. Mais, désormais, l’essentiel des protagonistes de cette cellule sophistiquée, organisée à cheval entre la France, la Belgique, plusieurs autres pays européens et la zone irako-syrienne, ont été identifiés. Onze hommes sont mis en examen et sept autres font l’objet d’un mandat d’arrêt.

Un certain nombre de questions restent toutefois en suspens, sans que l’on sache si la justice parviendra à y répondre d’ici à la fin des investigations, prévue au plus tard pour septembre 2019. Une date imposée par l’obligation de ne pas dépasser la durée maximale autorisée – quatre ans – pour la détention provisoire de plusieurs mis en examen, notamment celle de Salah Abdeslam, seul survivant du commando. Un procès pourrait se tenir en 2021.

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Le commando aurait-il pu compter plus de dix hommes ?

C’est l’une des hypothèses sur lesquelles planche sérieusement la justice. Au soir du 13 novembre, un commando de dix hommes arrive à Paris et à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Parmi eux, l’équipe de kamikazes qui effectuera la prise d’otages au Bataclan. Soit trois Français : Samy Amimour, Foued Mohamed-Aggad et Ismaël Omar Mostefaï. Une autre équipe tentera en vain de pénétrer à l’intérieur du Stade de France et se fera finalement exploser à ses portes : deux Irakiens et un Belge de 20 ans, Bilal Hadfi. Un troisième groupe armé partira à l’assaut des terrasses des 10e et 11e arrondissements : Brahim Abdeslam – frère de Salah –, leur ami d’enfance Abdelhamid Abaaoud et un autre Belge, Chakib Akrouh.

D’AUTRES HOMMES AURAIENT PU SE JOINDRE AU COMMANDO DE PARIS ET DE SAINT-DENIS, SELON LES DERNIÈRES INVESTIGATIONS

D’autres hommes auraient toutefois pu se joindre à eux, selon les dernières investigations. On savait déjà que deux individus, arrêtés en Autriche en décembre 2015, devaient initialement, eux aussi, participer aux tueries. Mais ils ont pris du retard après avoir été retenus vingt-cinq jours en Grèce en entrant en Europe par la « route des migrants ».

Un troisième homme aurait toutefois pu aussi participer au scénario macabre du 13-Novembre. Un certain Tyler Vilus, aujourd’hui âgé de 28 ans, pionnier du djihad, parti en Syrie en 2013 et interpellé en Turquie en juillet 2015, alors qu’il tentait également d’entrer en Europe avec une fausse identité. Depuis, fait rare, il a été mis en examen pour « direction d’une organisation terroriste » et est toujours incarcéré. Mais son dossier n’est, pour l’heure, pas officiellement joint à celui du 13-Novembre.

Comme le révélait Le Monde en avril, sans donner son nom, les investigations à son sujet sont particulièrement laborieuses et butent notamment sur des questions de « preuve numérique ». Soit des difficultés d’accès à l’exploitation de ses échanges téléphoniques et Internet. Les Etats-Unis se servent aujourd’hui de l’entraide pénale internationale sur ce type de dossier comme d’une arme diplomatique. Une situation dont profitent les grandes plates-formes du Web, qui n’ont, en outre, pas de délais légaux pour répondre. Les investigations à son sujet auraient toutefois progressé ces derniers mois.

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Quel a été le rôle exact des frères Clain ?

Jean-Michel et Fabien Clain sont désormais, selon nos informations, les objectifs numéro un des services de renseignement : morts ou vivants. Les deux frères, nés à Toulouse, âgés respectivement de 38 ans et 40 ans, ont en effet prêté leur voix à la vidéo de revendication des attentats de l’organisation Etat islamique (EI), diffusée en novembre 2015. Mais ils ont sûrement joué un rôle beaucoup plus important en participant à l’élaboration même des tueries, selon divers éléments concordants. Fin juin, la justice a d’ailleurs officiellement émis des mandats d’arrêt internationaux à leur encontre.

L’élément le plus connu validant cette thèse vient du fait que, dès l’enregistrement de leurs voix dans la vidéo de revendication de l’EI, les frères Clain ont évoqué un attentat dans le 18e arrondissement qui n’a jamais eu lieu. Possiblement celui qu’aurait dû commettre Salah Abdeslam, mais dont la ceinture explosive n’a pas fonctionné. Un autre élément versé au dossier il y a quelques mois est aussi venu abonder en ce sens. Le témoignage d’un « revenant » de Syrie qui les aurait côtoyés : Jonathan Geoffroy, toulousain lui aussi, capturé début 2017 par l’Armée syrienne libre.

D’après cet homme de 35 ans, qui se présente comme un « repenti », mis en examen dans un dossier distinct, les frères Clain occupaient des fonctions haut placées au sein de l’EI. A tel point qu’ils étaient en mesure de proposer des projets d’« opérations extérieures », selon lui. Se sachant recherchés, les Clain se terreraient aujourd’hui. Ils pourraient être actuellement reclus dans les poches d’Idlib ou d’Hajjin, ces derniers bastions de l’EI en Syrie, où se trouveraient encore, selon une source proche du dossier, une centaine de djihadistes français avec femmes et enfants.

Les « cerveaux » des attentats silencieux à jamais ?

Jusqu’à présent, l’homme considéré comme l’un des principaux « cerveaux » des attentats du 13-Novembre était Oussama Atar. Un Belgo-Marocain de 34 ans, vétéran du djihad passé par les rangs d’Al-Qaida. Durant longtemps, il était le seul identifié au sein de la hiérarchie de l’EI auquel plusieurs protagonistes du dossier faisaient référence. Notamment en lui envoyant leur testament avant de passer à l’acte ou en expliquant, pour deux d’entre eux, qu’il était celui qui les avait missionnés pour un « projet » en France. Possiblement un attentat dans le métro parisien, selon des données retrouvées dans un ordinateur jeté dans une poubelle bruxelloise.

Mais selon le journaliste de Mediapart Matthieu Suc, dans son ouvrage Les Espions de la terreur (HarperCollins, 224 pages, 19,90 euros), sorti le 7 novembre, Oussama Atar, à l’instar de tous les piliers de l’EI chargés de la planification des attentats à l’étranger depuis la zone irako-syrienne, aurait été tué ces derniers mois dans des attaques ciblées de la coalition internationale. Des annonces à prendre avec précaution, plusieurs individus présentés comme morts ces derniers mois ayant refait surface. Parmi eux se trouverait toutefois Boubaker El-Hakim, un enfant des Buttes-Chaumont, à Paris, proche des frères Kouachi, auteurs du massacre de Charlie Hebdo en janvier 2015.

Ces opérations auraient aussi eu raison de la vie du seul protagoniste du 13-Novembre à avoir réussi à s’enfuir après être venu en Europe par la route des migrants. Soit l’« artificier en chef » des djihadistes, celui qui a fabriqué toutes les ceintures explosives du commando : Obeida Walid Dibo, alias Ahmad Alkhald. Longtemps, son identité s’est résumée à un ADN anonyme découvert dans plusieurs planques en Belgique. Puis le témoignage d’un mis en examen a permis de comprendre qu’il avait été envoyé directement de Syrie avec pour seule mission la fabrication des explosifs, par nature très instables.

Cette cavale a failli être interrompue. Quelques jours avant les attentats, le 1er novembre 2015, il a été arrêté dans un train qui reliait Vienne à Belgrade. Mais, porteur d’un faux passeport syrien, il a prétexté être demandeur d’asile et se rendre en Turquie pour voir sa mère malade. Il a alors été placé dans un centre de rétention. Il y est resté neuf jours avant d’être transféré dans un centre ouvert, d’où il s’est échappé. Il a ensuite pris un vol pour Ankara, le 16 novembre, avant de disparaître définitivement.

13 novembre 2018

CHANEL

13 novembre 2018

Extrait d'un shooting

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13 novembre 2018

La valse des regrets des ministres de la culture

Par Sandrine Blanchard, avec Guillaume Fraissard - Le Monde

En vingt-cinq ans, la rue de Valois a connu douze locataires. Alors que Franck Riester vient de succéder à Françoise Nyssen, huit de leurs prédécesseurs témoignent de la difficulté de la fonction.

Après seulement dix-sept mois, Françoise Nyssen s’en est retournée, devenant l’une des ministres de la culture et de la communication les plus éphémères. L’éditrice arlésienne, emportée par le remaniement et remplacée par Franck Riester, est loin d’être la première à avoir fait un passage éclair rue de Valois. Ces vingt-cinq dernières années, ce ministère a vu défiler pas moins de douze locataires. Qu’ils soient issus du monde politique ou de la société civile, leur sort a été comparable. Difficile, avec une durée moyenne de deux ans en fonction, d’imprimer sa marque et de mener à bien des projets. Seuls André Malraux et Jack Lang ont occupé ce poste pendant dix ans chacun et en sont devenus les figures tutélaires.

Mais quelle « malédiction » touche ce ministère qui fêtera, en 2019, son soixantième anniversaire ? Pourquoi une telle fugacité de ses titulaires ? Alors que Franck Riester vient tout juste de composer – non sans peine – son cabinet, huit anciens ministres de la culture ont accepté de revenir sur leur expérience et de confier leurs souvenirs sur ce poste à la fois tant convoité et tant exposé. Sollicité par Le Monde, Jack Lang (en poste de mai 1981 à mars 1986 et de juin 1988 à mars 1993) n’a pas souhaité mêler sa parole à celle de ses successeurs. Davantage que l’amertume, ce sont les regrets qui l’emportent chez ceux qui ont connu ce « plus beau des ministères ».

Avoir (ou pas) la confiance du président

De Gaulle-Malraux, Mitterrand-Lang, les anciens ministres portent tous un regard envieux sur ces duos qui ont marqué l’histoire de la rue de Valois. Non seulement André Malraux et Jack Lang sont restés une décennie à leur poste mais ils ont aussi bénéficié d’un soutien fort et public de l’Elysée, et, pour le second, d’un doublement du budget du ministère.

Depuis, « on assiste à une banalisation du débat culturel et de sa place dans le discours public », constate Jacques Toubon (en poste de mars 1993 à mai 1995). Avec la fin des grands travaux au tournant des années 1990 « la politique culturelle n’est plus et ne sera plus cette décoration que le président porte à son revers », poursuit-il. Frédéric Mitterrand (nommé de juin 2009 à mai 2012) est catégorique : « Un ministre de la culture a besoin d’une chose essentielle : avoir la confiance de l’Elysée et d’un président qui a la volonté d’inscrire la culture dans le projet républicain. »

D’autant que si la rue de Valois n’est pas soutenue « par le prince », comme le dit Christine Albanel (en fonction de mai 2007 à juin 2009), il sera plus difficile de négocier avec Bercy où la culture est davantage considérée comme une dépense – qualifiée souvent d’« excessive » – que comme un investissement. « La synergie avec le président et le premier ministre est capitale », confirme Renaud Donnedieu de Vabres (ministre de mars 2004 à mai 2007) qui regrette, à l’heure du « détricotage du projet européen » que la culture ne soit pas « un grand sujet ». « En raison même de la situation intérieure et internationale, ce ministère devrait avoir un rôle majeur, stratégique », insiste-t-il.

Or, tout se passe comme si ce secteur n’était plus jugé comme une priorité et, de fait, n’était plus incarné. Bien sûr, chaque candidat à la présidentielle a un volet culturel dans son programme. « Mais il ne fait pas élire un président », constate Jean-Jacques Aillagon (en poste de mai 2002 à mars 2004). « Ce n’est plus un levier électoral car il n’a plus de caractère emblématique », complète Jacques Toubon. « Le lien s’est interrompu entre l’Elysée et la rue de Valois parce que la culture n’est plus au cœur des projets politiques, regrette Christine Albanel. Un ministre de la culture ne peut pas être constamment menacé. »

Une fois en poste, les présidents ont souvent la fâcheuse habitude de passer au-dessus de la tête de leur ministre de la culture. De s’accaparer des thématiques, d’intervenir dans des nominations – sujet ô combien passionnel et chronophage, témoignent tous les ex-locataires –, et de trop écouter « les visiteurs du soir », regrette Aurélie Filippetti (ministre de mai 2012 à août 2014). En 2008, c’est Nicolas Sarkozy, qui, sans prévenir Christine Albanel, annonce le projet de supprimer la publicité sur l’audiovisuel public. « J’étais dans une solitude totale », reconnaît l’ex-ministre. Puis, en janvier 2009, c’est encore Nicolas Sarkozy qui nomme le producteur et distributeur de cinéma Marin Karmitz (MK2) à la tête d’un conseil pour la création artistique.

De son côté, Emmanuel Macron n’a pas demandé l’avis de Françoise Nyssen pour charger l’animateur Stéphane Bern d’une mission sur le patrimoine. « Quand vous avez l’Elysée qui se met à désigner quelqu’un d’autre, c’est vécu instantanément comme un désaveu. Cela crée des turbulences déstabilisantes et renforce les corporatismes », explique Christine Albanel. Quant aux conseillers culture de l’Elysée, ils devraient être des « facilitateurs », ajoute-t-elle. Et non « des compétiteurs, des ministres bis, des empêcheurs de travailler », complète Jean-Jacques Aillagon pour qui « le premier acte de responsabilité d’un ministre est de former son équipe ».

Etre (ou pas) adoubé par le milieu culturel parisien

La scène filmée par le réalisateur Yves Jeuland, dans son documentaire A l’Elysée, un temps de président (2015), est restée célèbre : « Va au spectacle. Tous les soirs faut que tu te tapes ça. Et dis que c’est bien, que c’est beau, ils veulent être aimés », conseille François Hollande à Fleur Pellerin (ministre de la culture d’août 2014 à février 2016) qu’il vient de nommer à l’été 2014.

La rue de Valois, ministère des mondanités davantage que des territoires ? Ce que Françoise Nyssen – qui ne se sentait jamais aussi bien que lors de ses déplacements en province – a appelé, à plusieurs reprises, « le parisianisme culturel » ou « l’entre-soi » pèse dans la cote d’un ministre. « Cela existe, c’est vrai. J’ai été démoli dans des dîners en ville. Le seul problème, c’est quand cela a des conséquences politiques », témoigne Frédéric Mitterrand.

« Il faut être malin », résume Renaud Donnedieu de Vabres. Car si un locataire de la rue de Valois n’a pas « l’onction des cercles culturels parisiens », ces derniers ont facilement accès aux médias pour le faire savoir. « La plupart des autres ministères ont des ouailles discrètes. Là, elles ont les relais médiatiques », témoigne Christine Albanel. « Mon pire souvenir, ce sont les rumeurs et les ragots permanents liés au fantasme que suscite ce poste, surtout quand il est occupé par une femme », confie Aurélie Filippetti. « Il s’agit d’un milieu très compliqué, violent, fait de coteries, en agitation permanente », affirme l’une de ses homologues.

« Dans ce petit milieu, tout se sait. Ils se connaissent, se voient le soir, à l’opéra ou ailleurs, s’auto-congratulent. Vous avez réussi si ce petit milieu le dit, sinon c’est foutu, glisse Philippe Douste-Blazy (en poste de mai 1995 à juin 1997). Quand vous parlez d’accès à la culture pour tous, il y a trois cents personnes influentes qui s’en moquent. » Jacques Toubon lui, ne croit pas à ce parisianisme culturel : « Le grand enjeu n’est ni parisien ni provincial mais concerne l’accès à l’offre culturelle où qu’elle soit. La seule façon de lutter contre les élites est de développer l’éducation artistique et culturelle à l’école pour que tous les gosses soient à égalité. » Pour cet ex-ministre devenu Défenseur des droits, le projet d’un Pass culture, voulu par Emmanuel Macron, peut constituer « une bonne réponse à la démocratisation de la culture », à condition qu’il soit fait « dans un esprit malrucien ».

Un ministère trop technique et bureaucratique ?

De l’archéologie au jeu vidéo, du patrimoine au numérique, du droit d’auteur à l’audiovisuel public… la rue de Valois – dont le maintien du budget est devenu un combat permanent pour son titulaire – a pris l’allure d’« un monstre, dur à gérer et qui doit faire face au pouvoir des artistes, incroyablement revendicatifs », liste Frédéric Mitterrand. « Si vous ne connaissez qu’un seul secteur, vous êtes à la merci de votre administration », décrit une ancienne ministre. Avec un cabinet réduit à dix conseillers (contre vingt auparavant) et deux grandes directions générales gérées par intérim (patrimoines et création artistique), Françoise Nyssen n’avait pas un pilotage opérationnel.

Tous ses prédécesseurs se disent abasourdis par cette longue vacance de postes importants. « C’est un affaiblissement incroyable, c’est comme si l’on voulait démontrer que le ministère ne sert à rien », pointe Christine Albanel. « Il est urgent de rebrancher les tuyaux. Le sujet de l’appareil de commandement n’est pas sexy mais essentiel pour avoir des capteurs et que chaque discipline (théâtre, musée, etc.) ait un interlocuteur », insiste Renaud Donnedieu de Vabres. Mercredi 7 novembre, Sylviane Tarsot-Gillery a été nommée, par Franck Riester, à la direction générale de la création artistique. Cette ex-directrice générale de la BNF faisait partie de la short-list proposée en juillet par… Françoise Nyssen.

Quant au périmètre, les ex-ministres ont des avis divergents : si Frédéric Mitterrand et Jean-Jacques Aillagon se disent favorables à la création d’un secrétariat d’Etat à la communication, Philippe Douste-Blazy considère qu’un ministère de la culture et de l’éducation (comme ce fut le cas sur une très courte période entre 1992 et 1993) mais sans la communication serait plus « justifié ».

De son côté, Jacques Toubon, pointant que le budget de l’audiovisuel est plus important que celui de la culture, plaide davantage pour une « re-répartition » en deux ministères, culture d’un côté, communication de l’autre, surtout en période de réforme de l’audiovisuel. « La grande question serait de savoir où l’on met les industries culturelles du numérique, reconnaît-il. Actuellement, Bruno Le Maire tente de taxer les GAFA. Très bien. Mais il y a aussi la question des droits d’auteur. Pour la France, l’enjeu des contenus culturels sur Internet est aussi important que la fiscalité. » Christine Albanel, quant à elle, prône le pragmatisme : « Tout dépend du profil du ministre nommé. »

Franck Riester : le profil adéquat ?

Qu’ils soient de droite ou de gauche, les anciens ministres voient plutôt d’un bon œil la nomination de Franck Riester. Son profil politique, sa bonne connaissance des rouages parlementaires seraient des atouts à l’heure du projet de loi pour réformer l’audiovisuel public. « C’est un choix intéressant, il connaît les enjeux », considère Aurélie Filippetti. « Il a le capital confiance nécessaire et la force de caractère », croit savoir Frédéric Mitterrand.

Et pourtant, son premier choix de directeur de cabinet (Olivier Henrard, ancien conseiller culture de Nicolas Sarkozy et conseiller d’Etat) a été retoqué par l’Elysée. C’est finalement Lucie Muniesa, directrice générale adjointe à l’Agence des participations de l’Etat, qui a été retenue. « Le premier acte de responsabilité d’un ministre, c’est de former son équipe. Il doit redevenir le maître de sa maison. Je n’aurais pas imaginé un instant qu’on me dise : “Non, vous ne pouvez pas prendre untel ou unetelle”. Il faut vite trouver les bonnes voies, les bonnes attitudes sinon le sort de ce ministère deviendra extrêmement préoccupant », s’inquiète Jean-Jacques Aillagon.

Or, la rue de Valois est « un ministère de combat, insiste Renaud Donnedieu de Vabres, qui doit être en initiative permanente ». Christine Albanel emploie les mots de « catalyseur » et de « gardien de la flamme. « On sous-estime la force de la France sur les enjeux culturels au niveau européen. » Pour Jacques Toubon, « la politique culturelle fait partie d’un bien commun, il faut en avoir l’intime conviction ». « Ce ministère doit concevoir et mettre en œuvre une politique culturelle. C’est un organe de service, pas au service de la réputation du ministre mais au service du pays. Cette fonction s’est parfois perdue », remarque pour sa part Jean-Jacques Aillagon.

13 novembre 2018

Comment faire des frites à la mode Banksy...

pommes frites

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