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Jours tranquilles à Paris

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19 août 2020

Photo : de Parr en part

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Par Clémentine Mercier 

Le photographe britannique Martin Parr, célèbre pour son regard drôle et caustique sur les dérives de la société de consommation, fait l’objet d’une retrospective au Frac Bretagne, à Rennes, jusqu’en janvier.

Ce ne sont pas ses lauriers après quarante ans de carrière qui vont stopper Martin Parr, 68 ans, dans sa course de fond photographique. «Parrathon», la fanfaronne rétrospective du plus célèbre photographe britannique à Rennes, n’est qu’un point d’étape de plus dans un parcours prolifique. L’exposition du Frac Bretagne, produite par l’agence Magnum Photos (et conçue pour tourner dans le monde telle une rock star) montre une sélection resserrée de l’œuvre, depuis les premières photos noir et blanc des années 70, devenues des classiques, jusqu’à des séries récentes, moins connues. Si «Parrathon» fait l’impasse sur la collection d’objets hétéroclites et de livres du photographe, le parcours compte tout de même quatorze séries (près de 500 photos, dont de grands tirages et des photocopies couleur A3 sur machine Xerox pour les gros plans de Common Sense).

Détails qui tuent

En concentré, l’essentiel de l’œil de Bristol est là, sa vision satirique des étranges mœurs contemporaines aussi… Car tout le monde en prend pour son grade dans ce grand album aux allures de carnaval des fous. Parr n’épargne rien ni personne avec ses coups de flashs incisifs : riches, pauvres, classe moyenne, touristes, enfants, vieux et couples frisent la caricature avec forces mimiques et tenues ridicules. Même la reine d’Angleterre, tassée et immortalisée de dos, est réduite à un chapeau bleu pâle. Le modus operandi du photographe est né dans les années 70 à Hebden Bridge (Yorkshire). Immergé avec sa femme Susie dans la vie quotidienne de croyants méthodistes et baptistes, il apprend, en noir et blanc, à repérer les détails qui tuent : pasteur aux lunettes noires de mafieux ou gloutons s’empiffrant tous dans la même position derrière un buffet. Puis, peu à peu, viennent la couleur et les thèmes de prédilection de son approche documentaire critique : surconsommation, tourisme de masse, société des loisirs…

Palette pétante

L’objectif de Martin Parr atteste de la disparition du monde ouvrier dans les années 80, de la prise de pouvoir des classes moyennes avec le thatchérisme et du règne d’une jet-set internationale totalement écervelée qui brandit le luxe comme seule valeur. La dérive vulgaire du monde est saisie avec humour, une palette pétante et un systématisme qui s’est depuis décliné à merveille sur des magnets, cartes postales et autocollants. Rangés par séries thématiques, les clichés épinglent aussi bien les touristes au Machu Picchu, les couples qui se morfondent en se regardant dans le blanc des yeux que les adeptes du selfie qui brandissent leurs dangereuses cannes telles des épées narcissiques. Avec Establishment, une série récente réalisée avant le Brexit, Parr continue d’ausculter la société britannique en pointant son regard sur les élites aux coutumes ronflantes et désuètes : juges costumés, étudiants qui se mettent une mine ou footballeurs couverts de boue.

Sensible à l’histoire de la photo, Etienne Bernard, nouveau directeur du Frac Bretagne, a misé sur la notoriété de Parr. Ravis du miroir torve tendu, les visiteurs s’y sont donc pressés à la réouverture, après le confinement. Il faut dire que toutes les photos prêtent à rire (ou à pleurer parfois) sur l’espèce humaine. Grand maître du tape-à-l’œil, Martin Parr réussit, comme toujours, le tour de force de rendre l’humanité appétissante et écœurante à la fois. Source : Libération

Parrathon une rétrospective de Martin Parr jusqu’au 24 janvier 2021, Frac Bretagne 35011 Rennes.

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Martin Parr : «Je n’ai pas l’impression d’être particulièrement méchant»

Par Clémentine Mercier

Coronavirus, Brexit… Le photographe britannique Martin Parr explique à «Libération» sa vision de cette époque troublée et répond aux critiques souvent formulées contre lui.

En raison des mesures sanitaires, Martin Parr n’a pu venir en France où se tient son exposition «Parrathon». Occupé par sa toute nouvelle fondation ouverte à Bristol en 2017, il nous donne des nouvelles par téléphone.

Comment avez-vous vécu le confinement ?

C’était très frustrant car tout a été annulé, et puis, ce fut une période impossible : je n’ai fait que faire des images des files d’attente à Bristol. J’ai donc photographié cette nouvelle façon de faire la queue apparue avec la pandémie. Il a fallu qu’on s’habitue à l’idée d’attente tout le temps, partout et pour n’importe quoi. Après le confinement, j’ai aussi photographié les manifs Black Lives Matter. Je devais aussi faire des photos du festival de Glastonbury, cet immense festival de musique et de spectacle vivant, mais je me suis rendu sur place pour immortaliser des lieux vides…

Récemment, vous avez milité contre le Brexit…

Oui, c’est vrai que je suis très pro-européen. Je combats mes compatriotes dans leur rejet de l’UE, et le gouvernement actuel aussi d’ailleurs. Je suis très malheureux de tout cela. Toutes mes dernières séries, notamment celles que j’ai montrées l’année dernière à la National Portrait Gallery, ont ce sujet en toile de fond. Alors que les images de l’actualité du Brexit se périment très vite, il entre dans l’histoire. Malheureusement.

Comment définir la britishness aujourd’hui ?

La Grande-Bretagne est mon sujet, c’est mon pays, je l’aime et je le déteste à la fois. La photo est un moyen pour moi d’articuler ces sentiments contradictoires. Tout change en ce moment. Toutes les règles vont être modifiées avec la pandémie. Nous sommes très traditionalistes, très ordonnés. Vous, en France, vous avez les gilets jaunes… Nous, on n’est pas très bons pour faire entendre nos droits, on ne le fait pas vraiment, contrairement à vous.

Vous avez grandi dans une famille d’ornithologistes…

Mon père adorait regarder les oiseaux, ils l’obsédaient et moi, à ma façon, je suis obsédé par la photographie. Nous avons les mêmes gènes ! Je suis fasciné par les gens, cela m’amuse beaucoup de les regarder. C’est pourquoi, j’ai souffert récemment à cause du confinement, car je n’avais plus mon poste d’observation. Heureusement, les gens se remettent à sortir et un semblant de normalité commence à réapparaître.

Vous vous définissez comme artiste ou comme photographe ?

Juste photographe. Cela me suffit. C’est vrai que je montre mes images dans des musées d’art mais la plupart du temps, mes images sont publiées dans des journaux, les magazines. La nature même de la photographie est libertine, donc je pratique pleinement ce libertinage entre l’art et la photographie.

Vous rencontrez un énorme succès, quel est votre secret ?

Je n’ai pas de secret, et le succès n’est pas un sujet qui m’intéresse tant que ça. Je ne m’arrête jamais. Ce sont les autres qui donnent de l’importance à ces icônes, pas moi, il faut du répondant dans le public pour qu’une image devienne une icône. Je souhaite surtout que mes images soient accessibles, pleines de couleurs et éclatantes. Mais, sous des dehors séduisants et accessibles, il y a un côté très sérieux, une dimension critique…

Vous avez photographié la reine d’Angleterre, le Machu Picchu, les défilés de mode, Versailles… Que vous reste-t-il à photographier ?

Je n’ai malheureusement jamais été invité à la garden party de la reine, c’est un regret, ça serait formidable. Ils n’autorisent pas les photographes à rentrer, ils tiennent absolument à ce qu’on reste à l’extérieur. Il y a encore plein de «sociétés secrètes» en Grande-Bretagne, qui ne sont pas accessibles aux photographes. Je suis sûr que c’est pareil en France. Est-ce que Macron m’inviterait à sa garden party ? Je ne suis pas sûr… Sauf si Libération me fait entrer…

Pour réussir comme photographe faut-il avoir un esprit de contrariété ?

Pour faire de bons clichés, il faut qu’il y ait une sorte de tranchant. La tension aide à ce qu’une image fonctionne. Ceci est vrai pour mes photos mais je ne peux parler pour les autres photographes…

Votre regard est parfois qualifié de méchant, condescendant… Comprenez-vous ces critiques ?

Non, pas vraiment, je n’ai pas l’impression d’être particulièrement méchant, ni condescendant, je montre les choses telles que je les vois, telles qu’elles se présentent à mes yeux. Mais si les gens ne sont pas d’accord avec mon approche, cela me va aussi, je n’y pense pas trop. J’ai pris l’habitude d’être critiqué depuis le début de ma carrière, dès que je me suis mis à la couleur dans les années 80, on m’a beaucoup critiqué.

Comment imaginez-vous le futur de la photographie ?

Le monde de l’art va avoir beaucoup de problèmes et du mal à se remettre de la pandémie. Bien sûr, c’est encore plus difficile pour les théâtres et les cinémas. J’ai vraiment de la peine pour les théâtres. En revanche, les réseaux sociaux, comme Instagram, vont continuer… Cela a tellement bien marché pendant le confinement, on y a accès de partout et les gens ont du temps à tuer. A la fondation Martin-Parr, on a lancé une dizaine de défis pendant le confinement et on a reçu d’excellentes propositions. Dans le futur, j’imagine qu’il y aura de moins en moins de photographes. Nous sommes devenus un accessoire de luxe, j’ai l’impression. Source : Libération

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19 août 2020

Laetitia Casta

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19 août 2020

En 2019, le nombre de féminicides a augmenté de 21 % en France

Par Juliette Bénézit è Le Monde

L’enquête de la Délégation aux victimes, rendue publique lundi, fait état de 146 femmes tuées par leur compagnon ou ex-conjoint l’an passé.

En 2019, 146 femmes ont été tuées par leur partenaire. L’étude nationale relative aux morts violentes au sein du couple, rendue publique par le ministère de l’intérieur lundi 17 août, recense 25 victimes de plus qu’en 2018, soit une augmentation des cas de féminicides de 21 % sur un an. Si les femmes sont les « principales victimes des violences commises par leur conjoint ou anciens conjoints », note l’étude, elle recense aussi 27 victimes masculines, portant à 173, au total, le nombre de morts au sein des couples en 2019. Cela équivaut à un décès tous les deux jours.

Chaque année depuis 2006, la Délégation aux victimes, une structure commune à la police nationale et à la gendarmerie, dresse un bilan des faits de violences entre « partenaires » – qu’il s’agisse de conjoints, ex-conjoints ou de relations non-officielles – à partir des données fournies par les services d’enquête. Pour l’année 2019, le nombre de féminicides avancé par le ministère de l’intérieur est proche de celui établi par les associations féministes. Le collectif « Féminicide par compagnon ou ex » a recensé 152 cas sur cette même année.

Pour établir son étude, au-delà des qualifications pénales retenues dans les dossiers, la Délégation aux victimes s’emploie à explorer toute une série de paramètres comme le profil des individus, la nature des lieux, les mobiles ou encore les modes opératoires qui précèdent de tels actes. Sur l’année 2019, plusieurs enseignements se dégagent.

Dans 84 % des cas de mort violente au sein d’un couple, les victimes sont des femmes, le plus souvent de nationalité française, âgées principalement de 30 à 49 ans ou de plus de 70 ans. Une majorité d’entre elles sont sans emploi ou retraitées. Les auteurs, également de nationalité française en majorité, sont masculins dans 88 % des situations. 65 % d’entre eux n’exercent pas ou plus d’activité professionnelle, 24 % sont employés ou ouvriers.

Le refus d’une séparation

Le plus souvent, le crime est réalisé à l’aide d’une arme blanche ou d’une arme à feu. Dans 17 % des cas, le décès est consécutif à une strangulation, une situation d’étouffement ou d’asphyxie. Les faits se déroulent en règle générale au domicile du couple ou sur le lieu de vie de la victime. La logique du passage à l’acte, quant à elle, est désormais connue : c’est souvent une dispute ou le refus d’une séparation qui précède le crime.

Alors que le gouvernement a fait de la lutte contre les violences conjugales la « grande cause du quinquennat » et qu’un Grenelle sur le sujet a été organisé à l’automne 2019 avec pour objectif de répondre à cette situation alarmante, une autre donnée de l’étude de la Délégation aux victimes interpelle : 41 % des femmes décédées l’an passé sous les coups de leur partenaire avaient subi au moins une forme de violences antérieures, qu’elles soient physiques ou psychologiques. Parmi elles, 63 % avaient signalé ces faits aux forces de l’ordre. Plus précisément, ce sont 26 femmes qui avaient déposé plainte pour des faits de violences. 17 % des auteurs étaient connus des forces de l’ordre, notamment pour violences conjugales sur la victime.

« Il faut que l’on assiste à un profond changement des mentalités, rapporte Ernestine Ronai, responsable de l’Observatoire départemental des violences envers les femmes en Seine-Saint-Denis. Il y a un travail à faire au niveau de la police et de la justice : pour que les femmes soient écoutées lorsqu’elles vont déposer plainte, qu’on les croie, que les auditions soient bien menées pour que les magistrats, ensuite, puissent prendre les mesures de protection qui s’imposent ». Dans un rapport établi par l’Inspection générale de la justice, rendu public en novembre 2019, il a été démontré que 80 % des plaintes pour violences conjugales sur lesquelles les magistrats avaient eu à se prononcer entre 2015 et 2016 ont été classées sans suite.

Dans un communiqué, Marlène Schiappa, la ministre déléguée auprès du ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, a déclaré que le Grenelle des violences conjugales avait « donné lieu à une révolution sur le terrain, en mobilisant, dans un travail collectif, expertes, associations, victimes de violences conjugales, justice et forces de l’ordre autour de la création de nouveaux outils précis ».

« Il faut un changement de grande ampleur »

Début 2020, plusieurs mesures ont été mises en place : un portail de signalement en ligne des violences sexuelles et sexistes prend désormais en compte les violences conjugales avec, au bout du fil, des policiers, des gendarmes et des psychologues qui ont pour mission d’orienter les victimes ; des modules de formation et de sensibilisation – parfois sous forme d’e-learning – ont été instaurés dans les écoles de police et au sein des commissariats ; une grille d’évaluation du danger a été mise à disposition des forces de l’ordre qui reçoivent les victimes.

En outre, le Parlement a adopté définitivement fin juillet une proposition de loi destinée à mieux « protéger les victimes de violences conjugales ». Ce texte introduit, entre autres, une exception au secret médical en cas de « danger immédiat » ou encore la possibilité de saisir des armes à feu en cas de plainte pour violences conjugales. La généralisation du bracelet anti-rapprochement contre les conjoints et ex-conjoints violents, adoptée fin 2019, devrait avoir été mise en place en septembre.

« Le gouvernement communique beaucoup. Mais les résultats ne sont pas là. On a droit à des petites réformes. Il faut un changement de grande ampleur, avec des politiques publiques ambitieuses, de l’ordre de ce qui a été fait sur la sécurité routière ou le cancer. Et il va falloir y allouer un budget conséquent, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui », rapporte Caroline De Haas, du collectif #NousToutes.

Elle ajoute : « Pour que ce changement ait lieu, il faut qu’il y a une véritable impulsion politique. Pour le moment, avec un ministre de la justice qui qualifie les féministes d’Ayatollah, ça semble largement compromis. » Compte tenu de l’augmentation du nombre de femmes tuées par leur partenaire en 2019, plusieurs associations ne manquent pas de souligner l’urgence de la situation. Depuis début 2020, le collectif #NousToutes a recensé 61 cas de féminicides.

19 août 2020

Erdeven Exposition : Sagaris irradie de couleurs la chapelle

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19 août 2020

Face aux incertitudes biélorusses, le dilemme de Moscou

Par Benoît Vitkine, Moscou, correspondant - Le Monde

L’option la plus réaliste pour la Russie est de tenter de mettre en toute discrétion la main sur la transition politique et d’éviter les désagréments d’une escalade.

Analyse. Les réactions de Moscou à la crise chez son voisin biélorusse, née des fraudes à l’élection présidentielle du 9 août, sont scrutées avec une attention singulière, entre fantasmes d’une intervention armée et attente d’un revirement diplomatique. Parmi les acteurs extérieurs, aucun ne dispose d’un poids comparable sur les affaires biélorusses. Pourtant, la partition jouée par Moscou est tout sauf simple. Elle se résume même à un douloureux dilemme : ne rien faire est impossible ; agir peut se révéler contre-productif.

Il faut d’abord se souvenir que le président biélorusse Alexandre Loukachenko n’a jamais bénéficié d’un soutien inconditionnel de la part de Moscou. Ses atermoiements permanents entre Est et Ouest en ont fait un partenaire difficile. Sa résistance à une intégration plus poussée entre les deux pays, prévue par un traité de 1999, a même fini par irriter franchement Vladimir Poutine, et a conduit le Kremlin à limiter son financement du coûteux modèle social biélorusse.

Ces motifs d’irritation se sont accrus à l’approche du scrutin du 9 août, avec l’arrestation de mercenaires russes et des appels répétés à défendre la souveraineté de Minsk face à Moscou. « Loukachenko a toujours mené un double jeu. Mais qu’à l’approche des élections il ait vendu à l’Ouest une rhétorique antirusse, cela Poutine ne le pardonne pas », affirme ainsi le politiste Alexandre Baunov à la télévision Dojd.

Depuis qu’il joue sa survie, Alexandre Loukachenko a radicalement changé de braquet. Les mercenaires ont été rendus à la Russie et le président biélorusse dénonce désormais l’interventionnisme occidental, voire la menace d’une invasion de l’OTAN. Ses coups de fil répétés à Vladimir Poutine sont des signes de désespoir autant que des marques d’allégeance.

Ne pas rester les bras croisés

Côté russe, ces différends ont été partiellement mis de côté. Seuls restent un certain nombre de principes : le Kremlin ne lâche pas un allié en rase campagne, en tout cas pas publiquement ; un pouvoir légitime ne cède pas face à la rue. « Moscou a du mal à voir les manifestants biélorusses autrement que comme manipulés par l’Occident, assure la politiste Tatiana Stanovaya. Avec eux c’est un peu comme avec les terroristes : on ne négocie pas. Pour autant, la Russie comprend la fragilité du pouvoir de Loukachenko et ne le soutiendra pas s’il tire sur la foule. »

Les médias russes, qui ont d’abord fait montre de sympathie pour les contestataires, effrayés par la violence de la répression, se sont d’ailleurs ressaisis. Ils multiplient désormais les comparaisons avec le Maïdan ukrainien, modèle honni s’il en est. De la même façon, les communiqués officiels du Kremlin ou du ministère des affaires étrangères se sont réchauffés.

La perspective d’un pourrissement de la crise est une autre raison pour la Russie de ne pas rester les bras croisés. Un enlisement pourrait ainsi favoriser l’émergence de nouveaux acteurs. L’annonce de nouvelles sanctions européennes, la forte implication de la Pologne ou des pays baltes peuvent avoir pour conséquence de faire reculer les positions russes. Une telle perspective est inacceptable : plus encore que l’Ukraine, la Biélorussie est vue comme une chasse gardée, un pays « frère » dont la souveraineté est même vue par certains à Moscou comme factice.

Ce constat posé, que peut faire la Russie ? Soutenir plus activement Alexandre Loukachenko pourrait s’avérer non seulement vain, tant son régime est discrédité, mais même risqué, voire contre-productif. En l’état actuel, l’opinion biélorusse est neutre. Dans les manifestations aucun slogan hostile à Moscou n’est exprimé. Parmi les meneurs de la contestation, aucun n’évoque le moindre basculement géopolitique, même si, souligne le professeur Dmitri Souslov, « le simple fait que [la candidate] Svetlana Tsikhanovskaïa ait trouvé refuge en Lituanie suffit à la disqualifier aux yeux du Kremlin ».

« Une menace existentielle »

Résultat : une intervention trop appuyée aurait pour effet de heurter une part importante de la population biélorusse. Sans parler d’une intervention militaire ou sécuritaire, certes peu probable, mais parfois évoquée en Biélorussie, encore plus depuis le transfert, dimanche, d’unités militaires russes vers la ville de Smolensk, à la frontière.

Les appels de la présidente de la chaîne RT, Margarita Simonian, à « envoyer les hommes polis rétablir l’ordre », en référence aux soldats qui ont conduit l’annexion de la Crimée, relèvent plus de la distraction à visées internes.

La seule exception serait un éventuel – et on l’a dit, très hypothétique – basculement de Minsk dans le camp occidental, ou la menace d’une sortie de l’Union économique eurasiatique. « Dans ce cas-là, Moscou serait prêt à aller très loin, assure M. Souslov. Un tel scénario est vu comme une menace existentielle, plus encore que dans le cas ukrainien. »

En attendant, la marge de manœuvre du Kremlin est limitée. Moscou peut chercher à obtenir le maximum d’un Loukachenko finissant, dans le sens d’une intégration plus poussée, mais la portée de telles avancées serait limitée. L’option la plus réaliste pour la Russie est surtout de tenter de mettre discrètement la main sur la transition, en essayant d’éviter les désagréments d’un engrenage violent comme ceux d’une élection ouverte.

Le précédent arménien

Un obstacle ici : l’opposition manque de candidats crédibles, aux yeux de Moscou ; et au sein du régime, M. Loukachenko a toujours pris soin d’écarter les hauts responsables qui développaient des liens personnels trop poussés avec Moscou, rappelle Tatiana Stanovaya, du groupe de réflexion R.Politik. Selon une source dans la diplomatie biélorusse, des contacts existent toutefois d’ores et déjà avec des acteurs au sein du régime.

Cette perspective impliquerait « une conversation franche, avec des engagements réciproques », écrit Dmitri Trenin dans un article pour le centre Carnegie. Le précédent arménien de 2018 pourrait être utilisé : porté au pouvoir par une révolte populaire, l’opposant Nikol Pachinian s’était empressé de rassurer Moscou en promettant une coopération militaire accrue.

Dans l’intervalle, Alexandre Loukachenko sera probablement prié de se montrer conciliant, de faire quelques concessions de forme, pour éviter une escalade ou un écroulement trop soudain.

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19 août 2020

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19 août 2020

Michelle Obama sonne l’état d’urgence contre Trump

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Article de Corine Lesnes

L’ex-First Lady a clôturé la première journée de la convention en appelant les Américains à voter « comme si leur vie en dépendait »

SAN FRANCISCO - correspondante

Ceux qui s’attendaient à un discours fort n’auront pas été déçus. Intervenant en clôture de la première journée de la convention démocrate, lundi 17 août, Michelle Obama a fait passer un sentiment d’urgence sur l’élection présidentielle du 3 novembre, appelant les Américains à voter pour le candidat démocrate Joe Biden « comme si leur vie en dépendait ».

Dans une intervention de vingt minutes, parfois poignante, empreinte de « l’empathie » manquant cruellement, selon elle, à Donald Trump, l’ex-First Lady s’est déclarée révoltée par la réponse de la Maison Blanche à une pandémie qui a fait plus de 170 000 morts. Les Etats-Unis n’ont « pas été à la hauteur », a-t-elle jugé. Ni sur le plan de la santé publique ni sur celui de la défense de leurs valeurs.

« Laissez-moi être aussi honnête et claire que possible, a -t-elle déclaré, assise dans son bureau de Washington, dans une vidéo enregistrée pour éviter tout incident technique. Donald Trump n’est pas le bon président pour le pays. Il est dépassé, incapable d’être à la hauteur du moment. Et tout simplement incapable d’être celui dont nous avons besoin. » Avant d’ajouter, fixant la caméra : « C’est comme ça » (« It is what it is »). Une référence à la réponse − glaciale − de M. Trump interrogé le 4 août sur le nombre de victimes de la pandémie.

« Le chaos et la division »

Pour la première fois, Michelle Obama a semblé désespérer de son pays. Citant les incidents qui se sont multipliés depuis l’apparition de la pandémie – les querelles autour du port du masque, l’absence de solidarité, les appels à la police pour dénoncer des concitoyens –, elle s’est inquiétée d’un climat moral dégradé, comme si les Américains avaient oublié leurs valeurs traditionnelles, sous l’influence d’un président qui est adepte du « chaos et de la division ».« Les jeunes voient ce qui se passe quand nous cessons d’avoir de l’empathie les uns pour les autres. Ils se demandent si nous leur avons menti depuis tout ce temps sur nos valeurs et qui nous sommes. C’est triste. Voilà l’Amérique telle qu’elle se présente à la prochaine génération. »

Le discours de celle qui est devenue la plus populaire des démocrates était très attendu. C’était sa quatrième intervention dans une convention du parti depuis 2008 et l’investiture de son mari, le jeune sénateur de l’Illinois, pour la course à la Maison Blanche. A l’époque, elle était apparue intimidée, mais joyeuse, sous les colonnades du temple de faux marbre reconstitué dans un stade de Denver (Colorado). Huit ans plus tard, à Philadelphie, en 2016, elle avait plaidé pour Hillary Clinton et balayé les attaques pernicieuses du milliardaire des casinos. « Quand ils s’abaissent, nous nous élevons », avait-elle défié. « Michelle » a répété qu’elle croyait toujours, malgré la défaite, à ce slogan qui a fait le tour du monde (« When they go low, we go high »).

L’élection 2016 a été perdue par M. Trump par 3 millions de voix, a-t-elle rappelé : « Dans les Etats déterminants, la marge gagnante a été de deux voix par bureau de vote. Deux voix ! » Tout en répétant qu’elle ne tient pas à s’engager dans la bataille − « vous le savez, j’ai horreur de la politique » −, elle a appelé à voter massivement « dans des nombres qui ne pourront pas être ignorés ». Par correspondance mais aussi en personne, en arrivant la veille devant les bureaux de vote s’il le faut.

« Si vous pensez que les choses ne peuvent pas être pires, faites-moi confiance, c’est possible, et elles le deviendront si nous ne changeons pas de direction. Si vous avez le moindre espoir de mettre fin à ce chaos, il faut voter pour Joe Biden comme si notre vie en dépendait. » Elle a décrit l’ancien vice-président comme l’homme de la situation, qui « sait comment sauver une économie, lutter contre une pandémie » ; qui « écoute », « dira la vérité », « accordera crédit à la science ». Lui qui a perdu sa première épouse et plusieurs de ses enfants sait ce que c’est que de « s’asseoir à une table où il y a une chaise vide ». Empathie toujours.

« Dépression légère »

Depuis son départ de la Maison Blanche, « Michelle » est devenue un phénomène littéraire. Son livre Becoming, publié en novembre 2018 (Devenir, Fayard), une semaine après des élections de mi-mandat qui ont vu un nombre record de femmes et de représentants de minorités élus au Congrès, s’est vendu à 11 millions d’exemplaires et a été traduit en 33 langues. Netflix en a fait un documentaire. Elle participe aussi à une ONG d’encouragement au vote.

La pandémie l’a vue confinée dans leur résidence de Washington (un manoir à 12 millions de dollars, soulignent les critiques du couple) avec les deux filles, de retour chez leurs parents. Comme tout le monde, elle a pris un coup au moral, comme elle en a fait l’aveu dans le podcast qu’elle tient depuis le 29 juillet sur la plate-forme de streaming Spotify. « Je sais que je suis aux prises avec une forme de dépression légère, a-t-elle confié à la journaliste Michele Norris dans l’enregistrement mis en ligne le 5 août. Pas seulement à cause du confinement mais aussi à cause du contentieux racial. Voir chaque jour l’hypocrisie de cette administration est démoralisant. » Comme se réveiller avec les informations : « Une autre personne noire déshumanisée, blessée, tuée, faussement accusée. » Une « partie de cette dépression », ajoute-t-elle, vient de là : cet éternel problème racial « qui plombe le pays depuis sa fondation ».

Devant la convention, sa voix a paru s‘étrangler lorsqu’elle a évoqué les meurtres de George Floyd et de Breonna Taylor, deux Afro-Américains tués par la police. « Dire que les vies noires comptent continue d’être traité avec dérision à la Maison Blanche », a-t-elle protesté. Au cou, elle portait un collier marqué des lettres « Vote ».

18 août 2020

Clara Morgane

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18 août 2020

Erdeven Exposition : Sagaris irradie de couleurs la chapelle

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Débarqués lundi 17 août, les mannequins relookés à la sauce pop’art par Jean-Michel Alaphilippe invitent à entrer dans la chapelle d’Erdeven pour y découvrir les univers colorés et imaginatifs des créateurs réunis par Sagaris. Pour son retour à Lann-Groez, l’association d’artistes morbihannais présente beaucoup de variété, de diversité, de formes expressives et techniques différentes, et avant tout des nouveautés, entre peintures (Annick Briand), émaux, sculptures, etc. Jusqu’au 23 août à la chapelle de Lann-Groez, de 10 h à 20 h, entrée libre.

18 août 2020

Pierre et Gilles

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