Convention d’Istanbul : la Turquie fait fi de toute femme
Par Jérémie Berlioux, correspondant à Istanbul — Libération
Lors d'une manifestation pour une meilleure application de la convention d'Istanbul, le 5 août. (Photo Yasin Akgul. AFP)
Ankara envisage de se retirer du traité sur la lutte contre les violences faites aux femmes. Les organisations féministes turques sont vent debout contre le projet.
Merve Yesiltas, 31 ans, brûlée vive par son compagnon. Dilan Karatas, 7 ans, pendue à un arbre par son père. Pinar Gültekin, 27 ans, battue à mort et coulée dans du béton. La liste des féminicides ne cesse de s’allonger en Turquie. Au moins 239 femmes ont été assassinées depuis le début de l’année et l’épidémie de Covid-19 devrait accentuer la tendance annuelle. Pourtant, malgré ce bilan macabre, Ankara songe à se retirer de la convention d’Istanbul visant à l’élimination de toutes les formes de violences à l’égard des femmes. Ce traité, adopté en 2011 et ratifié par 33 pays et l’Union européenne, entend établir un cadre pour prévenir les violences, protéger les victimes, poursuivre les coupables et promouvoir des politiques s’attaquant aux inégalités de genre.
La Turquie avait été le premier pays à le ratifier en 2012. Elle pourrait aussi faire partie des premiers, avec la Pologne, à le dénoncer. «L’absence de convention risque d’exacerber les attaques et isoler un peu plus les femmes dans la société», s’alarme Ilayda Kocoglu, militante féministe et ancienne vice-présidente à Istanbul du Parti républicain du peuple (CHP, parti d’opposition, centre gauche).
Homophobie
L’annonce de ce projet de retrait s’inscrit dans une campagne réactionnaire menée par de petites factions islamo-nationalistes dont dépend de plus en plus la formation du Président, le Parti de la justice et du développement (AKP). «Le gouvernement veut dénoncer la convention parce qu’elle inclut l’égalité des genres, en laquelle il ne croit pas», explique Selin Top, militante féministe. «[Ses membres] ne peuvent pas dire qu’ils acceptent qu’il y ait des violences contre les femmes et les enfants. Alors, ils disent que cette convention érode les valeurs familiales», continue-t-elle. Dans un contexte d’homophobie et transphobie grandissantes, des caciques du pouvoir prétendent que la convention d’Istanbul constitue un outil de «propagande homosexuelle». Ainsi, selon Numan Kurtulmus, vice-président de l’AKP, ce traité est un outil «aux mains des LGBT et d’éléments radicaux». Les organisations féministes turques, les seuls groupes en dans le pays à avoir réussi à maintenir, malgré la répression, une présence dans la rue, sont vent debout contre le projet de retrait. Fin juillet, la Plateforme des femmes pour l’égalité a ainsi appelé toutes les femmes à «revendiquer la convention, leurs droits et vies et à dire que la seule autorité habilitée à prendre des décisions sur ce sujet, ce sont les femmes elles-mêmes». A Istanbul et dans d’autres villes, des rassemblements sont organisés quasiment quotidiennement. Sur les réseaux sociaux, le hashtag #istanbulsözleşmesiyaşatır (#appliquezlaconventiondistanbul) est omniprésent. Alors que ce traité était, jusqu’à maintenant, inconnu du plus grand nombre, l’opposition mène une campagne d’éducation politique en faveur du texte. Des mairies distribuent des fascicules aux couples se mariant, d’autres occupent les panneaux publicitaires pour défendre la convention. «Si le traité et le droit étaient entièrement appliqués, nous ne perdrions pas autant de femmes, souligne l’activiste Selin Top. L’égalité des genres doit être intériorisée. Des écoles aux domiciles et aux quartiers, des lieux de travail à la justice, il faut un programme pour mettre fin aux violences. La convention d’Istanbul peut être un guide vers cet objectif», ajoute-t-elle.
«Solidarité»
Fait rarissime dans une Turquie extrêmement polarisée, des voix soutenant la convention se font entendre jusqu’au cœur de l’AKP. Ainsi Mustafa Sentop, président du Parlement, s’est dit défavorable à un retrait de la convention, bien qu’il regrette que ce texte impose des «éléments appartenant à la culture occidentale».
La surprise est cependant venue, début août, de la puissante Association femmes et démocratie (KADEM) qui a exprimé son soutien au traité. Selon elle, le texte contribue à la lutte contre les violences domestiques et «n’encourage pas l’homosexualité». La vice-présidente de l’association n’est autre que Sümeyye Erdogan Bayraktar, la fille du président turc. Ce dernier a pourtant signalé, vendredi dernier, pencher en faveur d’un retrait, arguant qu’«un accord, une réglementation ou une idéologie qui sape les fondations de la famille n’est pas légitime».
Seul le Parlement, en vacances jusqu’au 1er octobre, pourra statuer sur le sujet. Les organisations féministes comptent utiliser ce délai pour se mobiliser. «Le mouvement le plus puissant en Turquie a toujours été le mouvement des femmes. Contre toute cette violence, nous devons nous tenir côte à côte et empêcher quiconque de briser cette solidarité», conclut Ilayda Kocoglu.
Contestation - Marée humaine à Minsk pour réclamer le départ de Loukachenko
COURRIER INTERNATIONAL (PARIS)
Des dizaines de milliers de personnes ont défilé pacifiquement dimanche dans le centre de Minsk pour réclamer le départ d’Alexandre Loukachenko. Mais le président biélorusse, qui se targue du soutien du Kremlin, refuse de plier devant ses opposants.
“Alexandre Loukachenko n’est pas disposé à abandonner le pouvoir”, constate El País. Le “dernier dictateur européen”, qui dirige la Biélorussie d’une main de fer depuis 1994, a assuré dimanche devant quelques milliers de sympathisants, réunis dans le centre de Minsk, qu’il ne céderait pas : “S’ils détruisent Loukachenko, ce sera le début de la fin”, a-t-il averti.
“Mais les faits sont têtus”, ajoute le quotidien espagnol : pendant que le président prétendait avoir gagné les élections du 9 août à la loyale, “une marée humaine envahissait les rues de la capitale et d’autres villes du pays pour exiger sa démission”.
“Pour la première fois, les Biélorusses pouvaient défiler librement dans le centre-ville, vêtus de drapeaux de l’opposition et scandant des slogans antigouvernementaux”, observe l’envoyé spécial du New York Times. “Après s’être rassemblés près de l’obélisque, ils se sont dirigés vers la place centrale, bloquant la circulation sur l’avenue principale de la capitale”.
“Il y a une semaine, un groupe de gens protestant sur un trottoir auraient été violemment dispersés par les forces antiémeutes. Ce dimanche, il n’y avait pas l’ombre d’un policier”, remarque le quotidien américain.
La plus grande manifestation de l’histoire de la Biélorussie, selon les observateurs, a ressemblé entre 100 000 et 200 000 personnes à Minsk, selon les observateurs.
“Les manifestants brandissaient les drapeaux rouge et blanc de l’opposition et scandaient ‘Justice !’, ‘Dehors !’, ‘Démission !’ ou ‘Liberté pour les prisonniers politiques !’”, raconte RFE-RL.
Les rassemblements ont largement gagné la province. L’envoyée spéciale du Daily Telegraph était à 250 km de Minsk, à Hrodna, l’une de ces grosses villes industrielles traditionnellement acquises à Loukachenko. Même là-bas, la colère gronde.
Roman Vydra, un ouvrier d’une quarantaine d’années a pris comme une “insulte” la victoire supposée du président avec 80 % des voix. “Personne ne pensait que le trucage des élections serait aussi éhonté”, dit-il. “Je ne connais pas une seule personne qui ait voté pour le président”.
Soutien prudent du Kremlin
Devant ses sympathisants, Loukachenko a agité le spectre d’une conspiration internationale contre la Biélorussie, et s’est targué du soutien de Vladimir Poutine.
L’agence officielle Belta précise que les deux hommes ont discuté samedi et dimanche et que le Kremlin “a confirmé son accord, si la situation venait à s’aggraver en raison de menaces extérieures, à une réponse commune”, conformément à l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), une alliance militaire qui rassemble la Russie et plusieurs anciennes républiques soviétiques.
“Mais Poutine n’a pas été jusqu’à apporter son soutien ou une quelconque approbation” au président biélorusse, qu’il considère peu fiable et en trop mauvaise posture, analyse The Guardian. “Il est probable que Moscou attende de voir si Loukachenko peut survivre aux prochaines semaines – ou jours –, alors que la contestation et les grèves le poussent à la démission”.
The Moscow Times partage cette analyse et estime, dans une colonne d’opinion, que la crise biélorusse offre l’opportunité d’une médiation russo-européenne : “Son objectif implicite pourrait être une transition graduelle et pacifique vers une Biélorussie sans Loukachenko”.
“Une coopération réussie entre l’Union européenne et la Russie n’est pas dans la poche – il y a beaucoup de méfiance à surmonter”, poursuit le site. “Mais un effort de coopération sur la Biélorussie pourrait être un début. Il est déjà trop tard pour Loukachenko. Mais il n’est jamais trop tôt, à Moscou et Bruxelles, pour apprendre des erreurs du passé”.
Violences policières : «Ils nous traitaient comme des animaux»
Par Justine Salvestroni, Envoyée spéciale à Grodno - Libération
A Minsk, le 15 août. L’homme aurait été blessé par la police lors d’une manifestation contre le régime. (Photo Vasily Fedosenko. Reuters)
La police a violemment réprimé, en début de semaine, ceux qui manifestaient contre Loukachenko. Certains, roués de coups dans des fourgons puis au commissariat, sont encore hospitalisés.
«Il n’y a pas eu de tortures.» C’est le vice-ministre biélorusse de l’Intérieur qui l’affirme, alors que le gouvernement nie l’existence de la vague de violences policières qui a submergé le pays, du 9 au 13 août, après la réélection contestée d’Alexandre Loukachenko. Alors que des milliers de manifestants - et passants malchanceux - sortent des prisons et des hôpitaux, les Biélorusses découvrent, horrifiés, l’étendue des dommages causés par la police et les Omon, les «chiens de Loukachenko», lâchés sur les foules à la moindre contestation.
«Ils remplissaient les prisons et les commissariats, tabassaient les gens, puis les relâchaient pour faire de la place pour de nouvelles victimes, raconte Denis, 24 ans, manager d’une boutique de Grodno, dans l’ouest. Je me suis fait arrêter le 11 août vers 21 heures, je manifestais pour des élections libres. Trois Omon ont commencé à me tabasser dans la rue, par terre, ils voulaient le code de mon téléphone. J’ai refusé, alors ils m’ont frappé encore plus, avec leur matraque, à coups de poing et de pied.» Bilan d’une vingtaine d’heures au poste : six passages à tabac, une confession écrite, un jugement au commissariat, des jambes couvertes de bleus et d’égratignures et, dans le dos, la marque d’une semelle imprimée sur la peau.
Tabasser
Pour Alexey, informaticien de 33 ans, l’élément déclencheur a été la photo d’une petite fille blessée à Grodno pendant l’arrestation de son père, en voiture, le 11 août. «La connexion internet venait d’être rétablie, et j’ai vu cette photo ! J’ai une petite fille, je passe par les mêmes rues. Ça m’a bouleversé, j’ai eu envie de faire quelque chose pour arrêter toute cette haine, toute cette violence.» Alexey imprime donc la photo de la gamine et écrit dessous : «Si vous voulez du sang, prenez le mien, pas celui de nos enfants.»
Cela ne prend que cinq minutes, le temps qu’Alexey se fasse arrêter devant la mairie : «Des types armés et masqués m’ont poussé dans un minibus. L’un a commencé à me frapper avec une matraque, il me posait toujours la même question absurde : "Combien tu as été payé pour faire ça ?" J’ai fini par dire 1 000 dollars, ça l’a un peu calmé. L’autre me donnait des coups de pied, mais avec le manque de place, il ne pouvait pas taper trop fort, alors il s’est acharné sur mon genou et mes reins. Ça a duré une dizaine de minutes, ils ont voulu écrire sur ma tête avec un marqueur noir, mais je suis chauve et je transpirais beaucoup, le feutre ne tenait pas, ça les a énervés.»
Arrivé au commissariat de Grodno, Alexey raconte avoir été obligé de signer des documents. Il a vu arriver son collègue Vladimir. «Je les entendais lui taper dessus, c’était horrible, il n’arrêtait pas de hurler.» Ayant appris l’arrestation d’Alexey, Vladimir, aussi père de famille et ému par la petite fille, est parti manifester place Lénine. Il a été arrêté à son tour : «Je me suis fait tabasser, surtout les jambes et les fesses. Dans le bus, des types sans uniforme m’ont dit de me mettre à genoux, ils ont dessiné sur mon visage avec un feutre noir, je ne sais pas pourquoi, mais ça les faisait beaucoup rigoler. Une fois arrivé au commissariat, ils m’ont encore tabassé. Je ne faisais rien pour me défendre. Ensuite, ils m’ont emmené dans leur gymnase, couché face contre terre. Ils ont posé la feuille avec la photo de la petite fille sur mon dos, et m’ont dit que si la feuille tombait, ils me frapperaient. Nous étions une vingtaine, ils faisaient tout pour nous humilier, ils nous traitaient comme des animaux.»
Les mains attachées dans le dos, Alexey finit par s’effondrer par terre, après quelques heures, puis est emmené à l’hôpital. «Les médecins s’occupent vraiment bien de nous, dit-il. Ils prennent les blessés au commissariat même si leur état n’est pas trop grave, juste pour les sortir de là.»
Code couleur
Le calvaire de Vladimir a duré plus longtemps : «Après que j’ai signé ces documents, un policier m’a mis des coups de genou dans l’estomac, je ne pouvais plus respirer. J’ai compris qu’il attendait que je dise que j’avais compris les documents. Ensuite ils m’ont redescendu au gymnase. M’ont couvert de "vert brillant" [un antiseptique coloré, ndlr] et forcé à rester sur le sol, dans une position inconfortable. Enfin ils ont appelé une ambulance. Je n’en pouvais plus.» Plusieurs médias ont rapporté, sans que cela n’ait été confirmé par les autorités, l’utilisation par la police d’un code couleur. Un manifestant marqué au feutre noir : allez-y carrément. Barbouillé de «vert brillant» : allez-y doucement.
Vladimir et Alexey sont encore hospitalisés à Grodno. «Vladimir n’a pas encore été jugé, parce qu’il est toujours à l’hôpital, explique son avocat, Alexandre Birilov. La plupart des procès se tiennent dans les jours qui suivent les manifestations, sur le lieu de détention, entre dix et quinze minutes par personne, à huis clos et sans avocat. Impossible de savoir s’il aura un procès équitable plus tard. En ce moment, personne ne suit les procédures normales. Heureusement, même en Biélorussie, les séances de torture et les procès expéditifs ne sont pas la norme.» D’après Birilov, les documents que beaucoup de manifestants ont dû signer sont des «rapports d’infraction administrative, qui ne peuvent pas être considérés comme des preuves». Denis se souvient du texte : «Si la police m’arrête à nouveau, c’est trois ans ferme.» Ce qui ne l’a pas empêché de manifester ce week-end pour exercer son «devoir de citoyen».
Étel - Bénédiction de la mer : la tradition malgré les contraintes
Libérées de leur mission habituelle par l'annulation de la kermesse, les deux crêpières ont pu participer à la fête de la Rivière en embarquant sur les canots.
Les contraintes sanitaires n’ont pas entravé la tradition, samedi, pour les cérémonies du 15-août autour du pardon de Notre-Dame des Flots et de la bénédiction de la mer à Etel. Le déroulé a été adapté avec des jauges réduites, etc, mais les cérémonies habituelles ont pu avoir lieu, à terre comme en rivière, entre le port et la barre. Si la foule fut importante sur les quais (moins qu’habituellement, néanmoins), les masques étaient systématiquement portés. Présidée par le père Syrinus, recteur, la messe solennelle sous la criée a été suivie de la procession sur le quai avec la statue votive de Notre-Dame des Flots, et les deux gerbes à la mémoire des péris en mer portées par Hubert Kermorvant et Roger Le Mignant.
Deux crêpières privilégiées
Les officiels ont embarqué à bord du canot SNS205-Nohic, et parmi les invités à bord de l’ancien canot Patron-Emile-Daniel, deux des crêpières bénévoles, habituellement mobilisées à l’heure de cette bénédiction. « On est ravies d’avoir pu embarquer, pour une fois ! ». Cette année, en effet, la kermesse qui prolongeait la fête avait été annulée au regard des protocoles sanitaires.
Voir mon reportage photographique en cliquant sur le lien suivant : http://jourstranquilles.canalblog.com/archives/2020/08/16/38481242.html#comments










