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Jours tranquilles à Paris

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17 août 2020

Libération de ce 17 août

libé 17 aout

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17 août 2020

Coronavirus : Macron et le gouvernement face à la peur de la seconde vague

Par Cédric Pietralunga, Olivier Faye - Le Monde

Les autorités constatent une accélération croissante de la transmission du Covid-19 en France. Le nombre de patients en réanimation a augmenté ces derniers jours.

La tension monte pour Emmanuel Macron et le gouvernement à mesure qu’approche la rentrée. Depuis déjà plusieurs semaines, les autorités constatent une accélération croissante de la transmission du Covid-19 en France, faisant redouter une seconde vague de l’épidémie. 3 015 nouveaux cas en vingt-quatre heures ont été enregistrés, dimanche 16 août ; 3 310, samedi 15 août. Des seuils inédits depuis le déconfinement en mai. Le nombre de patients en réanimation (376, comme samedi) a lui aussi augmenté ces derniers jours.

« La situation est préoccupante, il y a un retournement de la tendance. Les chiffres peuvent paraître minimes mais ils sont tous en augmentation », souligne-t-on dans l’entourage du ministre de la santé, Olivier Véran. Paris et les Bouches-du-Rhône, en particulier, ont été classés en « zone de circulation active » du virus. Dès lors, la reprise d’une activité « normale » à partir de septembre, que ce soit dans les écoles ou les entreprises, représente un enjeu de taille pour l’exécutif, qui ne veut pas aggraver, d’un côté, la crise économique, mais doit, de l’autre, gérer au mieux le risque sanitaire.

Pour tenter de trouver cet équilibre, le gouvernement s’appuie sur un objet en particulier, sujet de nombreuses controverses ces derniers mois en raison de sa pénurie et des débats sur son utilité : le masque. « Le port du masque obligatoire [dans les entreprises] fera partie des propositions que nous ferons aux partenaires sociaux », a annoncé la ministre du travail, Elisabeth Borne, dans un entretien au Journal du dimanche, alors qu’une série de mesures adaptant les règles sanitaires dans les entreprises doivent être présentées, mardi 18 août, aux représentants du patronat et des syndicats. Selon certains scientifiques, près de 20 % des clusters se formeraient dans les entreprises privées. Raison pour laquelle le télétravail, a précisé Mme Borne, doit être mis en place « chaque fois que c’est possible dans les zones de circulation active du virus ».

« Le mot d’ordre, c’est l’anticipation »

Mais le masque est en passe de s’imposer aussi de manière générale à l’extérieur. La plupart des grandes villes, comme Paris, Nantes, Marseille, Le Havre, Nice ou Bordeaux, l’ont ainsi rendu obligatoire dans leurs rues ou leurs places les plus fréquentées. La liberté locale, en la matière, est le maître mot de l’exécutif, après des mois de pilotage resserré depuis la capitale. « Le mot d’ordre général, c’est l’anticipation, de tirer certains enseignements du passé et d’être plus proactifs, explique un proche d’Emmanuel Macron. Le second mot d’ordre, c’est le pragmatisme. C’est pour ça qu’il y a une approche très localisée qui consiste à laisser les maires et les préfets prendre les mesures qui s’appliquent au cas par cas. »

Si l’interdiction des rassemblements de plus 5 000 personnes a été prolongée jusqu’au 30 octobre, les préfets ont ainsi la possibilité d’y déroger, comme c’est le cas au Puy du Fou, en Vendée, où le seuil maximal a été rehaussé à 9 000 personnes pour un spectacle le 15 août. « L’Elysée n’y est pour rien de rien », jure un macroniste, alors que le chef de l’Etat avait plaidé en faveur d’une réouverture rapide, en juin, du parc fondé par son ami Philippe de Villiers.

Cette stratégie de différenciation est poussée depuis le départ par le premier ministre, Jean Castex, pour qui les décisions doivent être prises « au plus près du terrain ». La semaine dernière, il a écrit aux préfets et aux maires des vingt plus grosses villes de France pour leur demander de préparer d’ici à début septembre des « plans spécifiques » de lutte contre le virus en cas d’emballement de l’épidémie sur leur territoire. « C’était une demande émise par le conseil scientifique dans son dernier avis » publié le 27 juillet, justifie-t-on à Matignon. L’exemple de la Mayenne, où la flambée du nombre de malades a été enrayée grâce à la multiplication des tests, fait figure de modèle à suivre.

Les semaines à venir vont se révéler cruciales à titre personnel pour M. Castex, qui joue une partie de sa crédibilité avec la crise sanitaire. C’est en effet lui qui a préparé et mis en œuvre, en tant que délégué interministériel, le plan de déconfinement à la fin du printemps, sous l’autorité de son prédécesseur, Edouard Philippe.

Le « dossier numéro un » du premier ministre

Que l’épidémie de Covid-19 reparte et c’est toute sa stratégie, fondée sur le dépistage ciblé et l’isolement des personnes infectées, qui pourrait être remise en cause, affaiblissant d’autant sa position. « Le premier ministre a été choisi pour piloter la France en période de crise, le Covid-19 est son dossier numéro un », reconnaît-on à Matignon, où l’on veut croire que « si l’épidémie repartait, on ne pourrait pas dire que c’est parce que le déconfinement a été raté ». Mardi 18 août, M. Castex effectuera un nouveau déplacement lié à la crise sanitaire, en Haute-Garonne, où il devrait saluer la mise en place des « colos apprenantes ».

Pour l’exécutif, tout doit être fait pour éviter un nouveau confinement généralisé des Français, dont les conséquences sociales et économiques seraient désastreuses. Selon l’OCDE, la France serait la deuxième économie la plus touchée des pays développés – derrière l’Espagne – en cas de seconde vague, avec un recul de 14,1 % de son produit intérieur brut sur l’année et une reprise de « seulement » 5,2 % en 2021. « Il faut se mettre en branle dès maintenant et ne pas attendre l’arrivée de la seconde vague », enjoint-on à Matignon, où l’on assure qu’« il n’y a pas de plan de reconfinement généralisé du pays actuellement à l’étude ». Le 11 août, M. Castex affirmait vouloir « éviter par-dessus tout un retour en arrière, un reconfinement important ». Néanmoins, assure un proche de M. Macron, « il n’y a pas de volonté de faire passer l’économie devant le sanitaire ».

Le juge de paix pourrait être la façon dont va se dérouler la rentrée scolaire. A deux semaines du retour des élèves en classe, de nombreuses incertitudes entourent encore les conditions dans lesquelles ces derniers pourront être accueillis. Plusieurs scientifiques craignent une multiplication des cas de Covid-19 si les mesures barrières n’étaient pas respectées, ce qui pourrait s’avérer difficile dans certains établissements saturés. L’inquiétude grimpe par endroits, comme en Seine-Maritime, où la Fédération des conseils de parents d’élèves dénonce une « impréparation » générale et demande un report de la rentrée le temps de « trouver des solutions concrètes ». « Un protocole sanitaire a été défini au niveau national mais les préfets auront la capacité de faire évoluer les mesures prises au niveau local », rassure-t-on à Matignon. Pas certain que cela suffise à apaiser tout le monde.

17 août 2020

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17 août 2020

A Berck-sur-Mer, un jour à la plage pour une cinquantaine de Parisiens privés de vacances

Par Isabelle Rey-Lefebvre, Berck, Pas-de-Calais, envoyée spéciale - Le Monde

En raison de l’épidémie de Covid-19, le Secours populaire multiplie, cette année, les sorties d’une journée plutôt que les séjours.

« J’ai réveillé mon fils à six heures, il m’a demandé “On va à l’école ?”, “Non, à la plage”, “Ouiiii !” », raconte Fatima Eid qui, toute à son stress, en a oublié le sac à dos avec le pique-nique pourtant soigneusement préparé la veille, ce qui l’a obligée à tout racheter dans une station-service « trois fois le prix du Lidl », se désole-t-elle. Qu’importe, l’escapade s’annonce belle sur la plage de Berck-sur-Mer (Pas-de-Calais) où le Secours populaire organise ce qu’il appelle une « Journée du bonheur ».

Selon le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Credoc), dans son enquête menée en mai, 36 % des enfants de 5 à 19 ans, soit 4,5 millions de jeunes, n’ont pas pris de vacances au cours des douze derniers mois, et même 39 % de ceux vivant dans une famille de plus de trois enfants. Ce taux stagne depuis des années, la saison 2020 s’annonçant pire encore en raison de la crise sanitaire et de ses contraintes qui viennent aggraver les problèmes financiers des familles.

Les Tiebourki et leurs trois enfants n’iront pas en Tunisie et ce moment à la plage est leur seule respiration. La famille Abdou a dû, elle, renoncer à un séjour en camping sur la Côte d’Azur : « L’an passé, on avait réussi à mettre un peu d’argent de côté, pas cette année où, en plus, le prix du camping a doublé », s’indigne Mme Abdou.

Droit aux vacances

Le Secours populaire fait du droit aux vacances un axe fort de son action et organise, depuis plus de quarante ans, la Journée des oubliés des vacances, en emmenant, chaque été, 5 000 Franciliens passer une journée à la mer. Cette année, il n’en accompagnera que deux fois 200. Les accueils d’enfants en familles sont également supprimés et les séjours de vacances très réduits : pour les seuls Parisiens, 83 sont prévus au lieu des 140 habituels.

« C’est pourquoi nous multiplions les sorties culturelles ou dans les bases de loisirs, au rythme de deux par semaine », explique Dorian Derville-Pionchon. Cet étudiant a déjà accompli un service civique au Secours populaire, qui l’a embauché tout l’été pour encadrer ces sorties.

Rendez-vous dimanche 16 août, à l’aube, place du Châtelet. Une vingtaine de familles, 49 personnes en tout, montent dans le car. Certains n’ont été prévenus que la veille car, en cas de désistement, pas question de ne pas proposer la place libre à quelqu’un d’autre. Neuf bénévoles les encadrent, souvent d’anciens bénéficiaires habitués du voyage. C’est le cas de Latifa, une fidèle qui confie que le Secours populaire l’a sauvée d’un mari violent.

Lassim, jeune Malien, joueur de football à Montfermeil et pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance, est un assidu des sorties et un formidable animateur, adoré des enfants : « J’ai moi-même tellement souffert en arrivant en France, parce que j’ai été abandonné par le manager de foot qui m’avait fait venir, que ça me fait plaisir de donner le sourire aux familles. » Il a trouvé là sa vocation et envisage une formation d’animateur, plutôt qu’agent de sécurité.

« Pourquoi la mer, elle s’en va ? »

Dans le car, au fil des kilomètres, le niveau sonore monte, l’excitation avec, et les enfants s’impatientent. Quand apparaissent la mer et l’immense plage de Berck, l’étonnement est général : « Mais c’est tout plat ! », constate Yamina, adolescente ; « Pourquoi la mer, elle s’en va ? », s’interroge sa copine Malek, surprise par la marée basse…

Tout est découverte : les pieds nus dans le sable fin, le goût salé de la mer, les coquillages, les petits crabes vivants que l’on capture et voudrait ramener à Paris… Quoi ? L’Angleterre et la Belgique sont à quelques dizaines de kilomètres seulement ? Ce coin de la Manche et la jolie ville de Berck, délicieusement vintage, sont bien exotiques. A l’heure du déjeuner, on s’offre des glaces ou des cornets de frites « et ils font payer la sauce 50 centimes en plus », râle le jeune Younès.

Ce n’est pas le ciel, momentanément gris, qui découragera de se baigner. Mohammed Chowki, 9 ans, mal voyant, ne boude pas son plaisir et se jette dans l’eau à corps perdu ; moins téméraires, d’autres s’assoient sur le sable et laissent les vagues leur lécher les pieds. Izdihar Djeballa filme son mari Hocine sortant fièrement de l’eau avec, sur chaque bras, une de leurs deux filles ayant, pour l’occasion, sorti leur maillot de bain à volants à l’effigie de la petite sirène de Walt Disney.

Elles demanderont à revoir la vidéo, les jours de cafard dans la petite chambre d’hôtel où les héberge le 115 : « Le confinement puis la canicule, qui nous obligeait à nous coucher avec des serviettes mouillées, c’était dur », raconte Mme Djeballa qui, bien que diplômée en biologie, est employée par la société Lulu dans ma rue pour accomplir mille tâches domestiques, ménage, repassage, faire les courses pour des personnes âgées, promener le chien, garder le chat…

Beaucoup de ces vacanciers d’un jour vivent dans de petits logements, voire en chambres d’hôtel, et certains ne sont pas sortis de Paris depuis trois ans. Rentrés à Châtelet tard dans la soirée, certains s’enquièrent déjà de la prochaine sortie.

17 août 2020

Caroline Vreeland

caroline vreeland

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16 août 2020

Rachel Cook

rachel ccok

16 août 2020

Nath Sakura

nath77

16 août 2020

Géopolitique - Téhéran et Pékin main dans la main

HA’ARETZ (TEL-AVIV)

Un accord économique et militaire devrait voir le jour entre les deux pays. Il sauverait l’Iran de l’effondrement et imposerait la Chine comme nouvelle grande puissance au Moyen-Orient, estime ce quotidien israélien.

Les informations faisant état d’une négociation stratégique entre l’Iran et la Chine poussent certains à se dire qu’un accord permettrait peut-être de contourner les sanctions américaines contre la République islamique. D’autres imaginent qu’il pourrait transformer l’Iran en une puissance mondiale susceptible de faire de l’ombre à des économies du Moyen-Orient et de l’Asie de l’Est, ou, pire, de compromettre la surveillance de son programme nucléaire. Mais la conclusion d’un accord, si tant est qu’elle soit possible, reste un long processus.

D’après des rumeurs et des témoignages informels en Iran, l’accord prévoirait 400 milliards de dollars d’investissements sur vingt-cinq ans, principalement dans les transports, l’industrie, l’exploitation pétrolière, les télécommunications et la médecine.

Selon des estimations, l’Iran pourrait devenir un grand fabricant d’armes avec l’aide de la Chine et lui acheter des armements perfectionnés – notamment des avions de chasse, des navires et des sous-marins. Le gouvernement iranien ne communique aucune précision sur l’accord lui-même ou sa portée, mais le secret qui l’entoure éveille la suspicion des élus conservateurs au Parlement.

Ceux-ci ont exprimé leur crainte que le président, Hassan Rohani, ne cherche à faire de l’Iran une colonie chinoise, et ont rappelé que les accords signés avec la Russie au XIXe siècle avaient entraîné la cession de vastes territoires.

La crainte d’une mainmise sur le pétrole iranien

Les rumeurs qui circulent laissent entendre que l’Iran vendra des îles à la Chine dans le golfe Persique, y compris l’île de Kish. D’autres augurent que la Chine finira par dicter la politique étrangère iranienne et sera autorisée à poster 5 000 soldats sur son territoire afin de protéger les installations pétrolières qu’elle aura construites.

Mais la principale inquiétude est le risque que l’Iran hypothèque son pétrole pendant des décennies au bénéfice de la Chine, qui aurait ainsi accès à du pétrole bon marché et aurait la mainmise sur le secteur comme c’était le cas des Britanniques au XXe siècle.

Les conservateurs sont furieux que l’Iran signe des accords avec un pays qui opprime sa minorité musulmane, les Ouïgours, et que ces ententes soient ensuite mises sur le compte du talent de Hassan Rohani, renforçant ainsi les mouvements réformistes.

Le Président iranien a promis que le secret visait à empêcher que des pays ennemis ne détalent avec l’accord et publient son contenu avant que les détails ne soient finalisés. Les négociations relatives à ce pacte ont commencé en 2016, peu après la signature de l’accord sur le nucléaire iranien avec les grandes puissances. L’atmosphère à l’époque était optimiste, voire euphorique. Le marché iranien a suscité une concurrence qui a attiré des représentants de grands groupes du monde entier (outre des entreprises américaines). Des accords commerciaux ont été conclus à un rythme effréné.

Une année 2020 difficile pour Téhéran

Les journaux iraniens publiaient constamment des photos montrant des poignées de main. Les États-Unis ont rétabli l’accès à des milliards qui étaient gelés dans les banques et le cours pétrolier a permis de disposer de financements et de bénéfices considérables.

Or en 2020 l’Iran vit malgré tout l’une des pires crises de son histoire. Les États-Unis se sont retirés de l’accord sur le nucléaire et ont imposé de nouvelles sanctions. De grandes entreprises européennes se sont retirées de son marché, et même la Chine a radicalement réduit ses achats de pétrole iranien et interrompu certains investissements.

En juillet, le ministre des Affaires étrangères, Javad Zarif, a participé à des pourparlers avec de hauts responsables russes en vue de prolonger un accord stratégique conclu en 2011 et de renforcer cette coopération à hauteur de plusieurs dizaines de milliards de dollars.

Par les temps qui courent – la Chine est en pleine guerre économique avec les États-Unis, pendant que la Russie entrave l’Iran en Syrie, développe ses relations commerciales et militaires avec l’Égypte et l’Arabie Saoudite, et évince les États-Unis du Moyen-Orient –, les déclarations pompeuses entre l’Iran et la Russie évoquent plus des manœuvres politiques que des accords financiers.

Pas d’accord avec la présidentielle américaine

La Chine et la Russie misent peut-être sur le fait que Joe Biden entrera à la Maison-Blanche après l’élection de novembre. Le candidat démocrate a déjà annoncé qu’il réintégrerait l’accord sur le nucléaire. S’il est élu et tient son engagement, la Chine et la Russie auraient tout à y gagner.

Et si Trump est réélu et poursuit sa campagne contre la Chine ? Un accord entre Pékin et Téhéran donnerait des munitions supplémentaires à Trump et au raisonnement populiste qui motive son hostilité à l’égard des Chinois. Les objectifs de l’offensive menée par le président des États-Unis ne sont pas clairs, mais ils donnent déjà lieu à une guerre froide entre les deux pays.

Il est peu probable qu’un accord soit finalisé entre la Chine et l’Iran avant l’élection présidentielle américaine. Même s’il n’a pas de lien avec cette échéance, l’accord nécessitera de nombreux mois de négociation. On ignore par ailleurs qui sera élu président de l’Iran à l’issue de l’élection prévue en 2021.

Zvi Bar'el

16 août 2020

Marisa Papen

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Marisa Papen (3)

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marisa papen547

marisa plongée

16 août 2020

En Biélorussie, nouvelle démonstration de force face à un Loukachenko fébrile

Par Intérim, Moscou, correspondant - Le Monde

Après une semaine de manifestations et de répression, autorités et oppositions tentent de prendre du recul pour affiner leurs stratégies.

Depuis une semaine, la Biélorussie vit sur un fil. Face-à-face, deux forces qui s’affrontent avec des armes bien différentes et inégales. Samedi 15 août, l’opposition mobilisée contre la réélection frauduleuse du président Alexandre Loukachenko a offert une nouvelle démonstration de force. La mobilisation est apparue comme l’une des plus importantes depuis le début des protestations.

Dans toutes les grandes villes du pays jusque dans certains villages, les habitants ont massivement répondu à l’appel de l’opposante Svetlana Tsikhanovskaïa. L’ancienne candidate à la présidence s’est exprimée vendredi pour appeler à un week-end de manifestations pacifiques à travers tout le pays. « Allons et défendons ensemble notre choix », a-t-elle lancé, depuis la Lituanie où elle s’est réfugiée.

Répression et torture

Toute la journée, des milliers de manifestants – les femmes en première ligne – sont apparus sur les réseaux sociaux, déambulant dans les rues du pays avec des fleurs, ballons et drapeaux. Plusieurs vidéos ont également montré des manifestants retirant le drapeau actuel de la Biélorussie de bâtiments officiels pour le remplacer par le drapeau blanc et rouge des opposants, l’autre drapeau biélorusse symbole de l’indépendance du pays. Des rassemblements inédits dans la Biélorussie autoritaire d’Alexandre Loukachenko, d’autant plus après une semaine rythmée par des images de violences et d’arrestations – plus de 7 000.

Les nombreux récits de prisonniers libérés et des tortures qui leur ont été infligées auraient pu refroidir les ardeurs de l’opposition. Mais jusqu’ici, la stratégie de la violente répression semble au contraire avoir eu l’effet inverse.

La diffusion samedi soir par l’agence de presse Associated Press d’une photo montrant Alexander Taraikovsky, 34 ans, décédé lundi 10 août lors d’un rassemblement, pourrait jouer un rôle dans la mobilisation des Biélorusses. L’image remet en question l’affirmation des autorités qui l’avaient accusé de s’être tué en manipulant un engin explosif. Elle semble montrer un simple manifestant tué par la police.

Samedi midi, plusieurs milliers de personnes s’étaient rendues à ses funérailles dans le centre de Minsk. Depuis plusieurs heures, les forces de l’ordre brillent par leur absence. Répit provisoire ou tournant dans le conflit ? A Minsk, on craint pour autant toujours une deuxième vague de répression.

La carte de l’ingérence étrangère

De son côté, le président Loukachenko, peu visible dans les médias depuis le week-end dernier, a passé la journée dans son palais présidentiel. Depuis son bureau, le dictateur a refusé les propositions des pays baltes et de la Pologne d’une médiation politique. Puis, assis à la table de son Conseil de Sécurité, il s’est une nouvelle fois refusé à admettre une perte de contrôle de son pays. Pour diviser le mouvement, le chef de l’Etat joue au maximum la carte de l’ingérence étrangère.

Exemple de la communication gouvernementale en cours : dans une vidéo diffusée par la télévision biélorusse jeudi, un homme accusé d’avoir organisé des manifestations apparaissait entouré d’objets laissant entendre qu’il était payé par les nationalistes ukrainiens, l’OTAN, la Pologne ou encore Israël… Un argument que le président a répété haut et fort samedi midi, dénonçant une « agression en cours » dans son pays selon le scénario des « révolutions de couleur », le nom donné par le Kremlin à plusieurs mouvements populaires selon lui soutenus depuis l’étranger qui ont abouti à des changements de pouvoir dans des pays de l’ex-URSS ces vingt dernières années.

Et d’ajouter qu’il s’agit d’une « agression qui ne représente pas une menace seulement pour la Biélorussie ». Une allusion claire à la Russie que le leader biélorusse tente, tant bien que mal, d’impliquer dans sa bataille pour la conservation du pouvoir. Il y a une semaine, Alexandre Loukachenko accusait la Russie d’ingérence dans son élection. Il souhaite désormais en faire une alliée.

Samedi, le Biélorusse a finalement décroché son téléphone pour « discuter de la situation avec le président russe ». L’appel réalisé, le service de presse du biélorusse s’est empressé de l’annoncer. Mais c’est bien côté russe qu’il aura fallu chercher pour obtenir un écho de la discussion. Si le président Loukachenko souhaitait pousser Vladimir Poutine à collaborer avec lui, c’est une nouvelle fois raté. « Les deux parties ont exprimé leur conviction que tous les problèmes posés seront bientôt résolus » écrit le Kremlin. Et d’ajouter :

« L’essentiel est que ces problèmes ne soient pas exploités par des forces destructrices qui s’efforceraient de nuire à la coopération entre les deux pays dans le cadre de l’État de l’Union. »

Loin de vouloir afficher un soutien sans failles, Vladimir Poutine en profite une nouvelle fois pour rappeler que si le président Loukachenko venait à garder le pouvoir, la pression russe pour rapprocher les deux pays n’en serait que plus forte. Ce qui n’a pas empêché le Biélorusse d’affirmer haut et fort que la Russie s’était engagée à agir dans le cas où le Conseil de Sécurité biélorusse lui en faisait la demande. Une intervention redoutée par les manifestants qui serait un tournant majeur dans la crise. Samedi, à Minsk, une manifestante arborait une pancarte « nous réglerons la situation sans la Russie ».

« Casse-tête pour le Kremlin »

De fait, le vocabulaire et le ton utilisés par le Kremlin semblent montrer que Moscou a besoin d’y voir plus clair avant d’entreprendre quoi que ce soit. Cité par Bloomberg, l’ancien conseiller du président russe Gleb Pavlosky estime que « Vladimir Poutine ne veut pas apporter une aide militaire à Loukachenko parce que cela nourrirait un sentiment anti-russe chez les Biélorusses, cela serait risqué ».

De fait, l’opposition biélorusse ne mène pas une bataille géopolitique, et la Russie se satisfait de sa position d’observatrice extérieure. En somme, pour l’ancien conseiller, le Kremlin se pose les même questions que tous les autres acteurs étrangers : « Loukachenko ne contrôle plus la Biélorussie, il ne contrôle que les forces de sécurité, mais resteront-elles loyales ? Ce n’est pas clair et c’est un casse-tête pour le Kremlin. » Pas de quoi calmer le président biélorusse qui décrit « une situation qui continue de basculer » mais promet « de ne donner le pays à personne ». Un avertissement lancé aux manifestants.

Le ton assuré d’Alexandre Loukachenko dénote désormais avec sa fébrilité et ses appels à l’aide répétés auprès de Moscou. Les défections notables ont continué samedi. Une vidéo montrait notamment le directeur de la grande usine de fabrication de véhicules militaires MKZT expliquer à ses employés en grève qu’il avait voté pour Alexandre Loukachenko mais estimait que celui-ci n’avait pas remporté la présidentielle. Depuis plusieurs jours, de grandes usines du pays sont à l’arrêt. Ce sont ces ouvriers, cœur de l’électorat du président, qui lui ont jusqu’ici permis de se maintenir au pouvoir. Ce week-end, les grèves se sont poursuivies.

Dans le même temps, le chef de l’Eglise orthodoxe biélorusse, le métropolite Paul a publié des excuses pour avoir reconnu la victoire du candidat Loukachenko. Dans l’après-midi, l’opposante Tsikhanovskaïa annonçait avoir commencé à travailler sur la formation de son conseil de coordination. L’annonce doit encore être suivie de faits mais l’opposante s’évertue désormais à donner plus de corps à l’hypothèse d’une chute du pouvoir.

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