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Jours tranquilles à Paris

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15 août 2020

Londres impose une quarantaine aux voyageurs arrivant de France.

Les personnes se rendant au Royaume-Uni devront respecter à partir de samedi deux semaines d’isolement, a indiqué jeudi le gouvernement britannique, s’attirant immédiatement la promesse d’une “mesure de réciprocité” de la part de Paris. La décision britannique, qui concerne également les Pays-Bas, Monaco ou encore Malte, fait suite à une inquiétante recrudescence de l’épidémie de coronavirus dans ces territoires. Londres avait initialement imposé une quarantaine à tous les voyageurs arrivant sur son sol, avant d’opter finalement pour la création de “corridors de déplacement” exemptant certains pays d’origine de l’obligation de s’isoler. Mais la décision du Royaume-Uni ne touche pas que les voyageurs français. Elle devrait également frapper de plein fouet les quelque “400 000 Britanniques” qui se trouvent actuellement en vacances en France, selon le Daily Telegraph. “Ils devront être rentrés avant 4 heures du matin samedi”, s’ils veulent pouvoir échapper à la quatorzaine, précise le quotidien britannique qui prédit que cette situation devrait provoquer une ruée dans les aéroports et les gares.

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14 août 2020

Laetitia Casta

casta55

14 août 2020

Tensions entre la Grèce et la Turquie : Erdogan à la recherche de sa ligne rouge en Méditerranée

tursquie

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Par Marina Rafenberg, Athènes, correspondance, Marie Jégo, Istanbul, correspondante - Le Monde

La France a déployé temporairement deux chasseurs Rafale et deux bâtiments de la marine nationale en Méditerranée orientale a annoncé, jeudi, le ministère des armées.

Jeudi 13 août, deux rafales, le porte-hélicoptères Tonnerre et la frégate La Fayette, ont participé à un exercice commun avec la marine grecque au large de l’île de Kastellorizo. Situé dans les eaux territoriales grecques, l’endroit est devenu une zone à risque depuis que le navire turc de recherche sismique Oruç Reis, escorté par des bâtiments militaires, y effectue des prospections, au grand dam d’Athènes, qui a placé sa marine et son armée en état d’alerte.

Mue par « sa volonté de faire respecter le droit international », la France s’est portée au secours de la Grèce. Une décision appréciée par les médias grecs, le quotidien Kathimerini saluant, à sa une de jeudi, le « message de fermeté de la France à Ankara ». Jugeant « préoccupante » la situation en Méditerranée orientale, le président Emmanuel Macron a décidé, « en coopération avec les partenaires européens », de renforcer temporairement la présence militaire française dans la zone.

Réserves d’hydrocarbures

L’exercice naval franco-grec vise à soutenir la Grèce et Chypre, confrontés à l’agressivité croissante du voisin turc. Athènes et Ankara se disputent la souveraineté de plusieurs secteurs de la Méditerranée dans lesquelles pourraient se trouver des réserves d’hydrocarbures.

Les deux parties divergent depuis longtemps sur l’étendue de leurs plateaux continentaux en mer. Mais depuis qu’en janvier 2020, la Grèce, Chypre et Israël ont signé un accord pour la construction d’un gazoduc de 1 900 km – baptisé EastMed – pour transporter le gaz naturel de la Méditerranée orientale vers l’Europe, la Turquie a redoublé d’agressivité.

Son isolement dans la région est flagrant. Voici des années qu’il n’y a pas d’ambassadeur turc en Egypte, ni en Israël. Avec la Grèce, les relations sont particulièrement orageuses. Avec l’Irak, le torchon brûle depuis qu’un drone turc a tué, mardi, deux hauts gradés irakiens en mission au nord du pays.

Médiation d’Angela Merkel

En Méditerranée, un accident avec la Grèce avait déjà été évité à la mi-juillet de peu au large de Kastellorizo. L’envoi par la Turquie de son navire Oruç Reis, escorté par 18 bâtiments militaires, avait fortement inquiété Athènes. Le calme était revenu grâce à la médiation de la chancelière allemande, Angela Merkel, dont le pays assure en ce moment la présidence tournante de l’Union européenne (UE).

« Les deux pays avaient promis de renouer le dialogue, qui est tendu depuis le coup d’Etat manqué en Turquie en 2016. Mais le 6 août, la Grèce a signé un accord avec l’Egypte pour la délimitation de leurs zones économiques exclusives, qui passe outre l’accord turco-libyen signé en novembre dernier, un accord non reconnu par la communauté internationale. Erdogan ne l’a pas supporté », explique Panagiotis Tsakonas, chercheur à la Fondation hellénique pour la politique européenne et étrangère (Eliamep).

Le 10 août, l’Oruç-Reis a repris ses prospections dans les eaux territoriales grecques accompagné de navires militaires turcs. Alarmée, la Grèce a placé sa marine et son armée en état d’alerte, mobilisant la quasi-totalité de ses effectifs dans la région.

Le risque d’une escalade est de plus en plus grand au fur et à mesure que les navires se croisent. « Le danger d’un incident n’est pas à exclure quand tant de forces armées se concentrent dans un espace aussi réduit », a averti le premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, lors d’une allocution télévisée adressée à la nation mercredi.

Le même jour, des médias turcs et grecs ont rapporté qu’un accrochage s’était produit entre deux frégates, Limnos battant pavillon grec et Kemal Reis pour la Turquie, lesquelles se seraient « embrassées », une collision dont les détails n’ont pas été révélés. Dans un discours prononcé jeudi devant les membres de son parti, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a semblé suggérer que l’Oruç Reis avait été attaqué pendant son expédition et que la Turquie avait répliqué. « On les avait prévenus qu’ils paieraient le prix fort en cas d’attaque de notre Oruç Reis. Ils ont eu la première réponse aujourd’hui. »

Intervention française

Mercredi, c’est après la collision que le président français a annoncé sur son compte twitter sa décision de renforcer la présence française en Méditerranée. Cette intervention suffira t elle à stopper l’ardeur de M. Erdogan, bien décidé à arracher sa part des ressources en hydrocarbures de la région ? « Dans une zone surmilitarisée comme la Méditerranée orientale, un accident est vite arrivé, et il n’est pas sûr que la présence militaire française fasse reculer les navires turcs des eaux territoriales grecques », estime Panagiotis Tsakonas.

Le différend le plus brûlant entre les deux voisins, membres de l’OTAN, est la zone située autour de l’île de Kastellorizo, à 570 kilomètres du continent grec et à 2 kilomètres seulement de la côte turque. « Toutes les îles ont une zone économique exclusive mais le droit international ne précise pas de combien de miles elle doit être. La Grèce a une vision maximaliste qui, en théorie, relierait la zone économique exclusive (ZEE) grecque à celle de Chypre et nierait à la Turquie tout droit d’en avoir une dans cette région. Ankara, au contraire, ne voudrait pas reconnaître à l’île de Kastellorizo le droit d’avoir une ZEE », explique le chercheur.

Soufflant le chaud et le froid, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, accuse Athènes de faire preuve d’une approche « hostile » tout en plaidant pour le dialogue et la négociation. Son but est d’exercer un maximum de pression sur son voisin grec, de façon à l’amener à négocier sous la menace. Il ne restera plus alors qu’à trouver « une formule gagnant-gagnant qui arrangera tout le monde », selon M. Erdogan.

Un nouveau partage des eaux

Rien n’est dit sur la façon dont la Turquie compte, elle, s’y prendre pour négocier avec Chypre, un Etat qu’elle ne reconnaît pas. Clairement, le président turc veut un nouveau partage des eaux, plus en rapport avec le périmètre côtier de la Turquie. Les îles devraient voir leur plateau continental restreint, surtout Kastellorizo. « Il est amusant de prétendre qu’une île de 10 kilomètres carrés a une juridiction maritime de 40 000 kilomètres carrés », a t il déclaré.

Il n’est pas certain que l’entretien téléphonique que M. Erdogan a eu jeudi avec la chancelière, Angela Merkel, ait suffi à apaiser ses appétits expansionnistes. « Celui qui a le tampon est le sultan », a déclaré le même jour le chef de l’Etat turc, plein de faconde, aux militants de son parti, tout en s’en prenant à Emmanuel Macron, accusé de vouloir « rétablir l’ordre colonial » au Liban.

Il y a aussi ces voix, celles de militaires nationalistes souverainistes, qui souhaitent en venir aux mains avec la Grèce. « Le conflit est désormais inévitable. La Turquie doit montrer sa force. Aucun accord ne pourra être conclu avec la Grèce. La Turquie doit faire de l’exploration sismique sur l’île de Meis (Kastellorizo). Cela fait partie de la doctrine Patrie bleue », a déclaré mercredi le général à la retraite Ismail Hakki Pekin, qui prit part à l’invasion de Chypre en 1974.

L’offensive méditerranéenne de M. Erdogan est l’un des volets de son projet expansionniste, exposé dans la doctrine militaire appelée « Patrie bleue ». Populaire dans les cercles militaires « eurasiens », partisans d’une alliance avec la Russie et la Chine, la doctrine vise à assurer le contrôle par la Turquie d’un vaste espace maritime comprenant la mer Noire, la mer Egée et la Méditerranée orientale.

« Nos mers sont notre patrie bleue. Chaque goutte est précieuse », a rappelé récemment Hulusi Akar, le ministre turc de la défense. Alors que la devise turque est à son plus bas par rapport à l’euro et au dollar, alors que le chômage ne cesse d’augmenter, le président turc apparaît d’autant plus tenté par la force qu’il sent le pouvoir lui glisser des mains.

14 août 2020

Nath Sakura

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14 août 2020

Géopolitique - La Chine, allié économique devenu menace militaire

chine menace

NIKKEI ASIAN REVIEW (TOKYO)

Les voisins de la Chine ont lié leur sort économique à celui de ce géant asiatique. Aujourd’hui, beaucoup prennent conscience de la menace militaire que ce pays représente.

Lorsque l’Asean s’est constituée en 1967, ses pays membres se retrouvaient autour de la peur commune du communisme. Créée avec le soutien des États-Unis, l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est était censée faire contrepoids à l’influence grandissante de la Chine [l’Asean regroupe dix pays d’Asie : la Thaïlande, les Philippines, l’Indonésie, Singapour, la Malaisie, le Brunei, le Cambodge, le Vietnam, le Laos, la Birmanie].

Ce rapport de force a toutefois évolué lorsque Pékin s’est lancé dans une politique “d’ouverture et de réforme” économique en 1978, sous l’impulsion du numéro un Deng Xiaoping. Dopée par l’accélération de sa croissance économique, la Chine est devenue une force d’attraction pour tout le continent. Aujourd’hui, elle représente près de 20 % des échanges commerciaux de l’Asean, ce qui fait d’elle son premier partenaire commercial.

L’adjectif “pacifique” n’est plus de mise

Pendant des années, les pays d’Asie du Sud-Est se sont tournés vers les États-Unis pour leur sécurité tout en liant leur destin économique à celui de la Chine. Une situation acrobatique qui n’était possible que tant que la Chine était une puissance “émergente et pacifique”. À présent que, sous la houlette du président Xi Jinping, elle ne s’embarrasse plus de ce type de slogan, les autres pays asiatiques commencent à se réveiller.

L’Armée populaire de libération “ne cesse de nous harceler dans nos espaces aérien et maritime, a déclaré la présidente taïwanaise, Tsai Ing-wen, devant des officiers militaires le mois dernier.

Nous devons rester en état d’alerte permanent et protéger notre sécurité nationale.”

Des avions militaires chinois pénètrent en effet dans la “zone d’identification de défense aérienne”, que Taïwan surveille étroitement, à peu près tous les deux jours – du jamais-vu depuis des années.

Le modèle “un pays, deux systèmes” appliqué à Hong Kong [pour garantir son autonomie après la rétrocession à la Chine en 1997] devait à l’origine servir pour une éventuelle unification avec Taïwan. Mais l’adoption récente d’une loi sur la sécurité nationale à Hong Kong rend cette hypothèse de moins en moins crédible. [Les électeurs taïwanais ont reconduit en janvier la présidente Tsai Ing-wen, opposée à la réunification].

Lorsque, en mai dernier, le Premier ministre chinois, Li Keqiang, a présenté au Parlement le bilan du gouvernement, l’adjectif “pacifique” avait disparu du chapitre concernant le but de la réunification avec Taïwan [séparé de fait de la Chine depuis l’établissement à Taipei du gouvernement nationaliste vaincu par les communistes en 1949].

La Chine ne cache pas qu’elle n’hésitera pas à user de la force pour bloquer toute velléité d’indépendance de l’île. Pékin continue de menacer Taïwan, qui tente de consolider ses rapports avec le monde extérieur [mais qui n’est plus reconnu diplomatiquement que par 15  pays].

Unir la nation en période de crise

La Chine fait une démonstration de force tous azimuts. En avril, les dirigeants de Pékin ont unilatéralement décidé l’établissement d’un district administratif en mer de Chine méridionale, où ils revendiquent certains territoires contestés. En juin dernier, dans l’Himalaya, Pékin a envoyé une milice de spécialistes en arts martiaux pour en découdre avec les soldats indiens, manière de ne pas faire usage d’armes à feu dans la région.

Cette volonté chinoise d’expansion semble être motivée par la volonté d’unir la nation à un moment où le géant asiatique voit ses relations se tendre avec l’Europe et les États-Unis, qui le soupçonnent d’avoir dissimulé des informations concernant le nouveau coronavirus. Un représentant officiel thaïlandais a déclaré : “La Chine n’est pas prête à devenir le pilier de la communauté internationale. C’est maintenant une évidence.”

À la fin du mois d’avril, lorsque le Premier ministre australien, Scott Morrison, a proposé l’ouverture d’une enquête indépendante sur les origines du coronavirus, la Chine, indignée, a réagi avec l’imposition de restrictions [fiscales] sur les importations australiennes de viande et d’orge, et a recommandé aux Chinois d’éviter de se rendre en Australie pour y faire des études ou des voyages de tourisme.

Prise en otage de l’économie

Pékin commence à brandir la “menace de l’arme économique, analyse Michael Shoebridge, directeur du département de la Défense et de la Sécurité nationale à l’Institut australien de politique stratégique. Plus le gouvernement chinois se montre agressif, plus le risque commercial est grand pour les entreprises qui font affaire avec lui.”

Ces méthodes de prise en otage de l’économie pour faire pression sur les pays ont commencé à être appliquées en Europe. L’ambassadeur de Chine au Royaume-Uni, Liu Xiaoming, a récemment averti que si l’entreprise de télécommunications Huawei était exclue du réseau 5G britannique, des entreprises chinoises pourraient retirer leur participation de certains projets de centrales nucléaires [la Chine détient 33 % du projet de Hinkley Point, construit par EDF dans le sud-ouest de l’Angleterre] ou de lignes de train à très grande vitesse dans le royaume.

Il faut probablement s’attendre à ce que ces menaces explicites s’amplifient, à un moment où l’ordre mondial américain se trouve à la croisée des chemins.

Toru Takahasi

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14 août 2020

Terry Richardson né le 14 août 1965 à New York, est un photographe américain.

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14 août 2020

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14 août 2020

Le Bégo ce week-end

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14 août 2020

Maria Schneider

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14 août 2020

Polémique - Espagne : le débat sur le maintien de la monarchie plus vif que jamais

PÚBLICO (MADRID)

Avec le départ en “exil”, lundi 3 août, de l’ex-roi Juan Carlos, soupçonné de malversations, le débat rebondit sur l’opportunité d’instaurer une république. Il divise même la coalition de gauche au pouvoir. Mais une réforme constitutionnelle serait extrêmement compliquée, reconnaît le site Público, de gauche et républicain.

Les enquêtes d’opinion sur le système politique préféré des Espagnols se font rares. Depuis avril 2015, le Centre de recherches sociologiques (CIS) [qui dépend du gouvernement] n’interroge plus les citoyens sur la monarchie dans ses baromètres réguliers, pas plus que sur leurs préférences en matière d’organisation politique du pays.

Par ailleurs, au-delà de quelques initiatives citoyennes – le plus souvent locales et réalisées avec des moyens limités –, aucune consultation ni référendum n’a été mené qui permette d’évaluer la proportion d’Espagnols attachés à la monarchie actuelle ou favorable à un autre système. Pas plus que le niveau de polémique et de débat dont la question fait l’objet dans la société.

Une érosion du “régime de 1978”

Malgré cette absence d’évaluations, une partie du gouvernement, à commencer par son président, le socialiste Pedro Sánchez, assure de façon catégorique que “le pacte constitutionnel reste intégralement en vigueur”. Tandis qu’une autre partie, menée par Pablo Iglesias, deuxième vice-président du gouvernement – et leader de la gauche dite radicale de Podemos, fait le constat d’une érosion du “régime de 1978” et d’un débat sur sa perpétuation [en 1978, trois ans après la mort du dictateur Franco, l’Espagne se dote d’une Constitution démocratique]. Il affirme sans détour que “tôt ou tard, les jeunes instaureront une république en Espagne”.

Le départ d’Espagne de Juan Carlos, mis au pied du mur par les révélations et les enquêtes sur des irrégularités présumées dans la gestion de son patrimoine personnel, a donc porté le débat sur la monarchie jusqu’au cœur de la coalition au pouvoir, où les deux camps reconnaissent d’importants désaccords.

Soucieux de mettre la Couronne à l’abri des dégâts que pourrait lui causer le roi émérite, Pedro Sánchez a défendu l’idée qu’au-delà des scandales présumés qui touchent la maison royale, il fallait distinguer l’institution monarchique de la personne de Juan Carlos. “On ne juge pas des institutions, on juge des individus”, a insisté le président du gouvernement, qui dresse un parallèle avec les affaires de corruption qui peuvent toucher les partis et d’autres corps politiques comme les syndicats.

Le dirigeant socialiste a aussi tenu à rappeler le rôle joué dans l’histoire de l’Espagne par la monarchie, “clé de voûte de la Constitution”, et affirmé que l’époque actuelle avait besoin de “stabilité” et d’“institutions robustes”. Pour autant, pour Pablo Iglesias et les membres du gouvernement de Podemos :

Il y a bien en Espagne un débat sur l’utilité de la monarchie. Un mouvement historique est à l’œuvre qui marche vers la république, il est bon que ce débat ait lieu, et nous devons le respecter.”

Pabo Iglesias est allé jusqu’à évoquer une réforme du système, tout en ajoutant qu’il n’était pas “naïf” et au contraire bien conscient de “l’arithmétique” parlementaire qui empêche en l’état le vote d’un changement d’une telle ampleur.

Devant l’absence de données sur les préférences de l’opinion entre république et monarchie, il reste à savoir comment conduire ce débat auquel appellent les membres du gouvernement issus de Podemos, et quel est le niveau de résistance au changement existant dans le système actuel.

Une “procédure extraordinaire”

D’un point de vue formel, expliquent des constitutionnalistes, l’abolition de la monarchie passe nécessairement par ce que l’on appelle une “révision de la Constitution par procédure extraordinaire”, autrement dit un profond bouleversement de la situation politique en vigueur.

Ce type de révision, qui concerne les premiers titres de la Constitution (la monarchie est inscrite au titre II), nécessite une approbation à une majorité des deux tiers, aussi bien au Congrès qu’au Sénat, puis une dissolution immédiate des deux chambres et la convocation d’élections législatives. Au terme du processus électoral, les nouvelles chambres devront à leur tour ratifier, toujours à la majorité des deux tiers, les réformes proposées, dont l’adoption définitive est pour terminer soumise à un référendum.

Mais la suppression de la monarchie pourrait aller au-delà d’un simple amendement du texte constitutionnel.

Joaquín Urías, professeur de droit constitutionnel à l’université de Séville, explique que la charte [approuvée par référendum en 1978 par 88 % des votants] “possède des parties qui ne peuvent être supprimées sans entamer l’intégrité du texte constitutionnel. Ainsi, si l’Espagne veut cesser d’être une monarchie pour devenir une république, la Constitution de 1978 perd toute pertinence.” Il poursuit :

La Constitution est construite autour de la figure du roi, car il est le pilier de la continuité entre le franquisme et le système actuel. Il a été décidé en 1978 qu’il n’y aurait pas de rupture afin d’éviter un conflit civil : il y avait un souhait de continuité entre les deux régimes, et le roi a incarné cette continuité.”

De ce fait, “le problème n’est pas un problème de forme. Si la figure du roi disparaît, il faut rédiger une nouvelle Constitution qui établira un nouveau régime. Il s’agit de passer par une constituante : ce n’est pas une révision mais une réforme qui touche tout le système, de fond en comble.”

Ana Valero, professeure de droit constitutionnel à l’université de Castille-La Manche, estime, elle, que la suppression de la monarchie passe par une révision de la Constitution : “Le texte lui-même prévoit un mécanisme d’amendement du titre II, qui porte sur la Couronne.” C’est une réforme “très délicate”, reconnaît la constitutionnaliste, mais il n’est pas indispensable de rédiger une nouvelle Constitution, juge-t-elle :

Il est vrai que la monarchie a été imposée pour sauver la nouvelle Constitution, car le régime précédent avait verrouillé le sujet. Mais le roi ne décide pas, il ne fait qu’exécuter la volonté citoyenne sous réserve de l’approbation d’une autre autorité, en l’occurrence celle du président du gouvernement.”

Sur l’existence d’un débat sur le système politique et la pleine actualité du “pacte constitutionnel en vigueur” selon Pedro Sánchez, les constitutionnalistes s’accordent à dire qu’il y a bien une réflexion en cours dans l’opinion, et une aspiration au changement.

Ne pas se “voiler la face”

“L’Espagne a un grave problème. La Constitution de 1978 a été une réussite, mais ce pacte constitutionnel ne s’est pas renouvelé. À aucun moment la jeunesse n’a eu l’occasion ne serait-ce que d’imaginer une éventuelle révision”, déplore Joaquín Urías.

Ana Valero renchérit :

Le débat existe, et le nier c’est se voiler la face. L’institution monarchique connaît une érosion sans précédent, et le gouvernement ne doit pas se voiler la face. Certes, la pandémie n’est peut-être pas le meilleur moment pour ouvrir un débat sur le système politique, mais il y aura un avant et un après à ce que nous venons de vivre [l’exil de l’ex-monarque], et ce débat doit avoir lieu.”

Alexis Romero

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