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Jours tranquilles à Paris

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19 juillet 2020

Fanny Müller

fanny74

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19 juillet 2020

Auray - Des montées en débit en attendant la fibre

Dans le pays d’Auray, des travaux sont en cours pour améliorer la qualité du débit internet dans dix communes. La fibre viendra ensuite.

À l’heure où la fibre optique accélère son arrivée jusqu’à l’abonné, certaines zones comme celle entre le bourg et les plages d’Erdeven, restaient avec des débits internet d’un autre temps, et des impatiences croissantes notamment du côté de l’activité touristique.

En attendant, des montées en débit sur l’ADSL sont en cours sur dix communes du pays d’Auray, parmi 150 opérations similaires en Bretagne pilotée par la Région, via Mégalis, d’ici 2021.

« Ça concerne les plaques qui étaient prévues pour être fibrées après 2023 », précise Loïg Chesnais-Girard, président de la Région Bretagne et de Mégalis, ce mercredi, en inaugurant une de ces opérations à Erdeven.

Les priorités ont été fixées par les intercommunalités. Dans le pays d’Auray, ces programmations concernent Erdeven, Carnac, Quiberon et Saint-Pierre, Saint-Philibert et Locmariaquer, Camors, Plumergat.

Jusqu’à 8 Mb/s

Concrètement, il s’agit de remplacer par de la fibre le câble de cuivre qui va jusqu’à des nouveaux répartiteurs (NRA). « Ces travaux seront réutilisés ensuite quand la fibre sera amenée dans les foyers. Une grosse partie du génie civil va permettre de la déployer plus vite : c’est gagnant-gagnant ».

Sur Erdeven, 316 foyers sont concernés, dont plusieurs entreprises et des campings, sur Kervazic, Kernogan, le Narbon, Lisveur, Kerhillio avec des débits jusqu’à 8Mb/s. L’investissement de 90 000 € est partagé entre la région (50 %), le département (33 %) et la communauté de communes Aqta (17 %).

La mise en service par les opérateurs est prévue pour septembre. Les équipements de Orange et SFR sont déjà en place.

Une des particularités de ce chantier est d’avoir pu être confié à une PME, Reso, de Baud, en partenariat avec Alba et AIR, comme le précisait Gerome Blanc, son responsable.

Déploiement sur le pays d’Auray

Aujourd’hui, près de 3 100 foyers et entreprises se sont abonnés à la fibre. La première phase du projet va pouvoir être finalisée, pour un montant de 28 M€. Encore plus ambitieuse, la deuxième phase doit permettre de couvrir 50 % du territoire d’ici 2023.

Elle concerne 22 000 nouvelles habitations et sociétés, dont 75 % des parcs d’activités communautaires et près de 58 % des 5 250 entreprises que compte Auray Quiberon terre Atlantique.

Débutés l’année dernière, les travaux pour le déploiement de la fibre optique représentent un investissement de 43 M€, dont 9,50 M€ à charge de la communauté de communes, ils concernent les communes de Belz (1 301 prises, Brec’h (404 prises), Camors (437 prises), Carnac (1 272 prises), Crac’h (520 prises), Erdeven (1 400), Etel (2 238), Locoal-Mendon (216), Ploemel (1 729), Pluneret (2 002).

19 juillet 2020

Laetitia Casta

casta48

19 juillet 2020

Tourisme : avec le Covid-19, un été placé sous le sceau de l’imprévu

Par Clément Guillou - Le Monde

Contrairement à ce que craignait le secteur, le mois de juillet est marqué par un net regain d’envie de vacances. Mais les inquiétudes économiques et sanitaires poussent les Français à s’évader près de chez eux, pour peu de temps et au dernier moment.

C’est un mois de juillet pas comme les autres, la preuve : les Français font ce qu’on leur a dit de faire. « Partez en France ! », leur avait enjoint le gouvernement, dans l’espoir de sauver la filière touristique et ses emplois ; et, le long week-end du 14-Juillet, les stations balnéaires ont vu déferler les claquettes et parasols d’estivants ne regardant pas à la dépense. Records de fréquentation battus sur les côtes bretonnes ou dans le bassin d’Arcachon, le besoin d’embruns l’emportant sur la peur de la foule.

Déprimés début juin, inquiets pour leur survie en l’absence de réservations, beaucoup de professionnels du tourisme affichent un regain d’optimisme pour l’été. Mathématiquement, les 9 millions de Français qui partent habituellement à l’étranger ne compenseront pas l’absence de la majeure partie des 17 millions d’étrangers ; mais le désir de quitter son domicile après la crise sanitaire, ne serait-ce que vingt-quatre heures, semble bien là.

Il ne profite pas à tous, et les professionnels gardent une prudence de Sioux : la moindre recrudescence de l’épidémie de Covid-19 est susceptible de tout renverser, sachant qu’un nombre très élevé de séjours s’organisent à la dernière minute. Tour d’horizon des tendances d’une saison touristique imprévisible et marquée par la crise sanitaire.

La crise économique pèse déjà

Les nombreuses enquêtes d’opinion effectuées au mois de juin l’attestent : les intentions de départ en vacances ont baissé par rapport aux années précédentes. Selon une étude de 2015 du ministère de l’économie, 45 % des Français ne sont pas concernés par les longs séjours estivaux (au moins quatre nuits). Ce chiffre devrait augmenter sensiblement cette année.

Michel Durrieu, à la tête du comité régional du tourisme (CRT) en Nouvelle-Aquitaine, fait un calcul simple : « Les familles mettent 16 % de leurs revenus pour les loisirs et vacances. Or, beaucoup de salariés, au chômage partiel, n’ont touché que 84 % de leurs revenus. C’est un hasard malheureux, mais qui fait que ceux-là ne pourront plus se payer de vacances. » Pour offrir un temps de repos à ceux mobilisés pendant la crise liée au Covid-19, plusieurs régions ont distribué des chèques-vacances à dépenser localement.

En première ligne du tourisme social, les Villages Vacances (VVF) constatent « un effondrement de la demande émanant des foyers les plus fragiles en termes de pouvoir d’achat, au revenu mensuel inférieur à 2 000 euros ». « On commence à voir une fracture sur le droit aux vacances, s’inquiète Stéphane Le Bihan, directeur général de VVF. Les familles en difficulté font des arbitrages sur la durée et la typologie de destinations. »

Le cabinet ProTourisme observe par ailleurs une « forte baisse dans les intentions de départ des CSP+ », d’après son directeur, Didier Arino. « Notamment des professions libérales qui n’ont pas travaillé pendant plus de deux mois et doivent rattraper leur retard. Mais il y a 7 millions d’indécis, soit le double de l’ordinaire. Cela peut se traduire par des réservations de dernière minute. »

Au pouvoir d’achat en baisse, les estivants répondent par deux mouvements de fond. D’abord, le regroupement dans les résidences secondaires, au nombre de 3,5 millions dans l’Hexagone. Cette année plus encore que d’habitude, les vacances devraient être un moment de « rétablissement des liens sociaux et familiaux », souligne Saskia Cousin, anthropologue à l’université Paris-Descartes.

Parmi les maisons ou appartements mis en location d’ordinaire une partie de l’été, un sur quatre a été conservé pour soi. « La moitié des Français partent habituellement dans de l’hébergement non marchand : il reste possible d’organiser des vacances économiques, rappelle Saskia Cousin. Encore faut-il avoir un capital social, un réseau amical et familial en région. Ce n’est pas toujours le cas, notamment pour les personnes originaires de l’étranger. » Aucun pays africain n’est encore véritablement accessible de la France, ce qui pourrait renforcer l’assignation à résidence des populations immigrées.

L’autre tendance est au déplacement sur une journée, voire une nuit, dans la région. Partout, il est en très forte hausse, tiré par les urbains. S’il ne profite pas aux hébergeurs, cet excursionnisme ravit les commerçants et les sites touristiques. « Il y a beaucoup de monde sur notre territoire, qui n’a qu’une envie : en profiter, assure l’élu charentais Stéphane Villain, président délégué d’ADN Tourisme. Le panier moyen sera en augmentation par rapport à l’an passé. Les gens ont envie de consommer, peut-être pour profiter de l’instant s’ils doivent être plus tard reconfinés. » Pour les professionnels, cette tendance, qui va de pair avec les décisions de dernière minute, présente un défaut : elle est très dépendante de la météo.

Le littoral garde la cote, les villes désertées

Le mouvement de balancier annoncé en direction des grands espaces verts de la montagne et de la « diagonale du vide » (de la Meuse aux Landes) n’est pas massif : les Français restent attirés par la mer. La moitié nord bénéficie de la tendance au déplacement « court », de moins de 500 km, et se trouve portée par l’Ile-de-France, premier bassin émetteur de touristes et d’ordinaire enclin au voyage à l’étranger.

La Bretagne et la Normandie en bénéficient en premier lieu, tandis que le Grand-Est, associé dans l’imaginaire collectif au Covid-19, souffre particulièrement. « Ce qui s’est passé a marqué les gens au fer rouge et dissuade beaucoup de Français, même nos clients habituels, déplore Olivier Midière, directeur du CRT Grand-Est. Les frontaliers ne viennent pas davantage. La résilience vient des clients régionaux, qui représentent 70 % de la fréquentation. »

Dans certains départements peu touristiques, la faible offre disponible est prise d’assaut. C’est le cas en particulier de la moyenne montagne : les Gîtes de France observent la percée des Hautes-Pyrénées, de l’Ariège ou du Cantal ; le site Airbnb, du Jura ou des Vosges ; les Villages Vacances du Massif central se remplissent et les campings, eux, relèvent une hausse de l’activité. A l’Office du tourisme de Savoie et Haute-Savoie, on a observé une « vraie ruée des randonneurs dans certains espaces naturels. On se retrouve à devoir réguler l’accès à des lacs ou des cirques naturels », s’étonne sa responsable, Claudie Blanc-Eberhart.

La Côte d’Azur souffre davantage, tant côté Var et Alpes-Maritimes, dépendants de la clientèle internationale, qu’en Corse, où la lente reprise du transport aérien pèse. Ce n’est rien au regard des villes. En été, elles sont traditionnellement méprisées par les touristes français, mais les étrangers compensent. Ce n’est pas le cas cette année, puisque les Britanniques, Américains et Asiatiques manquent à l’appel, et pas seulement à Paris.

« Les villes souffrent, très clairement. Pour les musées urbains, la situation est compliquée », constate Lionel Flasseur, du CRT Auvergne-Rhône Alpes. Le MuCEM de Marseille s’offre gratuitement sur l’été et parvient ainsi à attirer début juillet 80 % de visiteurs par rapport à 2019. Des villages très touristiques, comme Kaysersberg (Haut-Rhin) ou Saint-Paul-de-Vence (Alpes-Maritimes), connaissent la même désaffection.

Les hébergements individuels l’emportent sur le collectif

Corollaire de cette désertion des villes, le secteur hôtelier est à la peine. Selon les données colligées par le cabinet MKG, le taux d’occupation des hôtels parisiens est de 30 % en juillet (contre 88 % en 2019) et de 39 % dans les dix premières agglomérations de province, soit la moitié de ce qu’il était l’année passée. Dans l’ensemble du pays hors Ile-de-France, près de deux établissements sur dix restent fermés et près d’une chambre sur deux demeure vide. Pour beaucoup d’hôtels français, le retour du tourisme d’affaires dès septembre sera, au sens propre, une question de vie ou de mort.

Dans cette atmosphère d’incertitude sanitaire et de désir de regroupement familial, les logements individuels l’emportent : Pierre et Vacances espère « atteindre le même niveau d’occupation que l’année dernière » sur les mois de juillet-août, les Gîtes de France enregistrent des revenus égaux à ceux de l’année dernière sur juillet dans certains départements – en baisse de 30 % dans d’autres. Le site Airbnb affiche fièrement une hausse d’un quart des réservations de voyageurs français cet été.

Les campings, qui représentent l’été la moitié des nuitées dans les hébergements touristiques collectifs, sont entre deux eaux. Ceux qui vendent chaque année leurs emplacements à des tour-opérateurs britanniques ou allemands sont vides, voire fermés. Mais la majorité s’en sortent mieux que prévu, avec, entre autres, le renfort inattendu des Belges et des Néerlandais. La Fédération de l’hôtellerie de plein air estime que le chiffre d’affaires des campings français, sur juillet-août, sera stable ou en baisse de 5 % par rapport à 2019.

En voiture !

Certes, le cyclotourisme profite des beaux jours et le chemin de Saint-Jacques, dans sa partie française, est plus fréquenté qu’à l’ordinaire. Mais les premiers jours de juillet ont rappelé la suprématie de la voiture pour les vacances estivales, avec des bouchons importants constatés le week-end du 14-Juillet. Une conséquence mécanique du fort repli du tourisme de groupe, du prix élevé du TGV et de la très forte réduction de l’offre aérienne. « L’aspect économique, la peur d’être bloqué en cas de changement de la situation sanitaire et la pratique de l’excursionnisme : tout cela amplifie l’usage de la voiture », analyse Michel Durrieu, du CRT Nouvelle-Aquitaine. Les loueurs de voitures, par endroits débordés, en profitent, tout comme les vendeurs de camping-cars. Pour la révolution verte du tourisme, rendez-vous, peut-être, à l’été 2021.

19 juillet 2020

Jean Paul Goude

goude47

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19 juillet 2020

Histoire des glory holes, pratique sexuelle devenue culte

toy

Pratique ancestrale, devenue un solide moyen de contourner la répression des relations homosexuelles, le glory hole convertit aussi les hétéros. Et devient culte, tout simplement.

Si, par hasard, vous cherchez “glory hole” dans le Larousse, vous n’obtiendrez aucun résultat. Si vous tentez votre chance avec un dico de langue anglaise, on vous expliquera au mieux que c’est un placard, ou toute forme de rangement, qui contient un bordel inimaginable quand ce n’est pas un lazaret, c’est-à-dire un établissement où s'effectuent le contrôle sanitaire et l'isolement des voyageur·ses susceptibles d’être porteur·ses de maladies contagieuses. Pourtant, dans les milieux homosexuels, kinky et BDSM, ou sur les sites de vidéos pornos, le glory hole revêt une tout autre signification.

Pour faire simple, un glory hole est un trou fait dans un mur, le plus souvent dans des toilettes publiques (mais pas que), qui permet de regarder une personne en douce, de mater quelqu’un se masturbant, de s’exhiber à distance, de passer son pénis pour se faire tailler une pipe ou inversement de sucer une bite sans savoir qui est derrière. Et, plus rare, d’avoir un rapport anal ou vaginal.

“Tu ne vois pas l’autre, et l’autre ne te voit pas non plus, donc c’est forcément la personne la plus merveilleuse de la terre”

Si aujourd’hui n’importe quel·les darkroom ou sauna a forcément son espace réservé aux glory holes (citons le mur de trous fascinant et gigantesque du sex-club berlinois Lab. Oratory situé sous le Berghain et le Panorama Bar), la pratique n’a pas perdu ses aficionados de tous âges qui en parlent mieux que personne.

Thierry, beau gosse, la trentaine passée, raconte : “Je crois que pour ma première expérience avec un glory hole, je devais avoir une vingtaine d’années. C’était au Dépôt (à Paris − ndlr). J’avais entendu parler de l’existence de ces trous comme tout ado qui se pose des questions sur sa sexualité, mais une fois confronté à la réalité j’ai adoré ça.

Il y a quelque chose de très animal et anonyme que j’aime beaucoup parce que tu ne vois pas l’autre, et que l’autre ne te voit pas non plus, donc c’est forcément la personne la plus merveilleuse de la terre puisque l’imaginaire érotique fonctionne à toute vitesse, même si derrière cette cloison il peut y avoir un gamin de 19 ans comme un daddy de 60. Je les ai beaucoup pratiqués en tant que sucé plutôt que suceur et j’aime beaucoup l’idée de cet anonymat complet.

On est dans l’essentiel de la chose, dans le cul, dans la bite, et c'est hyper beau parce qu’on ne fait pas semblant d’être là pour autre chose, comme boire un verre, discuter, rencontrer un futur compagnon. Non, tu es juste là pour baiser et le glory hole est vraiment le truc le plus extrême de la notion de sex-clubs. Tu es juste une bite ou juste une bouche et je trouve ça hyper-cool.

Effectivement, j’ai des amis qui me disent que c’est une pratique égoïste, vu que l’autre est réduit à l’état d’une source de plaisir et n'est pas perçu comme un individu à part entière. Mais est-ce plus violent que ce qu’on subit sur les applis de drague online comme Grindr ? Je ne crois pas !”

“C’est juste une question de sensation physique, sans affect, et même sans sensualité”

Pour Maxime, 42 ans, la découverte fut différente. “J’ai découvert la pratique du glory hole quand j’ai commencé à aller dans les bordels, quand j’explorais ma sexualité, que je n’étais pas sûr de moi et de mon sex-appeal. L’ombre et l’anonymat m’allaient très bien puisque je pensais n’être pas assez beau pour draguer en pleine lumière. Le glory hole était parfait pour ça, je mettais ma bite dans un trou, je me faisais sucer sans avoir à imposer mon corps et mon visage au suceur, qui certainement ne m’aurait pas accepté.

Bien sûr, ça exige d’accepter la réciproque : le suceur peut aussi être moche ! Mais, très vite, j’ai réalisé que cette idée ne me dérangeait pas du tout. C’est juste une question de sensation physique, sans affect, et même sans sensualité. Puis en vieillissant, j’ai réalisé que je n’avais aucune raison de douter de mon physique, et que la pleine lumière ne me desservait pas, mais j’avais pris goût au plaisir de mettre ma bite dans un trou anonyme.”

Si les glory holes se sont vraiment popularisés dans les années 1970 avec l’explosion des droits des gays et de leur sexualité (la multiplication des saunas, des sex-shops et des darkrooms), mais aussi avec la reconnaissance des pratiques sadomasochistes et la naissance des boîtes à partouze pour les hétéros, leur existence est bien plus ancienne qu’on ne le pense. Les historiens du sexe rapportent ainsi que les premières traces des glory holes apparaissent dans l’Egypte ancienne comme certains hiéroglyphes très suggestifs semblent le prouver.

A la même époque, alors que le commerce se développe entre l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique, la pratique commence à se répandre. Les Grecs anciens, qui ont incorporé l’homosexualité dans leur système éducatif et culturel, en raffolent et les prostitué·es en font un plus dans leurs pratiques.

On rapporte aussi qu’en Asie l’usage du glory hole est recommandé chez les pratiquants de sumo – qui, à l’époque, peuvent lutter des jours entiers avec peu de pauses, si ce n’est une petite pipe de temps en temps – des murs de glory holes étant installés dans les lieux de compétition, derrière lesquels se tiennent les adeptes de la fellation les plus doué·es. Seul petit hic, les murs en bambou dans lesquels sont percés les trous sont souvent remplis d’échardes, qui peuvent causer de sévères blessures aux membres virils de ces messieurs.

Des symboles d’une sexualité réprimée

Disparus des radars pendant le Moyen Age, les glory holes réapparaissent au XVIe siècle en Europe. On en trouve à la pelle dans les petites ruelles, les établissements mal famés, les bains publics et les toilettes de la plupart des grands ports maritimes. Le service est en général gratuit, même s’il n’est pas rare que la suceuse ou le suceur soit récompensé·e d’un pourboire glissé à travers la fente.

Reproduites par le site Studio Know, des estampes prouvent qu’à l’époque la pratique est tellement courante, banale et naturelle que même les dames de la bourgeoisie se risquent à aller sucer une bite dans un de ces lieux populaires. Et ce, contrairement au XXe siècle, où les glory holes commencent, moralité oblige, à être associés à des pratiques perverses, sales et malsaines.

Mais c’est surtout à la fin du XIXe et au début du XXe siècle que les glory holes vont connaître la gloire et commencer à être associés majoritairement aux pratiques homosexuelles. A une époque où les rapports sexuels entre hommes sont illégaux, traqués sévèrement par la police et peuvent conduire en prison, les glory holes sont une stratégie développée par les hommes qui veulent avoir des rapports sexuels sans se faire choper, comme l’explique l’artiste Marc Martin, qui présentait en novembre 2019 au Point Ephémère, à Paris, une exposition sur les pissotières.

Entre 1860 et 1870, la préfecture de police de Paris fait boucher chaque jour les trous creusés à la va-vite par les gays de l’époque et qui, chaque nuit, se retrouvaient débouchés

En vue du déménagement de son exposition à Bruxelles en septembre prochain, l’artiste-historien, vient juste de finaliser Glory Hole, le trou noir des tasses, un petit livre justement consacré aux pissotières et aux glory holes où l'on peut lire : “C’est pour résister au harcèlement policier et éviter les flagrants délits d’outrage public à la pudeur que les premiers trous dans les murs des cabines ont été créés.

Ces ouvertures dans les cloisons des toilettes publiques, judicieusement placées à hauteur de l’entrejambe, permettaient d’y faire passer le membre convoité pour masturbation, fellation et sodomie sans que les deux protagonistes ne soient surpris dans la même cabine en cas de contrôle. Les glory holes, comme on ne les appelait pas encore à l’époque, mais qui bientôt fleuriront aussi dans les toilettes de gares et d’universités du monde entier, ont laissé des premières traces écrites à Paris en 1862 dans un rapport de police du quartier des Champs-Elysées :

‘Une de ces ouvertures existant dans le mur de refend des latrines publiques de la berge du pont de la Concorde m’ayant été signalée, j’ai immédiatement envoyé mon garçon de bureau et un de mes inspecteurs pour en opérer le bouchement, qui a été fait avec du plâtre et du ciment et ne manquera pas de solidité.”

Technique de diversion face à la répression que connaissent les homosexuels à cette époque, le glory hole se popularise et on en trouve dans quasiment toutes les pissotières de Paris, dans toutes les grandes villes du monde, mais aussi dans des lieux reculés. Comme le raconte Marc Martin, dans son juteux petit fascicule, entre 1860 et 1870, Félix Carlier, chef du service des mœurs à la préfecture de police, met un point d’honneur à combattre ces pratiques déviantes et fait boucher chaque jour par les services de la ville les trous creusés à la va-vite par les gays de l’époque et qui, chaque nuit, se retrouvaient débouchés.

Pensant mettre une fin définitive à ces pratiques, Félix Carlier fit poser sur les cloisons des plaques en fonte difficilement perçables. C’était sans compter sur les ressources en bricolage des homos de l’époque qui, quinze jours plus tard, avaient réussi à refaire des trous dans ces cloisons réputées inviolables.

Codes et méthodes du glory hole

Symboles d’une sexualité condamnée, les glory holes – que certains penseurs moralistes considèrent comme une négation totale de la sexualité – auraient pu disparaître purement et simplement avec l’essor des mouvements homosexuels. Sauf que non ! Dans les années 1970, avec l’émergence de la libération gay, à la suite des émeutes de Stonewall, la multiplication des lieux dédiés au sexe comme les saunas ou les darkrooms, les glory holes font partie du package proposé par ces Disneyland du cul.

Même s’ils continuent toujours à prospérer dans les toilettes publiques, dans les 70’s et les 80’s, comme celles de la Sorbonne ou de la gare Montparnasse réputées pour leur activité homosexuelle intense, comme décrite dans le film L’Homme blessé de Patrice Chéreau (1983). On en trouve aussi à foison sur les aires d’autoroutes, dans les sex-shops et les commerces avec cabines où on peut mater, contre quelques pièces, des vidéos pornos.

En 1977, dans The Joy of Gay Sex, manuel d’éducation sexuelle écrit par Charles Silverstein et Edmund White, bible de la sexualité gay, les auteurs décrivent les pratiques associées : “Passer d’une toilette à l’autre a ses propres rituels. Dans certains cas des petits trous ont été percés à travers les cloisons. Ils sont utilisés pour la masturbation, pour donner et recevoir des fellations, mais aussi pour les anulingus et la sodomie. S'il n'y a pas de trou dans la cloison, les hommes peuvent entamer une drôle de danse. Jack tapote du pied avec sa chaussure, Bill tape en réponse.

Jack rapproche sa chaussure du côté de Bill, puis la chaussure de Bill se déplace dans la direction de Jack (aux Etats-Unis les cloisons dans les WC publics ne vont pas jusqu'au sol – ndlr). Finalement, les chaussures se touchent. Bill se penche sous la cloison et Jack s'accroupit pour que Bill puisse attraper sa bite et la sucer.”

La pratique est tellement prisée qu’aux Etats-Unis on peut se procurer The Gay Men's Guide to Glory Holes, un guide qui recense tous les glory holes disséminés dans le pays, et une marque de vidéos et magazines centrée sur les hétéros lance une ligne de publications pornos sobrement nommée Gloryhole, présentant des jeunes femmes agenouillées derrière des trous d’où dépassent d’énormes bites, accompagnée d’éditos réclamant le droit aux hétérosexuel·les de partager ce plaisir simple et anonyme, qui ne devrait pas être réservé aux seuls gays.

“Il est courant pour les hommes straight de se livrer à des relations sexuelles avec d'autres hommes”

Bien évidemment, les archivistes, historien∙nes, philosophes et sociologues des questions liées aux sexualités LGBTQI+ se sont penché∙es depuis longtemps sur la question, et Tearoom Trade : Impersonal Sex in Public Places, bible sur le sujet, écrit par Laud Humphreys dans les années 1970, mériterait une réimpression tellement son prix atteint des valeurs stratosphériques sur eBay. Docteur en sociologie et professeur à l'Université de Nanterre, Laurent Gaissad écrit, dans son ouvrage Hommes en chasse. Chroniques territoriales d’une sexualité secrète (à paraître en septembre) :

“L’amateur de glory hole ne vient pas simplement chercher un contact sexuel avec un inconnu sans nom ou sans visage, mais potentiellement, avec tous les inconnus, y compris avec ceux dont il connaît déjà le nom où le visage. A l’image de certains usages fantasmatiques de l’obscurité ou du silence des backrooms, sa démarche correspond moins à une recherche d’anonymat qu’à celle d’une altérité absolue.”

Ce que poursuit l’Américain Donald L. Anderson, qui en a fait l’objet de sa thèse à l'Université de Washington-Ouest : “Considéré comme un phénomène homosexuel, les glory holes au contraire se trouvent souvent dans des endroits régulièrement fréquentés par des individus de toutes les sexualités qui le plus souvent se définissent comme hétérosexuels. Il est courant pour les hommes straight de se livrer à des relations sexuelles avec d'autres hommes.

Qu'ils aient des tendances homosexuelles, soient simplement curieux ou aient envie d’un écart sexuel en dehors de leur mariage, le fait est que le sexe pratiqué à travers un glory hole ne peut pas être considéré comme une activité purement homosexuelle. De plus, c'est simplifier à outrance que de qualifier cette pratique sexuelle comme hétéro ou homo, lorsque sa conception et son utilisation nient les problèmes d'êtres et d'identités, ce que Deleuze et Guattari appelaient le corps sans organes.

Bien qu'il puisse sembler approprié de considérer un pénis dépassant d'un trou dans un mur comme un organe sans corps, c'est cet acte même qui reconstitue finalement le corps qui est derrière le mur comme un corps sans organes. Le sexe via le glory hole établit une série de devenir-moléculaire, de devenir-femme, et enfin de devenir-imperceptible.”

Ce que sembleraient confirmer les rares études sur le sujet qu’on retrouve dans Glory Holes and the Men Who Used Them, de Don Bapst : entre 50 % et 80 % des utilisateurs de glory hole qui se font sucer par des mecs seraient des hommes hétéros, même si la pratique, d’un côté comme de l’autre de la cloison, attirerait autant les gays que les bisexuels ou les hommes trans.

Un passage obligé du porno

Bien évidemment, le fantasme du glory hole a été repris en long et en large par le porno, et certains studios de X se sont approprié le créneau, que ce soient des filles ou des garçons à l’action. D’autres ont même développé, comme le site ungloryhole.com, un créneau assez pervers où un mec hétéro pense se faire sucer par une fille alors que c’est en fait un mec qui fait tout le travail.

Mais c’est surtout le glory hole amateur qui envahit les sites comme Pornhub ou Xtube (et quand on tape “glory hole” dans le moteur de recherche, le nombre de vidéos proposées fout le vertige), avec toute une tripotée de mecs qui ont installé chez eux leur propre attirail, en perçant un trou dans la porte de leur garage ou de leur cave, en installant des échafaudages de cartons ou un simple drap dans lequel un trou a été découpé. Et qui se filment, visage en gros plan, en train de faire des gâteries à de parfaits inconnus, ce qui leur permet d’en recruter – comme une petite annonce – de nouveaux.

D’autres vidéos se plaisent à montrer l’envers du décor, le côté pompé en fait, et filment l’individu qui arrive, se défroque, passe sa queue à travers le trou et se fait sucer. On ne voit quasiment rien sinon les mouvements du bassin d’un mec contre la cloison, parfois on l’entend encourager le suceur avec des insultes sexuelles plus banales tu meurs, ou on devine à ses contractions du bassin qu’il est en train d’éjaculer.

Perversité ultime, on trouve même des vidéos pornos de glory hole en animation réalisées avec le jeu vidéo Les Sims. Preuve s’il en est que le glory hole a pénétré, et depuis longtemps, la culture et l’imaginaire populaires.

Comme dans ce classique des films LGBTQI+ qu’est Taxi Zum Klo (littéralement “taxi pour les chiottes”), sorti en 1982, qui raconte la vie d’un professeur qui a pour habitude de corriger les copies de ses étudiant·es dans les chiottes publiques, l’œil rivé sur le trou dans la cloison d’où peut surgir à tout instant une bite. Mais aussi chez Un chant d’amour, célèbre court métrage de Jean Genet (1950) et illustration métaphorique du glory hole à travers deux prisonniers qui s’échangent de la fumée de cigarette à travers un trou percé entre leurs deux cellules.

Dans Une sale histoire, film méconnu de Jean Eustache (1977), où Michael Lonsdale raconte son obsession à mater les femmes à travers un trou percé dans les toilettes des femmes. Ainsi qu’Irina Palm, de Sam Garbarski (2007), où Marianne Faithfull, pour gagner l’argent qui permettra de soigner son petit-fils atteint d’une maladie rare, accepte la proposition d’un club sexuel de branler des hommes à travers un trou.

Et même Glory Holes de Guillaume Foirest (2006), court métrage maladroit mais poétique, où un jeune mec prostitué tombe amoureux de la bouche d’une femme qu’il ne connaît pas. Sans compter les références potaches au trou de la gloire qu’on peut trouver dans des films plus grand public comme Porky’s de Bob Clark (1982) ou Allumeuses ! avec Cameron Diaz (2002). Et même dans un épisode des Simpson diffusé pour Halloween, c’est dire !

Signe des temps, et certainement reconnaissance universitaire, mémorielle et artistique, de la pratique des glory holes : en 2018, le Western Australian Museum, à Perth en Australie, a acquis son premier glory hole, une cloison de chiotte de gare peinte en bleu marine, percée d’un trou et constellée de graffitis pornos.

Offert par Neil Buckley, un habitant qui l’a sauvé en 1998, quand les toilettes ont été détruites, l’objet a provoqué son petit scandale, certains se demandant ce qu’un tel objet pouvait avoir à faire dans un musée, ce à quoi Neil a répondu d’un : “C’est une part importante de l’histoire de l’homosexualité, qui en dit beaucoup sur la manière dont les gays avaient des relations sexuelles quand elles étaient interdites et pourchassées. Parce que ces relations étaient illégales, ces lieux étaient les seuls endroits où les gays pouvaient se retrouver.”

Une déclaration approuvée par David Templeman, ministre de la Culture, expliquant que c’était le rôle du musée de documenter les pratiques des différentes communautés pour les générations futures. L’artiste Marc Martin lui-même a arraché à Berlin, dans des endroits désaffectés, des portes de toilettes percées de glory holes qu’il expose :

“Les trous, plus ou moins gros selon les portes, cernés de graffitis et de traces de jouissance séchées sur le bois, se lisent comme une résistance à la drague dans l’espace public aux heures de l’épidémie de sida. J’expose ces portes comme des reliques.” Bientôt des glory holes imprimés sur des T-shirts ? Source : Les Inrockuptibles

18 juillet 2020

Milo Moiré

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18 juillet 2020

Nécrologie - Zizi Jeanmaire s’est envolée

Par Rosita Boisseau - Le Monde

Célèbre pour sa chanson « Mon truc en plumes », la danseuse qui a mêlé ballet, cinéma et music-hall est morte à 96 ans.

Quel prénom ! S’appeler Zizi exige d’avoir une tête plus que bien faite et un joyeux culot. C’est Zizi Jeanmaire elle-même, qui s’appelait en réalité Renée, qui s’auto-baptisa ainsi lorsqu’elle était petite. Et ce pseudo lui resta, qu’elle accrocha aux affiches de la danse classique, du music-hall et du cinéma, dans le monde entier. Un trajet unique servi par un talent tout aussi exceptionnel que Raymond Queneau, Boris Vian et Serge Gainsbourg, entre autres, ont célébré.

Zizi Jeanmaire, créatrice de Carmen, dans la chorégraphie de Roland Petit (1924-2011), et de la chanson Mon truc en plumes, est morte le 17 juillet, chez elle, dans sa maison de Tolochenaz, en Suisse, des suites d’une hémorragie cérébrale. Elle avait 96 ans. Née Renée Jeanmaire en 1924, à Paris, elle a 9 ans lorsqu’elle intègre l’école de danse de l’Opéra national de Paris. Elle y croise celui qui deviendra son mari en 1954, Roland Petit, « l’homme de sa vie, son amour, dont elle parlait tous les jours », selon le danseur et ami Luigi Bonino, qui a interprété avec elle nombre de spectacles entre 1975 et 1990. Elle intègre le corps de ballet de la troupe parisienne en 1940 et la quitte quatre ans plus tard. Elle collabore ensuite avec différentes compagnies puis rejoint en 1948 les Ballets de Paris, créés par Petit.

« Carmen, une concrétisation »

Zizi Jeanmaire, c’est d’abord Carmen, ballet époustouflant taillé sur mesure pour elle par Petit en 1949. « J’avais envie qu’il me chorégraphie un ballet pour moi toute seule, nous racontait-elle en 2006. Il fallait que je l’aie et je l’ai eu. Roland venait de voir l’opéra de Carmen à Baden-Baden. Cela a déclenché son désir de le chorégraphier. Je me suis dit que c’était pour moi et je l’ai convaincu… Carmen a été une concrétisation de tout ce que j’avais vécu à l’école de danse, tout ce dont je rêvais. C’est grâce à ce rôle que ma personnalité de danseuse a pu s’exprimer totalement. Je me suis en quelque sorte rencontrée moi-même en l’interprétant. »

Pour incarner ce personnage téméraire, elle accepta, à la demande du chorégraphe, de couper ses cheveux bouclés pour adopter ce casque court et profilé qui allait être le sien toute sa vie. C’est grâce aussi à ce spectacle dans lequel Roland Petit lui-même interprétait Don José que ces deux personnalités fusionnèrent. « Sur scène, il m’a beaucoup inspirée. On vivait une sorte d’osmose et on s’est rencontrés à travers le ballet. Je suis tombée follement amoureuse de lui grâce à Carmen. Il était incroyable en Don José, très persuasif. Parfois, nous étions tellement à fond dans l’action qu’il lui est arrivé de me donner de vraies claques. »

Carmen fit un triomphe, tourna dans le monde entier et reste emblématique d’un classique moderne qui sait rouler des hanches en respectant la verticalité académique. Pendant la tournée aux Etats-Unis, Zizi Jeanmaire commence à prendre des cours de chant et se trouve prête pour endosser le premier rôle dans La Croqueuse de diamants (1950), toujours sous la direction de Petit, sur des chansons de Raymond Queneau.

« Une belle danseuse classique »

Elle s’offre ensuite Hollywood, invitée par le producteur américain Howard Hughes. Elle y tourne le film Hans Christian Andersen (1952), de Charles Vidor. La voilà ensuite sur Broadway, à New York, avec la comédie musicale The Girl in Pink Tights (1954), avant de repartir sur la côte Ouest. Cette veine musicale qui va devenir la sienne, elle la creuse de retour en France à la fin des années 1950. Elle enchaîne en meneuse de revue mais toujours en dansant et sur pointes des productions à l’Alhambra, au Casino de Paris, à Bobino, au Zénith. En 1961, elle chante pour la première fois son tube fracassant Mon truc en plumes, signé par Jean Constantin.

« C’était d’abord une belle danseuse classique, rappelle Brigitte Lefèvre, directrice de la danse de l’Opéra national de Paris de 1995 à 2014. Elle dansait remarquablement bien. Je me souviens de l’avoir vu interpréter Carmen dans les années 1960 et c’était incroyable. Il n’y avait qu’elle qui pouvait exécuter ses pas croisés typiques de ce ballet. Elle avait le talent de rendre érotique l’abstraction classique mais sans jamais le montrer, c’était simplement là. »

Le danseur Luigi Bonino ajoute : « Dans Carmen, Roland Petit lui indiquait de travailler les pieds comme des mains, et de lécher le sol, ce qu’elle faisait magnifiquement. Je l’ai vue pour la première fois lorsque j’étais adolescent, dans les années 1960, à la télévision italienne où elle animait l’émission « Studio Uno ». Elle chantait une chanson que je n’ai jamais oubliée et que je lui ai fredonnée lorsque je l’ai rencontrée pour la première fois en 1975 au Ballet de Marseille. Elle portait à l’époque un pull-over qui s’arrêtait au ras des cuisses, ses jambes étaient sublimes et l’ont toujours été. Pourtant, elle ne les aimait pas. »

« D’une exigence extrême »

Personnalité exceptionnelle, « femme de tempérament mais tendre aussi, toujours en train d’aider les jeunes danseurs » selon Bonino, Zizi Jeanmaire était une travailleuse féroce. « Tous ceux qui ont collaboré avec elle me l’ont dit, raconte l’autrice Ariane Dollfus, actuellement en train d’écrire une biographie de Jeanmaire. Le compositeur Jean-Jacques Debout se rappelait qu’en 1970, pour la première revue mise en scène par Roland Petit au Casino de Paris dont il avait écrit les chansons, elle faisait sa barre le matin, répétait l’après-midi et retournait travailler le chant le soir. »

Un penchant que souligne également Eric Vu-An, directeur du Ballet Nice-Méditerranée depuis 2009, qui a joué et chanté avec elle Java Forever (1988) : « Elle était d’une exigence extrême. Toujours hyperprofessionnelle et ne laissant rien au hasard. Ce qui fait au bout du compte que le spectacle devient une seconde nature où tout est précis et a l’air improvisé. J’admirais son élégance quoi qu’elle fasse, ce métissage entre sa voix gouailleuse et sa sophistication dans sa façon de bouger. »

Juchée sur des chaussons de pointes ou des talons aiguilles, Zizi a séduit et emballé des personnalités de premier plan. Aragon affirmait que « sans elle Paris ne serait pas Paris », Boris Vian écrivit : « Elle a des jambes plus longues que son corps… Elle a des yeux à vider un couvent de trappistes en cinq minutes. Elle a une voix comme on n’en fait qu’à Paris. Cette sirène canaille est aussi une danseuse divine, une vraie force de la nature. » Quant à Serge Gainsbourg, il lui écrivit les chansons de Zizi je t’aime, pour le Casino de Paris, en 1972.

En 2000, elle est à l’affiche du spectacle Zizi Jeanmaire 2000, à l’amphithéâtre de l’Opéra-Bastille. Elle y donnait un tour de chant et y interprétait deux chansons signées par sa fille, Valentine Petit, écrivaine. Zizi confiait alors au Monde : « Je me retrouve à l’Opéra-Bastille, comme quand j’avais 15 ans à Garnier. Inexplicable ambiance de petite ville dans la grande, avec ses codes, ses traditions. La boucle serait-elle bouclée ? J’ai toujours conservé une âme de danseuse ! Quel exutoire pour se libérer ! Paris est ma ville, j’y suis née. J’y ai le souvenir de tant de sensations fortes, car, avec Roland, seule la création a guidé nos vies. »

18 juillet 2020

Laetitia Casta

casta73

18 juillet 2020

Coronavirus : ce que l’on sait sur l’obligation de porter le masque dans les lieux publics clos

Le décret rendant obligatoire le port du masque dans tous les établissements clos recevant du public entrera en vigueur la semaine prochaine.

Alors que les signaux d’une légère reprise de l’épidémie de Covid-19 se multiplient en France, Emmanuel Macron a annoncé, mardi 14 juillet, que le port du masque sera « obligatoire dans tous les lieux publics clos ». D’abord prévue pour le 1er août, cette obligation entrera finalement en vigueur d’ici lundi 20 ou mardi 21 juillet. Porter les masques, « on le fait dans les transports, ça marche très bien, mais c’est un peu erratique dans les lieux publics clos », a souligné le chef de l’Etat, en recommandant également à ses concitoyens de l’adopter aussi « au maximum quand ils sont dehors ».

Un moyen de limiter le risque d’une deuxième vague de l’épidémie de Covid-19, qui a causé la mort de 590 000 personnes dans le monde, dont un peu plus de 30 000 en France.

Alors que les autorités conseillent de ne pas attendre la publication du décret pour porter le masque, voici quelques précisions sur la mesure à venir.

Pourquoi porter un masque dans les lieux clos ?

Le 11 juillet, dans une tribune publiée par Le Parisien, quatorze médecins appelaient à ce port obligatoire du masque dans les lieux clos. D’autres faisaient de même le lendemain dans Libération :

« La transmission par aérosol, donc uniquement par l’air respiré dans une pièce, semble être désormais reconnue comme une des voies majeures de transmission du virus en population générale, voie qui n’est pas affectée par le lavage des mains ou des surfaces, ni par le respect du mètre de distance entre les personnes. Cette nouvelle connaissance (…) rend (…) évidente l’obligation du port du masque pour la fréquentation de tous les lieux fermés publics, voire privés (dans le contexte des fêtes qui semblent une source majeure de clusters). »

Le 6 juillet, plus de deux cents scientifiques appelaient, en effet, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à prendre en compte une possible transmission aérienne du virus, plaidant ainsi pour le port du masque dans les espaces fermés. Un tel mode de transmission « ne peut être exclu », a ensuite reconnu l’OMS, notamment dans « certains endroits fermés, comme les lieux très fréquentés et mal aérés » et lorsque les gens y sont présents « pendant une durée de temps longue », comme les chorales, les restaurants ou les cours de sport.

« Le masque freine une bonne partie des gouttelettes : quand il y a une solution simple, autant l’adopter », estimait, le 9 juillet, dans Le Monde, Isabella Annesi-Maesano, directrice de l’unité épidémiologie des maladies allergiques et respiratoires à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), signataire de l’appel à l’OMS.

Pourquoi la mesure n’est-elle pas immédiate ?

Le décret rendant obligatoire le port du masque dans tous les établissements clos recevant du public devrait être prêt « d’ici lundi ou mardi », a précisé, jeudi, le ministre de la santé, Olivier Véran. Le temps de rédiger le décret, qui doit définir les « lieux publics clos », mais aussi de préparer la mise en place de cette décision sur le terrain.

« D’où viennent les masques ? Comment s’assurer que les Français en disposent ? Nous devons pouvoir répondre à ces questions et, donc, cela nécessite d’avoir quelques jours », a argumenté le ministre de la santé devant l’Assemblée nationale, évoquant « tout le travail logistique » nécessaire à la mise en place de ce décret.

S’agissant des mesures répressives pour encadrer cette obligation, c’est le ministère de l’intérieur qui doit s’en charger, en discussion avec les préfets, dont certains ont déjà mis en place de tels dispositifs. Si les moyens de contrôle sont encore inconnus, le montant de l’amende en cas de non-respect devrait être identique à celui prévu pour les transports, c’est-à-dire 135 euros.

Comment définir un lieu clos ?

Il n’existe aucune définition stricte de ce qu’est un lieu public clos. Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a assuré qu’« un travail assez rapide de définition » serait mené. Les règles devraient donc être harmonisées sur le territoire afin d’éviter toute mauvaise interprétation.

Dans le droit français, les lieux publics clos peuvent correspondre aux établissements recevant du public (ERP). Selon l’article R123-2 du code de la construction et de l’habitation, les ERP sont des « bâtiments, locaux et enceintes dans lesquels des personnes sont admises, soit librement, soit moyennant une rétribution ou une participation quelconque, ou dans lesquels sont tenues des réunions ouvertes à tout venant ou sur invitation, payantes ou non ».

Le site service-public.fr liste notamment les commerces, les bibliothèques, les centres commerciaux, les établissements sportifs, les hôtels, les salles de jeux, les lieux de culte ou encore les parkings couverts…

Faudra-t-il porter un masque sur son lieu de travail ?

Alors que des scientifiques plaidaient pour un port du masque sur les lieux de travail, le premier ministre, Jean Castex, a seulement précisé que « dans les locaux dits professionnels cela suppose une évolution des protocoles sanitaires régissant les activités concernées ». Actuellement, dans les entreprises, le port est obligatoire « en situation d’impossibilité de respect ou de risque de rupture de la distanciation physique d’au moins un mètre », précise le ministère du travail. Le port du masque est obligatoire chez certains professionnels en contact avec du public (coiffeurs, personnels de cafés et restaurants…).

Quelles sont les régions déjà concernées par cette mesure ?

Au niveau local, les préfets peuvent être habilités à rendre obligatoire le port du masque. C’est le cas, par exemple, en Seine-Saint-Denis, où le préfet a pris, lundi 13 juillet, cette décision pour Saint-Ouen, après la découverte d’un foyer épidémique dans une école maternelle de la ville.

Après une augmentation inquiétante des cas de Covid-19 en Mayenne, le département a rendu obligatoire le port du masque, depuis jeudi, dans les lieux publics clos de six communes, dont la préfecture, Laval. Le même jour, le préfet du Finistère a pris une mesure semblable pour certains marchés et pour les établissements clos des îles recevant du public. Le non-respect de ces mesures est passible d’une amende de 135 euros.

Dans quels lieux le masque est-il déjà obligatoire ?

Depuis le déconfinement, le port du masque est recommandé, voire obligatoire dans certaines circonstances. Dans les métros, bus et tramways, il est obligatoire, sous peine d’une amende de 135 euros. Tout comme dans les taxis et les VTC, pour les chauffeurs et les voyageurs, si le véhicule ne dispose pas de protection en Plexiglas. Concernant les trains, si la restriction d’utilisation d’un siège sur deux a été levée, les voyageurs doivent porter un masque en permanence, en gare et à bord. Pour accéder aux musées et monuments, le port du masque est également déjà obligatoire.

Quant aux restaurants et bars, il est obligatoire pour le personnel ainsi que pour les clients quand ils se déplacent dans l’établissement. Concernant les parcs et jardins, cette mesure peut être imposée à la demande des maires.

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