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Jours tranquilles à Paris

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8 juillet 2020

Affront

Par Paul Quinio — LIBERATION

Pas d’état de grâce ! A peine nommés, deux des principaux ministres du premier gouvernement Castex, Eric Dupond-Moretti et Gérald Darmanin, suscitent la polémique. Et pas sur des sujets mineurs : le droit des femmes et la justice. L’un et l’autre sont la cible des mouvements féministes, le nouveau garde de Sceaux hérissant par ailleurs d’emblée une bonne partie de la magistrature, certains n’hésitant pas à qualifier son arrivée Place Vendôme de «déclaration de guerre». Relations exécrables avec les juges, conflits d’intérêts potentiels liés à ses désormais anciens dossiers d’avocat, proximité avec les défenseurs de Nicolas Sarkozy, propos contre le Parquet national financier, Dupond-Moretti est, au-delà de sa personnalité tonitruante et clivante, attendu au tournant. Sa prédécesseure, Nicole Belloubet, l’a aussi mis en garde lors de la passation de pouvoir. «Les violences faites aux femmes sont un chantier où le ministère de la Justice a un rôle considérable. Il s’est pleinement impliqué, il faut continuer.» Dans sa ligne de mire : les positions anti-mouvement #MeToo de l’ancien avocat, qui préfère par exemple évoquer «ces femmes qui regrettent de ne plus être sifflées» dans la rue plutôt que défendre le droit d’outrage. Le transfert de Gérald Darmanin à l’Intérieur est, lui, vécu par les mouvements féministes comme un affront direct d’Emmanuel Macron à la grande cause proclamée du quinquennat, l’égalité femmes-hommes. En cause : l’accusation de viol et de harcèlement sexuel qui vise l’ancien ministre des Comptes publics. Une affaire qui remonte à 2009, mais dont les investigations doivent reprendre. Darmanin, comme tout justiciable, bénéficie naturellement de la présomption d’innocence. Il n’empêche que son transfert à Beauvau est un signal. D’autres ministres, mis en cause dans d’autres domaines par la justice, ont dans un passé récent pris la porte dès l’ouverture d’une enquête préliminaire. Darmanin bénéficie, lui, d’une promotion qui ne va pas dans le bon sens.

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8 juillet 2020

Laetitia Casta

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8 juillet 2020

Brésil - Le président Jair Bolsonaro testé positif au Covid-19

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FOLHA DE SÃO PAULO (SÃO PAULO)

Après avoir déclaré, lundi 6 juillet, qu’il avait présenté des symptômes du Covid-19 et effectué un nouveau test, le président brésilien a confirmé, ce mardi, qu’il était effectivement infecté par le coronavirus.

Moins de vingt-quatre heures après avoir annoncé qu’il avait subi un nouveau test de dépistage, le président brésilien a confirmé, mardi 7 juillet, qu’il avait été testé positif au coronavirus. Selon des interlocuteurs de Jair Bolsonaro, interrogés par Folha de São Paulo, le chef de l’État s’est fait tester “après avoir senti de légers symptômes : légère fièvre et toux”.

Le président d’extrême droite avait déjà évoqué le sujet avec des sympathisants réunis lundi devant le palais présidentiel, et indiqué qu’il allait se faire tester, indique le journal, qui cite Jair Bolsonaro :

Je reviens de l’hôpital, j’ai fait un dépistage pulmonaire, mon poumon est propre.”

En descendant de sa voiture, il avait alors demandé aux personnes présentes de ne pas s’approcher de lui.

Des réunions quand même

Un peu plus tard, Jair Bolsonaro a déclaré à la chaîne CNN Brésil qu’il avait 38 °C de fièvre et 96 % de taux d’oxygénation du sang, et qu’il avait déjà commencé à prendre un traitement à base d’hydroxychloroquine.

Le président brésilien avait, dès lundi, annulé ses déplacements et réunions de la semaine, annonçant à ses alliés que ces rencontres se tiendraient par visioconférence “pour éviter un risque de contagion” en cas de contamination avérée, souligne Folha.

Mais, selon l’agenda officiel du palais présidentiel consulté par le journal, Jair Bolsonaro a rencontré plusieurs ministres lundi, ainsi que l’ambassadeur américain à Brasilia pendant le week-end.

Un déni persistant

“Depuis le début de la crise mondiale de coronavirus, Bolsonaro a fait des déclarations dans lesquelles il cherche à minimiser les répercussions de la pandémie” et “traite comme exagérées certaines mesures prises à l’étranger et par les gouverneurs d’État du pays”, rappelle le quotidien de São Paulo.

Le président brésilien a également signé des mesures visant à “dribbler des décisions régionales et municipales” et a “maintenu le contact avec des personnes de la rue”, allant au contact de ses sympathisants à de multiples reprises, et ce sans porter de masque, ajoute Folha.

Tout récemment, le chef de l’État a pris de nouvelles mesures contraires aux injonctions de l’OMS : il a mis des vetos présidentiels à des paragraphes du projet de loi portant sur l’obligation d’utiliser des masques dans des endroits publics ou des lieux privés ouverts au public.

Avec ces vetos, ces équipements ne seraient plus obligatoires dans les prisons, les églises, les commerces et les écoles. Le texte doit encore être voté par le Congrès, qui peut invalider les modifications apportées par Jair Bolsonaro.

8 juillet 2020

Plage

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8 juillet 2020

Décryptages - L’annulation des festivals d’été : un coup dur pour les économies locales

Par Nicole Vulser

Des chercheurs ont évalué à 2,6 milliards d’euros l’impact de l’annulation des festivals sur l’économie française.

Les 9, 10 et 13 juillet, dans le Grand Théâtre de Provence, à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), sous la baguette de Sir Simon Rattle, à la tête du London Symphony Orchestra, le baryton allemand Christian Gerhaher aurait dû interpréter Wozzeck. Dans un rôle de brave soldat méprisé, il devait assassiner sa maîtresse. Il n’en a rien été. En revanche, la pandémie de Covid-19 s’est avérée plus sombre et a eu raison de la quasi-totalité des festivals en France, cet été.

Ces annulations en cascade provoquent une onde de choc violente, qui se répercute chez les artistes, les compagnies, les organisateurs de ces manifestations, mais qui affecte aussi très durement l’économie des villes et l’emploi. Avec des milliards d’euros évaporés et des dizaines de milliers d’emplois volatilisés.

Dans une étude publiée, en mai, sur la perte économique et sociale des festivals annulés – soit 4 000 manifestations toutes disciplines confondues (musique pour les deux tiers, mais aussi théâtre, danse, opéra, cinéma, littérature, arts du cirque…), entre avril et fin août –, Emmanuel Négrier, chercheur au Centre national de la recherche scientifique-Centre d’études politiques de l’Europe latine (CNRS-Cepel) de l’université de Montpellier et son confrère Aurélien Djakouane, du laboratoire Sophiapol de l’université de Nanterre, estiment, dans leur fourchette haute, à 2,6 milliards d’euros le coût de ces annulations.

Cela inclut les pertes liées à l’absence de dépenses des festivaliers (avec un panier moyen de 53 euros), la réduction des dépenses des festivals (dont le budget moyen s’élève à 740 718 euros) et les effets induits (l’hôtellerie, la restauration, le tourisme, la vente des spectacles…). Piètre consolation, le ministère de la culture a annoncé, le 1er juillet, la création d’un fonds de 10 millions d’euros pour faire face au séisme auquel sont confrontés ces événements…

Plus de 359 000 personnes sont concernées

En termes d’incidence sociale, les deux chercheurs prévoient, dans l’hypothèse la plus sombre, la suppression de 111 065 emplois (hors bénévoles et personnels mis à disposition de ces manifestations), d’ici à la fin août. En comptant les bénévoles et ceux qui ont travaillé quatre mois avant la tenue espérée des festivals, plus de 359 000 personnes sont concernées.

Rien que pour les cachets payés aux artistes, 238 000 engagements se sont volatilisés. Un calcul a minima, puisque Emmanuel Négrier n’attend guère un retour de l’effervescence festivalière au 1er septembre.

Le président de la commission culture de l’Association des maires de France, Jean-Marc Vayssouze-Faure redoute lui aussi que les protocoles sanitaires, qui évolueront encore, incitent, par prudence, à l’annulation de tous les festivals jusqu’à la fin de l’année.

La suppression de ces grandes manifestations culturelles s’apparente, localement, à une catastrophe. Devant la cour d’honneur du Palais des Papes, c’est le désert, et les commerçants attendent les clients. Tout semble en suspens. Paul Rondin, directeur délégué du Festival d’Avignon, désespère : « Nous allons indemniser près de 450 saisonniers et intermittents pour les cinquante créations déprogrammées. Et 70 % de ces salariés viennent de la région où la main-d’œuvre est très qualifiée, grâce à l’Institut supérieur des techniques du spectacle d’Avignon. » « Tant qu’on peut embaucher localement, on le fait », assure le directeur délégué. La majorité des prestataires, les locations de gradins, grues ou matériel de son viennent de la région.

La crainte d’un hiver difficile

Les compagnies, venues du monde entier, pâtissent, elles, d’un effet domino, avec l’annulation des spectacles : c’est leur passage dans la Cité des Papes qui déclenche des tournées en France et à l’étranger. Même si le Festival d’Avignon a maintenu ses parts de coproduction pour tous les spectacles prévus, les compagnies traverseront une période financière délicate en 2021.

Personne n’échappe à la crise. Après la Féria, les Rencontres d’Arles, le rendez-vous annuel de la photographie, ont été supprimées dans cette ville des Bouches-du-Rhône. « Le tourisme enregistre une baisse de 60 % à 70 %, se désole Stéphane Paglia, président de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) du Pays d’Arles. Quelque 40 % des hôtels sont encore fermés, et les touristes étrangers attendus la première semaine des Rencontres ne sont pas là. »

En 2019, la direction des Rencontres estimait à 35 millions d’euros les retombées économiques sur Arles et sa région. Les 3 000 saisonniers habituels n’ont pas été recrutés cet été, détaille M. Paglia, et Pôle emploi propose aujourd’hui cinq fois moins d’offres dans le Pays d’Arles qu’avant le confinement de mars.

Le président de la CCI craint un hiver difficile : « Les PME qui vivent grâce aux festivals réalisent leur marge en été – une saison inexistante, cette année. Elles devront à l’automne de nouveau payer leurs charges courantes. » M. Paglia s’attend à la fermeture d’une entreprise sur trois dans le tourisme – entre les hôtels, les restaurants, les prestataires de services et les sociétés d’événementiel.

« Les collectivités locales et l’Etat ont été admirables »

De fait, Cédric Angelone, président du nouveau Syndicat des activités événementielles, qui regroupe 307 sous-traitants importants des festivals, évalue à 159 millions d’euros la perte de chiffre d’affaires de ses adhérents, entre mars et fin juin, soit une chute de 72 % par rapport à 2019.

Egalement maire PS de Cahors, Jean-Marc Vayssouze-Faure assure pourtant que « les collectivités locales montrent, très majoritairement, une réelle solidarité vis-à-vis des festivals, en versant les subventions promises, même si les spectacles n’ont pas eu lieu ». Ce qui a été rendu possible grâce à un assouplissement de la règle habituelle. Toutefois, « cela reste une perte sèche pour toutes les dépenses indirectes, les cafés, restaurants, hôtels, fournisseurs… », ajoute-t-il.

« Dès qu’on a appris l’annulation des Eurockéennes, nous avons assuré Jean-Paul Roland, le directeur de cette manifestation, du maintien de notre soutien financier pour l’aider à passer ce cap difficile », témoigne Damien Meslot, maire (Les Républicains) de Belfort.

De son côté, Paul Rondin, opposé par le passé à la mairie d’Avignon, assure, cette fois, que « les collectivités locales et l’Etat ont été admirables en maintenant 100 % de leurs subventions ». Même si certaines villes n’ont pas joué le jeu, déplore Emmanuel Négrier.

« L’absence d’un moment festif, de retrouvailles manque »

La crise est là. Partout. A Clisson (Loire-Atlantique), commune de 7 400 habitants où le festival de rock métal Hellfest ne s’est pas tenu, « le manque à gagner s’élève entre 8 millions et 9 millions d’euros », souligne le maire (divers droite) Xavier Bonnet. « Les habitants qui louaient aux festivaliers ne pourront pas partir en vacances cette année », constate l’édile.

A Arras, orpheline, cet été, des concerts du Main Square, Frédéric Leturque, le maire (divers centre) constate : « Pour le territoire, 2 millions d’euros s’évaporent et plus d’une centaine d’emplois précaires ne sont pas conclus. » La population de la ville n’a pas doublé, passant d’ordinaire de 40 000 à 80 000 pendant ces trois jours de fête.

A Carhaix-Plouguer (Finistère), où Les Vieilles Charrues s’autofinancent grâce à des cohortes de bénévoles et drainent, chaque été, 270 000 fans de musique, là encore, personne n’est au rendez-vous. Aucun coup de projecteur estival. Les habitants de cette petite commune ne louent ni chambres ni bouts de jardin. « Plus encore que l’impact économique, c’est l’absence d’un moment festif, de retrouvailles qui manque », regrette le maire (divers gauche), Christian Troadec.

Comment être attrayant sans ces rendez-vous ? A Hérouville-Saint-Clair (Calvados), le festival Beauregard fédère habituellement 110 000 amateurs de musique dans un parc de 43 hectares et génère près de 6 millions d’euros de retombées économiques locales. Le maire (MoDem), Rodolphe Thomas, regrette le millier de bénévoles et les centaines d’emplois créés en 2019 (180 intermittents embauchés au pic de la fête et 400 CDD). Il redoute qu’à l’avenir, les mécènes délaissent la manifestation.

« Nous négocions des reports de concerts en 2021 »

Organisateur de Jazz in Marciac, dans le Gers, bien avant d’être élu maire (PS) de cette petite commune, Jean-Louis Guilhaumon déclare : « Nous portons le deuil de notre festival. Tous, la petite équipe des sept salariés de Jazz in Marciac comme le millier de bénévoles qui y consacrent une partie de leurs vacances estivales. » La dernière étude du cabinet Traces TPi, faisait déjà état, en 2014, de près de 20 millions d’euros de retombées économiques sur la région. « Aujourd’hui, nous négocions des reports de concerts en 2021, avec Nile Rodgers & Chic et Lenny Kravitz », explique le maire.

Cette équation difficile a aussi bien occupé la direction du Festival international d’art lyrique d’Aix-en-Provence. François Vienne, directeur général adjoint, a réussi à reporter cinq productions à 2021. « C’est un casse-tête », déclare Stéphanie Deporcq, la directrice administrative et financière. Pour les créations impossibles à reprogrammer, une grille d’indemnisation permet de rembourser à 70 % les petits cachets (les chanteurs de chœur, par exemple), mais à 10 % seulement les grandes stars. « Nous sommes les seuls au niveau international à le faire, les agents et les artistes nous sont reconnaissants », se félicite François Vienne. Le festival a aussi parié sur dix jours de concerts en ligne gratuits, du 6 au 15 juillet.

Même problématique, mais autres solutions à Montpellier Danse. « On a imprimé notre programme le 3 mars, le 13, il était obsolète », explique Jean-Paul Montanari, le directeur. « Il était hors de question de baisser les bras : 70 % de la programmation seront présentés, entre septembre et fin décembre, dans les différents théâtres partenaires de Montpellier », ajoute-t-il. Et si un nouveau confinement est annoncé ? « On reste chez soi et on pleure… », conclut-il.

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7 juillet 2020

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7 juillet 2020

Nécrologie - Ennio Morricone, une dernière fois

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Par Aureliano Tonet

Au-delà de sa célèbre collaboration avec le réalisateur Sergio Leone, le chef d’orchestre et compositeur italien, mort le 6 juillet, à 91 ans, laisse une œuvre immense.

Joueur chevronné, Ennio Morricone avait composé l’hymne des Jeux olympiques d’échecs, qui s’étaient déroulés en 2006, à Turin. « Le jeu d’échecs est bien plus qu’un simple passe-temps, affirmait-il, en 1991, au magazine spécialisé Torre & Cavallo. C’est une chose importante ; une philosophie, un moyen de mieux se connaître, un miroir de la lutte de la vie. » Anecdotiques, sans doute, au regard d’une œuvre musicale parmi les plus prodigieuses du XXe siècle, ces phrases peuvent être transposées au rapport passionnel qu’il entretenait avec la chose artistique : une affaire « importante », où l’intimité le dispute au lyrisme, et la conflictualité à l’apaisement.

Pour le partenaire emblématique du cinéaste Sergio Leone, qu’il a accompagné de Pour quelques dollars de plus (1964) à Il était une fois en Amérique (1984), cette lutte s’est achevée, lundi 6 juillet : le chef d’orchestre et compositeur italien est mort, à 91 ans, dans une clinique de sa ville de Rome, où il avait été admis à la suite d’une chute.

Il était une fois, donc, Ennio Morricone. Né le 28 novembre 1928, à Rome, il grandit à Trastevere, alors l’un des quartiers les plus populaires de la capitale italienne. Sa mère, qui travaille dans le textile, l’élève au côté de ses trois sœurs, Adriana, Maria et Franca. La peintre yougoslave Eva Fischer, de retour de déportation, est sa voisine. Plus tard, Morricone conviendra que cette enfance sous haute protection féminine a pu nourrir son attrait pour les voix de femmes − l’un des leitmotivs de sa proliférante discographie. « L’instrument par excellence, celui qui ménage les plus impressionnantes variations, du cri au murmure, c’est la voix humaine − en particulier féminine », confessera-t-il, en 2014, au Monde.

Tout aussi décisive sera l’influence paternelle : originaire d’Arpino, dans le Latium, Mario Morricone est trompettiste dans divers orchestres. C’est cet instrument que le jeune Ennio décide d’étudier au conservatoire de Santa Cecilia, en même temps que l’orchestration et la composition. Une encre dont se servira le maestro pour établir sa « signature » : altières et mélodieuses, ses parties de trompette figurent en tête des sonorités auxquelles l’adjectif « morriconnien » est le plus souvent associé, avec le tressautement de la guimbarde ou le chuintement des chœurs.

Si ces « gimmicks » l’ont rendu célèbre bien au-delà du cercle des amateurs de musique de films, le Romain prenait ombrage de ce que l’on réduise son écriture à une succession d’effets, aussi accrocheurs fussent-ils : « La trompette produit des sons tellement intenses qu’il faut l’utiliser avec parcimonie », disait celui qui a gravé quatre morceaux avec le jazzman Chet Baker, en 1962.

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Premiers pas dans la musique légère

Car c’est dans la « musique légère », comme disent les Transalpins, qu’Ennio Morricone a fait ses gammes. D’abord sur les plateaux de la télévision nationale, la Rai, où il effectue quelques piges d’arrangeur, entre 1956 et 1958. Puis, plus fondamentalement, au sein de la filiale italienne de Radio Corporation of America (RCA).

Nommé directeur artistique de cette maison de disque, en 1956, Vincenzo Micocci a de grandes ambitions : offrir au « Boom » − le miracle économique italien − une bande-son digne de ce nom. En 1961, Micocci fait édifier de vastes studios d’enregistrement, via Tiburtina, au nord de Rome. Il en confie les clefs à un trio d’arrangeurs qui viennent de s’illustrer sur plusieurs productions siglées RCA : l’Argentin Luis Bacalov, ainsi qu’un duo d’amis fraîchement diplômés du conservatoire, Bruno Nicolai et Ennio Morricone.

Grâce à ce trident exceptionnel, la pop de la Botte rivalise bientôt d’inventivité avec ses rivales anglo-saxonnes. Morricone, en particulier, officie derrière les principales vedettes de l’époque, à un rythme effréné : Mina (Se telefonando), Gianni Morandi (Fatti mandare dalla mamma), Gino Paoli (Sapore di sale), Rita Pavone (T’ho conosciuto), Edoardo Vianello (O mio signore), Jimmy Fontana (Il Mondo), Paul Anka (Stasera resta con me)…

Pour le jeune orchestrateur, cette école est le contrepoint idéal à ses études académiques. A Santa Cecilia, son maître Goffredo Petrassi l’avait initié au répertoire classique − Bach, Beethoven, Stravinsky − comme à l’avant-garde contemporaine, de Luciano Berio à Luigi Nono. Chez RCA, Morricone découvre un instrumentarium que les mandarins du conservatoire vouaient aux gémonies, et qui fera le sel de ses futures partitions : guitare électrique, basse, batterie… Il apprend la vitesse d’exécution, l’efficacité mélodique, l’émulation collective. Surtout, il saisit le potentiel artistique de formes alors jugées mineures, car populaires : la pop-music, dont il goûte la malice et la sensualité, tout en onomatopées ; et, bien sûr, le cinéma.

Faut-il s’en étonner ? Le premier cinéaste à faire appel à lui, Luciano Salce, a frayé avec le music-hall. Artiste prolixe que ce Salce, tour à tour acteur, parolier, metteur en scène de théâtre, de télévision ou de cinéma. Morricone l’a brièvement côtoyé dans les studios de la Rai, en 1958, puis lors des répétitions d’une pièce avec le mime Félicien Marceau, La Pappa Reale (1959), dont il assure l’illustration sonore.

Lyrisme facétieux

Leurs six collaborations filmiques, de Mission ultra-secrète (1961) à El Greco (1966), sont dans le ton des travaux de Morricone chez RCA : entre autres merveilles, la voix ténébreuse du chanteur Luigi Tenco y fait mouche, servie par les paroles de Salce et les cordes lancinantes du maestro.

Au sud de Rome, dans les studios de Cinecittà, les jeunes Turcs du cinéma italien repèrent ce compositeur prometteur. Parmi eux figure une vieille connaissance de Morricone, Sergio Leone, qui a fréquenté la même école primaire que lui.

Enfant de la balle − son père est réalisateur, sa mère actrice −, épris de cinéma américain, Leone cherche à subvertir les stéréotypes du western. En croisant cet imaginaire avec ceux du péplum et du film de samouraï, il compte bien en révéler l’ironie ; pire, la cruauté. Finies les poursuites effrénées de cow-boys et d’Indiens : place à une ronde de mercenaires et de gringos, cupides et laconiques. Le scénario de Leone tient en quelques lignes ? A charge pour Morricone, préposé à la bande-son, d’en déployer toute la richesse. Le maestro pioche dans le lexique qu’il a commencé à élaborer pour Salce et la RCA − arpèges obsédants, chœurs incongrus… −, dont il accentue les facéties opératiques. Le résultat, Pour une poignée de dollars (1964), est un carton international, et propulse Morricone au rang de star, en même temps que la vedette du film, un certain Clint Eastwood.

Dès lors, le compositeur sera de tous les longs-métrages de Leone. Et pour quelques dollars de plus (1965), Le Bon, la Brute et le Truand (1966), Il était une fois dans l’Ouest (1968), Il était une fois la révolution (1971) creusent la veine du western à l’italienne, auquel la presse a cru bon d’accoler le terme « spaghetti », ce qui a le don d’irriter Morricone.

Quant à leur ultime collaboration, Il était une fois en Amérique (1984), elle fera date : le film est une méditation mélancolique sur le temps et l’amitié, et la partition, le plus vertigineux des sabliers. Du reste, il n’est pas interdit de lire, dans le duo formé par Max (James Wood) et Noodles (Robert De Niro), un écho de la relation tempétueuse qu’entretenait le cinéaste avec son alter ego musical.

Est-il couple plus dissemblable que Leone, ogre débonnaire et généreux, et Morricone, ludion sec et nerveux ? « Sergio supportait la Lazio de Rome, et Ennio le club de foot rival, l’A.S. Roma, racontait au Monde l’acteur et cinéaste Carlo Verdone, en 2019. Je me demandais comment ils pouvaient s’entendre aussi bien l’un avec l’autre… Lorsque Leone m’a annoncé qu’il produirait mon premier film, Un Sacco Bello (1980), il a emmené Morricone dans ses bagages. C’était non négociable, j’étais terrorisé ! Dieu soit loué : sa bande-son est un joyau. »

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Un caractère trempé

Cela a contribué à sa légende : le caractère du compositeur était plutôt du genre trempé. Dans un premier temps, cet orgueil rageur sera son meilleur atout. A partir de la moitié des années 1960, l’Italie bascule dans la violence politique ; une nouvelle génération de cinéastes, aussi dorée que séditieuse, s’en fait l’écho.

Pour leurs pellicules irrévérentes, les partitions incandescentes de Morricone s’avèrent le combustible idoine : Bernardo Bertolucci l’enrôle sur Prima della rivoluzione (1964), Marco Bellocchio sur Les Poings dans les poches (1965), Pier Paolo Pasolini sur Des oiseaux, petits et gros (1966). Suivront Marco Ferreri, Elio Petri, Mauro Bolognini, Dario Argento, Mario Bava, les frères Taviani… « Il ne se passe pas un mois sans qu’Ennio et moi, nous nous engueulions par téléphone, confiait le réalisateur Paolo Taviani au Monde, en 2018. C’est un génie, et une sacrée tête de mule. »

Il n’empêche, sur les génériques, « Musique d’Ennio Morricone » devient le plus fiable des labels de qualité. D’autant qu’il franchit sans encombres les frontières : en 1969, son nom apparaît aussi bien à l’affiche du Clan des Siciliens, du Français Henri Verneuil, que de La Tente rouge, du Soviétique Mikhaïl Kalatozov ; deux ans plus tard, Here’s To You, extrait de Sacco et Vanzetti de Giuliano Montaldo, est un tube international, porté par la voix de Joan Baez.

Mais, très vite, les choses se gâtent : « Ennio demandait qu’on lui apporte le film déjà monté, expliquait Marco Bellocchio au Monde, en 2016. Alors seulement il pouvait se mettre au travail : il regardait les images et composait la musique, point final. Je voulais davantage d’interaction ; à partir de 1972, je me suis tourné vers un compositeur plus jeune et conciliant. » En authentique auteur, Morricone exige, auprès de chacun de ses collaborateurs, le « final cut » : il ne l’obtiendra pas toujours, loin s’en faut. Malgré la fidélité que lui témoigneront Bernardo Bertolucci, Mauro Bolognini ou Guiseppe Tornatore, sa carrière, jalonnée de fâcheries plus ou moins définitives, souffrira en partie de cette irascibilité. Elle lui devra aussi, paradoxalement, ses plus beaux trésors.

Dès 1966, Morricone, qui ne désire rien davantage que de garder le contrôle sur ses créations, claque la porte de RCA : il fonde avec son vieux complice Vincenzo Micocci la maison de disque Parade. Un nom ô combien morriconien, tout d’esquive et d’esbroufe, qui tient autant de la revue militaire que de la rêverie. Quatre ans durant, Morricone y publiera certains de ses meilleurs disques, ainsi que ceux d’arrangeurs (Piero Piccioni, Luis Bacalov, Armando Trovajoli…) et d’interprètes dont il partage la sensibilité. Las, entâché par les malversations d’un avocat possédé par le demon du jeu, le label ferme boutique en 1970. Cet échec ne dissuade guère le compositeur d’ouvrir, la même année, et aux côtés des mêmes musiciens, un studio d’enregistrement dernier cri, le Studio Ortophonic.

Il donne sur la Basilique du Sacré-Cœur Immaculé de Marie, une église massive du très chic quartier des Parioli, dans le nord de Rome : « Quand j’y pense, cela me semble incroyable que Morricone ait enregistré les bandes-son des premiers films de mon père, Dario Argento, dans un environnement aussi coincé », racontait au Monde la fille du maître du cinéma d’épouvante, Asia Argento, en janvier.

Schizophrénie musicale

De fait, au tournant des années 1970, Morricone semble une parfaite incarnation de la notabilité. Avec le groupe d’improvisation Nuova Consonanza, ou sous son propre nom, il cède à son penchant pour la musique sérieuse, ou plutôt « absolue », ainsi qu’il la définit : « La musique de film, à l’inverse de la musique absolue, est appliquée et contrainte, insistait-il, non sans une pointe de condescendance. Elle s’adresse à un public de culture moyenne. »

Toujours impeccable avec ses montures foncées et sa mine concentrée, déjà bardé d’hommages et de récompenses, Morricone file, depuis 1956, un mariage sans histoires avec Maria Travia, qui lui donnera quatre enfants. Sauf que sa discographie prend une allure de plus en plus schizophrène : d’un côté, les partitions « respectables », adoubées par l’establishment du classique et du cinéma international ; et de l’autre, des bandes-son démoniaques, illustrant les sous-bois les plus permissifs du cinéma « bis ».

Composées à une cadence de satyre, publiées en catimini, voire sous des pseudonymes dignes d’acteur porno (Dansavio, Leo Nichols…), ces bandes originales voient Morricone prendre part à une improbable bacchanale. Dans cette Italie à cheval entre les années 1960 et 1970, l’heure est au mélange des genres cinématographiques ‒ le film érotique drague le policier, le péplum pactise avec le western. Pour célébrer ces noces torrides, le maestro trouve des notes insensées : débarrassé des étiquettes esthétiques, confronté à des cinéastes aux ego moins susceptibles, il laisse dériver sa virtuosité vers de voluptueux rivages, qui empruntent autant à la musique baroque qu’au funk et à la bossa-nova. N’a-t-il pas enregistré tout un album, en cette prolifique année 1970, avec le maître de la musique populaire brésilienne, Chico Buarque de Hollanda ?

Comble de la lascivité, il invite ses camarades de jeu à participer à l’orgie : à la même époque, les condisciples les plus proches de Morricone − Bruno Nicolai, Piero Umiliani… − se livrent à des caresses musicales similaires, même si aucune de leurs bandes originales n’égalera ses prouesses. Avec le temps, ces musiques composées pour d’obscures séries B − La Donna Invisibile (1969) de Paolo Spinola, Metti, una sera a cena (1969) de Giuseppe Patroni Griffi, Maddalena (1971) de Jerzy Kawalerowicz… − ont été réévaluées, au point d’apparaître aujourd’hui comme les chapelles sixtines de sa discographie.

Morricone lui-même était conscient de leur valeur. N’a-t-il pas « recyclé » l’un de ces thèmes, Chi Mai ?, pour la fameuse bande-son du Professionnel (1981) de Georges Lautner ? Le compositeur n’oubliait jamais d’inclure ces partitions sensuelles au répertoire des concerts qu’il donnait depuis des décennies, dans les arènes du monde entier. Avec leur protocole réglé comme du papier à musique, ponctué par d’interminables ovations, ces cérémonies insistaient, non sans emphase, sur la carrière internationale de Morricone.

C’est que celle-ci, à partir de L’Exorciste II de John Boorman (1977), connaît une vive accélération. Là encore, la liste des cinéastes qui se sont tournés vers lui donne le tournis : Terrence Malick (Les Moissons du Ciel, 1978), John Carpenter (La Chose, 1982), Brian de Palma (Les Incorruptibles, 1987), Roman Polanski (Frantic, 1988), Pedro Almodovar (Attache-moi, 1990) ou Quentin Tarantino (Les Huit Salopards, 2015, qui lui valut son premier Oscar, en 2016, neuf ans après celui reçu pour l’ensemble de sa carrière)… Rien moins que le gotha du cinéma mondial, même si Morricone s’adonnait, de temps à autre, à des choix plus compromettants : qui se souvient de sa participation à La Cage aux folles 2 (1980), d’Edouard Molinaro, par exemple ?

Avant de se rendre à la pharmacie où il avait ses habitudes, dans le centre de Rome, le compositeur passait systématiquement un coup de fil : « Morricone ! », criait-il dans le combiné. « Lequel ? », répondait la pharmacienne, qui comptait un homonyme parmi sa clientèle. Le compositeur faisait alors fuser les noms d’oiseaux : « Le maestro, bon Dieu ! Celui dont le nom a été donné à un astéroïde ! » Une passe d’armes qui évoque celle qui l’opposa à Quentin Tarantino, en novembre 2018, sur un mode bien plus planétaire et polémique : « Cet homme est un crétin, aurait dit Morricone à un journaliste de la version allemande de Playboy. Il n’a rien des grands d’Hollywood, comme John Huston, Alfred Hitchcock ou Billy Wilder. Tarantino ne fait que du réchauffé. » Après la publication, l’Italien nia ardemment avoir tenu de tels propos, menaçant même le magazine de poursuites judiciaires.

L’« anxiété » de la scène

Du reste, on touche là au cœur du système Morricone : la musique a-t-elle déjà connu un être à ce point écartelé entre la quête d’honorabilité et l’appel de la dépravation ?

Avant chaque interview, le « staff » du musicien glissait aux journalistes une liste d’expressions prohibées et de « conseils » pour que l’entretien se déroule dans de bonnes conditions : mieux valait, vous faisait-on comprendre, prononcer le mot « maestro » que « spaghetti ». Cependant, le même entourage se plaisait à raconter les « vices cachés » de Dottore Ennio et Mister Morricone : parmi eux, une passion quasi pathologique pour les clefs de chambre d’hôtel, dont il avait assemblé, murmurait-on du bout des lèvres, une impressionnante collection. Curieuse manie pour quelqu’un qui a passé sa vie cloîtré dans son studio d’enregistrement, non ?

Pas tant que ça, répondront ceux qui ont déjà assisté à l’un de ses concerts. Sur scène, Morricone semblait user de sa baguette comme un serrurier manœuvre la gâche, le pêne ou la bouterolle. En fin mécanicien, il privilégiait les sonorités métalliques − carillon, glockenspiel, clavecin, arpèges de guitare électrique, cuivres −, qu’huilaient violons et violoncelles. Si certaines parties paraissaient un brin rouillées (basses et batteries notamment, très kitsch), le dispositif, dans l’ensemble, fonctionnait à merveille : chez chaque spectateur, la boîte à images s’ouvrait grand, laissant défiler une cavalcade de cow-boys et de coyotes, de mafieux et de filles fardées. « Avant de monter sur scène, je ressens une grande anxiété, reconnaissait-il en 2014. Comme tout chef d’orchestre, j’ai une responsabilité vis-à-vis des musiciens et du public. Si le concert se passe bien, je redeviens tranquille. »

De toutes ces grands-messes, les plus poignantes furent données à Rome, comme il se doit. Pour ses adieux à la Ville éternelle, Morricone reçut, le 11 janvier, une longue standing-ovation, au Sénat. Six mois plus tôt, du 15 au 23 juin 2019, il s’était produit dans un lieu à l’histoire autrement sulfureuse, les thermes de Caracalla : c’est que, chez cet homme-là, les honneurs se doublaient toujours d’un frisson de volupté.

7 juillet 2020

Jean Paul Goude

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7 juillet 2020

Gérald Darmanin va « peser » à Beauvau

Par Nicolas Chapuis, Audrey Tonnelier

Proche de Nicolas Sarkozy, l’ancien ministre du budget, qui fait l’objet d’une enquête à la suite d’une accusation de viol, harcèlement sexuel et abus de confiance, devient à 37 ans le plus jeune ministre de l’intérieur de la Ve République.

C’est sans conteste la plus belle promotion de cette cuvée gouvernementale. Nommé en remplacement de Christophe Castaner, lundi 6 juillet, Gérald Darmanin est devenu à 37 ans le plus jeune ministre de l’intérieur de la Ve République.

Après trois années passées à Bercy avec le portefeuille de l’action et des comptes publics, il hérite d’un des postes régaliens dans le gouvernement formé par le nouveau premier ministre, Jean Castex.

Plusieurs obstacles se dressaient pourtant sur la route de l’ancien membre du parti Les Républicains (LR) pour obtenir ce ministère très convoité. Il n’a pas pour lui d’être un fidèle de la première heure du président de la République, comme Gérard Collomb et Christophe Castaner. Une qualité que l’on exige souvent du ministre de l’intérieur, l’un des hommes les mieux informés de France. Proche de Nicolas Sarkozy et de Xavier Bertrand, le jeune maire de Tourcoing (Nord) a réussi à gagner au fil du temps les faveurs d’Emmanuel Macron, sans renier son ancrage dans la droite dite « sociale ».

Force de travail

Gérald Darmanin n’a pas non plus à son crédit la réputation d’être un expert des questions de sécurité. Sa nomination a d’ailleurs été accueillie avec une circonspection polie par les syndicats de police, blasés de voir se succéder les ministres − il s’agit du sixième en cinq années.

Mais l’homme a montré à Bercy sa force de travail. Réputé bosseur, il s’est affirmé comme l’un des rares ministres politiques dans un gouvernement de technocrates. Le style direct, à la fois proche des gens et volontiers caustique, et les origines sociales et populaires qu’il met régulièrement en avant, ont fait mouche dans sa précédente fonction. De quoi valoir au duo qu’il formait avec le flegmatique Bruno Le Maire le surnom de Danny Wilde et Brett Sinclair, l’Américain gouailleur et l’aristo britannique guindé, héros de la série culte Amicalement vôtre.

Il faudra autre chose qu’un numéro d’artiste pour résoudre la crise qui mine le ministère de l’intérieur et l’institution policière qui en dépend. Gérald Darmanin va devoir gérer la crise existentielle des forces de l’ordre.

Macron fait fi du risque judiciaire

Après avoir traversé difficilement l’épisode des « gilets jaunes » et la crise sanitaire liée au Covid-19, elles font désormais face aux accusations de violences policières, de racisme, et plus généralement à une remise en cause de leurs pratiques qui émanent d’une partie de la population. Un discours maladroit de Christophe Castaner, prononcé le 8 juin, a achevé de semer la pagaille dans les rangs. Après un mois de manifestations nocturnes, les policiers ont fini par obtenir gain de cause avec le départ du ministre. Gérald Darmanin est prévenu.

Ces derniers temps, Gérald Darmanin avait distillé les messages, faisant montre d’une ambition assumée. Le 24 mai, il posait en une du Journal du Dimanche sous le titre : « Je veux peser. » Le message a été entendu par Emmanuel Macron qui a décidé de lui confier ce poste crucial à deux ans de la présidentielle.

Pour ce faire, le chef de l’Etat a fait fi du risque judiciaire. Le nouveau ministre de l’intérieur fait l’objet d’une enquête à la suite d’une accusation de viol, harcèlement sexuel et abus de confiance qu’il aurait commis en 2009.

Il avait bénéficié d’un non-lieu en 2018. Mais la cour d’appel de Paris a ordonné début juin la reprise des investigations. Gérald Darmanin est désormais à la tête des services chargés d’enquêter sur lui. L’Elysée a fait savoir lundi soir qu’il ne s’agissait nullement d’un « obstacle » à sa nomination.

Feuille de route chargée

Le nouveau locataire de Beauvau est l’un des ministres avec la feuille de route la plus chargée du gouvernement. Son prédécesseur n’a bouclé aucun des dossiers qui lui avaient été confiés. La police de sécurité du quotidien, principale promesse de campagne d’Emmanuel Macron en 2017 sur le volet sécurité, a bien été créée par Gérard Collomb, mais Christophe Castaner a échoué à lui donner une véritable identité. Elle se résume aujourd’hui principalement à une question d’affectation de postes dans les quartiers sensibles et n’a pas redéfini les relations police-population.

Le schéma national du maintien de l’ordre qui devait être publié en début d’année dort toujours dans les cartons. Tout comme le Livre blanc de la sécurité intérieure, qui devait redéfinir la politique gouvernementale en la matière et préfigurer une ambitieuse loi de programmation.

Quant à la Préfecture de police de Paris, dont on a annoncé maintes fois le démantèlement ces dernières années, elle tient plus que jamais debout, avec un Didier Lallement à sa tête qui sort renforcé de cette crise, lui qui a semblé être davantage aux côtés des troupes que de son ministre pendant la fronde.

S’il n’a pas d’expérience en matière de sécurité, Gérald Darmanin peut faire valoir un savoir faire en termes de réformes. A son actif par exemple, la périlleuse application d’une mesure héritée du précédent quinquennat et maintes fois repoussée : le prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu. Se posant en défenseur du pouvoir d’achat, il a également fait passer une loi pour le droit à l’erreur en matière fiscale dans les entreprises et c’est sous son mandat qu’a été assoupli le « verrou de Bercy », ce monopole de l’administration fiscale sur les poursuites pénales en matière de fraude fiscale. La réorganisation de l’administration fiscale dans les régions lui vaudra davantage de critiques.

7 juillet 2020

Kate Moss

kate moss

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