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Jours tranquilles à Paris

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3 juillet 2020

Plébiscite - Les Russes donnent les clés du Kremlin à Poutine jusqu’en 2036

poutine longtemps

COURRIER INTERNATIONAL (PARIS)

Comme escompté, les Russes ont plébiscité la réforme constitutionnelle soumise à référendum par Vladimir Poutine, selon les résultats officiels publiés mercredi. La presse internationale dénonce un “stratagème” et une “manœuvre», qui permettront au président russe de rester au pouvoir jusqu’en 2036

La Commission électorale centrale n’a pas jugé nécessaire d’attendre la fermeture de tous les bureaux de vote pour annoncer le triomphe de Poutine au référendum sur la réforme constitutionnelle. Mercredi soir, les résultats collectés dans 61 % des bureaux de vote donnaient plus de 77 % au oui, avec un taux de participation de 65 %.

Un résultat “sans surprise” pour un référendum “controversé”, remarque La Stampa, tant la campagne n’a été orchestrée que pour assurer à Vladimir Poutine le plébiscite dont il avait besoin. Car dans les faits, la réforme avait déjà été approuvée par le Parlement et le référendum était purement consultatif.

“D’un point de vue juridique, l’exercice est démentiel”, observe Greg B. Yudin, sociologue à l’École des sciences économiques et sociales de Moscou, dans le New York Times. Mais pour Poutine, “la procédure a beaucoup de sens” car elle lui offre “la légitimité d’un apparent soutien populaire”.

“C’est du théâtre, certes, mais un théâtre très important et très bien interprété. Le système a besoin de mettre en scène des démonstrations de soutien populaire, même s’il ne l’a pas”, poursuit-il.

Pour cause de Covid-19, le vote avait été étalé sur une semaine et s’est achevé mercredi. L’ONG Golos, spécialisée dans l’observation des élections, a décrit le vote comme “l’un des plus manipulés” et “des moins transparents” de l’histoire du pays, rapporte le Moscow Times.

“Énorme mensonge”

Pour encourager la participation, des cadeaux ont été promis aux votants, le vote en ligne a été généralisé – permettant à certains de voter deux ou trois fois, selon Golos – et des isoloirs ont été installés dans les rues et les espaces publics, sans contrôle ni surveillance. À tel point que dans la région de Iamalie (Nord), le taux de participation a dépassé les 100 %, ironise le Moscow Times.

L’opposant Alexeï Navalny a qualifié les résultats d’“énorme mensonge”, n’ayant “rien à voir avec l’opinion des citoyens russes”, selon des propos repris par RFE-RL. “Nous avons assisté à un spectacle dont le dénouement était écrit à l’avance.”

La BBC s’est entretenue avec une vingtaine de citoyens des deux camps. Et si une votante aurait souhaité que le bulletin comporte, outre le “oui” et le “non”, une case “catégoriquement opposée”, un vieux monsieur estime pour sa part que “si le capitaine du bateau navigue dans la bonne direction, pourquoi en changer ?”.

Les dizaines d’amendements soumis à référendum enracinent la Russie dans un conservatisme cher à Vladimir Poutine, que ce soit en réservant le mariage aux hétérosexuels ou en inscrivant la foi en Dieu dans la Constitution du pays. Mais il remet surtout le compteur des mandats de Poutine à zéro. Il pourra donc théoriquement rester au Kremlin jusqu’en 2036 – et y fêter ses 83 ans.

“Avec une popularité à son plus bas historique et un mécontentement social croissant, Poutine, au pouvoir depuis vingt ans, a joué à nouveau la carte du garant de la stabilité et du patriotisme, calmant ainsi les spéculations sur sa succession”, analyse El País.

“Il en sort avec une autorité renforcée, mais conscient également d’avoir brûlé l’une de ses cartouches”, poursuit le quotidien espagnol. “Il devra maintenant diriger un pays avec des citoyens à bout et une économie en crise.”

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3 juillet 2020

Marisa Papen

marisa et oiseaux

marisa string plage

marisa84

3 juillet 2020

La Fashion Week Haute Couture sera ouverte au public pour la première fois

Du 6 au 8 juillet, il vous sera possible d'assister en direct à cette semaine de la mode pas comme les autres.

Pandémie de coronavirus oblige, la Fédération de la Haute Couture et de la Mode a dû s’organiser pour maintenir la semaine de la Haute Couture parisienne. C'est donc sur une plateforme en ligne que l’événement aura lieu du 6 au 8 juillet. Une grande première dans le monde de la mode, qui donnera la chance au plus grand nombre de découvrir l'un des événements les plus élitistes.

« Nous sommes aujourd'hui au pic de la révolution numérique, qui a été fortement stimulée par la crise sanitaire. La numérisation de la Fashion Week ne remplacera jamais les événements physiques, mais elle va enrichir et amplifier l'expression créative et la communication des marques », a déclaré Pascal Morand, président exécutif de la Fédération.

Se trouvent sur cette plateforme interactive un plan de Paris avec trois enregistrements d’archives sur la mode pour nous faire patienter, ainsi que le calendrier de cette nouvelle semaine de la Haute Couture. Dès le 6 juillet Schiaparelli, Christian Dior, Ralph & Russo, Azzaro Couture ou encore Giambattista Valli dévoileront leur collection. Chanel présentera le lendemain et Valentino clôturera l’évènement le 8 juillet. La maison italienne dévoilera en ligne l'inspiration de son défilé haute couture qui se tiendra physiquement (mais sans public) le 21 juillet à Rome.

3 juillet 2020

Anna Johansson

anna82

3 juillet 2020

Jacques Toubon : fin de mandat d’un Défenseur inespéré

Par Sylvain Mouillard et Philippine Kauffmann 

Le Défenseur des droits, qui quitte bientôt ses fonctions, présente ce mercredi le bilan unanimement salué de six ans d’action contre les discriminations. Si sa nomination avait été reçue avec scepticisme, ce chiraquien a su convaincre par sa rigueur et son obstination.

Sa nomination avait fait ruer dans les brancards. Quand, en juin 2014, François Hollande sort de son chapeau le nom de Jacques Toubon pour occuper le poste de Défenseur des droits, après le décès en fonction de son prédécesseur Dominique Baudis, une bonne partie de la gauche et du monde associatif n’en revient pas. Comment Toubon, chiraquien de 73 ans, qui a voté contre l’abolition de la peine de mort en 1981 et s’est plus tard opposé au pacs, pourrait-il être l’homme de la situation ? Une pétition contre sa nomination recueille alors plus de 95 000 signatures.

Six ans plus tard, Jacques Toubon quitte ses fonctions auréolé d’un bilan inattaqué (et inattaquable) et d’une image impeccable, idole des jeunes et de tout ce que la France compte de défenseurs des libertés publiques. «Exigence», «autorité», «rigueur», les observateurs redoublent de compliments pour décrire le travail du quasi-octogénaire, qui dresse un ultime bilan de son action lors d’une conférence de presse ce mercredi, avant de quitter ses bureaux de la place de Fontenoy, à Paris, le 17 juillet. Il souhaite voir une femme lui succéder.

«Mister Allgood»

A Libé, François Hollande confie n’avoir pas hésité longtemps avant de nommer Toubon. «Je voulais une personne issue de l’opposition pour montrer que cette question des droits ne devait être l’apanage ni de la gauche ni de la droite, mais de la République.» Il dit avoir à l’époque remarqué chez lui des prises de position «courageuses» allant «dans le sens de la liberté». «Je savais qu’il aurait à cœur de se débarrasser de l’image qui avait pu lui être accolée.»

Le poste façonne-t-il l’homme ? Ou Jacques Toubon portait-il déjà en lui l’ADN d’un grand Défenseur des droits, autorité administrative indépendante née en 2011 et fusionnant notamment la Halde (1), le Défenseur des enfants ou encore le médiateur de la République ? Toubon se défend d’avoir changé. Interrogé il y a quelques jours par la Croix, il dit n’avoir «jamais été conservateur». Tout en reconnaissant que la fonction lui a offert «une liberté et une indépendance nouvelles» : «J’ai trouvé, ou retrouvé, une indépendance d’esprit qui était la mienne mais que je n’avais pas eu la liberté de mettre en œuvre.»

Entouré de 250 collaborateurs au siège parisien et de plus de 500 délégués répartis en France métropolitaine et en outre-mer, Jacques Toubon dirige un gros paquebot chargé de deux principales missions : défendre les personnes dont les droits ne sont pas respectés et permettre l’égalité de tous dans l’accès aux droits. Pas une mince affaire. Le mandat de l’ex-ministre de la Culture, défenseur zélé de la francophonie (sa loi de 1994 pour lutter contre le franglais lui vaudra le surnom de «Mister AllGood»), a été marqué par une actualité des plus chargées : deux états d’urgence (terroriste puis sanitaire), afflux de réfugiés à partir de 2015 et multiplication des campements indignes partout en France, violences policières récurrentes lors de manifestations, dématérialisation à marche forcée d’un certain nombre de services publics…

A coups de rapports, d’avis au Parlement, d’études et de recherches, lui et ses équipes interpellent les pouvoirs publics. Machine à fabriquer du droit, Toubon, licencié en droit public et diplômé de l’ENA, se caractérise par son travail charpenté et documenté. «Les juridictions suivent très souvent son avis, ce qui signifie que les juges considèrent que sa position est inattaquable», relève l’avocat Slim Ben Achour, spécialiste des questions de discrimination.

A priori, rien ne destinait ce fils d’un fonctionnaire au Crédit municipal devenu croupier à Monaco à incarner une vigie des libertés publiques. Me Ben Achour : «C’est un ovni pour beaucoup . Quand on sait d’où il vient, son parcours est d’autant plus intéressant et pertinent.» Au commencement était Jacques Chirac. Jeune trentenaire, Jacques Toubon intègre le cabinet du futur président de la République, qu’il suit du ministère de l’Agriculture à Matignon, au cœur des années 70. Il participe à la fondation du RPR et se fait élire député de Paris sans discontinuer de 1981 à 1993. Il occupera aussi pendant près de vingt ans la mairie du XIIIe arrondissement de Paris. Dans l’opposition durant le premier septennat de François Mitterrand, il vote contre le projet de loi abolissant la peine de mort, comme la majorité du groupe RPR. Interrogé sur le sujet à l’heure de prendre ses fonctions, Toubon se défend, se décrivant comme un «abolitionniste de cœur et de raison». S’il a validé l’article 1 mettant un terme à la peine capitale, il dit ne pas avoir voté «pour l’ensemble du texte, car notre proposition d’une peine de remplacement avait été rejetée par Robert Badinter». Mêmes tergiversations face à des mesures élargissant les droits des personnes homosexuelles : «J’ai opté, comme la totalité de l’opposition, pour un vote négatif à caractère politique, où toutes les convictions étaient confondues.»

«Aplomb»

Les années 90 sont celles de ses sommets politiques : ministre de la Culture puis garde des Sceaux. Il s’illustre lors de la rocambolesque affaire Davenas en 1996, lorsqu’il affrète un hélicoptère au Népal pour mettre la main sur le procureur de la République d’Evry, parti en randonnée dans le massif himalayen, pour éviter l’ouverture d’une information judiciaire à l’encontre de Xavière Tiberi, mise en cause dans une affaire de salaire fictif. En 1998, il rate sa tentative de renverser Jean Tiberi à la mairie de Paris. «Le putsch des pieds nickelés», titre Libération. L’épisode marque le début de la fin de cette première vie de soldat de la chiraquie. Son virage «humaniste» date-t-il de là ? Toubon pilote dans les années 2000 le projet aboutissant à l’ouverture du musée de l’histoire de l’immigration, Porte Dorée à Paris, passe cinq ans au Parlement européen avant le coup de théâtre de 2014 et sa nomination par Hollande.

L’accueil est frais. Les députés signataires de la pétition s’opposant à son arrivée lui remettent un Que sais-je sur les droits fondamentaux, avant de le passer sur le gril lors de son audition devant la commission des lois. Toubon veut porter un effort particulier durant son mandat à la lutte contre «les discriminations ressenties et subies», dit-il, ainsi qu’à la «protection des enfants». Aux attaques sur son passé, il répond : «Je ne suis pas l’homme que certains disent […]. Si certains m’accordent leur confiance, je tenterai de la mériter. Si d’autres me la refusent, je m’efforcerai, pendant toute la période où je serai en exercice, de leur montrer qu’ils avaient tort.»

La journaliste et réalisatrice Rokhaya Diallo faisait partie des sceptiques. Aujourd’hui, elle reconnaît s’être «trompée», «victime de [ses] préjugés». «Jacques Toubon a interpellé l’Etat sans relâche, avec beaucoup d’aplomb et une réelle indépendance.» Parmi ses grands dossiers, elle cite celui sur les discriminations. Dans un rapport publié début juin, Toubon alerte sur leur «dimension systémique», notion contestée par les pouvoirs publics. «Là où beaucoup de gens font de l’idéologie et se contentent de voir dans les discriminations une question individuelle et morale, lui est dans l’observation du terrain et de l’évidence : on ne peut pas ne pas parler d’un système», analyse Diallo. Slim Ben Achour complète : «Son dernier rapport fera date car il vient légitimer la parole des discriminés.»

«Démineur»

Que ce soit sur la question des violences policières (en 2019, après la crise des gilets jaunes, le Défenseur des droits redemande la suspension de l’usage des lanceurs de balles de défense), des mineurs étrangers isolés ou des droits des personnes exilées, Toubon n’a pas relâché la pression. A Calais, il déambule dans le sable et la boue de la «jungle» en costard, tchatche en anglais avec les exilés et dégaine la sulfateuse pour interpeller Hollande et son gouvernement. Ce qui lui vaut d’ailleurs en 2015 un échange d’amabilités avec le ministre de l’Intérieur d’alors, Bernard Cazeneuve, qui fustige ses «caricatures» et «simplismes». En juin 2017, sous le quinquennat Macron, il parle d’un «déni d’humanité» et dénonce «des atteintes aux droits d’une exceptionnelle et inédite gravité», réclamant la fin de la «traque» policière. Les militants associatifs sourient en regardant ce Défenseur des droits virer «no border»… A Médecins du monde, Jean-François Corty se souvient : «Toubon hallucinait de voir une telle violence institutionnelle.»

Dans les ministères comme chez certains députés, on peste en revanche contre cette critique «trop facile» à laquelle se laisserait aller l’ancien du RPR. Hollande tempère : «Je ne me suis jamais offusqué de son travail, même s’il pouvait être sévère à l’égard des pouvoirs publics. On ne nomme pas quelqu’un pour qu’il soit complaisant, bien au contraire. Jacques Toubon a su trouver l’équilibre adéquat pour intervenir à bon escient dans des moments compliqués et sur des sujets sensibles, en particulier sur la question des réfugiés.» Toubon met aussi un point d’honneur à se présenter comme le «démineur des discriminations du quotidien», celui qui constate «l’ampleur des effets délétères de l’évanescence des services publics sur les droits des usagers». En l’espace de six ans, le nombre de dossiers de réclamations a augmenté de 40 %, passant en 2019 à 103 000.

Mais que reste-t-il de ce travail ? «On a l’impression que les déclarations solennelles et symboliques n’ont aucune efficacité auprès des pouvoirs publics, regrette Jean-Marie Delarue, ancien contrôleur général des lieux de privation de liberté. Comme si ces derniers recevaient poliment les rapports et recommandations, mais sans jamais nouer un dialogue constructif.»

(1) Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité.

1941 Naissance à Nice.

1981 Elu député de Paris, mandat qu’il garde jusqu’en 1993.

1983 Elu maire du XIIIe arrondissement de Paris, fonction qu’il assure jusqu’en 2001.

1993-1995 Ministre de la Culture et de la Francophonie, il propose notamment une liste de mots destinée à lutter contre les anglicismes.

1995-1997 Ministre de la Justice, il est défait lors des législatives de 1997 après la dissolution de l’Assemblée nationale.

2004-2009 Député européen pour l’UMP.

2007-2014 Président du conseil d’orientation du musée de l’Histoire de l’immigration.

2014 Nommé Défenseur des droits par François Hollande.

17 juillet 2020 Fin de son mandat de Défenseur des droits, à l’âge de 79 ans.

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2 juillet 2020

Shooting Le Turk - 29 juin en direct sur TV Normal Magazine (captures d'écran)

shooting Le Turk 29 juin 2020 A (1)

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2 juillet 2020

LA CITÉ DES LIVRES - Alain Minc à l’Elysée

Par Laurent Joffrin — Libération

De Georges Pompidou à Emmanuel Macron en passant par François Mitterrand, Jacques Chirac et François Hollande, l’homme d’influence dresse une série de portraits nourris d’anecdotes et de conversations directes avec ceux qu’il a tour à tour conseillés et critiqués.

Un homme d’influence juge les hommes de pouvoir. Depuis quelques décennies, Alain Minc murmure à l’oreille des puissants. Un murmure très public, puisqu’il dispense aussi ses conseils dans une kyrielle d’essais publiés au fil des ans. Mais un murmure qui l’a mis en relation plus ou moins intime avec une bonne moitié des présidents de la Ve République, ce qui en fait un discret témoin de l’époque. Souriant idéologue d’un libéralisme de droite ou de gauche selon les saisons, il dresse ainsi le portrait subjectif de «ses» présidents et met au service de cette histoire immédiate ses indiscutables qualités d’analyste bien introduit. Il en sort une galerie de tableaux souvent inattendus par leur angle d’attaque, nourris d’anecdotes et de conversations directes avec ceux qu’il a tour à tour conseillés et critiqués.

Le livre commence par une amende honorable : Minc fut anti-gaulliste et se reproche cette hostilité. Anti-gaulliste par ses parents, militants communistes historiques, qui vouent le Général aux gémonies, anti-gaulliste par adhésion aux idées de Pierre Mendès France, qui fut le vecteur d’une prudente rupture avec la tradition familiale. Chez ce géant tout d’une pièce, il relève surtout des contradictions, entre son amour de la France et son peu d’estime pour les Français, entre sa prescience des constantes de l’Histoire - Hitler perdra sa guerre comme Napoléon les siennes, la Grande-Bretagne préférera toujours le grand large, la Russie boira le communisme comme le buvard boit l’encre, etc. - et sa capacité d’imagination et de rupture contre toutes les apparences, entre sa vista des situations et ses erreurs grossières, sur la grève des mineurs ou sur Mai 68. Ces contradictions furent fécondes, dit-il, et la ductilité politique du Général lui a permis d’épouser son temps en le modelant. Il cite ce mot éclairant toute la sarcastique lucidité du Général : «Après ma mort, on construira une grande croix de Lorraine près de Colombey (un temps…). Elle appellera les lapins à la résistance.» Avec ce jugement final d’un Minc repentant : «Comment ai-je pu ne pas être gaulliste ? Ce manque de lucidité me hante rétrospectivement.»

Vient ensuite l’étonnante réhabilitation d’un homme qui a pâti de la gloire de son prédécesseur, Georges Pompidou, qu’on a parfois décrit en Sancho Pança prenant la place de Don Quichotte. Erreur totale, dit Minc. Georges Pompidou avait certes fait une guerre plutôt pépère, enseignant sceptique à l’heure où les gaullistes historiques choisissaient le combat. Mais il s’est imposé auprès du Général par ses insignes qualités, intelligence supérieure, culture éclectique et vaste, indépendance relative à l’égard de son mentor qui le tenait en haute estime. Georges Pompidou, en fait, n’a rien d’un dauphin prosaïque remplaçant un roi héroïque. Comme second du Général dans sa lutte pour revenir au pouvoir, comme Premier ministre pendant sept ans, puis comme président pendant presque cinq ans, il a dominé la politique intérieure française jusqu’en 1974, emporté par une précoce maladie, personnage clé des Trente Glorieuses et de l’établissement de la Ve République qui nous gouverne encore aujourd’hui.

A l’inverse de tant de commentateurs en mal de clichés, Minc ne voit pas Mitterrand en Machiavel. Non qu’il l’absolve de son cynisme ou qu’il néglige sa redoutable habileté. Mais il loue sa sensibilité de romantique calculateur, qu’on décèle dans ses fidélités inattendues, dans sa passion pour la littérature ou encore dans sa correspondance émouvante avec Anne Pingeot et, surtout, dans la constance de certaines convictions, en matière européenne ou dans sa politique étrangère. François Mitterrand inaugure l’alternance, qui fait entrer dans le jeu une moitié de la France jusque-là tenue hors les murs. Mais il légitime et installe aussi une Constitution taillée pour le Général et qui a fait preuve de son étonnante souplesse. Il mène une politique imprudente - aux yeux de Minc - mais choisit avec constance et courage la construction européenne contre l’aventure solitaire et ratifie la posture gaullienne vis-à-vis du monde : solidarité avec le camp des démocraties, mais indépendance envers les Etats-Unis.

Le portrait le plus étonnant est celui de Jacques Chirac, qui détestait Alain Minc («je vous le laisse !» avait-il laissé tomber en réponse à Jospin qui citait devant lui ce soutien de Balladur). Lui écrivant une lettre sur l’incident de Jérusalem, quand Chirac avait houspillé le service d’ordre israélien, pour le féliciter, il est surpris de la longue missive qu’il reçoit en retour, qui l’impressionne par «sa profondeur historique, et sa dilection à l’égard du judaïsme». Un Chirac secret, donc, tout d’activisme infatigable et de «nihilisme psychologique». Chirac, homme de l’instant, voyait l’Histoire par millénaires, sûr de la vanité des choses et des êtres. «Il était du côté de ceux qui pensent qu’à la fin des fins, rien ne vaut rien et que, donc, seule la mort triomphe.»

Dernier coup de projecteur insolite, celui braqué sur François Hollande, qu’il tient pour «un journaliste en politique», cuirassé derrière un humour de tous les instants, empathique et manœuvrier, malheureux dans sa politique intérieure, mais aussitôt gratifié d’un brevet d’homme d’Etat dans ses décisions de politique extérieure et solide dans l’épreuve terroriste. Avec ce jugement final : son bilan est «bien meilleur dans la réalité que l’impression qu’il a lui-même donnée», et dont il ne «mérite pas le discrédit».

Reste Emmanuel Macron, dont il a mesuré avant tous l’ambition. Recevant ce jeune inspecteur des finances à son début, il lui pose la rituelle question : «Que serez-vous dans trente ans ? - Président de la République», répond l’autre, ce qui était aller droit au but. Macroniste revendiqué, Minc lui glisse un ultime conseil, imprimé celui-là : garder sa base européiste et centriste, et regagner sur sa gauche. Conseil suivi ? Les mois qui viennent permettront de mesurer l’aura réelle de l’homme d’influence.

Alain Minc «Mes» présidents Grasset, 208 pp., 18 €.

2 juillet 2020

Le port d'Auray - Saint Goustan

goustan

2 juillet 2020

Le président Xi Jinping ou la loi du plus fort

Article de Frédéric Lemaître

Aux yeux du dirigeant chinois, l’Etat de droit qui prévalait à Hongkong entravait le pouvoir du PCC, clé de l’ascension de son pays

PÉKIN- correspondant

Et maintenant, à quoi va s’attaquer Xi Jinping ? A Taïwan ? A l’appropriation de la mer de Chine du Sud ? A l’humiliation du rival indien ? La loi sur la sécurité nationale imposée à Hongkong n’est que la dernière initiative en date du dirigeant communiste qui, depuis son arrivée au pouvoir, à l’automne 2012, n’a jamais renoncé à provoquer ses adversaires ou l’opinion publique internationale pour conforter le pouvoir du Parti communiste chinois en général et le sien propre en particulier.

Le 1er mars 2014, une attaque au couteau commise par des musulmans ouïgours à la gare de Kunming, dans le sud-ouest de la Chine, fait 31 morts et 141 blessés. Xi Jinping se rend en avril au Xinjiang, où il ordonne aux autorités d’utiliser « tous les outils de la dictature » pour mener une « lutte sans merci (…) contre le terrorisme et le séparatisme ». Plus d’un million de Ouïgours seront internés dans des camps dits « de rééducation ». Juillet 2015 : plusieurs centaines d’avocats spécialisés dans la défense des libertés sont arrêtés. C’est la plus grande atteinte aux droits de l’homme en Chine depuis le massacre de Tiananmen, en 1989. La plupart d’entre eux ont été depuis libérés, mais les arrestations n’ont jamais cessé.

2015, c’est aussi l’année du mensonge à Barack Obama. « Les activités de construction que la Chine entreprend actuellement dans les îles Nansha [Spratleys] ne visent et n’ont aucun impact sur quelque pays que ce soit et la Chine n’entend pas poursuivre la militarisation » de ces îlots en mer de Chine du Sud, assure le président chinois à son homologue américain. Les travaux ont commencé deux ans plus tôt, juste après son installation au pouvoir, et les images satellites seront par la suite formelles : non seulement la Chine y a construit des pistes d’atterrissage, mais elle y a installé des missiles sol-air et des équipements de brouillage militaires.

En 2018, Xi Jinping parvient à faire modifier la Constitution chinoise, mettant fin au système limitant à deux mandats de cinq ans la fonction présidentielle. Cette réforme avait été introduite en 1982 par Deng Xiaoping pour éviter l’émergence d’un nouveau dictateur à vie, à l’instar de Mao Zedong. A cette occasion, la « pensée de Xi Jinping » est introduite dans la Constitution.

Tous ces éléments ont leur logique. Selon Xi Jinping, le développement de la Chine passe par le rôle dirigeant du Parti communiste. Pour réussir face à un Occident qui rêve de faire subir à l’empire du Milieu le même destin qu’à l’Union soviétique, le Parti communiste chinois, fort de ses 91,9 millions de membres, doit exercer une dictature des meilleurs. Dans la droite ligne des empereurs qui, pendant des siècles, ont prétendu gouverner par les « hommes de bien », compétents et non motivés par leur intérêt personnel, qu’ils opposaient aux « hommes de peu », la population non éduquée. Evidemment, les ennemis sont impitoyablement réprimés.

Anniversaire du parti

Significativement, ce mercredi 1er juillet, Le Quotidien du peuple, l’organe officiel du Parti communiste chinois, ne titre pas sur Hongkong. La loi sur la sécurité nationale n’a droit qu’à un titre et un renvoi aux pages intérieures. Les quatre principaux articles sont consacrés à des discours récemment tenus par Xi Jinping, à une lettre qu’il a envoyée aux communistes de l’université Fudan et à la publication du troisième tome de ses œuvres sur la gouvernance de la Chine. C’est que le 1er juillet marque aussi le 99e anniversaire du Parti communiste chinois. Alors que se préparent les festivités du centenaire, Xi Jinping martèle son message : confronté à un environnement instable, le Parti doit rester uni et mobilisé derrière son leader.

Si l’Assemblée nationale populaire a adopté en mai un code civil qui marque un certain progrès pour les affaires privées – le Parti s’immisce moins dans la vie privée des Chinois que sous Mao –, les affaires publiques sont plus que jamais régies par ce dernier. En 2018, Xi Jinping a éprouvé le besoin d’inscrire « le rôle dirigeant » du Parti communiste dans la Constitution.

Des responsables chinois expliquaient ces derniers temps que certes Hongkong était juridiquement chinoise, mais que, dans les faits, il n’en était rien. Une intervention de Pékin était d’autant plus nécessaire que les démocrates hongkongais n’entendaient pas seulement « déstabiliser et prendre le pouvoir à Hongkong, mais aussi renverser le pouvoir de l’Etat et abattre le leadership du Parti communiste chinois », selon les explications officielles. D’où la loi sur la sécurité nationale. Peu importe que Carrie Lam, chef du gouvernement de Hongkong, n’en ait jamais fait la demande ni même affirmé que la police de Hongkong ne parvenait pas à maintenir l’ordre.

Comme l’analyse le sinologue Sebastian Veg, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, dans un article publié par la revue Tocqueville 21, « même si la répression que va permettre la nouvelle loi sur la sécurité nationale à Hongkong devrait être moins systématique qu’en Chine continentale, elle s’inscrit sans aucun doute à l’intérieur du même cadre politique, légal et philosophique, dans lequel la souveraineté et l’idéologie du parti [la distinction ami-ennemi] l’emportent sur les définitions libérales de légalité ». Pour Xi Jinping, l’Etat de droit qui prévalait à Hongkong n’était pas tolérable. A ses yeux, seule la loi du plus fort compte véritablement.

2 juillet 2020

Fanny Müller

fanny97

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