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Jours tranquilles à Paris

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25 juin 2020

Tribune - Léonora Miano : « Ce qui dérange, c’est le profil de ceux qui demandent le déplacement des statues de Colbert »

Par Léonora Miano, Ecrivaine

Selon l’écrivaine, satisfaire la requête de citoyens « devenus français en raison d’un crime contre l’humanité », l’esclavage colonial, ne ferait pas disparaître Jean-Baptiste Colbert des livres d’histoire. Dans une tribune au « Monde », elle s’insurge contre l’opposition d’Emmanuel Macron à cette réparation symbolique.

Les statues meurent aussi. Nous le savons depuis le film de Chris Marker, Alain Resnais et Ghislain Cloquet. Diatribe anticolonialiste sur le pillage des artefacts subsahariens, Les statues meurent aussi (1953) évoque le ravage intime que constitua le fait de détourner ces œuvres de leur fonction initiale pour les inhumer dans les musées français. Le film parlait d’une profanation. Il fut interdit avant d’être présenté, onze ans après sa création, dans une version tronquée par la censure.

Que les statues meurent, la République l’avait su avant 1953. Comme souvent dans l’histoire, on s’était appliqué à soi-même les méthodes que l’on irait parfaire au loin. On avait abattu ses propres totems, vandalisé ses propres mausolées. La République naissante avait démonté nombre de statues royales en 1792, avant d’éventrer, en octobre 1793, le tombeau des monarques. Du passé, on faisait table rase. Prétendant s’enfanter soi-même, on inventait un monde par la dévastation et la puissance performative du langage. Les mois s’appelèrent messidor ou vendémiaire. Les jours d’une semaine, devenue décade car elle en comptait dix, furent nommés primidi ou tridi. On élimina jusqu’aux anciens marqueurs du quotidien.

La ville de Saint-Denis, où se trouve l’église abritant les sépultures royales, fut débaptisée pour porter, de 1793 à 1800, le nom républicain de Franciade. La République a déboulonné des statues, effacé des noms. Elle fut ce vainqueur qui saccage le souvenir de qui l’a précédé. Puis, épouvantée par son geste, elle voulut réparer.

Les statues disparues ne ressuscitèrent pas

Cependant, la basilique de Saint-Denis, où furent ramenés quelques fragments des dépouilles profanées, n’est que symboliquement la dernière demeure des rois de France. Les exhumations d’octobre 1793 figurent en tête des épisodes traumatisants de la Révolution française. Elles hantent la République, qui éleva la basilique au rang de cathédrale en 1966. Mais la mort des statues, dont certaines furent remplacées, ne fut pas toujours vécue comme un drame.

Place de la Concorde, à Paris, une statue équestre de Louis XV fut inaugurée en 1763. La place portait alors le nom de ce roi. En août 1792, la statue de Louis le Bien-Aimé fut renversée et fondue. La place Louis-XV devint place de la Révolution, et l’on y érigea une statue de la Liberté, symbole du nouveau monde. La guillotine y fut apportée, d’abord en janvier 1793 pour l’exécution de Louis XVI. Elle y fut installée en mai de la même année pour y résider jusqu’en juin 1794. Marie-Antoinette, Danton et Robespierre furent décapités place de la Révolution.

La statue de la Liberté fut retirée par le Consulat. Louis XVIII eut le projet de la remplacer par une statue de son frère, le souverain décapité. Charles X en commença les travaux, mais l’entreprise fut interrompue par la révolution de juillet 1830, qui redonna à la place de la Concorde son nom actuel. Les statues disparues de Louis XV et de la Liberté ne ressuscitèrent pas. Sur la place de la Concorde, la plus ample de la capitale, s’élève un des deux obélisques offerts par le vice-roi d’Egypte. Le monument parvint à Paris en 1833, et Louis-Philippe en choisit l’emplacement, lui conférant sa neutralité politique.

Pour qui s’est un peu intéressé à l’histoire de France, à l’épigraphie des lieux, à l’évolution de la valeur monumentale – certains édifices font l’objet d’une radiation de protection –, le propos du président de la République stupéfie. « La République ne déboulonnera pas de statue », a-t-il clamé d’un ton comminatoire. Entre les syllabes de cette sommation, il fallait entendre que l’on immortaliserait, notamment, celles de Colbert. Et pour quelle raison ? Des citoyens français exigent le retrait de ces monuments. De quelle « réécriture haineuse de l’histoire » sont accusés ceux qui souhaitent que l’auteur du Code noir cesse d’être honoré dans l’espace public ?

S’engraisser en appauvrissant l’autre

Cela ne le fera pas disparaître des livres d’histoire, et l’on est abasourdi par la violence de cette fin de non-recevoir. Les élus du peuple ont décrété les déportations transocéaniques et l’esclavage colonial, crimes contre l’humanité. Ils n’ignoraient rien de l’imprescriptibilité, des sanctions nécessaires. Dans ce cas précis, il s’agirait d’une réparation symbolique, Colbert étant depuis longtemps retourné en poussière. De cet homme, on voudrait faire un des murs porteurs de la nation française. A quel titre ? Quelle fut son action et comment les Français vécurent-ils pendant qu’elle se déployait ?

La forme française du mercantilisme qui porta le nom de colbertisme consistait à accroître la fortune de l’Etat en soutirant aux voisins la quantité dont on s’enrichissait. Selon une étude de l’historien Cornelius Jaenen, de l’université d’Ottawa, publiée en 1964 dans la Revue d’histoire de l’Amérique française, il s’agissait d’un « principe d’antagonisme qui voulait que ce que l’un gagnait, l’autre le perdit ». En un mot, s’engraisser en appauvrissant l’autre. Il n’y a là aucune noblesse, et les profits accumulés ne ruisselèrent pas sur le peuple. En ce Grand Siècle, on remplissait le Trésor royal, guère la bourse des Français. Et la richesse de l’Etat émanait surtout du domaine colonial.

« LA CONCEPTION QUE L’ON EUT AUTREFOIS DE LA GRANDEUR NATIONALE NE MÉRITE PAS D’HOMMAGE »

En 1642, Louis XIII avait autorisé l’entrée officielle de la France dans le trafic humain transatlantique, cette industrie de la destruction qui se singulariserait par la racialisation des corps et des imaginaires. Seule la langue française racialise de façon explicite la macabre entreprise. Entre 1661 et 1671, Colbert dota la France des outils qui en firent une puissance navale. Elle put ainsi prendre sa place dans la course aux produits coloniaux, s’illustrer dans la marchandisation de l’humain, dans la négation de l’humanité. Quelle fierté faut-il en tirer ? La part lumineuse de l’œuvre colbertiste échappe. La conception que l’on eut autrefois de la grandeur nationale, méprisant autant le bien-être du peuple français que celui des Subsahariens destinés à la condition la plus avilissante, ne mérite pas d’hommage.

Ce qui dérange, c’est le profil de ceux qui demandent le déplacement des statues de Colbert. Les descendants d’esclavagisés qui réclament cette mesure de réparation symbolique sont priés de se taire. Le pays affirme là son incapacité à se hisser à la hauteur des idéaux républicains. Il faut dire à présent ce qu’est la fraternité au sein de la République française, comment elle peut s’épanouir dans un pays aussi rétif à étreindre tous les siens. Les descendants des Subsahariens déportés et réduits en esclavage sont-ils des frères ou des sujets ? La justice leur est-elle due ? Le pays tarde à voir, dans les esclavagisés d’autrefois, des membres de la famille. Eux aussi sont les ancêtres de tous, le fruit de leur labeur fut consommé par tous.

Racisme double jeu

Cornel West, universitaire américain, a déclaré : « Justice is what love looks like in public. » La justice est le visage public de l’amour. Il serait bon de méditer ces mots, et de s’inspirer des principes subsahariens en matière de résolution des conflits. La première règle, la plus fondamentale, est de ne pas humilier. On ne crache pas sur des personnes issues d’un crime contre l’humanité, des citoyens français nés d’une violence ineffable. On ne les muselle pas à travers une parole pyromane, laissant entendre que le dossier est clos, qu’il n’y aura pas de débat.

C’était une bonne chose de permettre l’érection aux Tuileries d’un mémorial de l’esclavage. Refuser de déplacer les statues de celui qui, dans l’espace public, incarne les sévices infligés à tant d’êtres humains annule la portée du mémorial. On retrouve ici l’ambivalence qui caractérise la relation du pays avec ses minorités, ce racisme du double jeu auquel on s’est accoutumé, au point de ne plus le voir. La France eut une police des Noirs dans l’Hexagone : ils étaient libres en foulant son sol, mais il fallait éviter le mélange des sangs, ce métissage que l’on prétend aimer. N’est-ce pas ce procédé que l’on reconduit en donnant d’une main pour reprendre de l’autre ? Il en fut souvent ainsi.

« LA SOLUTION DE L’AMBIVALENCE, QUI FERAIT DIALOGUER LES ÉDIFICES, EST UNE STRATÉGIE D’ÉVITEMENT »

La France se passionna pour les zoos humains au moment où le premier étudiant noir était admis à Polytechnique. La France promut aux plus hautes fonctions des ressortissants de ses colonies tant qu’ils étaient des dominés. Ils se voulurent ses égaux, pas ses vassaux, et le pays ne connut plus d’homme noir occupant un ministère. La France, refuge pour les Noirs américains, pratiquait le travail forcé dans ses colonies subsahariennes. Dans ces mêmes colonies dont les villes comprenaient des quartiers réservés aux Blancs, il y eut des églises où Blancs et Noirs ne pouvaient partager les mêmes bancs. Les lois Jim Crow de la France furent baptisées Code de l’indigénat.

Il s’agit à présent de savoir si l’on désire vraiment écrire la suite de cette histoire qui débuta avec l’aventure transatlantique, ne pas nous incarcérer dans la lecture permanente des mêmes pages. L’espace public est à tous. Les ouvrages mémoriels y invitent à la célébration ou au recueillement. Il faut une sacrée dose de mauvaise foi pour imaginer qu’en y exposant l’incarnation d’un crime contre l’humanité, on permettra à tous de se sentir chez eux. La solution de l’ambivalence, qui ferait dialoguer les édifices – mémorial de l’esclavage et statue de Colbert ; plaques exposant les parts d’ombre et de lumière –, est une stratégie d’évitement. Les monuments ne disent pas en même temps l’éloge et le blâme.

Agir pour la jeunesse

La figure de Jean-Baptiste Colbert recèle peu de lumière, confrontée à la défaite de l’humanité qu’il contribua à faire advenir. La jeunesse de notre temps, qui aspire au mélange et à la fraternité, ne trouvera en lui aucune inspiration. Elle ne veut ni s’enrichir en dépouillant les autres, ni devoir son confort à leur déchéance. Or, c’est pour elle, cette jeunesse, que l’on doit agir. De sorte qu’il lui soit possible d’habiter le monde, d’en fréquenter les peuples, sans endosser les fardeaux dus à l’incapacité de ses pères à prendre leurs responsabilités.

« L’INHUMATION DES STATUES DE COLBERT DANS DES MUSÉES NE SERAIT EN RIEN COMPARABLE AUX PROFANATIONS D’OCTOBRE 1793 »

La République déplacera quelques statues pour approcher encore l’Afrique subsaharienne. A travers les descendants de Subsahariens déportés, c’est à la chair de sa chair, éparpillée aux vents furieux de l’histoire transocéanique, que l’on refuse de faire droit. Et la jeunesse subsaharienne du XXIe siècle observe cela d’un œil qui n’est plus celui de ses prédécesseurs. Elle ne comprendra pas la fétichisation de personnalités dont le legs à l’humanité est de l’avoir mutilée.

Les statues meurent aussi, la République le sait. L’inhumation de celles de Colbert dans des musées ne serait en rien comparable aux profanations d’octobre 1793. Elle n’est pas l’inutile décapitation des monarques, ne vise pas l’ensevelissement de la mémoire. Elle est la requête légitime de citoyens devenus français en raison d’un crime contre l’humanité. Ceux qui vouent à Colbert un culte iront à leur guise fleurir la sépulture des idoles où d’éminents personnages lui tiendront compagnie. L’histoire n’en sera pas abolie, et l’on aura commencé à rendre justice.

Léonora Miano est une écrivaine franco-camerounaise. Elle est l’autrice d’une quinzaine d’ouvrages, dont « La Saison de l’ombre » (Grasset, 2013, prix Femina), « Rouge impératrice » (Grasset, 2019), ou « Ce qu’il faut dire » (L’Arche, 2019).

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25 juin 2020

Fanny Müller

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25 juin 2020

Une relation toujours plus houleuse entre la France et la Turquie

Par Marie Jégo, Istanbul, correspondante

Alliés au sein de l’OTAN, les deux pays s’accusent mutuellement de se livrer « à un jeu dangereux » en Libye, où Ankara soutient militairement le gouvernement d’accord national de Tripoli et Paris le maréchal Khalifa Haftar.

Entre Paris et Ankara, les nuages s’amoncellent. Le porte-parole du ministère turc des affaires étrangères a riposté, mardi 23 juin, au président français Emmanuel Macron, qui avait affirmé la veille que la Turquie jouait à « un jeu dangereux » en Libye. « En raison du soutien qu’elle apporte depuis des années aux acteurs illégitimes, la France a une part de responsabilité importante dans la descente de la Libye vers le chaos. De ce point de vue, c’est en réalité la France qui joue à un jeu dangereux », a déclaré Hami Aksoy.

A l’issue d’un entretien avec son homologue tunisien Kaïs Saïed, reçu lundi à l’Elysée, Emmanuel Macron avait exhorté le président turc Recep Tayyip Erdogan à mettre fin aux actions de son pays en Libye où Ankara soutient militairement le gouvernement d’accord national (GAN) de Tripoli, reconnu par les Nations unies, face aux forces du maréchal Khalifa Haftar, soutenu par l’Egypte, les Emirats arabes unis, la Russie et la France.

« Je considère aujourd’hui que la Turquie joue en Libye un jeu dangereux et contrevient à tous ses engagements pris lors de la conférence de Berlin », a expliqué le président français en référence à la réunion organisée en janvier pour amener les parties adverses à des négociations. « Il en va de l’intérêt de la Libye, de ses voisins, de toute la région mais également de l’Europe », a-t-il insisté, précisant avoir tenu « le même discours » au président américain Donald Trump lors d’un entretien téléphonique lundi après-midi.

Incident maritime en Méditerranée

Après avoir lancé une offensive sur la capitale libyenne en avril 2019, les forces du maréchal Haftar ont été mises en déroute par le GAN qui a reçu un soutien militaire conséquent de la Turquie. Désormais, les forces du gouvernement de Tripoli encerclent la ville stratégique de Syrte, qui ouvre la voie vers les champs de pétrole. Dénonçant « l’ingérence » turque en Libye, le président égyptien Abdel-Fattah Al-Sissi a menacé d’intervenir militairement si la ville de Syrte tombait aux mains du GAN.

Le président Erdogan n’a aucune intention de se retirer, au contraire. Après la récente visite à Tripoli d’une délégation de hauts responsables turcs – dont le ministre des affaires étrangères Mevlut Cavusoglu et celui du Trésor et des finances Berat Albayrak – la coopération a été renforcée, la Turquie s’étant engagée à former militairement les combattants du GAN et à renforcer sa coopération en matière de sécurité et d’énergie.

Alliées au sein de l’OTAN, la France et la Turquie ont échangé des accusations la semaine dernière après un incident maritime survenu en Méditerranée entre des navires de guerre turcs et la frégate française Courbet. A trois reprises, l’un des navires turcs a actionné son radar de tir contre le Courbet, un acte particulièrement choquant entre alliés. Paris accuse Ankara de violations répétées de l’embargo sur les armes livrées à la Libye, imposé par l’ONU en 2011. La Turquie nie pour sa part avoir harcelé le navire français.

« La crise de solidarité avec la Turquie », dénoncée par le président Macron à la fin de 2019, quand il a évoqué la « mort cérébrale » de l’OTAN, est plus que jamais d’actualité. Déplorant le fait que l’incident survenu le 10 juin ait donné lieu à « si peu de dénonciation », il y a vu une preuve supplémentaire de « cette mort cérébrale ».

Quatre Turcs accusés d’espionnage pour le compte de Paris

Des propos qui, visiblement, ont déplu aux autorités turques. Quelques heures après l’intervention du président français, le quotidien Sabah, le principal porte-voix du pouvoir islamo-conservateur, annonçait l’arrestation de quatre ressortissants turcs accusés d’espionnage « politique et militaire » pour le compte de la France. Les « espions » travaillaient sur les agissements de l’organisation Etat islamique (EI), les activités en France de la direction turque aux affaires religieuses (Diyanet en Turquie, Ditib à l’étranger), son prosélytisme dans les banlieues françaises et sur les réseaux sociaux.

Reprise par d’autres médias pro-gouvernementaux, l’information était assortie de la photographie du bâtiment du consulat français à Istanbul, devenu la vitrine des tensions entre Paris et Ankara.

Les prénoms de diplomates en poste, présentés comme des agents de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), ont été mentionnés dans les articles, ce qui les expose. Sur le plan du renseignement, cette façon de procéder est peu conforme aux usages en vigueur. D’habitude, avant de rendre ce genre d’affaire publique, les autorités du pays visé sont informées pour pouvoir prendre les dispositions nécessaires à la sécurité de leurs agents. Cette fois-ci, rien de tel ne s’est produit, signe d’un nouvel accroc dans la relation.

Marie Jégo (Istanbul, correspondante)

La Ligue arabe appelle au retrait des forces étrangères de Libye. Lors d’une réunion en visioconférence, mardi 23 juin, la Ligue arabe a appelé à l’ouverture de pourparlers pour mettre fin au conflit en Libye. Dans un communiqué, elle « rejette toutes les interventions étrangères illégitimes » dans le pays et réclame « le retrait de toutes les forces étrangères du territoire libyen et de ses eaux territoriales ». C’est à la demande de l’Egypte que la Ligue arabe a tenu une réunion sur le conflit qui oppose les forces du gouvernement d’union nationale (GNA), reconnu par les Nations unies et qui siège à Tripoli, aux troupes du maréchal Khalifa Haftar, l’homme fort de l’est du pays. Ont participé à la réunion les représentants de vingt et un pays arabes, dont le GNA, qui avait initialement refusé l’invitation de l’Egypte. Le représentant du GNA, Saleh al-Shemakhy, a toutefois exprimé des réserves sur l’appel de la Ligue arabe, déclarant que les forces étrangères qui soutiennent le GNA contribuaient à repousser l’« agression » des forces du maréchal Haftar.

25 juin 2020

Viki Fehner

niki f98

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25 juin 2020

L'Art dans les chapelles... bientôt

chapelles

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25 juin 2020

Critique - Ella et Pitr prennent le street art à revers

Par Emmanuelle Jardonnet

Le duo stéphanois, qui revient à Paris pour une exposition et une fresque murale, revendique des interventions urbaines qui ne cherchent pas à s’imposer.

Il y a un an, les artistes Ella et Pitr peignaient à Paris une fresque hors norme, sur près de 2,5 hectares… pourtant restée invisible. Seuls les visiteurs du Parc des expositions de la porte de Versailles ont pu contempler, depuis une terrasse, leur vieille dame rêvassant devant la circulation du périph’ : un personnage de leur série des « Géants » cabossés par la vie et coincés au milieu de l’agitation urbaine. On les retrouve, aujourd’hui, affairés à peindre un mur tout ce qu’il y a de plus classique dans ses dimensions en plein cœur du 8e arrondissement parisien. Leur rapport épidermique au street art se serait-il dissous dans le confinement ?

« Non, on en a toujours marre de l’ultra-visibilité du street art décoratif !, assure d’emblée le duo de trentenaires de Saint-Etienne, couple à la ville. Nous sommes venus pour notre exposition en galerie [« Le Plan sur la gommette », à la galerie Le Feuvre & Roze], mais sans pouvoir faire de vernissage, à cause du Covid-19. Pour ne pas passer une semaine à ne rien faire, on a demandé l’autorisation de peindre ce mur, à proximité, pour le plaisir. »

La question de l’éphémère

Le mur offre la vision, en gros plan, d’un morceau de chemise drapé, en clin d’œil à leur série de peintures « Plis et replis (de soi) », que l’on retrouve dans leur exposition. « Ces textiles, ce sont nos habits ou des tissus que l’on utilise chez nous, détaille Ella. On ne les avait jamais testés dans la rue, en très grand. Vu comme ça, ça pourrait être la chemise de l’un de nos “Géants”. »

ELLA : « ON A TOUJOURS EU PEUR DU TRUC PÉRENNE, ET PUIS C’EST HYPER JUBILATOIRE DE VOIR LA DESTRUCTION »

Au sous-sol de la galerie, la dernière vidéo de leur projet d’effacement de « Géants », réalisée il y a une dizaine de jours. On y voit une peinture de quelque 1 300 mètres carrés réalisée à même le sol d’une carrière, peu à peu raclée par deux pelleteuses. « Face à la surenchère du street art sur les murs des villes, on cherche à faire disparaître les œuvres depuis quelques années, et on poursuit nos recherches sur différents moyens d’effacement. » Ils ont ainsi testé les explosions de front de taille, à la surface de mines, les nettoyeuses à eau des balayeurs sur des trottoirs, la marée sur une plage, avec des algues en guise de tracés noirs… « On a toujours tourné autour de la question de l’éphémère », souligne Pitr. A leurs débuts, il y a une dizaine d’années, le duo collait des affiches, et c’est à force d’agrandir les formats à l’échelle de la ville qu’ils en sont venus à peindre sur des médiums moins éphémères que le papier.

« Recoller les morceaux »

Fissures, bris d’assiettes, gouffres, gros « cailloux » que le gel a fendus en deux : l’exposition, côté galerie, regorge de supports précaires sur lesquels évoluent leurs personnages cartoonesques, d’escalades en réconciliations. Ce petit monde joyeusement fêlé, qui se décline notamment sur des objets de récup’ – fonds de tiroir ou portraits sur pinceaux usagés –, ne se prend jamais au sérieux. Certains petits dessins restent même presque aussi invisibles, à une tout autre échelle, que la géante du périph’: ils sont encadrés derrière des verres flous. « C’est une façon de se séparer du dessin, de casser les narrations. » Casser les codes, comme la vaisselle (un rituel chez eux, pour célébrer les bons moments). Le slogan sur les affiches qu’ils ont placardées dans les rues de Paris pour annoncer leur venue résume en une contrepèterie foutraque leur position dans l’art urbain : « Vivre Rire ou Moulibr » !

Mur, au 5, avenue Myron-Herrick, Paris 8e. Exposition « Le Plan sur la gommette », à la galerie Le Feuvre & Roze, 164, rue du Faubourg-Saint-Honoré, Paris 8e. Jusqu’au 4 juillet. Du mardi au vendredi, de 11 à 19 heures, le samedi, de 13 h 30 à 19 heures.

25 juin 2020

NudeGem by Sammy Galinsky on Vimeo.

25 juin 2020

Milo Moiré

milo41

milo44

24 juin 2020

Le Bataclan, le Casino de Paris et les Folies Bergère sont à vendre

bataclan à vendre

La France métropolitaine toute entière est passée en zone verte et on s’en réjouit, mais si l’activité reprend doucement dans la plupart des secteurs, notamment culturel, la branche du spectacle vivant est toujours en grande difficulté. Contrairement aux cinémas qui vont pouvoir rouvrir bientôt en laissant des sièges vacants, les théâtres et salles de concerts ont trop de frais pour ne pas tourner à plein régime… Autant dire qu’il faudra attendre plusieurs mois avant qu’ils sortent la tête de l’eau !

Au milieu de cette crise inédite, le groupe Lagardère met en vente un pack complet de salles de spectacles comprenant le Casino de Paris, les Folies Bergère, le Bataclan, ainsi que la concession des Arenas de Bordeaux et d’Aix-en Provence. En prime, quelques tournées d’artistes comme celles de M, Jean-Louis Aubert ou Florent Pagny sont à pourvoir… Le moment est peut-être mal choisi pour espérer faire des affaires.

Un secteur en grande difficulté

C’est une offre a 70 millions d’euros qu’Arnaud Lagardère propose pour l’acquisition de l’ensemble de son pôle Entertainment. Les premiers acheteurs potentiels comme Fimalac Entertainment, Vivendi ou Live Nation ont déjà décliné. En même temps, mis à terre par le Coronavirus pour une durée indéterminée, les grands groupes ont déjà du mal à rentrer dans leurs frais sans activité dans leurs propres salles. De surcroît, le prix particulièrement élevé de l’offre peut en rebuter plus d’un en cette période compliquée.

Ainsi, pour les repreneurs potentiels, il s’agira d’abord de remettre en marche leurs propres salles et de rentabiliser leurs spectacles à la rentrée malgré les mesures sanitaires. Autre problème et pas des moindres : si le Casino de Paris et les Folies Bergère sont deux salles historiques qui pourraient être largement convoitées, les travaux à réaliser y sont d’envergure. En effet, le groupe Lagardère n’a jamais effectué de grandes opérations de rénovation, ce qui obligera le prochain acquéreur à débourser plusieurs millions supplémentaires pour une remise à neuf. Quant au Bataclan, il souffre encore d’une sous-fréquentation depuis les attentats de 2015, ce qui nécessitera une campagne de communication convaincante pour la prochaine saison. Affaire à suivre…

24 juin 2020

Extrait d'un shooting - photos : Jacques Snap

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