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Jours tranquilles à Paris

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18 mai 2020

Binic

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18 mai 2020

Décryptages - Coronavirus : une surmortalité très élevée en Seine-Saint-Denis

Par Mathilde Costil, Louise Couvelaire, Eugénie Dumas, Eric Dedier, Sylvie Gittus, Delphine Papin - Le Monde

Ce département, très touché par l’épidémie de Covid-19, cumule les facteurs de risques économiques, sanitaires et sociaux.

Plus de personnes à la santé fragile, davantage de salariés en première ligne et de familles nombreuses confinées dans des logements exigus… La Seine-Saint-Denis est le département francilien le plus éprouvé par la pandémie de Covid-19. Le taux de surmortalité y a bondi de près de 130 % entre le 1er mars et le 27 avril par rapport à la même période en 2019. C’est deux fois plus que dans les Yvelines (+ 67,3 %) ou la Seine-et-Marne (+ 65,4 %).

Deuxième département le plus peuplé de la région après Paris avec 1,6 million d’habitants, le 93 se situe loin devant la capitale, qui a enregistré une augmentation du taux de surmortalité d’un peu moins de 90 %, et juste devant les Hauts-de-Seine (+ 108,9 %). C’est ce que révèle l’infographie réalisée par Le Monde, qui s’appuie sur les données de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) et sur une étude de l’observatoire régional de la santé d’Ile-de-France publiée au mois d’avril. Les intercommunalités de Plaine Commune et Est Ensemble paient le plus lourd tribut avec des hausses de 179,5 % et 161,6 %.

Le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, avait évoqué un excès de mortalité « exceptionnel » lié à l’épidémie de Covid-19 dans le 93, dès le 2 avril. « Si les raisons de cette fragilité sont multiples, à l’évidence ce sont les inégalités dont souffre la Seine-Saint-Denis à tous les niveaux qui expliquent ce terrible bilan », a écrit Stéphane Troussel, le président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, dans une lettre adressée au chef de l’Etat fin avril.

Un public à la santé déjà fragile

Précarité, pauvreté, déserts médicaux, comorbidités, densité de l’habitat : les inégalités sociales et sanitaires préexistantes sont autant de facteurs de risque. Si la Seine-Saint-Denis est le département le plus jeune de la région avec près de 30 % de sa population âgée de moins de 20 ans, c’est aussi celui qui compte le plus de personnes de plus de 65 ans atteintes de pathologies telles que le diabète (25 %) et les maladies respiratoires chroniques (13 %).

Des travailleurs-clés en nombre et plus amenés à se déplacer

C’est aussi dans ce territoire situé aux portes de Paris, le plus pauvre de la métropole, que résident le plus grand nombre de travailleurs-clés, officiant dans les secteurs d’activités les plus exposés : 16,2 % des agents hospitaliers de la région habitent en Seine-Saint-Denis, ainsi que 18,7 % des caissiers et des vendeurs, 21,6 % des livreurs et 15,4 % des aides-soignants (juste derrière la Seine-et-Marne, qui en compte 16,4 %). Ces salariés séquano-dionysiens font également plus de déplacements que les autres : plus de 50 % d’entre eux travaillent dans un département d’Ile-de-France différent de celui dans lequel ils résident. A titre de comparaison, ils sont seulement 24,4 % à Paris.

Des conditions de vie qui peuvent favoriser les transmissions

Leurs conditions de logement sont également susceptibles de favoriser le développement de « clusters familiaux » : 42 % des ménages de Seine-Saint-Denis comptent trois personnes ou plus contre 22 % dans la capitale. A noter que la surface moyenne par personne pour un quart des foyers du 93 est de 18 mètres carrés. Elle est de 25 mètres carrés dans le 75.

« Le plan annoncé par l’Etat en octobre 2019 pour rattraper les carences et les inégalités dans notre département doit être revu pour être beaucoup plus massif et plus rapide, a plaidé Stéphane Troussel dans sa lettre à Emmanuel Macron. Il doit concerner tous les secteurs régaliens que sont la santé, et en premier lieu l’hôpital, l’éducation, la police et la justice, mais aussi un volet social. » La Seine-Saint-Denis, comme les sept autres départements de la région parisienne, restent en zone rouge sur la carte établie par le gouvernement.

18 mai 2020

Emily Ratajkowski

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18 mai 2020

Rencontre avec Olga Kurylenko, la James Bond girl abonnée aux films d'auteur

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CINÉMA

En ce moment à l’affiche de l’étonnant thriller fantastique “The Room” de Christian Volckman, des “Traducteurs” de Régis Roinsard et de “The Bay of Silence” de Paula Von der Oest, l’actrice Olga Kurylenko n’en finit plus de nous surprendre.  Pour Numéro, elle revient sur son rapport effréné au travail, le tournage inhabituel d’“À la Merveille” de Terrence Malick et sa relation particulière avec l’Ukraine, son pays d’origine.

Propos recueillis par Margaux Coratte

Depuis sa révélation en tant que James Bond girl en 2008, Olga Kurylenko a tourné dans plus de trente long-métrages, alternant entre grosses productions hollywoodiennes et films d’auteur. À cheval entre les cultures, l’actrice française s’est illustrée aussi bien auprès de Ben Affleck dans À​ la Merveille de Terrence Malick qu’en tant que victime directe de la catastrophe de Tchernobyl dans La Terre Outragée de la réalisatrice israélienne Michale Boganim. Dans son tout dernier film The Room, qui sort aujourd'hui en VOD, elle découvre avec horreur les pouvoirs envoûtants d’une maison mystérieuse. Rencontre.

NUMERO : J’ai appris sur Instagram que vous aviez contracté le Covid-19. Comment allez vous aujourd’hui?

Olga Kurylenko : Tout va bien maintenant ! Heureusement je n’ai pas eu de complications, je crois que j’ai de bons anticorps. En fait j’ai pu profiter à fond de cette période de confinement, c’est arrivé juste au bon moment pour moi parce-que j’avais terminé tous mes projets en cours. J’avais vraiment besoin d’un break !

Vous êtes parfois à l’affiche de trois ou quatre films en même temps. Comment faites-vous pour travailler autant ?

Je suis une personne un peu extrême. Avec moi c’est tout ou rien, il n’y a pas de juste milieu ! Quand je me mets à travailler, j’y vais à fond, j’enchaîne les tournages et je ne m’arrête que quand je suis totalement épuisée et que je n’ai pas le choix de faire une pause.

Dans votre dernier film The Room, votre personnage dit à son compagnon “tu vas devenir un grand peintre et moi une femme au foyer parfaite”. Est-ce quelque chose que vous pourriez dire dans la vraie vie ?

Il y a quelques années, je vous aurais répondu non tout de suite. Mon deuxième mari ne voulait pas du tout que je travaille, mais c’était hors de question ! Aujourd’hui, avec cette période de confinement j’ai réalisé qu’en fait j’aime bien être une femme au foyer. Et ça me fait un peu peur d’ailleurs ! Mais bon je m’occupe de mon fils, je lui fais l’école à la maison, je cuisine des petits plats, je fais du jardinage… Aujourd’hui si un homme me demandait de rester à la maison je lui dirais oui (rires). C’est peut-être l’âge qui fait ça !

Vous avez tourné dans plus de trente long-métrages et au moins quatre sér

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ies. Et pourtant vous n’avez travaillé qu’avec quatre réalisatrices !

Ah, c’est intéressant que vous ayez remarqué ça ! En fait j’ai tourné avec cinq femmes, mais je ne peux pas vous donner le nom de la cinquième car je n’ai pas le droit de parler du film, c’est un projet secret. Mais c’est vrai que ça ne fait pas beaucoup…

À​ votre avis est-ce que c’est lié au fait que depuis le James Bond de Marc Forster vous avez multiplié les films d’actions ?

Vous voulez dire que les femmes ne réalisent pas de films d’actions ? Peut-être…. Mais pourtant il y en a quand même quelques unes, comme Kathryn Bigelow par exemple. Ses films sont assez masculins. Et puis, Wonder Woman a été réalisée par une femme aussi 

“Terrence Malick a une manière très particulière de filmer. C'est un peu comme un documentaire où chacun doit improviser en fonction de son personnage.”

Mais vous avez aussi tourné dans des films d’auteurs comme L’Annulaire de Diane Bertrand, À​ la Merveille de Terrence Malick ou La Mort de Staline d’Armando Ianucci.

Oui, j’essaye toujours d’intercaler les films d’actions avec des films d’auteur. Personnellement c’est ce que je préfère voir en tant que spectatrice. D’ailleurs, au début de ma carrière je pensais vraiment que je ne ferais que ça !

Il paraît que pour le film de Terrence Malick vous n’avez pas eu le droit de lire le scénario. Comment fait-on en tant qu’actrice, pour aborder un rôle de cette manière ?

En fait Terrence m’a fait venir deux semaines avant le début du tournage et il m’a énormément parlé de mon personnage. Je ne savais pas ce qu’il disait aux autres acteurs, c’était vraiment un travail individuel. Il a une manière très particulière de filmer, c’est un peu comme un documentaire. Il demande aux acteurs de visualiser leurs personnages, d’imaginer leurs réactions dans telle ou telle situation et après il les filme au quotidien. Par exemple il me suivait avec son caméraman la journée, il me disait d’aller à la messe ou encore de me disputer avec mon compagnon dans le film, Neil [Ben Affleck], mais il ne me disait jamais ce que je devais dire, c’était à moi d’improviser.

Votre travail de préparation pour The Room ressemblait-il aussi à ça ?

Pas du tout ! Christian Volckman m’a donné le scénario et on a fait pas mal de préparation en amont du tournage. J’ai eu énormément de chance de tourner avec Kevin Janssens, qui est mon mari dans le film, on s’est très bien entendu. On a réussi à avoir une vraie complicité, j’ai l’impression que ça se ressent à l’écran.

Dans le film, votre personnage habite une maison magique qui peut faire apparaître tout ce qu’on lui demande. Que demanderiez-vous si vous aviez accès à cette maison dans la réalité?

Beaucoup de gens me posent cette question, mais pour être honnête je ne veux rien. On ne peut pas demander du bonheur ou la paix dans le monde car ce ne sont pas des choses tangibles. Moi je n’ai envie de rien de matériel, je m’en fous, j’ai assez d’argent pour m’acheter des vêtements ou à manger. Bon… une voiture à la limite !

Sur votre compte Instagram, vous avez posté une publication le 8 mai pour célébrer le jour de la victoire des Alliés, ce qui a fait énormément réagir vos followers…

Comment avez-vous compris la publication? C’était du russe !

Certains commentaires étaient rédigés en français…

C’est incroyable les réactions que cette publication a pu avoir. Ça a créé une polémique comme je ne pouvais pas l’imaginer ! En fait ma mère a offert un jouet à mon fils, un tank en carton. Je l’ai dit sur Instagram et j’en ai profité pour souhaiter un joyeux 8 mai à tous, et là… Mon Dieu! Les gens ont tout mélangé. Des nationalistes ukrainiens extrémistes m’ont insulté, traité de traitre et accusé de soutenir le gouvernement russe. Ça n’a rien à voir ! Moi je voulais simplement commémorer la mémoire de ceux qui sont morts pendant la Seconde Guerre mondiale, c’est tout, je m’en fiche du conflit entre l’Ukraine et la Russie. Malheureusement, les médias s’en sont emparés et cette histoire a fait les gros titres dans la presse et à la télévision là-bas. Heureusement, certains m’ont quand même soutenue.

Avez-vous eu le même genre de réactions quand vous avez dénoncé le comportement d’Harvey Weinstein ?

Pas du tout. Étrangement personne n’en a parlé. Mais mon histoire avec Harvey Weinstein n’est pas aussi scandaleuse que celles d’autres actrices qui ont été violées.

“Je ne sais jamais quoi répondre quand on me demande si je me sens plus Ukrainienne ou Française. Je n'ai pas envie de choisir!”

Vous êtes née en Union Soviétique, vous avez déménagé en France à l’âge de 16 ans, vous avez tourné aux Etats-Unis et vous habitez à Londres. Avez-vous parfois le sentiment d’être un peu perdue ?

J’habite à Londres mais franchement avec ce qui ce passe en ce moment là-bas j’ai envie de revenir en France ! Pour moi avoir plusieurs cultures et plusieurs langues est une vraie richesse. Je ne sais jamais quoi répondre quand on me demande si je suis plus Ukrainienne ou plus Française, je n’ai pas envie de choisir ! En plus c’est un réel atout dans mon métier, je peux tourner presque partout. Dans le film de Michale Boganim La Terre Outragée, je parle trois langues !

D’ailleurs vous faites souvent les doublages en français de vos films.

Oui, pour moi c’est important de le faire car ça me permet d’avoir vraiment le contrôle sur mon jeu. J’adore aussi enregistrer la post-synchro, ce qui étonne toujours les ingés sons car  en général aucun acteur n’aime faire ce travail. Pour moi, ça me permet d’analyser ma performance.

Johnny Depp dit toujours qu’il n’a jamais vu un seul de ses films.

Je pense qu’il y a deux raisons à cela : soit on est très sûr de soi et on pense qu’on a pas besoin de regarder ses films, soit on a très peur de découvrir qu’on est mauvais. Personnellement je n’ai jamais eu peur de découvrir que je n’ai pas bien joué. Si ma performance n’est pas bonne je ne vais pas déprimer et aller me pendre ! C’est essentiel pour moi de me regarder pour m’améliorer. Je pense qu’on peut toujours résoudre un problème.

Quels sont vos désirs de cinéma pour la suite ?

Avant je vous aurais dit que j’aimerais tourner avec Lars Von Trier ou David Lynch. Mais maintenant j’attends surtout d’être emballée par un projet. Pourquoi pas faire plus de comédies, histoire de changer un peu de registre !

The Room, de Christian Volckman. Disponible en VOD.

18 mai 2020

Anna's Workshops - Anna Johansson

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18 mai 2020

Enquête - Epidémie de Covid-19 : en Ile-de-France, la sortie de la zone « rouge » reste un horizon lointain

Par Denis Cosnard, Chloé Hecketsweiler - Le Monde

Un suivi minutieux de chaque nouveau malade et de ses contacts sera indispensable pour éviter un rebond de l’épidémie dans la région la plus densément peuplée de France.

Quand l’Ile-de-France pourra-t-elle sortir du « rouge » ? A regarder la carte de suivi épidémique publiée jeudi 7 mai par la direction générale de la santé (DGS), cet horizon semble encore lointain. Le virus reste bien présent dans la région, notamment à Paris et dans le Val-d’Oise, et le nombre de lits de réanimation occupé demeure élevé. Même dans les scénarios les plus optimistes, plusieurs semaines seront nécessaires pour que ces deux indicateurs repassent dans le vert. Et encore faudra-t-il que les mesures prises pour limiter le nombre de nouveaux cas s’avèrent aussi efficaces qu’attendu.

A la Mairie de Paris, les élus espèrent bien, cependant, que la décrue de l’épidémie permettra de passer en juin du rouge au vert… et de tenir les élections municipales dans la foulée, fin juin. « Les indicateurs qui nous parviennent sont plutôt rassurants, relève Emmanuel Grégoire, le premier adjoint de la maire, Anne Hidalgo. Si on continue à avancer de cette façon, on ne peut attendre que du mieux. Sous réserve, évidemment, qu’il n’y ait pas de résurgence de l’épidémie. Il ne faut donc pas baisser la garde. »

Poursuivre le télétravail « jusqu’à l’été »

La menace d’une reprise de l’épidémie est dans toutes les têtes, tant la situation de la région paraît propice à la circulation des virus. Paris est l’une des villes les plus denses au monde, avec plus de 20 000 habitants au kilomètre carré en moyenne. C’est aussi une ville-carrefour, où se croisent chaque jour des millions de Franciliens et de touristes. Dans certaines lignes de RER ou de métro saturées, comme la 13, difficile de ne pas être tassé contre son voisin. Pour éviter la cohue dans les transports, la présidente de la région, Valérie Pécresse, a invité tous ceux qui le peuvent à poursuivre le télétravail « jusqu’à l’été ». Cela suffira-t-il ?

En Ile-de-France, 982 malades du Covid-19 étaient toujours hospitalisés en réanimation au 14 mai, pour 1 200 lits disponibles « en routine » pour l’ensemble des patients, dont ceux hospitalisés à la suite d’une intervention chirurgicale. « Nous sommes montés en avril à quasiment 3 000 lits, en sachant que cela ne pouvait être qu’exceptionnel », explique Aurélien Rousseau, directeur de l’Agence régionale de santé (ARS) d’Ile de France. « Pour espérer un retour à la normale mi-juin, il faudrait que le R0 [c’est-à-dire le nombre de personnes contaminées par un individu infecté] reste au niveau du confinement », explique-t-il.

Pour détecter une éventuelle reprise de l’épidémie, plusieurs indicateurs seront suivis quotidiennement. Le nombre de tests positifs d’abord : ils seront prescrits à tous les « cas évocateurs » de Covid-19, c’est-à-dire même aux patients présentant peu de symptômes, ainsi qu’à toutes les personnes ayant été en contact avec un cas confirmé, même en l’absence de symptômes. Jusque-là, seule une fraction de la population était testée (les patients les plus graves, les soignants et les résidents des Ehpad) ce qui ne donnait qu’une idée approximative de la situation épidémique. « Cela nous indiquait la tendance. Là, nous serons au plus près de la réalité », estime Aurélien Rousseau, en précisant qu’à ce stade, « seuls » 2 % des tests réalisés sont positifs.

Appel en douze langues

Une modélisation de l’Institut Pasteur estimait qu’au jour du déconfinement, le 11 mai, il y avait 1 200 nouveaux cas quotidiens en Ile-de-France, soit un tiers de ce qui était attendu à l’échelle nationale. Tous doivent désormais faire l’objet d’une « enquête » pour déterminer les personnes de leur entourage qui ont pu être contaminées. A raison de 10 contacts en moyenne pour chaque patient, cela représente plus de 10 000 appels quotidiens à l’échelle régionale. « Lors de la phase 2 de l’épidémie [au moment où cette stratégie n’était appliquée qu’aux clusters], nous traitions environ 500 cas par jour », rappelle Aurélien Rousseau.

Les caisses primaires d’assurance-maladie (CPAM) ont reçu mercredi 13 mai le feu vert pour démarrer ce « contact tracing », après la publication du décret encadrant ce dispositif. En Seine-Saint-Denis, l’un des départements les plus touchés par l’épidémie de Covid-19, les modélisations prévoyaient entre 90 et 130 nouveaux cas au 11 mai. Le travail minutieux d’enquête est confié à une équipe de 174 collaborateurs, avec une « réserve » de 50 personnes supplémentaires au cas où. Une entraide entre départements est prévue, avec la possibilité pour les CPAM situées en dehors de la région de prêter main-forte à celles qui seraient dépassées.

Le timing pour les enquêtes est très serré : « Tous les dossiers doivent être bouclés dans les vingt-quatre heures », estime Aurélie Combas-Richard, directrice générale de la CPAM d’Ile-de-France. « On repasse avec chaque patient zéro le film des jours précédents : les lieux qu’ils ont fréquentés, les collègues qu’ils ont pu croiser au travail, les commerces fréquentés », détaille-t-elle. Vendredi 15 mai, 23 « patients zéro », et 29 personnes de leur entourage ont été contactés. En Seine-Saint-Denis, département multiculturel, l’appel pourra avoir lieu dans douze langues différentes, selon les compétences identifiées à la CPAM : arabe, peul, bambara, tamoul… 

La bonne compréhension des instructions, ainsi que l’adhésion au dispositif, est clé pour prévenir une reprise de l’épidémie. Dans leurs prévisions, les autorités estiment qu’il faudra être capable d’identifier 75 % des nouvelles personnes infectées pour casser les chaînes de transmission. Les « cas contacts » sont invités à se confiner et à réaliser un test de dépistage plusieurs jours après l’exposition au virus. Trois mois après le début de l’épidémie, tout ne va pas de soi. « Nous avons dû réexpliquer à une patiente testée positivement qu’elle ne pouvait pas continuer à travailler, même en portant un masque », relate Aurélie Combas-Richard.

« Rester sous la barre des 200 lits »

Deux fichiers de suivi vont permettre de suivre au jour le jour l’évolution de l’épidémie : « Contact Covid » où sont renseignées toutes les informations sur les cas contacts et les « patients zéro », et Sidep – pour « service intégré de dépistage et de prévention » – où sont consignés les résultats des tests. « Nous suivrons l’évolution des indicateurs deux fois par jour, mais il faudra attendre deux à trois semaines pour savoir si la circulation du virus est bien sous contrôle », indique Aurélien Rousseau.

En attendant, toutes les informations recueillies pendant la première vague épidémique sont analysées. « Une analyse territoriale, à partir des données de mortalité, est en cours pour voir s’il y a eu des points chauds », précise Aurélien Rousseau, le directeur de l’ARS d’Ile-de-France. « Après trois mois d’épidémie, nous avons accumulé beaucoup d’informations et nous savons où il y a davantage de risques », poursuit-il.

A l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), on se tient prêt à réarmer des lits en cas de besoin. Il n’y a désormais plus que 20 à 30 entrées par jour en réanimation, pour 20 à 60 sorties. Mais il faudra attendre le 21 mai pour savoir si les mesures prises pour limiter la reprise de l’épidémie marchent (le délai moyen observé entre la contamination et l’hospitalisation en réanimation étant de dix jours). Pour anticiper une possible hausse, l’AP-HP dispose de différents radars : le nombre d’appels au SAMU, le nombre d’appels à SOS Médecins, et le nombre de passages aux urgences liés au Covid-19.

Au lendemain du déconfinement, le 12 mai, 438 patients étaient encore hospitalisés en réanimation, « en ligne avec ce qui avait été calculé par les modélisateurs », indique-t-on à l’AP-HP. Au point bas de la courbe, le 21 mai, ils devraient être 250. Pour la suite, plusieurs scénarios ont été échafaudés. Les plus « probables » tablent sur un R0 de 1,2 ou 1,5 – contre 0,7 pendant le confinement – et anticipent une remontée progressive des hospitalisations en réanimation. Dans cette hypothèse, jusqu’à 500 lits seraient occupés au 30 juin, soit 100 % de la capacité de l’AP-HP avant l’épidémie. « Or il faudrait rester sous la barre des 200 lits pour que cela soit tenable », estime-t-on à l’AP-HP, où le retour « au vert », ne semble pas pour demain.

17 mai 2020

Extrait d'un shooting - Photos : Jacques Snap

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17 mai 2020

Dans l’Aisne, Emmanuel Macron cherche à s’inspirer de « l’esprit de résistance » du général de Gaulle

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Le chef de l’Etat a présidé dimanche la commémoration de la bataille de Montcornet, le 17 mai 1940, quand Charles de Gaulle, à la tête de la 4e division cuirassée, parvint à freiner l’avancée allemande.

Par Olivier Faye 

Les champs de betteraves et d’oignons s’étendent à perte de vue, horizon seulement crevé par la ronde des éoliennes. Une stèle, surmontée de la tourelle d’un char d’assaut, a été érigée au milieu de ce paysage aride, le long d’une étroite route de campagne qui relie La Ville-aux-Bois-lès-Dizy et Clermont-les-Fermes, deux villages des confins de l’Aisne, au nord de Laon. Elle commémore la mémoire des combattants de la 4e division cuirassée qui, en mai 1940, « tentèrent désespérément d’arrêter l’invasion allemande », comme dit le message gravé dans la pierre. Le nom de leur commandant est inscrit, lui aussi : « colonel de Gaulle ».

Emmanuel Macron est venu célébrer, en ce dimanche 17 mai, la mémoire de celui qui, « ici même, sur les champs de bataille de l’Aisne, rencontra son destin ». Il y a quatre-vingts ans jour pour jour, Charles de Gaulle, alors inconnu du grand public, freinait l’avancée des Panzer allemands lors de la bataille de Montcornet, du nom d’un village voisin. Il venait d’être nommé à la tête de cette division composée à la hâte, réunion d’unités disparates qui se distingua encore une fois, dix jours plus tard, lors de la bataille d’Abbeville (Somme), rare succès au milieu de la débâcle contre l’ennemi allemand. « Au moment même où l’ombre de la résignation et du renoncement s’étendait sur notre pays, l‘esprit de la résistance se leva », souligne Emmanuel Macron, installé derrière son pupitre, au milieu des champs.

« L’espérance avait jailli »

Ces jours furent fondateurs pour de Gaulle, élevé durant cette période au grade de général de brigade, puis nommé sous-secrétaire d’Etat à la défense nationale. Autant de titres qui l’aideront à construire son statut de héraut de la France libre, quelques semaines plus tard. L’intéressé, une fois devenu président de la République, résuma la chose d’une formule lors d’une visite à Montcornet, le 12 juin 1964 : « L’espérance avait jailli. » « J’étais avec une grande unité par hasard rassemblée et qui a ramassé ici des lauriers, alors qu’il n’y en avait guère », déclara-t-il ce jour-là.

Cette commémoration était inscrite de longue date sur l’agenda de l’Elysée, mais elle a bien failli ne pas se tenir pour cause d’épidémie due au coronavirus. Espérée comme une grande réunion populaire, prélude à « l’année de Gaulle », qui voit se succéder le 80e anniversaire de l’appel du 18-Juin, le 130e anniversaire de la naissance et le 50e anniversaire de la mort du Général, cette journée d’hommage a dû être ramenée à des proportions plus modestes. Pas de foule en liesse sur les bords de la route, juste quelques élus et descendants de combattants, placés à un mètre les uns des autres. Mais, comme le dit un proche du chef de l’Etat, « la mémoire, c’est ce qui fait encore écho en nous ». Il ne faut donc pas manquer une occasion de la réveiller.

Emmanuel Macron a cherché à mettre en valeur « l’esprit de résistance » qui selon lui anime ses compatriotes

Emmanuel Macron s’y est employé en un quart d’heure de discours, sans jamais faire référence explicitement à la crise sanitaire qui secoue la France, ni aux polémiques qui assaillent l’Etat et le gouvernement sur leur impréparation à y faire face. Le locataire de l’Elysée n’a eu de cesse que de louer « l’invincible espérance [qui] a jailli dans le cœur d’un homme », son « audace » et son esprit de « conquête » comme autant de réponses à ceux qui lui reprochent de promettre « les jours heureux » avant même d’avoir gagné la « guerre » contre le Covid-19.

Il a surtout cherché à mettre en valeur « l’esprit de résistance » qui, selon lui, anime ses compatriotes. « Il est toujours bon de rappeler aux Français quelles sont leurs qualités », sourit-on à l’Elysée. Cette détermination à se relever, « qui jamais ne meurt, même quand le pays est vaincu », Emmanuel Macron veut même en faire un mantra pour l’après-coronavirus. Explicite, il prévient : « De Gaulle nous dit que la France est forte quand elle sait son destin, quand elle se tient unie, qu’elle cherche la voix de la cohésion au nom d’une certaine idée de la France. » Un écho au slogan « la France unie » que le chef de l’Etat promeut depuis plusieurs semaines pour tenter de répondre à la crise.

Querelles d’héritage

Pendant ce temps-là, le président de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand, se tient debout face à lui, les bras croisés et le visage à moitié recouvert par un masque remonté jusque sur le haut du nez. Personne n’en porte autour de lui. Dans une tribune au Journal du dimanche publiée le matin même, l’ancien du parti Les Républicains se réclame du général de Gaulle, lui aussi, mais pour mieux critiquer en creux Emmanuel Macron. « Pour de Gaulle, un chef ne doit pas parler en permanence, à tort et à travers. Il doit mener son pays d’une main ferme sans se préoccuper de sa popularité et être capable d’assumer seul les bonnes décisions », écrit-il. Une fois son discours achevé, le chef de l’Etat vient à sa rencontre pour le saluer. « Les gens ont souffert. Ils ont hâte que l’économie reprenne », lui lance Xavier Bertrand.

A quelques mètres de là, Yves de Gaulle, petit-fils du Général, observe le ballet avec distance ; il ne veut pas commenter les querelles d’héritage. Le discours d’Emmanuel Macron, en revanche, qui souligne le sacrifice de « ceux de 40 » – 60 000 soldats ont perdu la vie pendant les deux mois de la bataille de France – l’a « ému ». « La France ne fut pas la victime consentante de son effondrement, a souligné le chef de l’Etat. Nos armées furent battues mais elles luttèrent. » « La France du bas, qui s’accroche, qui se défonce, qui fait son boulot, c’est celle-là qui compte, pas celle des corps intermédiaires, des partis politiques. C’est un thème résolument gaulliste », estime Yves de Gaulle, tirant un fil entre cette époque et la nôtre.

Dans ses Lettres, notes et carnets, le général de Gaulle, pour sa part, cherchait à puiser dans la mémoire de la bataille de Montcornet une leçon d’espoir. « Avec les morceaux épars, on peut faire quelque chose de puissant, pour peu qu’on les rassemble – ce fut là toute l’histoire de notre 4e division cuirassée », écrivait-il. Mais cet homme sans cesse tiraillé par le démon de la dépression ajoutait à ce constat une conclusion plus sombre : « Nous sommes un pays qui passe sa vie à traverser des drames et à en tirer de temps en temps des leçons sans que toujours malheureusement ces leçons suffisent à éviter le drame suivant. »

Olivier Faye(Ville-aux-Bois-lès-Dizy (Aisne), envoyé spécial)

17 mai 2020

Journée Mondiale de Lutte contre l'Homophobie

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17 mai 2020

Déconfinement

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