8 mai : la reine Elisabeth II appelle les Britanniques à “ne jamais perdre espoir”.
“Dans un discours émouvant pour marquer le 75e anniversaire de la fin de la Deuxième guerre mondiale”, prononcé “dans le cadre de la crise du coronavirus”, écrit The Telegraph, la reine Elisabeth II a appelé vendredi les Britanniques à “ne jamais perdre espoir”. “Nos rues ne sont pas vides ; elles sont remplies de l’amour et de l’attention que nous avons les uns pour les autres”, a-t-elle ajouté, raconte le quotidien conservateur. “La monarque”, qui s’est adressée à la nation “à 21 heures” locales (22 heures à Paris) – “tout comme son père”, le roi George VI, “l’avait fait à la fin des combats en Europe le 8 mai 1945 – a déclaré qu’elle se souvenait ‘vivement’ des ‘scènes de jubilation’ qui avaient marqué le triomphe après la sombre incertitude de la guerre”.
Démocratie - À Hong Kong, Pékin profite de la pandémie pour sortir l’artillerie lourde
BAODAOZHE (THE REPORTER) (TAIPEI)
Une vague d’arrestations dans le camp démocrate et l’appel au recours à l’article 23 de la Loi fondamentale de Hong Kong signalent la volonté de Pékin de profiter de l’épidémie pour reprendre la main sur le territoire, observe le Baodaozhe, un journal de Taïwan.
Le 18 avril dernier, de bon matin, la police hongkongaise a fait irruption chez Jimmy Lai Chee-ying, le fondateur du groupe de presse Next Digital [éditeur notamment du très populaire et indépendant Apple Daily], pour procéder à son arrestation. Quatorze autres personnalités du clan démocrate à Hong Kong ont subi le même sort.
Parmi eux, le cas qui a retenu le plus l’attention est celui de Martin Lee Chu-ming, 81 ans, surnommé respectueusement “le Père de la démocratie” par les Hongkongais. C’était la première fois en plus de cinquante ans de militantisme en faveur de la démocratie que cet éminent avocat, défenseur de nombreuses personnalités du camp démocrate, était interpellé.
Plus de place pour les modérés
Cette vague d’arrestations est motivée par la participation illégale des personnes interpellées à des rassemblements non autorisés contre le projet de loi d’extradition l’an dernier. [Ce texte a provoqué l’ire des Hongkongais, qui y voient un affaiblissement du pouvoir judiciaire du territoire face à Pékin.]
Contrairement aux contestataires hongkongais plus jeunes, plutôt jusqu’au-boutistes, ces figures du clan démocrate sont pour la plupart des partisans d’une réunification démocratique qui demandent seulement à Pékin de tenir ses engagements en accordant une véritable autonomie étendue à Hong Kong selon le principe “un pays, deux systèmes”.
Ces événements montrent qu’il n’y a quasiment plus de place pour la ligne modérée, que ce soit au sein de la société hongkongaise ou pour Pékin.
Résultat d’une escalade
Il faut donc voir dans cette vague d’interpellations un symbole. Voici ce qu’a tweeté à ce propos Tim Culpan, écrivain et chroniqueur de Bloomberg, résidant depuis longtemps à Taïwan :
Selon moi, le 18 avril 2020 restera une date historique, celle du jour où la Chine a renoncé à prétendre vouloir ‘réunifier pacifiquement Taïwan’. La façon dont Pékin traite Hong Kong ne peut être dissociée de celle dont elle compte traiter Taïwan.”
En fait, les nouvelles qui se succédaient laissaient présager une répression imminente.
Le 13 avril, les deux Bureaux de Hong Kong (le Bureau des affaires de Hong Kong et Macao, organe de l’administration chinoise chargé des liens avec les deux villes, et le Bureau de liaison avec la Chine) avaient accusé violemment le député du Parti civique [démocrate] Dennis Kwok de faire de “l’obstruction parlementaire” pour retarder l’élection du président de la commission des lois [du LegCo, l’assemblée législative], estimant qu’il violait ainsi son serment parlementaire.
Le 14 avril, des hauts magistrats confiaient à l’agence de presse Reuters leur inquiétude de voir l’indépendance judiciaire de Hong Kong menacée par la tentative de Pékin de peser sur leur droit de statuer en dernier ressort.
L’article 23 au cœur du contentieux
Le fait le plus marquant a eu lieu le 15 avril. Ce jour-là, Luo Huining, le nouveau responsable du Bureau de liaison avec la Chine, en poste depuis janvier, a rouvert le dossier brûlant de la mise en œuvre de l’article 23 de la Loi fondamentale.
Cet article stipule que les autorités doivent introduire une loi sur la sécurité nationale avec pour objectif d’interdire les actes de trahison, sécession, sédition et subversion sur le sol hongkongais. [Cet article est controversé car considéré comme portant atteinte à la liberté d’expression à Hong Kong et au principe “un pays, deux systèmes”.]
Luo Huining a souligné que, depuis sa rétrocession à la Chine en 1997, Hong Kong constitue une brèche dangereuse pour la sécurité nationale de la Chine, en permettant l’intrusion de forces étrangères. Pour y remédier au plus vite, il a indiqué qu’il fallait prendre des dispositions.
Les administrateurs chinois s’imposent
Le 18 avril, dans la soirée, après la grande vague d’arrestations, les deux Bureaux ont par ailleurs tenu à rappeler que Pékin leur avait conféré la mission de s’occuper des affaires hongkongaises.
Ils avaient à ce titre le droit de les superviser au nom du gouvernement central, et ce sans se soumettre à l’article 22 de la Loi fondamentale qui stipule pourtant que “aucun département du gouvernement central ne peut interférer dans les affaires de la Région administrative spéciale de Hong Kong”.
Cette nouvelle interprétation de l’article 22 [qui garantit à Hong Kong l’indépendance de son système] par les deux Bureaux a soulevé un tollé dans la société hongkongaise.
Agir vite
Pékin ne voudrait-il pas profiter de ce que les États-Unis et la communauté internationale sont accaparés par la lutte contre l’épidémie pour se dépêcher de mettre à exécution ce projet, avant les élections législatives en septembre à Hong Kong ?
En fait, la nomination en début d’année de Luo Huining, qui n’a jamais géré de dossiers en rapport avec Hong Kong et Macao, qui connaît mal la sphère politique et les milieux d’affaires hongkongais, et qui a plutôt l’âge de prendre sa retraite, avait déjà été interprétée par de nombreux observateurs comme le signe qu’il aurait pour mission de mettre en place l’article 23.
De plus, ces derniers jours, le très controversé représentant du clan constructif [pro-Pékin], Junius Ho, a plaidé à maintes reprises pour l’application de l’article 23 ; avec le groupe Alliance 23 fondé par plusieurs organisations pro-Pékin, il a lancé une pétition en ligne en faveur de cette mesure, en prétendant qu’elle aurait recueilli 1 million de signatures.
Un territoire sous tension
Rappelons-nous ! La dernière fois que Pékin a tenté de faire passer l’article 23, c’était également en pleine épidémie, en 2003, alors que la crise sanitaire du Sras venait d’éclater à Hong Kong. Plus de 500 000 manifestants avaient défilé dans les rues pour protester contre une telle décision, qui avait finalement été suspendue. Mais, dix-sept ans plus tard, les circonstances sont tout autres.
Peu après l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2012, a éclaté le mouvement des parapluies, qui a incarné durant soixante-dix-neuf jours le combat pour le suffrage universel du clan démocrate hongkongais.
L’an dernier, le mouvement contre le projet de loi d’extradition vers la Chine a secoué le territoire pendant plus de six mois, avec des manifestations qui ont fait descendre dans la rue jusqu’à 2 millions de personnes ; même la situation politique à Taïwan en a été profondément influencée. Cette année, Hong Kong est de plus confronté à une pandémie d’une ampleur inédite depuis cent ans. Les tensions à la fois intérieures et extérieures qui s’exercent sur le territoire sont bien supérieures à celles de 2003.
Une détresse invisible en pleine pandémie
Mais la détresse de Hong Kong est désormais moins visible du monde extérieur.
Le mouvement de protestation contre le projet de loi sur l’extradition, qui a démarré en juin dernier, est allé crescendo jusqu’à la mi-novembre, avec les universités de Hong Kong (HKU) et polytechnique (PolyU), théâtres de véritables batailles rangées.
Suite à ces événements, le clan démocrate a remporté une victoire écrasante avec 80 % des suffrages lors des élections pour les conseils de district le 24 novembre. Il a alors mis en sourdine le combat qu’il menait depuis plus de six mois.
Du fait de la diminution des scènes sanglantes et héroïques d’opposition courageuse, et des ravages de l’épidémie dans tous les pays, qui, trop débordés, n’ont plus le temps de s’intéresser à la situation des autres, l’attention médiatique dont faisait l’objet Hong Kong a nettement reculé. Nul doute que les gouvernements hongkongais et de Pékin ont pris cet élément de compte.
Une volonté de tout écraser
Voilà donc que la promesse faite dans les années 1980 d’accorder à Hong Kong “un haut degré d’autonomie selon le principe : ‘un pays, deux systèmes’” fait l’objet d’une nouvelle interprétation quarante ans après ! Cela n’a rien d’étonnant pour ceux qui connaissent bien l’histoire du Parti communiste chinois.
Le PCC a toujours su réajuster merveilleusement et rapidement sa ligne au gré de l’évolution de la situation. Une fois qu’il tient bien en main les rênes du pouvoir, il peut tout à son gré interpréter ensuite les choses dans un sens favorable à ses propres intérêts.
Il importe peu au gouvernement chinois, poussé par une logique de rapport de forces, que les Hongkongais s’éloignent de plus en plus de lui… Signe d’une volonté de tout écraser.
Lin Yiting
Source - Baodaozhe (The reporter)
TAIPEI https://www.twreporter.org/
Nécrologie - La résistante Cécile Rol-Tanguy est morte
Par Antoine Flandrin - Le Monde
Jusqu’à sa mort, le 8 mai à l’âge de 101 ans, elle défendit le souvenir de l’insurrection parisienne à laquelle elle prit part en tant qu’agente de liaison.
L’engagement des femmes dans la Résistance française fut longtemps occulté. Souvent, l’importance de leur rôle fut découverte après la mort de leur mari. Ce fut le cas de l’épouse du colonel Rol-Tanguy (1908-2002), chef des Forces françaises de l’intérieur (FFI) de la région parisienne, connu pour avoir mené la libération de Paris avant l’entrée des blindés du général Leclerc, le 24 août 1944. Jusqu’à sa mort, le 8 mai, à l’âge de 101 ans, Cécile Rol-Tanguy défendit le souvenir de l’insurrection parisienne à laquelle elle prit part en tant qu’agente de liaison.
Née le 10 avril 1919 à Royan (Charente-Maritime), elle grandit au Vésinet (Yvelines), puis à Paris dans le 19e arrondissement, dans une famille d’ouvriers communistes. Son père, François Le Bihan, électricien, militant CGT au Secours rouge international, héberge avec son épouse de nombreux responsables communistes tchèques, hongrois, yougoslaves, italiens et allemands, exilés politiques en France.
La rencontre avec Henri Tanguy
Après avoir obtenu son brevet, Cécile Le Bihan est embauchée en 1936 comme dactylographe à la fédération CGT de la métallurgie, où elle fait la connaissance d’Henri Tanguy, un Parisien d’origine bretonne qui a quitté l’école à 13 ans et a été renvoyé de plusieurs usines d’automobiles pour y avoir organisé des grèves. Elle devient sa marraine de guerre, après qu’il obtient l’autorisation du Parti communiste français (PCF) pour rejoindre les Brigades internationales pendant la guerre civile en Espagne, en 1937 et 1938. Il en reviendra avec une blessure à la poitrine et un surnom de guerre – Rol, le nom de son ami Théo, tué par les Franquistes.
Après leur mariage, en 1939, vient le temps des drames. Son père, François Le Bihan, est arrêté en avril 1940. Accusé d’avoir tenté de reconstituer le PCF alors dissous, il est écroué à la prison de la Santé, à Paris. Il sera déporté à Auschwitz où il mourra en 1942. Elle n’a aucune nouvelle de son mari, Henri Tanguy, mobilisé en 1939, affecté dans une usine d’armement près de la frontière pyrénéenne. Bientôt, leur petite fille de 7 mois, Françoise, tombe malade. Le bébé meurt le 12 juin, alors que les troupes allemandes entrent dans la capitale.
« Je n’avais plus rien, racontait-elle. Mon père avait été arrêté, mon mari, je ne savais pas où il était, et j’avais perdu ma petite fille. Qu’est-ce qui me retenait ? Je rentrai dans la Résistance. Ça m’a aidée. Ça m’a apporté quelque chose. » Contactée par la CGT, devenue clandestine, elle accepte de dactylographier des tracts et des articles pour des journaux de la Résistance. Lorsque son mari rentre à Paris, en octobre, elle devient son agente de liaison.
La Résistance et la Libération
Deux autres enfants, Hélène et Jean, naissent en 1941 et en 1943. Elle se sert de la poussette qui les transporte pour y cacher des documents secrets pour le réseau communiste des Francs-tireurs et partisans (FTP). Sous les rutabagas et les poireaux de son cabas, elle dissimule pistolets, grenades et détonateurs. Alors que son mari passe de planque en planque, elle vit avec sa mère et utilise des prénoms d’emprunt : Yvette ou Lucie.
Dans la nuit du 18 au 19 août 1944, c’est elle qui tape à la machine le tract appelant les Parisiens à s’insurger : « Aux patriotes aptes à porter des armes. (…) La France vous appelle ! Aux armes, citoyens ! ». Le 20, elle est de nouveau aux côtés du colonel Rol lorsque celui-ci installe son PC dans les catacombes, à vingt-six mètres sous le lion de la place Denfert-Rochereau. C’est là que le chef régional des FFI organise le soulèvement parisien. Cinq jours plus tard, après de rudes combats, les Parisiens fêtent la Libération, alors que les chars alliés entrent dans la capitale. Cécile Rol-Tanguy sort de l’ombre. Elle est reçue au ministère de la guerre, le 27, avec son mari ainsi qu’une vingtaine de chefs de la Résistance parisienne, par le général de Gaulle.
Après le décès de son mari, en 2002, elle continuera à témoigner. « J’ai longtemps accompagné mon mari pour évoquer la Résistance, disait-elle. Quand il est parti, l’idée qu’on allait oublier son combat et celui de tant d’autres ne me plaisait pas. Alors je me suis lancée, sans jamais penser à ce qui me tomberait dessus… »
René Perez - Et là Roger, vous diriez quoi ?
« La France a peur. » En ce temps où même les ados restaient bouche bée et fourchette en l’air pour l’écouter à 20 h pétantes, Roger Gicquel avait prononcé cette phrase culte, restée dans la mémoire collective presqu’au même titre que le « Je vous ai compris » de De Gaulle. Formulée en 1976 à l’annonce du meurtre du petit Philippe Bertrand par Patrick Henry (et après plusieurs rapts d’enfants), elle fut ensuite laminée, moquée et même coluchée, faisant passer le présentateur vedette, d’origine bretonne, pour un pleutre franchouillard alors qu’il entamait une déclaration d’un humanisme éclairé. Car, après cette formule choc introductive, il avait ajouté : « Mais (la peur) est un sentiment qu’il faut que nous combattions car il débouche sur des envies folles de justice expéditive, de vengeance directe et immédiate ». Les mots prennent tout leur sens quand on sait que la peine de mort sévissait encore et que la majorité des Français y étaient favorables. Autrement dit, son plaidoyer, à mots à peine couverts, contre la guillotine s’est transformé en raccourci bouffonné par les humoristes car tout le monde, ou presque, a oublié la seconde partie de son propos. Comme pour Rocard et la misère du monde.
Alors, bien sûr, en ces temps où l’anxiété submerge le pays bien plus qu’en 1976, la référence à la phrase culte de Gicquel revient dans des commentaires sur les ondes, parfois ironiquement. Et, cette fois, pas de doute : la France a vraiment peur. D’ailleurs, avouons-le, nous n’avons pas été beaucoup plus disciplinés que d’ordinaire. C’est bien la trouille de l’épidémie et la peur du gendarme qui nous ont claquemurés pendant deux mois, sous couvert d’un civisme peu décelable dans le génome du coq gaulois. Et c’est cette même anxiété qui a rendu le Parisien indésirable à Pâques et si ardemment désiré maintenant par le tourisme breton et ses 60 000 emplois en haute saison, effrayés par la perspective d’un bouillon historique en cet été 2020.
Alors forcément, à l’heure où se profile la libération conditionnelle, la peur ne va pas s’effacer d’un coup de baguette magique. C’est elle qui domine le débat sur la réouverture des écoles où toutes les opinions sont recevables. Quand il y a des enfants au milieu de la cour, qu’on soit pour ou qu’on soit contre, résolument optimiste ou foncièrement anxieux, on a raison. Chaque point de vue est légitime. Avec juste une petite nuance en Bretagne où le virus circule à peu près comme en Allemagne, pays dont les écoles s’ouvrent déjà progressivement. Dans le Grand Est, l’appréhension est bien plus manifeste et justifiée.
En revanche, entendre des dirigeants syndicaux inciter les confinés à ne pas reprendre le travail au nom du risque zéro, c’est nettement plus contestable alors que l’heure devrait être, au contraire, à se retrousser les manches. Car ce qui se profile laisse augurer une situation économique et sociale redoutable dans laquelle, au passage, ces mêmes responsables syndicaux pourront éventuellement trouver argument pour revenir bloquer le pays. Alors, si Roger Gicquel devait ouvrir le 20 heures de ce soir, il reviendrait nous dire : « La France a peur ». Et il ajouterait probablement : « Mais c’est un sentiment qu’il faut que nous combattions car il débouche sur les tentations folles de renoncements coûteux et de catastrophisme déraisonnable et suicidaire ».























