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Jours tranquilles à Paris

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9 mai 2020

BRETAGNE - Accès au littoral : le point département par département

Dès ce week-end, l’accès au littoral va être réglementé. Le décret annoncé va prévoir un principe d’interdiction aux plages et autoriser les préfets de chaque département à donner des dérogations aux communes. Les mêmes que pour les marchés de plein air. Voici la méthode, département par département.

Ille-et-Vilaine : « lundi matin les plages restent fermées »

La préfète d’Ille-et-Vilaine, Michèle Kirry, a quelque peu douché les espoirs des amateurs de plage les plus impatients, en indiquant, dès vendredi matin, que, dans son département, « les plages resteront fermées lundi ». Car il faudra, pour les maires, établir un cahier des charges strict, avec « des questions très pragmatiques » : sens d’entrée et de sortie de la plage, mobilisation de la police municipale s’il y en a une, fermeture des jeux d’enfants par des rubalises… « Les plages ne seront pas rouvertes avant qu’on ait effectué ce travail. Mais si on prend l’exemple des marchés, ça va très vite. Ça peut être en un jour ou deux », estime la préfète.

Finistère : dès lundi et pour les familles ?

« Et pourquoi pas dès lundi matin ? », interroge Pascal Lelarge. Pour le préfet du Finistère, rien ne s’oppose à ce que des maires du département décident d’ouvrir leur littoral au public (ainsi que la bande des 300 mètres côtiers sur laquelle ils ont aussi autorité), dès le 11 mai au matin. Mais cela à condition qu’ils rédigent leur propre cahier des charges et qu’ils puissent assumer la mise en œuvre de ces réouvertures.

Notamment sur trois points : d’abord le respect de l’environnement (de nombreuses espèces, d’oiseaux notamment, ont profité de la désertion des plages pour y nicher et s’y reproduire), ensuite le respect des normes sanitaires pour éviter un retour de bâton viral, et, enfin, le respect de l’ordre public. Et le préfet du Finistère ne voit pas « en quoi une famille pourrait ne pas laisser ses enfants faire des châteaux de sable, si leur plus proche voisin est à plusieurs mètres de distance sur une grande plage ventée ».

Morbihan : premières plages rouvertes à partir de mercredi

Comme son voisin finistérien, le préfet du Morbihan insiste sur une réouverture des plages respectueuse de l’environnement, des conditions sanitaires, et de l’ordre public. La méthode et le calendrier diffèrent un peu néanmoins. « Lundi soir, explique Patrice Faure, nous serons en réunion avec tous les maires, parlementaires, représentants d’EPCI, mais aussi le SDIS et des présidents d’associations pour régler l’intégralité des questions liées au retour vers le littoral et aux chemins côtiers. Ce qui me semble important, c’est d’harmoniser les règles au niveau départemental, pour qu’il n’y ait pas de concurrence entre les plages, qui créerait un afflux ici ou un reflux là ». Par ailleurs, le préfet attend aussi des communes qu’elles soient véritablement en mesure de faire respecter les règles qui seront décidées : « Il faut être sûr qu’elles auront, par exemple, moyen de faire respecter la distanciation physique des personnes », illustre-t-il. Premières ouvertures de plages possibles, « vraisemblablement » à partir de mercredi.

Côtes-d’Armor : attente d’un décret

Les plages seront toujours interdites, lundi, dans les Côtes-d’Armor. En ce premier jour de déconfinement, il sera donc hors de question de se précipiter sur le littoral avec sa serviette, son parasol et ses jeux de plage. Il faudra faire preuve d’un peu de patience car la préfecture, dit-elle, attend la parution du décret ministériel pour en savoir plus et disposer d’un cadre réglementaire pour prendre des mesures. Mesures dérogatoires qui pourraient s’apparenter, selon l’administration, à celles prises pour les marchés. En tout état de cause, si l’heure n’est pas à la précipitation, la préfecture confie qu’elle y travaille néanmoins par anticipation, en lien étroit avec les élus des communes du littoral.

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9 mai 2020

Mark Seidenfeld : Le Retour de la Déesse

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Il y a parfois des moments étonnants quand on ouvre le courrier électronique. Des surprises d’une créativité rare. C’est ce qui c’est passé avec ce portfolio de Mark Seidenfeld reçu il y a quelques jours. Le voici !

La ‘Déesse,’ pour moi, représente créativité, l’imagination et notre lien profond avec tout ce qui est vivant. Elle est la lumière des étoiles qui illumine l’obscurité de la nuit et l’inspiration qui peut transformer la tragédie en opportunité.

J’utilise mon appareil photo au service aussi de mon imagination, pour tisser des récits visuels. Dans un monde qui fonctionne sur la folie alimentée par la peur, il est, dans mon esprit, temps du ‘Retour de la Déesse’.

www.markseidenfeld.com

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9 mai 2020

A Paris, les masques gratuits promis par Anne Hidalgo vont finir par arriver

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Par Denis Cosnard

Avec plusieurs semaines de retard, les premiers masques en tissu vont pouvoir être retirés en pharmacie à partir du 11 mai. Gratuitement, mais après réservation sur Internet.

Promis, cette fois-ci, ils arrivent vraiment. Les millions de masques en tissu dont Anne Hidalgo a annoncé depuis le début avril la prochaine distribution gratuite aux Parisiens devraient enfin faire leur apparition à partir du 11 mai, a déclaré la maire socialiste de la capitale mardi 5 mai. Une mesure importante pour lutter contre l’épidémie de Covid-19, et éviter une deuxième vague à la sortie du confinement. Mais elle intervient avec plusieurs semaines de retard, et ne fait pas taire les critiques.

En réalité, deux types de masques vont être distribués, selon deux circuits différents. La Mairie a d’une part commandé des masques en tissu réutilisables. Ils peuvent être lavés une vingtaine de fois, et reviennent de l’ordre de 2 euros à 3 euros pièce, en intégrant l’emballage, la notice, et la logistique. « Quelque 500 000 de ces masques seront disponibles dans la première semaine du déconfinement, puis 350 000 nouveaux chaque semaine », promet Jean-François Martins, l’adjoint chargé du dossier à l’Hôtel de Ville.

Ces équipements destinés au grand public seront distribués gratuitement par les pharmacies. Un réseau qui compte 906 points de vente à Paris, et a paru particulièrement adapté : les pharmaciens pourront ainsi fournir des conseils d’utilisation.

Tous les Parisiens pourront en principe en avoir un, mais seulement après réservation sur le site de la ville (Paris.fr), et en échange du bon de retrait ainsi obtenu. Les inscriptions seront ouvertes à partir du 11 mai. Objectif : veiller à ce que les officines ne soient pas prises d’assaut dès le premier jour, alors qu’elles n’auront pas d’emblée les stocks nécessaires pour faire face à la demande. « Les livraisons se succéderont jusqu’au 8 juin dans les officines », a précisé Anne Hidalgo au Parisien.

Coût « très raisonnable »

La Mairie a d’autre part acheté des masques en tissu à usage unique. « Ils sont plus faciles à obtenir, et moins chers », explique Jean-François Martins. Ils coûtent à la Ville environ 18 centimes d’euro pièce. Deux lots, comptant au total 500 000 exemplaires, doivent arriver d’ici à la fin de la semaine. Ils seront remis aux mairies des vingt arrondissements. A charge pour elles d’aller les donner aux personnes les plus vulnérables, dans les maisons de retraite, les associations d’aide au plus démunis, etc. « Cela va nous aider à passer le mur de la première semaine de confinement », estime Jean-François Martins.

Coût total de cette opération pour le budget de Paris : cinq millions à six millions d’euros. « C’est très raisonnable, commente l’adjoint. Nous achetons ces masques à des prix bien inférieurs à ceux du marché. »

L’arrivée désormais imminente de ces masques va-t-elle éteindre la polémique ? Pas sûr, tant l’attente a été importante. Le 7 avril, la municipalité avait fait une annonce à même de rassurer tous ceux qui ne savent pas comment coudre : « Deux millions de masques réutilisables en tissu vont être offerts aux Parisiens », avait déclaré Anne Hidalgo sur Franceinfo. Soit à peu près un par habitant ! Une aubaine pour les Parisiens, alors que les élus commençaient à évoquer l’obligation de porter un masque dans les rues et les transports en commun. Les premiers devaient être livrés « dans les prochains jours », avait alors précisé la Mairie.

En pratique, toutefois, les masques évoqués ne sont pas arrivés tout de suite. Le 19 avril, Anne Hidalgo a confirmé avoir commandé 2 millions de masques en tissu. Dans Le Journal du dimanche, elle a pris un double engagement : « les 500 000 premiers masques seront disponibles à la fin avril », et « à la mi-mai, tous les Parisiens pourront être équipés ».

Mais la fin avril est passée sans que les premiers masques n’arrivent. Principale adversaire d’Anne Hidalgo dans la course à la Mairie de Paris, l’ancienne ministre (Les Républicains) Rachida Dati n’a pas manqué de souligner ce rendez-vous manqué. « Anne Hidalgo avait promis 500 000 masques aux Parisiens pour le 30 avril. Où sont-ils ?, a-t-elle lancé lundi 4 mai sur Franceinfo. Nous n’avons rien reçu. Nous n’avons aucune information. »

« La grande illusion ! »

Aujourd’hui, la Mairie admet qu’il y a eu du retard par rapport aux promesses. Elle le met en partie sur le compte de ses fournisseurs, qui ont dû avancer à marche forcée. « Nous avons choisi de faire travailler des fabricants parisiens et français, pour les soutenir durant cette période difficile, et cela a représenté une contrainte supplémentaire », explique Jean-François Martins. Le marché a été réparti entre quatre groupes de fournisseurs : la société francilienne Coco & Rico pour l’essentiel (1,5 million de masques), ainsi que le réseau Résilience et l’entreprise Boldoduc (200 000 chacun), et divers ateliers parisiens appartenant à l’économie sociale et solidaire (100 000 masques).

« En fait, nous aurions pu commencer à distribuer une partie des stocks dès cette semaine, ajoute l’adjoint. Mais avant la fin officielle du confinement, cela risquait d’envoyer un mauvais signal. » Afin de ne pas inciter les Parisiens à relâcher leurs efforts avant le jour J, « nous avons préféré attendre le 11 mai pour entamer la diffusion des masques ».

Cette distribution tardive et très progressive est déjà critiquée. « Ces masques, c’est la grande illusion !, juge Patrick Trémège, le président des élus macronistes de droite au Conseil de Paris. Les derniers les auront quand les premiers en auront besoin de nouveau. »

A gauche, les écologistes en demandent eux aussi davantage. « Cela reste très insuffisant par rapport aux besoins : un masque en tissu doit être lavé après quatre heures d’utilisation, souligne dans un communiqué David Belliard, le candidat Europe Ecologie-Les Verts à la Mairie de Paris. Pour permettre un déconfinement en toute sécurité et en toute égalité, le gouvernement doit assurer la gratuité des masques pour tous et toutes. »

La tête de liste de La France insoumise, Danielle Simonnet, est sur la même longueur d’ondes. Elle réclame « la gratuité des masques de protection, et la réquisition des stocks amassés par la grande distribution afin de les distribuer gratuitement ». Message transmis au gouvernement.

9 mai 2020

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9 mai 2020

Le vélo, un objet de plus en plus convoité

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Par Olivier Razemon

A l’approche du 11 mai, les vendeurs de cycles sont très sollicités et les villes s’adaptent au retour massif des cyclistes. Les deux-roues permettent d’assurer une distance sociale plus difficile à mettre en œuvre dans les transports collectifs.

Ruée sur les vélos. Alors que le déconfinement progressif approche, quelques indicateurs montrent que la bicyclette devient un article très recherché. Ainsi, le délai de livraison, en France, des vélos pliants haut-de-gamme Brompton, produits dans une usine à Londres, « est passé de quatre à neuf semaines, en raison de l’explosion de la demande intérieure britannique », informe Boris Wahl, fondateur du réseau Cyclable, qui compte une cinquantaine de magasins spécialisés dans la mobilité urbaine.

Même tintement de sonnette chez Holland Bikes, qui propose en France des marques néerlandaises. « D’ordinaire, les clients tiennent à choisir la couleur du cadre et la bonne taille. Ils prennent le temps de l’achat, parfois plus d’un mois. En ce moment, c’est plutôt “vous avez quoi ? Je prends” », observe Pierre-Yves Javel, responsable des magasins de la marque.

En région parisienne, le Véligo, vélo à assistance électrique loué 40 euros mensuels pour une durée de six mois, s’arrache : « nous sommes passés de 5 souscriptions par jour en avril, à 90 en moyenne ces derniers jours, et même 137 le dimanche 3 mai », précise Ile-de-France mobilités, l’autorité en charge des transports dans la région. 41 % des demandes sont effectuées à Paris, et 43 % en petite couronne.

Crainte de la promiscuité dans les transports publics

La crainte de la promiscuité dans les transports publics, ainsi que les dispositions visant à limiter le nombre de passagers dans les métros, tramways et bus, favorisent les modes de transport individuels, et notamment la bicyclette, simple à manier et à stationner. Afin de contenir la congestion motorisée et de freiner le retour de la pollution atmosphérique, de nombreuses villes, ainsi que plusieurs départements de la région parisienne, ont annoncé la création d’aménagements cyclables temporaires.

Les premières « coronapistes », aussi appelées « pistes pop-up », protégées par des balises amovibles, ont été aménagées ces derniers jours à Montpellier, Toulouse ou Versailles. L’engagement des élus des grandes villes, dont certains sont encore en campagne électorale, suscite l’enthousiasme des associations pro-vélo. La tendance peine toutefois à atteindre les villes moyennes. A Pau, Troyes ou Bourges, les associations n’ont pas réussi à convaincre les élus de réserver une place accrue aux usagers du vélo dans l’espace public.

« A Pau, la circulation est beaucoup moins dense qu’à Montpellier ou à Grenoble, mais les contraintes de distanciation dans les transports collectifs sont les mêmes. Malgré plusieurs relances, je n’ai reçu aucune réponse des élus et des services compétents », regrette Hervé Laurent, de l’association Pau à vélo.

Pour inciter les citadins à se mettre en selle, le ministère de la transition écologique a annoncé, le 30 avril, une aide de 50 euros maximum pour la remise en état d’un vélo par un réparateur agréé. Le dispositif, soufflé à la ministre Elisabeth Borne par la Fédération des usagers de la bicyclette, sera détaillé, à partir du 11 mai, sur le site www.coupdepoucevelo.fr

Cécile Cellier n’a pas attendu cette date pour s’acheter un vélo. Cette habitante du centre de Lyon travaille à Saint-Priest, à 9 km de chez elle, et se déplaçait jusqu’à présent en métro et en bus. Désormais, elle circule sur « un vélo tout chemin, noir et vert, plutôt discret afin de ne pas susciter de convoitise, acheté à 80 euros à la P’tite rustine », indique-t-elle.

Cet atelier de réparation, situé à Bron, dans la banlieue lyonnaise, propose à ses adhérents une bonne trentaine de bicyclettes, vendues de 70 à 140 euros, auxquels il faut ajouter le prix de l’adhésion annuelle, 5 euros. Une centaine d’autres vélos traînent dans un local, avant d’être retapés. « Nous allons rouvrir sur rendez-vous. Les ateliers, au cours desquels des bénévoles enseignent la réparation aux adhérents, auront lieu en plein air », explique Antoine Leplay, vice-président de la P’tite rustine.

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9 millions de « vélos dormants » en France

L’Heureux cyclage, fédération rassemblant 125 associations d’aide à la réparation, estime à 9 millions, en France, le nombre de « vélos dormants », qui ne nécessitent qu’un coup de pompe ou un peu de lubrifiant pour fonctionner convenablement.

« Nous devrons sans doute recruter pour répondre à la demande et allons accélérer le développement dans d’autres villes », indique Nathanaël Benaym, fondateur de Repair and Run, une société qui effectue des réparations à domicile en région parisienne.

Cet engouement pour la bicyclette fera-t-il le bonheur de l’industrie du cycle ? « L’usage ne se transforme pas toujours en achats. Mais on sent un bouillonnement », admet Jérôme Valentin, président d’Union sport et cycle, l’organisation professionnelle qui réunit les entreprises de la filière.

Le secteur a été durement touché, comme d’autres, par les conséquences du confinement. Les adhérents, selon une enquête interne, annoncent une perte moyenne de 42 % pour le premier semestre 2020 par rapport à l’année précédente. Les magasins de vélos font partie, depuis la mi-mars, des commerces de première nécessité pouvant rester ouverts, à l’instar des garages automobiles, « mais ils avaient progressivement fermé, faute de clients », indique M. Valentin. Ces détaillants n’ont pas beaucoup de réserves. Ils disposent en moyenne d’une trésorerie d’un mois et demi.

Le secteur mise, pour se refaire une santé, sur les ventes de bicyclettes à assistance électrique, qu’elles soient utilisées pour les déplacements quotidiens ou pour les loisirs. Pour les fabricants comme pour les vendeurs, la valeur ajoutée de ce segment est considérable. Dopées par une prime d’Etat de 200 euros en 2017 et par les grèves des transports publics fin 2019, les ventes de modèles électriques connaissent une croissance à deux chiffres chaque année. « Les clients achètent des vélos de meilleure qualité, plus confortables, aux options plus sophistiquées, dotées de batteries d’une plus grande capacité », se réjouit le président de l’organisation professionnelle.

En attendant, compte tenu de la forte demande, la production peut-elle suivre ? « A la mi-mars, malgré un retard des pièces importées de Chine, les stocks étaient constitués pour les ventes du printemps, habituellement importantes. Ils demeurent donc disponibles. Nous pourrons fournir les clients, sauf si la forte demande devait se prolonger jusqu’à la fin de l’année », indique M. Valentin.

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9 mai 2020

La Seine Musicale

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9 mai 2020

Déconfinement : à quoi ressemblera le métro parisien le 11 mai ?

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Par Aude Lasjaunias

La RATP se prépare à passer de 30 % actuellement à 75 % de service. Mais garantir une faible densité, et le port obligatoire du masque, semble très compliqué.

Les usagers de la RATP connaissent bien ce lapin rose. Vêtu d’un T-shirt jaune, il a la fâcheuse habitude de se pincer les doigts dans les portes du métro et de trébucher sur les escalators. Depuis quelques jours, « Serge le lapin » – c’est son nom – n’est plus le seul sticker à promouvoir des messages de prévention dans les rames et stations franciliennes.

Il a été rejoint par près d’un million d’autocollants apposés en urgence pour dispenser les mesures de précaution à respecter pendant la pandémie de Covid-19. Le style est plus sobre : « Pour notre santé à tous, portons un masque », « Evitons les heures de pointe, si nous le pouvons », « Pour notre santé à tous, gardons nos distances »… La RATP a joint la parole au geste : dans les couloirs du sous-sol parisien, des annonces sonores égrainent le b.a.-ba des mesures barrières à observer face à la crise sanitaire.

Tout doit être prêt pour le lundi 11 mai, date de la levée progressive des mesures de confinement dans le pays, qui marquera aussi la reprise d’une partie des transports en commun dans les grandes agglomérations. Une reprise du trafic assortie d’une double injonction gouvernementale pour les voyageurs : le port du masque et le respect des mesures de distanciation sociale.

Un voyageur par mètre carré

J – 5, mercredi 6 mai, station La Fourche à Paris. Ce n’est pas la foule des jours d’avant la pandémie. Il est 7 h 45 et la ligne 13, qui traverse la capitale du nord au sud, l’une des plus engorgées d’Europe, n’accueille que quelques grappes de voyageurs. Malgré l’affluence restreinte, les règles sanitaires peinent à être appliquées : les usagers, qui ne portent pas tous de protection faciale, s’agglutinent les uns à côté des autres sur les sièges jaunes arrondis installés sur le quai, malgré les autocollants invitant à laisser libre un siège sur deux.

La RATP a fait de La Fourche la « station témoin » de son dispositif de signalétique censé favoriser la distanciation sociale et le respect des gestes barrières. Des autocollants rappelant l’obligation du port du masque aux marquages au sol devant les guichets et sur les quais, en passant par les panneaux accrochés au-dessus des poubelles pour inviter les usagers à y jeter leurs masques, gants et mouchoirs, le lieu préfigure ce à quoi ressembleront, à partir du 11 mai, les principales stations du réseau.

Le défi est titanesque : limiter la densité à un voyageur au mètre carré, quand la densité moyenne en période normale est de quatre personnes au mètre carré et peut monter au-delà de huit en heure de pointe.

Trois rangées de lignes discontinues peintes au sol suscitent la curiosité et une certaine circonspection. « Chaque trait marque l’emplacement des passagers ? Ou bien il s’agit de couloirs pour faciliter les passages ? », s’interroge Cédric Larrieu, qui transite tous les jours par La Fourche pour se rendre dans un hôpital du 17e arrondissement où il travaille. « On ne comprend pas bien », glisse le trentenaire – non équipé de masque – dans un sourire. Les voyageurs semblent opter pour la deuxième solution : presque tous se tiennent derrière la ligne la plus éloignée des rames. A tort. Le message n’est pas passé. Il est alors 13 h 45 et la station s’est étrangement remplie.

« Avec le confinement et la réduction du trafic, les heures de pointe ne sont plus vraiment les mêmes, explique le jeune homme. Il y a moins de trains, alors pour être sûr de ne pas trop attendre leur correspondance, les gens partent plus tôt. Et puis, il y a de plus en plus de passagers depuis quelques jours. » Sortant son téléphone portable de la poche de son jean, il monte une photo prise le matin même, à 6 heures, gare Saint-Lazare. Là encore, pas la foule des grands jours, mais déjà un flot d’usagers en attente de leur métro à moins d’un mètre les uns des autres.

Actuellement, seul 30 % du réseau francilien est opérationnel et la fréquentation sur les lignes est de l’ordre de 4 %, soit 500 000 voyages quotidiens contre 12 millions habituellement, selon les chiffres communiqués fin avril par la PDG de la RATP, Catherine Guillouard. A compter du 11 mai, la régie table sur une reprise progressive de son trafic de l’ordre de 75 %, ce qui correspond théoriquement à 8 millions de voyages quotidiens potentiels : mais seuls un peu moins de 2 millions seront réalisables en respectant la distanciation sociale.

L’OFFRE DU RÉSEAU, ELLE, RESTERA DANS UN PREMIER TEMPS LIMITÉE PAR DES CONTRAINTES TECHNIQUES ET HUMAINES

Sur la ligne 13, comme dans certains bus et trams de Seine-Saint-Denis, la direction de la RATP a décidé, avant même la levée du confinement, d’augmenter les liaisons disponibles face à l’afflux d’usagers, détaillait Mme Guillouard le 24 avril sur France Inter. « On parle d’usagers qui n’ont pas le choix : ils doivent se rendre à leur travail, explique au Monde Thierry Babec, le secrétaire général de l’UNSA-RATP (majoritaire). Dans des situations comme celle-ci, on ne va pas se mentir, la distanciation sociale est un vœu pieux. »

Et si la reprise de nombreuses activités économiques s’accompagnera mécaniquement d’une hausse de la fréquentation des transports, l’offre du réseau, elle, restera dans un premier temps limitée par des contraintes techniques et humaines : la remise en service des rames, interrompues depuis plusieurs semaines, prend du temps et les personnels doivent eux aussi composer avec les aléas inhérents à la crise sanitaire (arrêts de travail et garde d’enfants).

Malgré une alerte des opérateurs de transports, le gouvernement est catégorique : la séparation d’un mètre entre chaque passager est une obligation. Compte tenu de ces règles, la « capacité d’emport » va être restreinte à environ 15 % de la normale (moins de 2 millions de voyages quotidiens), en a conclu Catherine Guillouard, le 6 mai, lors d’une audition au Sénat. Mais « la grande inconnue du 11 mai, c’est les flux entrants dans nos réseaux ». Combien de Franciliens reprendront le RER, le métro, le tram ou le bus, parmi les 96 % qui les ont désertés depuis le début du confinement ?

Masques et gel hydroalcoolique

Tout l’enjeu est donc de limiter drastiquement la fréquentation pour prévenir les files d’attente sans fin devant les stations et la cohue à l’intérieur de celles-ci. Une charte visant à lisser les heures de pointe dans les transports et à maintenir au maximum le télétravail dans les entreprises a été signée mercredi pour la réduire en amont. La RATP, elle, tente d’optimiser la gestion sur place à l’aide de sa signalétique.

Elle va en outre installer d’ici à la fin juin un millier de distributeurs de gel hydroalcoolique dans ses stations. « On essaiera de fournir des masques en appoint la première semaine », a ajouté Mme Guillouard. Les voyageurs auront ensuite la possibilité de s’en procurer dans les distributeurs de boissons et friandises.

« On dirait qu’il y a eu l’apocalypse »

Mais « on ne peut pas évidemment s’engager sur le respect permanent et en tout point des distances de sécurité vu la taille du réseau », a-t-elle insisté. Des stations ou des lignes pourraient ainsi être fermées en cas de difficultés. Quant aux contrôles, la PDG a d’ores et déjà alerté sur le manque d’effectifs en interne, excluant la présence de personnel dans chaque wagon. Pour Thierry Babec de l’UNSA-RATP, « l’entreprise a mis en œuvre tout ce qui était dans ses capacités pour que les choses se passent le mieux possible ».

Bien sûr, la question des flux ne se posera pas partout, ni tout le temps. Mais le réseau compte plusieurs grands pôles d’échanges parmi les plus fréquentés d’Europe. C’est le cas de la gare de Lyon, où un test a été mené en début de semaine pour répartir les voyageurs sur les quais et dans les voitures du métro afin d’assurer le respect des distances sociales.

Ce 6 mai, à l’heure du déjeuner, le lieu a l’air à l’abandon. Sur le quai de la ligne 14, Léa Breton, étudiante de 21 ans, s’étonne de voir l’enceinte déserte : « On dirait qu’il y a eu l’apocalypse », dit-elle en plaisantant, ses yeux bleus brillant au-dessus de son masque en tissu. A en croire la jeune femme, en transit vers la Normandie, les consignes sanitaires étaient plus claires dans le train qui l’a menée de Marseille à la capitale.

« On aurait pu mettre en place un dispositif comme en Italie et sensibiliser les usagers dès le début du confinement », regrette Arnaud Moinet, secrétaire du syndicat La Base-RATP. Et ce dernier de citer l’exemple de Milan, où des emplacements prédéfinis indiquent notamment aux voyageurs où se tenir dans les wagons. A ce jour, dans les rames parisiennes, seuls quelques autocollants apposés à côté de « Serge le lapin » alertent sur les gestes barrières.

La réussite de la reprise « dépendra aussi du comportement des citoyens », a plaidé Catherine Guillouard devant les sénateurs. L’autodiscipline des usagers, une des variables majeures sur lesquelles la RATP est contrainte de miser à l’aube du jour J. « On aimerait bien avoir une mesure magique, mais honnêtement, je n’en vois aucune, juge Thierry Babec. De toute façon, on n’a pas le choix. »

9 mai 2020

Rue de Rivoli en mode confinement

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9 mai 2020

BRESIL - Les « love motels » brésiliens prêts à accueillir des malades du Covid-19

Par Bruno Meyerfeld, Rio de Janeiro, correspondant

Parfaitement adaptés aux exigences d’hygiène et de distanciation, ces temples du libertinage très populaires dans le pays pourraient être réquisitionnés pour des patients placés en quarantaine.

Malgré la gestion de la crise sanitaire déplorable de la part du président brésilien, Jair Bolsonaro, magasins, bars, ­restaurants et autres commerces « non essentiels » sont fermés dans la plupart des grandes villes du pays. Mais, envers et contre la pandémie, il est des lieux particulièrement symbolique qui n’ont jamais baissé le rideau. Églises ? Stades de foot ? Centres de beauté ? Rien de tout cela. Il s’agit… des « love motels ». Ces lieux de rendez-vous intimes entre adultes consentants, une véritable institution ici, pourraient, dans certains États, être réquisitionnés pour isoler les malades mis en quarantaine.

Au nombre de 5 000, répartis sur tout le territoire, ils emploient environ 150 000 personnes, pour 100 millions de nuitées par an, et produisent un chiffre d’affaires annuel estimé à 4 milliards de reais (660 millions d’euros environ). Noirs et Blancs, jeunes et vieux, riches ou pauvres, hétéro ou queer, à deux ou davantage… toute la société brésilienne a l’habitude d’y réserver une chambre.

Tente berbère ou ring de boxe

Le concept débarque au Brésil dans les années 1960, sous la dictature militaire. Le pays est en pleine urbanisation et la jeunesse rêve de liberté, de transgression des mœurs et du corps, à l’opposé de la morale patriarcale et catho-conservatrice des généraux à lunettes fumées. Quoi de mieux, alors, qu’un motel, à l’image de ceux qui existent aux États-Unis pour les voyageurs, lorsqu’on veut se retrouver discrètement, de jour comme de nuit, loin des regards de la famille et de la société ?

« C’EST UN ESPACE UTOPIQUE CONCRET, ENTRE PUDEUR ET HÉDONISME, OÙ TOUT EST PERMIS CAR TOUT EST CACHÉ. » JÉRÔME SOUTY, ANTHROPOLOGUE

Aujourd’hui, le nom des établissements navigue entre le très explicite et le parfumé. Au choix : Nude, Fantasme, Playboy, mais aussi L’Amour, Bon goût, Fleur de lys ou encore le très culinaire Carbonara Motel. À l’intérieur, il y en a pour tous les goûts, depuis la chambre « classique » (draps rouges, lit rond, miroirs, Jacuzzi…) jusqu’aux suites les plus extravagantes et les plus kitsch. Pour quelques dizaines ou centaines d’euros, le client peut s’offrir une ambiance Taj Mahal, tente berbère, yacht de luxe, cockpit d’avion, temple grec, ring de boxe, Las Vegas ou donjon « sadomaso » médiéval en carton-pâte, le tout sur ­plusieurs centaines de mètres carrés, avec chaîne hi-fi, ­barbecue, piscine privative et, parfois, toit ouvrant inclus…

S’adapter ou mettre la clé sous la porte

Dans ces temples de la consommation, les clients peuvent passer commande de tout et n’importe quoi : fouet, combinaison de latex, godemiché, champagne, fruits de mer… « C’est un espace utopique concret, entre pudeur et hédonisme, où tout est permis car tout est caché. On y trouve à la fois des personnes qui veulent avoir une sexualité minoritaire, extrême ou tarifée, mais aussi des couples bien installés qui souhaitent seulement pimenter leur quotidien, s’offrir un peu d’imaginaire et de luxe », résume l’anthropologue français Jérôme Souty, auteur d’un ouvrage sur le sujet (Motel Brasil. Une anthropologie des love hotels, Riveneuve, 2015).

Confrontés à la crise due au coronavirus, ces établissements ont, dans un premier temps, connu une augmentation significative de leur fréquentation : au moins 20 % de plus que la normale, pour ceux de Rio, durant les trois premières semaines de mars, selon l’hebdomadaire Veja. Juste avant que les municipalités ne mettent en place des mesures de restriction, il s’agissait de transgresser une dernière fois les règles, comme avant la fin du monde. « La situation a fait que les gens ont réévalué l’importance d’être en vie et d’avoir du plaisir », analysait l’anthropologue Bernardo Conde dans ce magazine.

Mais l’acmé n’a pas duré. Début avril, les « love hotels » ont commencé à être désertés. « La fréquentation chez nous a chuté de 60 % », confie par téléphone « Espedito », 56 ans, sympathique gérant du New Star Motel, à Rio (qui, avec 48 chambres au bord de l’autoroute, propose « bon goût et raffinement à petit prix »). Comme dans d’autres établissements, il a fallu s’adapter pour éviter de mettre la clé sous la porte. « On travaille masqués, on propose du gel hydroalcoolique aux clients, on lave tout sans arrêt à l’eau de javel », poursuit « Espedito », qui a dû mettre un quart de ses trente-six employés en chômage partiel.

Temple du sans-contact

Tous les « love motels » n’ont cependant pas renoncé à attirer le client libertin et certains voient même dans le coronavirus une opportunité. « Si c’est pour être confiné, autant que ce soit en bonne compagnie », proclame ainsi le Love Time Hotel de Rio sur son site. Comme d’autres, il met en avant les deux atouts majeurs du motel en ces temps de pandémie : la distanciation et l’hygiène.

En règle générale, l’arrivée sur les lieux se fait, en effet, en voiture, après avoir passé un guichet où l’employé de l’hôtel est dissimulé par une vitre opaque. Depuis le garage, un escalier privatif mène directement à la chambre. Celle-ci, insonorisée et le plus souvent dépourvue de fenêtre, dispose d’une antichambre ou d’un système de trappe, permettant de se faire livrer sans aucun contact.

« C’est aussi un lieu d’hygiène absolu », remarque Jérôme Souty. Entre chaque « passage », les chambres sont en effet lavées à grandes eaux et à grand renfort de produits chimiques. C’est donc tout sauf un hasard si le gouverneur de l’État de Rio de Janeiro, Wilson Witzel, a signé au mois de mars une loi lui permettant le cas échéant de réquisitionner les nombreux « love motels » de la région pour des malades du Covid-19 en quarantaine. Un isolement sur des lits ronds aux draps rouges, encerclés de miroirs…

9 mai 2020

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jaime67

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