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Jours tranquilles à Paris

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17 avril 2020

17 avril 1975 : Phnom Penh, tombe aux mains des Khmers rouges

Il y a 45 ans, la capitale du Cambodge, Phnom Penh, tombe aux mains des Khmers rouges. Dans les années qui suivront, de 1975 à 1979, 1,7 million de Cambodgiens périront sous le régime Khmer rouge.

Il y a deux ans, nous avons publié un entretien avec l’un des grands témoins de ces journées, André Pasquier, chef de la délégation du CICR au Cambodge à cette époque. Dans le chaos de ces journées, il tenta, en vain, avec une poignée de collègues de négocier un espace humanitaire, la protection des hôpitaux et des populations civiles.

Dans le documentaire « La chute de Phnom Penh » déjà visionné plus de 15 000 fois, découvrez l’histoire tragique et méconnue de cette négociation qui s’acheva par l’expulsion du CICR et des derniers étrangers vers la Thaïlande.

Le 17 avril 1975, il y a 45 ans, Phnom Penh, la capitale du Cambodge tombe aux mains des Khmers rouges. Dans le chaos de ces journées, André Pasquier, chef de la délégation du Comité Internationale de la Croix-Rouge, tente, en vain, avec une poignée de collègues de négocier un espace humanitaire, la protection des hôpitaux et des populations civiles. Raconté par André Pasquier Ce récit, André Pasquier le livre à travers le 17ème épisode de la série « Une histoire d’Humanité » produite et réalisée par la délégation régionale du CICR en France qui sortira le 17 avril prochain. Vous découvrirez l’histoire tragique et méconnue de cette négociation qui s’acheva avec l’expulsion du CICR et des derniers étrangers vers la Thaïlande. Dans les années qui suivront, de 1975 à 1979, 1,7 million de Cambodgiens périront sous le régime Khmer rouge. Synopsis En 1975, en pleine guerre froide, le Cambodge n’est pas qu’un simple conflit annexe de la guerre du Vietnam. Une guerre civile ravage le pays depuis déjà 5 années. La nouvelle république du Cambodge, soutenue par les Etats-Unis fait face à la révolte communiste des Khmers rouges. Alors que Phnom Penh est sur le point de tomber, les Etats Unis décident d’évacuer la ville, emportant avec eux tous les étrangers qui le désiraient. Fraîchement arrivé au Cambodge, André Pasquier, chef de délégation du CICR a pour volonté d’instaurer un dialogue avec les parties engagées dans le conflit.

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17 avril 2020

Le jour où l'Allemagne a renié Romy Schneider

CINÉMA

Mercredi soir, Arte a consacré une soirée spéciale à Romy Schneider, en diffusant deux films inspirés de la vie de la comédienne, la fiction “3 jours à Quiberon” et le documentaire “Conversations avec Romy Schneider”. Star dès l’adolescence, l’actrice a incarné des rôles de femmes fatales et tourné avec Otto Preminger, Claude Sautet, Luchino Visconti…. À son décès en 1982, elle a laissé derrière elle une carrière fulgurante et une relation tumultueuse avec l’Allemagne, son pays d’origine.

Par Margaux Coratte

“C’est un sale métier d’être actrice de cinéma. Actrice ! Il faut s’y donner de tout son cœur. Et, à un autre moment il ne faut pas”. Véritable icône du cinéma des années 60 et 70, plus d’une soixantaine de films à son actif, Romy Schneider, tout en cheveux blonds et regard félin, a marqué les esprits cinéphiles. Depuis ses débuts sur grand écran jusqu'à sa mort tragique en 1982, l’actrice incarne une dualité sans pareille, à la fois triste et gaie, impétueuse et rongée par la dépression. Les deux films diffusés par Arte, 3 jours à Quiberon et Conversations avec Romy Schneider rendent hommage à la plus française des Allemandes.

Alors que celle-ci n’a que 15 ans, sa mère, l’actrice allemande Magda Schneider – célèbre sous le 3e Reich – la sort de son lycée religieux pour qu’elle joue à ses côtés dans un film de Hans Deppe. Rapidement, Romy fait mouche auprès de celui qui la fera connaître par la suite: Ernst Marischka. Après avoir tourné deux long-métrages ensemble, le cinéaste autrichien lui offre le rôle qui la suivra toute sa vie : Sissi. Ce personnage angélique, représentatif d’une époque faste et rocambolesque, est le parfait moyen pour les pays germaniques d’oublier les horreurs de l’époque nazie. Plus qu’une actrice, la jeune femme représente alors un espoir d’avenir pour son pays qui porte encore les stigmates de la seconde Guerre Mondiale. Dès lors, le destin de Romy Schneider est à jamais scellé à celui de l’Allemagne, qui la porte fièrement en nouvelle héroïne.

“Avec Sissi, je me sentais comme dans une veste trop petite” déclare l’actrice dans un entretien en 1962. Alors qu’elle est pourtant devenue une véritable allégorie allemande, Romy Schneider refuse de tourner un quatrième volet des aventures de l’impératrice. Pire, elle rencontre Alain Delon sur un tournage et part avec lui en France. Un affront fait à sa mère. Mais sa relation naissante avec l'acteur Apollon a tout pour déplaire aussi à l’Allemagne. Une fois de plus, le Français, cet ennemi historique, ce séducteur mythique, prend le dessus sur son voisin allemand et lui vole la vedette. Une vision certes tout à fait sexiste, mais qui fait les gros titres de la presse à scandale de l'époque. Si Romy a simplement décidé de vivre sa vie, son pays le vit comme une véritable trahison. Désormais, l'actrice n'est plus pour lui qu'une “comédienne en exil”.

Alternant entre images d’archives et entrevues avec Alice Schwarzer – journaliste à qui elle s’est confiée en 1976 –, le film Conversations avec Romy Schneider révèle la profonde tristesse qui habitait la jeune femme. “Je veux dire toute la vérité !” répète-t-elle à plusieurs reprises. En off, elle se libère d'un secret trop lourd à porter : son père, Wolf Albach-Retty était adhérent au parti SS. Quant à sa mère, Romy est persuadée qu’elle a eu une liaison avec Hitler. “Maman avait fait construire sa maison à Berchtesgaden, en face du nid d’aigle [l'une des résidences principales d'Hitler]. Ça je ne peux pas l’accepter”. Simples affabulations ou réelles accusations ? Le film apporte la réponse par la suite avec des images d’archives rares: on aperçoit Magda Schneider en compagnie d’Eva Braun et d’Hitler, bras-dessus bras-dessous.

Au cours des entretiens, Alice Schwarzer explique qu’une tendance s’est très vite dessinée dans la vie de l’actrice. Quelques années après sa rupture avec Alain Delon, elle se marie avec Harry Meyen, un allemand dont la famille entière a été déportée pendant la guerre. Dès lors, elle enchaîne les films historiques où elle incarne tour à tour des femmes résistantes ou persécutées par le nazisme. Juive allemande traquée dans Le Train (1973) de Pierre Granier Deferre, elle est la veuve d’un résistant dans Le Cardinal (1963) d’Otto Preminger, ou encore une femme martyre des SS dans Le Vieux Fusil (1975) d’Enrico Robert. A l'écran comme à la ville, elle semble vouloir se départir d'un fardeau. Elle appelle ses enfants David et Sarah. Et jusqu’à son ultime film en 1982, La Passante du Sans-souci, Romy Schneider est comme empreinte d’un devoir d’expiation et de mémoire, qu’elle s’est elle-même imposée. Une manière, peut-être, de racheter les fautes de ses parents et de son pays, dont elle porte l’histoire jusqu’au bout.

Conversations avec Romy Schneider (2017) de Patrick Jeudy, et 3 jours à Quiberon (2018) d'Emily Atef. Disponibles en replay sur Arte.tv

17 avril 2020

Raoult, le Gaulois réfractaire

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L’irrationnel est de toutes les crises. Dans celle du coronavirus, il atteint des sommets. Non dans le comportement des acteurs, étonnamment raisonnables en moyenne, qu’il s’agisse de la population ou des responsables gouvernementaux, mais dans le débat public, tel qu’il se développe principalement sur les réseaux sociaux. La polémique a pour emblème le professeur Raoult, star péremptoire de la scène phocéenne au physique de chef gaulois réfractaire, dont la tête a tant grossi, selon ses adversaires, qu’elle pourrait boucher le port de Marseille. Il a encore affolé la meute des réseaux mercredi, en déclarant que l’épidémie, comme les gelées d’hiver, pourrait bien s’arrêter avec le printemps. Il a été aussitôt contredit par le directeur de l’Agence régionale de santé locale qui prévoit, au vu de ses propres statistiques, une prolongation «de plusieurs semaines».

A vrai dire, le même dialogue théâtral se poursuit depuis que cet infectiologue fort savant et fort peu modeste a annoncé qu’il avait trouvé le médicament idéal pour bloquer la pandémie : la chloroquine, molécule utilisée habituellement contre le paludisme, en passe de devenir plus célèbre que l’aspirine, et qu’il administre généreusement à ses patients.

Faute de compétence, on se gardera ici de se prononcer sur l’efficacité de ce traitement, dont il faut espérer, après tout, qu’il est aussi bénéfique que ce qu’en dit son promoteur. C’est la forme du débat qui interpelle, plus que le fond. Le professeur Raoult semble voir dans la chloroquine une sorte de potion magique. Une grande partie des autres médecins, sans doute très majoritaires, expriment un scepticisme plus ou moins véhément. Les essais pratiqués par le scientifique devenu gourou d’Internet ne sont pas fiables, disent-ils, il leur manque le «groupe témoin» de patients non-traités nécessaire à la preuve. Pour ses adversaires, en effet, rien ne montre que les malades traités à la chloroquine n’auraient pas connu un sort identique sans qu’on leur administre le médicament.

Un observateur candide dirait que si cette chloroquine ne fonctionne pas, il n’y a pas non plus grand mal à la prescrire si l’on y croit : au pire, elle ne changera rien. Les adversaires de Raoult rétorquent, avec une certaine pertinence, que la médication peut provoquer des effets indésirables dangereux, pour le cœur notamment, si elle est ingérée à forte dose (ce qui est le cas dans le protocole de Raoult). Arguments qui n’atteignent pas les partisans du barbu professeur, dont une partie s’est changée en une secte agressive. Les adversaires de Raoult écopent d’un tombereau d’injures sur les réseaux, au point qu’une éminente spécialiste parisienne, Karine Lacombe, détractrice médiatisée, a dû se retirer de Twitter après avoir été menacée de mort.

On trouve dans ces échanges furieux l’application hystérisée du schéma déjà expérimenté pendant le mouvement des gilets jaunes, si cher aux populistes : les élites contre le peuple ; l’establishment médical d’un côté, un dissident solitaire qui exprime la colère populaire de l’autre. Raoult, gilet jaune en blouse blanche… On admettra que ce n’est pas le meilleur moyen d’apaiser une discussion scientifique… D’autant que le professeur s’est déjà illustré par des aphorismes à l’emporte-pièce rapidement contredits par les faits. Au début de l’épidémie, il avait déclaré d’un ton définitif que la maladie resterait confinée en Chine et qu’il n’y avait pas lieu de s’affoler comme on le faisait. Il y a une dizaine d’années, il avait aussi clamé que le réchauffement de la planète s’était arrêté en 1998 et que rien ne prouvait qu’il puisse être lié à l’activité humaine…

En fait, faute d’une étude rigoureuse validée par les pairs, l’efficacité de la chloroquine est comme l’existence de Dieu. On ne peut pas la prouver mais on ne peut pas la réfuter. C’est une question de foi. Dans cette aporie, toutes les peurs et tous les fantasmes s’engouffrent comme un tsunami sur une plage.

La science est en fait impuissante devant ce genre de phénomène. Les savants, en effet, concèdent volontiers qu’ils sont très loin de tout savoir sur le coronavirus, ses origines, ses effets divers sur les patients, son évolution et a fortiori sur les moyens de la guérir ou de le prévenir. Et si la chloroquine ou tout autre médicament hétérodoxe marche, ils en conviendront volontiers et s’en réjouiront. En attendant, ils doutent. Angoissante mais inévitable incertitude, qui caractérise souvent l’avancée du savoir médical. Ainsi ceux qui savent ne savent pas tout et le disent. Ce qui n’autorise pas ceux qui ne savent rien à dire n’importe quoi…

LAURENT JOFFRIN

17 avril 2020

Banksy

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17 avril 2020

Festival de Cannes

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Suite à la déclaration du Président de la République du lundi 13 avril, nous avons pris acte que le report envisagé à fin juin début juillet pour la 73e édition du Festival International du Film de Cannes n’est plus possible à cette date.

Il apparaît désormais difficile de penser que le Festival de Cannes puisse être organisé cette année sous sa forme initiale.

Néanmoins, nous avons commencé de nombreuses consultations dans le milieu professionnel en France et à l’étranger. Elles s'accordent sur le fait que le Festival de Cannes, qui est un instrument essentiel de soutien à l’industrie cinématographique, doit continuer à étudier l’ensemble des éventualités permettant d’accompagner l’année cinéma en faisant exister les films de Cannes 2020 d’une manière ou d’une autre.

Quand la crise sanitaire, dont la résolution reste la priorité de tous, sera passée, il faudra redire et démontrer l’importance et la place que le cinéma, ses œuvres, ses artistes, ses professionnels et ses salles et leurs publics occupent dans nos vies. C’est à cela que le Festival de Cannes et son Marché du film entendent contribuer. Nous nous y engageons et remercions tous ceux qui sont à nos côtés, les responsables publics (Mairie de Cannes, Ministère de la Culture, CNC), les professionnels ainsi que nos partenaires.

Chacun sait que de nombreuses incertitudes règnent encore sur la situation sanitaire internationale. Nous espérons être en mesure de communiquer rapidement sur les formes que pourrait prendre ce Cannes 2020.

L’équipe du Festival de Cannes

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17 avril 2020

Coronavirus: La Chine se défend après les réserves de Macron et appelle à l'unité

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Emmanuel Macron a émis plusieurs réserves sur la gestion de l'épidémie de coronavirus par Pékin. Des remarques qui n'ont guère été appréciées.

Emmanuel Macron a estimé qu'en Chine il s'était passé des choses

CORONAVIRUS - La Chine a appelé vendredi à l’unité internationale face au coronavirus, après des critiques du président français Emmanuel Macron et de plusieurs capitales occidentales sur la gestion de l’épidémie par Pékin.

Dans une interview au Financial Times parue jeudi, le président français a estimé qu’il existait des zones d’ombre dans la gestion de l’épidémie de coronavirus par la Chine, après son apparition dans le centre du pays fin 2019.

“N’ayons pas une espèce de naïveté qui consiste à dire que (la gestion de l’épidémie par la Chine, NDLR) c’est beaucoup plus fort. On ne sait pas. Et même, il y a manifestement des choses qui se sont passées qu’on ne sait pas”, a affirmé Emmanuel Macron.

Il était interrogé par le quotidien britannique sur le fait de savoir si les régimes autoritaires étaient mieux à même de gérer ces crises.

Vendredi, Pékin a jugé “inutile” d’argumenter sur les avantages et inconvénients des différents systèmes politiques.

“Il est impératif que tous les pays s’unissent pour combattre l’épidémie et gagner la guerre” contre le Covid-19, a indiqué devant la presse un porte-parole de la diplomatie chinoise, Zhao Lijian, démentant par ailleurs toute “dissimulation” dans le bilan du Covid-19, après une brusque augmentation du nombre de décès comptabilisés dans le pays.

Des doutes internationaux

D’après l’Elysée, Emmanuel Macron a souligné que dans les démocraties, qui garantissent la liberté d’information et d’expression, la gestion de la crise était transparente et faisait l’objet de débats, contrairement aux régimes où l’information et l’expression sont contrôlées.

Ces propos surviennent après la convocation de l’ambassadeur de Chine en poste à Paris par le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, qui lui reprochait des propos critiquant la réponse occidentale au Covid-19.

Pékin a évoqué mercredi des “malentendus”.

Les réserves du chef de l’Etat sur la gestion de la crise par Pékin rejoignent les doutes exprimés par Londres et Washington.

Le Royaume-Uni a averti jeudi la Chine qu’elle devrait répondre à des “questions difficiles sur l’apparition du virus, et pourquoi il n’a pas été stoppé plus tôt”.

L’administration Trump a de son côté accusé Pékin d’avoir “dissimulé” la gravité de l’épidémie à son début en Chine, et a gelé mardi la contribution financière américaine au fonctionnement de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), lui reprochant de s’être alignée sur les positions chinoises.

17 avril 2020

Extrait d'un shooting - photo : Jacques Snap

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17 avril 2020

Morbihan - Saint Cado

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17 avril 2020

Fanny Müller

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17 avril 2020

Lettre ouverte de David Hockney à la France: «J’ai 83 ans, je vais mourir...»

hockey

Le peintre anglais a répondu à sa compatriote Ruth Mackenzie, directrice artistique du Théâtre du Châtelet, dans un manifeste direct et sensible. Elle explique, au Figaro, comment est née leur collaboration.

Par Valérie Duponchelle

Ce jeudi matin 16 avril, à 9h précises, le Théâtre du Châtelet et France Inter, ont diffusé en direct sur la radio publique ainsi que sur leurs réseaux sociaux, une lettre et une oeuvre inédites du peintre anglais David Hockney, créées pendant le confinement que le monde entier est en train de vivre.

Dans cette période incertaine pour le monde du spectacle vivant, le Théâtre du Châtelet a développé #TchatExtra, une offre digitale quotidienne qui permet au grand public de dialoguer et d’échanger avec ses artistes associés, sous la forme d’une Carte blanche. À ce titre, le peintre britannique David Hockney a répondu à l’appel du théâtre et offert de partager oeuvres et une lettre inédites. C’est dans «Lettres d’intérieur», sur France Inter, qu’Augustin Trapenard a lu en direct ce matin la lettre amicale adressée par David Hockney à Ruth Mackenzie, directrice artistique du Théâtre du Châtelet.

David Hockney avait déjà fait un geste du même ordre envers ses compatriotes, le jour même du printemps, le 21 mars dernier. Un bouquet de jonquilles qui jaillit du sol le plus vert qui soit. Déjà un tableau sur iPad et un «message positif» que le grand peintre anglais, 83 ans le 9 juillet prochain et fumeur invétéré, déjà confiné dans sa maison de Normandie, avait envoyé sur le fil, via The Art Newspaper . Son titre, en ces temps d’épidémie et de confinement, était éloquent: «Do remember they can’t cancel the spring» («Rappelez-vous bien qu’ils ne peuvent annuler le printemps»).

Cette fois, c’est une vraie lettre, à la fois personnelle et d’un optimisme profond, que l’artiste britannique a accepté de partager, via son amie et compatriote Ruth Mackenzie, avec son pays d’accueil, la France.

«Chère Ruth,

Nous sommes actuellement en Normandie, où nous avons séjourné pour la première fois l’année dernière. J’ai toujours eu en tête de m’organiser pour vivre ici l’arrivée du printemps. Je suis confiné avec Jean-Pierre et Jonathan, et jusqu’ici tout va bien pour nous. .Je dessine sur mon iPad, un medium plus rapide que la peinture. J’y avais déjà eu recours voilà 10 ans, dans l’East Yorkshire, quand cette tablette était sortie. Avant cela, j’utilisais sur mon iPhone une application, Brushes, que je trouvais d’excellente qualité. Mais les prétendues améliorations apportées en 2015 la rendirent trop sophistiquée, et donc tout simplement inutilisable! Depuis, un mathématicien de Leeds, en Angleterre, en a développé une sur mesure pour moi, plus pratique et grâce à laquelle j’arrive à peindre assez rapidement. Pour un dessinateur, la rapidité est clé, même si certains dessins peuvent me prendre quatre à cinq heures de travail.

Dès notre découverte de la Normandie, nous en sommes tombés amoureux, et l’envie m’est venue de peindre et dessiner l’arrivée du printemps ici. On y trouve des poiriers, des pommiers, des cerisiers et des pruniers en fleur. Et aussi des aubépines et des prunelliers. Dans l’East Yorkshire, nous n’avions qu’aubépines et prunelliers. Nous sommes tombés sur cette maison au grand jardin - moins chère que tout ce que nous aurions pu trouver dans le Sussex - comme une rencontre attendue et espérée depuis longtemps.

J’ai immédiatement commencé à dessiner dans un carnet japonais tout ce qui entourait notre maison, puis la maison elle-même. Ces créations furent exposées à New York, en septembre 2019. Mais étant fumeur, je n’ai pas d’attirance pour New York et n’y ai jamais mis les pieds.

Nous sommes revenus en Normandie le 2 mars dernier et j’ai commencé à dessiner ces arbres décharnés sur mon iPad. J’y suis en ce moment, avec Jonathan et Jean-Pierre. Depuis que le virus a frappé, nous sommes confinés. Cela ne m’impacte que peu, mais Jean-Pierre (Gonçalves de Lima, son bras droit, NDLR) et Jonathan, dont la famille est à Harrogate, sont plus affectés.

Qu’on le veuille ou non, nous sommes là pour un bout de temps. J’ai continué à dessiner ces arbres, desquels jaillissent désormais chaque jour un peu plus bourgeons et fleurs. Voilà où nous en sommes aujourd’hui.

Je ne cesse de partager ces dessins avec mes amis, qui en sont tous ravis, et cela me fait plaisir. Pendant ce temps, le virus, devenu fou et incontrôlable, se propage. Beaucoup me disent que ces dessins leur offrent un répit dans cette épreuve.

Pourquoi mes dessins sont-ils ressentis comme un répit dans ce tourbillon de nouvelles effrayantes? Ils témoignent du cycle de la vie qui recommence ici avec le début du printemps. Je vais m’attacher à poursuivre ce travail maintenant que j’en ai mesuré l’importance. Ma vie me va, j’ai quelque chose à faire: peindre.

Comme des idiots, nous avons perdu notre lien avec la nature alors même que nous en faisons pleinement partie. Tout cela se terminera un jour. Alors, quelles leçons saurons-nous en tirer? J’ai 83 ans, je vais mourir. On meurt parce qu’on naît. Les seules choses qui importent dans la vie, ce sont la nourriture et l’amour, dans cet ordre, et aussi notre petit chien Ruby. J’y crois sincèrement, et pour moi, la source de l’art se trouve dans l’amour. J’aime la vie.

Amitiés, David Hockney»

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Ruth Mackenzie est une proche de David Hockney depuis sa mission en tant que directrice du London 2012 Festival , le programme culturel officiel des Jeux olympiques de Londres 2012 pour lesquels elle a été nommée CBE (l’ordre de l’Empire britannique). Confinée à Londres auprès de sa mère, elle raconte, en exclusivité pour Le Figaro, comment est née cette collaboration au long cours.

«Comme j’étais à Londres, j’ai vu les images qu’il a confiées à The Art Newspaper. Je lui ai écrit, le sachant en Normandie. Je lui ai dit que le confinement était beaucoup plus dur en France qu’en Angleterre et que ce serait une vraie belle idée de s’adresser à tous les Parisiens, à tous les Français privés de nature. Nous avions fait la même chose pour les JO de 2012. David Hockney nous avait donné une oeuvre - une vue de sa fenêtre, derrière une tasse de thé bleue, avec le profil d’un arbre en hiver sous la neige - pour soutenir ce programme culturel exceptionnel. Bouquet et premier grand évènement de ce festival, «David Hockney: A Bigger Picture», son exposition incroyable début 2012 à la Royal Academy of Arts de Londres avec ses paysages, ses arbres, ses tableaux énormes peints dans les bois et les collines de l’East Yorkshire. Je l’ai adorée. C’est donc la deuxième fois que je le sollicite. C’est un un peu impertinent, mais pour une bonne cause!

David Hockney est une personnalité extraordinaire. Il est extrêmement intelligent et d’une grande humanité. Il est aussi complètement nature, se comporte comme n’importe quel homme dans la rue. Il n’a pas de prétention, il dit ce qu’il pense, comme il le pense. Il m’a montré comment l’application Brushes de l’iPad marchait, comment il regardait un arbre et peignait directement, l’oeil fixé sur l’arbre, sans regarder son iPad avant d’appuyer sur la touche Replay et de voir la succession des coups de pinceau apparaître par magie. Pour nous deux, c’était un miracle! Nous étions saisis par ce que nous voyions, comme deux enfants pétrifiés dans la Cour d’honneur de la Royal Academy. Les artistes ont cette faculté de créer cette joie. Alors que tout le processus du London 2012 Festival a été difficile, tout avec David a été joyeux.

Est-il très anglais? Il vient de l’Ouest du Yorkshire, de la ville de Bradford, une ville industrielle, sinistrée et marquée par le chômage. Son frère a été maire de Bradford. Il a un humour très anglais. Il est très drôle. Mais c’est aussi un intellectuel, ce qui est mal vu en Angleterre. «Arty» en Angleterre est souvent une insulte, comme l’exprime la formule «arty farty» qui veut dire prétentieux, poseur, sans sagesse, sans pragmatisme, sans esprit pratique, avec une connotation homophobe. David n’a pas peur d’être un artiste, se soucie profondément de l’art, de ce qu’il se passe et des enjeux de la nature. Cette crise du COVID-19 implique de changer tout dans la marche du monde. C’est donc son moment».

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