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Jours tranquilles à Paris

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15 avril 2020

L’ambassadeur de Chine à Paris convoqué pour ses propos sur le coronavirus

Depuis plusieurs semaines, l’Ambassade communique de façon provocatrice sur Internet. Un texte, publié il y a deux jours fustige d’ailleurs l’attitude des Occidentaux vis-à-vis de l’épidémie.

le drian chine

 Le ministre des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadeur de Chine pour lui faire part de sa « désapprobation » au sujet de « certains propos récents ».

Par Le Parisien avec AFP

Des prises de position publiques qui ne passent pas. Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a convoqué mardi l'ambassadeur de Chine en France pour lui signifier sa « désapprobation » vis-à-vis de « certains propos récents » liés au nouveau coronavirus, a-t-il annoncé dans un communiqué.

« J'ai fait connaître clairement ma désapprobation de certains propos récents à l'ambassadeur de la République populaire de Chine en France, lors de sa convocation au ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, ce mardi 14 avril au matin », souligne le chef de la diplomatie française.

« Certaines prises de position publiques récentes de représentants de l'ambassade de Chine en France ne sont pas conformes à la qualité de la relation bilatérale entre nos deux pays », déplore le ministre, en référence à la campagne décomplexée menée par cette ambassade pour vanter la « victoire » du gouvernement chinois dans sa bataille contre le coronavirus et critiquer la gestion occidentale de cette épidémie.

Des critiques envers le personnel des Ehpad

Dimanche, l'ambassade de Chine en France a publié sur son site un long texte intitulé « Rétablir des faits distordus - Observations d'un diplomate chinois en poste à Paris ».

Les Occidentaux y sont notamment accusés de dénigrer injustement la Chine après avoir qualifié la maladie Covid-19 de « grippette » au début de l'épidémie et les Américains sont critiqués pour avoir limogé le commandant d'un porte-avions dont l'équipage est contaminé.

Le texte accuse aussi - sans fournir de preuves - les membres du personnel soignant français des établissements pour personnes âgées (Ehpad) d'avoir « abandonné leurs postes du jour au lendemain […] laissant mourir leurs pensionnaires de faim et de maladie ».

« Le Covid-19 est une pandémie qui touche tous les continents et toutes les sociétés. Face au virus et à ses conséquences sur nos économies, les polémiques n'ont pas leur place et la France œuvre résolument en faveur de l'unité, de la solidarité et de la plus grande coopération internationale », rétorque mardi le ministre français des Affaires étrangères dans son communiqué.

Les pays asiatiques, dont la Chine, ont été particulièrement performants dans leur lutte contre le Covid-19 parce qu’ils ont ce sens de la collectivité et du civisme qui fait défaut aux démocraties occidentales. 8/15

—    Ambassade de Chine en France (@AmbassadeChine) March 27, 2020

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Coronavirus : Paris exprime son mécontentement auprès de l’ambassadeur de Chine

Par Frédéric Lemaître, Pékin, correspondant, Piotr Smolar (Le Monde)

L’ambassade chinoise a publié sur son site plusieurs textes jugés déplacés par Jean-Yves Le Drian, qui a convoqué Lu Shaye pour lui exprimer sa « désapprobation ».

Le communiqué du ministère des affaires étrangères, par sa construction, dit tout de l’affaire. Publié mardi 14 avril dans la soirée, il révèle seulement à sa dernière ligne l’information principale. L’ambassadeur de Chine en France, Lu Shaye, a été convoqué dans la matinée. Jean-Yves Le Drian tenait ainsi à lui exprimer sa « désapprobation ». La cause, non évoquée dans le communiqué : la publication d’une série de tribunes anonymes jugées très déplacées sur le site de la représentation chinoise à Paris. « Certaines prises de position publiques récentes de représentants de l’ambassade de Chine en France ne sont pas conformes à la qualité de la relation bilatérale entre nos deux pays », précise le communiqué du ministre. Une façon de stigmatiser un comportement individuel, sans froisser Pékin.

Dans la dernière publication, datée du 12 avril, un diplomate chinois anonyme fustigeait en termes très rudes les Américains et les Européens pour leurs critiques à l’égard de son pays, au sujet de la gestion de l’épidémie. Renvoyant les voix critiques à leurs responsabilités, l’auteur écrivait notamment : « On a fait signer aux pensionnaires des maisons de retraite des attestations de “Renonciation aux soins d’urgence” ; les personnels soignants des Ehpad ont abandonné leurs postes du jour au lendemain, ont déserté collectivement, laissant mourir leurs pensionnaires de faim et de maladie. »

L’utilisation même de l’acronyme Ehpad ne laissait pas de doute sur le pays visé, la France. Or, après vérification, il apparaît que la source de l’ambassade est un article de Ouest-France évoquant… l’Espagne.

Plus loin l’auteur du texte écrit : « L’OMS [l’Organisation mondiale de la santé] a fait l’objet d’un véritable siège de la part des pays occidentaux, certains lançant même des attaques ad hominem contre son directeur général, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus. Les autorités taïwanaises, soutenues par plus de 80 parlementaires français dans une déclaration cosignée, ont même utilisé le mot “nègre” pour s’en prendre à lui. Je ne comprends toujours pas ce qui a pu passer par la tête de tous ces élus français. »

Problème : cet appel, publié par L’Obs le 31 mars qui plaide pour l’admission de Taïwan à l’OMS, ne fait ni référence ni même allusion au directeur général. On y chercherait en vain le mot « nègre ».

« Observations d’un diplomate chinois »

Arrivé en France à l’été 2019, Lu Shaye s’était déjà taillé une réputation de « faucon » dans son précédent poste au Canada. La France lui avait déjà indiqué que certaines de ses déclarations au sujet de Huawei étaient déplacées. Depuis, note-t-on au Quai d’Orsay, il publie ses commentaires sous le titre d’« observations d’un diplomate chinois en poste à Paris ».

Le Quai d’Orsay se trouvait face à un dilemme. Mettre en scène l’irritation des autorités françaises à l’égard du représentant chinois risquait de compromettre la seule entreprise qui compte : l’acheminement des masques produits en Chine, dont la France a si cruellement besoin. Le rôle de Pékin pourrait être aussi décisif sur une autre question majeure pour Paris : soulager les pays africains – au moins en partie – du poids de leur dette extérieure.

Dès lors, les écrits publiés sur le site de l’ambassade chinoise sont vus comme un parasitage. Ils ont été discutés à plusieurs reprises en réunion de cabinet, autour de Jean-Yves Le Drian. Mais ces publications ne traduisent-elles pas aussi une posture plus agressive, plus toxique, faisant fi de toute vérité des faits, adoptée par la diplomatie chinoise pour fuir ses responsabilités ? Lu Shaye est loin d’être le seul diplomate chinois à avoir adopté cette politique de communication voire de désinformation.

De son côté, Jean-Yves Le Drian a noué une relation personnelle de qualité avec son homologue chinois Wang Yi. Fin octobre 2019, en marge d’une visite officielle, ce dernier avait effectué une visite privée en Bretagne, à l’invitation du ministre français. Wang Yi avait souhaité, en effet, découvrir l’abbaye du Mont-Saint-Michel. Depuis, Jean-Yves Le Drian considère que son interlocuteur fait preuve de bonne volonté dans les moments de tension nécessitant une intervention politique.

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15 avril 2020

Extrait d'un shooting - photos : Jacques Snap

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15 avril 2020

La lettre politique de Laurent Joffrin - «Moi le premier…»

Plutôt bien venue, cette allocution présidentielle articulée autour du diptyque «compassion-précision». Le ton est plus humble, la date du 11 mai donne une perspective, les mesures annoncées sont de bon sens, la prolongation du confinement était inévitable face à une pandémie qui marque le pas mais reste dangereuse.

Quatre mots retiennent l’attention, qui semblent annoncer une subite conversion : «Et moi le premier.» Ils concluent la réflexion suivante, placée en fin de discours : «Ne cherchons pas tout de suite à trouver [dans la crise sanitaire] la confirmation de ce en quoi nous avons toujours cru. Non. Sachons sortir des sentiers battus, des idéologies, nous réinventer – et moi le premier.»

La première phrase est juste. Chacun, en effet, voit le virus à sa porte et trouve dans la crise la preuve de sa prescience. Les nationalistes réclament plus de nation, les socialistes plus de social, les écologistes plus d’écologie, les centristes chantent le juste milieu et les extrêmes la radicalité. On dit que tout doit changer, mais on répète la même chose. «Rien ne sera plus comme avant», clame-t-on. Sauf les discours.

C’est un fait que le Président échappe à la règle. Les mesures qu’il a annoncées sont à l’exact opposé de celles qu’il défendait auparavant. Il fustigeait «le pognon de dingue» mis dans le social, il dépense désormais sans compter pour limiter la casse sociale ; il chantait l’ouverture, il prône la souveraineté économique ; il moquait «les Gaulois réfractaires», il découvre que les Français sont tout de civisme discipliné ; il voulait réformer quitte à diviser, il écarte les réformes et prêche l’unité ; il louait «les premiers de cordée», il fait l’éloge des derniers, si précieux face à la pandémie, etc.

Les circonstances ont changé, plaidera-t-il, «je m’adapte». Mieux, je me «réinvente». A moins qu’il ne se soit trompé jusque-là… La nouvelle politique est-elle si nouvelle ? Retour de l’Etat, attention aux plus faibles, relance keynésienne, stratégie collective pour garder la maîtrise des secteurs les plus sensibles, appel à la solidarité plus qu’à la concurrence, éloge des travailleurs les plus humbles : on croirait entendre un de ces leaders sociaux-démocrates qu’on déclarait obsolètes il y a deux mois. Le Président parle comme un homme de gauche, lui qui avait prononcé la mort de la distinction droite-gauche. Pragmatisme ? Acceptons-en l’augure. Mais au cœur de cette crise inattendue et très «nouveau monde», il apparaît que les valeurs et les méthodes de l’ancien reprennent une nouvelle vie.

LAURENT JOFFRIN

15 avril 2020

Vu sur internet - j'aime bien cette photo

jaime36

15 avril 2020

La gestion de la pandémie par l’OMS sous le feu des critiques

Par Paul Benkimoun, Marie Bourreau, Genève, correspondance, Frédéric Lemaître, Pékin, correspondant

Accusée d’avoir été trop lente à réagir et d’être trop alignée sur les positions chinoises, l’Organisation mondiale de la santé est aussi victime des faibles marges de manœuvre laissées par les Etats membres.

La guerre contre le coronavirus a t-elle fait sa première victime collatérale ? Alors que le nombre de personnes atteintes par l’épidémie de Covid-19 explose, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et son directeur général, le docteur Tedros Adhanom Ghebreyesus, sont sous le feu des critiques. Accusée d’être acquise à Pékin, l’organisation aurait « acheté » les théories chinoises et tardé à sonner l’alarme sur la dangerosité du virus.

Sur les réseaux sociaux, les images détournées d’un docteur Tedros les yeux bandés par un drapeau chinois ou tenu en laisse par le président Xi Jinping ont été largement partagées. Une pétition en ligne qui réclame la démission du directeur général a recueilli plus de 800 000 signatures. Dix fois plus que le texte qui, au contraire, le soutient.

Coup de massue supplémentaire, dans un tweet publié le 7 avril, le président Donald Trump accuse l’organisation de s’être « complètement plantée ». En rechignant à admettre les cas de contaminations interhumaines, l’OMS aurait contribué à faire du Covid-19 une pandémie globale, approchant des 2 millions de cas confirmés et causant plus de 110 000 décès dont plus de 22 000 aux Etats-Unis.

Il n’en fallait pas plus à Donald Trump, grand contempteur des organisations multilatérales, pour menacer de mettre fin à la participation financière des Etats-Unis à l’organisation. En pleine campagne présidentielle américaine, « les démocrates accusent Trump d’avoir échoué sur la crise du Covid. Trump, lui, essaye de transposer la faute sur le docteur Tedros », analyse Richard Gowan de l’International Crisis Group.

Tergiversations

Au siège de l’OMS, vaste bâtiment à quelques encablures du Palais des Nations à Genève, les critiques qui s’accumulent ne font – pour l’instant – pas trembler l’organisation née en 1948 et censée à son origine jouer un rôle normatif sur les questions de santé publique.

Depuis, les crises sanitaires ont largement rattrapé l’organisation. « Nous sommes mobilisés 24/24 et 7/7. Ces critiques sont habituelles. En temps de crise, il faut toujours un exutoire et un coupable », analyse le docteur Sylvie Briand, à la tête du département des maladies infectieuses qui, faute de moyens suffisants sur un budget total de 3,4 milliards de dollars (3,1 milliards d’euros) en 2019, ne comptait qu’une seule spécialiste des coronavirus dans son équipe lorsque la crise a éclaté.

La Chine informe Genève, le 31 décembre 2019, qu’un virus respiratoire frappe la région du Hubei et sa capitale Wuhan. Son génome est déjà séquencé mais les experts chinois ne le partagent que le 12 janvier. Deux jours plus tard, l’OMS assure dans un tweet que « les enquêtes préliminaires menées par les autorités chinoises n’ont pas trouvé de preuve claire de transmission interhumaine ». Ce même 14 janvier, le bureau de la santé de Wuhan écrit pourtant qu’elle « ne peut être exclue, même si le risque d’une transmission soutenue est faible ». Le 22 janvier, l’organisation reconnaît finalement que le virus se transmet bien d’homme à homme.

Le docteur Tedros réunit pour la première fois le comité d’urgence constitué de scientifiques et d’épidémiologistes. Ses membres sont très divisés sur l’opportunité de lancer une « urgence sanitaire de portée internationale » (USPPI), seul outil conféré à l’OMS pour alerter l’ensemble des Etats membres et permettre la mise en œuvre de recommandations internationales. Alors que le comité est réuni, la Chine annonce, à la stupéfaction générale, claquemurer les 11 millions d’habitants de Wuhan.

L’OMS tergiverse. Une séquence diplomatique est organisée en toute hâte. Le Dr Tedros s’envole pour Pékin rencontrer le président Xi Jinping. Une photo le montrant faisant une courbette au chef d’Etat enflamme la toile. « Nous sommes partis voir sur place ce que les chiffres ne disaient pas », assure le docteur Briand qui participait au voyage.

Une organisation sans pouvoir de coercition

Le comité d’urgence est à nouveau réuni le 30 janvier. Cette fois, il déclare une USPPI. Mais, le docteur Tedros se livre avec une constance gênante à des éloges sur la « transparence » et la réponse « sans précédent » des autorités chinoises. Des propos jugés au mieux « dotés d’un certain sens politique », selon un diplomate qui souligne le rôle influent de Pékin sur la scène internationale, et au pire complices du régime chinois, alors qu’il était déjà évident qu’il avait retardé de plusieurs semaines le partage d’informations.

« Cette déférence était vraiment excessive, assure Suerie Moon, codirectrice du Centre de santé globale de l’Institut de hautes études internationales et du développement, mais ce n’est pas suffisant pour accuser l’organisation d’avoir un biais chinois. Il fallait surtout s’assurer que le canal restait ouvert avec la Chine car les premières semaines étaient capitales pour recueillir de l’information permettant de mieux connaître le virus. »

C’est là toutes les limites de l’OMS, organisation intergouvernementale, sans pouvoir de coercition sur les Etats qui refusent de coopérer avec elle et encore plus s’agissant d’un régime autoritaire. « Cessons de faire preuve de naïveté. Les Etats membres veulent que l’OMS reste faible car la santé est une question éminemment politique et une prérogative nationale », assure Marie-Paule Kieny, virologue et ancienne sous-directrice générale qui a quitté l’organisation en 2017.

A l’issue de la crise du SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) en 2003, les 194 Etats membres ont réussi à s’entendre pour actualiser le « Règlement sanitaire international ». Depuis 2005, il donne à l’OMS un rôle de coordination internationale en cas d’épidémie. Mais ils ont refusé que celle-ci se dote d’un pouvoir de sanction. « C’est comme un chef d’orchestre à qui on reprocherait de mal diriger alors qu’on ne lui a pas donné de baguette », estime Antoine Flahault, épidémiologiste et directeur de l’Institut de santé globale. L’OMS a cependant la possibilité de se baser sur les informations qui remontent des médias, d’Internet et de la société civile. Dans un pays muselé comme la Chine, cette veille a visiblement échoué.

Crise de confiance

Eternel problème de la gestion des annonces : pour chaque épidémie du XXIe siècle, SRAS en 2003, la pandémie grippale H1N1 en 2009 ou Ebola en 2014 et 2018, l’OMS a été accusée de réagir à contretemps : trop tôt ou trop tard, trop fortement ou trop faiblement. « Il ne faut pas oublier que les Etats les plus influents se reposent sur leur propre agence sanitaire. Les CDC américains (Centres for disease control and prevention) ont un budget dix fois plus gros que celui de l’OMS. Par contre, pour les Etats les plus pauvres, elle reste une tour de contrôle et ses recommandations technico-médicales sont très suivies », assure M. Flahault.

Nul ne sait comment l’OMS se relèvera de cette crise de confiance qui se heurte à une lame de fond unilatéraliste sur le plan international. Au siège, on assure qu’il sera toujours temps après la crise d’établir les responsabilités. « A chaque épidémie, il y a eu une remise en question de l’organisation », estime Mme Moon. « Cette crise démontre que dans un monde interdépendant, la santé est un enjeu global et qu’il faut renforcer le rôle de coordination de l’OMS », affirme la chercheuse. « C’est la leçon que devraient en tirer les Etats membres. Car une OMS affaiblie sera encore moins apte à faire face aux futures pandémies. »

La crise du coronavirus a également accru les tensions entre la Chine et l’OMS, d’une part, et Taïwan, de l’autre. Pékin considère comme une région chinoise cette île où se sont réfugiés en 1949 les nationalistes chinois lors de l’arrivée des communistes au pouvoir. Si les relations entre les deux rives du détroit se sont améliorées entre 2008 et 2016 lorsque le Kouomintang était au pouvoir dans l’île, elles se sont à nouveau dégradées depuis l’élection, en 2016, de Tsai Ing-wen, présidente du Parti démocratique progressiste (DPP). Pro-indépendantiste, celle-ci a été réélue haut la main en janvier 2020 pour un second mandat de quatre ans. Pékin avait autorisé Taïwan à assister aux assemblées générales de l’OMS en tant qu’observateur de 2009 à 2016 mais ce n’est plus le cas depuis cette date. Seul canal de communication entre l’île et l’OMS, le Centre de contrôle des maladies de Taïwan est toujours un « point de contact » du Règlement sanitaire international.

« Diplomatie du masque »

La crise du coronavirus donne à Taïwan l’opportunité de développer un double argumentaire. Dans un premier temps, les dirigeants du pays ont jugé que la mise à l’écart de l’île mettait potentiellement en danger la vie de ses 24 millions d’habitants privés d’informations sanitaires.

Mais, les semaines passant, le succès de Taïwan dans la lutte contre le virus – on ne dénombre à ce jour que six morts et ce, sans confinement de la population – les amène à déplorer que l’OMS ne prenne pas en compte le « modèle taïwanais ». Surtout, Taïwan reproche à l’organisation onusienne de ne pas avoir tenu compte de ses avertissements adressés le 31 décembre 2019 sur le risque de transmission interhumaine.

Alors que Taïwan s’est également lancé dans une « diplomatie du masque », en en donnant plusieurs millions aux Européens, aux Etats-Unis et aux derniers pays avec lesquels l’île entretient des relations diplomatiques, cet activisme énerve Pékin au plus haut point. Selon le ministère taïwanais de la défense, le porte-avions chinois Liaoning et cinq navires de guerre qui l’accompagnaient ont pénétré dimanche 12 avril dans les eaux taïwanaises.

Paul Benkimoun, Marie Bourreau (Genève, correspondance) et Frédéric Lemaître (Pékin, correspondant)

Coronavirus : « le pire est passé à New York » estime le gouverneur Cuomo. Les Etats-Unis ont recensé, lundi 13 avril, 1 509 nouveaux décès dus au Covid-19 en 24 heures, soit quasiment le même chiffre que la veille, selon le comptage de l’université Johns Hopkins qui fait référence. Ils restent le pays le plus touché dans le monde par l’épidémie liée au coronavirus qui a fait plus de 117 700 morts sur la planète. Lundi aussi, l’Etat de New York, épicentre de l’épidémie dans le pays, a franchi le cap des 10 000 morts. Son gouverneur Andrew Cuomo s’est néanmoins montré optimiste car le nombre d’hospitalisations net est en clair ralentissement. « Le pire est passé, si nous continuons à être intelligents » et à suivre les mesures de confinement, a-t-il assuré. Certains pays moins touchés, comme l’Autriche, ont déjà déclenché leur plan de sortie de crise, mais aucun, parmi les plus endeuillés, comme les Etats-Unis, l’Italie (plus de 20 000 morts), l’Espagne (plus de 17 000) ou le Royaume-Uni (plus de 11 000), n’ont encore osé donner une date précise pour la fin des restrictions les plus draconiennes. En Afrique, le Covid-19 a fait 833 victimes. Au Gabon, le confinement ne fait ainsi que débuter à Libreville, la capitale, tandis qu’au Nigeria il est prolongé de deux semaines dans un climat social tendu doublé d’une multiplication des actes criminels. Le Fonds monétaire international (FMI) a annoncé lundi le versement d’une aide d’urgence à vingt-cinq pays parmi les plus pauvres du monde pour leur permettre d’alléger leur dette et de mieux faire face à l’impact de la pandémie de Covid-19. Cette mesure permet de couvrir pour six mois les remboursements de la dette envers le FMI et « d’allouer une plus grande partie de leurs maigres ressources à leurs efforts en matière d’urgence médicale et d’aide ».

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15 avril 2020

Sabine Pigalle

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15 avril 2020

Coronavirus : face à une telle crise, il faut un revenu universel

Par Jean-Eric Hyafil , docteur à l'université Paris-I-Panthéon-Sorbonne — 13 avril 2020 à 17:06

Un revenu pour tous et sans condition apporterait plus de cohérence au système redistributif et accompagnerait mieux intérimaires, intermittents, pigistes et tous ceux dont les emplois ne sont pas protégés par le chômage partiel.

Tribune. La mise à l’arrêt de toute une partie de l’activité économique depuis le 17 mars, arrêt nécessaire pour mettre un terme à la propagation du virus, s’est traduite par une suspension nette des revenus pour un nombre très élevé de travailleurs et d’entreprises. Face à cela, le gouvernement a fait tout ce qui est en son pouvoir pour éviter au plus grand nombre de se retrouver sans revenu : près de 5 millions de salariés ont été mis au chômage partiel et de nombreux indépendants et petits entrepreneurs ayant vu leur activité suspendue ont pu solliciter une aide de 1 500 euros pour survivre à la crise.

Si le gouvernement a fait ce qu’il pouvait faire, il reste encore des laissés-pour-compte : tous ceux dont les emplois ne sont pas protégés par les mesures de chômage partiel : les intérimaires, les personnes en fin de CDD, certains intermittents ou encore les pigistes. Un grand nombre d’entre eux n’ont pas suffisamment cotisé pour demander une allocation chômage, sachant qu’un chômeur sur deux n’a pas assez de «droits» pour être indemnisé. Certains ont sollicité le revenu de solidarité active (RSA), et il faut espérer que les conseils départementaux aient pu être réactifs face au raz-de-marée de demandes parvenues ces dernières semaines. Il reste enfin des chômeurs qui ne reçoivent ni les allocations chômage ni le RSA parce qu’il leur manque la connaissance du dispositif ou les moyens de le solliciter, dans un contexte où l’action des administrations sociales et des associations est elle aussi limitée par les mesures de confinement.

Face à une telle crise, un revenu universel aurait été efficace pour répondre rapidement au problème sans laisser personne sur le carreau. Rappelons qu’un revenu universel est distribué à tous les résidents adultes d’un pays de façon universelle, inconditionnelle et individuelle, étant cumulable avec les revenus du travail, du capital et de remplacement. Ce revenu universel ne doit se substituer qu’au seul RSA et à la prime d’activité : il restera nécessaire de s’appuyer sur le régime d’assurance chômage pour les travailleurs qui cotisent et sur les différents dispositifs ciblés sur les publics particuliers (adultes handicapés, familles monoparentales, personnes âgées avec des droits insuffisants à la retraite, etc.). Et il ne devrait pas non plus remplacer les mesures exceptionnelles ciblées prises par le gouvernement (chômage partiel ou aide sur les petits entrepreneurs) : face à une telle crise, il est nécessaire d’avoir une palette d’outils redistributifs à disposition pour répondre à la diversité des cas. Mais il faut aussi avoir un outil qui assure que personne n’est oublié, et ce avec le moins de complication administrative possible. Cet outil est le revenu universel. Evidemment, la question du financement se pose : il faut comprendre que les effets redistributifs du revenu universel ne peuvent être pensés sans prendre en compte les impôts qui le financent. Ainsi, un couple revenu universel à 550 euros + impôt proportionnel (flat-tax) dès le premier euro gagné (comme la CSG) à 23 % (que l’on peut par ailleurs rapprocher de l’impôt négatif de Milton Friedman si ce n’est que celui-ci s’active en aval des revenus d’activité contrairement au revenu universel) a très grossièrement les mêmes effets redistributifs que l’actuel trio RSA + prime d’activité + impôt sur le revenu. On pourrait financer le revenu universel de cette année principalement en augmentant le taux de CSG d’une vingtaine de points. On peut aussi faire peser une partie du financement sur les dernières tranches de l’impôt sur le revenu ou sur les impôts sur le capital afin d’obtenir un effet redistributif plus fort. Soulignons que les ménages aisés seraient plus imposés, mais ils recevraient aussi le revenu universel, ce qui compenserait partiellement la hausse d’impôts.

L’individualisation du revenu universel (contrairement au RSA qui est familiarisé) rend la mesure plus coûteuse que l’actuel RSA, mais elle la rend aussi plus simple. Surtout, la mise en œuvre d’un revenu universel est la traduction la plus directe d’un nécessaire rapprochement entre la Caisse d’allocations familiales (CAF), qui verse les allocations sociales, et l’administration fiscale, les deux entités qui participent à la redistribution verticale de revenus. Fusionner ces deux administrations serait l’occasion d’apporter plus de cohérence au système redistributif et de mieux accompagner chacun des citoyens, pour qui le système deviendrait alors plus clair.

Enfin, une fois la crise du coronavirus terminée, l’existence d’un revenu universel dans la palette des mécanismes redistributifs sera un outil efficace pour affronter de nombreux problèmes économiques à venir : dédommager la population d’une région touchée par une catastrophe naturelle, compenser les effets antiredistributifs d’une augmentation de la taxe carbone, augmenter le pouvoir d’achat des travailleurs à bas salaire, etc. Ainsi, mettre en œuvre dès maintenant un tel revenu universel permettra au pouvoir politique de se rendre compte combien cet outil peut débloquer une multitude de dilemmes économiques qu’il n’était jusqu’ici pas parvenu à résoudre.

Jean-Eric Hyafil est le coauteur de : Revenu de base. Un outil pour construire le XXIe siècle, et Revenu de base. Comment le financer, éditions Yves Michel, 2016

15 avril 2020

Protégez vous !

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15 avril 2020

IMIRAGE Magazine

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15 avril 2020

Le 11 mai, les coiffeurs et fleuristes pourront rouvrir mais sous conditions

Dans son allocution télévisée, Emmanuel Macron a ouvert la voie à la réouverture des magasins non alimentaires comme les salons de coiffure. Encore faut-il que les conditions sanitaires soient réunies.

Par Geoffroy Clavel

CONFINEMENT - Considérés comme un service “non essentiel”, les salons de coiffure ainsi que les fleuristes sont fermés depuis le début du confinement. En fixant dans son allocution l’horizon du 11 mai en vue d’une reprise partielle de l’activité du pays, Emmanuel Macron a toutefois laissé entendre que ces métiers pourraient reprendre progressivement et sous conditions. 

Interrogé ce mardi 14 avril sur France Inter sur la possible réouverture des salons de coiffure et des magasins de fleurs, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a confirmé que “l’objectif est d’élargir la réouverture de tous les magasins au-delà de l’alimentaire.”

“Nous allons exclure les restaurants et les cafés, qui sont des lieux de forte promiscuité”, a rappelé le ministre. Mais s’agissant des coiffeurs et fleuristes, “l’objectif est que ces commerces-là puissent être ouverts”.

Notons qu’il s’agit bien là d’un “objectif”, conditionné à l’évolution positive de la situation sanitaire du pays d’ici le 11 mai. Le cabinet du ministre de l’Économie Bruno Le Maire se montre d’ailleurs prudent. “Tout cela devra être précisé, mais le président de la République mentionne bien les services dans les réouvertures du 11 mai”. “On doit travailler avec chacun pour une réouverture en respectant les règles sanitaires”, indique encore l’entourage du ministre.

“Pas la peine de rouvrir pour mourir”

Dans les faits, le retour des coiffeurs et fleuristes dépendra donc du degré de régression de l’épidémie et des mesures de sécurité sanitaires spécifiques qui auront été arrêtées pour ces métiers. “Nous sommes en attente de confirmations et de détails”, temporise au HuffPost Luc Héry du Conseil national des entreprises de coiffure (CNEC), pour qui la question d’une réouverture au 11 mai demeure “prématurée” tant que les garanties de sécurité pour les professionnels et la clientèle n’auront pas été arrêtées.

Le métier de coiffeur induit en effet une proximité physique certaine avec la clientèle, souvent dans des locaux exigus. Difficile dans ces conditions de respecter les consignes de distanciation sociale qui devraient être maintenues bien au-delà du 11 mai. En Belgique, où les coiffeurs avaient un temps été exemptés des mesures de confinement, la profession s’était mobilisée pour réclamer une fermeture générale des salons (qu’elle a obtenue), en invoquant l’impossibilité de mettre en oeuvre les mesures barrières.

Pour répondre à ce défi, “le déconfinement devra répondre à des règles d’accompagnement sanitaires et économiques en coordination avec les partenaires sociaux de la branche”, précise le secrétaire général du CNEC Luc Héry. Qui met en garde contre toute précipitation: 11 mai ou pas, “on pourra rouvrir à partir du moment où on aura des fiches sanitaires précises qui sont en cours d’élaboration. Ce n’est pas la peine de rouvrir pour mourir.” 

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