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Jours tranquilles à Paris

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19 septembre 2019

Milo Moiré

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milo398Photographe : Peter Palm

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18 septembre 2019

L'homme à tête de chou”, une pièce dansante et sensuelle actuellement au Théâtre du Rond-Point

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l s'agit d'un véritable hommage à Serge Gainsbourg. Une représentation hypnotique et légère chorégraphiée par Jean-Claude Gallotta pour le bonheur des fans du chanteur et d'amateurs de danse.

Par Véronique Borel

Ils sont douze danseurs en jean, en chemise parfois en soutien-gorge ou torse nu. Douze danseurs qui démontrent par leur danse une belle sensualité sur un fond sonore de Serge Gainsbourg. Jean-Claude Gallotta et ses danseurs ont toujours l'art d'être joyeux et légers malgré le désarroi. Ils font en sorte que le corps en mouvement apporte une joie d'être et de vivre. L'homme à la tête de chou permet au spectateur de se remémorer l'univers de Serge Gainsbourg grâce à notamment à son album du même nom sorti en 1976. Ma lou Marilou est un des titres phares de l'album; ce titre qui est réinterprété pour le spectacle par Alain Bashung et son timbre de voix chaud.

L'homme à tête de chou, une histoire de rencontres

"J'ai croisé l'Homme à tête de chou à la vitrine d'une galerie d'art contemporain. Sous hypnose, j'ai poussé la porte, payé cash, et l'ai fait livrer à mon domicile." disait Serge Gainsbourg. Ce premier contact est la base inspirante de l'album-concept. "Journaliste à scandales tombé amoureux d'une petite shampouineuse assez chou pour le tromper avec des rockers. il la tue à coups d'extincteur, sombre peu à peu dans la folie et perd la tête qui devient chou " poursuivit l'illustre chanteur français.

L'Homme à tête de chou est comme son nom l'indique un être mi-homme, mi-légume qui revit l'histoire tragique et fatale de son amour pour Marilou. Un sentiment qui le pousse à la folie et au crime.

C'est aussi l'histoire d'une rencontre de deux artistes, Jean-Claude Gallotta et Alain Bashung. En 2006, ils se rencontrent au concert donné par le chanteur à Grenoble. Alain veut que Jean-Claude chorégraphie pendant son concert; ce qui n'avait pas pu se faire. Dans la même période, le producteur Jean-Marc Ghanassia propose le projet de l'Homme à tête de chou à Jean-Claude Gallotta. Ce dernier propose à Bashung qui accepte et travaillent ensemble sur toute la mise en place de ce beau spectacle. Une aventure humaine qui s'arrête lorsque Alain Bashung décède en 2009 mais une aventure artistique qui se poursuit avec un succès rencontré la même année et qui reprend cette année au Rond-Point.

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Jean-Claude Gallotta, un chorégraphe passionné

Il est à l'origine de l'un des premiers centres chorégraphiques nationaux et a oeuvré pour de nombreuses pièces dansantes. Jean-Claude Gallotta, chorégraphe et metteur en scène zélé pour son métier débute à New-York où il part travailler avec Merce Cunningham. A son retour en France, plus précisement à Grenoble, sa ville natale, il fonde le Groupe Emile Dubois en 1979. En 1981, son premier ballet Ulysse le met sur la voie de la reconnaissance internationale, jusqu'au Japon où il dirige pendant deux ans entre 1997 et 1999, une compagnie japonaise. Son répertoire de chorégraphies s'enrichit avec Daphnis é Chloé, Hommage à Yves P., ou encore Trois Générations et se croise avec le cinéma et la musique. Gallotta est un auteur associé au Théâtre du Rond-Point où il y a présenté plusieurs chorégraphies depuis quinze ans, dont l'Homme à tête de chou en 2009.

"L'homme à tête de chou", une pièce dansante et sensuelle actuellement au Théâtre du Rond-Point

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18 septembre 2019

CÉLINE SCIAMMA, PEINTURE SUR SOI

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Par Jérémy Piette - Libération

Dans «Portrait de la jeune fille en feu», la cinéaste narre avec subtilité les liens affectifs entre une peintre et son modèle au XVIIIe siècle. Le film démarre sagement puis bouleverse par sa mise en scène des rapports de pouvoir et de désir inscrits dans les regards.

Héloïse (Adèle Haenel) ignore les vrais motifs de la présence de Marianne (Noémie Merlant), sa dame de compagnie. Photo Pyramide  

On sort de la salle de cinéma, les joues humides - c’est ridicule, ça nous regarde, peut-être le manque de sommeil - mais à la faveur d’une combustion lente, progressive, Portrait de la jeune fille en feu se révèle l’un de ces très beaux films qui donnent envie de faire des films, ou d’en voir, ou d’en espérer d’autres. Ce qu’il faut comprendre, et ce que nous allons tenter de faire comprendre, plus calmement, et que vous irez comprendre par vous-même ou différemment, c’est que ce quatrième long métrage de la Française Céline Sciamma - prix du scénario au dernier Festival de Cannes - propose un regard en rupture avec l’ordinaire des regards, une alternative. Sur la question même du regard justement, sur un temps de l’histoire, sur la peinture, sur les femmes, leurs accomplissements et leurs désirs brimés ou émancipés. Si bien qu’on ne peut que se dire, il se passe quelque chose là-dedans, au sein du cinéma français, et même au sein de films aux contours un peu convenus comme d’abord celui-ci : quelqu’un est en train d’y apposer sa touche, autrement. C’est Céline Sciamma, et ce n’est pas rien. Laissons les larmes sécher, avec autant de patience que l’huile le peut sur sa toile, et reprenons par le commencement.

Destin remanié

Nous sommes en 1770, Marianne (Noémie Merlant) est peintre et missionnée par une comtesse (Valeria Golino) afin de réaliser le portrait de sa fille, Héloïse (Adèle Haenel). Mais cette dernière ne doit pas le savoir, sans quoi elle ne se laissera pas faire («elle a épuisé un peintre avant vous»). La période est délicate. Héloïse a perdu sa sœur qui s’est jetée d’une falaise sans crier, en même temps qu’un Milanais y a perdu une promise, et ainsi, Héloïse, exfiltrée de chez les bénédictines, va devoir satisfaire au mariage à sa place. La toile est exigée pour cela : un portrait pour l’aristo italien, qui ne connaît pas encore sa future épouse. Marianne se fait passer en journée pour une dame de compagnie veillant sur son désir de vivre face à cette destinée brusquement remaniée. Le soir, elle va la peindre, de mémoire, ou grâce à de petites esquisses réalisées lors de balades en journée, à longer les côtes bretonnes, traits rapides de ce visage sous embruns et émois salés, profil observé à la dérobée.

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Il sera d’ailleurs tout au long du film question de regards, cachés, directs, doux et sévères, à tout-va, le sien, le nôtre, ceux des peintres, des muses, des actrices entre elles (s’il fallait décerner un prix d’interprétation des yeux, il pourrait aller à ceux de Noémie Merlant et d’Adèle Haenel), puis regards sur la façon dont on peint, filme, met en scène désirs et sexualité. Belles, précises mais un peu froides au départ (malgré le feu), les séquences s’enchaînent au pas, tirées au cordeau et bonnes élèves, elles séduisent comme elles poussent au risque de nous laisser de côté, telles des vagues, trop bien pour nous.

Tout juste arrivée sur l’île, Marianne fume sa pipe devant une cheminée, entourée de deux toiles vierges qui ont bu la tasse quelques heures auparavant. Déjà sous la bonne mesure un brin académique, sourd cette idée : si la peintre est bien au centre du plan, déjà image, rien ne prendra forme sur les deux autres volets vierges sans l’accord et la participation consentante, mouvementée, de ce qui viendra s’y loger, et la déranger pour le meilleur et pour le pire, à ses côtés, dans son œuvre, dans sa vie. On entendra cette phrase bien plus tard, «nous allons peindre», qui fait du bien parce que ce n’est pas la peintre qui la prononcera.

Délicates et précises, les premières couches de fusains comme de peinture appliquées ont déposé les premières touches charmeuses du film sur sa toile encore un peu sage, comme le portrait qui en creux s’y révèle, sans qu’Héloïse ne le sache. Mais cette dernière fait tout basculer, désappointée lorsqu’elle finit par s’y découvrir : «C’est moi ? Vous me voyez comme ça ?» Le rideau comme le secret tombent, la toile bousillée, l’effigie défigurée, comme celle du peintre éconduit demeurait sans tête. On recommence donc et quelque chose, alors, décolle : c’est tout le film, incandescent définitivement, enfin sensuel et libéré, collectif, qui va nous montrer ses femmes désirer librement. Elles fument, boivent de la bière, mettent les mains dans les poches, préparent leur dîner, jouent aux cartes - la mère s’étant absentée, on fait un peu plus de place à la servante (sous les traits de Luàna Bajrami). Elles prennent soin les unes des autres, s’apprivoisent, triangle d’affections. Marianne, pas peu fière, énumère ce qu’elle voit de manies - mordre ses lèvres, se toucher le front - chez son modèle comme se pensant seule apte à sonder dans sa gestuelle son bonheur, son trouble ou son énervement. Cette dernière lui rend la pareille. Tout ce retournement de la regardeuse regardée, et inversement, multiplie les directions comme des sens réveillés, des prises de pouvoir, constamment malmenées : un monde s’effondre, l’autre peut commencer à exister. Il s’agira d’aimer.

Filets de salive

Et les tableaux (toiles et séquences de cinéma) se succèdent et le permettent - magnifiques souvent : comme ce feu qui vient grignoter la robe d’Héloïse et celle de la nuit… Sciamma donne un bel espace, un écrin, un costume de film d’époque à des corps contemporains, ou des corps d’époque enfin filmés au prisme de notre contemporanéité, pour que les peaux se touchent enfin, que les filets de salive se tendent, les corps de femmes s’expriment, se reflètent dans les miroirs, puissants, transpirant allégrement, disposant d’eux-mêmes, se disposant donc autrement. Et entre la femme, sa figure peinte, son souvenir, il faudra choisir. Le mythe d’Orphée et d’Eurydice traverse le film et Orphée a choisi le souvenir en se retournant, laissant Eurydice aux Enfers : «Ce n’est pas le choix de l’amoureux. C’est le choix du poète», entend-on dire ici. Avec son Portrait de la jeune fille en feu, Sciamma semble nous raconter comment elle est allée tirer Eurydice des bras d’Hadès, des Enfers, comme on tire un bout de passé à la surface, pour le relire, le dire, le redire autrement, le sonder à sa manière (en s’aidant des archives qu’elle a exhumées de l’ébullition artistique féminine d’alors) elle a donné vraiment, enfin, sa version du tableau d’époque, sa contre-toile, que l’on n’a pas fini de déchiffrer.

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18 septembre 2019

Cinéma : les malheurs de Woody Allen aux Etats-Unis

Par Laurent Carpentier

Son dernier film, unanimement salué en Europe, ne sort pas en salle outre-Atlantique, à la suite d’un litige avec Amazon.

Il porte un appareil auditif, a la vue fragile, et des lombalgies. A part ça, à 83 ans, cinquante-trois films, et toujours la même monture de lunettes (à croire qu’une fée autoritaire la lui a offerte au berceau), Allan Stewart Konigsberg reste imperturbablement Woody Allen. Est-ce l’humour, ce recul sur lui-même, cette auto-ironie élevée au rang d’arme fatale, qui le fait ainsi résister aux tempêtes polémiques qui l’assaillent ?

Alors que sort en Europe Un jour de pluie à New York (A Rainy Day in New York), Amazon, détenteur des droits aux Etats-Unis, a cassé le contrat qui le liait au réalisateur pour quatre films, empêchant de fait la sortie de celui-ci en salle outre-Atlantique. Woody Allen est aujourd’hui en procès avec la société de Jeff Bezos à qui il réclame 68 millions de dollars (61 millions d’euros) de dommages et intérêts.

Artistes à eviter

Le fond du problème n’est pas, comme on le verra sur les écrans, que le film soit scandaleux, mais bien plutôt son timing. Le tournage a en effet commencé alors qu’explosait l’affaire Harvey Weinstein. Personne n’avait encore vu le moindre bout de rush que, déjà, les réseaux sociaux bruissaient de commentaires assassins affirmant qu’il s’agissait d’une histoire d’amour entre un homme âgé et une jeune fille, rappelant au passage que Woody Allen est, depuis vingt-cinq ans, accusé par sa fille adoptive d’avoir abusé d’elle.

« Il n’y a rien de la sorte dans mon film, nous avait-il répondu en décembre 2017, alors que nous l’interrogions sur le sujet. C’est quelque chose que la presse a fabriqué de toutes pièces… » De fait, il avait raison.

Peu importe. Entre-temps, l’acteur principal, Timothée Chalamet, nommé aux Oscars pour Call Me by Your Name, avait pris soin de prendre ses distances, blâmant le réalisateur et offrant son cachet à des œuvres caritatives. Comme Kevin Spacey, Roman Polanski ou Louis C.K., Woody Allen avait rejoint la liste des artistes à éviter.

Un climat de haine

Que reproche-t-on exactement au cinéaste ? Woody Allen est accusé de s’être livré, le 4 août 1992, à des attouchements sur sa fille adoptive Dylan Farrow, âgée de 7 ans. Elle est l’une des trois enfants qu’il a élevés avec Mia Farrow (qui, au total, a eu quatre enfants naturels et en a adopté onze).

Ces accusations, Dylan Farrow continue de les porter, soutenue par sa mère et son frère Ronan (le journaliste auteur de l’article du New Yorker qui a lancé l’affaire Weinstein). Mais face à elle, son autre frère, Moses, dénonce, lui, le climat de haine entretenu par Mia Farrow, qui venait de découvrir la liaison de Woody Allen et d’une autre de ses filles adoptives, plus âgée, Soon-Yi Previn. Cette dernière épousera finalement le cinéaste avec lequel elle vit toujours, et qu’elle défend mordicus.

Témoignage contre témoignage… Pas d’autre cas de prédation révélé… Les enquêteurs et les juges renonceront à démêler le vrai du faux, abandonnant les poursuites tout en refusant au cinéaste la garde de la petite… Depuis, les deux clans se déchirent. D’un côté, les soutiens sans faille : Diane Keaton (Annie Hall, Manhattan…), Scarlett Johansson (Match Point, Scoop…), la romancière Daphne Merkin, qui a publié, en septembre 2018, dans le New York Times Magazine, une interview remarquée de Soon-Yi. De l’autre, ceux qui, comme Greta Gerwig (To Rome with Love) ou Nicholas Kristof, éditorialiste au New York Times et ami de Dylan Farrow, tirent à boulets rouges.

Des raisons d’image

S’il continue d’habiter New York (clarinettiste, il se produit chaque lundi avec son jazz-band au Café Carlyle, cabaret mythique de l’Upper East Side – les tickets, vendus 190 dollars, étaient épuisés pour la séance du 16 septembre), il y a un moment que le gamin de Brooklyn a trouvé un refuge cinématographique en Europe.

D’abord pour des raisons financières – ses films n’avaient plus là-bas le succès d’autrefois –, mais désormais pour des raisons d’image : les Européens sont moins prompts à clouer au pilori, quelle que soit leur faute, les contrevenants à l’ordre moral. Car, in fine, en l’absence de poursuites judiciaires, c’est d’abord sa filmographie qui pèse contre le cinéaste.

De Manhattan (1979) à Crimes et délits (1990), ses œuvres sont un questionnement récurrent sur le bien et le mal, et l’amour et ses dérives. Au point d’y voir la preuve d’un esprit coupable ? « C’est le matériau de base de tout auteur dramatique, se défendait-il à l’époque du tournage d’Un jour de pluie à New York, quand nous l’interrogions sur Wonder Wheel, son film précédent alors en passe de sortir en France. Nous avons les mêmes problèmes émotionnels que les Grecs il y a cinq mille ans : la passion, la jalousie, la haine, la solitude, l’amour d’un autre, et la frustration. Depuis, nous allons sur la Lune mais rien de tout cela n’a changé, et dans cinq mille ans, nous aurons fait de nouvelles découvertes miraculeuses mais les gens continueront à aimer, à être jaloux, à se sentir trahis… La même grande roue qui ne mène nulle part. »

Aujourd’hui, sa défense reste la même : « Les gens se méprennent, répète-t-il à qui veut l’entendre, mais je ne serai pas là très longtemps, alors ce n’est pas bien grave. » En attendant, il tourne son prochain film, loin de New York, à Saint-Sébastien (Espagne), avec Christoph Waltz, Elena Anaya, Sergi Lopez, Louis Garrel…

18 septembre 2019

Prenez soin de.... la terre, de... votre corps

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18 septembre 2019

Le Turk - photographe

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18 septembre 2019

Vu dans un magasin de vêtements...

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18 septembre 2019

Un jour de pluie à New York - Woody Allen

Un trio de jeunes adultes talentueux emportés dans un tourbillon enthousiaste par l'un des plus beaux personnages de l'œuvre de Woody Allen : New York. Une vraie cure de jouvence.
“La ville a pris le dessus”, avoue Gatsby (Timothée Chalamet) à sa mère, en tentant de lui expliquer son séjour mouvementé à New York, suite d’errements et de rencontres qui l’ont fait dévier de son dessein initial : un week-end en amoureux avec Ashleigh (Elle Fanning), sa petite amie qui s’est aussi fait kidnapper par la ville. Cette phrase, une longue liste de personnages alleniens auraient pu se l’approprier, tant New York est chez Woody Allen cette zone d’intensité que ses personnages arpentent à la recherche d’un départ de fiction qui toujours arrive – quant au reste de l’Amérique, il serait comme désespérément dépourvu de cette électricité fictionnelle.

A ce titre, Un jour de pluie à New Yorkressemble de loin à un nouveau Woody Allen, un film de plus : péripéties romantiques, acteurs contaminés par le jeu allenien (fiévreux, logorrhéique et bardé de références culturelles), Manhattan pareil à un inamovible décor de cinéma. La merveille de ce film tient à un léger décalage opéré sur cette petite musique : si Allen offre régulièrement ses récits à de jeunes acteurs, il n'a jamais autant voulu capter à travers ce trio-là (Chalamet, Fanning, Gomez) l'idée même de jeunesse, synonyme chez lui d'élan vital, d'optimisme indestructible. On se souvient qu'il dispose parfois, ici et là, de petites touches de jeunes filles surdouées et séduisantes, énergiques et perdues dans un monde d'adultes fatigués qui semble être la norme (Mariel Hemingway dans Manhattan, Juliette Lewis dans Maris et Femmes...).

Une zone de lumière dans le regard du cinéaste

Alors, tous ces beaux acteurs, juvéniles, célèbres, talentueux, hyper-techniques et superbement gracieux dans leur manière d’intégrer si évidemment le monde d’Allen, créent un décalage, un pas de côté et une zone de lumière dans le regard du cinéaste qui, on le sent, semble vouloir fixer leur beauté une bonne fois pour toutes, se frotter à leur soleil.

C’est la magie renouvelée pendant 1 heure 30 du dernier plan de Manhattan, où le cinéaste-acteur se faisait contaminer par la joie de vivre d'Hemingway. Il faut voir ce petit lutin de Fanning annoncer à son copain (ils sont tous deux étudiants à Tucson en Arizona) qu’elle doit se rendre à New York pour interviewer son réalisateur préféré : elle en parle comme d’un départ imminent pour le plus grand des parcs d’attractions, un voyage vers le monde d’Oz, le monde d’Allen.

Un film de Woody Allen mais comme déréalisé, un Midnight in Paris à domicile. Manhattan filmé comme une coulée d’enthousiasme, de libido, où la seule connexion possible entre deux êtres semble être le flirt, l’envie de s’embrasser et de coucher ensemble, que le cinéaste systématise ici jusqu’au rêve. Il y a cette magnifique rencontre entre Chan (Selena Gomez, rémanence définitive de Judy Garland : même voix, même air de bébé abîmé qu'on devine sous les manières adultes) et Gatsby qui, d’un trottoir de la ville, se retrouve sur le tournage d’un film, comme si l’un menait naturellement à l’autre.

Il se souvient d’elle, la sœur d’une ancienne petite copine qui a bien grandi. Ils doivent jouer sans transition une scène de baiser, s’y reprennent plusieurs fois avant de la réussir. Ils s’y reprennent une dernière fois à la toute fin, lorsque Gatsby décide de ne pas quitter cette ville dont il veut rester l’acteur.

Chaque plan est un tableau pourvu de sa propre météo

Ces jeunes adultes, qu’on aimerait pouvoir qualifier d’enfants, Allen les filme, Vittorio Storaro les éclaire, et sa photographie apporte à Un jour de pluie à New York une part d’abstraction rêveuse et d’artifice qui transforme chaque plan en tableau pourvu de sa propre météo : une coulée de lumière jaune qui caresse la joue de Fanning, un écran de pluie qui brouille son visage, une séquence d’averse et de gris qui révèle la blancheur surnaturelle de son corps. Le chef-opérateur commente le songe du cinéaste.

Pas de hasard : lorsque Gatsby, qui avait prévu d’aller voir une expo de l'œuvre pétrifiée d'angoisse de Weegee (dont Manhattan était le terrain privilégié), suit finalement Chan au MET, ils déambulent parmi les portraits de Sargent et les paysages de Monet. La scène est splendide, parce que ces deux-là n’admirent pas les tableaux ; ils sont sereins, détachés, comme à égalité face aux chefs-d’œuvre, se sachant être, eux aussi, les sujets d’un tableau éclatant.

“Un jour de pluie à New York” de Woody Allen, avec Timothée Chalamet, Elle Fanning, Selena Gomez (E.-U., 2019, 1 h 32)

18 septembre 2019

Ces photos me plaisent beaucoup...

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le havre

paul roustan

pieton

pomme

18 septembre 2019

SUMPER DEPRESSION BY OKSI {EDITORIAL EXCLUSIF / NSFW}

Le photographe Oksi s’est associé à Kate pour nous apporter cette photo d’édition estivale dans le désert.

https://www.instagram.com/oksi.photo/

https://www.instagram.com/kate_true_love/

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