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Jours tranquilles à Paris

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22 septembre 2019

HIER : A Paris, une Marche pour le climat dans la confusion

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Par Rémi Barroux, Raphaëlle Besse Desmoulières, Pierre Bouvier, Aline Leclerc

Le cortège, qu’ont rejoint des « gilets jaunes » et des black blocs, s’était élancé samedi dans une ambiance bon enfant qui a vite laissé la place aux affrontements.

Difficile de tirer un bilan des manifestations du 21 septembre, tant pour les « gilets jaunes » qui marchaient dans Paris pour un 45e samedi de mobilisation, que pour les nombreuses organisations et associations à l’origine de la Marche pour le climat, un rendez-vous important à deux jours d’un sommet de l’action pour le climat organisé à New York par António Guterres, secrétaire général des Nations unies (ONU).

Les « gilets jaunes » qui voulaient faire de ce samedi une journée « historique » qui marque les esprits et remette le mouvement sur le devant de la scène, avec le mot d’ordre « toute la France à Paris », n’auront guère pu structurer de cortège indépendant, empêché notamment de rejoindre les Champs-Elysées par un imposant dispositif policier.

Frustration donc mais ils ont néanmoins pu défiler avec les marcheurs pour le climat, et auront, en divers endroits, déclenché le scénario connu d’affrontements sporadiques avec les forces de l’ordre et de très nombreux tirs de grenades lacrymogènes et de désencerclement.

De leur côté, les ONG engagées dans la lutte climatique et la défense de l’environnement ont failli, elles, ne pas pouvoir manifester du tout, bloquées dès le départ, à quelques centaines de mètres de la place du Luxembourg, par des tirs nourris de lacrymogènes. Mais bien que leur cortège ait été en grande partie, au moins au début, parasité par la constitution d’un black bloc et la présence de centaines de « gilets jaunes » qui voulaient en découdre, les militants pour le climat ont fini par atteindre leur point d’arrivée prévu, à Bercy.

Forte mobilisation policière

Au final, ce sont 38 000 personnes qui ont défilé à Paris contre « l’inaction climatique du gouvernement », selon les organisateurs – et 15 200 selon le comptage indépendant du cabinet Occurrence. Au total, toujours selon les organisateurs, « plus de 150 000 » manifestants sont descendus dans la rue samedi, dont 15 000 à Lyon (5 000 selon la police), 10 000 à Grenoble, 5 000 à Strasbourg (3 600), et des milliers d’autres dans de nombreuses villes (Lille, Nantes, Bordeaux, Metz, Rouen, Nancy, Marseille, etc.).

Les regards étaient surtout braqués sur Paris où la convergence entre manifestation sociale et mobilisation pour le climat était annoncée, redoutée aussi par la préfecture de police qui a annoncé avoir mobilisé 7 500 membres des forces de l’ordre.

La journée de mobilisation parisienne a débuté dès 9 heures du matin, par le rendez-vous de « gilets jaunes », place de la Madeleine, où une déclaration de manifestation avait été déposée par le syndicat Solidaires et l’association altermondialiste Attac. Mais le rassemblement n’avait pas été autorisé par la préfecture. Pas plus que les parcours proposés par les « gilets jaunes » du collectif Décla Ta manif, qui depuis janvier, met un point d’honneur à défiler sur des parcours autorisés.

Les « gilets jaunes » venus de toute la France qui ont convergé place de la Madeleine à 9 heures se sont immédiatement fait refouler par la police : même une pancarte « Fin du monde, Fin du mois, agissons » n’a pas été tolérée une minute. « Ils nous refusent tous les parcours, alors comment je peux manifester ma colère moi ? », s’indignait Mickaël Jourdain, 39 ans, ambulancier venu de Troyes, résumant le sentiment collectif.

Les « gilets » ne portent plus leur gilet

Privés de lieu de rassemblement autorisé, les « gilets jaunes » sont donc partis en petites grappes à travers les rues de Paris, entravant la circulation, renouant, en ça, avec leurs habitudes de l’hiver et du printemps.

A la différence près qu’ils ne portent désormais plus leur gilet. Pour moins attirer l’attention des policiers. « Et aussi parce qu’on n’a plus besoin de se différencier des autres, on est tous ensemble, on est le peuple », expliquait un manifestant.

Mais cette précaution les rend désormais beaucoup moins visibles et identifiables et donne de fait moins de portée à leur présence éparse dans les rues de Paris. Les passants ne les reconnaissaient qu’à leur chant « On est là, même si Macron ne veut pas nous, on est là ». Mais ces quelques notes entraînaient immédiatement l’arrivée des forces de l’ordre, dont les interventions musclées, à grand renfort de gaz lacrymogènes, sont parvenues à éviter toute la matinée, la formation d’un cortège conséquent.

Si bien que de guerre lasse, vers midi, tous ont pris le chemin de la Marche pour le climat dont le départ était prévu devant le jardin du Luxembourg. Certains avec de vraies convictions écologistes, d’autres avec avant tout le souci de trouver un endroit où s’exprimer. Beaucoup d’appels à la convergence avaient été lancés, par des « gilets jaunes » comme par des écologistes ces dernières semaines.

Sur le terrain, elle s’était déjà traduite dans la rue par des actions communes, des banderoles jaunes et vertes, dans de nombreuses villes en France, et ce dès l’hiver 2018. Mais, ce 21 septembre, forcée en partie par les circonstances, cette convergence ne faisait pas que des heureux. « On nous interdit de manifester, ils ne nous laissent même pas déclarer de manifestation, alors on est venu là et on va quand même manifester », expliquait Patrick et Olivier, respectivement retraité de 67 ans et cuisiner de 57 ans, de la région parisienne.

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L’ambiance bon enfant s’est envolée en quelques secondes

Et quand, vers 13 heures 30, les organisateurs ont donné la parole à plusieurs représentants d’associations, les cris des très nombreux « gilets jaunes » présents, « Et tout le monde, déteste la police », recouvraient les interventions. Au point qu’un responsable de la marche a pris la parole pour expliquer que « si tous les “gilets jaunes” étaient les bienvenus, il fallait respecter le pacte de non-violence accepté par tous les participants ».

De fait, quelques dizaines de minutes plus tard, des affrontements se déroulaient sur le boulevard Saint-Michel, à quelques centaines de mètres à peine du point de départ.

Des tirs nourris de gaz lacrymogènes et de grenades de désencerclement ont visé la tête de manifestation occupée par plusieurs centaines de black blocs et de « gilets jaunes » plus enclins à en découdre qu’à marcher pacifiquement jusqu’au point d’arrivée prévu, à Bercy dans le 12e arrondissement de Paris.

Comme des milliers de participants à cette marche voulue familiale et bon enfant, sous un gai soleil estival, Emilie Noel, 17 ans, était pourtant venue, brandissant de grands bambous cueillis dans le jardin de la maison familiale à Morsang-sur-Orge (Essonne) manifester « pour que ça bouge vraiment, pour que le gouvernement agisse concrètement face à l’urgence climatique ». Et comme l’ensemble de la manifestation, elle s’est retrouvée prise au piège, ne pouvant plus avancer ni reculer, tant le cortège était compact, ne pouvant pas non plus dégager par les rues latérales totalement bloquées par les forces de l’ordre.

Alors que quelques minutes plus tôt, on dansait au son des batucadas, derrière des pandas ou des abeilles géantes, en agitant sa pancarte au slogan percutant et souvent drôle « les calottes sont cuites », « moins de riches, plus de ruches », l’ambiance bon enfant s’est envolée en quelques secondes. Les nuages de lacrymogènes jusqu’ici réservés à la tête de cortège, sont arrivés sur la foule, prenant tout le monde par surprise. Et notamment les parents, qui s’enfuyaient rapidement dans une rue adjacente pour tenter de protéger leur progéniture.

« Un sentiment de gâchis »

« Des violences – pas du fait des manifestants pour le climat – ont éclaté en début de cortège. Des envois de grenades lacrymogènes par les forces de l’ordre ont suivi, stoppant la marche. Le cortège est scindé en deux, le bas marche vers Saint-Michel. Les CRS empêchent les manifestants pacifistes, en présence d’enfants, de quitter le cortège, expliquait alors au Monde, Jean-François Julliard, directeur de Greenpeace France, organisation qui appelait alors dans un tweet à quitter les lieux. J’éprouve un sentiment de gâchis au moment où on avait envie et besoin de relancer la mobilisation. Visiblement le gouvernement est plus fort pour agir contre les militants du climat que contre son dérèglement. »

Après une demi-heure d’incertitude et de toussotements dus aux gaz, la manifestation, ou ce qu’il en restait, a finalement repris sa marche, emmenée notamment par les militants d’ANV-COP21 et leur sono qui scandait « Plus chaud, plus chaud, on est plus chaud que le climat », le speaker demandant d’applaudir la présence de « gilets jaunes ».

La plupart des manifestants écologistes s’en félicitaient et plaidaient pour la convergence. « J’ai la chance d’être à l’abri financièrement, mais je pense comme eux qu’il faudrait changer le système économique pour un partage des richesses plus équitable, expliquait ainsi Olivier Daurces-Felsenburg, 62 ans. Que les black blocs viennent, ça me déplaît, bien que je comprenne bien ce qui peut mettre en colère. Je suis plutôt de ceux qui préfèrent des solutions tranquilles, où l’on se met d’accord autour d’une table. Pour ça, il faudrait que les gens se mettent en grève par millions ! Mais j’ai l’impression que les esprits ne sont pas mûrs. »

Après avoir manifesté en début d’après-midi contre la réforme des retraites, dans une manifestation convoquée par Force ouvrière (FO) et qui aurait rassemblé 15 000 personnes selon les organisateurs, Alain, agent territorial et « gilet jaune » depuis le 17 novembre 2018 avait rejoint la Marche pour le climat avec sa chasuble rouge aux couleurs de son syndicat. « Bien sûr qu’il faut la convergence ! Je ne sais pas ce qu’ils foutent en haut, ceux qui dirigent nos syndicats, on dirait qu’ils veulent pas que ça bouge. Ils sont bien installés dans leur petit confort eux aussi », pestait-il.

« La convergence commence doucement »

La Marche pour le climat a finalement rejoint Bercy, non sans quelques tirs de gaz lacrymogènes sur le parcours, à Gobelins ou Place d’Italie. Toutes les rues adjacentes, sur le trajet, étaient verrouillées par les forces de l’ordre, plongeant dans l’expectative les centaines de « gilets jaunes », forcés de suivre le mouvement. La tentation des Champs-Elysées était vive et nombreux lançaient la consigne de s’y rendre sans pouvoir toutefois la concrétiser.

En fin d’après-midi, vers 17 heures, les militants d’Action Climat Paris soutenus par Greenpeace 350.org, Il est encore temps et Attac ont bloqué le pont de Tolbiac et occupé la passerelle Simone de Beauvoir, déroulant trois grandes banderoles, « Macron, polluter of the Earth », « Pollueurs, irresponsables, il est temps de payer », « Climat, social, mêmes responsables, même combat ». Bloquant le pont durant deux heures, quelque 2 000 militants, auxquels s’étaient joints des « gilets jaunes », entendaient donner rendez-vous au gouvernement dans un mois, à la veille du vote de la première partie du projet de loi de finances, pour que celui-ci soit à la hauteur de l’urgence sociale et climatique. « Nous serons là pour leur rappeler leurs priorités », expliquait Cécile Marchand d’Action Climat Paris.

Plus bas, sur la voie express qui passe sous le ministère des finances de Bercy, les voitures slalomaient entre les grenades lacrymogènes tirées par les forces de l’ordre. Ultimes affrontements de la Marche pour le climat, pendant que, sur les quais, des dizaines de jeunes, loin des préoccupations écologistes du jour, dégustaient bières et spritz au son d’une musique techno sur la terrasse ensoleillée du Cargo Bar.

Vers 19 heures, tout était fini, ou presque. Un ultime cortège prenait alors la direction de la place de la Bastille, pour une manifestation non déclarée. Quelque 2 000 manifestants rappelaient alors dans l’obscurité du début de soirée l’urgence climatique. Avec son tee-shirt jaune ANV-COP21, une retraitée glissait, d’un ton apaisé : « la convergence commence doucement. Il faudra aussi qu’ils arrivent à comprendre que la non-violence est aussi une stratégie qui a fait ses preuves ».

Sur les Champs-Elysées, un dernier round d’affrontement mettait aux prises les forces de l’ordre et les quelques « gilets jaunes » parvenus jusque-là. A 18 heures, 395 personnes avaient fait l’objet d’une verbalisation pour avoir manifesté dans l’un des périmètres interdits et 163 avaient été interpellées selon la préfecture de police de Paris. A 20 heures, 120 personnes avaient été placées en garde à vue a indiqué au Monde le parquet de Paris.

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22 septembre 2019

Extrait d'un shooting

22 septembre 2019

Robert Frank, monument de la photographie, est décédé à 94 ans

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Par Ingrid Luquet-Gad
Avec le livre The Americans publié en 1958, Robert Frank changeait à jamais la photographie. Photographe de l'Amérique des laissés-pour-compte et compagnon de route de la Beat Generation, il est mort à l'âge 94 ans.
Robert Frank, l'un des photographes les plus influents du XXe siècle, est décédé ce lundi 9 septembre. Il avait 94 ans. Né en 1924 en Suisse, arrivé à New York à l'âge de 23 ans, c'est rapidement le cœur rural et industriel du pays qui l'attire.

Lui-même est un outsider, fraîchement débarqué dans un pays dévasté par la Seconde Guerre mondiale, un émigré également. Tout naturellement, au fil de deux années de périples sur les routes de l'Amérique, il capte les interstices d'un pays dont la mythologie triomphante n'est pas la sienne et qui, dans les faits, est effectivement en train de se déliter.

Auto-stoppeurs, cireurs de chaussures, funérailles, dancings glauques, rails rouillés, arrêts de bus : les images de Robert Frank sont rapides, parfois floues, préférant le paysage au portrait, l'instant volé à la pose... Mais expressives néanmoins, du fait d'une prédilection pour les compositions diagonales conciliant le dynamisme de la composition à la "vacuité" des sujets – le terme qu'emploiera Diane Arbus pour qualifier ses photos, qu'elle admirait précisément pour leurs qualités creuses.

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Couverture de livre "The Americans" de Robert Frank, 1958
L'oeuvre d'un amateur, diront à l'époque certains

Publiées en volume en 1958, ces images marquent d'une pierre blanche l'histoire du photojournalisme, et de la photographie tout court. Le livre en question s'intitule sobrement The Americans (Les Américains). C'est dire le choc que représentera sa parution. Le monde change. Mais le cœur du pays, infinité morne, reste englué dans l'après-guerre qui s'éternise. Les prémisses de la société de consommation, des mouvement des droits civiques, de l'optimisme qui déferlera bientôt sur le pays avec l'arrivée des années 60 et la reprise de la croissance, les grandes villes côtières les ressentent peut-être, le centre non.

Ces images, y règnent la pauvreté, la solitude, la ségrégation et surtout, tout simplement, l'abandon et l'ennui, l'arrêt pur et net du temps. L'ouvrage, et ses 83 photos, sélectionnées parmi les 28 000 qu'il shootera au total sur les routes, devient culte. Tout surprend, tout choque. Il faut réapprendre à voir. Le sujet, certes - la réalité sociale à jamais dévoilée et figée -, mais également le style.

Alors que l'instant décisif d'un Cartier-Bresson, aux clichés ultra-composés, était alors à la mode, Robert Frank se rapproche d'un Walker Evans ou d'un André Kertész : ses images, prises avec son petit Leica 35mm de poche, sont brutes, rugueuses. L'oeuvre d'un amateur, diront à l'époque certains.

“Tirer un poème triste de l'Amérique”

Avec lui, c'est également l'un des derniers témoins de la Beat Generation qui disparaît. The Americans paraît à l'époque accompagné d'une préface de Jack Kerouac. Pour lui, Robert Frank était parvenu à "tirer un poème triste de l'Amérique". Les deux hommes étaient proches, comme le photographe l'était du reste du groupe. Amis mêmes, mais Robert Frank se gardera toujours de faire partie du mouvement.

Ce refus d'être identifié à quoi que ce soit se lit dans sa carrière. Devenu un monument avec The Americans, mais refusant farouchement de l'être, il délaisse la photographie. Dans les années 1960, ce sera les films. Pull My Daisy sur la Beat Generation en 1959, ou Cocksucker Blues sur les Rolling Stones en 1972.

Le road-movie, suite naturelle, il y vient en 1987 avec Candy Mountain, où Joe Strummer, leader du Clash, tient un rôle. La fin de sa vie, il la passe reclus, passant la majeure partie de son temps dans une maisonnette à Mabou, au Canada, ne revenant timidement à la photographie que par le photomontage ou la manipulation de négatifs. A l'occasion de la sortie du film documentaire Robert Frank – L'Amérique dans le viseur réalisé en 2013 par Laura Israel, il se replongeait dans les archives de plus de 70 années de carrière sans concession.

22 septembre 2019

Restaurant

restoPhoto prise avec mon Nikon Key Mission 170

22 septembre 2019

Francis Bacon comme vous ne l'avez jamais lu

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Francis Bacon, "Portrait de Michel Leiris", 1976, Collection Centre Pompidou, Paris (c) MNAM-CCI / B. Prevost / Distr. RMN-GP (c) The Estate of Francis Bacon All Rights Reserved, ADAPP Paris et DACS, Londres

A l'instar d'autres grands noms de l'histoire de l'art - Marcel Duchamp, René Magritte ou Henri Matisse -, consacrer une rétrospective à Francis Bacon relève du tour de force. Comment faire voir - et le faire autrement - ces artistes entrés dans l'imaginaire collectif, sans décevoir les attentes de chefs-d’œuvre connus ? Et ce, tout en évidant la redondance par rapport aux multiples expositions, forcément blockbuster, qui auront déjà consacré en amont l'artiste ?

Ces stars de l'art, le Centre Pompidou leur a tous déjà dédié une rétrospective pensée comme une relecture. Francis Bacon est le dernier en date, avec une approche placée sous le signe de la littérature, après avoir, à Paris, fait l'objet d'importantes rétrospectives au Grand Palais en 1971 et au Centre Pompidou en 1996.

Tout en se concentrant sur les deux dernières décennies de sa production, de 1971 à 1992, années de la simplification formelle, le conservateur Didier Ottinger superpose à ce cadre chronologique une seconde lecture : l'influence des images venues des lettres sur l'œuvre de Francis Bacon. A la manière d'un dépliage de sa bibliothèque, on entend, lus à haute voix dans des salles attenantes, les livres dont il a tiré, plus que des images, des fulgurances : d'Eschyle à Nietzsche en passant par Joseph Conrad ou George Bataille.

• Bacon en toutes lettres, du 11 septembre au 20 janvier au Centre Pompidou à Paris

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22 septembre 2019

Nu à la plage

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22 septembre 2019

Back Side/Dos à la mode

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Musée Bourdelle (Paris) Jusqu'au 17 novembre 2019
Présentée initialement au Musée le Musée Mode et Dentelle de Bruxelles en collaboration avec le Palais Galliera, Musée de la mode de la Ville de Paris, l'exposition "Back Side/Dos à la mode" consacrée au vêtement vu de dos a franchi le Quiévrain pour s'implanter à Paris au Musée Bourdelle.

Avec une belle acuité, le commissaire Alexandre Samson, responsable des collections contemporaines au Palais Galliera, a revu le parcours de la (dé)monstration, au demeurant inédite par son rappel de la nature tridimensionnelle du vêtement, sous l'angle d'une mise en résonance entre arts appliqués et beaux arts avec un dialogue entre la statuaire, et les oeuvres puissantes du maître des lieux, le sculpteur Antoine Bourdelle, et un florilège de modèles de couturiers et créateurs.

Avec des pièces du 18ème siècle à l'époque contemporaine, la monstration, qui s'inscrit également dans une lecture inédite de l'Histoire de la Mode, bénéficie de la superbe scénographie de Jean-Julien Simonot qui use largement des effets de perspective avec une présentation à vue sur des podiums à degrés, seules les quelques pièces les plus anciennes étant sous vitrine.

Vue de dos : du "camouflage coquet de la nudité*" au dévoilement polysémique

A la linéarité chronologique qui rend compte de l'influence de l'évolution des moeurs, de l'émancipation féminine et du développement de la société des loisirs avec la balnéarité et le nautisme, le commissaire a préféré une approche thématique conceptuelle et analytique.

Conceptuelle, à l'aune d'une symbolique polysémique, car si le côté face du vêtement arme de séduction féminine est destiné à sublimation de la beauté, le côté pile se réfère à l'imaginaire érotique sollicité par une nudité savamment ordonnée.

Analytique car le parcours intègre la signification implicite avec toutes les déclinaisons du décolleté, de la nuque au creux des reins, et décrypte le vocabulaire du décolleté avec sa multiplicité ornementale, des découpes aux bretelles, inserts de dentelles, liens, incrustations et parures extravagantes qui, de surcroît, constitue une ode à la créativité et au savoir-faire des artisans de la mode.

L'exposition est délivrée en neuf sections thématiques qui se déploient dans les différents espaces du musée dont l'atelier - avec le corset dorsal "Rose Corset" de Alexander McQueen pour Givenchy et les robes protubérances de Rei Kawakubo pour la marque Comme des Garçons - et dans Hall des plâtres avec un quintet de modèles de créateurs contemporains dont celui de Martine Sitbon repris pour l'affiche.

L'essentiel est présenté dans l'aile Portzamparc dédiée aux expositions temporaires avec, entre autres et en préambule, des scènes iconiques du cinéma dont celle de "Le grand blond avec une chaussure noire" d’Yves Robert dans lequel Mireille Darc arbore une robe à l'époustouflant décolleté plongeant qui ouvre la monstration et des photographies dont celles de Jeanloup Sieff fasciné par le dos des belles.

Si domine son embellissement parfois équivoque et toujours ambivalent, le dos est parfois utilisé comme panneau publicitaire, même de manière élégante par Schiaparelli, considéré pour sa fonction de porte-charge dans des propositions peu gracieuses telles la robe à traîne sac à dos de Yohji Yamamoto ou détourné en porte double manteau par Nick Klavers, domine l'embellissement parfois équivoque et toujours ambivalent.

Par ailleurs, le dos appréhendé comme instrument de soumission inspire à John Galliano une robe fourreau fermée par 51 boutons et à Jean-Paul Gaultier une combinaison corset à 168 oeillets encadrant la "Femme bras au dos".

Mais certains, tels Thierry Mugler avec sa robe ailée de sa collection "L'Hiver des anges" et Charles James avec un manteau du soir aux ailerons sous l'égide de l'enfant triomphant de l'aigle de la "Première victoire d’Hannibal" de Bourdelle, métamorphosent la silhouette.

D'autres, dont Balenciaga, Rick Owens, Jean-Paul Gaultier et Maggy Rouff, proposent une déclinaison moderne de la traîne qui accompagne un dos blousant en contraste avec le torse d'Adam.

Bien évidemment, le thème majeur est celui du dos nu avec sa paradoxalité problématique,dénudé mais voilé, offert à la vue et se dérobant.
Ainsi est-il décliné en versions jour, parfois audacieuses, de la robe de plage de Grès à la robe cocktail de Jean Patou en passant par la robe d'été de Guy Laroche, le tailleur-short de Claude Montana et le body-jupe d'Alaïa qui dialoguent judicieusement avec les deux versions des reliefs "L'Aurore" de Bourdelle, l'une nue, l'autre drapée.

Et il prend toute sa dimension avec les robes du soir quand, dans les années 1930, le décolleté fait volte-face dans une version élégante et ultra-chic du classique fourreau noir ensuite sophistiquée par les couturiers contemporains.

Autour du buste de "La Liberté", les couturiers donnent libre cours à leur imagination et à leur fantaisie.

Démultipliés par une jeu miroir, le visiteur retrouve, et entre autres, le jeu de la transparence avec Yves Saint Laurent, le décolleté "bénitier" de Thierry Mugler avec sa cascade de fleurs d'or, la manche fendue qui devient décolleté chez Martin Margiela, le fourreau seconde peau de Alaïa et l'échancrure vertigineuse du modèle de Ann Demeulemeester.

Pour rêver, sûrement, fantasmer, peut-être, et vice versa...

* in catalogue "Le dos mis en avant - Harold Koda"

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22 septembre 2019

Pauline Moulettes

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22 septembre 2019

Hélène Delmaire, la peintre derrière le "Portrait de la jeune fille en feu"

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Article de Juliette Marie
L’artiste lilloise Hélène Delmaire a créé la plupart des oeuvres qui apparaissent dans le dernier film de Céline Sciamma Portrait de la jeune fille en feu, qui sort ce 18 septembre.
Présenté lors du dernier festival de Cannes, le film Portrait de la jeune fille en feu de la réalisatrice Céline Sciamma sort en salles ce 18 septembre. À l’écran, les spectateur·rice·s suivent la lente et passionnante naissance de l’histoire d’amour entre une jeune peintre et une jeune fille dont elle doit faire le portrait. L’intrigue, qui se déroule au XVIIIème siècle, est aussi une ode à la création artistique. Le film met en scène des femmes qui s’aiment mais aussi des femmes qui créent. Le personnage de Marianne, interprété par Noémie Merlant, observe, dessine et peint Héloïse, jouée par Adèle Haenel, tout en tombant amoureuse d’elle. Devant la caméra de Céline Sciamma, l’acte de peindre est un acte d’amour.

Pour créer le fameux “portrait” de la jeune fille en feu et les autres tableaux et croquis qui apparaissent dans le film, la réalisatrice a fait appel à une jeune peintre. La Lilloise Hélène Delmaire a 32 ans, soit à peu près le même âge que le personnage de Marianne auquel elle prête son bras d’artiste à l’écran. Hélène Delmaire a accepté de nous parler de sa rencontre avec Céline Sciamma, de son travail sur le film devant la caméra et derrière le chevalet, mais également de son engagement pour l’environnement et de la place des femmes peintres dans l’histoire de l’art et aujourd’hui.

Comment t’es-tu retrouvée à travailler sur ce film ?

En avril 2018, Céline Sciamma a découvert mon boulot sur Instagram et elle m’a contactée. Moi, je n’avais aucune idée de qui c’était! Je suis allée voir sur Wikipédia (Rires). Ensuite, elle est venue à Lille me rencontrer et m’a laissé les DVD de ses films. Je les ai regardés puis elle m’a fait envoyer le scénario de Portrait de la jeune fille en feu. Je ne pense pas que j’aurais accepté de travailler pour un film de pur divertissement. Ça m’intéresse de travailler avec des gens qui ont quelque chose à dire. J’aime la démarche de Céline qui consiste à montrer des choses qui ne sont pas montrées d’habitude à l’écran mais qui ont besoin de l’être. J’admire sa capacité à utiliser un médium hyper grand public pour faire passer des messages. Elle a une vision très claire de ce qu’elle veut faire et c’est une personne très intelligente et très humaine. Avant de travailler avec elle, j’avais une image du cinéma ultra cliché. Mais je l’ai trouvée très humble. Ce qui est important pour elle, c’est ce qu’elle a à dire, pas son statut de personne connue. Pour moi, c’est à ça qu’on reconnait les vrai·e·s artistes.

Tu as réalisé la plupart des oeuvres qui apparaissent dans le film. Comment as-tu fait pour participer à ce tournage ?

Au départ, Céline ne savait pas trop comment tourner les scènes où l’on voit Marianne (Ndlr: la jeune peintre du film interprétée par Noémie Merlant) peindre les deux portraits d’Héloïse. Elle avait envisagé de me filmer en train de les peindre chacun d’une traite. Mais un tableau du XVIIIème réaliste, ça peut prendre 70 heures de travail. C’était trop compliqué de mobiliser une équipe pendant tout ce temps. On a décidé de faire autrement. J’ai d’abord créé deux portraits de A à Z pour que l’on se mette d’accord sur le résultat final. Puis, pendant quinze jours, nous avons tourné les plans où l’on voit simplement mon bras en train de peindre. Une fois la scène terminée, je regagnais le petit appartement où j’étais logée pour terminer les tableaux. Comme les scènes ne sont pas tournées dans l’ordre chronologique de l’histoire, il a fallu que je fasse un portrait pour chaque séquence. En tout, j’ai peint sept à huit versions de chaque portrait, qui vont de l’ébauche à un tableau presque achevé. C’était un taf de ouf!

“J’ai l’impression que nous ne sommes pas considérées avant tout comme des artistes et que l’on montre notre travail à travers le prisme de la féminité.”

Quelles ont été tes sources d’inspiration pour ces tableaux ?

J’ai une formation plutôt XIXème siècle, j’aime bien quand il y a une touche bien visible dans mes oeuvres, à l’opposé totale du style XVIIIème siècle. Heureusement Céline se permet une certaine liberté artistique pour servir sa narration. Elle garde ce qui est essentiel pour ce qu’elle a envie de dire. Avant le tournage, nous sommes allés au musée du Louvre avec Céline, Claire Mathon, la directrice de la photo, et Thomas Grézaud, le chef décorateur. Nous avons trouvé des peintres plutôt de la fin du XVIIIème siècle, avec des identités artistiques assez diverses. J’ai notamment été inspirée par les portraits de Fragonard ou encore par des peintres anglais, comme Joshua Reynolds.

Aucune femme peintre ne t’a inspirée, même pas Élisabeth Vigée Le Brun ?

Tout le monde l’a en tête… Moi je trouve qu’il y a un côté people Photoshop dans sa peinture que je n’aime pas. Mais c’est vrai que même au Louvre, on trouve peu de femmes exposées alors qu’elles étaient nombreuses à peindre au XVIIIème siècle! Même moi qui ai un certain bagage en histoire de l’art, je ne savais pas qu’il y en avait autant avant de travailler sur le film. À l’époque, elles n’avaient pas accès aux scènes mythologiques car elles ne pouvaient pas peindre de modèles masculins nus. Or, dans la pyramide du prestige, il fallait peindre des scènes mythologiques pour devenir un peintre reconnu. C’était aussi compliqué pour elles d’exposer. On le voit bien dans le film quand Marianne expose ses propres oeuvres sous le nom de son père.

Est-il plus simple d’être une femme artiste en 2019 ?

Encore aujourd’hui, il existe un plafond de verre qui est indéniable. Si vous regardez le top 50 des artistes qui sont cotés, trouver des femmes c’est chaud! L’art est un monde spéculatif, un milieu d’hommes et les hommes achètent des oeuvres d’hommes. Je ne suis qu’au début de ma carrière mais j’ai pu remarquer que souvent quand je suis invitée à exposer, c’est autour d’une thématique sur les femmes artistes. J’ai l’impression que nous ne sommes pas considérées avant tout comme des artistes et que l’on montre notre travail à travers le prisme de la féminité, ce dont toutes les artistes n’ont pas forcément envie.

La nature et la féminité sont au coeur de ta peinture. Ta démarche artistique est-elle féministe ?

Par la force des choses oui, bien sûr. Même si je ne le conscientise pas. J’aime bien utiliser les clichés liés à la nature et aux femmes pour les dépasser. Je me dis: “Ok! Fuck! Si c’est ça notre image, on va y aller à fond et en faire quelque chose de puissant!” En ce moment, je peins des fleurs de nuit, des trucs assez dark. La nature m’inspire à fond. Par ailleurs, je me suis lancée avec mon mec dans un potager en permaculture. Pour moi, les luttes féministe et écologiste se rejoignent. Je pense que, dans notre société, ces valeurs qu’on dit traditionnellement féminines, nous en avons plus besoin que jamais. Même si je ne l’intellectualise pas, ma démarche vise à apporter un équilibre dans un monde déséquilibré.

22 septembre 2019

Le Turk at La Galerie Paris 1839 - Hong Kong

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