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Jours tranquilles à Paris

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11 août 2019

Président Trump, an III : balles dans le pied

Par Gilles Paris, Washington, correspondant

Au lieu d’endosser le rôle de consolateur en chef, le locataire de la Maison Blanche a suscité le malaise lors de ses déplacements dans l’Ohio et au Texas, deux Etats endeuillés par des fusillades meurtrières.

Donald Trump était en mission, mercredi 7 août. Il lui fallait contenir la peine de deux villes endeuillées quelques jours plus tôt par des fusillades de masse. Dans de telles circonstances, le président des Etats-Unis endosse ordinairement le rôle de consolateur en chef. Il apporte avec lui la compassion du pays et l’empathie qu’il répand alors autour de lui est celle de la nation tout entière.

Cette dernière a pu se sentir flouée au terme d’une journée gâchée par ce que les plus indulgents considéreront comme une maladresse crasse, et tous les autres comme la nouvelle manifestation d’un égocentrisme totalement désinhibé.

La presse avait été tenue à distance pendant le déplacement pour que la Maison Blanche mette en scène à sa façon les visites à l’hôpital de Dayton, dans l’Ohio, puis quelques heures plus tard à celui d’El Paso, au Texas. A en juger par le résultat, l’équipe du président aurait sans doute beaucoup gagné à n’en rien faire.

Un accueil digne d’une « rock star »

Le responsable des réseaux sociaux du président, Dan Scavino, son ancien caddie, a tiré le premier en déplorant sur Twitter, après l’étape de l’Ohio et alors que l’avion présidentiel volait vers le Texas, que les deux élus démocrates qui avaient accompagné Donald Trump aient selon lui livré un récit inexact de sa visite dans une conférence de presse.

Il n’en était rien, les élus en question s’étant au contraire montrés élogieux à propos de l’attitude du président sur place, tout en déplorant par ailleurs son inaction à propos des armes à feu. L’éloge ayant été jugé trop court, Dan Scavino a assuré que Donald Trump avait reçu à l’hôpital un accueil digne d’une « rock star ».

Il ne s’agissait plus de deuil, ni de la douleur des blessés, mais de Donald Trump, posant souvent tout sourire, les pouces levés comme après un bon résultat sportif, avec des policiers ou du personnel soignant en arrière-plan.

La Maison Blanche a diffusé après ces visites de courtes vidéos dans lesquelles le président est omniprésent (pendant 95 des 135 secondes que totalise leur durée).

Une photo qui suscite le malaise

Le compte Twitter de la First lady a pris le relais en publiant notamment une photo qui a vite suscité le malaise. Sur celle-ci, prise à El Paso, un Donald Trump souriant, le pouce de la main droite une nouvelle fois levé, pose à ses côtés alors qu’elle tient dans ses bras un bébé de deux mois. Il n’est pas le fils de l’homme et de la femme qui encadrent le couple présidentiel. Ses parents à lui ont été tués dans la fusillade de samedi. Il est orphelin.

Aucun des blessés encore hospitalisés dans cette ville située à la frontière avec le Mexique n’avait voulu recevoir le président mercredi. Heureusement pour lui, deux autres qui étaient déjà rentrés chez eux avaient accepté de revenir à l’hôpital pour le rencontrer. Le père disparu, comme l’a raconté son frère – l’homme qui apparaît sur la photo – était au contraire un fervent supporteur du républicain. C’est donc en sa mémoire qu’il a fait la démarche de rencontrer Donald Trump, mais le cliché n’en est pas moins dévastateur.

Il est accompagné deux jours plus tard par la publication d’une vidéo privée réalisée à l’intérieur de l’hôpital d’El Paso dans laquelle on voit le président vanter ex abrupto la foule qui était venue l’applaudir à un meeting électoral organisé dans cette ville au début de l’année. Le débat sur la prévention de ces tragédies pouvait attendre.

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11 août 2019

Anna Johansson (modèle)

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11 août 2019

J'aime bien...

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11 août 2019

Des dizaines de milliers de personnes rassemblées à Moscou pour réclamer des élections libres

Par Benoît Vitkine, Moscou, correspondant

Ce rassemblement, le plus important depuis des années en Russie, avait été autorisé par les autorités.

Ni la pluie, ni les nombreux départs en vacances du mois d’août, ni surtout la répression des autorités n’ont eu raison de la contestation contre le pouvoir qui secoue Moscou depuis près d’un mois. Samedi 10 août, une nouvelle manifestation « pour des élections libres » a réuni le chiffre record de plusieurs dizaines de milliers de personnes dans le centre de la capitale russe.

Selon le comptage de l’ONG spécialisée « Compteur blanc », réputée pour son sérieux, ce sont même 49 900 personnes qui étaient présentes sur l’avenue Sakharov. Ce comptage était d’autant plus aisé que la manifestation avait été autorisée et que les protestataires devaient passer en rang par des portiques. La police assure de son côté avoir recensé 20 000 manifestants, soit le même chiffre que lors du rassemblement du 20 juillet, alors que l’avenue Sakharov était alors bien moins remplie.

Le centre de Moscou avait à nouveau été transformé en camp retranché, avec des cordons de forces antiémeutes positionnés dans chaque rue pour éviter que des participants au rassemblement ne se dispersent dans la ville.

In fine, de petits groupes ont de fait commencé à défiler en scandant des slogans hostiles au pouvoir, donnant lieu aux scènes désormais rituelles d’arrestations musclées. Dans la soirée, l’ONG OVD-Info recensait ainsi 146 interpellations.

Contre toute attente, ce rassemblement constitue donc le plus important depuis le début du mouvement, il y a un mois. La mobilisation dépasse également de loin ce qui avait été observé il y a un an lors des rassemblements contre la réforme des retraites, et elle est désormais comparable avec le mouvement de 2011-2012 contre les fraudes aux législatives et le retour de Vladimir Poutine au Kremlin. D’autres rassemblements se déroulaient également en province, où plusieurs dizaines d’arrestations ont eu lieu.

Rejet des candidats d’opposition

Ce mouvement de contestation a démarré après le rejet, pour des prétextes douteux, d’une soixantaine de candidats indépendants aux élections locales du 8 septembre. Ces candidats, issus du camp libéral ou alliés de l’opposant Alexeï Navalny, paraissaient en mesure de mettre en difficulté les représentants du pouvoir. A travers toute la Russie, ce sont des centaines de candidats d’opposition qui ont été bloqués de la même façon, accusés de falsifications ou refusés pour des vices de forme.

Malgré le caractère très local de ces scrutins de septembre, cette interdiction a choqué de nombreux Russes, qui y voient un déni de démocratie et un raidissement du pouvoir face à la moindre tentative de contester son monopole.

De nombreuses personnalités qui étaient restées jusqu’à présent silencieuses, notamment dans le monde de la musique, ont appelé ces derniers jours à se joindre au mouvement, contribuant à sa popularité.

A l’inverse, la mairie de Moscou organisait ce samedi, au pied levé, un festival de musique gratuit, espérant comme la semaine passée attirer la frange la plus jeune des éventuels manifestants. Près de la moitié des artistes annoncés se sont toutefois désistés, soit en appelant explicitement à manifester, soit en faisant part de problèmes « éthiques ».

Répression du mouvement et intimidation

Après avoir tergiversé face à cette crise, les autorités ont choisi il y a environ deux semaines la manière forte. Outre les violences policières constatées chaque samedi et les arrestations massives de manifestants pacifiques, pour la plupart rapidement relâchés, c’est dans l’arrière-salle des tribunaux que se jouent la répression du mouvement, et l’intimidation de ceux qui seraient tentés de le rejoindre.

Tous les candidats interdits, transformés en meneurs de facto de la contestation, sont ainsi emprisonnés, condamnés à des peines administratives allant jusqu’à trente jours de détention pour participation ou appel à des manifestations interdites. La dernière des candidates en liberté, Lioubov Sobol, qui a entamé une grève de la faim le 13 juillet, a été interpellée dans la matinée de samedi.

Quant à Alexeï Navalny, le dirigeant de l’opposition qui est aussi en prison pour trente jours, son « Fonds de lutte contre la corruption », dont les vidéos dévoilant les manigances des élites russes cumulent des dizaines de millions de vues sur YouTube, est dans le viseur de la justice, qui a déjà gelé les comptes de l’organisation.

Cette enquête pour « blanchiment d’argent » est intervenue au lendemain d’une nouvelle investigation du Fonds sur la numéro deux de la mairie de Moscou, accusée d’avoir mis la main sur des biens immobiliers publics d’une valeur de 94 millions d’euros.

Enquête pénale pour « troubles massifs à l’ordre public »

Surtout, l’ouverture d’une enquête pénale pour « troubles massifs à l’ordre public » a permis des arrestations de simples manifestants ces derniers jours et des dizaines de perquisitions.

Treize personnes, qui semblent pour l’essentiel avoir été choisies de façon aléatoire, sont pour l’instant détenues pour ce motif et risquent jusqu’à quinze ans de prison. Parmi elles, un homme qui avait été filmé le 3 août en train de faire mine de relever la visière d’un policier antiémeute. Pour le reste, les juges ne présentent aucune preuve de la participation des personnes arrêtées à de quelconques actions violentes. Cette semaine, le parquet a aussi demandé le retrait de ses droits parentaux à un couple ayant manifesté avec son enfant.

« Les autorités savent se montrer flexibles tant que les demandes de la société civile ne concernent pas des sujets politiques », écrivait cette semaine Alexandre Baounov, du Centre Carnegie à Moscou :

« Mais pour Vladimir Poutine, les élections sont quasiment devenues des questions de sécurité nationale. (…) C’est le gouvernement lui-même qui a choisi l’escalade. Il a choisi de répondre par la violence à des manifestations pacifiques, comme si une révolution menaçait. Son message est : “Vous voulez la révolution ? Nous sommes prêts, battons-nous !” »

poutin annif

Cette stratégie montre toutefois ses limites. En témoigne la mobilisation massive de ce 10 août. De très localisé, l’enjeu est devenu national, et les manifestants de l’avenue Sakharov n’exigent désormais plus seulement le droit de voter pour le candidat de leur choix, mais aussi la libération des « prisonniers politiques » et le départ de Vladimir Poutine, au pouvoir depuis vingt ans.

11 août 2019

Bientôt aux Folies Bergère - save the dates

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11 août 2019

Erdeven - Moulin du Narbon

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11 août 2019

Entretien - Chine : « Une intervention militaire ou policière à Hongkong semble très improbable »

Par Arnaud Leparmentier, New York, correspondant

L’ancien premier ministre australien Kevin Rudd s’inquiète des divisions au sein de la Maison Blanche sur l’attitude à adopter face à Pékin.

Kevin Rudd, ancien premier ministre travailliste d’Australie, est le président de l’Asia Policy Institute, un think tank de New York destiné à favoriser les relations des Etats-Unis avec l’Asie. Il analyse les stratégies chinoises et américaines, alors que les tensions sont vives entre les deux géants.

Trente ans après Tiananmen, la révolte de Hongkong va-t-elle finir par être réprimée par Pékin ?

Je serais très surpris que les autorités de Pékin prennent ce risque. Une intervention militaire ou de police à Hongkong me semble très improbable : il y aurait une résistance féroce et elle coûterait beaucoup plus à la réputation de la Chine qu’elle ne rapporterait. Dans la hiérarchie des priorités de Pékin, Hongkong fait partie de la deuxième priorité, l’unité nationale, mais une intervention abîmerait la légitimité du parti, qui est la priorité première, et mettrait en danger l’économie – la troisième priorité.

A Tiananmen, ce risque a été pris.

C’était beaucoup plus tôt et il s’agissait d’une affaire intérieure. Hongkong reste toujours un monde différent. Ce n’est pas Shanghaï, Donggang ou Wuhan. Certains craignent que le chaos à Hongkong se propage. Mais les Chinois du continent, même les dissidents, savent qu’une action similaire ne marchera pas. De surcroît, une intervention détruirait tout espoir d’unification pacifique avec Taïwan car le système « un pays deux systèmes » serait complètement mort.

Comment cela va-t-il finir ?

Mon diagnostic part du principe que le mouvement ne devient pas considérablement plus violent, menaçant pour l’administration de Hongkong et ne progresse pas en taille. Le scénario le plus vraisemblable est que Pékin, par sa non-réaction, va laisser le mouvement décliner. Certains formulent l’hypothèse d’une intervention de l’armée populaire la semaine du 12 août. Je ne vois rien de tel. Une intervention aurait des conséquences inconnues au niveau international et provoquerait l’isolement de la Chine.

La révolte intervient dans un climat très tendu avec les Etats-Unis. Après la guerre commerciale, la guerre technologique et monétaire. Et après, la guerre tout court ?

Il est facile de prédire un enchaînement négatif qui déboucherait, après la guerre monétaire, sur une guerre financière plus large. C’est là que la situation devient particulièrement grave, à cause de l’interpénétration des marchés financiers. Si cette tendance continue, cela équivaut à un découplage des économies, précondition d’une guerre froide. Tout cela est possible, mais je ne pense pas qu’il y ait unanimité dans l’administration américaine pour estimer que c’est le but à atteindre.

Quel est le but des Etats-Unis : obtenir de la Chine qu’elle respecte les règles du jeu du commerce mondial et l’intégrer ou l’isoler ?

Les Américains n’ont pas de stratégie, juste une attitude. Cela s’explique par les immenses tensions internes à l’administration sur les objectifs. Il y a ceux qui veulent mener et remporter une guerre commerciale, et apporter des changements à l’économie chinoise, y compris sur la propriété intellectuelle, les transferts forcés de technologies et les subventions d’Etat aux entreprises chinoises. Cette vision est celle du secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, du représentant au commerce, Robert Lighthizer, et du conseiller économique Larry Kudlow. Une fois un accord signé, on en resterait là, sans guerre technologique ou financière. Ce serait une politique étrangère d’accommodation et le statu quo militaire.

Vous avez une deuxième école, celle du conseiller Peter Navarro, dont le but est d’empêcher la Chine de s’élever davantage. Elle passe par un découplage des économies, implique de passer de la guerre commerciale à la guerre financière. Dans cette hypothèse, les Etats-Unis tentent de couper la Chine non seulement des marchés américains, mais aussi de ses alliés et le plus possible des marchés mondiaux.

Quelle forme prendrait cette guerre financière ?

Les premiers signes pourraient être la limitation de la cotation des firmes chinoises sur les places financières américaines et alliées, la restriction des lignes de crédit octroyées par les banques américaines et alliées. In fine, les Etats-Unis pourraient utiliser l’arme du dollar.

Avec des embargos comme ceux sur l’Iran ?

A l’extrême, oui. Nos amis chinois ont certainement déjà commencé à faire des simulations financières sur l’usage de l’arme du dollar, comme elle est employée à l’égard du Venezuela et de l’Iran. Le point d’arrivée de cette politique marquerait le début d’une guerre froide effective. Les relations sino-américaines seraient de même nature que jadis les relations américano-soviétiques, sans imbrication politique, avec une stratégie de « containment » [endiguement].

Et la troisième école, c’est la guerre ?

La troisième possibilité ne se termine pas nécessairement en guerre mais implique une confrontation de politique étrangère directe, qui peut ou non finir en conflit. Cette troisième école se situe toujours à l’intérieur de l’administration, mais à ses marges. On y trouve des gens comme Stephen Miller, conseiller spécial du président, ou l’entourage du vice-président, Mike Pence. On assisterait à un rollback massif des Américains contre les routes de la soie, contre toute revendication territoriale chinoise future dans la mer de Chine méridionale ou contre le schéma actuel des opérations navales chinoises et des règles d’engagement des navires américains quand les Chinois tentent de les intercepter.

Cela signifierait aussi une confrontation directe avec l’initiative technologie 2025 de la Chine et des injonctions aux firmes américaines et alliées contre leur participation à tout développement technologique chinois, particulièrement celles avec des applications militaires. Et l’on verrait des attaques généralisées sur les atteintes de Pékin aux droits de l’homme pour décrédibiliser l’Etat chinois.

Que veulent les Chinois ?

J’ai exposé à l’Académie militaire de West Point le cercle concentrique des priorités chinoises, exposé que mes amis chinois ont jugé objectif : un, garder le parti au pouvoir ; deux, l’unité nationale [Xinjiang, Tibet, Taïwan, Hongkong] ; trois, la prospérité économique pour légitimer le parti et renforcer la capacité à agir.

Quatre, et c’est nouveau depuis ces cinq dernières années, avoir une croissance écologique car le parti est attaqué sur la pollution aujourd’hui et sur le climat demain. Cinq, avoir des voisins aussi bénins et accommodants que possible. Six, faire reculer les Américains jusqu’à la première chaîne d’îles, du Japon au nord aux Philippines au sud, pour permettre une plus grande liberté d’action en mer et traiter si nécessaire le futur de Taïwan. Sept, sécuriser la frontière terrestre et avoir une Eurasie dépendante économique de la Chine. D’où l’initiative des routes de la soie et la transformation de la Russie d’adversaire en allié.

Et enfin, poursuivre la politique historique du G77 [groupe des Nations unies qui réunit la Chine et plusieurs pays en développement] en Afrique et en Amérique latine pour amasser des soutiens, ce qui nous conduit au dernier point : changer l’ordre international pour qu’il soit plus tolérant sur la politique intérieure chinoise plutôt qu’un ordre international fondé sur les valeurs occidentales qui cherchent à mettre en cause l’ordre intérieur chinois (parti unique), ses valeurs intérieures et ses pratiques économiques. La Chine ne veut pas changer l’ordre mondial, elle veut simplement qu’il soit moins intrusif.

Mais face aux Etats-Unis de Donald Trump, que vont-ils faire ?

Les Chinois connaissent leurs forces, comme la capacité à définir une politique économique sans dissensus démocratique ou la poursuite de la croissance par l’urbanisation, mais ils sont conscients aussi de leurs faiblesses. La plus forte est le dilemme non résolu entre le parti et le marché, l’entreprise privée et l’entreprise d’Etat, le contrôle du crédit rationné et l’allocation par le marché des ressources vers les entreprises les plus performantes. Il ne s’agit pas d’un débat idéologique obscur, mais d’un problème réel, quotidien en Chine.

La Chine a ralenti ces dernières années car l’administration de Xi Jinping a préféré le parti au marché, les conglomérats d’Etat aux entreprises privées et a rendu la vie plus dure aux entreprises privées avec sa campagne anticorruption et une restriction du crédit au détriment du secteur privé. Or, ce dernier représente 61 % du produit intérieur brut, 90 % de la croissance, 80 % de l’innovation et environ 55 % des impôts. Le dilemme de Xi Jinping, c’est qu’il a besoin d’un secteur privé performant pour réaliser la percée économique et technologique dont il a besoin pour le futur.

Les Américains ont-ils sabordé l’accord prévu en mai en humiliant les Chinois ?

Dans la plupart des négociations avec les Chinois, il y a une véritable négociation sur la substance et bien sûr de la pure politique. Il y avait une convergence raisonnable sur les questions de fond, mais là où les négociations ont rompu, c’est sur la politique. Les Américains ont insisté sur leur capacité à maintenir des droits de douane après la signature de l’accord, imposer des droits punitifs s’ils jugeaient unilatéralement que les Chinois avaient violé la substance ou l’esprit dudit accord et avoir leur mot à dire sur la mise en œuvre des réformes. J’étais à Pékin à ce moment, où j’enseignais, et j’ai parlé à de nombreux décideurs : cela équivalait pour eux à une seconde génération de « traités inégaux », comme la Chine avait dû en signer avec les impérialistes anglais, français et d’autres au XIXe siècle. Ils ne pouvaient pas l’accepter. Trump a été un piètre négociateur en ignorant ces facteurs politiques de dignité de la nation alors que l’accord de fond était plus important.

L’intransigeance américaine fait, dit-on, le jeu des nationalistes chinois.

La Chine est face à ses choix, les plus importants depuis 1978. La première possibilité est que les Chinois envoient bouler les Américains : nous ne capitulerons pas mais nous étendrons notre ouverture au reste du monde et nous allons libéraliser davantage l’économie intérieure. Nous envoyons le message au monde que la Chine est ouverte au commerce mais ne se soumet pas aux pressions unilatérales des Etats-Unis. Est-ce probable ? Non. Est-ce possible ? Oui, mais cela exige beaucoup de courage économique. Le vice-premier ministre, Liu He, a insisté sur la possibilité de transformer l’adversité économique en opportunité. C’est du langage codé pour retourner à une plus grande ouverture.

La deuxième possibilité est d’envoyer bouler le reste du monde. Nous allons accélérer la demande domestique, réduire notre dépendance au commerce extérieur, qui décroît déjà, augmenter nos pratiques mercantilistes et être encore plus protectionnistes, nous allons cesser de libéraliser et réprimer la dissension politique… Troisième solution, les Chinois cèdent aux Américains, mais c’est de moins en moins probable. Tout le monde anticipe une récession et Trump met de l’huile sur le feu. En dépit de tout, je pense néanmoins que Xi Jinping souhaite un accord avant la fin de l’année et que secrètement, Donald Trump le souhaite aussi car il ne veut pas aller à l’élection de 2020 avec une économie affaiblie par les guerres commerciales.

Quels alliés peuvent trouver les Chinois ?

Mes amis chinois voient l’Europe comme les Etats-pivots du futur. S’il y a un changement fondamental dans la relation américano-chinoise, la Chine va réfléchir à limiter l’impact d’une telle bascule en améliorant ses relations avec trois entités : le Japon, l’Europe et l’Inde. L’offensive de charme a commencé et il n’est pas dur pour la Chine de défendre son cas en raison du comportement de Donald Trump. La Chine cherche à neutraliser, voire faire basculer ces trois zones de son côté. Si cela arrivait, cela mettrait une pression fondamentale sur les relations américaines avec l’OTAN et l’Union européenne. Une histoire joyeuse pour les Français !

11 août 2019

En faisant mon marché...

araignées

homard cuit

homard vivant

11 août 2019

Le « suicide apparent » de Jeffrey Epstein déclenche un scandale national aux Etats-Unis

Par Arnaud Leparmentier, New York, correspondant

Le financier new-yorkais, accusé de crimes sexuels sur mineures, a été retrouvé mort, samedi, dans sa cellule de la prison fédérale de Manhattan, où il était incarcéré.

Lorsque les Américains ont appris, stupéfaits, samedi 10 août, que Jeffrey Epstein, le milliardaire new-yorkais accusé d’avoir organisé l’exploitation sexuelle de jeunes filles mineures, avait été retrouvé pendu dans sa cellule de Manhattan avant d’être déclaré mort, le prix Nobel 2008 d’économie Paul Krugman a résumé sur Twitter le sentiment dominant.

« Si nous vivions dans un univers de fantasme paranoïaque, je serais très méfiant sur le suicide d’Epstein, et même sur le fait de savoir si c’était réellement un suicide. » Et d’ajouter : « Et vous savez quoi ? Le cas Jeffrey Epstein montre que nous vivons dans une sorte d’univers de fantasme paranoïaque. »

En tout cas, cette mort a suscité toutes les hypothèses complotistes tandis que le mot-clé « l’assassinat d’Epstein » (EpsteinMurder) fleurissait sur les réseaux sociaux.

Rien pour l’instant n’étaye cette thèse, mais le prévenu avait été placé en cellule de surveillance après avoir fait une première tentative de suicide le 23 juillet. Il en avait été retiré pour des raisons pour l’instant inexpliquées le 29 juillet.

Un condensé de toutes les névroses américaines

Le gestionnaire de fortune, self-made-man né à Brooklyn et âgé de 66 ans, attendait que soit déterminée la date de son procès prévu pour 2020, et l’affaire menaçait de toucher des puissants de toute la planète. Doué d’une intelligence charmeuse selon ses associés, ce financier a en effet entretenu des contacts rapprochés avec les grands de ce monde : Donald Trump, Bill Clinton – il était au mariage de sa fille Chelsea –, le prince Andrew, fils de la reine Elizabeth II, ou le milliardaire Leslie Wexner, qui détient notamment la marque de lingerie Victoria Secret et accuse d’ailleurs M. Epstein de l’avoir spolié. Son silence en soulagera sans doute plus d’un.

L’affaire Epstein est un condensé de toutes les névroses américaines supposées : argent, débauche sexuelle, crime, politique, justice corrompue par les puissants et « deep State » [Etat profond]. Sa mort ne fait que les renforcer.

Cueilli à New York par la police fédérale (FBI) le 6 juillet alors qu’il débarquait de Paris à bord de son jet privé, Jeffrey Epstein a été accusé par la justice américaine d’avoir contraint des mineures à devenir des esclaves sexuelles. Les jeunes filles, dont certaines étaient âgées de 14 ans, étaient embauchées pour lui faire des massages alors qu’il était dénudé. Selon l’accusation, le « massage » se transformait vite en masturbation, attouchements génitaux avec les mains ou utilisation de sex-toys, écrit le New York Times.

Les faits sont censés s’être déroulés entre 2002 et 2005 dans son logement de sept étages et 7 000 mètres carrés de l’Upper East Side à Manhattan et dans son palace de Palm Beach au bord de l’Atlantique en Floride. Les mineures recevaient des centaines de dollars en liquide, étaient priées de revenir et de recruter d’autres jeunes filles, ce qui aurait conduit à la création d’un réseau de dizaines de victimes.

Affaire à tiroirs

M. Epstein, qui encourait dans l’affaire 45 ans de prison avait plaidé non coupable. Ses avocats ont assuré qu’il n’avait plus eu de relations avec des mineures depuis une première condamnation en 2008. Ils avaient demandé une libération sous caution, le prévenu payant lui-même sa surveillance, mais le juge fédéral traitant le dossier l’avait refusée, estimant le risque de fuite trop élevé. La fortune du financier était estimée à plus de 500 millions de dollars (446 millions d’euros). L’homme, qui possédait un immense ranch au Nouveau-Mexique, vivait aussi fréquemment hors des Etats-Unis, entre Paris et les Iles Vierges.

Cette affaire à tiroirs a démontré comment par le passé M. Epstein avait eu droit aux mansuétudes de la justice. Poursuivi pour ces mêmes faits par l’Etat de Floride, il avait plaidé coupable pour sollicitation sexuelle de mineur. Il avait purgé une peine de treize mois à la prison de Palm Beach – ce qui faisait dire à ses avocats qu’il avait déjà été condamné pour ces faits – mais était autorisé à aller travailler six jours sur sept pendant douze heures.

L’accord ainsi obtenu, qui avait coupé court à une enquête du FBI, avait été approuvé par le procureur fédéral de Floride de l’époque, un certain Alexander Acosta devenu entre-temps ministre du travail de Donald Trump. Devant le tollé lorsque l’affaire est ressortie, M. Acosta a présenté, le 19 juillet, sa démission à Donald Trump qui l’a acceptée.

Le monde est décidément tout petit puisque William Barr le procureur général des Etats-Unis, l’équivalent du ministre de la justice, a dû se déporter dans l’affaire Acosta – son ancien cabinet d’avocat avait défendu par le passé M. Epstein. Il s’est toutefois exprimé après l’annonce du décès. « La mort de M. Epstein soulève des questions sérieuses auxquelles des réponses doivent être apportées. En plus de l’investigation du FBI, j’ai consulté l’inspecteur général [du ministère] qui ouvre une enquête sur les conditions de la mort de M. Epstein. »

Prudent, le procureur de New York Geoffrey Berman dans un communiqué parle de « suicide apparent ». « Il nous faut des réponses. Beaucoup », a pour sa part réagi sur Twitter l’influente jeune élue démocrate du Congrès, Alexandria Ocasio-Cortez.

Climat de haine

Quant à Donald Trump, une vidéo exhumée par la chaîne NBC le montre avec M. Esptein lors d’une fête entouré de jeunes femmes dans son golf de Mar-a-Lago (Floride) en 1992 – « elle est sexy [« She’s hot »] », glisse Trump à Epstein à propos d’une jeune femme.

Le New York Times a pour sa part retrouvé une citation du futur président datant de 2002 : « Je connais Jeff depuis quinze ans, un type super. C’est très sympa d’être avec lui. On dit même qu’il aime les belles femmes autant que moi, et beaucoup sont très jeunes. » En juillet, le président s’est distancié de son ancien ami : « Je le connaissais comme tout le monde à Palm Beach, je ne l’ai pas vu depuis quinze ans, je n’étais pas fan. »

La principale accusatrice de Jeffrey Esptein, Virginia Giuffre, qui a travaillé au golf de Donald Trump à Mar-a-Lago, situé à côté de la demeure du financier, n’a jamais mis en cause l’actuel locataire de la Maison Blanche.

Le président, ce samedi, n’a pas commenté l’affaire, mais a retweeté des messages conspirationnistes, l’un qui assure que les scellés ont révélé que « des hauts dirigeants démocrates, y compris Bill Clinton, ont pris le jet privé d’Epstein pour se rendre à son “île des pédophiles” ». Il a aussi retweeté l’acteur Terrence William qui accuse sans la moindre preuve : « Jeffrey Epstein avait des informations sur Bill Clinton et maintenant il est mort ». Dans un climat de haine, le président des Etats-Unis relaye ces accusations alors que rien n’est avéré si ce n’est des relations embarrassantes.

Dès juillet, Angel Urena, ex-porte-parole de Bill Clinton, avait diffusé un communiqué : « le président Clinton ne sait rien à propos des crimes terribles de Jeffrey Epstein ». Il avait reconnu que l’ancien président avait utilisé à quatre reprises son jet en 2002 et 2003, pour se rendre en Europe, en Asie et deux fois en Afrique. M. Clinton a aussi fait savoir qu’il ne s’était jamais rendu sur l’île de M. Epstein et qu’il ne lui avait pas parlé depuis dix ans.

Une mort qui empêche d’obtenir justice

Dans ce torrent peu ragoûtant, le New York Times révèle en tout cas que même après sa condamnation en Floride, M. Esptein a continué d’être reçu par les puissants. L’université de Harvard louait encore à l’époque ses actions charitables passées. L’intéressé avait expliqué après sa sortie de prison : « je ne suis pas un prédateur sexuel, je suis un délinquant. C’est la différence entre un meurtrier et un voleur de sandwich. »

L’affaire avait été relancée par Virginia Giuffre, 36 ans, qui avait déposé plainte en 2009 contre Jeffrey Esptein et surtout en 2015 contre Ghislaine Maxwell. Agée de 57 ans, cette femme était la fille du magnat de la presse britannique qui s’est suicidé en 1991 en sautant de son yacht alors que son groupe était en faillite et qu’il avait pillé le fonds de pension de ses salariés. Mme Maxwell, selon le long portrait que lui a consacré le New York Times, était la maîtresse, la rabatteuse, l’organisatrice de la maison et la confidente de M. Epstein.

Selon Virginia Guiffre, Epstein et Maxwell ont abusé d’elle alors qu’elle avait 16 ans. Mme Giuffre, selon la presse qui a consulté les scellés, indique aussi avoir eu des relations avec un membre de la famille royale britannique, un ancien professeur du MIT, un ancien sénateur du Maine, l’ancien gouverneur du Nouveau-Mexique, un avocat célèbre. Faute de preuves et de mise en accusation par la justice, nous ne publions par leur nom.

Ghislaine Maxwell, elle, a disparu depuis du circuit mondain new-yorkais, aurait vendu ses biens et est introuvable : elle est présumée se trouver à Londres sans adresse fixe. On ne sait pas si elle est poursuivie par le FBI. Virginia Giuffre est parvenue à une transaction avec elle en 2017, mais le Miami Herald a requis en justice la levée des documents accusatoires contre M. Epstein et a fini par l’obtenir au printemps. Ces révélations publiques ont manifestement accéléré l’arrestation de Jeffrey Epstein.

Les victimes ont déploré que la mort de Jeffrey Epstein les empêche d’obtenir justice. « Nous devons vivres avec les blessures de ses actes jusqu’à la fin de nos jours tandis qu’il n’aura jamais à faire face aux conséquences de ses actes », a déploré une des victimes présumée, Jennifer Araoz, qui accuse Epstein de l’avoir violée en 2001, à l’âge de 15 ans, après l’avoir recrutée à la sortie de son lycée.

Manifestement, l’action publique ne va pas s’éteindre à en croire le Wall Street Journal et la déclaration du procureur fédéral de Manhattan Geoffrey Berman, qui reconnaît que les événements de la journée sont un « obstacle supplémentaire ». Mais il ajoute : « A ces femmes courageuses qui sont déjà venues et aux autres nombreuses qui ont encore à le faire, laissez-moi vous dire que nous restons engagés à vos côtés et que notre enquête sur les accusations contenues dans l’inculpation – qui incluent le chef d’accusation d’association de malfaiteurs (conspiracy) – se poursuit. »

11 août 2019

Fanny Müller

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