Viollet-le-Duc, restaurateur de mythes
Par Laurent Carpentier
L’architecte français réinventa Notre-Dame de Paris au XIXe siècle en se référant à un Moyen Age revisité.
Débarquant rue Condorcet, dans le 9e arrondissement de Paris, dans l’immeuble construit par Viollet-le-Duc (1814-1879) et dont celui-ci habitait le dernier étage, le peintre Jules Laurens (1825-1901) racontera comment il fut accueilli par l’architecte habillé d’une robe de bure, un ceinturon de cuir à la taille et un bonnet de maître sur la tête : la tenue du Moyen Age alors qu’on était au XIXe siècle.
« Cela dit bien Viollet-le-Duc, sourit Jean-Michel Leniaud, l’ancien directeur de l’Ecole des Chartes, biographe de l’architecte à qui il consacra une grande exposition en 2014. Il y a chez lui un côté “Dr Jekyll et Mr Hyde”. Le Dr Jekyll, c’est cette photo que l’on connaît de lui, prise par Nadar à la fin de sa vie : élégant, chic, l’homme à la ville, l’homme des réseaux. De l’autre il y a ce Mr Hyde, dans son atelier, installé dans les combles de la rue Condorcet. »
Qui est donc cet homme qui redéclenche la querelle des anciens et des modernes ? Cet architecte, prince des restaurations, dont le précepte maintes fois répété – « Restaurer un édifice, ce n’est pas l’entretenir, le réparer ou le refaire, c’est le rétablir dans un état complet qui peut n’avoir jamais existé à un moment donné » – se retourne aujourd’hui contre lui en posant clairement le dilemme. Faut-il restaurer Notre-Dame de Paris telle que nous, vivants, l’avons toujours connue, c’est-à-dire telle que lui, Viollet-le-Duc, la réinventa entre 1844 et 1862, ou en faire une lecture nouvelle, tel qu’il le professait à ses contemporains ?
« Illumination de la raison »
Eugène Viollet-Leduc (le nom coupé en trois parties n’apparaîtra que plus tard) naît en 1814 à Paris. Son père est conservateur des résidences royales, un intendant chargé du mobilier du roi. Le jeune homme a la fibre artistique. Il refuse de faire les Beaux-Arts, préfère voyager.
L’homme est intuitif, il voit, plus qu’il ne cherche à calculer. C’est sa force. Toute sa vie, il dessinera : lavis, crayon, couleurs… Il remplit des carnets. Même sur ses vieux jours, alors que, tombé dans une crevasse, il dresse une cartographie complète du massif du mont Blanc, attendant les secours et continuant de dessiner, assis là, sur un éperon de glace qui l’a miraculeusement arrêté dans sa chute.
Marié très jeune, il a eu un fils, mais il est tout à son art. Sa femme le délaisse (notamment avec Sainte-Beuve), il n’en a cure : Viollet-le-Duc a un rêve, qui a pris forme entre 1830 et 1836 lors de ses voyages en Italie. A Venise, il a vu « la lumière » en regardant les arcades du palais des Doges : du plein porté par des vides ! Comment ?
Le jeune homme qui dessine comprend que le report de charge se fait par les colonnes. Cette « illumination de la raison » le pousse à étudier les mystères de l’architecture. Et il en vient à la conclusion, à une époque où le romantisme et le gothique sont partout à la mode (Victor Hugo a publié Notre-Dame de Paris en 1831), que l’architecture n’a jamais été mieux servie qu’entre le XIIe et le XIIIe siècle.
« La motivation primitiviste est une constante dans l’histoire de l’art, analyse Jean-Michel Leniaud. Ce qui était “avant” est mieux. De même que les préraphaélites veulent remonter aux peintures italiennes d’avant la Renaissance, Viollet-le-Duc choisit le Moyen-Age. » Et il va avoir vite l’occasion de mettre ses théories en pratique.
Gargouilles monstrueuses
Il n’a que 26 ans lorsque Prosper Mérimée lui confie la restauration de Vézelay. La légende veut que l’écrivain, nommé inspecteur général des Monuments historiques (Mérimée est proche de l’impératrice Eugénie, l’épouse de Napoléon III), ne trouve pas d’architecte pour cette mission. L’oncle de Viollet-le-Duc, Etienne-Jean Delécluze, peintre, plus connu pour son salon où se pressent les intellectuels libéraux que pour son œuvre, propose son neveu. C’est le début d’une longue carrière.
Côté face, Dr Jekyll se révèle un homme de pouvoir, qui agit dans la pénombre des antichambres. Orléaniste de cœur, il est bien en cour chez Louis-Philippe comme plus tard chez Napoléon III ; il siège à la fin de sa vie à la gauche de l’Assemblée et pourtant il a tourné le dos à la Commune. Côté pile, Mr Hyde déploie de chantier en chantier sa conception médiéviste de la restauration. Avec la révolution industrielle, le dogme est à l’utilisation de matériaux modernes pour reprendre les bâtiments en péril. Lui va imposer l’idée qu’il faut retrouver l’état ancien des bâtiments avec les techniques anciennes. Une révolution.
A vrai dire, il n’est pas le seul à penser ainsi. Jean-Baptiste Lassus avec qui il s’est associé en 1844 (il n’a que 30 ans) pour gagner le concours de restauration de la cathédrale de Paris, est sur la même ligne. C’est Lassus qui a redonné vie à la Sainte-Chapelle. Ensemble, ils dessinent la flèche de Notre-Dame qui vient remplacer à la croisée du transept celle disparue en 1792. Mais Lassus, mort trop tôt, a été oublié. Et le vrai gothique des deux, c’est Viollet-le-Duc. Les gargouilles monstrueuses ressuscitées sur les tours de Notre-Dame viennent de son imagination. Mais celle-ci s’est bâtie sur une étude approfondie du Moyen Age qu’il s’applique partout à revisiter.
Ajouter, retrancher, réinterpréter
De Carcassonne, dont les murs effondrés servent à l’époque de carrières de pierre aux constructeurs locaux (la ville est aujourd’hui classée dans la version Viollet-le-Duc au patrimoine de l’Unesco), au château de Pierrefonds, dans l’Oise, qu’il redessine entièrement, il n’hésite pas à ajouter, retrancher, réinterpréter, quitte à s’attirer les foudres de l’opinion publique. Comme à Toulouse, lorsqu’il transforme entièrement la toiture de la basilique Saint-Sernin et utilise une pierre différente.
Les générations se suivent et « la motivation primitiviste » reste. Viollet-le-Duc devient le dogme à abattre. Pierrefonds est qualifié chez Marcel Proust de « déjection louis-philipparde » et – comme tout ce qui a été construit sous le Second Empire – les réalisations de Viollet-le-Duc sont vouées aux gémonies. Au point qu’en 1995, quand il devient nécessaire de rénover la basilique de Toulouse, on décide de la « dé-violletiser ». Attirant en retour l’ire des habitants qui s’y étaient habitués.
« La question, écrivait Viollet-le-Duc, est de savoir si le public est fait pour les architectes ou les architectes pour le public. » Copiant son ami et associé Lassus qui s’était fait représenter en saint Thomas à la Sainte-Chapelle, l’architecte prêta lui aussi ses traits à Notre-Dame, au suspicieux apôtre qui voulait toucher le Christ pour vérifier l’impossible résurrection.
Sur la flèche aujourd’hui effondrée, il s’est représenté regardant vers le ciel, comme pour encourager les gens à ouvrir les yeux sur les mystères de son art. A la main, une règle d’architecte, sur laquelle on peut lire Non amplius dubito (« Je ne doute plus »), et pour habit, une robe de bure. Son rêve incarné.
MOT QUE JE NE SAIS PAS PAR RAISA CHRISTINA SARAIVA {EXCLUSIVE / NSFW}
Raisa Christina Lima Saraiva , artiste plasticienne, a soumis une série de photographies simulant des performances artistiques.
«Ces photographies ont été inspirées par des aquarelles que j'ai réalisées récemment. Ils ont tous apporté un corps de femme - des autoportraits, peut-être - dans lequel la couleur rouge apparaît comme un sang menstruel, mais également comme une force particulière que les femmes doivent transformer la douleur en quelque chose d'autre.
Voir plus de travail de Raisa
https://www.instagram.com/raisa.christina/
Festival de Cannes
Festival de Cannes 2019 : Mati Diop, Jessica Hausner, Justine Triet et Céline Sciamma, quatre nouvelles venues dans la compétition
Par Thomas Sotinel
Les réalisatrices côtoieront les vétérans Jarmusch, Loach, Almodovar, Bellocchio et Malick lors de la 72e édition du Festival qui se déroulera du 14 au 25 mai.
La 72e édition du Festival de Cannes, du 14 au 25 mai, sera « romantique et politique », a annoncé Thierry Frémaux, son délégué général, qui présentait, jeudi 18 avril, en compagnie du président de la manifestation, Pierre Lescure, 46 longs métrages retenus en sélection officielle (compétition, Un certain regard, hors compétition), soit « 90 % de ce que vous verrez », a-t-il précisé.
Comme déjà annoncé, la compétition et le Festival s’ouvriront le mardi 14 mai par la projection de The Dead Don’t Die (Les morts ne meurent pas), film de zombies signé Jim Jarmusch, vétéran de Cannes, qui sortira le jour même en salles. Ce sera aussi le cas de l’un des derniers films présentés en compétition dix jours plus tard, Sibyl, de Justine Triet, la réalisatrice de Victoria (qui retrouve son interprète, Virginie Efira), nouvelle venue en compétition.
Avec la cinéaste sénégalaise et française Mati Diop, l’Autrichienne Jessica Hausner et sa compatriote Céline Sciamma, Justine Triet est l’une des quatre réalisatrices à concourir pour la Palme d’or. C’est une de plus que les deux années passées.
De Mati Diop on verra Atlantique, chronique de l’émigration vue par les femmes restées à Thiaroye, dans la banlieue de Dakar, de Jessica Hausner, Little Joe, film fantastique tourné en anglais et de Céline Sciamma Portrait de la jeune fille en feu, un film en costumes avec Adèle Haenel.
Des vétérans largement représentés
Les vétérans européens et américains sont largement représentés dans la compétition : Pedro Almodovar présente Douleur et gloire, qui vient de lui valoir l’un de ses plus grands succès en Espagne ; Marco Bellocchio, Il Traditore, portrait du mafioso repenti Tomaso Buscetta ; Jean-Pierre et Luc Dardenne, Le Jeune Ahmed (le film sortira le jour de sa projection à Cannes) ; Arnaud Despleschin, Roubaix, une lumière, avec Léa Seydoux et Roschdy Zem ; Ken Loach, Sorry We Missed You, pendant que Terrence Malick vient tenir compagnie à Jim Jarmusch avec Une vie cachée.
Malgré sa toute neuve trentaine, Xavier Dolan fait aussi figure de vétéran : il revient avec un film tourné en français, Mathias et Maxime, qu’il interprète également après l’intermède anglophone de Ma vie avec John F. Donovan.
Enfin, pour compléter la liste des cinéastes qui ont déjà foulé le tapis rouge, le réalisateur palestinien de l’intérieur Elia Suleiman présentera en compétition It Must Be Heaven, comme il l’avait fait de ses deux précédents films, Intervention divine et Le Temps qu’il reste ; le Coréen Bong Joon-ho montrera Parasite, « qui sortira en salles », a tenu à préciser Thierry Frémaux (en 2017, Okja avait été retenu en compétition avant d’être diffusé exclusivement sur Netflix en France) ; le Brésilien Kleber Mendonça Filho reviendra, après Aquarius, avec Bacurau, coréalisé avec Juliano Dornelles.
Outre les quatre réalisatrices déjà citées, feront leurs débuts en compétition Diao Yinan, cinéaste chinois dont on découvrira un film policier, le Roumain Corneliu Porumboiu (La Gomera), l’Américain Ira Sachs (Frankie, avec Isabelle Huppert) et le Français Ladj Ly qui a baptisé son film d’un titre qui est en ce moment sur toutes les lèvres : Les Misérables.
Un certain regard
Sur les seize titres de la section Un certain regard, six sont des premiers longs métrages, autant sont réalisés par des femmes. Christophe Honoré (Chambre 212) et Bruno Dumont (Jeanne) feront figure de grands frères, avec le Catalan Albert Serra (Liberté).
Hors compétition, on n’est pas surpris de découvrir la présence de Rocketman, de Dexter Fletcher, biographie filmée d’Elton John, avec Taron Egerton. Claude Lelouch présentera Les Plus Belles Années d’une vie, avec les acteurs d’Un homme et une femme et Asif Kapadia (Amy) proposera un documentaire sur les années napolitaines de Diego Maradona. Le rôle du film populaire adoubé à Cannes, qu’a tenu en 2018 Le Grand Bain, de Gilles Lellouche, est cette fois confié à La Belle Epoque, de Nicolas Bedos.
Parmi les absences remarquées, celle de Once Upon A Time… In Hollywood, de Quentin Tarantino, dont Thierry Frémaux a fait savoir qu’il n’était pas terminé, tout en espérant qu’il le serait à temps pour arriver sur la Croisette et de Mektoub My Love : Intermezzo d’Abdellatif Kechiche. Restent encore une demi-douzaine de titres à venir. Deux ou trois concourront pour la Palme d’or, décernée par un jury présidé par le Mexicain Alejandro Gonzalez Iñarritu, dont la composition sera, elle aussi, annoncée ultérieurement.
Thomas Sotinel
Les dix-neuf films en compétition
The Dead don’t die de Jim Jarmusch (Etats-Unis, film d’ouverture) ;
Douleur et gloire de Pedro Almodovar (Espagne) ;
Le Traître de Marco Bellocchio (Italie) ;
Parasite de Bong Joon-Ho (Corée du Sud) ;
Le Jeune Ahmed de Luc et Jean-Pierre Dardenne (Belgique) ;
Roubaix, une lumière d’Arnaud Desplechin (France) ;
Wild Goose Lake de Diao Yi’nan (Chine) ;
Atlantique de Mati Diop (Sénégal) ;
Matthias et Maxime de Xavier Dolan (Canada) ;
Little Joe de Jessica Hausner (Autriche) ;
Pardon tu nous a manqué de Ken Loach (Angleterre) ;
Les Misérables de Ladj Ly (France) ;
Une Vie cachée de Terrence Malick (Etats-Unis) ;
Bacurau de Kleber Mendonça Filho (Brésil) ;
The Whistlers de Corneliu Porumboiu (Roumanie) ;
Frankie d’Ira Sachs (Etats-Unis) ;
Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma (France) ;
Ça doit être le paradis d’Elia Suleiman (Palestine) ;
Sibyl de Justine Triet (France).
Films présentés hors compétition
Les plus belles années d’une vie de Claude Lelouch, présenté le 20 mai ;
Rocketman de Dexter Flechter, présenté le 16 mai ;
Trop vieux pour mourir si jeune (épisodes 4 et 5) de Nicolas Winding Refn ;
Maradona d’Asif Kapadia ;
La belle époque de Nicolas Bedos.
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'AMOUR DES FEMMES' PAR MAUD CHALARD {NSFW / EXCLUSIVE EDITORIAL}
La photographe française Maud Chalard a un style simple, émotif, brut et beau. Récemment, Maud a tourné cette série de nus en studio exclusivement pour NAKID , un projet photographique associant un photographe et un peintre, tous deux amoureux de la femme, de sa beauté et de son corps.
Découvrez plus de travail de Maud Chalard
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🚗🚙 #LeSaviezVous C'est une pratique courante mais circuler sur la voie du milieu est pourtant interdit sur #autoroute hors dépassement ! En plus de perturber la circulation, vous imposez une manœuvre dangereuse aux autres automobilistes ⬇ pic.twitter.com/7hL6bMGld8
— Ministère de l'Intérieur (@Place_Beauvau) 6 mars 2019




























