Malgré la gravité des accusations, Carlos Ghosn continue de clamer son innocence.
Malgré la gravité des accusations, Carlos Ghosn continue de clamer son innocence. Les défenseurs des droits de l’homme viennent à son secours
Le 6 mars 2019 au matin, le détenu qui sort de la prison tokyoïte de Kosuge sous l’œil des caméras du monde entier n’a plus rien en commun avec le tout-puissant P-DG de Renault-Nissan-Mitsubishi, incarcéré le 19 novembre 2018 dans la soirée. Outre le masque et le déguisement d’ouvrier, ces cent huit jours de détention l’ont broyé. Physiquement. Psychiquement. Carlos Ghosn, à son arrivée dans le deux-pièces de 50 mètres carrés difficilement loué par son épouse Carole – personne ne souhaitant héberger le patron déchu –, a les mains jaunes.
Manque de soleil ? Privation de ses médicaments indispensables, l’un contre le cholestérol, un autre pour des troubles cardiaques ? Conséquence de sa perte de poids, avec quinze kilos de moins ? Jaunisse, comme le redoutent un moment ses proches ? Mystère. Le reclus refuse aussi de parcourir désormais le moindre ouvrage. « J’ai tellement lu que je ne peux plus voir une ligne imprimée », confie-t-il à sa femme dès les premiers jours d’une libération conditionnelle aux très strictes conditions (entrées et sorties surveillées par caméra, pas d’accès à Internet, interdiction d’utiliser un téléphone), assorties du versement d’une caution de 8 millions d’euros. Ecouter de la musique lui est également devenu insupportable. Pas parce qu’il en aurait trop entendu dans sa cellule éclairée 24 heures sur 24, où trois bols de riz par jour lui parvenaient par une trappe. Mais par crainte d’un trop-plein d’émotion. Une seule note, et l’ex-dirigeant d’un groupe de 450 000 salariés qui a vendu 10,5 millions de voitures en 2018 redoute de s’effondrer. Sans que son sort suscite la compassion pour autant.
« Carlos Ghosn est un justiciable comme les autres », a sèchement rappelé Bruno Le Maire le matin du 4 avril, alors que l’intéressé venait d’être de nouveau arrêté à l’aube par les procureurs japonais. Le ministre de l’Economie a résumé le sentiment général. « Il est en quelque sorte un bouc émissaire des passions françaises, analyse François Zimeray, avocat de l’ex-dirigeant et de sa famille. Il sait qu’on lui dénie toute empathie, mais il a le droit au respect de la loi. » Au fil d’innombrables révélations sur ses infractions supposées, la présomption d’innocence a sombré aux oubliettes. Appréhendé deux jours après la première manifestation des gilets jaunes, trop riche pour l’opinion, trop sulfureux pour les politiques, trop méprisant pour les patrons, trop arrogant pour les Japonais, le Franco-Libano-Brésilien – symbole d’un capitalisme mondialisé et honni – n’a bénéficié d’aucun soutien, celui de ses proches et de ses compatriotes libanais excepté.
« Indépendamment de sa possible culpabilité, les autorités de Tokyo savaient ses relations exécrables avec Emmanuel Macron depuis le clash sur sa rémunération en 2016, quand le futur président était ministre de l’Economie. Ils n’ignoraient pas non plus que l’ancien président de l’alliance Renault-Nissan faisait figure d’ovni dans le milieu patronal, sans appuis notables dans le réseau d’influences parisien. Et en avaient déduit que personne en France ne se mobiliserait pour sa défense », décrypte un familier du dossier.
La décision – stupéfiante même dans le contexte des pratiques pénales locales – de l’interpeller à nouveau le 4 avril n’a pas provoqué davantage de protestations, malgré un mode opératoire abrupt. « Ils ont débarqué à plus de vingt à 5 h 30 du matin », raconte Carole Ghosn, en couple depuis dix ans et mariée depuis 2016 avec l’ancien P-DG, réveillée en sursaut par leur irruption dans leur « logement d’étudiant ». « Ils ont fouillé partout. Emporté de nombreux documents. » Une femme l’a suivie jusqu’aux toilettes, laissant la porte entrouverte. « Comme si j’avais pu cacher quelque chose dans mon pyjama », s’étonne-t-elle.
Cette nouvelle arrestation s’inscrit dans une séquence bizarre
Alors que Carole Ghosn est coincée sur une chaise, le seul procureur anglophone de l’équipe lui explique doctement que la justice française dont elle se prévalait n’avait rien à envier à celle de l’archipel, à ses yeux un modèle du genre… Ses deux téléphones portables ont été saisis, comme son passeport libanais. Elle ne s’est envolée vers la France, le 6 avril, que grâce à son passeport américain. Pour François Zimeray, ancien ambassadeur de France pour les droits de l’homme, le traitement de son client dans son ensemble constitue une violation des règles internationales et de traités pourtant ratifiés par le Japon.
« Cette “justice de l’otage” a été dénoncée par le Haut-Commissariat des Nations unies en décembre dernier », souligne l’ancien diplomate devenu avocat, qui, avec ses confrères japonais, n’hésitent pas à utiliser le mot de « torture » pour qualifier ce régime d’interrogatoires. « Le choc carcéral vécu par tout prisonnier est déjà violent. L’aggraver par la violation des “règles Mandela”, c’est-à-dire les garanties de base définies par le chef d’Etat sud-africain après ses vingt-sept années de détention, est intolérable. » Entre autres privations, la prochaine « Golden Week » japonaise – dix jours fériés d’affilée entre la fin d’avril et le début de mai – contraindra le prisonnier, qui a fêté ses 65 ans en famille avec sa femme et ses trois filles le 9 mars, à ne pas sortir une seule fois de sa cellule pendant cette période. Ni à pouvoir prendre une douche. « Tout est conçu pour obtenir une confession de l’accusé », dénonce encore François Zimeray. Une sévérité sélective, puisque pas un des responsables de l’accident nucléaire de Fukushima, tous japonais, n’a été emprisonné.
Je suis prêt à révéler la vérité. Conférence de presse le 11 avril
Cette nouvelle arrestation de l’ex-patron de Renault-Nissan – plus dure à affronter que la première, car il savait ce qui l’attendait, selon ses proches – s’inscrit dans une séquence bizarre. Elle survient en effet 24 heures à peine après la révélation d’une enquête de Renault, portant sur un détournement de 10 millions d’euros via la filiale RNBV (Renault-Nissan aux Pays-Bas) et Suhail Bahwan Automobiles, le distributeur du constructeur à Oman. Cette malversation aurait été effectuée par l’ex-dirigeant pour financer notamment l’achat d’un yacht destiné à son usage personnel, ainsi que Shogun, la société de prêts immobiliers créée aux Etats-Unis par son fils Anthony, 24 ans. Ce dernier, le seul de la fratrie à ne pas avoir revu son père depuis sa libération conditionnelle, devait aller à Tokyo lui rendre visite à la mi-avril, tandis que Carole avait prévu de venir à Paris.
Aussitôt après les rumeurs sur les accusations de Renault, Carlos Ghosn avait pris pour la première fois la parole. Sur Twitter. Un choix surprenant, voire dangereux, pour quelqu’un interdit d’Internet par les autorités judiciaires. Même si ce nouveau compte était géré par son équipe de défense qui regroupe, outre Me Zimeray, Jean-Yves Le Borgne et Junichiro Hironaka. A 3 h 51 du matin, le 3 avril, @carlosghosn écrit : « Je suis prêt à révéler la vérité. Conférence de presse le 11 avril. » La salle était bien réservée depuis dix jours, mais la riposte n’aura pas lieu. « On cherche par tous les moyens à l’empêcher de s’exprimer, ce qui est pourtant un droit fondamental », s’indigne François Zimeray. « Pourquoi venir m’arrêter alors que je n’entravais en rien la procédure en cours, sinon pour me briser ? » a ensuite demandé l’ancien patron dans un communiqué probablement rédigé au préalable. Et d’ajouter : « Je suis innocent de toutes les accusations infondées portées contre moi et des faits qui me sont reprochés. »
En quelques mois, Renault et Nissan ont en tout cas tourné la page
En quelques mois, Renault et Nissan ont en tout cas tourné la page. Soldé sa présidence. Le premier, qui cherche à rétablir l’harmonie avec le second, est aujourd’hui dirigé par le tandem constitué par Thierry Bolloré et Jean-Dominique Sénard, l’ancien président de Michelin. Ce dernier perçoit un salaire annuel fixe de 450 000 euros, sans part variable, soit le plafond des rémunérations des patrons d’entreprises publiques. Carlos Ghosn, lui, avait gagné 7,2 millions en 2017. L’Etat surveille pour sa part l’évolution de l’Alliance, où le français détient toujours 43,4 % du japonais, qui ne possède que 15 % du français. Certains pensent que Nissan a la volonté de se « rejaponiser ». Pour Me Le Borgne, ce serait le réel motif de l’acharnement derrière la destitution de Carlos Ghosn. Au passage, ce dernier a été privé de sa retraite chapeau (774 000 euros annuels à vie), un privilège injustifiable que les pouvoirs publics aimeraient de toute façon supprimer définitivement. Nissan, qui assure disposer de « preuves substantielles d’un comportement ouvertement contraire à l’éthique », l’a déchu de son mandat d’administrateur le 7 avril.
A Paris, des paparazzis japonais pourchassent Carole Ghosn. Certains l’insultent. Cette mère de trois grands enfants, tous installés aux Etats-Unis, raconte avoir longtemps tenté de tenir bon pour eux. Aujourd’hui, reconnaît-elle, des larmes dans la voix, c’est à leur tour de la soutenir. Elle se dit prête à risquer un retour à Tokyo : « Je ne veux pas laisser mon mari seul. »
Grand débat : sous pression, Macron peaufine ses annonces
Par Cédric Pietralunga, Olivier Faye
Le chef de l’Etat doit s’adresser aux Français « dans les prochains jours » pour présenter ses arbitrages. Il pourrait lancer cinq « chantiers ».
Trois mois après le lancement du grand débat national, décidé pour apaiser la crise des « gilets jaunes », Emmanuel Macron s’apprête enfin à dévoiler le remède qu’il compte administrer au pays. Vendredi 12 avril, l’Elysée assurait que le chef de l’Etat devrait s’adresser à la nation « dans les prochains jours ».
« Ce sera dimanche soir ou lundi soir, une allocution à la télévision », croit savoir un habitué du palais. Une prise de parole qui pourrait être couplée à une lettre publiée dans la presse quotidienne régionale. « Rien n’est décidé, il suffit que quelqu’un sorte une idée de dingue durant le week-end et il peut tout changer », nuance un de ses visiteurs réguliers.
Seule certitude, le président de la République n’a pas le droit à l’erreur. Qu’il réussisse à convaincre une majorité de Français – notamment celle qui continue de soutenir la contestation des « gilets jaunes », malgré les violences – et c’est la perspective de vivre une deuxième moitié de quinquennat plus apaisée qui s’ouvre à lui. Qu’il soit « déceptif », comme l’ont craint plusieurs membres du gouvernement, et c’est le risque de voir son mandat entravé.
Ces dernières semaines, tous les ministres ont fait remonter leurs idées au chef de l’Etat, par l’intermédiaire de Matignon. A chaque conseil des ministres, la « partie D », celle réservée aux discussions informelles, a été consacrée aux solutions à apporter à la crise. Mais personne ne sait ce que M. Macron en a retenu. « Il écoute mais ne dit rien », s’étonne une secrétaire d’Etat. « Je ne sais pas ce qui va sortir au bout du banc », confesse un poids lourd du gouvernement.
« Tolérance fiscale zéro »
A son invitation, plusieurs ministres ont lancé des idées dans le débat public. Sans surprise, les plus forts à ce jeu ont été ceux venus de la droite, plus expérimentés. Que ce soit sur les retraites ou la dépense publique, Bruno Le Maire, Gérald Darmanin et Sébastien Lecornu ont donné de la voix.
« Il y a une asymétrie entre l’aile droite du gouvernement, armée pour la polémique, et l’aile gauche, plus novice et plus modérée : la puissance de la parole n’est pas la même », reconnaît une ministre venue de la société civile.
A écouter Edouard Philippe, la question de la pression fiscale sera au cœur des annonces présidentielles. « Notre pays a atteint aujourd’hui une sorte de tolérance fiscale zéro, a pointé le premier ministre lors de la restitution du grand débat, le 8 avril. Nous devons baisser plus vite les impôts. »
Selon certaines sources, M. Macron pourrait accélérer sur la taxe d’habitation, dont la suppression a été étalée jusqu’à la fin du quinquennat. La création d’une nouvelle tranche qui rendrait l’entrée dans l’impôt sur le revenu plus progressive (10 % au lieu de 14 % actuellement) est aussi une idée posée sur la table.
Demander plus aux classes aisées
Mais parmi les soutiens venus de la gauche ou du centre, on ne veut pas croire que le président se contentera de baisser les prélèvements. L’inquiétude du pays « ne se résume pas à une baisse d’impôts », a prévenu François Bayrou, jeudi sur BFM-TV.
« Il y a un besoin de justice sociale et fiscale, nous n’avons pas su montrer qu’on le prenait suffisamment en compte », met par ailleurs en garde un ministre, pour qui les mesures sociales annoncées le 10 décembre 2018 doivent être amplifiées. A entendre les uns et les autres, la réindexation des retraites sur l’inflation serait déjà actée. Elle avait été plafonnée à 0,3 % pour 2019 et 2020.
LA BATAILLE FAIT AUSSI RAGE AUTOUR DE LA QUESTION DE LA SUPPRESSION DE LA TVA SUR LES PRODUITS DE PREMIÈRE NÉCESSITÉ
Plusieurs ministres plaident aussi pour que le président envoie le signal de sa détermination à en demander plus aux classes aisées, lui qui est dépeint par l’opposition de gauche comme le « président des riches ». Mais cela sans remettre en cause la politique de l’offre du gouvernement. « On pourrait par exemple durcir l’IFI [l’impôt sur la fortune immobilière, qui a remplacé l’impôt de solidarité sur la fortune], en baissant le plafond du patrimoine imposable de 1,3 à 1 million d’euros », explique un conseiller. « La question de l’ISF n’est pas hors sujet, c’est quelque chose de très présent dans les cahiers de doléances. On ne peut pas l’écarter d’un geste », estime même un secrétaire d’Etat.
« Les technos bouillonnent »
Selon différentes sources, la bataille fait aussi rage autour de la question de la suppression de la TVA sur les produits de première nécessité. « C’est une mesure qui coche toutes les cases : c’est compréhensible, ça concerne tout le monde et c’est simple à mettre en place », plaide un ministre. En passant, cela enverrait un signal à Xavier Bertrand, président de la région des Hauts-de-France, qui défend cette option et qu’Emmanuel Macron ne désespère pas de rallier à son panache d’ici à 2022. Le hic ? Bercy est farouchement contre, compte tenu du coût de la mesure, estimé à quelque 10 milliards d’euros.
« Le fond du débat n’est pas de savoir si on prend des mesures de droite ou pas de droite, il est budgétaire : les technos bouillonnent pour trouver des sous. Edouard Philippe est acculé budgétairement », estime une députée de la majorité.
« Il n’y a pas de complot, de pack de droite ou de Nuit des longs couteaux. C’est normal que nous ayons un avis et de dire ce pour quoi on plaide », s’agace l’ancien conseiller du premier ministre, Gilles Boyer, aujourd’hui candidat sur la liste LRM pour les européennes. « Ce serait baroque qu’on nous reproche d’avoir des idées et de les exprimer », poursuit-il.
« Il faut des mesures symboliques »
« Le président va annoncer des mesures à effet immédiat mais va aussi ouvrir des chantiers pour les prochains mois », nuance-t-on à l’Elysée, où l’on craint la trop forte attente provoquée par le concours Lépine des ministres. « Ce ne sera pas monolithique, avec un catalogue de 60 mesures », ajoute-t-on.
Selon un proche, M. Macron pourrait lancer cinq « chantiers », en fixant un certain nombre d’objectifs pour chacun d’entre eux. A charge pour le gouvernement de les mettre en musique. « Ce sera du fiscal, du social, du régalien, de l’institutionnel et de la vie quotidienne », explique cette source. Dans l’éventail des mesures à prendre, d’aucuns conviennent qu’il faudra aussi répondre à « la crise de ressenti » qu’incarne le mouvement des « gilets jaunes ».
« Il faut des mesures symboliques. Dans l’affaire de la vaisselle d’Emmanuel Macron [l’Elysée a passé commande d’un nouveau service de table à la Manufacture nationale de Sèvres pour un coût de 50 000 euros], les gens ne retiennent pas le coût, mais le symbole, plaide Corinne Vignon, députée LRM de Haute-Garonne. Au Mexique, Lopez Obrador a vendu l’avion présidentiel une fois élu et a déménagé le palais présidentiel pour habiter chez lui. Ce n’est pas de la démagogie, c’est dire aux gens : “Je vais faire comme vous.” »
La RATP lance son « big bang » pour ramener les Parisiens dans le bus
Par Denis Cosnard - Le Monde
Dans la nuit du vendredi au samedi 20 avril, le réseau de bus de la RATP va être profondément réorganisé : 50 lignes seront modifiées d’un coup et 4 000 arrêts seront touchés.
Plus de soixante-dix ans que les habitués des bus de Paris et de sa banlieue n’avaient pas connu pareil remue-ménage ! Dans la nuit du vendredi 19 au samedi 20 avril, le réseau de bus de la RATP va être profondément réorganisé. Pas moins de 50 lignes, représentant plus des deux tiers du réseau, vont bouger d’un coup. « Un événement historique », aux yeux de Catherine Guillouard, la PDG de l’entreprise publique : depuis la remise à plat consécutive à la seconde guerre mondiale, la structure du réseau « avait très peu évolué ». Il était temps de l’adapter à l’évolution de la démographie et des déplacements en Ile-de-France.
Cette fois-ci, le changement s’annonce massif. C’est « le big bang des bus à Paris », selon la formule de Valérie Pécresse, la présidente (Les Républicains) de la Région. Trois lignes sont supprimées : la 53, la 65 et la 81. Cinq sont créées. Et 42 autres sont modifiées plus ou moins fortement, avec des trajets revus ou des horaires nouveaux, à l’image de la ligne 29, à laquelle le poète Jacques Roubaud a consacré un livre entier en 2012. Au total, quelque 4 000 arrêts de bus vont être touchés.
Au passage, les Parisiens vont devoir se mettre de nouveaux numéros de ligne en tête. La ligne 67, qui va aujourd’hui de la porte de Gentilly à la place Pigalle, va, par exemple, être coupée en deux. Rive droite, son trajet sera repris par d’autres lignes.
Sept cents conducteurs supplémentaires
Au siège de la RATP, la direction se dit confiante. Pas question de retarder à nouveau le grand basculement, qui avait initialement été prévu pour septembre 2018. « Nous serons dans les temps, et les bus circuleront sans problème », assure-t-on. L’entreprise a d’ores et déjà recruté plus de 700 conducteurs supplémentaires, et les a formés. Les conducteurs actuels des lignes modifiées ont également été préparés. Pour le jour « J », quelque 10 000 agents vont être mobilisés, ainsi que 1 500 « ambassadeurs », chargés d’aider les voyageurs.
Tous les travaux de voirie lancés par la Ville de Paris et les communes alentour pour accompagner la modification des trajets ne seront cependant pas achevés. Et un peu d’incertitude demeure quant aux bornes d’information, celles qui indiquent le temps d’attente prévisible à chaque arrêt. Pas sûr que toutes soient mises à jour instantanément.
L’objectif de cette refonte, annoncée depuis 2016, est clair. Il s’agit de rendre le bus de nouveau attractif pour les voyageurs. Embouteillages, travaux, manifestations : depuis plusieurs années, ces véhicules peinent à avancer dans une circulation parisienne très dense, et leur vitesse a baissé. Aux heures de pointe, « la vitesse moyenne chute jusqu’à 8 km/h sur certaines lignes majeures du réseau », s’alarmait la Région en juillet 2018. C’est le cas de la ligne 21 (Porte de Gentilly-Gare Saint-Lazare, qui va devenir Porte de Gentilly-Porte de Saint-Ouen), de la 38 (Porte d’Orléans-Gare du Nord, qui devient Porte d’Orléans-Porte de Clignancourt) ou encore de la 94 (Gare Montparnasse-Louison-Bobet, modifiée en Gare Montparnasse-Pont de Levallois), particulièrement lentes.
En conséquence, les voyageurs renoncent à prendre le bus, et la fréquentation du réseau parisien recule. Elle a encore fléchi de 0,6 % en 2018, alors qu’elle progresse pour le métro, le RER et le tramway.
Une nouvelle ligne jusqu’à Vitry-sur-Seine
Pour corriger le tir, la RATP, la région et la Mairie de Paris se sont entendues pour augmenter l’offre, et mieux l’ajuster aux besoins. Quelque 110 bus supplémentaires vont être mis en circulation. En kilomètres parcourus, l’offre va en principe progresser de 15 %. L’effort doit être particulièrement marqué dans les arrondissements les moins bien desservis (12e, 19e, 20e). Les trajets ont aussi été repensés de manière à renforcer les liaisons entre la capitale et les communes voisines, et atténuer la frontière que constitue le périphérique. C’est le sens, par exemple, de la nouvelle ligne 25, qui partira de la bibliothèque François-Mitterrand et ira jusqu’à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne).
OUTRE LES CHANTIERS DE VOIRIE ET LES FRAIS DE MISE EN SERVICE, LE RENFORCEMENT DU RÉSEAU ÉQUIVAUDRA À UNE FACTURE SUPPLÉMENTAIRE DE 39,2 MILLIONS D’EUROS PAR AN
L’opération représente un coût non négligeable. Les chantiers de voirie liés à cette grande réorganisation (création de couloirs de bus, de points d’arrêt, réaménagement de carrefours, etc.) sont évalués à une dizaine de millions d’euros. A cela s’ajoutent 39 millions d’euros de « frais de mise en service », correspondant aux études préalables, au recrutement des chauffeurs, à la mise en place d’une nouvelle signalétique… Puis, de façon récurrente, le renforcement du réseau équivaudra à une facture supplémentaire de 39,2 millions d’euros par an.
« Cette réorganisation que nous demandions constitue une étape positive, mais elle ne règle pas tous les problèmes », commente Marc Pélissier, le président de l’Association des usagers des transports en Ile-de-France. Il n’est pas certain, en particulier, qu’elle permettra d’accroître à elle seule la vitesse et la régularité des bus. Le but de la région est qu’aucune ligne ne roule en dessous de 10 km/h aux heures de pointe, mais la RATP n’a pas voulu s’engager sur un objectif chiffré.
Pour améliorer la situation, la Ville de Paris a promis de verbaliser de façon plus efficace « ceux qui n’ont rien à faire dans les couloirs de bus ». Ces sanctions n’ont toutefois pas encore suffi à résoudre le problème.
Denis Cosnard
Des métros et tramways la nuit à Paris, un samedi par mois de septembre à mars. Six lignes de métro et trois de tramway vont ouvrir à titre expérimental toute la nuit un samedi par mois, de septembre à mars à Paris, annonce la présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse (Les Républicains) dans un entretien au Parisien. « Il fallait redonner un coup de “pep’s” à la vie nocturne à Paris. Les professionnels du commerce et du tourisme étaient demandeurs. Ils ont beaucoup souffert de la crise des “gilets jaunes”, des saccages à Paris le week-end. Il faut redonner l’envie aux Franciliens de sortir la nuit et le week-end à Paris », a expliqué Mme Pécresse. Ile-de-France Mobilités, le syndicat des transports d’Ile-de-France, a en principe droit « à cinq ouvertures la nuit par an », a précisé la dirigeante LR de la région la plus peuplée de France. « Au-delà, il faut ouvrir des négociations sociales et ça peut prendre 18 mois. On fera le bilan après les 6 mois de tests et on décidera s’il faut pérenniser ou élargir ces ouvertures le samedi », a ajouté l’ancienne ministre du budget et de l’enseignement supérieur. Cette phase de tests concernera les lignes de métro 1, 2, 5, 6, 9, 14 ainsi que les lignes de tramway 2, 3a et 3b de la capitale. Selon Le Parisien, les samedis concernés par l’ouverture nocturne sont déjà arrêtés : il s’agit du 14 septembre, du 12 octobre, du 9 novembre, du 31 décembre, du 11 janvier, du 8 février et du 7 mars. « Il n’est pas possible d’ouvrir le métro 24 heures sur 24 tous les jours, à cause des nombreux chantiers d’entretien de la RATP. Il y en a plus de 400 chaque jour », a souligné Mme Pécresse en précisant que le coût d’une seule ouverture nocturne « se chiffre en millions d’euros ».
Elle est comme ça… Blanche Gardin
Par Philippe Ridet - Le Monde
Chronique. Chaque semaine, notre journaliste Philippe Ridet croque une personnalité qui fait l’actualité. Comme l’humoriste qui a refusé d’être décorée au motif qu’Emmanuel Macron n’a pas tenu ses promesses envers les SDF.
Il y a deux passages marquants dans la carrière d’un ou d’une artiste : réussir son discours de remerciements lors d’une cérémonie corporate retransmise à une heure de grande écoute à la télévision (Césars, Molières, Victoires, etc.) et refuser une décoration (Légion d’honneur, médaille des Arts et des Lettres, Mérite agricole) en excipant d’un désaccord idéologique avec l’Etat qui vous la remet. Dans les deux cas, il faut cartonner, sinon à quoi bon…
Blanche Gardin, comique dessalée au look de sainte-nitouche, a déjà passé la première épreuve avec brio. Recevant en 2018 le Molière du meilleur spectacle d’humour, elle avait souligné qu’en pleine affaire Weinstein ce trophée relevait de « la discrimination positive » ; elle avait en outre remercié ses parents, professeur de sociologie pour l’un, traductrice pour l’autre, de lui avoir « transmis une belle angoisse de mort indispensable à tout humoriste qui se respecte ». En deux punchlines, on retrouvait l’ironie grinçante jusqu’au malaise qui est sa marque de fabrique. Le lendemain, les réservations au Théâtre de l’Européen, à Paris, où elle se produisait, s’envolaient.
Nouvelle tête de gondole de l’antimacronisme
Son refus – adressé dans une lettre à Emmanuel Macron, rendue publique sur son compte Facebook – de recevoir sa nomination dans l’ordre des Arts et des Lettres, au motif que le gouvernement ne met pas « tout en œuvre pour sortir les personnes sans domicile de la rue » a trouvé lui aussi son contingent de « like ».
Deux choses sont à noter. Quoique grinçante et lucide sur l’humanité, Blanche Gardin croit encore aux promesses de campagne électorale. Elle persiste dans la défense de la cause des SDF, à laquelle elle a versé la totalité de la recette d’un de ses spectacles. Etre, à 40 ans passés, encore pleine d’illusions et toujours déterminée, chapeau !
Certains l’ont secrètement enviée d’être devenue, pour quelques heures, une nouvelle tête de gondole de l’antimacronisme (le « gilet jaune » a tendance à lasser).
Quelle chance, quand on y pense, de recevoir une breloque en récompense de son talent et de se payer le luxe de la renvoyer dans le pif de l’expéditeur ! D’un côté, la récompense de son mérite, de l’autre, le dédain…
« Etre une bonne personne, ça n’existe pas
Pourtant Blanche Gardin ne fut pas toujours la femme d’une cause, si noble soit-elle. « Il y a cette espèce d’injonction aujourd’hui à être absolument quelqu’un de bien, à s’indigner pour les bonnes causes, avait-elle expliqué dans un entretien repris en mars dans Marie-Claire. Mais être une bonne personne, ça n’existe pas. » Eh bien si ! Blanche Gardin, justement. Talentueuse et fragile comme du verre, un peu Zouc et un peu Janis Joplin, elle s’est longtemps cherchée.
Adolescente fugueuse avec une copine aux Pays-Bas (ou au Danemark, ça dépend des sources), on la retrouve toxico à Naples, puis éducatrice en banlieue parisienne. Sa vocation pour le stand-up viendra plus tard, au sein du Jamel Comedy Club. Elle épate par son franc-parler que d’aucuns prennent pour de la vulgarité.
Pourtant, malgré son succès, elle souffre du syndrome de l’imposteur que connaissent tous ceux qui croient réussir sans talent ni mérite particuliers. Elle aime, dit-on, méditer dans des abbayes cisterciennes (Vercors, Luberon ou île d’Yeu : là encore, ça dépend des sources). Elle ne parle plus dans les médias, mais on y parle d’elle. Ses amis la disent « radicale » et étrangère au compromis. On avait cru comprendre.
Mode: Laetitia Casta séduit IKKS
IKKS fête cette année son 20e anniversaire et pour célébrer dignement l’événement, elle s’est offert une égérie à la beauté fracassante autant qu’au parcours hors norme, à la fois actrice et mannequin star. à la clé, une campagne à la faveur de laquelle Laetitia Casta offre de l’élégance à la française une version toute personnelle: rock, moderne et décidément très chic.
Laetitia Casta va fêter ses 40 ans dans quelques jours et ça se voit. Elle n’a jamais été plus belle, plus libre, plus rayonnante. Pas étonnant que IKKS l’ait choisie pour être l’image de sa nouvelle campagne Printemps/Eté 2019, qui marque également les 20 ans de la marque française.
Michel Bouquet annonce qu'il ne remontera plus sur scène
Le comédien français Michel Bouquet en avril 2019 © Martin BUREAU / AF
Après 75 ans de carrière, le comédien Michel Bouquet a annoncé jeudi 11 avril sa décision de ne plus remonter sur scène. Il dit avoir "creusé, fouillé, bêché" tout au long de ces années, tel le laboureur de La Fontaine, avec le sentiment d'avoir fait son "bonhomme de chemin". Voici en huit points les raisons de ce choix, son théâtre, son cinéma et les souvenirs d’un parcours exceptionnel.
Interprète légendaire de "L'Avare" et de "Le roi se meurt", inoubliable au cinéma chez Claude Chabrol ("La Femme infidèle") et FrançoisTruffaut ("La Mariée était en noir"), Michel Bouquet garde à 93 ans un œil malicieux qui tranche avec une voix grave. Il vient d'enregistrer treize Fables de Jean de La Fontaine, sous la direction du metteur en scène Ulysse Di Gregorio (Editions Audiolib), qui l'a choisi pour "sa capacité à être dans un dépouillement".
L'adieu à la scène
Je ne peux plus y revenir. Je suis fatigué, il faut beaucoup de force... pour parler avec des mots qui ne sont pas les siens, de rendre tout ça vrai. Maintenant, j'ai besoin d'une sorte d'intimité, de dire des dernières paroles qui me sont dictées par le fabuliste, ce délivreur de rêves.
Regard sur une carrière exceptionnelle
J'ai fait ce que j'ai pu, comme j'ai pu, et je ne me suis pas trop posé de questions. J'ai fait mon bonhomme de chemin mais sans aucune prétention intellectuelle.
Le choix d’un rôle
C'est pas le personnage, c'est la parole. Est-ce que la parole est valable. Cette question, on peut se la poser pendant toute une vie.
Théâtre et cinéma
Je n'ai pas eu de préférence car les deux choses sont très différentes mais elles ont la même valeur. Chabrol, Truffaut, le cinéma m'a beaucoup impressionné. Le rôle de "Renoir" (dans le film de Gilles Bourdos de 2013, ndlr) est un de ceux qui m'ont le plus touché dans ma vie. Au théâtre, la personnalité de l'auteur est tellement majestueuse, que ce soit Pinter ou Molière, qu'on ne fait qu'essayer de porter la parole le plus docilement possible. C'est l'oubli de soi qui est le plus important.
Le rôle de l’acteur
C'est un service. L'acteur n'est pas si important à ses propres yeux que le public ne le croit. L'humilité est sacrée pour l'acteur. Je prépare un rôle pendant six mois et quand le moment de le jouer arrive, je me fais tout petit et je me dis "j'ai fait ce que j'ai pu".
Les débuts sur scène
C'était au Théâtre Chaillot, à 17 ans. J'étais dans un costume de Robespierre; j'avais le sentiment que c'était vrai, que J'ETAIS Robespierre. Ça me provoquait des fous rires intérieurs. C'était mes premières sensations au théâtre. Cette magie du costume qui fait qu'on est délivré de soi et on se connaît mieux soi-même.
Premiers souvenirs de spectateur
Ma mère m'emmenait à l'Opéra Comique. Je voyais les spectacles après avoir fait la queue toute la journée pour avoir les premières places, pour être de face. A chaque fois que le rideau se levait, il n'y avait plus l'horreur de la guerre, il n'y avait plus les Allemands autour (...) le monde irréel dépassait de très loin le monde réel. Ça a été le meilleur enseignement de ma vie."
Des regrets ?
Aucun. Je ne peux plus en avoir, puisque je les ai eus tous et ils ont été oubliés.



















































